Petit-Clamart (Dominique Erulin)

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Vivelavie
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Petit-Clamart (Dominique Erulin)

Messagepar Vivelavie » 13/03/2008 - 8:52

La préparation de l'attentat du Petit-Clamart (par Dominique Erulin)

Voici la rencontre entre Jean-Marie Bastien-Thiry dont nous évoquions la mémoire hier et Dominique Erulin, telle que rapportée dans la Grande Piste (*), premier tome des mémoires de ce dernier. (Nous remercions son éditeur qui nous aimablement communiqué ce passage).
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Enfin l'espoir.

Je suis contacté alors pour du sérieux.
Je rencontre le Colonel Bastien-Thiry par l'intermédiaire de Jean de Brem et Louis de Condé.
Le contact a lieu dans le quartier de Montparnasse par une journée magnifiquement ensoleillée.
Je suis surtout frappé par son air de grande jeunesse, un Colonel, lui ? Bien sûr, il ne ressemble pas à nos rugueux Colonels Paras, mais c'est son regard extraordinaire, où se reflète une grande intelligence, qui me frappe et me séduit le plus.
Je réponds tout de suite présent pour une « action très grave et importante », et me voilà recruté.
Comme il m'est demandé si j'ai quelqu'un à recommander, je fais rentrer dans notre affaire mon ami JCD et c'est tout !
Il y a déjà toute une équipe qui travaille sur cette « action importante » et le cloisonnement reste sévère.
Rapidement, je découvre de quoi il s'agit : « liquider une bonne fois pour toute l'Ordure ».
Nous prêtons tous serment de rester d'une discrétion absolue auprès de nos familles et amis.
On me demande alors de cesser toute autre activité pour ne pas risquer de traîner derrière moi des indésirables.
Nous appliquons dès lors de grandes mesures de sécurité pour nos rendez-vous notamment ; ils ne se passent jamais au même endroit et jamais au complet, chaque jour dans un café différent.
Des autres participants, je ne sais pas grand-chose, à part mes amis déjà cités il y a un certain nombre de Pieds-noirs, et le reste sont des anciens Paras ou Légionnaires, comme moi.
Nous savons que notre action sera suivie aussitôt d'une prise de pouvoir et que nous ne devons surtout pas rater l'Infâme.
Nous avons un ou plusieurs agents à l'Elysée au plus haut niveau qui nous renseignent sur ses mouvements.
Enfin quelque chose de sérieux qui se prépare, il était temps. Je suis très flatté d'avoir été choisi.
Ma connaissance de l'armement me fait distinguer pour servir un des deux FM 24-29 en notre possession, arme que je connais parfaitement. J'apprends à cette occasion qu'ils ont été récupérés le 7 janvier de cette même année au camp de Satory au cours d'une opération, type commando, menée par l'Adjudant Robin, un tout bon.
En attendant, nous faisons de nombreuses planques et repérages sur des itinéraires donnés afin de vérifier la justesse de certaines informations communiquées sur les habitudes du « gibier », et choisir le lieu de la future action.
Il est décidé qu'elle aura lieu finalement dans la région parisienne pour faciliter surtout le regroupement du commando, comme sa dispersion, sur l'un des trois itinéraires top secrets que choisit la « cible » pour gagner Villacoublay, où l'attend un avion pour rejoindre St Dizier.
A partir de là, il rejoint la Boisserie par la route au milieu d'un dispositif important de gendarmerie pour ce dernier parcours, rendant toute action difficile.
Le véritable point faible qui nous apparaît est sans discussion possible le trajet Elysée-Villacoublay.
En effet, par mesure de sécurité et de secret, le convoi ne quitte, toujours très discrètement, le palais présidentiel qu'avec une faible escorte et ne choisit l'itinéraire du jour qu'en cours de route, d'où absence généralement de dispositif spécial de protection sur le parcours.
Nous retenons d'abord trois ou quatre endroits possibles, mais, après études et répétitions, le plus adéquat et le plus tranquille semble sur l'avenue, venant de Paris, qui mène au rond-point du Petit-Clamart, la voie y est bien dégagée et nous permettra une bonne possibilité de tir efficace limitant les risques de bavures.
Nous nous installerons d'ailleurs à quelques centaines de mètres en amont de ce rond-point.
Il n'y a plus qu'à attendre le jour béni où de Gaulle empruntera l'itinéraire en question, et qu'en plus tout sera prêt pour la prise de pouvoir.
Nous sommes plusieurs fois en place en vain, le diable semble le protéger car, à chaque fois, il est choisi un des autres parcours.
Il est très difficile à l'époque de rester longtemps quelque part sans risquer une interpellation de la police.
La recherche d'armes et d'explosifs est telle à ce moment que l'on se fait stopper parfois plusieurs fois sur de courtes distances, contrôler avec fouille du coffre et de la voiture.
C'est très désagréable et sans doute efficace.
Il m'arrivera cependant une fois d'avoir, revenant d'une séance de tir au club de Versailles, une arme sur la banquette arrière à peine recouverte d'une couverture lors d'un contrôle impromptu.
Je dois être un peu pâle mais heureusement tout se passe bien, je suis tombé sur des flics fatigués.
A l'époque, malgré tous les risques, nous - c.a.d. beaucoup d'anciens de nos unités - allions tirer très souvent au Club de Tir de Versailles, où personne ne semblait s'inquiéter de la provenance de nos armes et munitions. C'est à peine croyable quand j'y repense.

En Algérie, pendant ce temps, la répression s'accroît encore car « l'armée française » collabore maintenant directement avec le FLN pour éliminer tout ce qui est pro-AF, Français comme Musulmans.
Tombent alors un grand nombre de patriotes (on n'en saura jamais le nombre), dont il me faut citer le Capitaine Le Pivain, fils de l'Amiral et ami de mon frère.
Lui sera assassiné par des Gendarmes SS le 7 février 62 à Belcourt, lors d'un barrage ou plutôt d'une embuscade très suspecte.

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Sources: http://club-acacia.over-blog.com/ --- http://www.editionsdelareconquete.com/lagrandepiste.php
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