Messagepar Pat » 26/11/2009 - 19:11
POUR CE QUI EST DE LA CONQUÊTE DU FN
L'INÉLUCTABLE ÊCHEC DE MÉGRET
par Bernard Antony
PRÉAMBULE
Une révolution, dit Charles Maurras, est une fronde qui a réussi.
Toute fronde, toute révolution a des causes. Mais elle se développe en succès ou en échec en fonction des conditions qui la portent ou au contraire l'étouffent.
Ainsi, les causes de la révolution française (action des sociétés de pensée, imbécile réaction nobiliaire, échec des réformes, appétit des parlements, etc.) rencontrèrent-elles des conditions favorables (faiblesse du roi, mauvaises récoltes de 1788 et jacqueries, etc.).
De même, les bolcheviks soviétiques n'auraient-ils jamais pu faire la révolution sans « la guerre cet incomparable accélérateur de l'histoire » (Lénine) et sans la défaite des armées russes.
De même encore, l'ayatollah Khomeiny eût sans doute échoué si le Shah d'Iran n'avait pas été faible et indécis, miné par la maladie.
Venons-en à la fronde qui a fortement secoué le Front national.
PRÉCISION
Qu'on me pardonne auparavant une digression nécessaire : sauf projets d'articles, de lettres ou de dossiers, que je puis quelquefois écrire pour Jean-Marie Le Pen, j'ai pour habitude de signer tous mes textes, de mon nom, ou du titre de Chrétienté-Solidarité, dont j'assume la responsabilité nationale.
J'ai donc participé au livre blanc ou noir, je ne sais encore, du Front national, analysant le processus révolutionnaire du complot mégretiste.
Mes pages sont celles que l'on trouvera après cet article.
Je ne cède, je crois, à aucun esprit de vindicte, encore moins à l'invective toujours inutile sinon fâcheuse.
Mais, à ceux qui doutent d'un complot mégretiste, je réponds que moi, je n'en doute pas.
Voici pourquoi.
L'ÉVIDENCE DU COMPLOT
Bruno Mégret, je lui en donne acte, se proclamant partout numéro deux du Front national, ne se cachait certes pas de vouloir succéder un jour à Jean-Marie Le Pen. Je veux citer ici une anecdote :
A la convention de Lyon, les journalistes de la grosse presse nous aperçurent prenant un café, et, nous abordant, s'en étonnèrent, comme s'il n'était pas normal que je prenne un café avec le délégué général de mon mouvement, de surcroît mon collègue au Parlement européen. Et ce n'était en sa compagnie, au demeurant intéressante, ni le premier café ni le premier repas.
Mais, incapables d'imaginer la liberté d'esprit et de fréquentation qui est la mienne, ils en conclurent et écrivirent que j'étais devenu «mégretiste».
Le pire, c'est que Bruno Mégret finissait aussi par le croire. Il me proposa un jour de réfléchir sur l'avenir du Front national. J'acceptais bien sûr. Mais il me précisa que c'était pour éviter toute solution autre que l'unanimité dans un éventuel congrès. Je refusais cette perspective, lui rappelant à nouveau une position que je croyais connue comme irréformable.
Aussi, pour qu'il n'y ait plus aucun doute, je tins à l'exprimer très catégoriquement devant le Bureau politique du Front national.
Je rappelais d'abord que je n'étais pas un «godillot», dans la tradition gaulliste, de Jean-Marie Le Pen, qui a toujours accepté l'expression, au sein de son Bureau politique, de divergences d'analyse ou d'opinion. Jean-Marie Le Pen d'ailleurs, vérifie à nouveau que ceux qui le traitaient hier avec la flagornerie la plus indécente, l'abandonnent aujourd'hui sans complexe.
Mais j'exprimais que ma liberté d'esprit et de réflexion étant respectée, elle fondait justement, ma fidélité et mon entier soutien dans l'action à Jean-Marie Le Pen.
J'ajoutais que si j'étais là, le jour où il faudrait pourvoir à la succession, j'appuierais sans doute auprès des congressistes une autre candidature que celle de Bruno Mégret, à savoir celle de Bruno Gollnisch, précisant même que mon candidat idéal serait une sorte de Mégret recevant beaucoup des qualités de Gollnisch ou un Gollnisch acquérant quelques unes des qualités de Mégret.
Nous n'en sommes plus là !
Car, comme s'il avait été formé au tour d'esprit bolchevique, Bruno Mégret appliquait en quelque sorte à son ambition personnelle, l'une des directives des célèbres « 21 conditions de Moscou » imposées jadis par Lénine aux partis socialistes voulant adhérer à la 3e internationale, l'internationale communiste.
Lénine y ordonnait la combinaison de l'action légale et illégale, de l'action ouverte, et de l'action clandestine.
Bruno Mégret, on le sait, a été principalement amené à la politique, et formé, par les anciens dirigeants du G.R.E.C.E (1) et de Nouvelle école, groupe de réflexion et d'action, intégrant, pour résumer, matérialisme biologique et néo-paganisme, amalgamant des aspects de néo-constructivisme religieux, de vieille haine anti-chrétienne et de néo-scientisme.
M'étant oppose à cette école de pensées dès mes engagements de jeunesse, je la combattais vivement dans les années 75/80 avec le mensuel Présent.
C' est par discipline et avec l'espérance d'une évolution que je côtoyais les ex-leaders et cadres du G.R.E.C.E. de plus en plus nombreux dans les structures du Front et dans son Bureau politique. Pour autant, tous mes amis savent que je ne relâchais point ma vigilance.
L'histoire dira s'ils se servaient de Mégret ou si Mégret se servaient d'eux, ou si encore, il y avait une sorte d'équilibre de projet et d'influence.
Toujours est-il qu'à partir du noyau des anciens de la Nouvelle droite, Mégret sachant tour à tour, séduire, flatter, promettre, développait ses réseaux d'influence et organisait au sein du Front national, où Jean-Marie Le Pen lui avait généreusement beaucoup trop concédé, un véritable état dans l'état.
S'étant vu confier la direction de l'Institut de formation nationale (I.F.N.), il en déposait discrètement les statuts, s'en attribuait la présidence et surtout obtenait en 1994 du ministre de l'Intérieur (Charles Pasqua) l'accord de financement des stages d'élus par les conseils régionaux ou municipaux
Il allait disposer ainsi d'un formidable outil, non seulement de formation, de rencontre et d'influence, mais aussi de financement (le stage de deux jours étant facturé 6 500 francs... par personne !).
Mégret développait donc, au fil des années ; une véritable direction extérieure à celle du Bureau politique, discrète sinon secrète, disposant d'une logistique propre, de locaux et de moyens que l'on mettrait en œuvre soit pour parachever la conquête du Front national, soit en cas d'échec pour construire un autre parti selon la méthode du « fractionnisme révolutionnaire » chère encore à Lénine.
Je ne dirais pas la vérité en écrivant que l'évolution des derniers mois ne m'a pas surpris.
Je croyais en effet que Bruno Mégret pensait avoir une «autoroute» devant lui et qu'il lui suffisait d'attendre pour s'emparer du mouvement.
Or, prenant prétexte de l'hypothèse d'une candidature «Jany» aux élections européennes, il lançait la fronde à Toulon. Il Ia faisait suivre d'une campagne systématique d'envois de «documents» destinés à saper les positions de Le Pen. Enfin, il déclarait, à celui-ci, à Bruxelles, lors de notre réunion de groupe du mois de novembre en ma présence : « La nomination de Jean-Claude Martinez comme directeur de campagne est un acte de guerre civile interne ! ».
Et, le 5 décembre, éclatait la conjuration.
Entre temps, Yvan Blot, certainement inquiet et hésitant, avant de se résoudre à rejoindre sa vieille équipe «gréciste», me confiait que Mégret ne cessait de lui répéter : « Je ne peux plus attendre », ce que je leur rappelais lors du Bureau politique tenu le 5 décembre pendant le Conseil national, pour essayer en vain de trouver une issue à la crise. « Pourquoi Bruno ne peux-tu attendre ? »
Je n'obtenais aucune réponse. Là réside sans doute le secret de l'affaire.
Quoi qu'il en soit de mon appréciation, exacte ou erronée, sur ce secret, j'y viens. Cette pratique du secret, de la hiérarchie parallèle, de la clandestinité dans les relations, je n'ai jamais pu admettre ces agissements en dehors de Jean-Marie Le Pen et du Bureau politique.
Certes, me dira-t-on, vous saviez - et Jean-Marie Le Pen savait - bien des choses sur ces agissements.
Je confie que sur ce point, son indulgence m'agaçait et que j'aurais aimé qu'il agisse face au complot, plus tôt et peut-être différemment. Mais la question n'est plus là.
Quelques uns me reprochent aussi de n'avoir pas moi-même constitué une tendance au sein du Front national. Je m'y suis toujours refusé. On le sait, les objectifs de Chrétienté-Solidarité sont parfaitement spécifiques soutien aux peuples opprimés par le communisme ou le fondamentalisme islamique, formation doctrinale - et complémentaires, à ciel ouvert, à visage découvert, de ceux du Front national.
Enfin, je déteste les coteries, les clans et les tendances à l'intérieur de mon camp et je n'admets, le cas échéant, le secret et la clandestinité que face à un pouvoir antinational oppresseur et totalitaire.
Et si j'avais un jour, ce qu'à Dieu ne plaise, une grave objection de conscience par rapport à Jean-Marie Le Pen, je la porterais franchement devant lui et devant le Bureau politique.
Du complot Mégret, tout est aujourd'hui connu : la stratégie depuis le RPR et les CAR, les objectifs de la création du quotidien Le Français, les conseils de son centre de marketing et de promotion : la société Carnix.
Nous avons vu ensuite les prétextes de la guerre, découvert l'ignoble « document Franck »(2) couronnement de l'entreprise de dénigrement et de diffamation contre Jean-Marie Le Pen, et l'objectif avoué de concéder à celui-ci un honorable statut de président d'honneur...
Mégret abat maintenant ses cartes. De ses locaux d'Asnières, il fait router au mépris de toute procédure légale et normale les lettres de demande d'un congrès extraordinaire. Il convoque un pseudo-conseil national extraordinaire. Et il prépare un extraordinaire congrès au gymnase de Marignane...
A QUI PROFITE LE CRIME
Il faut maintenant aller au-delà de ce qui pourrait paraître à des gens peu informés comme un règlement de comptes entre rivaux au sein d'une même organisation.
D'évidence, Bruno Mégret n'avait pas intérêt, s'il voulait un succès aux élections européennes, à briser l'unité du Front national à quelques mois d'une élection prometteuse.
Alors ? Alors simplement, il faut observer que le grand gagnant de cette affaire s'appelle... Jacques Chirac.
Celui-ci peut en effet, en ce moment, penser qu'il n'aura pas à affronter à la prochaine élection présidentielle un candidat national, tant il sera difficile pour celui-ci d'obtenir les 500 signatures d'élus habilités à patronnée une candidature.
D'autres travaillaient jadis pour le roi de Prusse, on peut se demander, aujourd'hui, si Bruno Mégret n'a pas travaillé pour Jacques Chirac ?
(1) Groupe de recherche et d'étude sur la civilisation européenne fondé par Alain de Benoist, ainsi que la revue Nouvelle école.
(2) Texte de Frank Timmermans, bras droit de Bruno Mégret - secret et confidentiel - découvert dans la malette malencontreusement égarée par le Conseiller régional Jean-Pascal Serbera. Celui-ci déclara naïvement et cyniquement en présence de tous les autres conseillers : « Je ne suis pas la tête du complot, même si j'en suis ». Ce texte constitue le « vade mecum » du parfait dénigreur et diffamateur du Front national.
Reconquête décembre 1998-janvier 1999

Que les hommes d'arme bataillent et que Dieu donne la victoire! (Jeanne d'Arc) Patriotiquement votre.