La psychanalyse
Le mérite de Michel Onfray est d'avoir réveillé à nouveau le soupçon, le doute qui pèsent sur la psychanalyse, le doute étant toujours propice à la pensée. Même, si cela n'est pas nouveau, il est bon que de temps en temps quelqu'un le fasse car Freud est toujours au programme de la philosophie en classes terminales comme si cela était un discours de vérité et non un simple discours parmi d'autres sur la sexualité.
La principale critique que l'on peut faire à la psychanalyse est de prétendre être une science. Or qu'est ce qu'une science ? Pour certains courants 'de la philosophie comme la phénoménologie, les idées de science, d'objectivité ou de vérité sont déjà des illusions. Popper a voulu mettre un curseur entre ce qui était science ou non avec son critère de falsifiabilité. Selon son critère, la psychanalyse, comme le marxisme, n'est pas une science puisqu'elle n'est pas falsifiable. Avec un peu d'astuce dialectique on peut tout expliquer par la sexualité comme Marx expliquait l'Histoire par la lutte des classes, ce qui ne veut pas dire que cela soit sans intérêt. Le critère poppérien ne résume pas bien sûr toute la philosophie des sciences. Une théorie peut être falsifiable sans prétendre décrire ou expliquer le monde. Comme le soulignait René Thom, prédire n'est pas expliquer ou alors on revient à l'idée d'un modèle.
Pour le philosophe des sciences Feyerabend tout est bon, mais dans ce cas la psychanalyse ne peut avoir la prétention d'être un discours supérieur à d'autres à propos de la sexualité.
Pour Kant, le modèle par excellence de la science était la physique, mathématisation du monde. Certes la psychanalyse n'est guère mathématisable si l'on excepte les clowneries mathématiques de Lacan. De toute façon, poser les mathématiques comme langage de la nature comme le fit Galilée est un postulat.
Peut-on de nos jours avoir un discours sur la sexualité qui ne soit pas celui de la psychanalyse ? D'éminents philosophes comme Hussal ou Heidegger n'ont pratiquement rien écrit sur ce thème. Dans « Sein und Zeit » on cherche vainement une ligne sur la sexualité. Pourtant ce livre voulait expliciter tous les existentiaux de l'être humain. Faut-il y voir un reste de la pudibonderie du catholique d'origine qu'était Heidegger ? D'autres comme Spinoza, Schopenhauer ou Nietzsche ont écrit sur ce thème sans que cela constitue l'essentiel de leur œuvre. Michel Onfray insiste pour nous dire que Freud n'a fait que reprendre beaucoup d'idées de Nietzsche. Pour ceux qui défendent Freud et la psychanalyse, ils ne voient dans toutes ces critiques qu'une posture antisémite. De toute façon, comme le disait l'abbé Pierre, quoi qu'on fasse, on sera toujours suspecté d'être antisémite dès qu'on dit qu'un juif chante faux.
Les discours les plus communs sur la sexualité furent ceux des religions et du christianisme pour l'Occident. La sexualité fut reliée à notre part d'animalité. La contenir, la contrôler, c'était s'arracher à notre animalité. Le péché originel de l'homme peut aussi s'interpréter comme celui de notre animalité originaire avec toutes nos pulsions incontrôlées. La vie sexuelle n'était acceptée que pour la reproduction. Cette répression des instincts a permis la civilisation selon Freud, idée reprise à Nietzsche (généalogie de la morale).
La psychanalyse s'adresse à l'intime et peut remettre en cause l'ordre social d'où son aspect éminemment politique, ceci s'étant d'ailleurs exacerbé avec Reich et le freudo-marxisme. On a entre autres la critique de la famille, pilier de notre civilisation, source de névroses selon Freud. Elle a donc suscité un rejet de la droite conservatrice et bien sûr de l'extrême-droite qui n'a vu souvent dans la psychanalyse qu'une cochonnerie juive. Il faut quand même dire que la psychanalyse a continué à exister sous l'Allemagne nazie. Le discours de la psychanalyse (sans romantisme) fait de termes techniques lui a donné une aura de scientificité, c'est-à-dire avoir un discours froid sur en fin de compte un sujet passionnel.
Michel Onfray dans sa critique obsessionnelle de Freud en vient même à écrire que le Viennois a eu des sympathies pour Mussolini. Disons plutôt que Freud, aux idées plutôt conservatrices, était pour l'ordre et admettait l'existence en politique d'un chef. Les chefs n'existent d'ailleurs pas qu'à droite.
Attaquer la psychanalyse revient aussi à attaquer tous ceux qui ont fait carrière en s'appuyant sur elle, avec tous les aspects financiers que cela implique. Il y a donc eu des réticences parfois d'une rare violence contre le livre d'Onfray.
Il faut payer cher (très cher) maintenant pour que quelqu'un vous écoute à notre époque, véritable raison du succès de la psychanalyse et son instrument de travail, le divan. Les psychiatres, psychologues, psychanalystes, profitent financièrement de cette nouvelle demande. L'écoute est une nouvelle marchandise qui a été monétisée. La pratique revient à écouter, le « savoir» psychanalytique étant là pour en légitimer le prix. A tout ceci le substitut peut être les soins par les médicaments.
Nous conclurons que les principales raisons de critiquer la psychanalyse sont :
- sa prétention à être une science, ce qui n'est qu'une illusion supplémentaire sur l'idée de vérité parmi l'illusion qui est déjà celle de la science;
- le discours freudien s'est imposé sur des individus qui parfois ne l'ont jamais lu et est devenu dans les faits une nouvelle norme et une nouvelle chape de plomb surtout ce qui recouvre la sexualité. Loin d'être libératoire, elle peut devenir oppressante;
- l'utilisation financière parfois indécente qui est faite par les psychanalystes vis-à-vis de la naïveté de leurs clients.
Patrice GROS-SUAUDEAU
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