Convertis de l'islam : un chapitre vers Chartres
Le témoignage de Mohammed Christophe Bilek, animateur de l'association Notre-Dame de Kabylie sur le traditionnel pèlerinage de Chartres, à la Pentecôte, montre l'importance du combat traditionaliste aujourd'hui pour tous.
Monde & Vie : Quelle est votre première réaction après Chartres ?
Mohammed Christophe Bilek : J'ai été enthousiasmé par cette grande manifestation, et cela malgré le côté très physique de la performance pour mes 61 ans. L'année prochaine je me préparerai davantage et j'aurai de meilleures chaussures, parce qu'au fond tout est là !
Vous avez fait l'intégralité du pèlerinage?
Non, j'ai dû faire un aller/retour dimanche pour le baptême de deux de mes petits enfants. C'était évidemment très important pour moi, puisque, 41 ans après mon propre baptême, tous mes descendants sont baptisés et que je représente maintenant trois générations de chrétiens... Mais ne sortons pas du pèlerinage de Chartres, au cours duquel j'ai découvert la liturgie traditionnelle. Le latin, quand c'est chanté, excusez-moi, j'adore. Mais cela reste inhabituel pour moi. Au-delà de la langue, ce que nous avons constaté au chapitre Saint-Cyprien, constitué entièrement de convertis de l'islam, c'est le sens du sacré, le respect donné au Corps du Christ... Quand j'étais musulman, on se prosternait cinq fois par jour. Mais c'était dans le vide, avec une prière que l'on ne comprenait pas, nous autres Africains, une prière en arabe classique du VIIe siècle. Aujourd'hui, nous avons fait le choix de la vérité... Il est essentiel de marquer la présence du sacré et de se prosterner devant l'eucharistie.
Cela dit, il me semble que la différence entre les traditionalistes et le rite ordinaire n'est pas d'abord une question de liturgie. C'est une question de foi ! Durant le baptême de mes petits enfants, il y a eu quelque chose... Si je l'avais entendu avant ma conversion, cela m'aurait empêché de me convertir. Baptisé ou non, nous expliquait le prêtre, on ira tous au Paradis où nous sommes tous appelés. Et pour montrer la réalité de ce salut pour tous il a spécifié que ceux dans l'assistance, qui n'étaient pas chrétiens, devaient aussi après le baptême, faire un signe sur les enfants, ou les embrasser, pour montrer que c'est l'homme lui-même, tous les hommes qui sont sauvés par le Christ. Dans ces conditions, on peut se demander : pourquoi se convertir ? J'ai constaté la même doctrine récemment lors de l'inhumation de l'un de mes parents par alliance... De cet homme qui ne s'était pas soucié de religion pendant sa vie, le prêtre disait : « Il est au Ciel... » Voilà pour moi la vraie différence entre les « Ordinaires » et les traditionalistes...
Durant le pèlerinage, vous marchiez aussi avec les Irakiens victimes de l'attentat du 31 octobre 2010 dans l'église syro-catholique de Bagdad... Parlez-vous un arabe compatible ?
Non, eux parlent un arabe beaucoup plus proche du Coran ; du coup les contacts entre nous ont été un peu limités. Mais j'attire votre attention sur les trois Pakistanais chrétiens qui se trouvaient là aussi et qui ont échappé à la mort. C'est un drame terrible ! Au Pakistan, les chrétiens sont pourtant peu nombreux, mais ils sont éradiqués systématiquement. On assiste sans rien faire - comme en Égypte - à l'enlèvement des filles chrétiennes, qui sont converties de force à l'islam et mariées à des musulmans. On compte actuellement 700 enlèvements par an... Presque deux par jour. Un cas a été signalé par l'Aide à l'Église en Détresse, qui va arriver à l'ONU. Mais c'est peu ! Et le chiffre de 700 est un chiffre bas, car nous ne sommes pas au courant de tout. Pour revenir à ces trois Pakistanais, qui faisaient le pèlerinage, ils ont été condamnés à mort, parce qu'ils ont signalé à des musulmans qu'il était anormal de mettre des croix au cou de leurs chiens [le chien en islam est un animal impur, un peu comme le cochon].
Ces trois chrétiens ont été extradés du Pakistan par miracle ! À l'entrée de la cathédrale, il y a eu de nombreux applaudissements ! Il faut absolument marquer notre solidarité à ces chrétiens persécutés pour leur foi en Pays d'islam. Que le pèlerinage de Chartres soit un lieu privilégié pour exprimer cette solidarité, cela me semble capital. Je vais vous faire une confidence : je regrette que Mgr Brouwet n'en ait pas parlé au cours de son sermon.
Vous venez de publier un livre sur saint Augustin. Dans quel but ?
Pour nous, il est important de montrer que saint Augustin est non seulement un personnage universel, mais d'abord un Africain et un Berbère. Tous les berbérophones, et même au-delà les arabophones, puisque c'est le même peuple à l'origine, doivent pouvoir se reconnaître en lui. Nos ancêtres ont été chrétiens : il ne faut pas occulter ce passé. Goulven Madec, spécialiste d'Augustin, m'a donné un texte sur lequel je m'appuie pour montrer que le nom d'Augustin vient non pas d'Auguste, mais d'Agaste, c'est-à-dire de sa ville d'origine : Thagaste. Augustin, cela veut dire : l'homme de Thagaste.
Propos recueillis par Claire Thomas monde & vie . 25 juin 2011
Convertis de l'islam : un chapitre vers Chartres
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