Islamophilie, islamophobie et iranophobie
Les derniers développements de l'actualité confirment objectivement notre survol de celle du mois d'août dans notre numéro de rentrée. On peut même se demander si le journal n'a pas inspiré le thème principal de la nouvelle formule du Courrier international qui titre sur « L'Amérique et l'islam ».
Comme nous l'avions prévu, le projet de construction d'une mosquée non loin de Ground Zéro s'est révélé comme un chiffon rouge agité sous les naseaux de nombreux Américains. C'est donc pour les « islamo friends » du pain bénit que l'initiative du révérend Jones. En un tour de main le méchant a changé de camp. Ce pasteur, gourou d'une minuscule secte adventiste, est de toute évidence un illuminé, comme il y en a beaucoup dans cette mouvance protestante. Il ne représente rien, mais son initiative de brûler des centaines de Corans pour célébrer le 11-Septembre a déjà fait le tour de la planète. Son mouvement, qui regroupe une cinquantaine de membres (ça paraît bien peu), est cependant typique d'une frange du protestantisme évangélique américain aujourd'hui. Il n'est affilié à aucune obédience particulière, comme par exemple l'église baptiste ou mennonite. Il nage donc dans la mouvance comme un poisson dans l'eau, libre de ses mouvements. Les évangélistes sont environ 80 millions. La principale composante est celle des baptistes du sud, environ 16 millions de personnes. Il y a ensuite de nombreux groupes plus petits. La Floride, où se trouve le pasteur Jones, fait partie de la « Bible Belt », où sont concentrées la plupart des églises évangéliques. C'est Internet et les media qui donnent à ce petit groupe un impact mondial. Son initiative est jugée tellement dangereuse qu'elle a motivé une réaction du général Petraeus, commandant des forces de l'OTAN en Afghanistan. Il a mis en garde contre les conséquences d'un tel acte sur la « sécurité des troupes » et « l'effort global » mis en œuvre pour stabiliser la situation afghane. La secrétaire d'État Hillary Clinton lui a emboîté le pas lors d'un dîner de l'lftar (qui rompt le jeûne du ramadan) avec la communauté musulmane, parlant du projet de Terry Jones comme d'un acte "indigne". « Cela ne représente pas l'Amérique », a-t-elle dit. Depuis Rome, Benoît XVI a appelé le pasteur Jones à abandonner son idée. On doit bien constater que l'Occident est pétrifié devant de possibles réactions des musulmans dans le monde à un acte provocateur de monsieur "personne". On peut facilement opposer cette mobilisation au silence assourdissant vis-à-vis d'actes antichrétiens sans parler de massacres d'une autre importance venant de franges certes radicales mais plus représentatives de l'islam que la secte de Jones. Ce pasteur est peut-être comme on le laisse entendre un grand malade mais l'effet produit est révélateur d'une maladie très répandue : la soumission à l'islam.
On peut d'ailleurs compléter cette analyse par la mobilisation en faveur de l'Iranienne Sakimah prétendument menacée de lapidation. Le moins qu'on puisse dire est que son cas n'est pas clair. La nouvelle sainte est tout de même deux fois adultère et sans doute une "diabolique" meurtrière. Il est étonnant de la déclarer innocente par définition, car "victime" du régime iranien. Pour BHL et tant d'autres, il s'agit avant tout de diaboliser, pour le plus grand profit d'Israël, le pouvoir iranien du président Ahmadinejad. Bien entendu on peut être pour la peine de mort mais contre la torture ou la question préalable suivie de la lapidation. Il s'agit d'une peine indigne et d'un autre âge issue d'une charia née dans le désert où il est évidemment plus simple de lapider que de noyer. On aurait pu s'attendre à une condamnation de la charia... mais ce serait diaboliser la justice musulmane. C'était cependant la seule réaction logique. Mais ce qui guide de toute évidence les pétitionnaires ce n'est pas la justice mais l'iranophobie. La meurtrière présumée toujours pas condamnée définitivement est déclarée sainte et martyre. C'est tellement vrai que l'Iran est la véritable cible, que comme nous l'avons déjà écrit d'autres lapidations bien réelles en Afghanistan n'ont provoqué, elles, aucune réaction indignée. Les autorités iraniennes ont annoncé avoir « suspendu la sentence de mort par lapidation ».
Ce qu'elles avaient déjà annoncé le 9 juillet dernier. Sans que cela soit pris en compte d'ailleurs. « Ce n'est pas nouveau, confirme-t-on au Quai d'Orsay. La dernière fois encore, les autorités avaient déclaré qu'il n'y avait pas de décision définitive. » Le moins qu'on puisse dire c'est que pour les amoureux de la justice le doute ne bénéficie pas à l'Iran.
Révélatrice également : l'affaire Sarrazin le si mal nommé. Dans un livre pamphlet publié en Allemagne, Thilo Sarrazin, un haut fonctionnaire qui siège à la Banque centrale, dénonce le déclin de l'Allemagne qu'il voit "s'abrutir" sous le poids des immigrés musulmans. De plus, il est de gauche, membre du parti social-démocrate. Viré de la banque, il manque d'être exclu du parti. Mais cette condamnation du système révèle surtout la cassure entre les dirigeants autoproclamés et la population. Sigmar Gabriel, le président du Parti social-démocrate (SPD) qui veut expulser de ses rangs Thilo Sarrazin, a reconnu avoir reçu des milliers de lettres et courriels de soutien à l'intéressé. Et son visage fait la couverture de l'hebdomadaire Der Spiegel paru avec ce titre : « Sarrazin, héros populaire ». Du coup, les dirigeants politiques évitent de rejeter d'emblée toutes ses thèses. L'Allemagne s'autodétruit va devenir le livre de l'année. Au-delà du tollé politico-médiatique, que pense la population allemande ? Est-elle également scandalisée ? Selon le Frankfurter Allgemeine Zeitung, il n'en est rien. Le journal critique les réactions indignées des responsables politiques (dont Angela Merkel), dénonce l'"hypocrisie" du procès que font à Sarrazin les partis qui « nient les problèmes posés par l'immigration » et rappelle que « la majorité des Allemands partagent ses opinions ». Le Monde appuie ce constat : « Du quotidien populaire Bild à l'hebdomadaire intellectuel Die Zeit, tous les médias font le même constat : l'opinion publique approuve massivement les thèses énoncées par Thilo Sarrazin. » 51 % des Allemands se déclarent opposés au renvoi de Sarrazin de la banque centrale. Mais le journal de 20h de France 2 annonçait un autre chiffre autrement plus impressionnant. Après avoir rappelé le tollé politique en Allemagne, le journaliste lâche qu'à la question « M. Sarrazin va-t-il trop loin ? », 95 % des sondés ont répondu "non" !
Ainsi des États-Unis à l'Allemagne le constat est le même : la résistance populaire se durcit contre l'islamisation des élites. En France le succès même très relatif mais très médiatisé des apéros saucissons en est une autre preuve. L'histoire certes ne se répète pas, elle bafouille. Cependant il y a déjà eu une alliance entre la droite nationaliste, identitaire et sociale et la gauche la plus lucide. C'était le temps d'un front commun populaire contre un capitalisme en crise et un totalitarisme voulant conquérir le monde. Le capitalisme est en crise aujourd'hui comme jamais et l'islam veut être la lutte finale des religions comme le marxisme pour la classe ouvrière.
Cette alliance droite-gauche s'est réalisée dans les années 1920 et l'on connaît son nom, c'est le fascisme.
Pierre-Patrice BELESTA. RIVAROL 17 SEPTEMBRE 2010
Islamophilie, islamophobie et iranophobie
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