
Ce n'est un secret pour personne, l'agriculture française est en train de d~paraître. Après avoir sacrifié le secteur industriel sur l'autel du libre-échangisme mondial, notre pays abandonne l'ensemble des filières du secteur primaire, hypothéquant notre prospérité économique, nos équilibres sociaux, notre indépendance alimentaire et notre sécurité sanitaire. Pis encore, on invente toutes les fadaises possibles pour dissimuler l'évidence : le grand effondrement agricole est totalement et uniquement lié aux choix politiques erronés
des pouvoirs publics depuis 40 ans.
1) On nous dit : « Le revenu par agriculteur a progressé de 3,4 % en 2001.»
Cette progression de 3 % du revenu cette année s'explique par le fait que le nombre d'agriculteurs et de salariés agricoles a diminué de 1,8 %, d'où la hausse « mécanique» du revenu par actif. Depuis 30 ans, le revenu agricole est loin d'avoir augmenté au même rythme que la richesse générale du pays. À l'indice 100 en 1970, il est aujourd'hui à l'indice 159, tandis que le revenu disponible par Français est à l'indice 165. L'analyse en variation d'une année sur l'autre ne doit donc pas masquer le niveau parfois dramatiquement bas du revenu agricole: 40 % des agriculteurs ont ainsi un revenu inférieur au SMIC.
2) On nous dit : « Il n'y a qu'en France qu'on subventionne des activités non rentables, comme l'agriculture.»
Si les règles du marché doivent gouverner l'économie productive, il n'en va pas de même dans les domaines d'activité qui touchent directement à la sécurité nationale: il y a ainsi quelque intérêt à préserver notre agriculture, gage de notre indépendance alimentaire. C'est ce qu'ont compris les États-Unis, beaucoup plus interventionnistes que nous dans ce domaine: ils versent plus de 200 000 F de subventions par paysan et par an, quand l'Europe paie moins de 78000 F. Les subventions des autorités américaines se chiffrent, pour l'année 2000, à 350 milliards de francs, ce qui représente lise du budget de l'État français!
3) On nous dit : « Désormais soumise au marché mondial, il s'avère que notre agriculture Il 'est pas compétitive. Elle disparaît donc, et on n'y peut rien.»
Le marché mondial ne représente que 10 % de la production mondiale. 90 % de la production n'est donc pas soumise aux cours mondiaux, parce qu'elle est auto-consommée ou parce que chacun protège son secteur agricole! Les 10 % restant correspondent à des échanges hyper-subventionnés, c'est-à-dire à des produits exportés par les pays du tiers monde grâce à l'aide alimentaire des pays riches! À la vérité, la référence au "prix mondial" est une imposture: il s'agit d'un prix de dumping appliqués à des quantités marginales. Notre agriculture est tuée par ce dumping parce que nous le voulons bien, parce que nous avons ouvert les frontières européennes alors même que cette concurrence est déloyale.
4) On nous dit : « La France importe des produits agricoles parce que notre agriculture n'est pas compétitive.»
Non. Le plus souvent, la France importe en raison de l'autolimitation de sa production. Par exemple, plus de 75 % de la nourriture des bovins européens provient des États-Unis, de]' Argentine ou du Brésil, parce que l'accord de Blair House, que l'Europe a signé, nous interdit d' ensemencer plus de 4,5 millions d'hectares de produits nécessaires à l'alimentation animale! De même, les quantités de poissons sont limitées dans le cadre de la politique commune de la pêche, ce qui nous oblige à acquitter une facture d'importations de 12 milliards de FF par an, alors même que nos pêcheurs, dont les revenus sont très faibles, réclament à cor et à cri de pouvoir travailler davantage !
5) On nous dit : « Le paysan est un pollueur.»
En elle-même, la production agricole est très écologique: un hectare de maïs libère en effet 15 tonnes d'oxygène, tandis qu'un hectare de forêt plafonne à 8 tonnes! Ce ne sont donc pas les agriculteurs qui sont en cause mais le productivisme forcené du système agricole français_ En effet, soumis à des impératifs concurrentiels drastiques en raison de l'ouverture de notre marché à la concurrence mondiale, nos exploitants sont contraints à l'emploi massif de pesticides, d'herbicides, de fongicides, ce qui explique la pollution des nappes phréatiques ...
✍ Français d'abord! - 2e quinzaine juillet 2002
