Nous l'avions annoncé, c'est arrivé : bloqué sur l'économie et le social par ses engagements incompatibles, Lionel Jospin se rattrape sur la part idéologique de ses promesses, en particulier sur l'environnement. Sa garde verte a donné tous azimuts. Dominique voynet "réévalue" le projet de canal Rhin-Rhône, le troisième aéroport de Roissy, Superphénix et tels tracés d'autoroute. Bernard Kouchner et Noël Mamère demandent, eux, une étude sur l'usine de retraitement des déchets atomiques de la Hague - pour mettre en doute l'ensemble des mesures et des contrôles regardant l'industrie nucléaire. Et cela ne fait que commencer.
Il faut-être prudent lorsqu'on parle d'environnement, c'est un terrible nœud où les pouvoirs se mêlent et s'affrontent. Les récents coups de canif du prince Laurent de Belgique à l'étiquette politique de son pays nous le rappellent : s'il a choisi de sortir de la neutralité politique que lui impose la Constitution belge par la porte verte c'est que l'environnement est un formidable atout de communication en même temps qu'un pilier de la nouvelle morale (ce qui est vert est bon). Bref, c'est un levier politique de première importance.
Tout le monde s'en est servi et s'en sert. Ainsi, des informations discutables sur les pluies acides, l'effet de serre ou le trou d'ozone ont-elles été exploitées tantôt par des grandes firmes (notamment productrices de substituts de chlorofluorocarbones), tantôt par des forces politiques : la conférence de Rio a permis de mettre symboliquement les pays développés en accusation pour leurs émissions de dioxyde de carbone.
L'écologie, c'est aussi un buissonnement de réseaux internationaux, d'inspiration et de tendance mondialistes. Par le passé, les principaux d'entre eux ont été financés et utilisés par les deux superpuissances qu'étaient l'URSS et les USA. Les Verts allemands étaient liés à la Stasi, la police politique est-allemande. Greenpeace s'est attaqué au nucléaire français-et aux plate-formes européennes en mer du Nord : il n'a jamais mené aucune campagne contre les délirantes centrales d'Europe de l'Est, ni contre les plate-formes américaines du golfe du Mexique. Aujourd'hui, les appels frémissants à un « nouvel humanisme » et les recommandations de plus en plus impératives de L'Agenda 21 pour un développement durable et une éthique durable tendent, sous couleur de rappeler l'humanité au bon sens et au bien, à mettre en tutelle les nations.
Cela ne signifie pas, bien sûr, qu'il faille négliger les enseignements de l'écologie ni s'opposer aux contraintes nécessaires à préserver ou restaurer notre environnement. Pour deux raisons : d'abord, un milieu sain est nécessaire à la santé et au bonheur, c'est une école d'intelligence, de plaisir, d'harmonie, bref, c'est une question de survie. Ensuite, du point de vue politique et philosophique, il existe une réelle parenté entre un souci cohérent de l'environnement et la pensée classique qu'incarne aujourd'hui le Front national, quasiment seul. A cet égard, il nous appartient de dénoncer les contradictions fondamentales qui opposent la gauche, fille des lumières, et les libéraux qui rêvent que les équilibres se rétablissent tout seuls dans un monde en progrès continu, à "écologie. Nous devons nous présenter comme les seuls défenseurs raisonnables et cohérents de l'environnement.
Dans cette intention, nous nous pencherons sur l'aspect technique de la question, où se débusquent les intentions politiques des uns et des autres. En nous attelant dès maintenant à quelques dossiers-clés. Aujourd'hui, le nucléaire.
Nous ne prétendons pas résoudre le problème, mais le poser. Avec les données dont nous disposons, bien sûr. Si demain une commission d'enquête affirme qu'elles sont erronées, il faudra qu'elle dise pourquoi, comment, et qu'elle en fournisse d'autres. Et que d'autres commissions fassent le même travail pour le pétrole, les industries chimiques, etc ... Afin que le public puisse faire le bilan comparé des dangers engendrés par les grands intérêts qui nous gouvernent. Et que l'on puisse enfin dire, en connaissance de cause, si untel est alarmiste ou tel autre quiétiste. En matière de menaces sur l'environnement. On s'adresse toujours à l'affectivité du grand public, jamais à sa raison. Cela permet toutes les manipulations. Cela finit aussi par brouiller le jugement des honnêtes gens. Ils ne savent plus quoi penser, tant les spécialistes, qui ne sont d'ailleurs pas tant spécialistes que ça, se contredisent.
M.P National Hebdo du 26 juin au 2 juillet 1997
L'agitation anti-atome de Voynet est-elle justifiée ?
Revenir vers « Ecologie et environnement »
Qui est en ligne ?
Utilisateurs parcourant ce forum : Aucun utilisateur inscrit et 0 invité
