C'est aux électeurs et à eux seuls que le Front national, et moi-même, doivent d'être sortis du ghetto politique dans lequel nos adversaires croyaient nous avoir momifiés.
12 % des voix dans le XX« arrondissement de Paris, 17 % à Dreux grâce à Jean-Pierre Stirbois, 10 % à Aulnay-sous-Bois et 12 % à Auray ont fini par ouvrir Sur nous les micros et braquer les caméras des grands médias nationaux.
C'est ainsi que des centaines de milliers d'auditeurs ont pu m'écouter, soixante-quinze minutes durant lors du « Club de la Presse », l'émission politique de prestige d'« Europe 1 ».
J'y apparaîtrais déjà moins facile à manœuvrer que s'y attendaient certains habitués de ce genre de débat, où les rôles sont bien rôdés.
Et puis viendra « L'heure de vérité » sur Antenne 2 encore et toujours justifiée par nos très bons résultats électoraux. Aussitôt, le Parti Communiste mène grand tapage pour tenter d'obtenir la suppression de l'émission. Il parviendra à la faire différer du 6 au 13 février 1984 sous prétexte qu'à l'occasion du 50e anniversaire du 6 février 1934 le souvenir d'un gouvernement de gauche mitraillant les manifestants avait une quelconque analogie avec ma présence à la télévision?
Je vois aujourd'hui dans cet avatar grotesque, une parcelle non négligeable du succès considérable de mon « Heure de vérité ». Les Français se sont dits: « On veut nous cacher quelque chose. Jugeons Le Pen par nous-mêmes. »
De fait, On a calculé qu'ils étaient près de quinze millions pour cette « première ».
Peu avant, Henri de Virieu m 'avait rendu visite en compagnie d'une de ses collaboratrices pour m'expliquer le principe de l'émission, son ambiance et son rite.
En fait d'ambiance, ce soir-là, je suis d'abord prié d'arriver une heure plus tôt parce que des groupuscules d'extrême gauche manifestent dans le quartier contre ma présence. La rue Cognacq-Jay est en effervescence. Il y a des C.R.S. partout.
Le service d'accueil d'Antenne 2, lui, est très présent. Je ne sens pas la moindre hostilité de la part du personnel de la télévision. Au contraire, il y a un sentiment de curiosité plutôt amusée.
Comme je suis arrivé très à l'avance, je bavarde un peu avec ma femme, mes enfants et mes amis qui m'accompagnent. Je donne à la volée quelques interviews aux nombreux journalistes présents sur le plateau. Henri de Virieu se montre très courtois. Alain Duhamel, Jean-Louis Servan-Schreiber et Albert Du Roy, qui vont m'interroger tout à l'heure me saluent.
Je me croyais très décontracté, mais quand l'émission est lancée j'ai un peu de mal à répondre à la première question. J'ai un petit peu le trac. Il est vrai qu'on ne m'invite pas souvent dans ces débats. Je n'ai pas l'habitude. Ensuite, ça va tout seul. Et puis, stupeur, c'est l'intervention de Jean-Louis Servan-Schreiber.
Franchement, je ne m'attendais pas à ce qu'il manifestât cette hostilité extrême à mon encontre, doublée d'intolérance. Je venais de le faire condamner en appel pour propos diffamatoires, pour injures. Je pensais qu'en tant que directeur de " l'Expansion ", il allait se borner à me poser des questions économiques. J'ai donc été stupéfait de voir l'affaire tourner au procès de Moscou.
Avec une mauvaise foi absolument évidente, il m'était opposé, non seulement des accusations infiniment déplaisantes, argumentées à partir de pièces anonymes ou inconnues, mais encore des écrits qui n'étaient pas les miens. C'est l'amalgame typique du système soviétique dans le genre: « Monsieur, que pensez-vous de cette phrase? » « Je n'en pense rien, elle n'est pas de moi. » « Non, elle n'est pas de vous, mais elle est de quelqu'un qui vous a connu ... ». « Et alors, je ne suis responsable que de mes écrits. » « Qu'importe ... ».
Pas une fois, mais dix fois, et avec une insistance qui a d'ailleurs déplu profondément aux Français.
Une chose en revanche, devait les séduire c'est la minute de silence à la mémoire des victimes du goulag. L'après-midi, on m'avait rapporté que Claude Cheysson, à la tribune de l'Assemblée européenne, avait commandé une minute de silence pour la mort d'Andropov. Cela m'avait particulièrement choqué. Et je m'étais dit que je dénoncerai ce genre de procédé le soir-même à la télévision. Je n'avais pas prévu de me lever, l'idée m'en est venue spontanément. J'ai décidé cette minute de silence pour les morts de la répression soviétique et les prisonniers du goulag à qui j'adressais une pensée fraternelle. Dans la salle, tout le monde s'est levé, sauf deux ou trois personnes ... Des adversaires. Et Albert Duroy qui, lui, continuait à me poser des questions.
je n'ai pas voulu prolonger ce qui passe aujourd'hui pour un coup de télé, mais je le regrette. Une certitude: mon action a porté. Je resterai à jamais celui a fait respecter une minute de silence pour le goulag. La meilleure preuve: ce passage à l'émission a été repris par un certain nombre de télévisions étrangères. Il a constitué, dans le fond, l'événement international de cette soirée. En France, il a eu également un gros impact. On m'a rapporté des échos de gens qui se sont levés devant leur téléviseur. Ma pensée a été droit au cœur de tous les Français d'origine d'Europe de l'Est et de tous les réfugiés politiques de ces pays maintenus sous le joug communiste.
Quand l'émission a été terminée, je suis allé dans le salon où l'on offre traditionnellement un verre pour les invités. Dans les couloirs, j'ai rencontré Pierre Desgraupes qui m'a salué et serré la main. J'aime le contact direct avec les gens naturels. Beaucoup de ceux qui ne me connaissaient qu'à travers une image déformée ont changé d'opinion sur mon compte après m'avoir rencontré.
Ce ne sera sans doute pas le cas de Jean-Louis Servan-Schreiber. Dans le salon, il y avait beaucoup de monde et des caméras. On m'arrachait des interviews de circonstance.
Henri de Virieu m'a dit tout de suite sa satisfaction: « Émission très bonne, grosse écoute. Grande participation des téléspectateurs. »
Alain Duhamel n'était pas là .
Albert Duroy non plus. Et moins encore Servan-Schreiber.
À suivre....
L'HEURE DE VÉRITÉ DU 13 FÉVRIER 1984
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Re: L'HEURE DE VÉRITÉ DU 13 FÉVRIER 1984
L'ÉMISSION, SECONDE PAR SECONDE
François-Henri De Virieu. - Bonsoir. Depuis la fin de la guerre d'AIgérie, vous êtes devenu, M. Le Pen, un marginal du jeu politique. Certes, vous êtes président d'une formation autorisée par le Ministère de l' Intérieur, le Front National, mais c'est une formation qui n'a jamais réussi à faire entrer le moindre représentant au Parlement. Les choses ont bougé pour vous depuis 1983. D'abord, vous vous êtes fait élire conseiller d'arrondissement à Paris dans le XXe. Ensuite il y a eu ces trois scrutins locaux, Dreux, Aulnay, le Morbihan. Dans chacun des cas les électeurs consultés ont, dans une proportion très significative, répondu à votre appel. Alors aujourd'hui vous avez, à cause de cela, une existence électorale. Vous faites partie de la réalité de la société française c'est un fait et c'est pourquoi je vous ai invité ce soir. Pour en savoir plus sur vous, pour comprendre, pour aider les Français qui nous écoutent à comprendre. Cette invitation, vous le savez, ne fait pas plaisir à tout le monde. Il y a actuellement devant cette maison des manifestations. Le Parti Communiste la considère comme indécente et appelle au boycott, « L'Humanité » écrit de vous: « cet homme est dangereux parce que la politique qu'il défend est dangereuse », et « Le Nouvel Observateur » ajoute: « il aurait mieux valu l'ignorer. »
Les lettres que nous recevons en portent témoignage, M. Le Pen, vous faites peur. A l'origine de cette peur, la façon dont vous parlez de la présence des étrangers qui vivent en France et de leur statut. On connaît de vous vos affiches « Deux millions de chômeurs, ce sont deux millions d'immigrés de trop. » C'est un slogan d'exclusion que vous complétez par un autre: « La France et les Français d'abord. » Alors, qui êtes-vous vraiment M. Le Pen ? Que voulez-vous ? Est-ce que vous êtes le même homme que celui qui, il y a vingt-huit ans était élu député poujadiste, était partisan de l'Algérie Française? Est-ce que vous avez aujourd'hui les mêmes soutiens, les mêmes amis, les mêmes idées ou est-ce que vous avez changé au fil des ans? Vous connaissez la règle de notre émission. Ce n'est pas une tribune, c'est une émission de questions sans complaisance et de réponses sans discours.
Alors ce soir, vous allez affronter pendant un quart d'heure chacun: Alain Duhamel, Jean-Louis Servan-Schreiber, P.D.G. de « L'Expansion » et Albert Du Roy. Vous aurez donc une heure pour répondre sur tous les grands problèmes qui intéressent les Français. Nous allons commencer tout de suite par aller à S.V.P. pour la première question. Alors, Jean-Louis Lescene, y a-t-il des questions?
Jean-Louis Lescene. - Oui. Jean-Marie Le Pen bonsoir. Beaucoup d'appels ce soir à S.V.P. mais pas toujours pour poser des questions. De nombreux téléspectateurs veulent simplement vous encourager, notamment pour vos prises de position sur l'immigration. Mais beaucoup plus nombreux sont les téléspectateurs qui condamnent formellement votre action. Fascisme, racisme, antisémitisme sont les adjectifs qui reviennent le plus souvent dans les fiches. Cela dit, plusieurs téléspectateurs vous demandent si vous êtes favorable au rétablissement de la peine de mort, pour quels crimes et que pensez-vous du cas Barbie ?
Jean-Marie Le Pen. - Je suis très heureux de pouvoir vous répondre aux questions qui me sont posées encore qu'il y en ait plusieurs. La première: le fascisme, le racisme, l'antisémitisme, tout cela c'est ce qui m'est, en général, reproché par la presse communiste et celle qui lui est directement liée. Cela fait partie de la désinformation à laquelle le communisme est en quelque sorte habitué. Je n'aurai pas de peine à me débarrasser du masque que l'on m'applique sur le visage puisque l'occasion m'en est donnée dans cette émission ...
P.-H. de V. - La question qui vous a été posée est précise: êtes-vous pour le rétablissement de la peine de mort?
J.-M- L. P. - Je suis effectivement un partisan de la peine de mort et je suis partisan de l'application de la peine de mort. Parce qu'un certain nombre d'arguments ont été avancés pour l'abolition de la peine de mort, en particulier celui selon lequel elle ne serait pas dissuasive. Or, en effet, elle n'est pas dissuasive quand elle n'est pas appliquée. Et je considère que la faveur qui est faite actuellement aux criminels, aux assassins est quelque chose d'extrêmement choquant pour le pays et de choquant pour la justice. Pour les crimes ignobles que sont les assassinats d'enfants, pour les crimes terroristes, pour les assassinats de policiers, je pense qu'il est nécessaire de rétablir la peine de mort. Elle est, en quelque sorte, la clé de voûte de notre système pénal. Et comme elle est supprimée et comme sont supprimées derrière elle, deux des peines les plus graves du Code Pénal, c'est-à-dire, la détention à perpétuité et la détention même à 20 ans, puisque chacun sait qu'un criminel, un assassin condamné à mort, qui serait exécuté sous l'empire des lois d'autrefois, est aujourd'hui en fait, condamné à ne faire que douze ou treize ans. Ceci est, à mon avis, extrêmement choquant et témoigne, je le pense très sincèrement, de la décadence de nos institutions, de notre morale publique et de l'incapacité des dirigeants de notre société à faire face à l'aspiration la plus fondamentale de notre peuple qui est l'aspiration à la sécurité, la première des libertés.
F.-H. de V. - Tout de suite un quart d'heure avec Alain Duhamel, qui va venir s'asseoir devant vous. Vous aviez une autre question Jean-Louis Lescene?
J.-L. L. - Vous n'avez pas répondu sur le cas Barbie.
J.-M. L. P. - Le cas Barbie ne m'intéresse pas plus qu'il n'intéresse tous les autres Français et je voudrais dire, à cette occasion, combien je suis scandalisé, en ce qui me concerne, de voir qu'à la télévision dans des émissions où je ne suis pas présent d'ailleurs, mon nom ou ma photographie sont très souvent associés à des défilés de l'armée allemande ou à la photo d'Hitler ou à d'autres photos du même genre. Je dis que cela est scandaleux, comme je trouve scandaleuses les manifestations qui s'abritent derrière le souvenir des morts pour la France ou des morts en déportation. Jean-Marie Le Pen n'a strictement rien à voir avec tout cela et le nom de Le Pen est inscrit sur le monument aux morts de la Trinité-sur-Mer, alors que celui de Georges Marchais n'a jamais été inscrit que sur les fiches de paie à Augsbourg de l'usine Messerschmitt pendant la guerre.
F.-H.de V. - M. Le Pen on peut peut-être s'interroger, et là on rejoint les manifestations qui ont lieu actuellement dans la rue. On peut peut-être s'interroger sur les raisons pour lesquelles votre nom est effectivement associé à ce que vous dîtes. Il y a une question qui m'est posée par les étudiants Juifs qui sont là dans la rue, est-ce par hasard que les éditions La Serp, dont vous êtes le propriétaire dIffusent des chants nazis, des discours et des portraits d'Hitler ?
J.-M. L. P. - Premier point, je suis un des rares hommes politiques qui gagne sa vie dans la vie professionnelle ordinaire, c'est-à-dire que pour gagner ma vie j'ai fondé une entreprise d'éditions. Je suis, à ce titre, un éditeur phonographique, je suis spécialisé dans l'édition des documents sonores et, en particulier, de tout ce qui s'est passé, de ce qui s'est produit dans l'histoire du monde, de l'Europe et de la France depuis pratiquement 40 ans qu'il y a du son. C'est si vrai que d'ailleurs votre maison et toutes les chaînes de télévision, toutes les chaînes de radio sont mes clients habituels parce que pour pouvoir éditer ces disques, plus de 120 disques 30 cm consacrés soit à l'Histoire soit aux documents sonores, soit au folklore politique et social, j'ai dû réunir beaucoup de documents. Et il est évident que quand on est un éditeur, et un éditeur libre, c'est-à-dire qui ne se soumet à aucune pression on donne du passé historique de l'Europe, de la France, et du monde une image qui est réelle. Il est vrai donc que j'ai publié des disques consacrés au III' Reich, j'ai consacré aussi trois disques à l'Histoire d'Israël, à Lénine, à Hitler, à Churchill, à Mitterrand, à Pompidou, douze ou treize disques à De Gaulle, à Pétain, etc., etc. C'est-à-dire que j'ai fait mon métier d'éditeur. J'affirme que je ne me soumettrai à aucune des pressions qui prétendraient me dicter dans ce domaine, ce qui est ma loi déontologique. J'ajoute que l'un de ces disques qui affirmait dans quatre lignes dont j'étais l'éditeur mais non l'auteur, mais que je prendrai à mon compte, que le Parti National Socialiste allemand était arrivé au pouvoir à la suite d'élections libres, ce que ne conteste absolument aucun historien sérieux. J'ai été condamné pour cela, j'ai été persécuté, je le dis très franchement. Et en appel j'ai fait citer vingt cinq témoins. Sur ces vingt cinq témoins deux seulement n'ont pas été déférés à cette invitation, il y avait cinq généraux de la Deuxième Guerre Mondiale, cinq déportés célèbres dont le président André Marie, cinq historiens, des gens de qualité. Vingt trois d'entre eux ont affirmé qu'il était de mon droit le plus strict et j'ajouterai pour certains, de mon devoir de faire les publications que j'ai faites en la forme où je les ai faites. Par conséquent dans ce domaine je ne regrette rien j'ai fait mon métier .
Alain Duhamel - M. Le Pen vous avez deux images. Il y a une première image qui vous colle à la peau depuis trente ans, depuis vos débuts dans la vie politique et qui est l'image d'un extrémiste et d'un activiste. Et puis il y a une seconde image que vous essayez visiblement d'accréditer en ce moment et à travers laquelle vous vous présentez comme un homme d'opposition, de droite nationale, respectable et légaliste. Ce que je voudrais pendant ce quart d'heure que nous allons passer ensemble, c'est de vous poser toute une série de petites questions auxquelles vous pourrez répondre à votre tour brièvement.
Première question: est-ce que vous vous considérez comme un démocrate ?
J.-M- L. P. - Oui, certainement. Et je l'ai démontré en participant à la vie publique de notre pays en toutes circonstances et bien souvent condamné à l'avance par le système électoral majoritaire, sans espoir. J'ai même argumenté bien souvent contre certaines écoles philosophiques de droite qui contestent la démocratie comme moyen de gouvernement. J'ai dit, je suis dans le fond un démocrate churchillien, c'est-à-dire que je me réfère au fameux aphorisme de CHURCHILL disant: la démocratie c'est probablement un très mauvais système mais je n'en connais pas d'autre.
A. D. - Alors vous acceptez sans réserve les institutions de la Ve République, je ne parle pas du détail naturellement des institutions, mais les institutions de la V' République et le principe de l'alternance et de la présence de la gauche au pouvoir ?
J.-M. L. P. - Absolument, oui, sans la moindre réserve et j'ajouterai même une chose c'est alors que l'idée qu'il fallait interdire le Parti communiste légalement, en quelque sorte est partagée par un certain nombre d'hommes politiques français, pas seulement à droite ... moi j'ai toujours pensé que le Parti communiste n'avait pu progresser et atteindre le niveau qu'il avait atteint chez nous que parce qu'il n'avait jamais réellement combattu sur le plan idéologique. Je pense que dans un pays civilisé, évolué comme le nôtre, la place du Parti communiste devrait être celle qu'il a aux États-Unis, en Angleterre, en Allemagne, c'est-à-dire entre 2 et 3 % et j'affirme qu'il est possible, à condition qu'on le combatte sur son terrain, sur le terrain de l'idéologie, qu'on le dépouille des privilèges qui lui ont été concédés depuis 35 ans et je pense que cela c'est une bataille qui est en cours actuellement.
A. D. - Alors puisque vous êtes favorable à la démocratie, vous le dîtes, vous êtes donc opposé à toute forme de violence quelconque dans un pays comme la France et dans un pays démocratique.
J.-M. L. P. - J'y suis d'autant plus opposé que j'en suis généralement la victime et chaque fois que l'on associe le nom du Front national à la violence, c'est la violence qui lui est faite. C'est si vrai qu'aucune instance judiciaire n'a été engagée ni n'a abouti à des condamnations de membres du Front national. En revanche, j'ai été l'objet de plusieurs attentats terroristes. J'ai perdu un œil à la suite, non pas d'une bagarre électorale. Je menais une campagne électorale, j'ai été attaqué par des nervis qui m'ont jeté à terre, m'ont exorbité l'œil, etc. Je vois aujourd'hui que je m'exprime à la télévision et qu'il faut pour cela constituer la télévision en Fort Chabrol parce qu'il y a, paraît-il, des manifestants qui prétendent, par la force et par la violence, m'interdire de m'exprimer.
A. D. - Donc vous êtes contre ceux qui, à travers des services d'ordre et à travers la force de leurs muscles, tentent d'empêcher des élections de se dérouler régulièrement.
J.-M. L. P. - Absolument.
A. D. - Bon, alors expliquez-moi brièvement naturellement, pourquoi dans ces conditions vous avez manifesté disons du respect et de la sympathie pour FRANCO et, disons, de la compréhension pour PINOCHET. Est-ce que c'est compatible avec ce que vous venez de nous dire?
J.-M- L. P. - D'abord j'ai en effet dit, en ce qui concerne le Chili, Allende et le gouvernement marxiste, qui ne représentaient que 20 à 25 % des voix, avaient conduit le pays sur la voie du désastre économique et d'une révolution qui menaçait d'être sanglante. J'avais dit que dans ce cas je comprenais l'action de l'armée chilienne réalisée d'ailleurs sous la direction d'un ami d'Allende et d'un de ses anciens ministres, le général Pinochet. Je n'en ai pas dit plus.
A. D. - Vous êtes d'accord que le président Allende avait été élu le plus régulièrement du monde.
J.-M. L. P. - Il avait été élu, en effet, mais il essayait, comme dans d'autres pays, d'imposer la création d'une révolution marxiste visiblement contre l'opinion de l'immense majorité. J'ajoute qu'au moment où les événements du Chili se déroulaient le président Allende à été mis hors la loi par les assemblées parlementaires.
A. D. - Et Franco ?
J.-M. L. P. - Le général Franco est arrivé au pouvoir, vous le savez, à la suite d'une très grave guerre civile et il a fait, dans son pays qui était très arriéré, progresser dans l'ordre et ramené en quelque sorte la paix civile un pays qui avait été profondément déchiré. J'ai souvent entendu des amis espagnols de gauche et antifranquistes me dire combien ils craignaient le départ du Général Franco et peut-être la possibilité de revenir à des violences très sanglantes comme celles de 36. Je me félicite que la mort du Général Franco ait abouti à l'institution d'un régime monarchique et démocratique.
A. D. - Vous ne considérez pas que le Général Pinochet ou le Général Franco aient été des démocrates selon votre cœur?
J.-M. L. P. - Certainement pas. Mais personnellement je pense que les gouvernements militaires ne peuvent, s'ils viennent au pouvoir, rester que très peu de temps, juste le temps parfois nécessaire pour éviter la guerre civile ou pour sauver le peuple dont ils ont tout de même la vie, en quelque sorte et la pérennité en garde. Mais je suis partisan des gouvernements civils je le dis de la manière la plus claire et je n'ai jamais célé mon opinion sur ce sujet.
A. D. - Quelle est votre réaction quand à une réunion publique récente à laquelle vous vous trouviez, qui se déroulait à Lyon, une de vos vice-présidentes a parlé de Simone Veil en l'appelant « la tricoteuse de Giscard »? Vous êtes d'accord qu'elle l'a dit ?
J.-M. L. P. - Absolument. C'est une image, je dirais, oratoire. Chaque chose doit être jugée dans son contexte et il est évident que la vice-présidente du Front National, dont les positions sont très connues en faveur de la vie et contre la législation de l'avortement, a voulu, en quelque sorte, souligner d'une manière pittoresque et piquante, si j'ose dire, le rôle joué par Mme VEIL dans la définition de ces lois.
F.-H. de V. - Vous trouvez cela seulement pittoresque ...
J.-M. L. P. - Écoutez, le peuple français n'est pas composé exclusivement de bourgeois de salons, n'est-ce pas ? et dans les grandes salles populaires, quand on s'adresse au peuple, on lui parle son langage et ce langage ne semble pas, en tout cas, avoir choqué les gens qui y assitaient. Et il y avait là toutes de sortes gens, y compris des universitaires de haut rang, je n'ai personnellement pas utilisé cette image et sans doute ne l'utiliserai-je pas. Mais je trouve que c'est vraiment un point de détail.
A.D. - C'est peut-être un point important de détail mais pour élargir la question à ce moment-là, quand vous rencontrez autour de vous, comme ça arrive à tout le monde et notamment en ce moment, des manifestations d'antisémitisme, quelle est votre réaction sincère ?
J .-M. L. P. - Je ne rencontre pas de manifestation d'antisémitisme. Je rencontre, en revanche, des manifestations qui me réputent antisémite, ce qui n'est pas du tout la même chose ...
A. D. - Non, ça n'est pas ma question. Vous êtes d'accord ? Disons, si ça n'est pas autour de vous, quand vous lisez des propos qui sont antisémites ou quand vous entendez des propos qui sont antisémites, je ne dis pas quand vous les prononcez. Quand vous les entendez, quelle est votre réaction ? Autrement dit, qu'est-ce que vous pensez de l'antisémitisme ?
J.-M. L. P. - Écoutez, je l'ai déjà dit plusieurs fois mais je vous le redis. Si l'antisémitisme consiste à persécuter les Juifs en raison de leur religion ou de leur race, je ne suis certainement pas antisémite. Et la « Tribune Juive » notait qu'en trente ans de vie publique on n'a pas pu relever une seule déclaration antisémite à mon encontre. En revanche, je ne me crois pas pour autant obligé d'aimer la loi Veil, d'admirer la peinture de Chagall ou d'approuver la politique de Mendès France. Voilà quelle est ma position. Autrement dit je ne crois pas, comme le président Giscard D'Estaing, et je dis d'ailleurs que ça me choque, de déclarer en revenant d'Israël je ne reviens pas de l'étranger, par exemple.
A. D. - Quand la même personne, au même endroit, dans le même discours, parlait des hôpitaux et de l'interruption de grossesse, ou pour ne pas être hypocrite, disons de l'avortement, en comparant ça à des fours crématoires, est-ce que ça ne vous semblait pas avoir des connotations ...
J.-M. L. P. - Je pense que l'assassinat massif d'enfants, les photos que l'on a pu voir correspondent en effet à une forme de génocide. Et vous savez comment, les fœtus on les fait disparaître dans les hôpitaux ? Eh bien on les brûle dans des fours crématoires, c'est comme cela, c'est un fait.
A. D. - Disons que l'association de ce genre d'image à quelqu'un comme Simone Veil, ne vous choque pas.
J.-M. L. P. - Écoutez, je n'ai pas de complexe moi, dans ce domaine. Je m'exprime librement et ce que je n'admets pas je le dis très franchement, le terrorisme intellectuel que l'on fait peser dès que l'on touche à certain nombre de problèmes. Comme celui par exemple de l'immigration.
A. D. - J'y viens à la seconde à l'immigration. Il y a eu, il y a quelques semaines, une déclaration très importante de l'Épiscopat français sur les problèmes de l'immigration et les évêques de France, collectivement, ont expliqué qu'il fallait accueillir fraternellement dans la communauté française les immigrés qui choisissaient de vivre dans notre pays.
J.-M. L. P. - Je ne reçois pas mes leçons politiques de l'assemblée des évêques de France je vous le dis tout de suite. Je n'en remontre pas à mon curé mais n'aime point beaucoup que dans le domaine où je suis spécialisé, les curés m'en remontrent.
A. D. - Je ne vous demande pas de dire que les évêques ont raison, je vous demande de réagir à ce que les évêques ont dit. Qu'est-ce que vous, Jean-Marie Le Pen, pensez de ce que les évêques ont dit ?
J.-M. L. P. - Je pense que les évêques se mêlent de ce qui ne les regardent pas. Ils ont en effet pour devoir de rappeler quels sont les préceptes évangéliques, c'est-à-dire de rappeler aux hommes qu'ils ont entre eux, quels qu'ils soient une fraternité. Les évêques n'ont pas dit, en disant cela d'ailleurs, qu'il n'existait pas de nationalité, qu'il n'existait pas de régime privilégié et, en particulier dans la nation, dans toutes les nations, en faveur des nationaux. Puisque l'on parlait tout à l'heure de racisme, il y a un racisme moi que j'exècre encore plus que tout les autres, c'est le racisme antifrançais. C'est celui qui tend à considérer les Français dans leur propre pays comme de. gens dans le fond qui n'auraient même pas les mêmes droits que les autres et en particulier que ceux qui se sont très souvent bornés à pousser la porte pour entrer.
A. D. - C'est-à-dire ceux qu'on avait fait venir aussi.
J.-M. L. P. - Oui. Alors je suis tout à fait à l'aise pour en parler car j'ai condamné, en son temps, l'initiative du gouvernement français et d'un certain patronat français en soulignant qu'en faisant venir des travailleurs immigrés de basse qualification on le faisait, en fait, pour faire peser à la baisse sur les salaires manuels et que cette politique a abouti chez nous à empêcher la revalorisation du travail manuel et la nécessaire modernisation de notre instrument de travail. J'ai considéré donc que c'était une faute politique en même temps qu'une faute économique.
A. D. - M. Le Pen est-ce que quelquefois, seul avec vous-même si j'ose dire, vous ne vous posez pas la question de savoir si vous n'êtes pas un petit peu un apprenti sorcier, c'est-à-dire si en tenant des propos de ce genre vous ne déclenchez pas chez les gens plus simples que vous, des réactions qui, elles, sont du racisme. Dans ce cas-là, quand vous entendez parler de racisme - et ne me dites pas que vous n'en entendez pas parler - est-ce que vous ne vous sentez pas une part de responsabilité ?
J.-M. L. P. - Ceux qui m'entendent et ceux qui m'écoutent peuvent témoigner que j'ai toujours dit que la politique que je souhaite voir appliquer à l'égard de l'immigration étrangère, c'est-à-dire, l'inversion du courant de l'immigration doit se dérouler dans des conditions de dignité humaine. D'ailleurs cela ne soulève aucune difficulté dans les publics qui sont très souvent composés de français d'origine noire ou d'origine africaine ou nord-africaine ou de ressortissants des Territoires d'Outre-Mer. Car la définition que nous donnons du Front national des français, est la définition de notre nationalité mais il est évident que quand certains éditorialistes, de radio par exemple, déclarent sur le ton de la rigolade à leur interlocuteur: « Allons M. Fourcade, j'espère que vous n'êtes pas comme Jean-Marie Le Pen, que vous ne voulez pas mettre les immigrés sur des bateaux pour les couler au milieu de la Méditerranée », je dis que ce sont des gens comme ça qui créent le racisme dans notre pays et qui incitent à la haine et à la violence des communautés les unes contre les autres.
A. D. - M. Le Pen, je vais passer à l'opposition maintenant, pour que les choses soient bien claires. Quand il y a des réactions de radsme comme elles existent chez des gens qui sont quelquefois des gens simples, par forcément des gens qui comme vous, ont fait des études supérieures, vous ne vous sentez jamais, à cause des propos que vous tenez, ou des propos que tiennent vos lieutenants, des propos de vos militants une part de responsabilité ?
J.-M. L. P. - Jamais. La grande responsabilité dans cette affaire serait de ne pas dire la vérité sur la menace fondamentale qui pèse déjà sur les budgets sociaux et nationaux de notre pays au détriment des Français mais qui pèse dans l'avenir sur la véritable vague déferlante de l'immigration en provenance du Tiers-Monde vers un pays comme le nôtre frappé par la dénatalité, de pays qui sont à la fois pauvres et connaissent une véritable explosion démographique. Je crois que ce sont les gens qui veulent fermer les yeux, qui veulent frapper celte question de tabou qui portent la responsabilité des conséquences racistes de cette politique et non pas ceux qui sonnent l'alerte.
A. D. - Je pense que vous y reviendrez dans la suite de l'émission. Comment est-ce que vous considérez aujourd'hUl~ vous et votre mouvement ce que vous représentez dans l'opinion, le chtffre que vous vous fixez pour les élections européennes et combien de militants revendiquez-vous ?
J.-M. L. P. - Je crois qu'il y a actuellement une véritable transformation qui se produit dans la société politique française. L'esprit public est en train de se mobiliser à un point, je suis frappé d'ailleurs de voir à quel point l'aveuglement des milieux politiques ...
A. D. - Comme je vois qu'on arrive à la fin de notre temps, répondez précisément, je vous ai demandé: combien estimez-vous votre influence aujourd'hui, quel objectif vous donnez-vous pour les élections européennes, combien revendiquez-vous de militants ?
J.-M. L. P. - Je pense que nous sommes aux alentours de 10 %, s'il y avait des élections nationales actuellement, au scrutin proportionnel c'est-à-dire sans que joue la fameuse règle ... Aux élections européennes je pense que nous serons entre 10 et 15 % et j'espère faire un score supérieur à celui du Parti Communiste. Le nombre de militants: je pense une vingtaine de milliers, qui ne cesse de grandir par l'appoint...
A. D. - En 81 il y en avait combien ?
J.-M. L. P. - Oh il y en avait beaucoup moins, peut-être 2 ou 3000 ...
F.-H. de V. - Ça grimpe très vite, il y a un mois, à Europe n° 1, vous avez dit 10 000.
J.-M. L. P. - Vous pouvez venir dans nos bureaux, vous verrez que nous recevons massivement et encore les gens ignorent que nous nous trouvons 11, rue Bernouilli dans le 8e ... Mais quand ils le sauront je vous garantis que là c'est par milliers et par dizaines de milliers qu'ils viendront ...
A. D. - M. Le Pen, deux dernières questions très courtes. La première, vous me répondez si vous voulez si vous ne le voulez pas vous ne répondez pas, d'ailleurs je vous en sais capable. Pour qui avez-vous voté au premier et au second tours des élections de 81 ?
J.-M. L. P. Au premier tour ... je n'ai pas voté, je me suis abstenu et au second tour, j'ai demandé d'ailleurs publiquement que l'on votât pour Jeanne d'Arc.
A. D. - Et au premier tour vous n'avez pas voté ?
J.-M. L. P. - Pourquoi ? Parce qu'on m'a mis dans l'obligation de ne pas pouvoir me présenter comme candidat.
À suivre
François-Henri De Virieu. - Bonsoir. Depuis la fin de la guerre d'AIgérie, vous êtes devenu, M. Le Pen, un marginal du jeu politique. Certes, vous êtes président d'une formation autorisée par le Ministère de l' Intérieur, le Front National, mais c'est une formation qui n'a jamais réussi à faire entrer le moindre représentant au Parlement. Les choses ont bougé pour vous depuis 1983. D'abord, vous vous êtes fait élire conseiller d'arrondissement à Paris dans le XXe. Ensuite il y a eu ces trois scrutins locaux, Dreux, Aulnay, le Morbihan. Dans chacun des cas les électeurs consultés ont, dans une proportion très significative, répondu à votre appel. Alors aujourd'hui vous avez, à cause de cela, une existence électorale. Vous faites partie de la réalité de la société française c'est un fait et c'est pourquoi je vous ai invité ce soir. Pour en savoir plus sur vous, pour comprendre, pour aider les Français qui nous écoutent à comprendre. Cette invitation, vous le savez, ne fait pas plaisir à tout le monde. Il y a actuellement devant cette maison des manifestations. Le Parti Communiste la considère comme indécente et appelle au boycott, « L'Humanité » écrit de vous: « cet homme est dangereux parce que la politique qu'il défend est dangereuse », et « Le Nouvel Observateur » ajoute: « il aurait mieux valu l'ignorer. »
Les lettres que nous recevons en portent témoignage, M. Le Pen, vous faites peur. A l'origine de cette peur, la façon dont vous parlez de la présence des étrangers qui vivent en France et de leur statut. On connaît de vous vos affiches « Deux millions de chômeurs, ce sont deux millions d'immigrés de trop. » C'est un slogan d'exclusion que vous complétez par un autre: « La France et les Français d'abord. » Alors, qui êtes-vous vraiment M. Le Pen ? Que voulez-vous ? Est-ce que vous êtes le même homme que celui qui, il y a vingt-huit ans était élu député poujadiste, était partisan de l'Algérie Française? Est-ce que vous avez aujourd'hui les mêmes soutiens, les mêmes amis, les mêmes idées ou est-ce que vous avez changé au fil des ans? Vous connaissez la règle de notre émission. Ce n'est pas une tribune, c'est une émission de questions sans complaisance et de réponses sans discours.
Alors ce soir, vous allez affronter pendant un quart d'heure chacun: Alain Duhamel, Jean-Louis Servan-Schreiber, P.D.G. de « L'Expansion » et Albert Du Roy. Vous aurez donc une heure pour répondre sur tous les grands problèmes qui intéressent les Français. Nous allons commencer tout de suite par aller à S.V.P. pour la première question. Alors, Jean-Louis Lescene, y a-t-il des questions?
Jean-Louis Lescene. - Oui. Jean-Marie Le Pen bonsoir. Beaucoup d'appels ce soir à S.V.P. mais pas toujours pour poser des questions. De nombreux téléspectateurs veulent simplement vous encourager, notamment pour vos prises de position sur l'immigration. Mais beaucoup plus nombreux sont les téléspectateurs qui condamnent formellement votre action. Fascisme, racisme, antisémitisme sont les adjectifs qui reviennent le plus souvent dans les fiches. Cela dit, plusieurs téléspectateurs vous demandent si vous êtes favorable au rétablissement de la peine de mort, pour quels crimes et que pensez-vous du cas Barbie ?
Jean-Marie Le Pen. - Je suis très heureux de pouvoir vous répondre aux questions qui me sont posées encore qu'il y en ait plusieurs. La première: le fascisme, le racisme, l'antisémitisme, tout cela c'est ce qui m'est, en général, reproché par la presse communiste et celle qui lui est directement liée. Cela fait partie de la désinformation à laquelle le communisme est en quelque sorte habitué. Je n'aurai pas de peine à me débarrasser du masque que l'on m'applique sur le visage puisque l'occasion m'en est donnée dans cette émission ...
P.-H. de V. - La question qui vous a été posée est précise: êtes-vous pour le rétablissement de la peine de mort?
J.-M- L. P. - Je suis effectivement un partisan de la peine de mort et je suis partisan de l'application de la peine de mort. Parce qu'un certain nombre d'arguments ont été avancés pour l'abolition de la peine de mort, en particulier celui selon lequel elle ne serait pas dissuasive. Or, en effet, elle n'est pas dissuasive quand elle n'est pas appliquée. Et je considère que la faveur qui est faite actuellement aux criminels, aux assassins est quelque chose d'extrêmement choquant pour le pays et de choquant pour la justice. Pour les crimes ignobles que sont les assassinats d'enfants, pour les crimes terroristes, pour les assassinats de policiers, je pense qu'il est nécessaire de rétablir la peine de mort. Elle est, en quelque sorte, la clé de voûte de notre système pénal. Et comme elle est supprimée et comme sont supprimées derrière elle, deux des peines les plus graves du Code Pénal, c'est-à-dire, la détention à perpétuité et la détention même à 20 ans, puisque chacun sait qu'un criminel, un assassin condamné à mort, qui serait exécuté sous l'empire des lois d'autrefois, est aujourd'hui en fait, condamné à ne faire que douze ou treize ans. Ceci est, à mon avis, extrêmement choquant et témoigne, je le pense très sincèrement, de la décadence de nos institutions, de notre morale publique et de l'incapacité des dirigeants de notre société à faire face à l'aspiration la plus fondamentale de notre peuple qui est l'aspiration à la sécurité, la première des libertés.
F.-H. de V. - Tout de suite un quart d'heure avec Alain Duhamel, qui va venir s'asseoir devant vous. Vous aviez une autre question Jean-Louis Lescene?
J.-L. L. - Vous n'avez pas répondu sur le cas Barbie.
J.-M. L. P. - Le cas Barbie ne m'intéresse pas plus qu'il n'intéresse tous les autres Français et je voudrais dire, à cette occasion, combien je suis scandalisé, en ce qui me concerne, de voir qu'à la télévision dans des émissions où je ne suis pas présent d'ailleurs, mon nom ou ma photographie sont très souvent associés à des défilés de l'armée allemande ou à la photo d'Hitler ou à d'autres photos du même genre. Je dis que cela est scandaleux, comme je trouve scandaleuses les manifestations qui s'abritent derrière le souvenir des morts pour la France ou des morts en déportation. Jean-Marie Le Pen n'a strictement rien à voir avec tout cela et le nom de Le Pen est inscrit sur le monument aux morts de la Trinité-sur-Mer, alors que celui de Georges Marchais n'a jamais été inscrit que sur les fiches de paie à Augsbourg de l'usine Messerschmitt pendant la guerre.
F.-H.de V. - M. Le Pen on peut peut-être s'interroger, et là on rejoint les manifestations qui ont lieu actuellement dans la rue. On peut peut-être s'interroger sur les raisons pour lesquelles votre nom est effectivement associé à ce que vous dîtes. Il y a une question qui m'est posée par les étudiants Juifs qui sont là dans la rue, est-ce par hasard que les éditions La Serp, dont vous êtes le propriétaire dIffusent des chants nazis, des discours et des portraits d'Hitler ?
J.-M. L. P. - Premier point, je suis un des rares hommes politiques qui gagne sa vie dans la vie professionnelle ordinaire, c'est-à-dire que pour gagner ma vie j'ai fondé une entreprise d'éditions. Je suis, à ce titre, un éditeur phonographique, je suis spécialisé dans l'édition des documents sonores et, en particulier, de tout ce qui s'est passé, de ce qui s'est produit dans l'histoire du monde, de l'Europe et de la France depuis pratiquement 40 ans qu'il y a du son. C'est si vrai que d'ailleurs votre maison et toutes les chaînes de télévision, toutes les chaînes de radio sont mes clients habituels parce que pour pouvoir éditer ces disques, plus de 120 disques 30 cm consacrés soit à l'Histoire soit aux documents sonores, soit au folklore politique et social, j'ai dû réunir beaucoup de documents. Et il est évident que quand on est un éditeur, et un éditeur libre, c'est-à-dire qui ne se soumet à aucune pression on donne du passé historique de l'Europe, de la France, et du monde une image qui est réelle. Il est vrai donc que j'ai publié des disques consacrés au III' Reich, j'ai consacré aussi trois disques à l'Histoire d'Israël, à Lénine, à Hitler, à Churchill, à Mitterrand, à Pompidou, douze ou treize disques à De Gaulle, à Pétain, etc., etc. C'est-à-dire que j'ai fait mon métier d'éditeur. J'affirme que je ne me soumettrai à aucune des pressions qui prétendraient me dicter dans ce domaine, ce qui est ma loi déontologique. J'ajoute que l'un de ces disques qui affirmait dans quatre lignes dont j'étais l'éditeur mais non l'auteur, mais que je prendrai à mon compte, que le Parti National Socialiste allemand était arrivé au pouvoir à la suite d'élections libres, ce que ne conteste absolument aucun historien sérieux. J'ai été condamné pour cela, j'ai été persécuté, je le dis très franchement. Et en appel j'ai fait citer vingt cinq témoins. Sur ces vingt cinq témoins deux seulement n'ont pas été déférés à cette invitation, il y avait cinq généraux de la Deuxième Guerre Mondiale, cinq déportés célèbres dont le président André Marie, cinq historiens, des gens de qualité. Vingt trois d'entre eux ont affirmé qu'il était de mon droit le plus strict et j'ajouterai pour certains, de mon devoir de faire les publications que j'ai faites en la forme où je les ai faites. Par conséquent dans ce domaine je ne regrette rien j'ai fait mon métier .
Alain Duhamel - M. Le Pen vous avez deux images. Il y a une première image qui vous colle à la peau depuis trente ans, depuis vos débuts dans la vie politique et qui est l'image d'un extrémiste et d'un activiste. Et puis il y a une seconde image que vous essayez visiblement d'accréditer en ce moment et à travers laquelle vous vous présentez comme un homme d'opposition, de droite nationale, respectable et légaliste. Ce que je voudrais pendant ce quart d'heure que nous allons passer ensemble, c'est de vous poser toute une série de petites questions auxquelles vous pourrez répondre à votre tour brièvement.
Première question: est-ce que vous vous considérez comme un démocrate ?
J.-M- L. P. - Oui, certainement. Et je l'ai démontré en participant à la vie publique de notre pays en toutes circonstances et bien souvent condamné à l'avance par le système électoral majoritaire, sans espoir. J'ai même argumenté bien souvent contre certaines écoles philosophiques de droite qui contestent la démocratie comme moyen de gouvernement. J'ai dit, je suis dans le fond un démocrate churchillien, c'est-à-dire que je me réfère au fameux aphorisme de CHURCHILL disant: la démocratie c'est probablement un très mauvais système mais je n'en connais pas d'autre.
A. D. - Alors vous acceptez sans réserve les institutions de la Ve République, je ne parle pas du détail naturellement des institutions, mais les institutions de la V' République et le principe de l'alternance et de la présence de la gauche au pouvoir ?
J.-M. L. P. - Absolument, oui, sans la moindre réserve et j'ajouterai même une chose c'est alors que l'idée qu'il fallait interdire le Parti communiste légalement, en quelque sorte est partagée par un certain nombre d'hommes politiques français, pas seulement à droite ... moi j'ai toujours pensé que le Parti communiste n'avait pu progresser et atteindre le niveau qu'il avait atteint chez nous que parce qu'il n'avait jamais réellement combattu sur le plan idéologique. Je pense que dans un pays civilisé, évolué comme le nôtre, la place du Parti communiste devrait être celle qu'il a aux États-Unis, en Angleterre, en Allemagne, c'est-à-dire entre 2 et 3 % et j'affirme qu'il est possible, à condition qu'on le combatte sur son terrain, sur le terrain de l'idéologie, qu'on le dépouille des privilèges qui lui ont été concédés depuis 35 ans et je pense que cela c'est une bataille qui est en cours actuellement.
A. D. - Alors puisque vous êtes favorable à la démocratie, vous le dîtes, vous êtes donc opposé à toute forme de violence quelconque dans un pays comme la France et dans un pays démocratique.
J.-M. L. P. - J'y suis d'autant plus opposé que j'en suis généralement la victime et chaque fois que l'on associe le nom du Front national à la violence, c'est la violence qui lui est faite. C'est si vrai qu'aucune instance judiciaire n'a été engagée ni n'a abouti à des condamnations de membres du Front national. En revanche, j'ai été l'objet de plusieurs attentats terroristes. J'ai perdu un œil à la suite, non pas d'une bagarre électorale. Je menais une campagne électorale, j'ai été attaqué par des nervis qui m'ont jeté à terre, m'ont exorbité l'œil, etc. Je vois aujourd'hui que je m'exprime à la télévision et qu'il faut pour cela constituer la télévision en Fort Chabrol parce qu'il y a, paraît-il, des manifestants qui prétendent, par la force et par la violence, m'interdire de m'exprimer.
A. D. - Donc vous êtes contre ceux qui, à travers des services d'ordre et à travers la force de leurs muscles, tentent d'empêcher des élections de se dérouler régulièrement.
J.-M. L. P. - Absolument.
A. D. - Bon, alors expliquez-moi brièvement naturellement, pourquoi dans ces conditions vous avez manifesté disons du respect et de la sympathie pour FRANCO et, disons, de la compréhension pour PINOCHET. Est-ce que c'est compatible avec ce que vous venez de nous dire?
J.-M- L. P. - D'abord j'ai en effet dit, en ce qui concerne le Chili, Allende et le gouvernement marxiste, qui ne représentaient que 20 à 25 % des voix, avaient conduit le pays sur la voie du désastre économique et d'une révolution qui menaçait d'être sanglante. J'avais dit que dans ce cas je comprenais l'action de l'armée chilienne réalisée d'ailleurs sous la direction d'un ami d'Allende et d'un de ses anciens ministres, le général Pinochet. Je n'en ai pas dit plus.
A. D. - Vous êtes d'accord que le président Allende avait été élu le plus régulièrement du monde.
J.-M. L. P. - Il avait été élu, en effet, mais il essayait, comme dans d'autres pays, d'imposer la création d'une révolution marxiste visiblement contre l'opinion de l'immense majorité. J'ajoute qu'au moment où les événements du Chili se déroulaient le président Allende à été mis hors la loi par les assemblées parlementaires.
A. D. - Et Franco ?
J.-M. L. P. - Le général Franco est arrivé au pouvoir, vous le savez, à la suite d'une très grave guerre civile et il a fait, dans son pays qui était très arriéré, progresser dans l'ordre et ramené en quelque sorte la paix civile un pays qui avait été profondément déchiré. J'ai souvent entendu des amis espagnols de gauche et antifranquistes me dire combien ils craignaient le départ du Général Franco et peut-être la possibilité de revenir à des violences très sanglantes comme celles de 36. Je me félicite que la mort du Général Franco ait abouti à l'institution d'un régime monarchique et démocratique.
A. D. - Vous ne considérez pas que le Général Pinochet ou le Général Franco aient été des démocrates selon votre cœur?
J.-M. L. P. - Certainement pas. Mais personnellement je pense que les gouvernements militaires ne peuvent, s'ils viennent au pouvoir, rester que très peu de temps, juste le temps parfois nécessaire pour éviter la guerre civile ou pour sauver le peuple dont ils ont tout de même la vie, en quelque sorte et la pérennité en garde. Mais je suis partisan des gouvernements civils je le dis de la manière la plus claire et je n'ai jamais célé mon opinion sur ce sujet.
A. D. - Quelle est votre réaction quand à une réunion publique récente à laquelle vous vous trouviez, qui se déroulait à Lyon, une de vos vice-présidentes a parlé de Simone Veil en l'appelant « la tricoteuse de Giscard »? Vous êtes d'accord qu'elle l'a dit ?
J.-M. L. P. - Absolument. C'est une image, je dirais, oratoire. Chaque chose doit être jugée dans son contexte et il est évident que la vice-présidente du Front National, dont les positions sont très connues en faveur de la vie et contre la législation de l'avortement, a voulu, en quelque sorte, souligner d'une manière pittoresque et piquante, si j'ose dire, le rôle joué par Mme VEIL dans la définition de ces lois.
F.-H. de V. - Vous trouvez cela seulement pittoresque ...
J.-M. L. P. - Écoutez, le peuple français n'est pas composé exclusivement de bourgeois de salons, n'est-ce pas ? et dans les grandes salles populaires, quand on s'adresse au peuple, on lui parle son langage et ce langage ne semble pas, en tout cas, avoir choqué les gens qui y assitaient. Et il y avait là toutes de sortes gens, y compris des universitaires de haut rang, je n'ai personnellement pas utilisé cette image et sans doute ne l'utiliserai-je pas. Mais je trouve que c'est vraiment un point de détail.
A.D. - C'est peut-être un point important de détail mais pour élargir la question à ce moment-là, quand vous rencontrez autour de vous, comme ça arrive à tout le monde et notamment en ce moment, des manifestations d'antisémitisme, quelle est votre réaction sincère ?
J .-M. L. P. - Je ne rencontre pas de manifestation d'antisémitisme. Je rencontre, en revanche, des manifestations qui me réputent antisémite, ce qui n'est pas du tout la même chose ...
A. D. - Non, ça n'est pas ma question. Vous êtes d'accord ? Disons, si ça n'est pas autour de vous, quand vous lisez des propos qui sont antisémites ou quand vous entendez des propos qui sont antisémites, je ne dis pas quand vous les prononcez. Quand vous les entendez, quelle est votre réaction ? Autrement dit, qu'est-ce que vous pensez de l'antisémitisme ?
J.-M. L. P. - Écoutez, je l'ai déjà dit plusieurs fois mais je vous le redis. Si l'antisémitisme consiste à persécuter les Juifs en raison de leur religion ou de leur race, je ne suis certainement pas antisémite. Et la « Tribune Juive » notait qu'en trente ans de vie publique on n'a pas pu relever une seule déclaration antisémite à mon encontre. En revanche, je ne me crois pas pour autant obligé d'aimer la loi Veil, d'admirer la peinture de Chagall ou d'approuver la politique de Mendès France. Voilà quelle est ma position. Autrement dit je ne crois pas, comme le président Giscard D'Estaing, et je dis d'ailleurs que ça me choque, de déclarer en revenant d'Israël je ne reviens pas de l'étranger, par exemple.
A. D. - Quand la même personne, au même endroit, dans le même discours, parlait des hôpitaux et de l'interruption de grossesse, ou pour ne pas être hypocrite, disons de l'avortement, en comparant ça à des fours crématoires, est-ce que ça ne vous semblait pas avoir des connotations ...
J.-M. L. P. - Je pense que l'assassinat massif d'enfants, les photos que l'on a pu voir correspondent en effet à une forme de génocide. Et vous savez comment, les fœtus on les fait disparaître dans les hôpitaux ? Eh bien on les brûle dans des fours crématoires, c'est comme cela, c'est un fait.
A. D. - Disons que l'association de ce genre d'image à quelqu'un comme Simone Veil, ne vous choque pas.
J.-M. L. P. - Écoutez, je n'ai pas de complexe moi, dans ce domaine. Je m'exprime librement et ce que je n'admets pas je le dis très franchement, le terrorisme intellectuel que l'on fait peser dès que l'on touche à certain nombre de problèmes. Comme celui par exemple de l'immigration.
A. D. - J'y viens à la seconde à l'immigration. Il y a eu, il y a quelques semaines, une déclaration très importante de l'Épiscopat français sur les problèmes de l'immigration et les évêques de France, collectivement, ont expliqué qu'il fallait accueillir fraternellement dans la communauté française les immigrés qui choisissaient de vivre dans notre pays.
J.-M. L. P. - Je ne reçois pas mes leçons politiques de l'assemblée des évêques de France je vous le dis tout de suite. Je n'en remontre pas à mon curé mais n'aime point beaucoup que dans le domaine où je suis spécialisé, les curés m'en remontrent.
A. D. - Je ne vous demande pas de dire que les évêques ont raison, je vous demande de réagir à ce que les évêques ont dit. Qu'est-ce que vous, Jean-Marie Le Pen, pensez de ce que les évêques ont dit ?
J.-M. L. P. - Je pense que les évêques se mêlent de ce qui ne les regardent pas. Ils ont en effet pour devoir de rappeler quels sont les préceptes évangéliques, c'est-à-dire de rappeler aux hommes qu'ils ont entre eux, quels qu'ils soient une fraternité. Les évêques n'ont pas dit, en disant cela d'ailleurs, qu'il n'existait pas de nationalité, qu'il n'existait pas de régime privilégié et, en particulier dans la nation, dans toutes les nations, en faveur des nationaux. Puisque l'on parlait tout à l'heure de racisme, il y a un racisme moi que j'exècre encore plus que tout les autres, c'est le racisme antifrançais. C'est celui qui tend à considérer les Français dans leur propre pays comme de. gens dans le fond qui n'auraient même pas les mêmes droits que les autres et en particulier que ceux qui se sont très souvent bornés à pousser la porte pour entrer.
A. D. - C'est-à-dire ceux qu'on avait fait venir aussi.
J.-M. L. P. - Oui. Alors je suis tout à fait à l'aise pour en parler car j'ai condamné, en son temps, l'initiative du gouvernement français et d'un certain patronat français en soulignant qu'en faisant venir des travailleurs immigrés de basse qualification on le faisait, en fait, pour faire peser à la baisse sur les salaires manuels et que cette politique a abouti chez nous à empêcher la revalorisation du travail manuel et la nécessaire modernisation de notre instrument de travail. J'ai considéré donc que c'était une faute politique en même temps qu'une faute économique.
A. D. - M. Le Pen est-ce que quelquefois, seul avec vous-même si j'ose dire, vous ne vous posez pas la question de savoir si vous n'êtes pas un petit peu un apprenti sorcier, c'est-à-dire si en tenant des propos de ce genre vous ne déclenchez pas chez les gens plus simples que vous, des réactions qui, elles, sont du racisme. Dans ce cas-là, quand vous entendez parler de racisme - et ne me dites pas que vous n'en entendez pas parler - est-ce que vous ne vous sentez pas une part de responsabilité ?
J.-M. L. P. - Ceux qui m'entendent et ceux qui m'écoutent peuvent témoigner que j'ai toujours dit que la politique que je souhaite voir appliquer à l'égard de l'immigration étrangère, c'est-à-dire, l'inversion du courant de l'immigration doit se dérouler dans des conditions de dignité humaine. D'ailleurs cela ne soulève aucune difficulté dans les publics qui sont très souvent composés de français d'origine noire ou d'origine africaine ou nord-africaine ou de ressortissants des Territoires d'Outre-Mer. Car la définition que nous donnons du Front national des français, est la définition de notre nationalité mais il est évident que quand certains éditorialistes, de radio par exemple, déclarent sur le ton de la rigolade à leur interlocuteur: « Allons M. Fourcade, j'espère que vous n'êtes pas comme Jean-Marie Le Pen, que vous ne voulez pas mettre les immigrés sur des bateaux pour les couler au milieu de la Méditerranée », je dis que ce sont des gens comme ça qui créent le racisme dans notre pays et qui incitent à la haine et à la violence des communautés les unes contre les autres.
A. D. - M. Le Pen, je vais passer à l'opposition maintenant, pour que les choses soient bien claires. Quand il y a des réactions de radsme comme elles existent chez des gens qui sont quelquefois des gens simples, par forcément des gens qui comme vous, ont fait des études supérieures, vous ne vous sentez jamais, à cause des propos que vous tenez, ou des propos que tiennent vos lieutenants, des propos de vos militants une part de responsabilité ?
J.-M. L. P. - Jamais. La grande responsabilité dans cette affaire serait de ne pas dire la vérité sur la menace fondamentale qui pèse déjà sur les budgets sociaux et nationaux de notre pays au détriment des Français mais qui pèse dans l'avenir sur la véritable vague déferlante de l'immigration en provenance du Tiers-Monde vers un pays comme le nôtre frappé par la dénatalité, de pays qui sont à la fois pauvres et connaissent une véritable explosion démographique. Je crois que ce sont les gens qui veulent fermer les yeux, qui veulent frapper celte question de tabou qui portent la responsabilité des conséquences racistes de cette politique et non pas ceux qui sonnent l'alerte.
A. D. - Je pense que vous y reviendrez dans la suite de l'émission. Comment est-ce que vous considérez aujourd'hUl~ vous et votre mouvement ce que vous représentez dans l'opinion, le chtffre que vous vous fixez pour les élections européennes et combien de militants revendiquez-vous ?
J.-M. L. P. - Je crois qu'il y a actuellement une véritable transformation qui se produit dans la société politique française. L'esprit public est en train de se mobiliser à un point, je suis frappé d'ailleurs de voir à quel point l'aveuglement des milieux politiques ...
A. D. - Comme je vois qu'on arrive à la fin de notre temps, répondez précisément, je vous ai demandé: combien estimez-vous votre influence aujourd'hui, quel objectif vous donnez-vous pour les élections européennes, combien revendiquez-vous de militants ?
J.-M. L. P. - Je pense que nous sommes aux alentours de 10 %, s'il y avait des élections nationales actuellement, au scrutin proportionnel c'est-à-dire sans que joue la fameuse règle ... Aux élections européennes je pense que nous serons entre 10 et 15 % et j'espère faire un score supérieur à celui du Parti Communiste. Le nombre de militants: je pense une vingtaine de milliers, qui ne cesse de grandir par l'appoint...
A. D. - En 81 il y en avait combien ?
J.-M. L. P. - Oh il y en avait beaucoup moins, peut-être 2 ou 3000 ...
F.-H. de V. - Ça grimpe très vite, il y a un mois, à Europe n° 1, vous avez dit 10 000.
J.-M. L. P. - Vous pouvez venir dans nos bureaux, vous verrez que nous recevons massivement et encore les gens ignorent que nous nous trouvons 11, rue Bernouilli dans le 8e ... Mais quand ils le sauront je vous garantis que là c'est par milliers et par dizaines de milliers qu'ils viendront ...
A. D. - M. Le Pen, deux dernières questions très courtes. La première, vous me répondez si vous voulez si vous ne le voulez pas vous ne répondez pas, d'ailleurs je vous en sais capable. Pour qui avez-vous voté au premier et au second tours des élections de 81 ?
J.-M. L. P. Au premier tour ... je n'ai pas voté, je me suis abstenu et au second tour, j'ai demandé d'ailleurs publiquement que l'on votât pour Jeanne d'Arc.
A. D. - Et au premier tour vous n'avez pas voté ?
J.-M. L. P. - Pourquoi ? Parce qu'on m'a mis dans l'obligation de ne pas pouvoir me présenter comme candidat.
À suivre
Re: L'HEURE DE VÉRITÉ DU 13 FÉVRIER 1984
Merci Pat, est un interview classique!
Excellente paroles de JMLP sur Franco et Pinochet.
Kevin
Excellente paroles de JMLP sur Franco et Pinochet.
Kevin
"Les racines de l'apostasie moderne réside dans l'athéisme scientifique, le matérialisme dialectique, rationalisme, illuminisme, la laïcité et la franc-maçonnerie, qui est la mère de tous." - Pape Pie XII -
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Re: L'HEURE DE VÉRITÉ DU 13 FÉVRIER 1984
suite
A. D. - Est-ce qu'il y a un homme politique de l'opposition de niveau national qui, à vos yeux, soit plus à droite que vous sur l'échiquier et quel est parmi les leaders de l'Opposition républicaine celui dont vous vous sentez, à votre guise, le plus proche ou le moins éloigné ?
J.-M. L. P. - Cette question, je suis incapable d'y répondre parce que je considère qu'il y a une solidarité dans la politique qui a été menée sous la Ve République par l'Opposition libérale, par l'Opposition parlementaire et que, soit qu'ils aient été au gouvernement ou qu'il n'y aient pas été, la majorité libérale a appuyé toute la politique française que j'ai condamnée en disant qu'elle faisait avec les voix de la droite la politique de la gauche.
A. D. - Autrement dit pour vous, Valéry Giscard D'Estaing, Raymond Barre, Jacques Chirac, Simone Veil, c'est bonnet blanc et blanc bonnet ?
J.-M. L. P. - Non, pas tout à fait, il y a des positions de certains d'entre eux qui se rapprochent des nôtres. Sur le plan politique certains sont parfois plus proches de moi, sur le plan personnel et sentimental je m'en trouve plus éloigné. Au demeurant, je crois que ça n'a pas beaucoup d'importance.
F.-H. de V. - Alain Duhamel merci, S. V.P. d'autres questions?
J.-L. L. - Oui toujours beaucoup de questions ici. Question d'un employé de banque: « Que pensez-vous de l'emprunt fait par la France à l'Arabie Saoudite de 4 millions de dollars, que pensez-vous de toutes les banques arabes installées à Paris qui offrent du travail aux Français ? »
J.-M. L. P. - Je pense que la politique d'endettement du gouvernement français est une politique dramatique et nous sommes actuellement dans une situation telle que, d'ores et déjà, l'avenir de notre pays est compromis car nous arrivons au stade où nous sommes obligés d'emprunter pour payer les intérêts de nos emprunts précédents. Et le gouvernement agit comme agissent souvent les municipalités socialistes ou communistes surtout quand elles savent qu'elles vont perdre les élections prochaines, elles engagent par des emprunts massifs la politique de l'avenir et elles espèrent qu'ainsi ceux qui leur succèderont dans le cadre d'une alternance démocratique ne pourront pas faire face aux obligations qu'elles ont contractées.
F.-H. de V. - Jean-Louis Servan-Schreiber... on va peut-être d'ailleurs poursuivre sur ce terrain ... Cela dit, il faut tout de même faire remarquer sur l'endettement extérieur c'était largement commencé sous le gouvernement précédent ...
J.-M. L. P. - Ça s'est tout de même énormément aggravé depuis ... J'ai critiqué la politique socialisante des gouvernements prétendument libéraux avant 1981...
Jean-Louis Servan-Schreiber - Bonsoir M. Le Pen. Vous avez déclaré le 3 décembre au « Figaro-Magazine »: « Si l'on me traite de raciste j'intente des procès, je les gagne tous. » Est-ce exact?
J.-M. L. P. - C'est exact. Vous en avez eu une expérience personnelle, je pense.
J.-L. S.-S. - Tout à fait, j'ai été condamné personnellement, non pas sur le fond mais pour injure. Il faut savoir que la législation française se prononce sur le fait que le mot « raciste» est une injure et la Cour ajoute que dans ces cas-là elle n'a pas à savoir si les faits sont réels ou non.
J.-M. L. P. - Pas du tout. Alors vous avez mal lu le jugement. Vous êtes un bon économiste sans doute mais un mauvais juriste.
J.-L. S.-S. - C'est un fait mais tout à l'heure vous avez dit que en trente ans de carrière politique vous n'aviez pas été amené à prononcer de propos antisémites. Je cite: « M. Mendès France, vous n'ignorez pas que vous cristallisez sur votre personnage un certain nombre de répulsions patriotiques et presque physiques.» C'était à la tribune de l'Assemblée Nationale en février 58. Vous ne pensez pas que ce sont des propos antisémites ?
J.-M. L.-P. - Ça tenait d'abord à la politique de Pierre Mendès France, politique qui avait abouti à une quasi-capitulation en Indochine, à l'abandon des populations en particulier du Tonkin et du nord de l'Annam, qui nous avaient fait confiance et l'autre partie relève plutôt de l'esthétique voyez-vous. Je ne pense pas que le président Mendès France ait jamais rêvé de passer pour un Adonis.
J.-L. S.-S. - Je note que vous ne pensez pas que ces propos sont antisémites. Je me permets de citer autre chose. «Quand je vois les Arabes avec leur allure avachie je me demande s'il n'y a pas un déterminisme biologique qui joue. » A ma connaissance vous n'avez pas attaqué les auteurs de deux livres dans lesquels ces propos vous ont été attribuês. Il s'agit d'un livre de Grégory Pons, c'est un homme de droite ...
J.-M. L. P. - Oui, c'est un homme qui a tenu, dans mon bureau, trois minutes car c'est le temps qui lui a fallu pour se présenter et le temps que je lui indique la porte pour sortir. Il n'a pas pu relever une seule déclaration de moi, car il prétendait me dicter les termes de son interview.
J.-L. S.-S. - Je comprends. Ça a été repris par M. Serge Dumont, ultérieurement, dans un livre qui s'appelle « Les brigades noires ». Je voulais vous le signaler. Je constatais simplement que vous n'aviez pas attaqué les auteurs de ces livres.
J.-M. L. P. - Mon Dieu, je fais tellement de procès. Je ne peux pas attaquer tout le monde. Je vais encore être obligé d'attaquer la Télévision Française etc., et mes avocats, vous savez ...
J.-L. S.-S. - Moi-même peut-être ...
J.-M. L. P. - Non, nous allons en cassation, je crois. Nous allons avoir l'occasion de nous retrouver.
J.-L. S.-S. - Plus près de nous, je cite:« demain les immigrés s'installeront chez vous, mangeront votre soupe el coucheront avec votre femme, votre fille ou votre fils ». Ça a été reproduit à la suite de votre campagne dans le Morbihan, dans Le Figaro et là, que je sache, vous n'avez pas attaqué Le Figaro ...
J.-M. L. P. - Je sais voyez-vous ce que ces propos, disons ... virils, ont de choquant quand c'est regardé à la loupe dans les salons parisiens. Et il est bien évident que quand je ... et c'est le rôle d'un homme politique ... la politique c'est un art de communication, ça consiste à traduire les aspirations populaires dans des formes qui soient gouvernementalement possibles; c'est aussi ... ça consiste aussi à traduire la gravité des problèmes politiques dans des termes qui soient comptéhensibles par tous. Or, comment décrire autrement la véritable invasion qui est en train de se produire dans notre pays, la constitution de véritables villes étrangères, imperméables à l'autorité, au fisc, à la police et cette invasion ... je ne sais pas comment appeler cela autrement, qui ne cesse de croître. Comment expliquer aux gens qu'elle les menace dans l'essence même de leur liberté et de leur devenir.
J.-L. S.-S. - Je note que vous ne considérez pas que ces propos ont une teneur raciste.
J.-M. L. P. - Non je ne le pense pas. Ils sont contredits par tellement de déclarations explicites sur le fait que je considère tous les Français, sans distinction de couleur, de race et de religion comme des frères dans la nation que je crois qu'il ne peut y avoir d'équivoque. Je tiens à préciser, en outre, que je ne suis pas xénophobe que le fait que j'aime mieux les Français et la France n'indique pas pour autant que je déteste les étrangers ni que je déteste les autres pays. Que cela soit clair et je vous remercie de me donner l'occasion de le dire de manière très nette.
J.-L. S.-S. - Je vais vous donner encore l'occasion de préciser votre pensée. Je cite: « Au cours de l'Histoire, deux peuples ont prétendu appartenir à une race supérieure: les Juifs et les Allemands, pour les uns et les autres l'affaire s'est mal terminée.» Autrement dit, nazisme et judaïsme c'est à peu près ...
J.-M. L. P. - Celle phrase est extraite de quel ouvrage?
J.-L. S.-S. - Elle est extraite de votre propre hebdomadaire RLP Hebdo du 30 juin 83 sous la signature d'André Figueras.
J.-M. L. P. - C'est à M. Figueras qu'il faut en demander la raison ...
J.-L. S.-S. - Vous êtes, je crois responsable de cette publication, je voulais savoir simplement si vous étiez d'accord ou en désaccord avec cette affirmation.
J.-M. L. P. - Je n'avais pas lu l'article de M. Figueras ...
J.-L. S.-S. - Ce n'est pourtant pas très épais ...
J.-M.L.P. _ C'est vrai, je n'ai pas votre chance, c'est un journal de pauvre, je vous l'accorde ...
F.H. de V. - Je reviens à la question d'Alain Duhamel tout à l'heure. Je veux bien vous donner acte que vous n'êtes pas raciste. Mais est-ce que pensez pas ...
J.-M.L P. - Est-ce que « l'Heure de Vérité» va passer exclusivement à débattre de ce sujet, de savoir si je suis ou si je ne suis pas raciste ? J'ai dit que je n'étais ni raciste ni fasciste ni extrémiste, nous n'allons pas passer une heure ou une heure un quart sur ce sujet-là, et que vous n'allez pas m'amener pour crime de racisme sur le bûcher pour me brûler ? Pour calmer je ne sais quelles colères de je ne sais quels dieux.
F.-H de V. - M. Le Pen, restez calme. C'est quand même sur ces terrains-là que vous avez fait votre percée, donc il est logique ...
J.-M.L. P. - Ce n'est pas vrai, c'est totalement faux, c'est vous qui l'affirmez, je ne suis pas d'accord du tout. D'abord je vous signale que politiquement depuis déjà trente ans, que j'ai été député, j'ai été chef de groupe parlementaire, leader de groupe parlementaire, que j'ai été élu et réélu, et que je fais de la politique depuis plus de temps sans doute M. De Virieu que vous ne faites du journalisme.
J.-L.S.-S. - M. LE PEN, les téléspectateurs ont besoin effectivement dans «l'Heure de Vérité» de savoir quelles sont vos réactions personnelles en face d'un certain nombre de textes.
J.-M.L. P. - Je constate que sur les textes que vous citez, M. Servan-Schreiber, vous avez cité deux textes qui sont d'auteurs connus, journalistes, confrères, notoires, et à qui vous pouvez demander raison de leurs affirmations.
J.-L.S.-S. - Dans la mesure et nous allons le voir où un certain nombre de sont vos compagnons de route, et je suis sûr que vous n'êtes pas un homme à renier vos amis.
J.-M. L. P. - Sûrement pas.
J.-L S.-S. - Je le sais. Donc dans ce cas il m'importe de savoir si vous êtes d'accord avec eux.
J.-M. L. P. - Mais je les prends avec leurs qualités et leurs défauts, je ne suis pas totalitaire et je ne demande pas qu'ils soient au garde-à-vous devant moi, ils ont leur liberté intellectuelle et politique.
J.-L. S.-S. - Dans le cas de la liberté intellectuelle par exemple, certains d'entre eux écrivent: « l'internationale de l'assassinat était composée essentiellement de Juifs », le 16 octobre 1983, c'était un discours de M. Romain Marie qui je crois a été dans votre comité de soutien aux présidentielles de 81. Est-ce que vous êtes ou non en désaccord avec cette affirmation ?
J.-M. L. P. - Mais encore une fois, demandez à M. Romain Marie ce qu'il en pense, M. Romain Marie est un membre du comité directeur du CNI. Il assume les responsabilités des affirmations. Vous ne pouvez pas me demander en toute occasion, en prenant des extraits de journaux, de discours de quiconque, de me dire: M. Le Pen, êtes-vous d'accord avec cela, n'êtes-vous pas d'accord avec cela ? Cela me rappelle les procès de l'inquisition. C'est une inquisition politique. Et si j'ai à répondre, et je le ferai très volontiers, de mes écrits, de mes actes, de mes positions, je n'ai pas à juger des tiers sur un plateau de télévision, cela paraît tout de même une méthode étonnante et qui ressemble fort au terrorisme politique, terrorisme élégant, je le reconnais, et feutré, mais terrorisme quand même.
À suivre
A. D. - Est-ce qu'il y a un homme politique de l'opposition de niveau national qui, à vos yeux, soit plus à droite que vous sur l'échiquier et quel est parmi les leaders de l'Opposition républicaine celui dont vous vous sentez, à votre guise, le plus proche ou le moins éloigné ?
J.-M. L. P. - Cette question, je suis incapable d'y répondre parce que je considère qu'il y a une solidarité dans la politique qui a été menée sous la Ve République par l'Opposition libérale, par l'Opposition parlementaire et que, soit qu'ils aient été au gouvernement ou qu'il n'y aient pas été, la majorité libérale a appuyé toute la politique française que j'ai condamnée en disant qu'elle faisait avec les voix de la droite la politique de la gauche.
A. D. - Autrement dit pour vous, Valéry Giscard D'Estaing, Raymond Barre, Jacques Chirac, Simone Veil, c'est bonnet blanc et blanc bonnet ?
J.-M. L. P. - Non, pas tout à fait, il y a des positions de certains d'entre eux qui se rapprochent des nôtres. Sur le plan politique certains sont parfois plus proches de moi, sur le plan personnel et sentimental je m'en trouve plus éloigné. Au demeurant, je crois que ça n'a pas beaucoup d'importance.
F.-H. de V. - Alain Duhamel merci, S. V.P. d'autres questions?
J.-L. L. - Oui toujours beaucoup de questions ici. Question d'un employé de banque: « Que pensez-vous de l'emprunt fait par la France à l'Arabie Saoudite de 4 millions de dollars, que pensez-vous de toutes les banques arabes installées à Paris qui offrent du travail aux Français ? »
J.-M. L. P. - Je pense que la politique d'endettement du gouvernement français est une politique dramatique et nous sommes actuellement dans une situation telle que, d'ores et déjà, l'avenir de notre pays est compromis car nous arrivons au stade où nous sommes obligés d'emprunter pour payer les intérêts de nos emprunts précédents. Et le gouvernement agit comme agissent souvent les municipalités socialistes ou communistes surtout quand elles savent qu'elles vont perdre les élections prochaines, elles engagent par des emprunts massifs la politique de l'avenir et elles espèrent qu'ainsi ceux qui leur succèderont dans le cadre d'une alternance démocratique ne pourront pas faire face aux obligations qu'elles ont contractées.
F.-H. de V. - Jean-Louis Servan-Schreiber... on va peut-être d'ailleurs poursuivre sur ce terrain ... Cela dit, il faut tout de même faire remarquer sur l'endettement extérieur c'était largement commencé sous le gouvernement précédent ...
J.-M. L. P. - Ça s'est tout de même énormément aggravé depuis ... J'ai critiqué la politique socialisante des gouvernements prétendument libéraux avant 1981...
Jean-Louis Servan-Schreiber - Bonsoir M. Le Pen. Vous avez déclaré le 3 décembre au « Figaro-Magazine »: « Si l'on me traite de raciste j'intente des procès, je les gagne tous. » Est-ce exact?
J.-M. L. P. - C'est exact. Vous en avez eu une expérience personnelle, je pense.
J.-L. S.-S. - Tout à fait, j'ai été condamné personnellement, non pas sur le fond mais pour injure. Il faut savoir que la législation française se prononce sur le fait que le mot « raciste» est une injure et la Cour ajoute que dans ces cas-là elle n'a pas à savoir si les faits sont réels ou non.
J.-M. L. P. - Pas du tout. Alors vous avez mal lu le jugement. Vous êtes un bon économiste sans doute mais un mauvais juriste.
J.-L. S.-S. - C'est un fait mais tout à l'heure vous avez dit que en trente ans de carrière politique vous n'aviez pas été amené à prononcer de propos antisémites. Je cite: « M. Mendès France, vous n'ignorez pas que vous cristallisez sur votre personnage un certain nombre de répulsions patriotiques et presque physiques.» C'était à la tribune de l'Assemblée Nationale en février 58. Vous ne pensez pas que ce sont des propos antisémites ?
J.-M. L.-P. - Ça tenait d'abord à la politique de Pierre Mendès France, politique qui avait abouti à une quasi-capitulation en Indochine, à l'abandon des populations en particulier du Tonkin et du nord de l'Annam, qui nous avaient fait confiance et l'autre partie relève plutôt de l'esthétique voyez-vous. Je ne pense pas que le président Mendès France ait jamais rêvé de passer pour un Adonis.
J.-L. S.-S. - Je note que vous ne pensez pas que ces propos sont antisémites. Je me permets de citer autre chose. «Quand je vois les Arabes avec leur allure avachie je me demande s'il n'y a pas un déterminisme biologique qui joue. » A ma connaissance vous n'avez pas attaqué les auteurs de deux livres dans lesquels ces propos vous ont été attribuês. Il s'agit d'un livre de Grégory Pons, c'est un homme de droite ...
J.-M. L. P. - Oui, c'est un homme qui a tenu, dans mon bureau, trois minutes car c'est le temps qui lui a fallu pour se présenter et le temps que je lui indique la porte pour sortir. Il n'a pas pu relever une seule déclaration de moi, car il prétendait me dicter les termes de son interview.
J.-L. S.-S. - Je comprends. Ça a été repris par M. Serge Dumont, ultérieurement, dans un livre qui s'appelle « Les brigades noires ». Je voulais vous le signaler. Je constatais simplement que vous n'aviez pas attaqué les auteurs de ces livres.
J.-M. L. P. - Mon Dieu, je fais tellement de procès. Je ne peux pas attaquer tout le monde. Je vais encore être obligé d'attaquer la Télévision Française etc., et mes avocats, vous savez ...
J.-L. S.-S. - Moi-même peut-être ...
J.-M. L. P. - Non, nous allons en cassation, je crois. Nous allons avoir l'occasion de nous retrouver.
J.-L. S.-S. - Plus près de nous, je cite:« demain les immigrés s'installeront chez vous, mangeront votre soupe el coucheront avec votre femme, votre fille ou votre fils ». Ça a été reproduit à la suite de votre campagne dans le Morbihan, dans Le Figaro et là, que je sache, vous n'avez pas attaqué Le Figaro ...
J.-M. L. P. - Je sais voyez-vous ce que ces propos, disons ... virils, ont de choquant quand c'est regardé à la loupe dans les salons parisiens. Et il est bien évident que quand je ... et c'est le rôle d'un homme politique ... la politique c'est un art de communication, ça consiste à traduire les aspirations populaires dans des formes qui soient gouvernementalement possibles; c'est aussi ... ça consiste aussi à traduire la gravité des problèmes politiques dans des termes qui soient comptéhensibles par tous. Or, comment décrire autrement la véritable invasion qui est en train de se produire dans notre pays, la constitution de véritables villes étrangères, imperméables à l'autorité, au fisc, à la police et cette invasion ... je ne sais pas comment appeler cela autrement, qui ne cesse de croître. Comment expliquer aux gens qu'elle les menace dans l'essence même de leur liberté et de leur devenir.
J.-L. S.-S. - Je note que vous ne considérez pas que ces propos ont une teneur raciste.
J.-M. L. P. - Non je ne le pense pas. Ils sont contredits par tellement de déclarations explicites sur le fait que je considère tous les Français, sans distinction de couleur, de race et de religion comme des frères dans la nation que je crois qu'il ne peut y avoir d'équivoque. Je tiens à préciser, en outre, que je ne suis pas xénophobe que le fait que j'aime mieux les Français et la France n'indique pas pour autant que je déteste les étrangers ni que je déteste les autres pays. Que cela soit clair et je vous remercie de me donner l'occasion de le dire de manière très nette.
J.-L. S.-S. - Je vais vous donner encore l'occasion de préciser votre pensée. Je cite: « Au cours de l'Histoire, deux peuples ont prétendu appartenir à une race supérieure: les Juifs et les Allemands, pour les uns et les autres l'affaire s'est mal terminée.» Autrement dit, nazisme et judaïsme c'est à peu près ...
J.-M. L. P. - Celle phrase est extraite de quel ouvrage?
J.-L. S.-S. - Elle est extraite de votre propre hebdomadaire RLP Hebdo du 30 juin 83 sous la signature d'André Figueras.
J.-M. L. P. - C'est à M. Figueras qu'il faut en demander la raison ...
J.-L. S.-S. - Vous êtes, je crois responsable de cette publication, je voulais savoir simplement si vous étiez d'accord ou en désaccord avec cette affirmation.
J.-M. L. P. - Je n'avais pas lu l'article de M. Figueras ...
J.-L. S.-S. - Ce n'est pourtant pas très épais ...
J.-M.L.P. _ C'est vrai, je n'ai pas votre chance, c'est un journal de pauvre, je vous l'accorde ...
F.H. de V. - Je reviens à la question d'Alain Duhamel tout à l'heure. Je veux bien vous donner acte que vous n'êtes pas raciste. Mais est-ce que pensez pas ...
J.-M.L P. - Est-ce que « l'Heure de Vérité» va passer exclusivement à débattre de ce sujet, de savoir si je suis ou si je ne suis pas raciste ? J'ai dit que je n'étais ni raciste ni fasciste ni extrémiste, nous n'allons pas passer une heure ou une heure un quart sur ce sujet-là, et que vous n'allez pas m'amener pour crime de racisme sur le bûcher pour me brûler ? Pour calmer je ne sais quelles colères de je ne sais quels dieux.
F.-H de V. - M. Le Pen, restez calme. C'est quand même sur ces terrains-là que vous avez fait votre percée, donc il est logique ...
J.-M.L. P. - Ce n'est pas vrai, c'est totalement faux, c'est vous qui l'affirmez, je ne suis pas d'accord du tout. D'abord je vous signale que politiquement depuis déjà trente ans, que j'ai été député, j'ai été chef de groupe parlementaire, leader de groupe parlementaire, que j'ai été élu et réélu, et que je fais de la politique depuis plus de temps sans doute M. De Virieu que vous ne faites du journalisme.
J.-L.S.-S. - M. LE PEN, les téléspectateurs ont besoin effectivement dans «l'Heure de Vérité» de savoir quelles sont vos réactions personnelles en face d'un certain nombre de textes.
J.-M.L. P. - Je constate que sur les textes que vous citez, M. Servan-Schreiber, vous avez cité deux textes qui sont d'auteurs connus, journalistes, confrères, notoires, et à qui vous pouvez demander raison de leurs affirmations.
J.-L.S.-S. - Dans la mesure et nous allons le voir où un certain nombre de sont vos compagnons de route, et je suis sûr que vous n'êtes pas un homme à renier vos amis.
J.-M. L. P. - Sûrement pas.
J.-L S.-S. - Je le sais. Donc dans ce cas il m'importe de savoir si vous êtes d'accord avec eux.
J.-M. L. P. - Mais je les prends avec leurs qualités et leurs défauts, je ne suis pas totalitaire et je ne demande pas qu'ils soient au garde-à-vous devant moi, ils ont leur liberté intellectuelle et politique.
J.-L. S.-S. - Dans le cas de la liberté intellectuelle par exemple, certains d'entre eux écrivent: « l'internationale de l'assassinat était composée essentiellement de Juifs », le 16 octobre 1983, c'était un discours de M. Romain Marie qui je crois a été dans votre comité de soutien aux présidentielles de 81. Est-ce que vous êtes ou non en désaccord avec cette affirmation ?
J.-M. L. P. - Mais encore une fois, demandez à M. Romain Marie ce qu'il en pense, M. Romain Marie est un membre du comité directeur du CNI. Il assume les responsabilités des affirmations. Vous ne pouvez pas me demander en toute occasion, en prenant des extraits de journaux, de discours de quiconque, de me dire: M. Le Pen, êtes-vous d'accord avec cela, n'êtes-vous pas d'accord avec cela ? Cela me rappelle les procès de l'inquisition. C'est une inquisition politique. Et si j'ai à répondre, et je le ferai très volontiers, de mes écrits, de mes actes, de mes positions, je n'ai pas à juger des tiers sur un plateau de télévision, cela paraît tout de même une méthode étonnante et qui ressemble fort au terrorisme politique, terrorisme élégant, je le reconnais, et feutré, mais terrorisme quand même.
À suivre
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Re: L'HEURE DE VÉRITÉ DU 13 FÉVRIER 1984
suite
J.-L. S.-S. - J'insiste quand même sur cette citation parce que cette journée du 16 octobre 1983 qui regroupait l'ensemble des organisations de droite dans une journée qui s'appelait Amitié Française, en votre présence, vous y êtes venu, il y avait un stand de votre parti, vous avez donc participé d'une manière tout à fait naturelle.
J.-M. L. P. - Mais pas plus que Ricard à la fête de l'Humanité, et M. Paul Ricard n'est pas plus responsable des propos de Georges Marchais que je ne le suis des organisateurs de cette réunion à laquelle je ne participais en effet que par la location d'un stand.
J.-L. S.-S. - La location d'un stand, mais une de ces organisations, à la suite de ce qui s'est dit lors de cette journée, s'est désolidarisée de ce qui s'était dit je crois que le Front national ne s'est pas désolidarisé de ce qui avait été dit lors de cette journée. Permettez-moi simplement de citer également quelque chose qui personnellement m'a paru tellement choquant que j'aimerais bien avoir votre réaction personnelle. « Autre bombe, celle d'Anvers, plus exactement une grenade jetée discrètement par un Palestinien sur un groupe d'adolescents juifs, progéniture en balade des diamantaires d'Anvers.» Or, son auteur, Alain Renaut, a été secrétaire général du Front National de 78 à 80, candidat du Front National dans le 16e en 77. Donc, là aussi ce n'est pas vous, mais est-ce que si je reprochais comme cela vous arrive vous reprochez à M. Georges Marchais, par exemple, pour citer un quidam, les déclarations et les agissements d'autres membres du parti communiste, il me semble que cet amalgame-là ne vous est pas complètement étranger.
J.-M. L. P. - Je condamne cette déclaration tant dans son fond que dans sa forme.
J.-L. S.-S. - Alors pourquoi avez-vous accepté des gens comme cela autour de vous.
J.-M. L. P. - Je ne sais pas à quelle occasion la personne dont vous parlez a fait cette déclaration.
J.-L. S.-S. - A propos d'un attentat qui a eu lieu.
J.-M. L. P. - Dans quel journal ?
J.-L. S.-S. - Je ne n'ai pas la citation exacte du journal mais je vous la retrouverai.
J.-M. L. P. - Je crois savoir qu'il s'agit d'un journal qui n'est pas un journal du Front national et je crois savoir que quand M. Renaut a éctit cette phrase il n'était plus au Front National à l'époque où il a écrit cela et par conséquent je ne suis pas responsable avant ni après, ni même toujours pendant qu'ils sont là.
J.-L. S.-S. - Je prends un exemple: vous avez eu comme candidat aux élections et comme membre du Front national des gens comme Pierre Bousquet qui était un ancien SS et qui est resté neuf ans trésorier du Front national. Vous avez eu également comme candidat Mark Frederiksen qui est défenseur du parti nazi et c'est pour cela que son parti, la FANE, a été interdite. Il était votre candidat aux élections de 78. De la même façon, M. Hubert Kohler que vous avez eu comme candidat dans la 8e circonscription aux élections de 73 avait été préalablement, donc vous aviez pu en juger, condamné en 69 pour incitation à la haine raciale. Est-ce que cet ensemble de relations que vous établissez, avec les gens qui sont autour de vous ne peut pas accréditer comme vous le disiez une partie de l'image dont vous vous plaigniez tout à l'heure ?
J.-M. L. P. - Si elle l'accrédite c'est mon avis de manière erronée et fausse. M. Bousquet a peut-être eu les responsabilités que vous dites, il a peut-être été un ancien SS mais moi je suis de ceux qui sont pour la réconciliation des Français et qui, vingt, trente ans, quarante ans après la guerre ne s'intéresse qu'à un seul fait, de savoir s'ils veulent servir leur pays, c'est cela qui m'intéresse. J'essaye de rassembler les hommes et ...
J.-L. S.-S. - Même si leur manière de servir leur pays est de donner dans un antisémitisme tout à fait caractérisé ?
J.-M. L. P. - Je ne crois pas ...
J.-L. S.-S. - Prenons un exemple: vous avez comme ami proche M. François Brigneau qui a été condamné en 79 pour incitation à la haine raciale avec comme attendu: « a encouragé les lecteurs à penser que les Juifs sont incapables d'agir ou de participer à la politique du pays comme un citoyen normal et qu'ils sont les auteurs de machinations occultes. »
J.-M. L. P. - Je trouve cette manière de faire tout à fait détestable. Parce que je pense que c'est cette inquisition méticuleuse qui pourrait susciter des réactions de racisme. Parce que nous sommes dans un pays libre où les gens jugent selon, dans le cadre de la liberté que leur assurent les lois et il semblerait qu'il y ait une précaution tout à fait particulière qui protégeât les Juifs. Je considère les Juifs comme des citoyens comme les autres, mais pas comme des citoyens supérieurement protégés. Ils ne le sont pas plus que ne le sont les Bretons ou d'autres, et on finirait par croire, M. Servan-Schreiber, qu'il en est ainsi et qu'il y aurait en quelque sorte deux catégories de Français dont certains seraient légalement mieux protégés que les autres. Certains le pensent aussi pour les étrangers. Je suis personnellement de ceux qui pensent que dans notre pays, s'il doit y avoir une protection supérieure, elle doit être à l'égard des Français.
J.-L. S.-S. - Vous considérez donc effectivement que les Juifs ne sont pas des Français.
J.-M. L. P. - Mais pas du tout, qui vous a dit cela ? Ce n'est pas vrai, je n'ai pas du tout dit cela. Vous me faites là un procès d'intention, vous me faites un procès anglais ...
J.-L. S.-S. - Ne parlons plus d'antisémitisme pour l'instant mais seulement peut-être de violence. J'ai là un rapport sur lequel j'aimerais avoir votre avis pour savoir si les faits sont exacts, ou non du commissaire principal d'Alger en 1957.
J.-M. L. P. - Mais c'est le procès Le Pen ? Vous ne m'aviez pas averti. Je pensais que M. Servan-Schreiber était là en raison de ses compétences économiques et je m'aperçois que c'est un procureur de l'antiracisme. C'est extraordinaire !
J.-L. S.-S. - Ce rapport déclare: lors de l'arrestation d'un algérien, Yayaoui Abdenou, deux fils électriques furent reliés aux lobes de ses oreilles et le lieutenant Le Pen lui-même faisait fonctionner une magnéto à manivelle à l'aide de laquelle il lui envoyait des décharges électriques dans le corps. En présence de ce même officiel, le jeune Yayaoui fut frappé avec un nerf de bœuf et fut attaché nu sur un banc, pieds et poignets liés et il dut ingurgiter de force une certaine quantité d'eau ... je vous passe le reste ...
J.-M. L. P. - C'est scandaleux ce que vous dites là. C'est scandaleux, car ce M. Gilles n'a jamais témoigné de cela, où a-t-il témoigné de cela ? C'est une provocation policière.
J.-L. S.-S. - C'est une provocation policière qui a été publiée ...
J.-M. L. P. - Publiée où ?
J.-L. S.-S. - A deux reprises, 1e) en 1962 dans un journal qui s'appelle «Vértité Liberté» sous le titre: « LE PEN, député tortionnaire », c' étaient les cahiers d'information sur la guerre d'Algérie dirigés par un homme qui a une réputation intègre qui est M. Pierre Vidal-Naquet et ce journal n'a jamais été attaqué par vous.
J.-M. L. P. - Mais encore une fois, le fait de ne pas attaquer une diffamation ou un mensonge ne constitue pas pour autant une vérité ...
J.-L. S.-S. - Mais vous attaquez volontiers, donc c'était important ...
J.-M. L. P. - Je constate que vous vous servez d'un rapport de police, ce qui généralement ne se fait pas dans un milieu politique et une tribune de ce niveau. Je suis scandalisé que vous utilisiez de telles méthodes, en rappelant des faits sur lesquels je suis prêt à parler personnellement. J'étais député en 1956, avec mon camarade Demarquet et, je crois, Clostermann, nous avons quitté notre siège de député pour aller en Algérie nous battre avec les gens du contingent et les rappelés pour leur montrer notre solidarité. J'étais dans une division aéroportée dans un régiment parachutistes qui était le Premier Régiment Étranger de Parachutiste. Nous avons reçu une mission, notre unité. Cette mission a été donnée par le gouvernement socialiste de M. Guy Mollet, et elle était de protéger la population française contre une offensive terroriste de grande envergure lancée par les fellaghas qui posaient dans les rues d'Alger des bombes qui tuaient tous les jours des femmes et des enfants. Celte offensive terroriste, disait le gouvernement, doit être brisée. Elle a été brisée, ce qui a donné l'occasion aux alliés des fellaghas, les communistes, et leurs amis, de lancer contre l'armée française une campagne de désinformation et de dénigrement. J'ai servi en Algérie, j'en suis fier, avec honneur, et j'ai été décoré de la croix de la Valeur Militaire. J'ai introduit, comme député, en rentrant, une proposition de résolution demandant que pour éffacer les injures qui avaient été faites à l'Armée aéroportée dans son combat pour le pays et aux ordres du gouvernement, qu'elle soit admise à défiler le 14 juillet, ce qu'a fait le gouvernement. La division aéroportée a défilé dans son intégralité le 14 juillet 1957 recevant ainsi l'hommage de la Nation. Je n'en dirai pas plus sur des faits qui remontent à 27 ans, mais les hommes qui ont fait la guerre haïssent la guerre, en fait, et je crois que personne ne peut, et en tous les cas ceux qui ne l'ont jamais faite, peut venir réclamer des comptes sur la violence de la guerre, sur les nécessaires obligations imposées par la hiérarchie militaire et politique du temps.
J.-L. S.-S. Très bien, sur ce mot de nécessaires obligations, je vous remercie.
J.-L. Lescène (S.V.P.). - Une question de politique étrangère: à la place du président de la République actuel, que feriez-vous de l'armée française à Beyrouth et au Tchad.
J.-M. L. P. - En l'état actuel de la situation et après les pertes que nous avons subies, je ne laisserais pas notre corps expéditionnaire de Beyrouth dans la situation d'être encerclé ou capturé par les innombrables ennemis, bien que nous les fréquentions, paraît-il, a dit le Président de la République dans son allocution d'hier soir, je prendrais donc, au minimum, les précautions que des alliés autrement plus puissants que nous ont prises, en l'occurrence les Américains mettant leurs Marines à l'abri sur leurs porte-avions ou sur leurs bateaux de guerre. Je ferais au moins cela, tout de suite.
F.-H. de V. - Et sur le Tchad ?
J.-M. L. P. - Sur le Tchad, c'est une question qui sans doute est trop longue à exposer ici mais je pense que je prendrais toutes précautions utiles pour que nos soldats, la vie de nos soldats soit protégée et que nous réservions, je le souhaite de tout mon cœur, nos capacités d'intervention aux pays étrangers et en particulier aux pays africains qui se sont résolument et toujours déclarés amis de la France. Il y a une certaine gêne, je vous l'avoue, à savoir que les parachutistes français protègent au Tchad le gouvernement de Hissène Habre, l'assassin du commandant Galopin.
F.-H. de V. - A votre avis, fallait-il envoyer les forces françaises au Liban ?
J.-M. L. P. - La politique gouvernementale française me paraît équivoque. Sur le plan international. Équivoque parce qu'elle semble s'opposer aux menées hégémoniques de l'URSS en approuvant les euromissiles, l'implantation des euromissiles en Europe, en approuvant aussi, en faisant des opérations militaires. Je note au passage que la gauche qui est pacifiste quand elle est dans l'opposition est toujours militariste quand elle est au pouvoir, et en ce qui me concerne, ayant participé à trois guerres, je rappelle que ces trois guerres ont été déclenchées et menées par la gauche. Mais malheureusement ce sont trop souvent les militants et les soldats de droite qui meurent. Je considère que cette politique a été aventuriste et en tous les cas très largement polluée par le fait que l'on ait admis au gouvernement français, et je répète mon terme, quatre généraux soviétiques en la personne de quatre ministres communistes, c'est la définition de Lénine que j'applique à ceux-ci, Lénine avait dit: tout communiste doit être un bon tchékiste, c'est-à-dire un homme du KGB, aujourd'hui c'est l'équivalent. Par conséquent je ne veux pas que M. Fiterman et ses amis puissent croire qu'ils ne sont pas de bons communistes, et s'ils sont de bons communistes c'est qu'ils sont de bons kagébistes et je ne comprends pas que le Président de la République - qui n'est pas obligé de les prendre dans sa majorité - face à la fois la politique que l'on sait en Europe, au Liban et au Tchad, et une politique exactement inverse quand il s'agit de mettre des communistes au pouvoir en France et en même temps sur le plan international, en Afrique Centrale, en Amérique Centrale et en Amérique du Sud.
À suivre
J.-L. S.-S. - J'insiste quand même sur cette citation parce que cette journée du 16 octobre 1983 qui regroupait l'ensemble des organisations de droite dans une journée qui s'appelait Amitié Française, en votre présence, vous y êtes venu, il y avait un stand de votre parti, vous avez donc participé d'une manière tout à fait naturelle.
J.-M. L. P. - Mais pas plus que Ricard à la fête de l'Humanité, et M. Paul Ricard n'est pas plus responsable des propos de Georges Marchais que je ne le suis des organisateurs de cette réunion à laquelle je ne participais en effet que par la location d'un stand.
J.-L. S.-S. - La location d'un stand, mais une de ces organisations, à la suite de ce qui s'est dit lors de cette journée, s'est désolidarisée de ce qui s'était dit je crois que le Front national ne s'est pas désolidarisé de ce qui avait été dit lors de cette journée. Permettez-moi simplement de citer également quelque chose qui personnellement m'a paru tellement choquant que j'aimerais bien avoir votre réaction personnelle. « Autre bombe, celle d'Anvers, plus exactement une grenade jetée discrètement par un Palestinien sur un groupe d'adolescents juifs, progéniture en balade des diamantaires d'Anvers.» Or, son auteur, Alain Renaut, a été secrétaire général du Front National de 78 à 80, candidat du Front National dans le 16e en 77. Donc, là aussi ce n'est pas vous, mais est-ce que si je reprochais comme cela vous arrive vous reprochez à M. Georges Marchais, par exemple, pour citer un quidam, les déclarations et les agissements d'autres membres du parti communiste, il me semble que cet amalgame-là ne vous est pas complètement étranger.
J.-M. L. P. - Je condamne cette déclaration tant dans son fond que dans sa forme.
J.-L. S.-S. - Alors pourquoi avez-vous accepté des gens comme cela autour de vous.
J.-M. L. P. - Je ne sais pas à quelle occasion la personne dont vous parlez a fait cette déclaration.
J.-L. S.-S. - A propos d'un attentat qui a eu lieu.
J.-M. L. P. - Dans quel journal ?
J.-L. S.-S. - Je ne n'ai pas la citation exacte du journal mais je vous la retrouverai.
J.-M. L. P. - Je crois savoir qu'il s'agit d'un journal qui n'est pas un journal du Front national et je crois savoir que quand M. Renaut a éctit cette phrase il n'était plus au Front National à l'époque où il a écrit cela et par conséquent je ne suis pas responsable avant ni après, ni même toujours pendant qu'ils sont là.
J.-L. S.-S. - Je prends un exemple: vous avez eu comme candidat aux élections et comme membre du Front national des gens comme Pierre Bousquet qui était un ancien SS et qui est resté neuf ans trésorier du Front national. Vous avez eu également comme candidat Mark Frederiksen qui est défenseur du parti nazi et c'est pour cela que son parti, la FANE, a été interdite. Il était votre candidat aux élections de 78. De la même façon, M. Hubert Kohler que vous avez eu comme candidat dans la 8e circonscription aux élections de 73 avait été préalablement, donc vous aviez pu en juger, condamné en 69 pour incitation à la haine raciale. Est-ce que cet ensemble de relations que vous établissez, avec les gens qui sont autour de vous ne peut pas accréditer comme vous le disiez une partie de l'image dont vous vous plaigniez tout à l'heure ?
J.-M. L. P. - Si elle l'accrédite c'est mon avis de manière erronée et fausse. M. Bousquet a peut-être eu les responsabilités que vous dites, il a peut-être été un ancien SS mais moi je suis de ceux qui sont pour la réconciliation des Français et qui, vingt, trente ans, quarante ans après la guerre ne s'intéresse qu'à un seul fait, de savoir s'ils veulent servir leur pays, c'est cela qui m'intéresse. J'essaye de rassembler les hommes et ...
J.-L. S.-S. - Même si leur manière de servir leur pays est de donner dans un antisémitisme tout à fait caractérisé ?
J.-M. L. P. - Je ne crois pas ...
J.-L. S.-S. - Prenons un exemple: vous avez comme ami proche M. François Brigneau qui a été condamné en 79 pour incitation à la haine raciale avec comme attendu: « a encouragé les lecteurs à penser que les Juifs sont incapables d'agir ou de participer à la politique du pays comme un citoyen normal et qu'ils sont les auteurs de machinations occultes. »
J.-M. L. P. - Je trouve cette manière de faire tout à fait détestable. Parce que je pense que c'est cette inquisition méticuleuse qui pourrait susciter des réactions de racisme. Parce que nous sommes dans un pays libre où les gens jugent selon, dans le cadre de la liberté que leur assurent les lois et il semblerait qu'il y ait une précaution tout à fait particulière qui protégeât les Juifs. Je considère les Juifs comme des citoyens comme les autres, mais pas comme des citoyens supérieurement protégés. Ils ne le sont pas plus que ne le sont les Bretons ou d'autres, et on finirait par croire, M. Servan-Schreiber, qu'il en est ainsi et qu'il y aurait en quelque sorte deux catégories de Français dont certains seraient légalement mieux protégés que les autres. Certains le pensent aussi pour les étrangers. Je suis personnellement de ceux qui pensent que dans notre pays, s'il doit y avoir une protection supérieure, elle doit être à l'égard des Français.
J.-L. S.-S. - Vous considérez donc effectivement que les Juifs ne sont pas des Français.
J.-M. L. P. - Mais pas du tout, qui vous a dit cela ? Ce n'est pas vrai, je n'ai pas du tout dit cela. Vous me faites là un procès d'intention, vous me faites un procès anglais ...
J.-L. S.-S. - Ne parlons plus d'antisémitisme pour l'instant mais seulement peut-être de violence. J'ai là un rapport sur lequel j'aimerais avoir votre avis pour savoir si les faits sont exacts, ou non du commissaire principal d'Alger en 1957.
J.-M. L. P. - Mais c'est le procès Le Pen ? Vous ne m'aviez pas averti. Je pensais que M. Servan-Schreiber était là en raison de ses compétences économiques et je m'aperçois que c'est un procureur de l'antiracisme. C'est extraordinaire !
J.-L. S.-S. - Ce rapport déclare: lors de l'arrestation d'un algérien, Yayaoui Abdenou, deux fils électriques furent reliés aux lobes de ses oreilles et le lieutenant Le Pen lui-même faisait fonctionner une magnéto à manivelle à l'aide de laquelle il lui envoyait des décharges électriques dans le corps. En présence de ce même officiel, le jeune Yayaoui fut frappé avec un nerf de bœuf et fut attaché nu sur un banc, pieds et poignets liés et il dut ingurgiter de force une certaine quantité d'eau ... je vous passe le reste ...
J.-M. L. P. - C'est scandaleux ce que vous dites là. C'est scandaleux, car ce M. Gilles n'a jamais témoigné de cela, où a-t-il témoigné de cela ? C'est une provocation policière.
J.-L. S.-S. - C'est une provocation policière qui a été publiée ...
J.-M. L. P. - Publiée où ?
J.-L. S.-S. - A deux reprises, 1e) en 1962 dans un journal qui s'appelle «Vértité Liberté» sous le titre: « LE PEN, député tortionnaire », c' étaient les cahiers d'information sur la guerre d'Algérie dirigés par un homme qui a une réputation intègre qui est M. Pierre Vidal-Naquet et ce journal n'a jamais été attaqué par vous.
J.-M. L. P. - Mais encore une fois, le fait de ne pas attaquer une diffamation ou un mensonge ne constitue pas pour autant une vérité ...
J.-L. S.-S. - Mais vous attaquez volontiers, donc c'était important ...
J.-M. L. P. - Je constate que vous vous servez d'un rapport de police, ce qui généralement ne se fait pas dans un milieu politique et une tribune de ce niveau. Je suis scandalisé que vous utilisiez de telles méthodes, en rappelant des faits sur lesquels je suis prêt à parler personnellement. J'étais député en 1956, avec mon camarade Demarquet et, je crois, Clostermann, nous avons quitté notre siège de député pour aller en Algérie nous battre avec les gens du contingent et les rappelés pour leur montrer notre solidarité. J'étais dans une division aéroportée dans un régiment parachutistes qui était le Premier Régiment Étranger de Parachutiste. Nous avons reçu une mission, notre unité. Cette mission a été donnée par le gouvernement socialiste de M. Guy Mollet, et elle était de protéger la population française contre une offensive terroriste de grande envergure lancée par les fellaghas qui posaient dans les rues d'Alger des bombes qui tuaient tous les jours des femmes et des enfants. Celte offensive terroriste, disait le gouvernement, doit être brisée. Elle a été brisée, ce qui a donné l'occasion aux alliés des fellaghas, les communistes, et leurs amis, de lancer contre l'armée française une campagne de désinformation et de dénigrement. J'ai servi en Algérie, j'en suis fier, avec honneur, et j'ai été décoré de la croix de la Valeur Militaire. J'ai introduit, comme député, en rentrant, une proposition de résolution demandant que pour éffacer les injures qui avaient été faites à l'Armée aéroportée dans son combat pour le pays et aux ordres du gouvernement, qu'elle soit admise à défiler le 14 juillet, ce qu'a fait le gouvernement. La division aéroportée a défilé dans son intégralité le 14 juillet 1957 recevant ainsi l'hommage de la Nation. Je n'en dirai pas plus sur des faits qui remontent à 27 ans, mais les hommes qui ont fait la guerre haïssent la guerre, en fait, et je crois que personne ne peut, et en tous les cas ceux qui ne l'ont jamais faite, peut venir réclamer des comptes sur la violence de la guerre, sur les nécessaires obligations imposées par la hiérarchie militaire et politique du temps.
J.-L. S.-S. Très bien, sur ce mot de nécessaires obligations, je vous remercie.
J.-L. Lescène (S.V.P.). - Une question de politique étrangère: à la place du président de la République actuel, que feriez-vous de l'armée française à Beyrouth et au Tchad.
J.-M. L. P. - En l'état actuel de la situation et après les pertes que nous avons subies, je ne laisserais pas notre corps expéditionnaire de Beyrouth dans la situation d'être encerclé ou capturé par les innombrables ennemis, bien que nous les fréquentions, paraît-il, a dit le Président de la République dans son allocution d'hier soir, je prendrais donc, au minimum, les précautions que des alliés autrement plus puissants que nous ont prises, en l'occurrence les Américains mettant leurs Marines à l'abri sur leurs porte-avions ou sur leurs bateaux de guerre. Je ferais au moins cela, tout de suite.
F.-H. de V. - Et sur le Tchad ?
J.-M. L. P. - Sur le Tchad, c'est une question qui sans doute est trop longue à exposer ici mais je pense que je prendrais toutes précautions utiles pour que nos soldats, la vie de nos soldats soit protégée et que nous réservions, je le souhaite de tout mon cœur, nos capacités d'intervention aux pays étrangers et en particulier aux pays africains qui se sont résolument et toujours déclarés amis de la France. Il y a une certaine gêne, je vous l'avoue, à savoir que les parachutistes français protègent au Tchad le gouvernement de Hissène Habre, l'assassin du commandant Galopin.
F.-H. de V. - A votre avis, fallait-il envoyer les forces françaises au Liban ?
J.-M. L. P. - La politique gouvernementale française me paraît équivoque. Sur le plan international. Équivoque parce qu'elle semble s'opposer aux menées hégémoniques de l'URSS en approuvant les euromissiles, l'implantation des euromissiles en Europe, en approuvant aussi, en faisant des opérations militaires. Je note au passage que la gauche qui est pacifiste quand elle est dans l'opposition est toujours militariste quand elle est au pouvoir, et en ce qui me concerne, ayant participé à trois guerres, je rappelle que ces trois guerres ont été déclenchées et menées par la gauche. Mais malheureusement ce sont trop souvent les militants et les soldats de droite qui meurent. Je considère que cette politique a été aventuriste et en tous les cas très largement polluée par le fait que l'on ait admis au gouvernement français, et je répète mon terme, quatre généraux soviétiques en la personne de quatre ministres communistes, c'est la définition de Lénine que j'applique à ceux-ci, Lénine avait dit: tout communiste doit être un bon tchékiste, c'est-à-dire un homme du KGB, aujourd'hui c'est l'équivalent. Par conséquent je ne veux pas que M. Fiterman et ses amis puissent croire qu'ils ne sont pas de bons communistes, et s'ils sont de bons communistes c'est qu'ils sont de bons kagébistes et je ne comprends pas que le Président de la République - qui n'est pas obligé de les prendre dans sa majorité - face à la fois la politique que l'on sait en Europe, au Liban et au Tchad, et une politique exactement inverse quand il s'agit de mettre des communistes au pouvoir en France et en même temps sur le plan international, en Afrique Centrale, en Amérique Centrale et en Amérique du Sud.
À suivre
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Re: L'HEURE DE VÉRITÉ DU 13 FÉVRIER 1984
suite
F.-H. de V. - Nous allons continuer sur ce terrain avec Albert Du Roy qui revient nous rejoindre pour ce troisième quart d' heure.
J.-M. L. P. - M. Du Roy va nous faire le fascisme, je pense, on aura vu comme cela les trois grands axes en quelque sorte de ce qui vous intéresse, et malheureusement pas ce qui intéresse le pays. C'est en quelque sorte la réédition de l'émission d'Europe N° 1. Je ne veux pas faire un procès d'intention à M. Du Roy .
Albert Du Roy. - C'est ce que vous venez de faire, M. Le Pen, vous me mettez dans une obligation ennuyeuse: ou je parle de ce que vous dites et dans ce cas vous avez caricaturé à l'avance ce que je vais faire, ou alors je ne le fais pas et on aura l'impression que je cède ...
J.·M. L. P. - C'est un dilemme, M. Du Roy ...
A. D. R. - Je peux faire ce que je veux. ..
J.-M. L. P. - D'accord.
A. D. R. - Nous sommes bien d'accord. Avant d'aborder quelques thèmes qui n'ont pas encore été abordés, des thèmes économiques et de politique étrangère notamment, je souhaiterais avoir quelques éclaircissements sur quelques sujets qui ont déjà été abordés. Cela, c'est le programme du Front national ...
J.-M. L. P. - Oui, c'est une brochure du Front national.
A. D. R. - En tant que président du Front national, ce qui est dedans vous engage. Je voudrais simplement une explication, pas du tout polémique, je voudrais comprendre: Front national - donc le mot nation est très important - La nation est la communauté de langue, d'intérêt, de race, de souvenirs, de culture où l'homme s'épanouit, alors, la nation française est la communauté de langue, cela veut dire que les Alsaciens qui ne parleraient pas français ne seraient pas des nationaux; d'intérêt, un Français qui investirait sa fortune à l'étranger ne serait pas national de race; vous avez dit tout à l'heure les DOM-TOM ce sont des Français, ils ne sont pas de la même race; de souvenirs: ceux qui étaient ou dans la Résistance ou dans la collaboration n'ont pas les mêmes souvenirs, ils n'ont pas fait la même guerre, ils ne font pas partie de la même nation. Je ne comprends pas très bien cette phrase ...
J.-M. L. P. - Et vous pensez, vous, que la nation ce n'est pas un ensemble de communautés ?
A. D. R. - Si justement ...
J.-M. L. P. - C'est en majorité, je veux dire, c'est une définition absolument classique de la nation, elle n'a rien de personnel au Front national.
A. D. R. - C'est-à-dire que cette nation peut être faite de quantités de minorités ?
J.-M. L. P. - Oui, mais je ne le souhaiterais pas. Je ne souhaiterais pas qu'elle devienne un nouveau Liban, si vous voyez ce que je veux dire. Nous avons un pays qui a mille ans, il a un certain nombre de caractéristiques. Il a un certain visage majoritaire mais il comporte des minorités, aussi bien des minorités culturelles que linguistiques ou ethniques. Et jusqu'ici elles ont vécu en harmonie. Et si je suis attentif à ne point se laisser constituer des minorités étrangères dans notre pays c'est justement pour préserver ce que j'appellerais le plus grand commun dénominateur, c'est-à-dire ce qui tient ensemble les Français, ou le plus petit commun diviseur, si vous voulez.
A. D. R. - Il y a un slogan qui se retrouve dans chacun de vos meetings qui est « Fabriquons français avec des Français ».
J.-M. L. P. - C'est en quelque sorte une riposte au slogan communiste qui dit « fabriquons français », alors nous disons: « Fabriquons français, oui, mais faisons-le avec des Français. » Cela veut dire très clairement que quand il y a crise dans un pays, en particulier une grave crise de l'emploi et qu'il y a des millions de chômeurs, je crois deux millions et demi et peut-être un peu plus si l'on écarte les camouflages gouvernementaux, et qu'il y a six millions d'immigrés, nous disons que l'emploi doit être réservé en priorité aux Français et que si les immigrés doivent partir pour le leur laisser ceci est dans le fond conforme à l'intérêt national de la France et des Français, et même conforme à une justice supérieure.
A. D. R. - Donc les immigrés ce sont tous les étrangers ?
J.-M. L. P. - Cela dépend dans quel secteur ils travaillent. Il y a des étrangers dont nous pouvons souhaiter la présence, mais il est évident aujourd'hui ...
A. D. R. _ Qu'est-ce qui fait la différence entre ceux dont on peut souhaiter la présence et ceux dont on ne peut pas souhaiter la présence ?
J.-M. L. P. - A cause de leur utilité pour notre pays.
A. D. R. _ Ceux qui travaillent peuvent, ceux qui ne travaillent pas ne peuvent pas ?
J.-M. L. P. - Je pense en effet qu'il faudrait commencer par organiser le retour de ceux qui ne travaillent pas, de ceux qui sont entrés clandestinement dans notre pays et dont beaucoup ne sont dans notre pays que des assistés sociaux. Et j'ai dit, et je répète qu'il y a suffisamment de crèches, d'écoles, d'hôpitaux dans notre pays s'ils étaient réservés à ceux qui les payent, c'est-à-dire aux Français. Malheureusement, il est en train de s'instituer dans notre pays un véritable quart-monde, de gens misérables, plus misérables que les étrangers qui souvent ne se donnent que la peine de pousser la porte de notre pays pour y venir.
A. D. R. - Un citoyen des États-Unis qui serait chômeur en France doit partir ?
J.-M. L. P. - Chômeur assisté en France ? Bien sûr que oui. La France n'a pas actuellement les moyens de nourrir ni d'entretenir les chômeurs étrangers.
A. D. R. _ Un marocain en parfaite situation légale, régulière en France et qui aurait du travail, lui ne doit pas partir ? Parce qu'il a du travail ?
J.-M. L. P. - Pas du tout. Si ce travail peut être occupé par un Français, je pense que l'on peut parfaitement demander à ce Marocain de rentrer chez lui. Quand le patronat et quand le gouvernement des années soixante ont sollicité, à mon avis à tort, des étrangers de venir dans notre pays il n'a jamais été entendu, mais jamais, qu'ils étaient des immigrants au sens où le souhaitaient des pays comme les Etats-Unis ou le Canada. Ils ont toujours été considérés comme des travailleurs temporaires et il est évident que quand la raison qui les faisait venir s'éteignait ils devaient rentrer chez eux. C'est l'inverse qui s'est produit. Non seulement ils se sont maintenus mais encore des millions d'autres sont venus les rejoindre qui ne sont d'ailleurs en quelque sorte que l'avant-garde de millions et de dizaines de millions d'autres. Je voudrais vous faire une citation ou deux citations sur ce sujet. M. Ezédine Mestiri, dans «La Croix», récemment a écrit: l'Occident a raison de s'inquiéter car les affamés pourraient aussi avoir l'idée et le droit, pourquoi pas, de venir chercher en Europe ou aux États-Unis une nourriture, une santé, un travail. Cette immigration ne serait ni clandestine, ni pacifique, ni fraternelle. M. July traitait récemment dans un éditorial exactement le même thème. Mais M. Boudemien a écrit avant sa mort: un jour des millions d'hommes quitteront les parties méridionales pauvres du monde pour faire irruption dans les espaces relativement accessibles de l'hémisphère nord à la recherche de leur propre survie.
Voilà, M. Du Roy, ce que je veux dire dans mon « Heure de Vérité» qui est beaucoup plus importante que ce dont nous avons parlé jusqu'à aujourd'hui. Il y a menace grave de voir les deux hégémonies, l'hégémonie soviétique connue mais aussi l'hégémonie tenant à l'explosion démographique du tiers-monde et en particulier au monde islamo-arabe qui actuellement pénètre notre pays, qui progressivement sont en train de le coloniser; et je m'honore, le Front National s'honore, d'avoir été la première formation depuis dix ans à essayer d'avertir les Français de ce danger mortel, évidemment beaucoup plus ressenti dans les milieux populaires que dans les milieux bourgeois, je vous l'accorde.
A. D. R. - Je voudrais vous interroger sur le lait que la théorie que vous avez exposée à l'égard des étrangers en France est tout à fait contradictoire avec les règles du Marché Commun, de la Communauté Européenne, ou alors vous ne l'appliquez pas aux pays de la Communauté Européenne ?
J.-M. L. P. - Parce qu'il y a des travailleurs suisses qui travaillent en France?
A. D. R. - La Turquie est membre de l'OTAN ...
J.-M. L. P. - Je pense que je suis un homme de bon sens ...
A. D. R. - J'essaye de placer des limites.
J.-M. L. P. - J'applique en quelque sorte une hiérarchie des sentiments et des dilections. J'aime mieux mes filles que mes cousines, mes cousines que mes voisines, mes voisines que les inconnus et les inconnus que des ennemis. Par conséquent j'aime mieux les Français, c'est mon droit. J'aime mieux les Européens ensuite, et puis ensuite j'aime mieux les Occidentaux, et puis j'aime mieux dans les autres pays du monde ceux qui sont les alliés et ceux qui aiment la France, ça me paraît un bon critère. Et puis je trouve qu'avec ça nous avons déjà beaucoup de responsabilités et que si nous assumons celle-là ce sera déjà très bien.
A. D. R. - Je voudrais aborder un autre sujet, vous venez de l'évoquer très rapidement en parlant du péril démographique. Dans votre position sur l'avortement, ce que je voudrais savoir si voire position s'explique justement par ces raisons démographiques, le péril démographique, il faut faire des enfants en France, ou s'explique par une raison morale, une condamnation morale de l'avortement.
J.-M. L. P. - Pour les deux, M. Du Roy. Je considère que la législation de l'avortement a été dans notre pays une régression de plusieurs siècles et peut-être de plusieurs millénaires car les Romains, avant même le christianisme avaient noté qu'infans conceptus, c'est-à-dire que l'enfant conçu était réputé né chaque fois qu'il s'agissait de son intérêt. Et je ne reconnais pour ma part moralement pas le droit de tuer l'avenir dans la personne des enfants. Mais cela se conjure avec une préoccupation fondamentale et qui touche à la politique familiale qui aurait dû être celle de nos gouvernements, qui auraient dû, si gouverner c'est prévoir, être prévoyants dans ce domaine, alors que depuis quinze ans et plus spécialement depuis deux ans et demi, on voit une politique hostile à la famille, en tous les cas qui n'encourage pas les Français à faire face à leurs responsabilités fondamentales et sans doute à la finalité la plus indiscutable de l'homme sur la terre, c'est-à-dire de transmettre le flambeau de la vie.
A. D. R. - Il faut faire des enfants, c'est la raison démographique, on n'empêche pas la vie, c' est la raison morale. Vous êtes hostile à la contraception également ?
J.-M. L. P. - Non, je ne suis pas hostile à la contraception qui est d'une nature tout à fait différente, car en effet elle ne touche pas à la vie de l'enfant. Mais je souhaiterais qu'au moins cette liberté de ne pas concevoir soit largement contrebalancée par une propagande nataliste faite par l'Etat et une information du public et singulièrement des femmes françaises sur les nécessités vitales pour notre pays de remplacer les générations qui s'en vont, faute de quoi nous deviendrons un territoire de colonisation et le vide que nous aurons laissé sera occupé progressivement par les vagues dont parlaient tout à l'heure les deux maghrébins célèbres dont j'ai cité les noms.
À suivre
F.-H. de V. - Nous allons continuer sur ce terrain avec Albert Du Roy qui revient nous rejoindre pour ce troisième quart d' heure.
J.-M. L. P. - M. Du Roy va nous faire le fascisme, je pense, on aura vu comme cela les trois grands axes en quelque sorte de ce qui vous intéresse, et malheureusement pas ce qui intéresse le pays. C'est en quelque sorte la réédition de l'émission d'Europe N° 1. Je ne veux pas faire un procès d'intention à M. Du Roy .
Albert Du Roy. - C'est ce que vous venez de faire, M. Le Pen, vous me mettez dans une obligation ennuyeuse: ou je parle de ce que vous dites et dans ce cas vous avez caricaturé à l'avance ce que je vais faire, ou alors je ne le fais pas et on aura l'impression que je cède ...
J.·M. L. P. - C'est un dilemme, M. Du Roy ...
A. D. R. - Je peux faire ce que je veux. ..
J.-M. L. P. - D'accord.
A. D. R. - Nous sommes bien d'accord. Avant d'aborder quelques thèmes qui n'ont pas encore été abordés, des thèmes économiques et de politique étrangère notamment, je souhaiterais avoir quelques éclaircissements sur quelques sujets qui ont déjà été abordés. Cela, c'est le programme du Front national ...
J.-M. L. P. - Oui, c'est une brochure du Front national.
A. D. R. - En tant que président du Front national, ce qui est dedans vous engage. Je voudrais simplement une explication, pas du tout polémique, je voudrais comprendre: Front national - donc le mot nation est très important - La nation est la communauté de langue, d'intérêt, de race, de souvenirs, de culture où l'homme s'épanouit, alors, la nation française est la communauté de langue, cela veut dire que les Alsaciens qui ne parleraient pas français ne seraient pas des nationaux; d'intérêt, un Français qui investirait sa fortune à l'étranger ne serait pas national de race; vous avez dit tout à l'heure les DOM-TOM ce sont des Français, ils ne sont pas de la même race; de souvenirs: ceux qui étaient ou dans la Résistance ou dans la collaboration n'ont pas les mêmes souvenirs, ils n'ont pas fait la même guerre, ils ne font pas partie de la même nation. Je ne comprends pas très bien cette phrase ...
J.-M. L. P. - Et vous pensez, vous, que la nation ce n'est pas un ensemble de communautés ?
A. D. R. - Si justement ...
J.-M. L. P. - C'est en majorité, je veux dire, c'est une définition absolument classique de la nation, elle n'a rien de personnel au Front national.
A. D. R. - C'est-à-dire que cette nation peut être faite de quantités de minorités ?
J.-M. L. P. - Oui, mais je ne le souhaiterais pas. Je ne souhaiterais pas qu'elle devienne un nouveau Liban, si vous voyez ce que je veux dire. Nous avons un pays qui a mille ans, il a un certain nombre de caractéristiques. Il a un certain visage majoritaire mais il comporte des minorités, aussi bien des minorités culturelles que linguistiques ou ethniques. Et jusqu'ici elles ont vécu en harmonie. Et si je suis attentif à ne point se laisser constituer des minorités étrangères dans notre pays c'est justement pour préserver ce que j'appellerais le plus grand commun dénominateur, c'est-à-dire ce qui tient ensemble les Français, ou le plus petit commun diviseur, si vous voulez.
A. D. R. - Il y a un slogan qui se retrouve dans chacun de vos meetings qui est « Fabriquons français avec des Français ».
J.-M. L. P. - C'est en quelque sorte une riposte au slogan communiste qui dit « fabriquons français », alors nous disons: « Fabriquons français, oui, mais faisons-le avec des Français. » Cela veut dire très clairement que quand il y a crise dans un pays, en particulier une grave crise de l'emploi et qu'il y a des millions de chômeurs, je crois deux millions et demi et peut-être un peu plus si l'on écarte les camouflages gouvernementaux, et qu'il y a six millions d'immigrés, nous disons que l'emploi doit être réservé en priorité aux Français et que si les immigrés doivent partir pour le leur laisser ceci est dans le fond conforme à l'intérêt national de la France et des Français, et même conforme à une justice supérieure.
A. D. R. - Donc les immigrés ce sont tous les étrangers ?
J.-M. L. P. - Cela dépend dans quel secteur ils travaillent. Il y a des étrangers dont nous pouvons souhaiter la présence, mais il est évident aujourd'hui ...
A. D. R. _ Qu'est-ce qui fait la différence entre ceux dont on peut souhaiter la présence et ceux dont on ne peut pas souhaiter la présence ?
J.-M. L. P. - A cause de leur utilité pour notre pays.
A. D. R. _ Ceux qui travaillent peuvent, ceux qui ne travaillent pas ne peuvent pas ?
J.-M. L. P. - Je pense en effet qu'il faudrait commencer par organiser le retour de ceux qui ne travaillent pas, de ceux qui sont entrés clandestinement dans notre pays et dont beaucoup ne sont dans notre pays que des assistés sociaux. Et j'ai dit, et je répète qu'il y a suffisamment de crèches, d'écoles, d'hôpitaux dans notre pays s'ils étaient réservés à ceux qui les payent, c'est-à-dire aux Français. Malheureusement, il est en train de s'instituer dans notre pays un véritable quart-monde, de gens misérables, plus misérables que les étrangers qui souvent ne se donnent que la peine de pousser la porte de notre pays pour y venir.
A. D. R. - Un citoyen des États-Unis qui serait chômeur en France doit partir ?
J.-M. L. P. - Chômeur assisté en France ? Bien sûr que oui. La France n'a pas actuellement les moyens de nourrir ni d'entretenir les chômeurs étrangers.
A. D. R. _ Un marocain en parfaite situation légale, régulière en France et qui aurait du travail, lui ne doit pas partir ? Parce qu'il a du travail ?
J.-M. L. P. - Pas du tout. Si ce travail peut être occupé par un Français, je pense que l'on peut parfaitement demander à ce Marocain de rentrer chez lui. Quand le patronat et quand le gouvernement des années soixante ont sollicité, à mon avis à tort, des étrangers de venir dans notre pays il n'a jamais été entendu, mais jamais, qu'ils étaient des immigrants au sens où le souhaitaient des pays comme les Etats-Unis ou le Canada. Ils ont toujours été considérés comme des travailleurs temporaires et il est évident que quand la raison qui les faisait venir s'éteignait ils devaient rentrer chez eux. C'est l'inverse qui s'est produit. Non seulement ils se sont maintenus mais encore des millions d'autres sont venus les rejoindre qui ne sont d'ailleurs en quelque sorte que l'avant-garde de millions et de dizaines de millions d'autres. Je voudrais vous faire une citation ou deux citations sur ce sujet. M. Ezédine Mestiri, dans «La Croix», récemment a écrit: l'Occident a raison de s'inquiéter car les affamés pourraient aussi avoir l'idée et le droit, pourquoi pas, de venir chercher en Europe ou aux États-Unis une nourriture, une santé, un travail. Cette immigration ne serait ni clandestine, ni pacifique, ni fraternelle. M. July traitait récemment dans un éditorial exactement le même thème. Mais M. Boudemien a écrit avant sa mort: un jour des millions d'hommes quitteront les parties méridionales pauvres du monde pour faire irruption dans les espaces relativement accessibles de l'hémisphère nord à la recherche de leur propre survie.
Voilà, M. Du Roy, ce que je veux dire dans mon « Heure de Vérité» qui est beaucoup plus importante que ce dont nous avons parlé jusqu'à aujourd'hui. Il y a menace grave de voir les deux hégémonies, l'hégémonie soviétique connue mais aussi l'hégémonie tenant à l'explosion démographique du tiers-monde et en particulier au monde islamo-arabe qui actuellement pénètre notre pays, qui progressivement sont en train de le coloniser; et je m'honore, le Front National s'honore, d'avoir été la première formation depuis dix ans à essayer d'avertir les Français de ce danger mortel, évidemment beaucoup plus ressenti dans les milieux populaires que dans les milieux bourgeois, je vous l'accorde.
A. D. R. - Je voudrais vous interroger sur le lait que la théorie que vous avez exposée à l'égard des étrangers en France est tout à fait contradictoire avec les règles du Marché Commun, de la Communauté Européenne, ou alors vous ne l'appliquez pas aux pays de la Communauté Européenne ?
J.-M. L. P. - Parce qu'il y a des travailleurs suisses qui travaillent en France?
A. D. R. - La Turquie est membre de l'OTAN ...
J.-M. L. P. - Je pense que je suis un homme de bon sens ...
A. D. R. - J'essaye de placer des limites.
J.-M. L. P. - J'applique en quelque sorte une hiérarchie des sentiments et des dilections. J'aime mieux mes filles que mes cousines, mes cousines que mes voisines, mes voisines que les inconnus et les inconnus que des ennemis. Par conséquent j'aime mieux les Français, c'est mon droit. J'aime mieux les Européens ensuite, et puis ensuite j'aime mieux les Occidentaux, et puis j'aime mieux dans les autres pays du monde ceux qui sont les alliés et ceux qui aiment la France, ça me paraît un bon critère. Et puis je trouve qu'avec ça nous avons déjà beaucoup de responsabilités et que si nous assumons celle-là ce sera déjà très bien.
A. D. R. - Je voudrais aborder un autre sujet, vous venez de l'évoquer très rapidement en parlant du péril démographique. Dans votre position sur l'avortement, ce que je voudrais savoir si voire position s'explique justement par ces raisons démographiques, le péril démographique, il faut faire des enfants en France, ou s'explique par une raison morale, une condamnation morale de l'avortement.
J.-M. L. P. - Pour les deux, M. Du Roy. Je considère que la législation de l'avortement a été dans notre pays une régression de plusieurs siècles et peut-être de plusieurs millénaires car les Romains, avant même le christianisme avaient noté qu'infans conceptus, c'est-à-dire que l'enfant conçu était réputé né chaque fois qu'il s'agissait de son intérêt. Et je ne reconnais pour ma part moralement pas le droit de tuer l'avenir dans la personne des enfants. Mais cela se conjure avec une préoccupation fondamentale et qui touche à la politique familiale qui aurait dû être celle de nos gouvernements, qui auraient dû, si gouverner c'est prévoir, être prévoyants dans ce domaine, alors que depuis quinze ans et plus spécialement depuis deux ans et demi, on voit une politique hostile à la famille, en tous les cas qui n'encourage pas les Français à faire face à leurs responsabilités fondamentales et sans doute à la finalité la plus indiscutable de l'homme sur la terre, c'est-à-dire de transmettre le flambeau de la vie.
A. D. R. - Il faut faire des enfants, c'est la raison démographique, on n'empêche pas la vie, c' est la raison morale. Vous êtes hostile à la contraception également ?
J.-M. L. P. - Non, je ne suis pas hostile à la contraception qui est d'une nature tout à fait différente, car en effet elle ne touche pas à la vie de l'enfant. Mais je souhaiterais qu'au moins cette liberté de ne pas concevoir soit largement contrebalancée par une propagande nataliste faite par l'Etat et une information du public et singulièrement des femmes françaises sur les nécessités vitales pour notre pays de remplacer les générations qui s'en vont, faute de quoi nous deviendrons un territoire de colonisation et le vide que nous aurons laissé sera occupé progressivement par les vagues dont parlaient tout à l'heure les deux maghrébins célèbres dont j'ai cité les noms.
À suivre
- Christophe74
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Re: L'HEURE DE VÉRITÉ DU 13 FÉVRIER 1984
Une des meilleures émissions politiques qui exista !
JM LEPEN avait fait mouche dans le coeur et l'esprit de beaucoup de français.
Je suppose que sa définition du bon communiste et du bon tchéquiste... doit s'appliquer à Poutine...
JM LEPEN avait fait mouche dans le coeur et l'esprit de beaucoup de français.
Je suppose que sa définition du bon communiste et du bon tchéquiste... doit s'appliquer à Poutine...
Dernière édition par Christophe74 le 19/08/2008 - 19:43, édité 1 fois.
Fouteur de merde
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Re: L'HEURE DE VÉRITÉ DU 13 FÉVRIER 1984
suite
A. D. R. - Vous étiez partisan de l'Algérie française ? Si elle avait été réalisée aujourd'hui il y aurait combien d'électeurs maghrébins ...
J.-M. L. P. - Ce n'est pas ce qui m'inquiète, je l'ai dit à la tribune de l'Assemblée Nationale, si on ne fait pas l'Algérie Française nous aurons la France algérienne. J'ai hélas été dans ce domaine aussi bon prophète, si j'ose dire.
A. D. R. - La seule différence c'est qu'aujourd'hui les Algériens n'ont pas le droit de vote, mais avec ce que vous défendiez en 1958 les Algériens auraient eu le droit de vote.
J.-M. L. P. - J'ai même présenté la candidature d'un Arabe à Paris comme député; ce qui est une belle preuve de racisme, vous en conviendrez.
F.-H. de V. - Il s'agissait de M. Ahmed Djebbour ?
J.-M. L. P. - Il s'agissait de M. Ahmed Djebbour qui a été ensuite élu député d'Alger. La conception que j'avais c'est que je pensais que les nations qui n'auraient pas une grande dimension géopolitique ne joueraient plus de rôle à l'échelon du monde. Je pensais qu'il fallait à la France cette dimension et que l'Algérie et le Sahara la lui donnaient. A la France, et d'ailleurs à l'Europe. Et que la conception, je le dis, impérialiste, du rôle de la France, expansionniste, aurait pu s'appuyer...
A. D. R. - Vous êtes impérialiste ?
J.-M. L. P. - Oui, pourquoi pas, oui, je pensais que la France et l'Europe pouvaient légitimement, compte tenu de leur rôle dans l'histoire du monde, et des responsabilités qu'elles avaient assumées, de l'avantage pour les populations du monde qu'elles pouvaient porter, de la culture qui était la sienne, pouvaient très légitimement essayer de jouer un grand rôle mondial et qu'il fallait pour cela que l'Algérie soit française. Je dois vous rappeler tout de même que ce n'est pas une invention de Jean-Marie Le Pen, car quand j'ai défendu l'Algérie française, je ne faisais qu'appliquer les prises de position, d'abord de tous les gouvernements français jusqu'alors, y compris celles de Mitterrand, y compris celles de M. Mendès France, y compris celles du général De Gaulle qui alla d'une façon plutôt solennelle à Alger et à Mostaganem dire la même chose. Simplement, j'étais fidèle non seulement au passé de la France, mais j'étais fidèle à une forme d'avenir et je pensais qu'avec les Juifs, avec les européens d'Algérie, avec les Arabes et les Kabyles d'Algérie, on pouvait faire une communauté française tournée vers le monde, tournée vers l'Afrique, tournée en effet vers une conquête pacifique du monde .
A. D. R. - Les seuls hégémonismes que vous ne tolérez pas le soviétique et celui du tiers-monde? Un hégémonisme français, ça irait ?
J.-M. L. P. - Ils ne s'appliquent pas tout à fait sur les mêmes méthodes. A ce propos je voudrais vous dire combien j'ai été personnellement choqué de voir que M. Cheysson ait cru devoir associer en une minute de silence les députés européens à la mort de M. Andropov, chef de l'hégémonie soviétique de l'URSS, et je voudrais, puisque dans ce domaine les silences sont souvent plus pesants que les discours, moi aussi me lever à mon tour pour tenir une minute de silence, ou quelques instants de silence au moins, pour, en mémoire de tous ceux qui sont tombés, des dizaines de millions d'hommes tombés dans le monde sous la dictature communiste et avoir une pensée fraternelle à l'égard de millions d'hommes qui sont dans les ps et au Goulag.
A. D. R. - Moi je suis journaliste et je continue à poser mes questions, si le voulez bien. Je voudrais aborder les thèmes économiques, et poser une question particulièrement sur les restructurations industrielles.
J.-M. L. P. - Je vais vous répondre immédiatement.
A. D. R. - Le problème des immigrés étant supposé par hypothèse réglé, le problème du chômage étant supposé par hypothèse réglé par le départ des immigrés, tout dans les problèmes économiques de la France ne serait pas pour autant résolu. Un exemple entre d'autres: les chantiers navals. Il y a très peu de travailleurs immigrés dans les chantiers navals et ils sont en crise grave.
J.-M. L. P. - Il y a plus de vingt ans qu'ils sont en crise grave.
A. D. R. - Je pose la question, d'accord il y a plus de vingt ans, vous n'êtes responsable de rien dans cette partie-là, mais comment résolvez-vous ce problème-là, étant entendu que là le départ des immigrés n'arrange pas tout.
J.-M. L. P. - Je crois qu'il n'y a pas de solution au problème de la crise ni avec M. Mauroy, ni demain avec M. Chirac ou avec M. Barre, si nous restons dans le cadre d'une économie socialiste. Je crois que c'est essentiellement le socialisme qui chez nous aggrave la crise et empêche sa solution, la preuve c'est que dans tous les autres pays occidentaux qui n'ont pas un régime socialiste ils sont en train de résoudre les problèmes de la crise. Il faut, à mon sens, tourner le dos au socialisme, tourner le dos à la politique que l'on mène dans ce pays depuis plus de vingt ans, car je voudrais rappeler qu'en effet le libéralisme avancé n'était somme toute qu'une forme déguisée du socialisme le plus éculé, que c'est sous M. Giscard d'Estaing que nous avons franchi la frontière qu'il avait lui-même fixée à 40 % de prélèvement du PNB, or, M. Giscard d'Estaing a pris le pays avec 35 % de PNB en 74, il l'a abandonné en 1981, à 42 %.
F.-H. de V. - 35 % de prélèvement obligatoire sur la richesse nationale, c'est-à-dire ce que les citoyens sont obligés de payer à l'État ...
J.-M. L. P. - Et il l'a quitté à 42 %. C'est-à-dire que c'est en fait en 79 que la France est passée, selon les critères mêmes de M. Giscard d'Estaing, en économie socialiste. Et ça ne fait que croître et embellir.
A. D. R. - Tout cela ne règle pas le problème des grands secteurs industriels français qui ont vieilli ...
J.-M. L. P. - Surtout dans les secteurs dont l'État s'est mêlé directement ...
A. D. R. - Très bien, mais que fait-on pour demain ? Ce n'est pas l'abandon du socialisme tel que vous le décrivez qui règle ce problème. La sidérurgie française et visable, telle qu'elle existe, dans son état actuel, si tout le socialisme que vous décrivez est abandonné ?
J.-M. L. P. - Parfaitement, je pense cela. Je vais vous dire pourquoi. Parce que le socialisme, à la fois giscardien, chiraquien et mitterrandesque, si vous voulez, le socialisme de la V' République aboutit à paralyser ce pays sous une bureaucratie de plus en plus pesante. Il y a de plus en plus de fonctionnaires, le secteur public n'a cessé de s'agrandir, il n'a cessé de devenir de moins en moins productif, et corrélativement les charges des impôts n'ont cessé d'augmenter, au point de décourager totalement l'initiative, à un point tel que contrairement à l'analyse faite par M. Chirac, je ne crois pas du tout qu'il s'agisse d'une incapacité de gouverner l'économie de la part des socialistes mais d'une volonté délibérée de détruire les structures de production de liberté, de détruire l'appareil capitaliste pour enfin ...
A. D. R. - Vous ne répondez pas à ma question...
J.-M. L. P. - Attendez, quand ceci est changé, quand la confiance est restaurée, quand ceux qui travaillent et qui en ont ras-le-bol, M. Du Roy, que les charges ne cessent d'augmenter, que le fisc ne cesse de les tracasser, de porter sur leur dos des gens qui ne travaillent pas et qui en quelque sorte, passez-moi l'expression, vivent à leurs crochets, quand ceux-là verront leurs efforts récompensés, quant les entreprises pourront faire des profits, quand on pourra distribuer à l'actionnariat et à l'actionnariat que je souhaite le plus populaire; de l'argent, enfin tout sera changé. Quand les syndicats auront été remis en quelque sorte à leur place, qui ne consiste pas à faire la révolution comme le croient la CGT et la CFDT, nous aurions nous aurons une toute autre orientation. Et à partir de ce moment-là, je crois que nous pourrons relancer l'économie. C'est très difficile à dire ici, en quelques minutes et je souhaite en d'autres circonstances pouvoir le dire, je ne savais pas que M. Servan-Schreiber me parlerait exclusivement de l'antisémitisme, alors j'aurais souhaité traité cette question. Je vais vous dire la vérité. L'industrie dont vous parlez, celle des chantiers navals, elle a été assassinée littéralement, comme beaucoup d'autres dans notre pays, par les syndicats, et en particulier par la CGT selon la technique qui est la suivante: quand une affaire commence à mal marcher, qu'il faudrait dégraisser, au moment où il faudrait qu'elle s'adapte, au moment où il faudrait remplacer le personnel par des technologies modernes et en particulier souvent par des robots, que fait la CGT ? elle accule cette entreprise, elle déclenche la grève et elle accule cette entreprise à la faillite, elle occupe les locaux et ensuite elle ruine ces entreprises. Cela a été vrai pour le France, cela a été vrai pour la marine marchande française, pour les ports et docks français, pour les chantiers navals, pour un certain nombre d'industries automobile, et en quelque sorte cet effet maléfique d'un syndicalisme révolutionnaire avec l'utilisation d'une main-d'œuvre étrangère sous-qualifiée a conduit en effet chez nous l'industrie lourde et semi-lourde à ne pas faire pendant la période de la prospérité les nécessaires mutations technologiques qu'elle aurait dû accomplir, et il est évidemment extrêmement difficile pour ne pas dire impossible de le réaliser maintenant et la politique de M. Mauroy ne constitue derrière de jolies phrases et des formules nouvelles que cautère sur jambe de bois.
Ni lui ni personne, ne pourra dans ce pays faire une politique d'expansion économique sans tourner le dos résolument au socialisme bureaucratique qui est en train à l'inverse de conduire notre pays progressivement à la démocratie populaire.
F. H. de V. - Je crois que c'est clair. M. Le Pen. Nous retournons à S. V.P.
J.-L. Lescene. - Dans beaucoup d'élections partielles vous appelez au deuxième tour pour le PR ou l'UDF alors que vous vilipendez à longueur de meetings et Chirac et Giscard. N'est-ce pas contradictoire ?
J.-M. L. P. - Pas du tout. C'est que je fais là aussi une hiétarchie entre les dilections et les répulsions. Il est bien évident que si je reconnais et si j'ai dénoncé pendant des années la complicité et la complaisance de l'opposition parlementaire alors majorité à l'égard de la gauche et à l'égard du communisme, si j'ai dit qu'elle faisait avec les voix de la droite la politique de la gauche ce qui me semblait une escroquerie politique et morale dans un certain sens, il n'en reste pas moins que le RPR et l'UDF se situent dans un choix de société qui est un choix de société de liberté, alors que les communistes surtout, mais aussi les socialistes quand ils sont alliés avec eux, conduisent le pays vers une forme progressive de limitation des libertés, on le voit bien dans le domaine du travail, dans le domaine de l'enseignement, dans le domaine de la presse, dans beaucoup d'autres domaines, et provoquent vers un affaiblissement de l'économie qui va jusqu'à la pénurie que l'on connaît dans les pays où dans le fond le socialisme a abouti, si j'ose dire.
J.-L. Lescene. - Vous parlez souvent, M. Le Pen, de morale et de valeurs traditionnelles. Pour vous, l' homosexualité est-elle un délit ?
J.-M. L. P. - L'homosexualité n'est pas un délit mais elle ne doit pas être non plus une valeur privilégiée. Car de toute évidence elle constitue, relativement, une anomalie biologique et sociale et dans ces conditions je crois qu'il ne faut pas occuper le devant du terrain ni faire de prosélytisme. Je crois qu'il y a là non seulement une question de bon sens mais aussi une question de bon goût.
J.-L. Lescene. - Que pense M. Le Pen de la position d'Yves Montand et d'Yves Montant lui-même qui est émigré italien ?
J.-M. L. P. - Le fait qu'Yves Montand soit un émigré italien ne change rien à la chose. Notre candidat aux élections d'Aulnay-sous-Bois était le fils d'un immigré italien et le responsable de l'Ile de France au Front National est une petit-fils d'immigré italien et je crois pouvoir vous dire qu'il se trouve tout-à-fait à l'aise chez nous. Yves Montand a fait un retour sur lui-même. Retour spectaculaire. Il a en effet découvert le communiste trente ans après moi, et il a évidemment un peu la ferveur et l'ardeur de Polyeucte pour détruire ce qu'il avait adoré. Je ne lui en fais pas grief, au contraire, parce que le discours qu'il a tenu me paraît être un discours de bon sens, plein de talent d'ailleurs, Yves Montand jouant Yves Montand, c'est du très bon spectacle et qui va dans le bon sens. Je suis de ceux qui ouvrent les bras à tous les Français, à toutes les Françaises, même s'ils avaient des opinions contraires aux miennes, à partir du moment où somme toute ils s'aperçoivent de la vérité. J'ai noté dans le discours d'Yves Montand une réserve touchant au Front National mais comme je le sais sur le bon chemin, sur la bonne voie, je ne doute pas somme toute un jour de lui avoir exprimer une opinion favorable aux idées que je défends.
J.-L. Lescene. - Que comptez-vous faire des anciens harkis ?
J.-M. L. P. - Les anciens harkis sont des Français. Et il y en a un certain nombre dans le Front national et partout où je passe, où je fais des réunions publiques, je peux vous dire que je reçois à la fois les doléances quelquefois chagrinées de ces Français par le sang donné, sinon par le sang reçu, qui me disent quelle est la tristesse de leur situation. Souvent tenus à l'écart par les Français qui les prennent pour des étrangers, et tenus pour collaborateurs par des étrangers qui se permettent de les insulter dans leur propre pays. Il va sans dire que pour moi les harkis sont des Français à part entière.
J . L. Lescene. - Quelle est la différence, M. Le Pen, entre le Front National et le Parti des Forces Nouvelles et pourquoi y a-t-il eu scission ?
J.·M. L. P. - Il n'y a jamais eu scission parce qu'il n'y a jamais eu accord. Tout le monde sait, dans le petit monde de la politique de droite, que le Parti des Forces Nouvelles a toujours eu une attitude hostile aussi bien à Jean-Marie Le Pen qu'à la politique qu'il défendait, et les liens qui ont uni, notamment lors des élections diverses, ce mouvement aux partis de la majorité et singulièrement au RPR qui a d'ailleurs accepté au bout de quelques années que les chefs de ce groupuscule étudiant deviennent des responsables dans son propre parti montre bien toute la différence qu'il y a entre un parti qui ne prend ses consignes nulle part et dans le fond une courroie de transmission comme une autre d'un parti politique de l'opposition.
J.-L. Lescene. - Pour en revenir au PFN, est-ce que vous ferez liste commune pour les élections européennes ?
J.·M. L. P. - C'est beaucoup sur le PFN. Non, nous ne ferons pas liste commune; ni liste commune avec aucun mouvement. La liste Front National sera Front national, je la dirigerai et elle sera cependant ouverte à un certain nombre de personnalités politiques ou sportives ou culturelles, ou universitaires, ceci afin de montrer que pour nous les élections européennes sont une étape, une étape sur la voie du redressement de notre pays, sur la voie de la renaissance de la France et la défense supérieure des intérêts français.
F. H. de V. - M. Le Pen, nous arrivons au terme de cette émision, y a-t-il quelque chose que vous auriez voulu dire et que vous n'avez pas pu dire, que vous estimez avoir été empêché de dire ce soir ?
J.-M. L. P. - Non, je n'a pas été empêché de le dire, mais j'aurais voulu dire un certain nombre de choses sur l'état de l'esprit public français et sur le fait qu'on sous-estime à mon avis gravement le degré de tension, à l'égard par exemple de la fiscalité, de la charge fiscale, à l'égard de la persécution fiscale qui s'exerce sur les catégories sociales qui travaillent le plus, qui prennent le plus de risque et cela me paraîtrait mériter tout un débat. Je vous rappelle très brièvement quels étaient les grands axes des campagnes du Front national. C'est en effet l'immigration, c'était l'insécurité dont nous avons très peu parlé, c'était le chômage dont nous avons aussi peu parlé, c'était aussi la marxisation du pays et le laxisme général, cette décadence, cette crise à la fois morale et spirituelle que connaît notre pays et sans la résolution de laquelle il n'y aura pas de redressement ni de renaissance de la France. Et je crois très profondément que beaucoup de Français espèrent dans les formations nouvelles et dans des hommes nouveaux et pensent qu'il y a eu changement, un changement dans une direction qu'ils estiment mauvaise, ils souhaitent un changement dans une autre direction mais ils se disent: comment l'ancienne majorité pourrait-elle faire demain ce qu'elle n'a su ni pu ou ni voulu faire hier dans la prospérité. Et je crois qu'elle a confiance en des hommes comme moi qui ne se penchent pas sur le peuple mais qui sortent du peuple pour exprimer à la fois ses aspirations, à la fois ses espérances et peut-être construire avec elle un avenir de liberté et un avenir d'espoir.
F.-H. de V. - Merci, M. Le Pen. Prochain rendez-vous le lundi 5 mars. Invité, Valéry Giscard d'Estaing.
Bonsoir.
FIN
Les Français d'Abord
A. D. R. - Vous étiez partisan de l'Algérie française ? Si elle avait été réalisée aujourd'hui il y aurait combien d'électeurs maghrébins ...
J.-M. L. P. - Ce n'est pas ce qui m'inquiète, je l'ai dit à la tribune de l'Assemblée Nationale, si on ne fait pas l'Algérie Française nous aurons la France algérienne. J'ai hélas été dans ce domaine aussi bon prophète, si j'ose dire.
A. D. R. - La seule différence c'est qu'aujourd'hui les Algériens n'ont pas le droit de vote, mais avec ce que vous défendiez en 1958 les Algériens auraient eu le droit de vote.
J.-M. L. P. - J'ai même présenté la candidature d'un Arabe à Paris comme député; ce qui est une belle preuve de racisme, vous en conviendrez.
F.-H. de V. - Il s'agissait de M. Ahmed Djebbour ?
J.-M. L. P. - Il s'agissait de M. Ahmed Djebbour qui a été ensuite élu député d'Alger. La conception que j'avais c'est que je pensais que les nations qui n'auraient pas une grande dimension géopolitique ne joueraient plus de rôle à l'échelon du monde. Je pensais qu'il fallait à la France cette dimension et que l'Algérie et le Sahara la lui donnaient. A la France, et d'ailleurs à l'Europe. Et que la conception, je le dis, impérialiste, du rôle de la France, expansionniste, aurait pu s'appuyer...
A. D. R. - Vous êtes impérialiste ?
J.-M. L. P. - Oui, pourquoi pas, oui, je pensais que la France et l'Europe pouvaient légitimement, compte tenu de leur rôle dans l'histoire du monde, et des responsabilités qu'elles avaient assumées, de l'avantage pour les populations du monde qu'elles pouvaient porter, de la culture qui était la sienne, pouvaient très légitimement essayer de jouer un grand rôle mondial et qu'il fallait pour cela que l'Algérie soit française. Je dois vous rappeler tout de même que ce n'est pas une invention de Jean-Marie Le Pen, car quand j'ai défendu l'Algérie française, je ne faisais qu'appliquer les prises de position, d'abord de tous les gouvernements français jusqu'alors, y compris celles de Mitterrand, y compris celles de M. Mendès France, y compris celles du général De Gaulle qui alla d'une façon plutôt solennelle à Alger et à Mostaganem dire la même chose. Simplement, j'étais fidèle non seulement au passé de la France, mais j'étais fidèle à une forme d'avenir et je pensais qu'avec les Juifs, avec les européens d'Algérie, avec les Arabes et les Kabyles d'Algérie, on pouvait faire une communauté française tournée vers le monde, tournée vers l'Afrique, tournée en effet vers une conquête pacifique du monde .
A. D. R. - Les seuls hégémonismes que vous ne tolérez pas le soviétique et celui du tiers-monde? Un hégémonisme français, ça irait ?
J.-M. L. P. - Ils ne s'appliquent pas tout à fait sur les mêmes méthodes. A ce propos je voudrais vous dire combien j'ai été personnellement choqué de voir que M. Cheysson ait cru devoir associer en une minute de silence les députés européens à la mort de M. Andropov, chef de l'hégémonie soviétique de l'URSS, et je voudrais, puisque dans ce domaine les silences sont souvent plus pesants que les discours, moi aussi me lever à mon tour pour tenir une minute de silence, ou quelques instants de silence au moins, pour, en mémoire de tous ceux qui sont tombés, des dizaines de millions d'hommes tombés dans le monde sous la dictature communiste et avoir une pensée fraternelle à l'égard de millions d'hommes qui sont dans les ps et au Goulag.
A. D. R. - Moi je suis journaliste et je continue à poser mes questions, si le voulez bien. Je voudrais aborder les thèmes économiques, et poser une question particulièrement sur les restructurations industrielles.
J.-M. L. P. - Je vais vous répondre immédiatement.
A. D. R. - Le problème des immigrés étant supposé par hypothèse réglé, le problème du chômage étant supposé par hypothèse réglé par le départ des immigrés, tout dans les problèmes économiques de la France ne serait pas pour autant résolu. Un exemple entre d'autres: les chantiers navals. Il y a très peu de travailleurs immigrés dans les chantiers navals et ils sont en crise grave.
J.-M. L. P. - Il y a plus de vingt ans qu'ils sont en crise grave.
A. D. R. - Je pose la question, d'accord il y a plus de vingt ans, vous n'êtes responsable de rien dans cette partie-là, mais comment résolvez-vous ce problème-là, étant entendu que là le départ des immigrés n'arrange pas tout.
J.-M. L. P. - Je crois qu'il n'y a pas de solution au problème de la crise ni avec M. Mauroy, ni demain avec M. Chirac ou avec M. Barre, si nous restons dans le cadre d'une économie socialiste. Je crois que c'est essentiellement le socialisme qui chez nous aggrave la crise et empêche sa solution, la preuve c'est que dans tous les autres pays occidentaux qui n'ont pas un régime socialiste ils sont en train de résoudre les problèmes de la crise. Il faut, à mon sens, tourner le dos au socialisme, tourner le dos à la politique que l'on mène dans ce pays depuis plus de vingt ans, car je voudrais rappeler qu'en effet le libéralisme avancé n'était somme toute qu'une forme déguisée du socialisme le plus éculé, que c'est sous M. Giscard d'Estaing que nous avons franchi la frontière qu'il avait lui-même fixée à 40 % de prélèvement du PNB, or, M. Giscard d'Estaing a pris le pays avec 35 % de PNB en 74, il l'a abandonné en 1981, à 42 %.
F.-H. de V. - 35 % de prélèvement obligatoire sur la richesse nationale, c'est-à-dire ce que les citoyens sont obligés de payer à l'État ...
J.-M. L. P. - Et il l'a quitté à 42 %. C'est-à-dire que c'est en fait en 79 que la France est passée, selon les critères mêmes de M. Giscard d'Estaing, en économie socialiste. Et ça ne fait que croître et embellir.
A. D. R. - Tout cela ne règle pas le problème des grands secteurs industriels français qui ont vieilli ...
J.-M. L. P. - Surtout dans les secteurs dont l'État s'est mêlé directement ...
A. D. R. - Très bien, mais que fait-on pour demain ? Ce n'est pas l'abandon du socialisme tel que vous le décrivez qui règle ce problème. La sidérurgie française et visable, telle qu'elle existe, dans son état actuel, si tout le socialisme que vous décrivez est abandonné ?
J.-M. L. P. - Parfaitement, je pense cela. Je vais vous dire pourquoi. Parce que le socialisme, à la fois giscardien, chiraquien et mitterrandesque, si vous voulez, le socialisme de la V' République aboutit à paralyser ce pays sous une bureaucratie de plus en plus pesante. Il y a de plus en plus de fonctionnaires, le secteur public n'a cessé de s'agrandir, il n'a cessé de devenir de moins en moins productif, et corrélativement les charges des impôts n'ont cessé d'augmenter, au point de décourager totalement l'initiative, à un point tel que contrairement à l'analyse faite par M. Chirac, je ne crois pas du tout qu'il s'agisse d'une incapacité de gouverner l'économie de la part des socialistes mais d'une volonté délibérée de détruire les structures de production de liberté, de détruire l'appareil capitaliste pour enfin ...
A. D. R. - Vous ne répondez pas à ma question...
J.-M. L. P. - Attendez, quand ceci est changé, quand la confiance est restaurée, quand ceux qui travaillent et qui en ont ras-le-bol, M. Du Roy, que les charges ne cessent d'augmenter, que le fisc ne cesse de les tracasser, de porter sur leur dos des gens qui ne travaillent pas et qui en quelque sorte, passez-moi l'expression, vivent à leurs crochets, quand ceux-là verront leurs efforts récompensés, quant les entreprises pourront faire des profits, quand on pourra distribuer à l'actionnariat et à l'actionnariat que je souhaite le plus populaire; de l'argent, enfin tout sera changé. Quand les syndicats auront été remis en quelque sorte à leur place, qui ne consiste pas à faire la révolution comme le croient la CGT et la CFDT, nous aurions nous aurons une toute autre orientation. Et à partir de ce moment-là, je crois que nous pourrons relancer l'économie. C'est très difficile à dire ici, en quelques minutes et je souhaite en d'autres circonstances pouvoir le dire, je ne savais pas que M. Servan-Schreiber me parlerait exclusivement de l'antisémitisme, alors j'aurais souhaité traité cette question. Je vais vous dire la vérité. L'industrie dont vous parlez, celle des chantiers navals, elle a été assassinée littéralement, comme beaucoup d'autres dans notre pays, par les syndicats, et en particulier par la CGT selon la technique qui est la suivante: quand une affaire commence à mal marcher, qu'il faudrait dégraisser, au moment où il faudrait qu'elle s'adapte, au moment où il faudrait remplacer le personnel par des technologies modernes et en particulier souvent par des robots, que fait la CGT ? elle accule cette entreprise, elle déclenche la grève et elle accule cette entreprise à la faillite, elle occupe les locaux et ensuite elle ruine ces entreprises. Cela a été vrai pour le France, cela a été vrai pour la marine marchande française, pour les ports et docks français, pour les chantiers navals, pour un certain nombre d'industries automobile, et en quelque sorte cet effet maléfique d'un syndicalisme révolutionnaire avec l'utilisation d'une main-d'œuvre étrangère sous-qualifiée a conduit en effet chez nous l'industrie lourde et semi-lourde à ne pas faire pendant la période de la prospérité les nécessaires mutations technologiques qu'elle aurait dû accomplir, et il est évidemment extrêmement difficile pour ne pas dire impossible de le réaliser maintenant et la politique de M. Mauroy ne constitue derrière de jolies phrases et des formules nouvelles que cautère sur jambe de bois.
Ni lui ni personne, ne pourra dans ce pays faire une politique d'expansion économique sans tourner le dos résolument au socialisme bureaucratique qui est en train à l'inverse de conduire notre pays progressivement à la démocratie populaire.
F. H. de V. - Je crois que c'est clair. M. Le Pen. Nous retournons à S. V.P.
J.-L. Lescene. - Dans beaucoup d'élections partielles vous appelez au deuxième tour pour le PR ou l'UDF alors que vous vilipendez à longueur de meetings et Chirac et Giscard. N'est-ce pas contradictoire ?
J.-M. L. P. - Pas du tout. C'est que je fais là aussi une hiétarchie entre les dilections et les répulsions. Il est bien évident que si je reconnais et si j'ai dénoncé pendant des années la complicité et la complaisance de l'opposition parlementaire alors majorité à l'égard de la gauche et à l'égard du communisme, si j'ai dit qu'elle faisait avec les voix de la droite la politique de la gauche ce qui me semblait une escroquerie politique et morale dans un certain sens, il n'en reste pas moins que le RPR et l'UDF se situent dans un choix de société qui est un choix de société de liberté, alors que les communistes surtout, mais aussi les socialistes quand ils sont alliés avec eux, conduisent le pays vers une forme progressive de limitation des libertés, on le voit bien dans le domaine du travail, dans le domaine de l'enseignement, dans le domaine de la presse, dans beaucoup d'autres domaines, et provoquent vers un affaiblissement de l'économie qui va jusqu'à la pénurie que l'on connaît dans les pays où dans le fond le socialisme a abouti, si j'ose dire.
J.-L. Lescene. - Vous parlez souvent, M. Le Pen, de morale et de valeurs traditionnelles. Pour vous, l' homosexualité est-elle un délit ?
J.-M. L. P. - L'homosexualité n'est pas un délit mais elle ne doit pas être non plus une valeur privilégiée. Car de toute évidence elle constitue, relativement, une anomalie biologique et sociale et dans ces conditions je crois qu'il ne faut pas occuper le devant du terrain ni faire de prosélytisme. Je crois qu'il y a là non seulement une question de bon sens mais aussi une question de bon goût.
J.-L. Lescene. - Que pense M. Le Pen de la position d'Yves Montand et d'Yves Montant lui-même qui est émigré italien ?
J.-M. L. P. - Le fait qu'Yves Montand soit un émigré italien ne change rien à la chose. Notre candidat aux élections d'Aulnay-sous-Bois était le fils d'un immigré italien et le responsable de l'Ile de France au Front National est une petit-fils d'immigré italien et je crois pouvoir vous dire qu'il se trouve tout-à-fait à l'aise chez nous. Yves Montand a fait un retour sur lui-même. Retour spectaculaire. Il a en effet découvert le communiste trente ans après moi, et il a évidemment un peu la ferveur et l'ardeur de Polyeucte pour détruire ce qu'il avait adoré. Je ne lui en fais pas grief, au contraire, parce que le discours qu'il a tenu me paraît être un discours de bon sens, plein de talent d'ailleurs, Yves Montand jouant Yves Montand, c'est du très bon spectacle et qui va dans le bon sens. Je suis de ceux qui ouvrent les bras à tous les Français, à toutes les Françaises, même s'ils avaient des opinions contraires aux miennes, à partir du moment où somme toute ils s'aperçoivent de la vérité. J'ai noté dans le discours d'Yves Montand une réserve touchant au Front National mais comme je le sais sur le bon chemin, sur la bonne voie, je ne doute pas somme toute un jour de lui avoir exprimer une opinion favorable aux idées que je défends.
J.-L. Lescene. - Que comptez-vous faire des anciens harkis ?
J.-M. L. P. - Les anciens harkis sont des Français. Et il y en a un certain nombre dans le Front national et partout où je passe, où je fais des réunions publiques, je peux vous dire que je reçois à la fois les doléances quelquefois chagrinées de ces Français par le sang donné, sinon par le sang reçu, qui me disent quelle est la tristesse de leur situation. Souvent tenus à l'écart par les Français qui les prennent pour des étrangers, et tenus pour collaborateurs par des étrangers qui se permettent de les insulter dans leur propre pays. Il va sans dire que pour moi les harkis sont des Français à part entière.
J . L. Lescene. - Quelle est la différence, M. Le Pen, entre le Front National et le Parti des Forces Nouvelles et pourquoi y a-t-il eu scission ?
J.·M. L. P. - Il n'y a jamais eu scission parce qu'il n'y a jamais eu accord. Tout le monde sait, dans le petit monde de la politique de droite, que le Parti des Forces Nouvelles a toujours eu une attitude hostile aussi bien à Jean-Marie Le Pen qu'à la politique qu'il défendait, et les liens qui ont uni, notamment lors des élections diverses, ce mouvement aux partis de la majorité et singulièrement au RPR qui a d'ailleurs accepté au bout de quelques années que les chefs de ce groupuscule étudiant deviennent des responsables dans son propre parti montre bien toute la différence qu'il y a entre un parti qui ne prend ses consignes nulle part et dans le fond une courroie de transmission comme une autre d'un parti politique de l'opposition.
J.-L. Lescene. - Pour en revenir au PFN, est-ce que vous ferez liste commune pour les élections européennes ?
J.·M. L. P. - C'est beaucoup sur le PFN. Non, nous ne ferons pas liste commune; ni liste commune avec aucun mouvement. La liste Front National sera Front national, je la dirigerai et elle sera cependant ouverte à un certain nombre de personnalités politiques ou sportives ou culturelles, ou universitaires, ceci afin de montrer que pour nous les élections européennes sont une étape, une étape sur la voie du redressement de notre pays, sur la voie de la renaissance de la France et la défense supérieure des intérêts français.
F. H. de V. - M. Le Pen, nous arrivons au terme de cette émision, y a-t-il quelque chose que vous auriez voulu dire et que vous n'avez pas pu dire, que vous estimez avoir été empêché de dire ce soir ?
J.-M. L. P. - Non, je n'a pas été empêché de le dire, mais j'aurais voulu dire un certain nombre de choses sur l'état de l'esprit public français et sur le fait qu'on sous-estime à mon avis gravement le degré de tension, à l'égard par exemple de la fiscalité, de la charge fiscale, à l'égard de la persécution fiscale qui s'exerce sur les catégories sociales qui travaillent le plus, qui prennent le plus de risque et cela me paraîtrait mériter tout un débat. Je vous rappelle très brièvement quels étaient les grands axes des campagnes du Front national. C'est en effet l'immigration, c'était l'insécurité dont nous avons très peu parlé, c'était le chômage dont nous avons aussi peu parlé, c'était aussi la marxisation du pays et le laxisme général, cette décadence, cette crise à la fois morale et spirituelle que connaît notre pays et sans la résolution de laquelle il n'y aura pas de redressement ni de renaissance de la France. Et je crois très profondément que beaucoup de Français espèrent dans les formations nouvelles et dans des hommes nouveaux et pensent qu'il y a eu changement, un changement dans une direction qu'ils estiment mauvaise, ils souhaitent un changement dans une autre direction mais ils se disent: comment l'ancienne majorité pourrait-elle faire demain ce qu'elle n'a su ni pu ou ni voulu faire hier dans la prospérité. Et je crois qu'elle a confiance en des hommes comme moi qui ne se penchent pas sur le peuple mais qui sortent du peuple pour exprimer à la fois ses aspirations, à la fois ses espérances et peut-être construire avec elle un avenir de liberté et un avenir d'espoir.
F.-H. de V. - Merci, M. Le Pen. Prochain rendez-vous le lundi 5 mars. Invité, Valéry Giscard d'Estaing.
Bonsoir.
FIN
Les Français d'Abord
Re: L'HEURE DE VÉRITÉ DU 13 FÉVRIER 1984
Ah , si seulement on pouvait trouver cette émission en intégralité sur le net !
Cela fait quelques temps que je fais des recherches et malheureusement, je ne trouve que des extraits. Le pire c'est pour le meeting de JMLP en 1988 au Stade Vélodrome de Marseille, impossible de trouver une vidéo dessus !
Cela fait quelques temps que je fais des recherches et malheureusement, je ne trouve que des extraits. Le pire c'est pour le meeting de JMLP en 1988 au Stade Vélodrome de Marseille, impossible de trouver une vidéo dessus !
- Christophe74
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Re: L'HEURE DE VÉRITÉ DU 13 FÉVRIER 1984
Kreuzer a écrit :Ah , si seulement on pouvait trouver cette émission en intégralité sur le net !
Cela fait quelques temps que je fais des recherches et malheureusement, je ne trouve que des extraits. Le pire c'est pour le meeting de JMLP en 1988 au Stade Vélodrome de Marseille, impossible de trouver une vidéo dessus !
je dois l'avoir en vhs pour l'heure de véritée !.. si je la retrouve, je veux bien te l'envoyer ! Ensuite à toi d'en faire un " youtube " !
Pour le meeting de Marseille, je suis en revanche preneur ! J'ai jamais pu le voir ce meeting !
Fouteur de merde
Le trollage est mon crédo
Je suis un traitre parmi les traitres
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Re: L'HEURE DE VÉRITÉ DU 13 FÉVRIER 1984
Christophe74 a écrit :Kreuzer a écrit :Ah , si seulement on pouvait trouver cette émission en intégralité sur le net !
Cela fait quelques temps que je fais des recherches et malheureusement, je ne trouve que des extraits. Le pire c'est pour le meeting de JMLP en 1988 au Stade Vélodrome de Marseille, impossible de trouver une vidéo dessus !
je dois l'avoir en vhs pour l'heure de véritée !.. si je la retrouve, je veux bien te l'envoyer ! Ensuite à toi d'en faire un " youtube " !
Pour le meeting de Marseille, je suis en revanche preneur ! J'ai jamais pu le voir ce meeting !
Kreuser et Christophe 74 :
Ce serait vraiment génial de faire ça.La video est vraiment introuvable.
Pourtant, ce fut l'une des émissions qui fît "vraiment" connaitre le "vrai" Jean Marie Le Pen.Sans censure.
Alors, si cela vous est possible, je compte sur vous pour nous faire revivre ce moment....Mais peut être est t-il possible de se procurer la video dans la boutique du Front?
Amitiés
"Condamner l'Immigration de Remplacement ( et ses conséquences) sans jamais dénoncer les Responsables de cette Immigration c'est faire preuve d'inintelligence et de lâcheté !"
Re: L'HEURE DE VÉRITÉ DU 13 FÉVRIER 1984
Concernant la boutique du Front Chris84, il y a pas mal de vidéos mais hélas, aucune avec le meeting complet de JMLP au Stade Vélodrome lors de la présidentielle 1988.
Sauf erreur de ma part (d'autres sur ce forum ont sûrement de bien meilleures connaissances que moi sur le sujet), je crois que le FN a commencé à faire des vidéos à partir de la campagne des régionales 1992 (notamment une sur le déplacement de Jean-Marie Le Pen dans la cité des Indes à Sartrouville).
Sauf erreur de ma part (d'autres sur ce forum ont sûrement de bien meilleures connaissances que moi sur le sujet), je crois que le FN a commencé à faire des vidéos à partir de la campagne des régionales 1992 (notamment une sur le déplacement de Jean-Marie Le Pen dans la cité des Indes à Sartrouville).
Re: L'HEURE DE VÉRITÉ DU 13 FÉVRIER 1984
Kreuzer a écrit :Concernant la boutique du Front Chris84, il y a pas mal de vidéos mais hélas, aucune avec le meeting complet de JMLP au Stade Vélodrome lors de la présidentielle 1988.
Sauf erreur de ma part (d'autres sur ce forum ont sûrement de bien meilleures connaissances que moi sur le sujet), je crois que le FN a commencé à faire des vidéos à partir de la campagne des régionales 1992 (notamment une sur le déplacement de Jean-Marie Le Pen dans la cité des Indes à Sartrouville).
Merci pour tes infos, Kreuzer.
A bientôt
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Re: L'HEURE DE VÉRITÉ DU 13 FÉVRIER 1984
L'Heure de Vérité 1994 Le Pen remet les pendules à l'heure
Les médias l'avaient donné mort, usé par la politique, dépassé par Villiers et Tapie, écrasé par le silence, l'édredon sanitaire déroulé autour de lui. Eh bien ! pas du tout, il est apparu vif, combatif, serein, spirituel - et en même temps ferré à glace sur le fond de ses dossiers. L'Heure de vérité de dimanche a d'ailleurs atteint, malgré le 11 novembre, le meilleur score depuis la rentrée : 2 830 000 auditeurs et 27 % de part du marché, contre 2 400 000 à Philippe de Villiers.
Lorrain de Saint-Affrique, conseiller régional exclu du Front pour trahison, proposait d'établir des primaires entre Le Pen et Villiers pour représenter les anti-maastrichtiens : on peut considérer qu'elles sont faites, et gagnées haut la main par le président du Front national. Sous la pression d'Alain Duhamel, Le Pen a d'ailleurs bien mis les choses au point en ce qui regarde le vicomte : « Villiers fait partie du jeu de la majorité. Sa présence aux Européennes n'était pas innocente. (...) Pour qui roule-t-il ? - II roule surtout ses électeurs. (...) Membre du PR pendant plusieurs années, il n'en a démissionné que voici quelques semaines. (...) Etait-il aveugle ou était-il complice ? Dans les deux cas, cela ne le prédispose pas à jouer un rôle de premier plan dans le contexte actuel qui demande une grande lucidité. (...) Autre contradiction gravissime : comment peut-on rester dans un parti où l'on côtoie des gens qu'on proclame «traîtres» (les pro-maastricht !) ? De même a-t-il accepté d'être ministre tout en se proclamant contre la cohabitation. Tout indique que Philippe de Villiers a une fonction purement tactique... Hors antenne, Le Pen ajoute : « Villiers ne fait pas mystère de ses liens avec Pasqua. C'est un missile dominici qui ne sera lancé que si ses maîtres ont besoin de concurrencer Chirac chez les anti-maastrichtiens... »
Concernant la corruption, Le Pen a remis les pendules à l'heure en rappelant que le « système dans son ensemble » est pourri et que seules quelques centaines de politiques font exception par leur honnêteté. Parmi lesquels les élus du FN. Hors antenne, il a commenté sans ambiguïté la démission du ministre André Roussin : « On se cache derrière son petit doigt pour ne pas désigner Jacques Chirac derrière Roussin. Or, Roussin étant le directeur de cabinet de Chirac, et les valises qu'il portait, pour qui croyez-vous qu'il les portait ? »
Sur les autres sujets, le patron du Front national a fait litière des attaques et des pièges de ses «intervenants». Il a fixé son objectif pour la présidentielle : d'abord, « être élu, donc d'abord passer le premier tour, le RPR et l'UDF font et vont faire ce qu'il faut pour que cela soit possible ». Ensuite, lancer la vaste réforme de la VIe République, étant donné que la Ve, « née de la guerre d'Algérie, va mourir de la deuxième guerre d'Algérie. »
National Hebdo du 17 au 23 novembre 1994
Les médias l'avaient donné mort, usé par la politique, dépassé par Villiers et Tapie, écrasé par le silence, l'édredon sanitaire déroulé autour de lui. Eh bien ! pas du tout, il est apparu vif, combatif, serein, spirituel - et en même temps ferré à glace sur le fond de ses dossiers. L'Heure de vérité de dimanche a d'ailleurs atteint, malgré le 11 novembre, le meilleur score depuis la rentrée : 2 830 000 auditeurs et 27 % de part du marché, contre 2 400 000 à Philippe de Villiers.
Lorrain de Saint-Affrique, conseiller régional exclu du Front pour trahison, proposait d'établir des primaires entre Le Pen et Villiers pour représenter les anti-maastrichtiens : on peut considérer qu'elles sont faites, et gagnées haut la main par le président du Front national. Sous la pression d'Alain Duhamel, Le Pen a d'ailleurs bien mis les choses au point en ce qui regarde le vicomte : « Villiers fait partie du jeu de la majorité. Sa présence aux Européennes n'était pas innocente. (...) Pour qui roule-t-il ? - II roule surtout ses électeurs. (...) Membre du PR pendant plusieurs années, il n'en a démissionné que voici quelques semaines. (...) Etait-il aveugle ou était-il complice ? Dans les deux cas, cela ne le prédispose pas à jouer un rôle de premier plan dans le contexte actuel qui demande une grande lucidité. (...) Autre contradiction gravissime : comment peut-on rester dans un parti où l'on côtoie des gens qu'on proclame «traîtres» (les pro-maastricht !) ? De même a-t-il accepté d'être ministre tout en se proclamant contre la cohabitation. Tout indique que Philippe de Villiers a une fonction purement tactique... Hors antenne, Le Pen ajoute : « Villiers ne fait pas mystère de ses liens avec Pasqua. C'est un missile dominici qui ne sera lancé que si ses maîtres ont besoin de concurrencer Chirac chez les anti-maastrichtiens... »
Concernant la corruption, Le Pen a remis les pendules à l'heure en rappelant que le « système dans son ensemble » est pourri et que seules quelques centaines de politiques font exception par leur honnêteté. Parmi lesquels les élus du FN. Hors antenne, il a commenté sans ambiguïté la démission du ministre André Roussin : « On se cache derrière son petit doigt pour ne pas désigner Jacques Chirac derrière Roussin. Or, Roussin étant le directeur de cabinet de Chirac, et les valises qu'il portait, pour qui croyez-vous qu'il les portait ? »
Sur les autres sujets, le patron du Front national a fait litière des attaques et des pièges de ses «intervenants». Il a fixé son objectif pour la présidentielle : d'abord, « être élu, donc d'abord passer le premier tour, le RPR et l'UDF font et vont faire ce qu'il faut pour que cela soit possible ». Ensuite, lancer la vaste réforme de la VIe République, étant donné que la Ve, « née de la guerre d'Algérie, va mourir de la deuxième guerre d'Algérie. »
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Re: L'HEURE DE VÉRITÉ DU 13 FÉVRIER 1984
L'Heure de vérité : Le Pen joue et gagne
Dimanche, à L'Heure de vérité, Jean-Marie Le Pen a brillamment réussi son retour. On aurait pu craindre le manque d'entraînement. il y avait deux ans que M. de Virieu ne l'avait invité, tandis qu'il recevait quatre fois M. de Villiers. (Tous les hommes sont égaux, mais certains le sont plus que d'autres ... ) L'aisance devant les caméras vient souvent de l'habitude. Mais Jean-Marie Le Pen parut tout de suite chez lui chez eux, comme s'il avait quitté le studio la veille. Le propre des grands champions est d'être toujours à l'heure aux rendez-vous importants de la saison.
On n'en dira pas autant de ses interlocuteurs. Le moins mauvais fut Alain Duhamel.
Ce vieux routier n'était pourtant pas à son affaire. Son sourire professionnel était crispé. Tout en surveillant son adversaire, il jetait de gauche et de droite des regards inquiets. Il avait peur de se retrouver en caleçon. Devant une assistance que l'on devinait moqueuse et à l'affût, c'eût été cruel.
Mais non. Le duel fut correct, mais écrasant. Il n'y a pas de meilleurs arguments que la vérité et l'évidence. Or il est vrai et évident que le président du Front national n'a jamais eu plus de chances qu'en 1995 d'être présent au second tour, et qu'il est le seul à proposer une politique essentiellement différente de celle des autres. M. Delors, Balladur, Chirac, voire Giscard, Barre ou Millon ne sont que les branches du même arbre.
M. Colombani, l'oblique et suffisant directeur du Monde arborait ses couleurs : il était jaune. Chafouin et contourné, il avait préparé son piège. Quelle Europe préférez-vous, M. Le Pen ? Une Europe à l'anglaise, libre-échangiste, ou une Europe supranationale, à l'allemande, issue de Maastricht ?
Il fut aussitôt renvoyé dans ses buts, sans violence mais avec force. Jean-Marie Le Pen était pour une Europe à la française. Rien ne prouvait qu'une Europe fédérale, ou qu'une Europe libre-échangiste favorisent nos intérêts. Au contraire. En tout cas, le Front national ne voulait pas d'une Europe, première plate-forme du mondialisme, qui prétend nous interdire de garder nos frontières et de savoir qui nous devons ou ne devons pas accepter sur notre sol. C'était net, simple, sans bavure ni ambiguïté.
L'ancien porte-coton de Mme Sinclair s'assombrissait. De jaune il virait au gris. Il devait regretter la presse écrite, aux joies plus discrètes, moins flatteuse pour l'audience, mais moins pénible aussi.
Enfin il y avait une nouvelle, enfin, une nouvelle ... une nouvelle recrue de M. de Virieu que je ne connaissais pas : Elisabeth Schemla. Du Nouvel Observateur. On aurait pu s'en douter.
Elisabeth Schemla montrait un visage ingrat et sombre. Même au début du round, elIe avait l'air du vieux boxeur qui a fait un match de trop. Elle portait le poids d'un sur-entraînement. Elle s'était trop préparée. Elle avait lu toute la littérature anti-Le Pen. C'est copieux et lourd. Pour trouver l'ignominie de la pensée nationaliste, elle avait dépêché un coursier 5 rue d'Amboise acheter les 50 derniers numéros de Présent. Elle croyait donc être armée. Ce fut désarmant...
On avait dit à Elisabeth Schemla que Le Pen était moins fort sur les chiffres que sur les lettres. Elle attaqua donc, en férocité, et se retrouva devant des tableaux-graphiques où des courbes, qui étaient des droites (au menton), fixaient le naufrage de la Ve République.
Ecoeurée, elle se rabattit sur l'immigration, où Jean-Marie l'attendait, ferré à glace. Quand il parut à tous qu'une des conditions de l'abaissement du nombre des chômeurs passait par l'abaissement du nombre des émigrés, Elisabeth Schemla préféra rentrer à la maison en grommelant :
- C'est du racisme !
Evidemment. Ça, c'était sans réplique ! La salle gloussait. Marie-France Stirbois était rayonnante. Mais j'ai surtout été frappée par le visage grave de Me Marine Le Pen. On évoquait les atteintes à la vie privée. Celles qui venaient de frapper le président de la République. Le président du Front national rappela celles qui frappèrent Le Pen et sa famille, sans susciter aucune émotion. Me Marine Le Pen hochait la tête, avec tristesse. Cela serrait le cœur.
M C National Hebdo du 17 au 23 novembre 1994
Dimanche, à L'Heure de vérité, Jean-Marie Le Pen a brillamment réussi son retour. On aurait pu craindre le manque d'entraînement. il y avait deux ans que M. de Virieu ne l'avait invité, tandis qu'il recevait quatre fois M. de Villiers. (Tous les hommes sont égaux, mais certains le sont plus que d'autres ... ) L'aisance devant les caméras vient souvent de l'habitude. Mais Jean-Marie Le Pen parut tout de suite chez lui chez eux, comme s'il avait quitté le studio la veille. Le propre des grands champions est d'être toujours à l'heure aux rendez-vous importants de la saison.
On n'en dira pas autant de ses interlocuteurs. Le moins mauvais fut Alain Duhamel.
Ce vieux routier n'était pourtant pas à son affaire. Son sourire professionnel était crispé. Tout en surveillant son adversaire, il jetait de gauche et de droite des regards inquiets. Il avait peur de se retrouver en caleçon. Devant une assistance que l'on devinait moqueuse et à l'affût, c'eût été cruel.
Mais non. Le duel fut correct, mais écrasant. Il n'y a pas de meilleurs arguments que la vérité et l'évidence. Or il est vrai et évident que le président du Front national n'a jamais eu plus de chances qu'en 1995 d'être présent au second tour, et qu'il est le seul à proposer une politique essentiellement différente de celle des autres. M. Delors, Balladur, Chirac, voire Giscard, Barre ou Millon ne sont que les branches du même arbre.
M. Colombani, l'oblique et suffisant directeur du Monde arborait ses couleurs : il était jaune. Chafouin et contourné, il avait préparé son piège. Quelle Europe préférez-vous, M. Le Pen ? Une Europe à l'anglaise, libre-échangiste, ou une Europe supranationale, à l'allemande, issue de Maastricht ?
Il fut aussitôt renvoyé dans ses buts, sans violence mais avec force. Jean-Marie Le Pen était pour une Europe à la française. Rien ne prouvait qu'une Europe fédérale, ou qu'une Europe libre-échangiste favorisent nos intérêts. Au contraire. En tout cas, le Front national ne voulait pas d'une Europe, première plate-forme du mondialisme, qui prétend nous interdire de garder nos frontières et de savoir qui nous devons ou ne devons pas accepter sur notre sol. C'était net, simple, sans bavure ni ambiguïté.
L'ancien porte-coton de Mme Sinclair s'assombrissait. De jaune il virait au gris. Il devait regretter la presse écrite, aux joies plus discrètes, moins flatteuse pour l'audience, mais moins pénible aussi.
Enfin il y avait une nouvelle, enfin, une nouvelle ... une nouvelle recrue de M. de Virieu que je ne connaissais pas : Elisabeth Schemla. Du Nouvel Observateur. On aurait pu s'en douter.
Elisabeth Schemla montrait un visage ingrat et sombre. Même au début du round, elIe avait l'air du vieux boxeur qui a fait un match de trop. Elle portait le poids d'un sur-entraînement. Elle s'était trop préparée. Elle avait lu toute la littérature anti-Le Pen. C'est copieux et lourd. Pour trouver l'ignominie de la pensée nationaliste, elle avait dépêché un coursier 5 rue d'Amboise acheter les 50 derniers numéros de Présent. Elle croyait donc être armée. Ce fut désarmant...
On avait dit à Elisabeth Schemla que Le Pen était moins fort sur les chiffres que sur les lettres. Elle attaqua donc, en férocité, et se retrouva devant des tableaux-graphiques où des courbes, qui étaient des droites (au menton), fixaient le naufrage de la Ve République.
Ecoeurée, elle se rabattit sur l'immigration, où Jean-Marie l'attendait, ferré à glace. Quand il parut à tous qu'une des conditions de l'abaissement du nombre des chômeurs passait par l'abaissement du nombre des émigrés, Elisabeth Schemla préféra rentrer à la maison en grommelant :
- C'est du racisme !
Evidemment. Ça, c'était sans réplique ! La salle gloussait. Marie-France Stirbois était rayonnante. Mais j'ai surtout été frappée par le visage grave de Me Marine Le Pen. On évoquait les atteintes à la vie privée. Celles qui venaient de frapper le président de la République. Le président du Front national rappela celles qui frappèrent Le Pen et sa famille, sans susciter aucune émotion. Me Marine Le Pen hochait la tête, avec tristesse. Cela serrait le cœur.
M C National Hebdo du 17 au 23 novembre 1994
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