C'est à la droite que l'on doit la réforme la plus désastreuse qu'ait jamais connue l'Éducation nationale. L'homme qui l'a mise en œuvre s'appelle René Haby. Il était ministre de Giscard et de Chirac ...
Giscard lui-même a fini par le reconnaître : « Le principal échec de la Ve République a été son incapacité à apporter une réponse satisfaisante au problème de "l'éducation" (1). Mais l'ancien président de la République a oublié de préciser que c'est sous son septennat Jacques Chirac étant Premier ministre - que René Haby, ministre de l'Éducation (qui avait cessé d'être nationale), a mis en œuvre la réforme la plus désastreuse qu'ait jamais connue notre enseignement secondaire.
La clé de voûte de cette réforme fut l ' instauration du «collège unique» et la suppression des trois filières qui permettaient jusqu'alors de regrouper les élèves en fonction de leur niveau. Il s'agissait, au nom de l'égalité des chances, de « donner à tous les jeunes Français une même culture de base ». L'idée n'était pas nouvelle, puisqu'elle figurait déjà dans le projet que Paul Langevin et Rémi Wallon, deux membres influents du Parti communiste, avaient rédigé en 1947. Elle avait été reprise à son compte par la direction socialiste de la FEN qui faisait alors la pluie et le beau temps au ministère de l'Éducation.
On a ainsi créé des classes hétérogènes au sein desquelles les meilleurs élèves, qui auraient pu progresser plus rapidement, étaient freinés par la présence d'élèves peu doués et parfois même inadaptés au système scolaire. De l'égalité des chances, qui était un bon principe, on est passé au nivellement par le bas, qui s'est avéré catastrophique, y compris pour les élèves les plus faibles qui se sont retrouvés vite découragés, comme l'a bien souligné Laurent Schwartz, le célèbre mathématicien, que le gouvernement de Pierre Mauroy avait chargé en 1981 d'établir un rapport sur l'état de l'enseignement.
Ce nivellement par le bas fut aggravé par le fait que l'examen d'entrée en sixième avait été supprimé, que des instructions avaient été données pour éviter les redoublements et que, dans la plupart des régions urbaines, les collèges furent confrontés à une présence de plus en plus massive d'enfants d'immigrés qui avaient souvent beaucoup de mal à comprendre et à parler le français. Il faut savoir également que la plupart des enseignants - les fameux PEGC - n'avaient pas la qualification requise. Au début des années quatre-vingt, 29 % d'entre eux n'avaient que le bac et 44 % n'avaient que le niveau du Deug (deux années d'enseignement supérieur). Et Laurent Schwartz avait raison d'incriminer les gouvernement d'avant 1981 qui, voulant réaliser des économies, avaient trouvé normal « de baisser systématiquement le niveau de formation de ces enseignants ».
Dans un tel système égalitaire qui sacrifie la qualité à la quantité, seuls les élèves issus de milieux culturellement élevés et disposant de l'information nécessaire ont pu échapper, dans une certaine mesure, à la médiocrité ambiante en choisissant certaines options, telles que l'allemand en première langue ou le latin en quatrième. Comme toujours, d'ailleurs, lorsque l'on prétend renoncer à la sélection, on aboutit à ce que le fossé se creuse entre ceux qui peuvent trouver un soutien ou un surcroît de connaissances dans leur famille et ceux qui n'ont d'autre recours que l'école. Sous prétexte de corriger - voire de nier - l'inégalité biologique, on renforce l'inégalité sociale. Cela revient, selon la formule de Laurent Schwartz, à bloquer « le renouvellement des élites » pour lui substituer « une transmission héréditaire ».
Au lendemain des élections législatives de 1978, Raymond Barre a estimé qu'il était temps de renvoyer René Haby à ses chères études. Et, dans un discours prononcé à Sélestat, l'une des premières tâches de son successeur, Christian Beullac, fut de dénoncer « une idéologie du laxisme, de la permissivité, de l'égalitarisme à tout crin, [qui] s'est infiltrée dans notre enseignement, dans nos écoles, sinon dans nos familles. Cocktail insipide, mais corrosif de marxisme et de modes venues d'outre-Atlantique. Cet état d'esprit a fait des ravages dont nous mesurons aujourd' hui l'ampleur. "
UN YALTA INTÉRIEUR
Hélas ! Christian Beullac n'eut pas le temps ni peut-être l'audace - car il lui aurait fallu désavouer son prédécesseur - de corriger la réforme Haby. Et comme on pouvait s'y attendre. le second cycle a été entraîné, à son tour, dans la spirale infernale. Puisqu'il fallait bien sélectionner à un moment ou à un autre, on a choisi de le faire à la fin de la seconde, ce qui fait qu'aujourd'hui un élève sur cinq environ est éjecté et se retrouve sur le marché du travail sans diplôme ni formation. Mais, comme par ailleurs les successeurs de René Haby se sont mis en tête de conduire 80 % d'une classe d'âge au baccalauréat, on n'élimine que les cas les plus désespérés. Beaucoup d'élèves vont ainsi jusqu'au bac sans en avoir les capacités. Les plus chanceux obtiendront ce diplôme, sans se rendre compte qu' il a été dévalué. et entreront ainsi dans l 'enseignement supérieur. Mais, là encore. ils n' échapperont pas à la sélection, une sélection d'autant plus mal ressentie qu'elle est tardive: deux étudiants sur trois finiront par quitter l'université au bout de deux ans, sans avoir obtenu le diplôme convoité el, le plus souvent condamnés au chômage.
Loin de prendre en compte les critiques formulées par Laurent Schwartz, les socialistes ont poursuivi la politique mise en œuvre par René Haby, mais dont ils étaient en réalité les inspirateurs, car ce sont eux qui, par l'intermédiaire de la FEN, contrôlaient déjà tous les rouages de la rue de Grenelle. Ancien professeur d 'histoire ayant gravi tous les échelons de la hiérarchie, le ministre de Giscard et de Chirac était un homme du système qui était incapable de s'opposer aux bureaucraties syndicales ou aux groupes de pression et qui n'avait aucun projet éducatif à opposer à celui de la gauche. Il fait partie de ces gens qui, sans le vouloir, ont accepté un véritable « Yalta intérieur ». Ce qui ne l'a pas empêché de se faire élire député UDF de Meurtheet-Moselle. Son fils, Jean-Yves Haby, député des Hauts-de-Seine, est resté fidèle au giscardisme.
(1) Deux Français sur trois, Flammarion, 1984.
Jean-Claude Valla Le Choc du Mois. Novembre 1992. N°58
QUAND LA DROITE FAISAIT LA POLITIQUE DE LA GAUCHE
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