La campagne médiatique sur les « révoltes de la faim » qui s' étendent dans le monde vise-t-elle à culpabiliser encore plus les « pays riches » ? Directeur de la FAO, organisation de l'ONU pour l'Alimentation et l'Agriculture, le Sénégalais Jacques Diouf ne celait pas le 10 avril à New Delhi, en présence du ministre indien de l'Agriculture Sharad Pawar, la gravité de la situation alimentaire globale : « Face à l'offre et à la demande, les prix de l'alimentation ne sont pas près de s'améliorer. » Les stocks mondiaux de céréales, réduits à 4/5 millions de T, ne couvriraient plus, affirme-t-il, que de 8 à 12 semaines, alors que nous ne cessons de le dire ici : il y a des mois que la sécurité de 65 jours a été pulvérisée. « Avec les émeutes d'Egypte, du Cameroun, d'Haïti, du Burkina Faso, du Sénégal, ajoute-t-il, la situation alimentaire du monde est dramatique. » Dans ces pays, 50 à 60 % des revenus sont consacrés à la nourriture. 65 % au Viemam. 73 % au Nigeria. Contre 14 % en France. Aux USA, les 20 % les plus pauvres n'y consacrent pas plus de 16 %.
Du 3 au 6 juin, une conférence mondiale débattra au siège de la FAO à Rome de la nécessaire croissance de la productivité dans les pays pauvres, de l'augmentation de la consommation dans ceux en développement et de l'impact du climat sur la production mondiale. Mais le directeur de la FAO, évoquant les « raisons structurelles » responsables de la situation, met d'abord en cause l'extension des cultures agro-énergétiques. Sans citer les Etats-Unis, il dénonce le pays qui consacre 100 millions de tonnes de céréales aux agrocarburants et entend « multiplier ce chiffre par 12 d'ici 2017 ». Cette course effrénée à la « chimie verte », alimentée par le spectre du C0² anthropique, est imputée avec agressivité aux pays industrialisés. Ainsi ce paysan désespéré du Bangladesh qui, dans un reportage récent d'Arte, maudissait l'Occident responsable à ses yeux du réchauffement climatique et de sa terre inondée.
HARO SUR LES BLANCS !
Il commence à avoir le dos large, l'Occident !
A la même tribune, le ministre de l' Agriculture indien se félicitait de ce que son pays, deuxième producteur mondial de blé après la Chine (96 millions de T), ait su protéger son 1,15 milliard d'habitants de la famine : au 1er avril 2008, l'Inde disposait d'une réserve de 5,5 millions de T de blé, alors que quatre suffiraient. Avec 75 millions de T en 2008, proche de l'autosuffisance grâce à la révolution agrochimique imposée au Pendjab et dans l'Aryana, elle n'en a pas moins raflé en 2005/06 quelque 5,5 millions de T sur le marché mondial. 1,8 million en 2006/2007. 2 millions en 2007/2008. Aggravant ainsi, comme la Chine, l'envolée des prix agricoles. « En tant que ministre de l'Alimentation, se justifie Sharad Pawar, je dois maintenir des stocks de sécurité afin de faire face à toute éventualité. » De même ses achats massifs de viande sur le marché mondial sont-ils autre chose que des importations déguisées de céréales, quand il faut 8 kg de maïs pour faire 1 kg de viande ?
Quant au riz, en pleine ascension, on ne saurait montrer les Bourses occidentales du doigt. Les transactions en effet sont entre les mains du négoce chinois qui ne connaît que la loi de l'offre et de la demande. De 200 $ la tonne il y a cinq ans, le riz est passé à 400 en décembre 2007 et à 500 début avril. Mais il peut atteindre 1 200 $ et l'Inde n'exporte plus, y compris vers le misérable Bangladesh, à moins de 1000 $.
Pour ne rien dire du tsunami démographique tiers-mondiste quand, depuis un demi-siècle, les pays blancs se stérilisent. Ou des dégradations environnementales dont la plupart des pays du Sud ainsi que l'Inde, la Chine, les Philippines, l'Indonésie sont les premiers fautifs.
De toutes parts - Strauss-Kahn au FMI, Zoellnick à la Banque Mondiale, Diouf à la FAO -, on pointe un doigt accusateur vers les nations blanches dont l'égoïsme, en faisant monter le prix des céréales, naufragerait 33 pays dont le néo-con Zoellnick larmoie qu'il « ne leur reste plus de marge de survie ». Pour le FMI, au cours des trois dernières années, la moitié de l'augmentation du prix mondial du maïs serait imputable à l'éthanol américain. Et l'Union européenne ne détaxe-t-elle pas ses agrocarburants, distrayant de plus en plus de surfaces à vocation alimentaire vers les cultures énergétiques ? Ils sont cependant plus discrets sur le très gourmand Brésil de Lula Da Silva qui, dans l'imagerie globale, passe toujours pour une nation de couleur.
Le Programme Alimentaire Mondial (WFP) déplore un trou de 500 millions de $ dans son budget. Il y a situation d'urgence, proclame encore Zoellnick qui reproche aux nations blanches d'avoir en 2006 réduit leur aide de 8,4 % alors que, pour réaliser les promesses faites en 2005, elles devraient l'augmenter de 35 % au cours des trois prochaines années. Qui paie ?
PLUS QUE JAMAIS L'OMBRE DE MALTHUS
L'Europe, l'Amérique du Nord et l'Australie sont sommées de financer le développement d'une agriculture moderne dans le Tiers-Monde, notamment en Afrique : « On ne voit pas, proteste Diouf, pourquoi l'Afrique n'aurait pas droit aux mêmes équipements qui existent en Europe. Aux mêmes réseaux d'irrigation, autoroutes, infrastructures agrochimiques qui ont permis l'éminence de l'agriculture européenne. » Outre que, avant d'exiger de tels droits, les élites africaines devraient faire la preuve de leurs capacités inventives, il faut aller au bout du raisonnement. Le prix payé par l'Occident pour cette agriculture a été terrible. 0,2 % seulement des Américains en vivent encore. 1 % des Français et des Australiens. La modernisation agro-industrielle chinoise jette 300 millions de paysans à la rue. C'est pourtant ce qui attend l'Afrique si on écoute les malfrats du productivisme agraire. Irriguer plus quand 3 % des eaux africaines servent à l'agriculture ? Après un demi-siècle de siphonnage et de pollution des nappes phréatiques, les Etats-Unis et l'Europe réduisent leurs surfaces irriguées. Promouvoir une seconde « révolution verte » dans le Tiers-Monde ? Des millions d'hectares, gorgés de pesticides, ont été stérilisés par les premiers. Etendre partout la mécanisation et la technologie quand le coût des énergies menace de paralyser tout le système?
Notre ministre de l'Agriculture Michel Barnier et ses pairs prétendent remettre en culture toutes les terres disponibles et ne consacrer que 8 % d'entre elles aux agrocarburants. Mais les friches industrielles et les jachères avaient été repoussées dans les sols les plus pauvres, les landes et les coteaux. Chaque année, 60 000 hectares de terres limoneuses sont avalés par le bétonnage péri-urbain imposé par la croissance de l'immigration et les infrastructures commerciales, autoroutières, aéroportuaires. L'augmentation des prix, en bonifiant les revenus des agriculteurs, les encouragerait à produire plus ? Faux : après un demi siècle d'agrochimie la productivité ne cesse de décliner. Le renchérissement des intrants issus de la chimie pétrolière, l'accroissement des charges et l'inflation du prix des matériels ont largement neutralisé la récente augmentation des marges. Enfin, les contrôleurs garde-chiourmes de Bruxelles sont avec les virus tropicaux les plus efficaces artisans de la désertification rurale européenne.
D'ailleurs, selon les experts de Merril Lynch, en 2006 la production alimentaire a augmenté à un moindre rythme que la croissance démographique. Menace terrifiante pour tous ceux qui, depuis des générations, calomnient Thomas Malthus, refusant d'écouter le vieux prophète. Mais à cet instant d'évolution, seule la famine peut rétablir le point d'équilibre. Ne cessant de biaiser, ils se sont persuadés qu'en dépouillant les pays "riches" au profit du Tiers-Monde, ils résoudront l'angoissante question de la faim. Plus le temps passe pourtant, plus la démographie mondiale enfle. Et plus la catastrophe sera gigantesque.
Petrus AGRICOLA
L'Egypte, cas d'école
L'un des premiers pays frappés par des révoltes de la faim a été l'Egypte : 80 millions d'habitants entassés sur 40 000 km², 1/10e de la France, 33,8 % ont moins de 15 ans, Moyenne d'âge, 22 ans. Avec trois enfants et demi par femme, 160 millions d'habitants prévus en 2050, 4 000 au km² dans le delta du Nil. Comment imaginer doubler la production agricole en cinquante ans ? Alors l'ONU, GIEC en tête, plutôt que d'affronter la tragédie de la surpopulation, préfère convaincre qu'en faisant monter la Méditerranée de un mètre, c'est le réchauffement climatiqne, provoqué par les « pays riches », qui condamne ces gens.
Rivarol du 2 mai 2008
Peut-on éviter la famine mondiale ?
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Re: Peut-on éviter la famine mondiale ?
Pour eux, la crise alimentaire mondiale c'est le Pérou !
A mesure que croît le prix des "commodities", comme l'on dit dans le jargon financier pour désigner universellement les matières premières, ceux qui en font commerce, ainsi que leurs factotums, placés aux postes de décision, peuvent se réjouir de ce qui fait le malheur du plus grand nombre. D'autant que les gains les plus spectaculaires sont justement réalisés par les instigateurs des hausses alimentaires les plus fortes.
Prenez par exemple l'américain Archer-Daniels-Midland, seconde multinationale de l'agribusiness mondial. Selon le Wall Street Journal, elle a battu en 2007 tous ses records avec un chiffre d'affaires de 44 milliards de dollars. Profits, 2,2 milliards de $ : + 65 %.
Monsanto qui, il y a une dizaine d'années, était au bord du dépôt de bilan, a progressé de 44% en 2007 grâce aux OGM (3,7 milliards de $ prévus en 2008 ) et au Round-Up (1,8 milliard de $). 26 % de plus au premier trimestre 2008 pour Syngenta, premier fabricant mondial de pesticides. Avec près de 40 milliards de $, en hausse de 8 %, Novartis a annoncé des résultats records en 2007. DuPont, second producteur US de semences avec Pioneer, a progressé de 26 % au premier trimestre 2008. Sur les douze derniers mois, Cargill qui, outre sa place parmi les principaux semenciers, maîtrise la plus grande partie de la potasse mondiale, a progressé de 86 %. Bunge, autre multinationale agro-alimentaire géante, a fait 77 % de mieux en 2007. Hausse de 7 % pour Nestlé. Ce n'est rien à côté du premier asiatique, le thaïlandais Charoen Pokphand Foods : + 237 %. On ne parlera pas ici de Louis-Dreyfus Commodities, l'une des toutes premières multinationales agro-alimentaires mondiales, puisqu'elle ne publie aucun résultat de ses activités. En revanche, on pourra dire que 2007 aura été pour la première entreprise américaine de viandes, Tyson Foods, une année faste avec 27 milliards de $ de ventes. 12 milliards de $ pour le brésilien JBS, premier producteur mondial de viande bovine, à cheval sur le Brésil, l'Argentine, les USA et l'Australie.
Caterpillar, premier fabricant de gros matériel de défrichage, a cru de 14 %. Les six principaux agromécaniciens américains, dont John Deere, premier constructeur mondial d'équipement agricole, ont progressé de 17 % en 2007.
Bilans identiques pour les mastodontes pétroliers dont les produits dérivés irriguent tout le système agrochimique industriel.
Exxon avec 40,6 milliards de $ a réalisé les plus forts bénéfices de l'histoire industrielle américaine. Chevron, second pétrolier US, au 4 trimestre 2007, a augmenté ses profits de 29 %. 37 % de plus pour Conoco-Philipps. 56 % pour Occidental Petroleum. 42 % pour Hess Corp. En 2007, les cinq principales firmes pétrolières US ont fait ensemble 123 milliards de $ de bénéfices. Le premier trimestre 2008 a vu ceux de la Shell bondir de 25 % et ceux de BP de 63 %. Croissance de 5 % enfin (12 milliards d'euros de bénéfices) pour Total en 2007.
LE POUVOIR D'ACHAT SELON BAN, ZOELLNICK, DIOUF, SARKO, DSK
Réunis à Berne le 29 avril, les dirigeants de 27 agences de l'ONU ont, sous la direction du Coréen Ban-Ki-Moon, secrétaire général des Etats-Unis, exigé des « pays développés » qu'ils versent 755 millions de $ au Programme Alimentaire Mondial. A défaut de quoi on ne pourra, clament-ils, éviter « une famine généralisée ». Et Ban-Ki-Moon d'insister : désormais la priorité est « de nourrir les affamés ». En sorte que, face à la crise, 1,6 milliard d'€ sont nécessaires afin d'approvisionner les différents fonds d'aide internationaux.
Outre la somptueuse résidence qu'il occupe, Mr Ban bénéficie d'un salaire annuel de 406 000 $. Belle promotion : la Corée du Sud le payait 100 000 $ lorsqu'il était son ministre des Affaires étrangères.
Robert Zoellick, le président de la Banque Mondiale, invite les pays qui refusent d'exporter leur riz à y renoncer immédiatement. « Ces blocages encouragent l'accumulation, tempête-t-il, poussent les prix à la hausse et pénalisent les habitants les plus pauvres de la planète ». Voilà qui est bouleversant pour ce neo-conservative dont le salaire annuel s'élève à 390 000 $.
La FAO qui s'affirme à l'avant-garde de la lutte contre la faim est un gouffre qui emploie 1 100 cadres et s'est voté un budget de fonctionnement de 766 millions de $ pour 2006/07. Jacques Diouf, son directeur général sénégalais, imputait dès 2002 à l'Occident la famine qui pointait dans le monde, lui reprochant de ne transférer vers les pays sous-développés que 8 milliards de $ par an. « La crise actuelle, c'est la faute des pays riches », menace-t-il aujourd'hui. « Nous avions tiré la sonnette d'alarme. Il faut cesser de parler et passer à l'action. » Peut-être. Mais, avec 250 000 $/an, est-il le mieux placé pour ainsi fulminer ? Après 18 ans à la tête de la FAO, il aura collecté en salaires la bagatelle de 4,5 millions de $. Qu'il commence à mettre la main à la poche ...
Ayant rencontré Jacques Diouf pour faire le point sur la crise alimentaire, Nicolas Sarkozy a annoncé tout fiérot que d'ici à 2012 la France allait consacrer 1 milliard d'€ pour développer l'agriculture vivrière en Afrique. Et à ceux, malintentionnés, qui lui rappellent que, de son propre aveu, « les caisses sont vides », il a répondu qu'il s'agit d'une « réorientation d'une partie des 10 milliards d'euros d'engagements financiers de la France en faveur du développement de l'Afrique sub-saharienne sur cinq ans ». Ah, on s'était donc engagés pour 10 milliards d'€ ? C'est que, précise dans un communiqué l'Elysée, « la production agricole vivrière africaine doit redevenir un secteur clé du développement ». Et il entend bien enfoncer le clou au cours du prochain sommet de la FAO qui va se tenir à Rome du 3 au 5 juin. Les derniers survivants du désert rural français, de toutes parts pris à la gorge, apprécieront. Mais le président de la République - qui s'est signé, lui, 240 000 euros de rémunération annuelle (autrement dit d'argent de poche, puisque tous ses frais sont pris en charge), une augmentation de 140 % par rapport à son prédécesseur - s'en moque assez.
Et Strauss- Kann dans tout cela ? Outre son traitement annuel net de 421 000 $/an, le directeur général du Fonds Monétaire International - en faillite au point de vendre son or - reçoit une prime, elle aussi nette, de 75 350 $ afin de s'assurer un standing digne de sa fonction (sic). Frais personnels et transports en 1ère classe lui sont remboursés - et on comprend qu'il soit souvent en France ! De surcroît, chaque 1er juillet, ces rétributions seront réévaluées selon l'indice des prix de la région métropolitaine de Washington - la plus chère des USA - et à l'issue de son mandat il recevra une retraite à vie du FMI. « Nourrir les pauvres est un devoir moral et impératif » braille-t-il. Il faut casser les prix agricoles. Achever le cycle de Doha en supprimant les barrières tarifaires. Encourager le commerce agricole global. Contraindre les agriculteurs à investir. En somme emballer encore plus le processus de consommation mondiale qui a mené à l'actuel chaos. C'est-à-dire aggraver celui-ci autant qu'il se peut.
On rêve d'une jacquerie mondiale. De planter à bout de piques les têtes grimaçantes de ces bouffons.
P.A. Rivarol du 30 mai 2008
A mesure que croît le prix des "commodities", comme l'on dit dans le jargon financier pour désigner universellement les matières premières, ceux qui en font commerce, ainsi que leurs factotums, placés aux postes de décision, peuvent se réjouir de ce qui fait le malheur du plus grand nombre. D'autant que les gains les plus spectaculaires sont justement réalisés par les instigateurs des hausses alimentaires les plus fortes.
Prenez par exemple l'américain Archer-Daniels-Midland, seconde multinationale de l'agribusiness mondial. Selon le Wall Street Journal, elle a battu en 2007 tous ses records avec un chiffre d'affaires de 44 milliards de dollars. Profits, 2,2 milliards de $ : + 65 %.
Monsanto qui, il y a une dizaine d'années, était au bord du dépôt de bilan, a progressé de 44% en 2007 grâce aux OGM (3,7 milliards de $ prévus en 2008 ) et au Round-Up (1,8 milliard de $). 26 % de plus au premier trimestre 2008 pour Syngenta, premier fabricant mondial de pesticides. Avec près de 40 milliards de $, en hausse de 8 %, Novartis a annoncé des résultats records en 2007. DuPont, second producteur US de semences avec Pioneer, a progressé de 26 % au premier trimestre 2008. Sur les douze derniers mois, Cargill qui, outre sa place parmi les principaux semenciers, maîtrise la plus grande partie de la potasse mondiale, a progressé de 86 %. Bunge, autre multinationale agro-alimentaire géante, a fait 77 % de mieux en 2007. Hausse de 7 % pour Nestlé. Ce n'est rien à côté du premier asiatique, le thaïlandais Charoen Pokphand Foods : + 237 %. On ne parlera pas ici de Louis-Dreyfus Commodities, l'une des toutes premières multinationales agro-alimentaires mondiales, puisqu'elle ne publie aucun résultat de ses activités. En revanche, on pourra dire que 2007 aura été pour la première entreprise américaine de viandes, Tyson Foods, une année faste avec 27 milliards de $ de ventes. 12 milliards de $ pour le brésilien JBS, premier producteur mondial de viande bovine, à cheval sur le Brésil, l'Argentine, les USA et l'Australie.
Caterpillar, premier fabricant de gros matériel de défrichage, a cru de 14 %. Les six principaux agromécaniciens américains, dont John Deere, premier constructeur mondial d'équipement agricole, ont progressé de 17 % en 2007.
Bilans identiques pour les mastodontes pétroliers dont les produits dérivés irriguent tout le système agrochimique industriel.
Exxon avec 40,6 milliards de $ a réalisé les plus forts bénéfices de l'histoire industrielle américaine. Chevron, second pétrolier US, au 4 trimestre 2007, a augmenté ses profits de 29 %. 37 % de plus pour Conoco-Philipps. 56 % pour Occidental Petroleum. 42 % pour Hess Corp. En 2007, les cinq principales firmes pétrolières US ont fait ensemble 123 milliards de $ de bénéfices. Le premier trimestre 2008 a vu ceux de la Shell bondir de 25 % et ceux de BP de 63 %. Croissance de 5 % enfin (12 milliards d'euros de bénéfices) pour Total en 2007.
LE POUVOIR D'ACHAT SELON BAN, ZOELLNICK, DIOUF, SARKO, DSK
Réunis à Berne le 29 avril, les dirigeants de 27 agences de l'ONU ont, sous la direction du Coréen Ban-Ki-Moon, secrétaire général des Etats-Unis, exigé des « pays développés » qu'ils versent 755 millions de $ au Programme Alimentaire Mondial. A défaut de quoi on ne pourra, clament-ils, éviter « une famine généralisée ». Et Ban-Ki-Moon d'insister : désormais la priorité est « de nourrir les affamés ». En sorte que, face à la crise, 1,6 milliard d'€ sont nécessaires afin d'approvisionner les différents fonds d'aide internationaux.
Outre la somptueuse résidence qu'il occupe, Mr Ban bénéficie d'un salaire annuel de 406 000 $. Belle promotion : la Corée du Sud le payait 100 000 $ lorsqu'il était son ministre des Affaires étrangères.
Robert Zoellick, le président de la Banque Mondiale, invite les pays qui refusent d'exporter leur riz à y renoncer immédiatement. « Ces blocages encouragent l'accumulation, tempête-t-il, poussent les prix à la hausse et pénalisent les habitants les plus pauvres de la planète ». Voilà qui est bouleversant pour ce neo-conservative dont le salaire annuel s'élève à 390 000 $.
La FAO qui s'affirme à l'avant-garde de la lutte contre la faim est un gouffre qui emploie 1 100 cadres et s'est voté un budget de fonctionnement de 766 millions de $ pour 2006/07. Jacques Diouf, son directeur général sénégalais, imputait dès 2002 à l'Occident la famine qui pointait dans le monde, lui reprochant de ne transférer vers les pays sous-développés que 8 milliards de $ par an. « La crise actuelle, c'est la faute des pays riches », menace-t-il aujourd'hui. « Nous avions tiré la sonnette d'alarme. Il faut cesser de parler et passer à l'action. » Peut-être. Mais, avec 250 000 $/an, est-il le mieux placé pour ainsi fulminer ? Après 18 ans à la tête de la FAO, il aura collecté en salaires la bagatelle de 4,5 millions de $. Qu'il commence à mettre la main à la poche ...
Ayant rencontré Jacques Diouf pour faire le point sur la crise alimentaire, Nicolas Sarkozy a annoncé tout fiérot que d'ici à 2012 la France allait consacrer 1 milliard d'€ pour développer l'agriculture vivrière en Afrique. Et à ceux, malintentionnés, qui lui rappellent que, de son propre aveu, « les caisses sont vides », il a répondu qu'il s'agit d'une « réorientation d'une partie des 10 milliards d'euros d'engagements financiers de la France en faveur du développement de l'Afrique sub-saharienne sur cinq ans ». Ah, on s'était donc engagés pour 10 milliards d'€ ? C'est que, précise dans un communiqué l'Elysée, « la production agricole vivrière africaine doit redevenir un secteur clé du développement ». Et il entend bien enfoncer le clou au cours du prochain sommet de la FAO qui va se tenir à Rome du 3 au 5 juin. Les derniers survivants du désert rural français, de toutes parts pris à la gorge, apprécieront. Mais le président de la République - qui s'est signé, lui, 240 000 euros de rémunération annuelle (autrement dit d'argent de poche, puisque tous ses frais sont pris en charge), une augmentation de 140 % par rapport à son prédécesseur - s'en moque assez.
Et Strauss- Kann dans tout cela ? Outre son traitement annuel net de 421 000 $/an, le directeur général du Fonds Monétaire International - en faillite au point de vendre son or - reçoit une prime, elle aussi nette, de 75 350 $ afin de s'assurer un standing digne de sa fonction (sic). Frais personnels et transports en 1ère classe lui sont remboursés - et on comprend qu'il soit souvent en France ! De surcroît, chaque 1er juillet, ces rétributions seront réévaluées selon l'indice des prix de la région métropolitaine de Washington - la plus chère des USA - et à l'issue de son mandat il recevra une retraite à vie du FMI. « Nourrir les pauvres est un devoir moral et impératif » braille-t-il. Il faut casser les prix agricoles. Achever le cycle de Doha en supprimant les barrières tarifaires. Encourager le commerce agricole global. Contraindre les agriculteurs à investir. En somme emballer encore plus le processus de consommation mondiale qui a mené à l'actuel chaos. C'est-à-dire aggraver celui-ci autant qu'il se peut.
On rêve d'une jacquerie mondiale. De planter à bout de piques les têtes grimaçantes de ces bouffons.
P.A. Rivarol du 30 mai 2008
- Philippe59
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Re: Peut-on éviter la famine mondiale ?
Rivarol a écrit :Il commence à avoir le dos large, l'Occident !
Encore faudrait-il savoir de quoi l'on parle. Qu'est ce que l'Occident ?
Sarkozy et Bush sont-ils des occidentaux ?
Est ce ici l'Occident qui est attaqué ou une certaine conception de l'Occident ?
N'est ce pas un des prodiges d'individus aux valeurs non occidentales (les sus nommés) que d'avoir fait accroire que leur drapeau est celui de l'Occident, derrière lequel nous devrions impérativement nous ranger ?
Beaucoup de questions en effet ....
On s'intéressera avec profit à l'actuel synode et de ce que pensent les religieux réunis de cet "occident".
Re: Peut-on éviter la famine mondiale ?
Mettre au régime les sénateurs, ça serait déjà un premier pas. 
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Re: Peut-on éviter la famine mondiale ?
Interconnexion des crises capitalistes
L’explosion des crises alimentaire, économique et financière en 2007-2008 montre à quel point sont interconnectées les économies de la planète. Pour résoudre ces crises, il faut traiter le mal à la racine. par Éric Toussaint
Interconnexion des crises capitalistes
La crise alimentaire.
En 2007-2008, plus de la moitié de la population de la planète a vu se dégrader fortement ses conditions de vie car elle a été confrontée à une très forte hausse du prix des aliments. Cela a entraîné des protestations massives dans au moins une quinzaine de pays dans la première moitié de 2008. Le nombre de personnes touchées par la faim s’est alourdi de plusieurs dizaines de millions et des centaines de millions ont vu se restreindre leur accès aux aliments (et, en conséquence, à d’autres biens et services vitaux |1|). Tout cela suite aux décisions prises par une poignée d’entreprises du secteur de l’agrobusiness (productrices d’agro-combustibles) et du secteur de la finance (les investisseurs institutionnels qui contribuent à la manipulation des cours des produits agricoles) qui ont bénéficié de l’appui du gouvernement de Washington et de la Commission européenne |2|. Pourtant la part des exportations dans la production mondiale des aliments reste faible. Une faible partie du riz, du blé ou du maïs produite dans le monde est exportée, l’écrasante majorité de la production est consommée sur place. Néanmoins ce sont les prix des marchés d’exportation qui déterminent le prix sur les marchés locaux. Or les prix des marchés d’exportation sont fixés aux Etats-Unis principalement dans trois Bourses (Chicago, Minneapolis et Kansas City). En conséquence, le prix du riz, du blé ou du maïs à Tombouctou, à Mexico, à Nairobi, à Islamabad est directement influencé par l’évolution du cours de ces grains sur les marchés boursiers des Etats-Unis.
En 2008, dans l’urgence et sous peine d’être renversées par des émeutes, aux quatre coins de la planète, les autorités des pays en développement ont dû prendre des mesures pour garantir l’accès des citoyens aux aliments de base.
Si on en est arrivé là, c’est que durant plusieurs décennies les gouvernements ont renoncé progressivement à soutenir les producteurs locaux de grains - qui sont en majorité des petits producteurs - et ont suivi les recettes néolibérales dictées par des institutions comme la Banque mondiale, le FMI dans le cadre des plans d’ajustement structurel et des programmes de réduction de la pauvreté. Au nom de la lutte contre la pauvreté, ces institutions ont convaincu les gouvernements de mener des politiques qui ont reproduit, voir renforcé, la pauvreté. De plus, au cours des dernières années, de nombreux gouvernements ont signé des traités bilatéraux (notamment des traités de libre commerce) qui ont encore aggravé la situation. Les négociations commerciales dans le cadre du cycle de Doha de l’OMC ont également entraîné de funestes conséquences.
Que s’est-il passé ?
1er acte.
Les pays en développement ont renoncé aux protections douanières qui permettaient de mettre les paysans locaux à l’abri de la concurrence des producteurs agricoles étrangers, principalement les grandes firmes d’agro-exportation nord-américaines et européennes. Celles-ci ont envahi les marchés locaux avec des produits agricoles vendus en dessous du coût de production des agriculteurs et éleveurs locaux, ce qui a provoqué leur faillite (nombre d’entre eux ont émigré vers les grandes villes de leurs pays ou vers les pays les plus industrialisés). Selon l’OMC, les subsides versés par les gouvernements du Nord à leurs grandes entreprises agricoles sur le marché intérieur ne constituent pas une infraction aux règles anti-dumping. Comme l’écrit Jacques Berthelot : « alors que, pour l’homme de la rue, il y a dumping si on exporte à un prix inférieur au coût moyen de production du pays exportateur, pour l’OMC, il n’y a pas de dumping tant qu’on exporte au prix intérieur, même s’il est inférieur au coût moyen de production |3|. » Bref, les pays de l’Union européenne, les Etats-Unis ou d’autres pays exportateurs peuvent envahir les marchés des autres avec des produits agricoles qui bénéficient de très importantes subventions internes.
Le maïs exporté au Mexique par les Etats-Unis est un cas emblématique. A cause du traité de libre commerce (TLC) signé entre les Etats-Unis, le Canada et le Mexique, ce dernier a abandonné ses protections douanières face à ses voisins du Nord. Les exportations de maïs des Etats-Unis au Mexique ont été multipliées par neuf entre 1993 (dernière année avant l’entrée en vigueur du TLC) et 2006. Des centaines de milliers de familles mexicaines ont dû renoncer à produire du maïs car celui-ci coûtait plus cher que le maïs provenant des Etats-Unis (produit avec une technologie industrielle et fortement subventionné). Cela n’a pas seulement constitué un drame économique, il s’est agi aussi d’une perte d’identité car le maïs est le symbole de la vie dans la culture mexicaine, notamment chez les peuples d’origine maya. Une grande partie des cultivateurs de maïs ont abandonné leur champ et sont partis chercher du travail dans les villes industrielles du Mexique ou aux Etats-Unis.
2e acte.
Le Mexique qui dépend dorénavant pour nourrir sa population du maïs des Etats-Unis est confronté à une augmentation brutale du prix de cette céréale provoquée, d’une part, par la spéculation sur les Bourses de Chicago, de Kansas City, de Minneapolis et, d’autre part, par la production chez le voisin du Nord d’éthanol de maïs.
Les producteurs mexicains de maïs ne sont plus là pour satisfaire à la demande interne et les consommateurs mexicains sont confrontés à une explosion du prix de leur nourriture de base, la tortilla, cette crêpe de maïs qui remplace le pain ou le bol de riz consommé sous d’autres latitudes. En 2007, d’énormes protestations populaires ont secoué le Mexique.
Dans des conditions spécifiques, les mêmes causes ont produit grosso modo les mêmes effets. L’interconnexion des marchés alimentaires à l’échelle mondiale a été poussée à un niveau jamais connu auparavant.
La crise alimentaire mondiale met à nu le moteur de la société capitaliste : la recherche du profit privé maximum à court terme. Pour les capitalistes, les aliments ne sont qu’une marchandise qu’il faut vendre avec le plus de profit possible. L’aliment, élément essentiel du maintien en vie des êtres humains, est transformé en pur instrument de profit. Il faut mettre fin à cette logique mortifère. Il faut abolir le contrôle du capital sur les grands moyens de production et de commercialisation et donner la priorité à une politique de souveraineté alimentaire.
La crise économique et financière.
En 2007-2008 a également éclaté la principale crise économique et financière internationale depuis celle de 1929. Si ce n’était l’intervention massive et concertée des pouvoirs publics qui se sont portés au secours des banquiers voleurs, la crise actuelle aurait déjà pris de plus amples proportions. Ici aussi, l’interconnexion est frappante. Entre le 31 décembre 2007 et fin septembre 2008, toutes les Bourses de la planète ont connu une baisse très importante, allant de 15 à 30% pour les Bourses des pays les plus industrialisés jusqu’à 50% pour la Chine en passant par 40% pour la Russie et la Turquie. Le colossal montage de dettes privées, pure création de capital fictif, a fini par exploser dans les pays les pays les plus industrialisés en commençant par les Etats-Unis, l’économie la plus endettée de la planète. En effet, l’addition des dettes publique et privée aux Etats-Unis s’élève en 2008 à 50 000 milliards de dollars, soit 350% du PIB. Cette crise économique et financière qui a déjà touché l’ensemble de la planète affectera de plus en plus les pays en développement dont certain se croient encore à l’abri. La mondialisation capitaliste n’a pas découplé ou déconnecté les économies. Au contraire, des pays comme la Chine, le Brésil, l’Inde ou la Russie n’ont pas pu se mettre à l’abri de cette crise et ce n’est que le début.
La crise climatique.
Les effets du changement climatique ont momentanément disparu de la une de l’actualité, supplantés par la crise financière. Néanmoins le processus est en cours à l’échelle de la planète et ici aussi l’interconnexion est évidente. Certes les populations des pays « pauvres » seront plus fortement touchées que celles des pays « riches » mais personne n’en sortira indemne.
La conjonction de ces trois crises montre aux peuples la nécessité de se libérer de la société capitaliste et de son modèle productiviste. L’interconnexion des crises capitalistes met en avant la nécessité d’un programme anticapitaliste et révolutionnaire à l’échelle de la planète. Les solutions pour qu’elles soient favorables aux peuples et à la nature seront internationales et systémiques. L’humanité ne pourra pas se contenter de demi-mesures.
Notes de bas de page:
|1| En effet, afin d’acheter des aliments dont le prix a fortement augmenté, les ménages pauvres ont réduit les dépenses de santé et d’éducation ainsi que les dépenses en matière de logement.
|2| Voir Damien Millet et Eric Toussaint « Retour sur les causes de la crise alimentaire mondiale », août 2008 et Eric Toussaint « Une fois encore sur les causes de la crise alimentaire », octobre 2008
|3| Jacques Berthelot « Démêler le vrai du faux dans la flambée des prix agricoles mondiaux », 15 juillet 2008, p.47
infos article
URL: http://www.cadtm.org : http://www.alterinfo.net/
L’explosion des crises alimentaire, économique et financière en 2007-2008 montre à quel point sont interconnectées les économies de la planète. Pour résoudre ces crises, il faut traiter le mal à la racine. par Éric Toussaint
Interconnexion des crises capitalistes
La crise alimentaire.
En 2007-2008, plus de la moitié de la population de la planète a vu se dégrader fortement ses conditions de vie car elle a été confrontée à une très forte hausse du prix des aliments. Cela a entraîné des protestations massives dans au moins une quinzaine de pays dans la première moitié de 2008. Le nombre de personnes touchées par la faim s’est alourdi de plusieurs dizaines de millions et des centaines de millions ont vu se restreindre leur accès aux aliments (et, en conséquence, à d’autres biens et services vitaux |1|). Tout cela suite aux décisions prises par une poignée d’entreprises du secteur de l’agrobusiness (productrices d’agro-combustibles) et du secteur de la finance (les investisseurs institutionnels qui contribuent à la manipulation des cours des produits agricoles) qui ont bénéficié de l’appui du gouvernement de Washington et de la Commission européenne |2|. Pourtant la part des exportations dans la production mondiale des aliments reste faible. Une faible partie du riz, du blé ou du maïs produite dans le monde est exportée, l’écrasante majorité de la production est consommée sur place. Néanmoins ce sont les prix des marchés d’exportation qui déterminent le prix sur les marchés locaux. Or les prix des marchés d’exportation sont fixés aux Etats-Unis principalement dans trois Bourses (Chicago, Minneapolis et Kansas City). En conséquence, le prix du riz, du blé ou du maïs à Tombouctou, à Mexico, à Nairobi, à Islamabad est directement influencé par l’évolution du cours de ces grains sur les marchés boursiers des Etats-Unis.
En 2008, dans l’urgence et sous peine d’être renversées par des émeutes, aux quatre coins de la planète, les autorités des pays en développement ont dû prendre des mesures pour garantir l’accès des citoyens aux aliments de base.
Si on en est arrivé là, c’est que durant plusieurs décennies les gouvernements ont renoncé progressivement à soutenir les producteurs locaux de grains - qui sont en majorité des petits producteurs - et ont suivi les recettes néolibérales dictées par des institutions comme la Banque mondiale, le FMI dans le cadre des plans d’ajustement structurel et des programmes de réduction de la pauvreté. Au nom de la lutte contre la pauvreté, ces institutions ont convaincu les gouvernements de mener des politiques qui ont reproduit, voir renforcé, la pauvreté. De plus, au cours des dernières années, de nombreux gouvernements ont signé des traités bilatéraux (notamment des traités de libre commerce) qui ont encore aggravé la situation. Les négociations commerciales dans le cadre du cycle de Doha de l’OMC ont également entraîné de funestes conséquences.
Que s’est-il passé ?
1er acte.
Les pays en développement ont renoncé aux protections douanières qui permettaient de mettre les paysans locaux à l’abri de la concurrence des producteurs agricoles étrangers, principalement les grandes firmes d’agro-exportation nord-américaines et européennes. Celles-ci ont envahi les marchés locaux avec des produits agricoles vendus en dessous du coût de production des agriculteurs et éleveurs locaux, ce qui a provoqué leur faillite (nombre d’entre eux ont émigré vers les grandes villes de leurs pays ou vers les pays les plus industrialisés). Selon l’OMC, les subsides versés par les gouvernements du Nord à leurs grandes entreprises agricoles sur le marché intérieur ne constituent pas une infraction aux règles anti-dumping. Comme l’écrit Jacques Berthelot : « alors que, pour l’homme de la rue, il y a dumping si on exporte à un prix inférieur au coût moyen de production du pays exportateur, pour l’OMC, il n’y a pas de dumping tant qu’on exporte au prix intérieur, même s’il est inférieur au coût moyen de production |3|. » Bref, les pays de l’Union européenne, les Etats-Unis ou d’autres pays exportateurs peuvent envahir les marchés des autres avec des produits agricoles qui bénéficient de très importantes subventions internes.
Le maïs exporté au Mexique par les Etats-Unis est un cas emblématique. A cause du traité de libre commerce (TLC) signé entre les Etats-Unis, le Canada et le Mexique, ce dernier a abandonné ses protections douanières face à ses voisins du Nord. Les exportations de maïs des Etats-Unis au Mexique ont été multipliées par neuf entre 1993 (dernière année avant l’entrée en vigueur du TLC) et 2006. Des centaines de milliers de familles mexicaines ont dû renoncer à produire du maïs car celui-ci coûtait plus cher que le maïs provenant des Etats-Unis (produit avec une technologie industrielle et fortement subventionné). Cela n’a pas seulement constitué un drame économique, il s’est agi aussi d’une perte d’identité car le maïs est le symbole de la vie dans la culture mexicaine, notamment chez les peuples d’origine maya. Une grande partie des cultivateurs de maïs ont abandonné leur champ et sont partis chercher du travail dans les villes industrielles du Mexique ou aux Etats-Unis.
2e acte.
Le Mexique qui dépend dorénavant pour nourrir sa population du maïs des Etats-Unis est confronté à une augmentation brutale du prix de cette céréale provoquée, d’une part, par la spéculation sur les Bourses de Chicago, de Kansas City, de Minneapolis et, d’autre part, par la production chez le voisin du Nord d’éthanol de maïs.
Les producteurs mexicains de maïs ne sont plus là pour satisfaire à la demande interne et les consommateurs mexicains sont confrontés à une explosion du prix de leur nourriture de base, la tortilla, cette crêpe de maïs qui remplace le pain ou le bol de riz consommé sous d’autres latitudes. En 2007, d’énormes protestations populaires ont secoué le Mexique.
Dans des conditions spécifiques, les mêmes causes ont produit grosso modo les mêmes effets. L’interconnexion des marchés alimentaires à l’échelle mondiale a été poussée à un niveau jamais connu auparavant.
La crise alimentaire mondiale met à nu le moteur de la société capitaliste : la recherche du profit privé maximum à court terme. Pour les capitalistes, les aliments ne sont qu’une marchandise qu’il faut vendre avec le plus de profit possible. L’aliment, élément essentiel du maintien en vie des êtres humains, est transformé en pur instrument de profit. Il faut mettre fin à cette logique mortifère. Il faut abolir le contrôle du capital sur les grands moyens de production et de commercialisation et donner la priorité à une politique de souveraineté alimentaire.
La crise économique et financière.
En 2007-2008 a également éclaté la principale crise économique et financière internationale depuis celle de 1929. Si ce n’était l’intervention massive et concertée des pouvoirs publics qui se sont portés au secours des banquiers voleurs, la crise actuelle aurait déjà pris de plus amples proportions. Ici aussi, l’interconnexion est frappante. Entre le 31 décembre 2007 et fin septembre 2008, toutes les Bourses de la planète ont connu une baisse très importante, allant de 15 à 30% pour les Bourses des pays les plus industrialisés jusqu’à 50% pour la Chine en passant par 40% pour la Russie et la Turquie. Le colossal montage de dettes privées, pure création de capital fictif, a fini par exploser dans les pays les pays les plus industrialisés en commençant par les Etats-Unis, l’économie la plus endettée de la planète. En effet, l’addition des dettes publique et privée aux Etats-Unis s’élève en 2008 à 50 000 milliards de dollars, soit 350% du PIB. Cette crise économique et financière qui a déjà touché l’ensemble de la planète affectera de plus en plus les pays en développement dont certain se croient encore à l’abri. La mondialisation capitaliste n’a pas découplé ou déconnecté les économies. Au contraire, des pays comme la Chine, le Brésil, l’Inde ou la Russie n’ont pas pu se mettre à l’abri de cette crise et ce n’est que le début.
La crise climatique.
Les effets du changement climatique ont momentanément disparu de la une de l’actualité, supplantés par la crise financière. Néanmoins le processus est en cours à l’échelle de la planète et ici aussi l’interconnexion est évidente. Certes les populations des pays « pauvres » seront plus fortement touchées que celles des pays « riches » mais personne n’en sortira indemne.
La conjonction de ces trois crises montre aux peuples la nécessité de se libérer de la société capitaliste et de son modèle productiviste. L’interconnexion des crises capitalistes met en avant la nécessité d’un programme anticapitaliste et révolutionnaire à l’échelle de la planète. Les solutions pour qu’elles soient favorables aux peuples et à la nature seront internationales et systémiques. L’humanité ne pourra pas se contenter de demi-mesures.
Notes de bas de page:
|1| En effet, afin d’acheter des aliments dont le prix a fortement augmenté, les ménages pauvres ont réduit les dépenses de santé et d’éducation ainsi que les dépenses en matière de logement.
|2| Voir Damien Millet et Eric Toussaint « Retour sur les causes de la crise alimentaire mondiale », août 2008 et Eric Toussaint « Une fois encore sur les causes de la crise alimentaire », octobre 2008
|3| Jacques Berthelot « Démêler le vrai du faux dans la flambée des prix agricoles mondiaux », 15 juillet 2008, p.47
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Re: Peut-on éviter la famine mondiale ?
La haine de l'homme blanc ne sauvera pas le monde de la famine
❏ La culpabilisation bat son plein. A l'occasion de la Journée mondiale de lutte contre la faim le 16 octobre, l'Organisation des Nations-Unies pour l'Alimentation et l'agriculture (FAO) avertissait que la crise mondiale née dans les pays du G7 allait considérablement « aggraver la situation alimentaire » alors que « 923 millions d'humains souffrent déjà de la faim dont 75 millions de personnes supplémentaires en 2008 ». Une semaine plus tôt, sur France 3, le magazine Pièces à Conviction, sous le titre « Les profiteurs de la Crise », entendait, selon sa responsable Elise Lucet, « poser les questions qui dérangent ». Résumé de l'émission : « Céréaliers, pétroliers, géants de l'agro-alimentaire et patrons de la grande distribution tiennent tous le même discours : la hausse des matières premières les a contraints à gonfler leurs prix. »
☞ ZIEGLER, PALADIN DU RACISME ANTI-OCCIDENTAL
Emission très à contre-temps puisque depuis plusieurs semaines, face à la récession mondiale, les prix des matières premières agricoles se sont écroulés sans aucun effet pour les consommateurs. Le blé est passé de 180 € la tonne à moins de 150. Le maïs est retombé en dessous des 100 €/t. D'une manière générale chaque tonne de céréale a perdu au moins 50 € et le soja est en perdition. Mais qu'importe, ce fut l'occasion une fois encore de tirer sur les agriculteurs. Pièces à Conviction se concentra sur un "gros" céréalier du centre de la France, spéculant sur Internet, ravi en effet d'un doublement de ses revenus en 2007. Comparer la part réelle mensuelle lui revenant - une fois 40 % de ses bénéfices subtilisés par la Mutuelle Sociale Agricole (MSA) - avec la feuille de salaire de Mme Lucet eut peut-être réservé quelques surprises. D'autant qu'en 2008, avec des cours mondiaux en chute libre mais les intrants d'origine pétrolière toujours en forte croissance, et une récolte moyenne, notre céréalier informaticien aura sûrement replongé dans le rouge,
Pour clore cette séquence Mme Lucet fit complaisamment appel au sociologue suisse Jean Ziegler, l'infatigable diffamateur de la race blanche et de l'Europe qu'il cloue au pilori dans tous les forums de la terre. La PAC assassine le Tiers-Monde. Les agriculteurs blancs ont fait fortune sur la misère de la planète. L'agriculture européenne se nourrit de la famine des pauvres. La blonde Mme Lucet, enchantée, appuyait sa diatribe du geste, du verbe et du regard.
On connaît le discours des procureurs de la fausse compassion. Les prix de l'alimentation sont-ils en hausse ? Des milliards de pauvres rejetés dans les bidonvilles du monde ont faim, 50 % de leurs "revenus" étant consacrés à la nourriture. Les prix s'effondrent-ils ? Des centaines de millions de paysans de l'hémisphère Sud, dont 75 % vivent en-dessous du seuil de pauvreté, sont menacés.
L'OMS, Organisation Mondiale de la Santé, ne tient pourtant pas la famine pour allant de soi. La terre pourrait même, dit-elle, nourrir 13 milliards d'habitants grâce à la science et à la technologie. C'est l'égoïsme et l'avarice des riches - les Blancs - et la scandaleuse répartition des richesses qui seraient seuls responsables des 850 millions de décès annuels dus à la faim.
Une étude de l'Université de Wageningen, aux Pays-Bas, tombe à pic. L'envolée des prix, au début 2008, responsable des « émeutes de la faim », ne serait qu'un épiphénomène dû à la simultanéité de mauvaises conditions météorologiques en Australie, en Ukraine et en Europe, des prélèvements des agrocarburants (4 à 5 %), de la forte demande des pays émergents asiatiques ainsi qu'à la pression exercée par les transports et les intrants agricoles sur les carburants fossiles. La spéculation boursière étant marginale. De sorte que les prix alimentaires reprendront rapidement la tendance baissière observée depuis des décennies. Il faudra cependant, disent les auteurs, mettre en culture d'immenses territoires en Russie et au Brésil, accélérer une gouvernance agricole mondiale qui imposera une "juste" répartition entre le Nord et le Sud, renforcer l'aide financière et technique du premier au second et développer la recherche sur les biotechnologies et les manipulations génétiques.
☞ 13 TRAITEMENTS POUR LA GOLDEN !
L'Helvète Ziegler, obnubilé par sa haine du Blanc, partage chacune de ces considérations et reste indifférent à l'immense détérioration provoquée sur l'environnement, la biologie des sols, les résistances organiquement acquises par les plantes et animaux au fil de millénaires de sélection, par un siècle d'agriculture chimique, industrielle, intensive, qui a multiplié les parasites dont la propagation a été facilitée par l'accélération de la circulation et du nomadisme. A force de soumettre ces autodéfenses, par hybridation et manipulations génétiques, à une production de masse au détriment de leur capacité à résister aux évolutions des climats et des espèces, on a livré celles-ci à toutes sortes de prédateurs chimiques, viraux ou simplement variétaux.
En revanche il n'est nulle part fait état de l'impact déjà très perceptible des nouvelles réglementations écologiques, celles tendant à réduire dans l'agriculture industrielle les effets toxiques des intrants chimiques ou la brutale augmentation des prix des carburants. En 2007 la seule réduction de 20 millions de tonnes de blé sur le marché mondial a provoqué le doublement du prix. Or les nouvelles législations, la limitation des intrants et leur moindre efficacité, entraîneront au cours des prochaines années une réduction spectaculaire des productions. De sorte que, quelles que soient l'amélioration des conditions climatiques et la baisse de consommation due à la récession économique mondiale, la forte pression démographique suffira à elle seule, répartition ou pas, à maintenir élevés les prix, et intacts les risques de famine planétaire.
D'autant que, et les grands moralisateurs mondiaux se garderont bien de mesurer l'ampleur du phénomène, cette agriculture ne survit depuis des années que par la multiplication de prouesses biochimiques de plus en plus hasardeuses. Il faut treize (13) traitements annuels pour assurer à la pomme Golden son lustre commercial ! Quant aux céréales, les centaines de molécules supposées lutter contre les maladies fongiques ne cessent de susciter de nouvelles résistances. Les organismes chargés de la prophylaxie font de la corde raide et, loin d'éradiquer champignons ou virus banalisés, compliquent les traitements devenus un des postes les plus onéreux de la grande culture céréalière. D'autant plus que les cultivars brevetés par quelques multinationales sont issus des mêmes souches fragilisées.
☞ LA ROUILLE NOIRE POUR AFFAMER LA PLANÈTE
Depuis des décennies la production industrielle du blé subit les méfaits de la rouille, une maladie cryptogamique qui, dans les années 1950, détruisit jusqu'à 40 % des récoltes nord-américaines. Les Etats-Unis sont aujourd'hui le premier producteur mondial avec 32,5 millions de tonnes en 2007.
Le Canada arrive en second avec 145 M de t. En 1980, la rouille jaune dévasta l'Afrique du Nord, le Moyen-Orient et l'Asie du Sud-Est : 1 milliard de $ de dégâts. Depuis 1999 est apparue en Ouganda une nouvelle souche de rouille noire, contre laquelle on ne dispose d'aucune riposte, le Ug99. La plupart des résistances sur lesquelles la science a compté depuis un demi-siècle pour renforcer les variétés de blé ont été tournées par cette dernière. Passée aussitôt au Kenya puis en Ethiopie en 2003, au Yémen et en Egypte au début de 2008, elle est signalée en Iran, en Afghanistan, au Pakistan. On estime que 80 % des récoltes de blé d'Afrique et d'Asie pourraient être touchées dans les prochaines années. Dix-sept centres de recherche à travers le monde ont été mobilisés. L'Institut Cornell, financé par la Fondation Bill Gates, et une demi-douzaine d'universités américaines tentent, pour l'heure en vain soit de créer des variétés résistantes, soit d'introduire un gène résistant dans celles dont on dispose. La station de recherche suisse de Changins-Wadenswil travaille également sur des variétés d'orge dans le même but. Ces techniques agissent au détriment d'autres qualités de ces plantes, à leur tour susceptibles de développer de futures résistances.
Pour l'Américain Jim Peterson, président du Comité National pour l'Amélioration du Blé, la rouille, diffusée par les transports aériens, implique des méthodes de lutte trop lourdes et onéreuses pour le petit paysan archaïque. « La crainte est que survienne une année qui offre un environnement parfait à la pandémie et qu'elle ne devienne incontrôlable. Je ne vois pas comment il pourrait s'y opposer même si on lui donne les fongicides ».
En réalité, n'en déplaise aux Ziegler et autres zélateurs du village planétaire solidaire, la grande famine malthusienne est à nos portes. Et elle a deux causes systémiques. La nocivité cumulée de la science et de la technique. Et l'insupportable surpopulation mondiale.
✍ Petrus AGRICOLA. Rivarol du 31 octobre 2008
❏ La culpabilisation bat son plein. A l'occasion de la Journée mondiale de lutte contre la faim le 16 octobre, l'Organisation des Nations-Unies pour l'Alimentation et l'agriculture (FAO) avertissait que la crise mondiale née dans les pays du G7 allait considérablement « aggraver la situation alimentaire » alors que « 923 millions d'humains souffrent déjà de la faim dont 75 millions de personnes supplémentaires en 2008 ». Une semaine plus tôt, sur France 3, le magazine Pièces à Conviction, sous le titre « Les profiteurs de la Crise », entendait, selon sa responsable Elise Lucet, « poser les questions qui dérangent ». Résumé de l'émission : « Céréaliers, pétroliers, géants de l'agro-alimentaire et patrons de la grande distribution tiennent tous le même discours : la hausse des matières premières les a contraints à gonfler leurs prix. »
☞ ZIEGLER, PALADIN DU RACISME ANTI-OCCIDENTAL
Emission très à contre-temps puisque depuis plusieurs semaines, face à la récession mondiale, les prix des matières premières agricoles se sont écroulés sans aucun effet pour les consommateurs. Le blé est passé de 180 € la tonne à moins de 150. Le maïs est retombé en dessous des 100 €/t. D'une manière générale chaque tonne de céréale a perdu au moins 50 € et le soja est en perdition. Mais qu'importe, ce fut l'occasion une fois encore de tirer sur les agriculteurs. Pièces à Conviction se concentra sur un "gros" céréalier du centre de la France, spéculant sur Internet, ravi en effet d'un doublement de ses revenus en 2007. Comparer la part réelle mensuelle lui revenant - une fois 40 % de ses bénéfices subtilisés par la Mutuelle Sociale Agricole (MSA) - avec la feuille de salaire de Mme Lucet eut peut-être réservé quelques surprises. D'autant qu'en 2008, avec des cours mondiaux en chute libre mais les intrants d'origine pétrolière toujours en forte croissance, et une récolte moyenne, notre céréalier informaticien aura sûrement replongé dans le rouge,
Pour clore cette séquence Mme Lucet fit complaisamment appel au sociologue suisse Jean Ziegler, l'infatigable diffamateur de la race blanche et de l'Europe qu'il cloue au pilori dans tous les forums de la terre. La PAC assassine le Tiers-Monde. Les agriculteurs blancs ont fait fortune sur la misère de la planète. L'agriculture européenne se nourrit de la famine des pauvres. La blonde Mme Lucet, enchantée, appuyait sa diatribe du geste, du verbe et du regard.
On connaît le discours des procureurs de la fausse compassion. Les prix de l'alimentation sont-ils en hausse ? Des milliards de pauvres rejetés dans les bidonvilles du monde ont faim, 50 % de leurs "revenus" étant consacrés à la nourriture. Les prix s'effondrent-ils ? Des centaines de millions de paysans de l'hémisphère Sud, dont 75 % vivent en-dessous du seuil de pauvreté, sont menacés.
L'OMS, Organisation Mondiale de la Santé, ne tient pourtant pas la famine pour allant de soi. La terre pourrait même, dit-elle, nourrir 13 milliards d'habitants grâce à la science et à la technologie. C'est l'égoïsme et l'avarice des riches - les Blancs - et la scandaleuse répartition des richesses qui seraient seuls responsables des 850 millions de décès annuels dus à la faim.
Une étude de l'Université de Wageningen, aux Pays-Bas, tombe à pic. L'envolée des prix, au début 2008, responsable des « émeutes de la faim », ne serait qu'un épiphénomène dû à la simultanéité de mauvaises conditions météorologiques en Australie, en Ukraine et en Europe, des prélèvements des agrocarburants (4 à 5 %), de la forte demande des pays émergents asiatiques ainsi qu'à la pression exercée par les transports et les intrants agricoles sur les carburants fossiles. La spéculation boursière étant marginale. De sorte que les prix alimentaires reprendront rapidement la tendance baissière observée depuis des décennies. Il faudra cependant, disent les auteurs, mettre en culture d'immenses territoires en Russie et au Brésil, accélérer une gouvernance agricole mondiale qui imposera une "juste" répartition entre le Nord et le Sud, renforcer l'aide financière et technique du premier au second et développer la recherche sur les biotechnologies et les manipulations génétiques.
☞ 13 TRAITEMENTS POUR LA GOLDEN !
L'Helvète Ziegler, obnubilé par sa haine du Blanc, partage chacune de ces considérations et reste indifférent à l'immense détérioration provoquée sur l'environnement, la biologie des sols, les résistances organiquement acquises par les plantes et animaux au fil de millénaires de sélection, par un siècle d'agriculture chimique, industrielle, intensive, qui a multiplié les parasites dont la propagation a été facilitée par l'accélération de la circulation et du nomadisme. A force de soumettre ces autodéfenses, par hybridation et manipulations génétiques, à une production de masse au détriment de leur capacité à résister aux évolutions des climats et des espèces, on a livré celles-ci à toutes sortes de prédateurs chimiques, viraux ou simplement variétaux.
En revanche il n'est nulle part fait état de l'impact déjà très perceptible des nouvelles réglementations écologiques, celles tendant à réduire dans l'agriculture industrielle les effets toxiques des intrants chimiques ou la brutale augmentation des prix des carburants. En 2007 la seule réduction de 20 millions de tonnes de blé sur le marché mondial a provoqué le doublement du prix. Or les nouvelles législations, la limitation des intrants et leur moindre efficacité, entraîneront au cours des prochaines années une réduction spectaculaire des productions. De sorte que, quelles que soient l'amélioration des conditions climatiques et la baisse de consommation due à la récession économique mondiale, la forte pression démographique suffira à elle seule, répartition ou pas, à maintenir élevés les prix, et intacts les risques de famine planétaire.
D'autant que, et les grands moralisateurs mondiaux se garderont bien de mesurer l'ampleur du phénomène, cette agriculture ne survit depuis des années que par la multiplication de prouesses biochimiques de plus en plus hasardeuses. Il faut treize (13) traitements annuels pour assurer à la pomme Golden son lustre commercial ! Quant aux céréales, les centaines de molécules supposées lutter contre les maladies fongiques ne cessent de susciter de nouvelles résistances. Les organismes chargés de la prophylaxie font de la corde raide et, loin d'éradiquer champignons ou virus banalisés, compliquent les traitements devenus un des postes les plus onéreux de la grande culture céréalière. D'autant plus que les cultivars brevetés par quelques multinationales sont issus des mêmes souches fragilisées.
☞ LA ROUILLE NOIRE POUR AFFAMER LA PLANÈTE
Depuis des décennies la production industrielle du blé subit les méfaits de la rouille, une maladie cryptogamique qui, dans les années 1950, détruisit jusqu'à 40 % des récoltes nord-américaines. Les Etats-Unis sont aujourd'hui le premier producteur mondial avec 32,5 millions de tonnes en 2007.
Le Canada arrive en second avec 145 M de t. En 1980, la rouille jaune dévasta l'Afrique du Nord, le Moyen-Orient et l'Asie du Sud-Est : 1 milliard de $ de dégâts. Depuis 1999 est apparue en Ouganda une nouvelle souche de rouille noire, contre laquelle on ne dispose d'aucune riposte, le Ug99. La plupart des résistances sur lesquelles la science a compté depuis un demi-siècle pour renforcer les variétés de blé ont été tournées par cette dernière. Passée aussitôt au Kenya puis en Ethiopie en 2003, au Yémen et en Egypte au début de 2008, elle est signalée en Iran, en Afghanistan, au Pakistan. On estime que 80 % des récoltes de blé d'Afrique et d'Asie pourraient être touchées dans les prochaines années. Dix-sept centres de recherche à travers le monde ont été mobilisés. L'Institut Cornell, financé par la Fondation Bill Gates, et une demi-douzaine d'universités américaines tentent, pour l'heure en vain soit de créer des variétés résistantes, soit d'introduire un gène résistant dans celles dont on dispose. La station de recherche suisse de Changins-Wadenswil travaille également sur des variétés d'orge dans le même but. Ces techniques agissent au détriment d'autres qualités de ces plantes, à leur tour susceptibles de développer de futures résistances.
Pour l'Américain Jim Peterson, président du Comité National pour l'Amélioration du Blé, la rouille, diffusée par les transports aériens, implique des méthodes de lutte trop lourdes et onéreuses pour le petit paysan archaïque. « La crainte est que survienne une année qui offre un environnement parfait à la pandémie et qu'elle ne devienne incontrôlable. Je ne vois pas comment il pourrait s'y opposer même si on lui donne les fongicides ».
En réalité, n'en déplaise aux Ziegler et autres zélateurs du village planétaire solidaire, la grande famine malthusienne est à nos portes. Et elle a deux causes systémiques. La nocivité cumulée de la science et de la technique. Et l'insupportable surpopulation mondiale.
✍ Petrus AGRICOLA. Rivarol du 31 octobre 2008
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