L'hôpital public à la portion incongrue

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L'hôpital public à la portion incongrue

Messagepar Pat » 18/10/2010 - 15:38

L'hôpital public à la portion incongrue

À l'hôpital comme ailleurs, le gouvernement cherche à réaliser des économies. Pas toujours où il le faudrait ...

Infirmiers contre CRS, qui va gagner ? Certainement pas les malades, otages du bras de fer engagé entre les infirmiers-anesthésistes et le gouvernement. Au lendemain de la manifestation parisienne. le 1er octobre, qui a donné lieu à des affrontements avec la police, le mouvement de grève des infirmiers anesthésistes de l'hôpital public s'est durci. Une opération « bloc mort » ralentit le calendrier des opérations en cardiologie, neurologie, chirurgie-digestive et urologie dans de nombreux hôpitaux, où seules les opérations urgentes sont effectuées.

À l'origine du mouvement de protestation, la réforme préparée par le ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, remet en cause, selon les intéressés, leur spécialisation d'infirmiers anesthésistes diplômés d'Etat (lADE). Elle instaure, argumentent-ils, une nouvelle grille indiciaire qui n'est plus assez motivante pour les inciter à prolonger leurs études. Le ministre est accusé de vouloir réaliser des économies à la fois sur le dos des malades et sur celui du personnel soignant, en organisant la pénurie par le manque de candidats, afin de recruter un personnel moins qualifié et moins cher.
Il est vrai que le gouvernement est confronté à un défi considérable : la branche maladie de la Sécurité sociale devrait connaître cette année un déficit record de 14,5 milliards d'euros en 2010 contre 11,5 l'an dernier, selon le projet de loi de finances de la Sécurité sociale 2010.
Selon le gouvernement, les pertes d'exploitations de l'hôpital public auraient représenté 673 millions d'euros en 2009, en baisse pour la deuxième année consécutive. Ce chiffre et cette conclusion sont toutefois contestés par la Cour des comptes qui, après avoir procédé à l'examen comptable de 85 hôpitaux, constate que « les établissements réellement à l'équilibre sont moins nombreux qu'il n'apparaît officiellement. ( ... ) Plus de la moitié des établissements présentant un résultat comptable positif se retrouvent, en réalité, en déficit. » Nicolas Sarkozy ayant fixé l'objectif d'un retour des hôpitaux publics à l'équilibre budgétaire d'ici deux ans, l'Etat est donc à l'affût de tous les postes d'économies praticables. Quitte à réduire les effectifs des hôpitaux ? Le professeur Bernard Debré, chef du service d'urologie à l'hôpital Cochin et député UMP, a poussé un cri d'alarme dans le Journal du Dimanche : « Les conditions de travail deviennent de plus en plus difficiles, s'y émeut-il. Il manque 15 infirmières dans un service, dix dans un autre. Nous sommes contraints de fermer des lits, des blocs opératoires. ( ... ) La vérité, c'est que nous n'avons jamais été autant à flux tendu. Nous sommes sur la corde.
Quand je fais ma commande de matériel, je dois arbitrer entre une table roulante pour servir les plateaux-repas et un cystoscope.
»

Certes, Bernard Debré n'échappe pas au soupçon de briguer la succession de Roselyne Bachelot lors du remaniement annoncé - s'il critique d'ailleurs la politique de cette dernière, il prend bien soin de se déclarer sarkoziste... Ses inquiétudes n'en sont pas moins fondées, au moins en ce qui concerne le personnel soignant, infirmiers et médecins, qui sont effectivement débordés de travail.

En janvier dernier, Aurélie, infirmière en gériatrie, en témoignait dans France-Soir. Chargée de 21 patients et assistée de deux aides-soignants seulement, elle expliquait : « Je suis seule et je dois prendre, pour faire uniquement les soins basiques d'un patient, vingt minutes. Je n'ai absolument pas le temps de travailler le côté relationnel, régler les problèmes. Alors on se tourne vers les médecins, mais eux aussi sont débordés ! » Elle envisageait de passer dans le secteur privé et avouait avoir perdu une partie de ses valeurs, alors que l'Assistance publique se gère aujourd'hui comme une entreprise.
Si seulement ! Car l'hôpital public n'échappe pas aux défauts de l'administration et le « terrain » y est volontiers sacrifié aux bureaux. Selon un rapport de la Cour des comptes publié en 2006, les dépenses de personnels représentaient, en 2004, 67 % des charges d'exploitation des hôpitaux. Or la filière administrative de l'hôpital public employait en 2003 11 % des personnels. Avec quel résultat ? « L'administration, observait la Cour des comptes, apparaît mal organisée et la répartition des compétences entre les différents échelons administratifs n'est pas adéquate. » Sans doute est-ce de ce côté-là qu'il convient de réaliser en priorité des économies.
Jean-Pierre Nomen monde et vie 11 octobre 2010
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Que les hommes d'arme bataillent et que Dieu donne la victoire! (Jeanne d'Arc) Patriotiquement votre.

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