Sur fond de dénonciation anonyme, le premier reproche au second de cacher un rapport de la DST qui le met hors de cause dans l'affaire des frégates de Taiwan
Le hasard n'y est pour rien. L'affaire des frégates de Taiwan réapparaît au moment précis où l'on annonce le projet de fusion entre EADS et THALES, deux sociétés où l'armement joue un rôle important. Un mystérieux personnage envoyait de temps à autre des révélations anonymes aux enquêteurs. Il a été aussitôt baptisé le "corbeau". Mis en cause par une rumeur lancée il y a plusieurs mois, Jean-Louis Gergorin, qui est tout simplement le vice-président d'EADS, a jeté un pavé dans la mare, non seulement en niant être le dénonciateur, mais en contre-attaquant. A cette occasion, il est apparu que le ministre de l'Intérieur et celui de l'Economie ne sont pas du tout d'accord, à propos d'une enquête de la DST.
Jean-Louis Gergorin n'y est pas allé de main morte. Les accusations contre lui, outre le préjudice qu'elles lui causent, sont à ses yeux une manipulation qui va plus loin que de cacher qui est impliqué, et à quel degré, dans l'affaire de corruption des frégates de Taïwan (dont National Hebdo a rendu compte à plusieurs reprises) : « ... certains ont la volonté de provoquer un changement brutal et quasi-immédiat, en dehors des échéances institutionnelles, du management français d'EADS-Airbus ». Une nouvelle affaire qui éclate dans le marécage d'un vieux dossier. Avec Sarkozy au beau milieu. Le locataire de Bercy se serait, pour une fois, bien passé de cette publicité.
Sans revenir sur les méandres de l'affaire des frégates, il faut se souvenir qu'il s'agissait de commissions occultes sur des ventes d'armes.
895 dossiers détruits
Des personnalités concernées de par leurs fonctions en auraient touchées. D'autres, en apparence plus éloignée des transactions, auraient également palpé : des conseillers financiers, des industriels et des politiques, dont quatre ministres ou anciens ministres (deux de gauche, deux de droite). Le nom de Nicolas Sarkozy, horreur, a été prononcé et même écrit. Dans la presse. En avril de cette année, le fameux corbeau a expédié à la justice une liste de comptes ouverts au Luxembourg, dans un établissement financier appelé Clearstream. Ce qui signifie Courant limpide, une ironie peu appréciée par les personnalités censées figurer sur la liste.
Du coup, le corbeau est devenu l 'homme à démasquer et à abattre. Pourtant, la vraie question est ailleurs : ou les tuyaux sont véridiques, et il faudrait le décorer; ou ils sont faux, et il faut le dire. En tout cas, il y a anguille sous roche, car la profusion d'infos transmises au juge est prodigieuse. Par exemple, il signale la destruction de 895 comptes nominaux chez Clearstream, donnant les noms. D'où deux enquêtes, celle du magistrat instructeur, le juge Van Ruymbeke, et celle de la direction de la Surveillance du Territoire, la DST, sur l'ordre du ministre de l'Intérieur.
Un corbeau et des rumeurs
Le 15 octobre, le ministre, Dominique de Villepin, rassure son collègue Sarkozy, aucun soupçon ne pèse sur lui, le rapport de la DST en atteste. Alors, éclate une étrange polémique entre Villepin et Sarkozy . Au lieu de se réjouir de la démarche "amicale" de Villepin, Sarkozy voit rouge. "On" lui a dissimulé l'enquête de la DST, "on" n'a pas transmis les résultats à la justice. Cette réaction implique que le maître de Bercy suppose qu'au départ, Villepin a voulu "savoir", et qu'il n'à pas écarté a priori le "soupçon". Impardonnable.
Là où tout se complique, c'est que la DST n'a rien transmis à une justice qui ne lui a rien demandé. Chacun attend que l'autre bouge, et les semaines passent. Curieux. Gergorin trouve le temps long, car des rumeurs le désignent comme le corbeau dont le nom serait mentionné dans le rapport de la DST. Lequel n'a pour l'heure pas d'existence officielle. Aussi l'industriel a t-il décidé de porter plainte. Au-delà de sa dénonciation, Gergorin sait que ses relations anciennes (bien qu'il ne soit membre d'aucun parti) avec Villepin sont évoquées. Mais il n'y a pas que cela. Il a été insinué que l'informaticien lmad Lahoud, qui a des ennuis dans une affaire financière, aurait travaillé pour lui sur les fichiers Clearstream, ce que Gergorin dément catégoriquement. De même qu'il s'étonne de voir que le refroidissement de ses relations avec·Philippe Delmas, vice-président d'Airbus, le rende suspect de la mise en cause de ce dernier dans le dossier des frégates. Plus on cherche à comprendre, plus de noms apparaissent. Néanmoins, il existe des certitudes : des règlements de comptes entre dirigeants de EADS sont inscrits en filigrane, de même que l'annonce de la fusion projetée entre EADS et THALES ne pouvait manquer de faire réapparaître la silhouette des frégates entre les deux entreprises, qui furent autrefois en compétition sur ce 'marché, du temps où la société s' appelait THOMSON.
Alexandre MARTIN: National Hebdo 25 nov au 1er déc 2004.
SARKOZY-VILLEPIN.....CLEARSTREAM, déjà en 2004 dans National
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