Alexandre SOLJENITSYNE

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MD12
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Alexandre SOLJENITSYNE

Messagepar MD12 » 06/08/2008 - 5:38

lundi 04 août 2008
Alexandre SOLJENITSYNE : Vechnaïa Pamiat (Mémoire éternelle !)

Communiqué de Presse de Bruno GOLLNISCH, Vice-Président exécutif du FN :


La mort du grand écrivain russe Alexandre Soljenitsyne, prix Nobel de littérature, rappellera du moins son existence à bien des médias occidentaux, qui n’avaient pas attendu cet événement pour l’enterrer.

Il a dérangé par sa révélation de l’horreur du communisme dans ses remarquables fresques historiques, ses romans, ses essais. Pourtant, ne serait-ce que depuis l’affaire Kravchenko, tout cela était parfaitement connaissable avant même l’Archipel du Goulag.

Mais encore aujourd’hui en France, avoir été communiste ou gauchiste est une référence morale, comme en témoigne le délirant panégyrique de mai 68 il y a 3 mois, ou la complaisance à l’égard de Besancenot. Le procès de Nuremberg du communisme n’a pas eu lieu. Sa rhétorique domine encore.

On a encore moins écouté Soljenitsyne dans son patriotisme pourtant pacifique, sa quête de spiritualité, son retour aux valeurs chrétiennes, sa critique des abus de nos sociétés libérales (Discours aux Américains). Pas plus à l’Ouest qu’à l’Est, aucune calomnie ne lui a été épargnée, y compris, bien sûr, celle d’antisémitisme !

Alexandre Soljenitsyne fut la figure la plus connue des dissidents : ces intellectuels en butte à l’hostilité de toutes les forces du Système. Les patriotes français que nous sommes, dissidents dans leur propre pays, confrontés à un totalitarisme paré de fausse démocratie, exclus de la représentation politique, persécutés moralement, professionnellement, judiciairement, le saluent. Puissions-nous comme il l’a fait vaincre un jour l’actuelle imposture.

Source -
http://www.frontnational.com

Kevin
"Les racines de l'apostasie moderne réside dans l'athéisme scientifique, le matérialisme dialectique, rationalisme, illuminisme, la laïcité et la franc-maçonnerie, qui est la mère de tous." - Pape Pie XII -

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Re: Alexandre SOLJENITSYNE

Messagepar MD12 » 06/08/2008 - 5:40

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Re: Alexandre SOLJENITSYNE

Messagepar ubbo26 » 06/08/2008 - 5:41

Paix à son âme

supergaulois
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Re: Alexandre SOLJENITSYNE

Messagepar supergaulois » 06/08/2008 - 10:11

Bizarre, nous n'entendons pas en France la gauche et l'extrême gauche :wink:

Paix à son âme ! :pale:

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Re: Alexandre SOLJENITSYNE

Messagepar zemmourien » 06/08/2008 - 10:33

supergaulois a écrit :Bizarre, nous n'entendons pas en France la gauche et l'extrême gauche :wink:

Paix à son âme ! :pale:


Si ! Nous avons entendu le pcf dénonçant Alexandre SOLJENITSYNE de grand dénonciateur !!!

Heureusement que ce n'est pas le FN qui a dit ça ! Tous les merdias seraient horrifiés !!!

Paix à son âme !
"L’ « homo économicus », l’homme nouveau de l’ère mondialiste est une créature robotisée, lobotomisée issue d’une idéologie libérale libertaire, l’enfant illégitime d’Alain Madelin et de Cohn-Bendit, un petit monstre suintant d’égoïsme et d’égocentrisme." Marine le pen à l'université d'été du FN 2008
Du grand De Beketch c'est iCi ou iCi
Une vidéothèque très complète du FN c'est =>ICI

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Re: Alexandre SOLJENITSYNE

Messagepar Prodeo » 06/08/2008 - 19:44

.
Merci à Bruno Gollnisch pour cet émouvant témoignage qui rend un hommage appuyé à la mémoire ce cet homme extraordinaire à tout point de vue.

Jamais je n'oublierai son intervention en Vendée, lors de sa venue en France au moment des commémorations révolutionnaires de 1989, pour tenir un énième discours dissident nous rappelant que la révolution russe était fille de la révolution française.

Je salue son courage et son immense stature d'homme libre et digne.

J'invite tous les Français à lire ses oeuvres, qui constituent un témoignage poignant pour notre temps et pour le développement de notre intelligence.

Prions pour sa mémoire et pour que son témoignage perdure pour les siècles à venir.

:salut1: :medaillef: :goln:

NB : Veuillez m'oter un doute ! Il semblerait qu'aucune personnalité du gouvernement français ne doit se rendre à ses obsèques. Est-ce exact ?
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Re: Alexandre SOLJENITSYNE

Messagepar G-B » 06/08/2008 - 21:40

NB : Veuillez m'oter un doute ! Il semblerait qu'aucune personnalité du gouvernement français ne doit se rendre à ses obsèques. Est-ce exact ?


Cher Prodeo, les membres du gouvernement saltimbanque, sont trop occupés... Ailleurs... Voir ici >>>Click ici :twisted:

Ceci dit, que ce grand homme repose en paix.
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supergaulois
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Re: Alexandre SOLJENITSYNE

Messagepar supergaulois » 06/08/2008 - 22:31

les membres du gouvernement fantome sont tous en vacances, par exemple personne ne bouge pour ceux qui ont tout perdus avec la tornade :?

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Re: Alexandre SOLJENITSYNE

Messagepar G-B » 06/08/2008 - 22:58

supergaulois a écrit :les membres du gouvernement fantome sont tous en vacances, par exemple personne ne bouge pour ceux qui ont tout perdus avec la tornade :?



si si, il y a Hamide :clown: >>>

Tornade dans le Nord : Un Ch'ti s'engage auprès des Ch'tis...


>>>>Lire la suite :clown:

Il cherche plus de pub encore...
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Re: Alexandre SOLJENITSYNE

Messagepar Christophe74 » 06/08/2008 - 23:05

G-B a écrit :
supergaulois a écrit :les membres du gouvernement fantome sont tous en vacances, par exemple personne ne bouge pour ceux qui ont tout perdus avec la tornade :?

si si, il y a Hamide :clown: >>>

Tornade dans le Nord : Un Ch'ti s'engage auprès des Ch'tis...

>>>>Lire la suite :clown:

Il cherche plus de pub encore...

Il est peut être sincère... On peut attendre quelques instants avant de décrier systématiquement chaque initiative... Je rappelle que je n'ai pas du tout apprécié son film...

Même si DB a pu me faire rire par ailleurs. Il a peut être conscience d'avoir eu un coup de bol financier au delà de ses propres espérances et vouloir aider ses pauvres gens ayant perdu leur toit... et d'autres la vie durant la tornade.
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Re: Alexandre SOLJENITSYNE

Messagepar G-B » 06/08/2008 - 23:09

:mortderire: :mortderire: :mortderire: Tu me fais trop marrer toi désormais...
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Re: Alexandre SOLJENITSYNE

Messagepar Christophe74 » 06/08/2008 - 23:16

G-B a écrit ::mortderire: :mortderire: :mortderire: Tu me fais trop marrer toi désormais...


C'est toujours ça de pris ! :lol: :lol: :lol: :lol: :mrgreen: :mrgreen: :mrgreen: :mrgreen:
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Re: Alexandre SOLJENITSYNE

Messagepar Christophe74 » 07/08/2008 - 6:58

Pour revenir au sujet...

http://www.romandie.com/afp/francais/jo ... sfc90s.asp

Soljenitsyne enterré au monastère Donskoï, une rue de Moscou portera son nom

MOSCOU (AFP) - Alexandre Soljenitsyne a été inhumé mercredi à Moscou en présence d'une foule compacte venue le saluer une dernière fois, et déjà le président Dmitri Medvedev a demandé qu'une rue de la capitale russe porte son nom, entre autres mesures officielles pour honorer sa mémoire.

La dépouille du prix Nobel de littérature, qui avait été interné huit ans au Goulag, a été portée en terre à la mi-journée, sous un ciel gris, près d'une petite chapelle dans le monastère Donskoï. Trois salves ont alors été tirées par des soldats, alignés un peu à l'écart.

Les forces de l'ordre déployées en nombre ne sont pas parvenues à contenir les centaines de personnes présentes lorsque le cortège funèbre s'est ébranlé hors de la Grande cathédrale aux bulbes noirs vers le cimetière, à une centaine de mètres de là.

Auparavant, un service religieux s'était déroulé à l'intérieur de l'église, où Alexandre Soljenitsyne reposait entre deux gigantesques colonnes, au milieu des abondantes dorures des icônes, un immense lustre suspendu au-dessus de lui.

Des femmes, la tête recouverte d'un foulard, souvent un bouquet de fleurs ou un cierge allumé à la main, des hommes de tous âges, en costume sombre, ont défilé devant la cercueil.

Dmitri Medvedev, qui avait interrompu pour la circonstance ses vacances à bord d'un bateau sur la Volga, a pour sa part discrètement emprunté une entrée latérale : il s'est incliné devant le corps, sur lequel il a déposé un bouquet de roses rouges, et a adressé ses condoléances à la veuve de l'écrivain, Natalia Soljenitsyna.

© AFP
Dmitri Medvedev et Natalia Soljenitsyna le 6 août 2008 aux funérailles d'Alexandre Soljenitsyne
© AFP Mikhail Klimentyev
Le même jour, le chef de l'Etat a signé un décret recommandant de baptiser du nom d'Alexandre Soljenitsyne "une des rues de Moscou" et de prendre "des mesures" pour perpétuer sa mémoire à Kislovodsk (Caucase), où il est né le 11 décembre 1918, et à Rostov-sur-le-Don (sud-ouest) où il a vécu et fait ses études.

Le Premier ministre, Vladimir Poutine, a néanmoins largement éclipsé Dmitri Medvedev, qui lui a succédé en mai au Kremlin, dans l' hommage officiel à l'écrivain, décédé dimanche soir à Moscou à l'âge de 89 ans.

La visite du maire de Moscou Iouri Loujkov au monastère Donskoï a été presque plus remarquée. "C'est une personne unique. Il a eu un destin à la fois heureux et tragique, je dirais même plus heureux que tragique : il est revenu dans la patrie", a-t-il à cette occasion déclaré.

Alexandre Soljenitsyne avait personnellement choisi le monastère Donskoï, bâti au XVIe siècle, comme dernière demeure. Il y reposera près de figures connues de la Russie antibolchevique, dont le général tsariste Anton Dénikine et le philosophe Ivan Ilyne.

"Il est le père ou le frère de tous les prisonniers politiques. De tels hommes ne meurent pas. Ses idées restent vivantes", a estimé Vitold Abankine, ancien prisonnier politique venu de Rostov-sur-le-Don pour les funérailles.

Un office religieux a également été célébré mercredi midi à la mémoire d'Alexandre Soljenitsyne à Belgrade. Une cérémonie à l'appel de la diaspora russe devait en outre avoir lieu à Paris.

Pourfendeur de l'univers concentrationnaire soviétique, l'auteur d'"Une journée d'Ivan Denissovitch" et de "L'Archipel du goulag" , qui fut expulsé d'URSS en 1974, avant de revenir en Russie vingt ans plus tard, a été qualifié dans son pays de conscience du XXe siècle.

Télévisions et discours officiels ont toutefois largement omis l'horreur des camps qu'il avait révélée au monde dans toute son ampleur, pour se concentrer sur l'hommage au "grand patriote".



Mise à jour le 6 août 2008 à 17h02
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Re: Alexandre SOLJENITSYNE

Messagepar Prodeo » 07/08/2008 - 17:28

Le jeudi 07 août 2008

Le séjour laurentien de Soljenitsyne

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Alexandre Soljenitsyne et son hôte, Alexander Schmemann (à gauche), lors d'une de leurs promenades au bord du lac Labelle, en mai 1974. (Photo Serge Schmemann)

Agnès Gruda - La Presse

Avant de s'installer au Vermont où il a vécu un exil de 20 ans, l'écrivain russe Alexandre Soljenitsyne - dont les obsèques ont eu lieu hier à Moscou - avait envisagé de s'établir à Labelle, dans les Laurentides, où il passé trois jours au printemps 1974. Un journaliste qui lui avait à l'époque servi de cuisinier se souvient de sa rencontre avec le monument de la littérature russe.

En mai 1974, Serge Schmemann a reçu un appel de son père Alexander lui demandant de le rejoindre à sa maison d'été de Labelle, dans les Laurentides. Il avait besoin d'un coup de main pour recevoir un invité de marque : l'écrivain russe Alexandre Soljenitsyne.

L'homme qui a révélé au monde l'univers du goulag soviétique venait d'être expulsé de son pays et cherchait un endroit tranquille où s'établir en Amérique du Nord. « Il a envisagé d'acheter une maison à Labelle et nous avons visité quelques propriétés avec lui », se rappelle Serge Schmemann, joint mardi dans sa maison familiale de Labelle.

Mais si Soljenitsyne avait tenu à se rendre dans ce petit village méconnu des Laurentides, c'était surtout pour discuter avec son compatriote Alexander Schmemann, un prêtre orthodoxe dont les sermons hebdomadaires étaient diffusés par Radio Liberté.

Serge Schmemann n'avait pas 30 ans quand son père lui a demandé de servir de cuisinier et de chauffeur pour son illustre invité. Soljenitsyne avait des besoins modestes : des pommes de terre aux oignons faisaient son bonheur. « Ça tombait bien, j'étais un mauvais cuisinier », dit Serge Schmemann qui a mené, depuis, une carrière de journaliste international.

En ce printemps 1974, Soljenitsyne avait déjà publié ses oeuvres les plus importantes, dont les premiers tomes de L'archipel du Goulag où il documente le système carcéral soviétique. C'est d'ailleurs la publication de cet ouvrage qui lui a valu d'être chassé de Russie et déchu de sa citoyenneté soviétique.

Très impressionné de rencontrer un écrivain qui était, à l'époque, au faîte de sa gloire, Serge Schmemann a été frappé par son intensité. À l'époque, Soljenitsyne était un quinquagénaire énergique, qui marchait d'un pas rapide, prenait beaucoup de notes et n'oubliait jamais d'écouter les nouvelles russes sur BBC World.

« Je pensais qu'il finirait par s'asseoir, par relaxer un peu, mais non, il était constamment en action, il inondait mon père de questions.»

Ce qui l'intéressait ? « Les personnalités de l'émigration russe, l'église orthodoxe, il essayait de rétablir la continuité d'une histoire interrompue en 1917.» En revanche, l'écrivain se montrait indifférent face à tout ce qui ne concernait pas son pays. Et tout se rapportait à la Russie. Les oiseaux canadiens ne chantent pas aussi bien que les oiseaux russes, a-t-il fait remarquer à ses hôtes...

Le prêtre et l'écrivain étaient loin de s'entendre sur tout. « Mon père ne partageait pas le nationalisme de Soljenitsyne », souligne Serge Schmemann. Quelques années avant sa mort, Alexander Schmemann a d'ailleurs écrit un article critique des idées de l'écrivain. L'auteur d'Une journée d'Ivan Denissovitch ne le lui a pas pardonné : il n'a plus jamais donné de nouvelles.

« Soljenitsyne croyait qu'il allait sauver la Russie. Sa tragédie, c'est que c'est en digérant son expérience du Goulag qu'il a écrit ses meilleures oeuvres. Mais quand il a commencé à publier des textes théoriques, les gens ne le suivaient plus. Le grand écrivain était un bien mauvais prophète », résume Serge Schmemann.

Né en exil, élevé à New York, le journaliste a longtemps travaillé comme correspondant à Moscou où il a pu couvrir le retour de Soljenitsyne dans les années 90, après la chute de l'URSS. Avec le recul, il s'étonne que le grand documentaliste du Goulag ne se soit jamais battu pour soutenir d'autres victimes de la répression soviétique, préférant ignorer ce passé douloureux que la Russie contemporaine tend, aujourd'hui, à occulter.

Mais surtout, dans la Russie postcommuniste, Soljenitsyne a perdu sa pertinence. « À une époque, pendant une émission qu'il animait à la télévision, il a passé une demi-heure à chercher un livre, à se demander sur quelle étagère il avait bien pu le poser. L'émission a été retirée des ondes. On a dit que c'était en raison d'un conflit d'opinions. Mais c'est plutôt parce qu'elle était terriblement mauvaise », se rappelle Serge Schmemann.

Ce dernier vit aujourd'hui à Paris où il écrit pour le New York Times et l'International Herald Tribune, ce qui ne l'empêche pas de passer encore tous ses étés à Labelle. Quel héritage laissera donc Soljenitsyne à ses compatriotes, selon Serge Schmemann ? « Les Russes finiront par lui pardonner ce qu'il est devenu », prévoit-il.

Ce qu'il a écrit sur Montréal...

L'exil d'Alexandre Soljenitsyne l'a aussi brièvement mené à Montréal, une ville dont il n'a pas gardé un excellent souvenir. Voici ce que lui a inspiré la métropole québécoise:

« Ce que j'aperçus en premier fut Montréal et, vue du haut des airs, la ville me parut horrible, impossible d'imaginer plus affreux. Cette rencontre ne promettait rien au coeur. Et les jours suivants, où j'y errai au hasard, confirmèrent cette impression. Le monstrueux pont Jacques-Cartier, de métal vert, tout tremblant de trafic automobile sur ses huit voies, sous lequel j'aurais dû passer si j'étais arrivé en bateau; et, tout de suite après, j'aurais vu les fumées sans joie de la brasserie avec son toit où flottent des drapeaux; et l'alignement des quais industriels en béton à ce point inhumains que, dans une île du fleuve, les restes d'un vieux bâtiment mi-caserne mi-prison vous réjouissent l'oeil comme quelque chose de vivant. Puis, plus au coeur de la ville, la tour noire de la radio canadienne suivie du groupe absurde et serré des gratte-ciel en forme de boîtes plantés au milieu d'immenses espaces urbains. Montréal aspirait à imiter les « mégalopoles » d'Amérique, mais sans en être capable.»

Source : CyberPress.ca
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Re: Alexandre SOLJENITSYNE

Messagepar Prodeo » 12/08/2008 - 5:09

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Re: Alexandre SOLJENITSYNE

Messagepar Prodeo » 17/10/2008 - 15:21

.
Grâce à un ami de "Belgique & Chrétienté", j'ai retrouvé l'allocution qu'Alexandre Soljenitsyne a fait lors de son passage en France aux Lucs-sur-Boulogne.
http://belgiqueetchretiente.hautetfort. ... tionn.html

Finalement, je choisi une version complète indiquée par d'autres amis :

http://www.sedcontra.fr/Politique/Disco ... endee.html

« M. le président du Conseil général de la Vendée, chers Vendéens,

Il y a deux tiers de siècle, l'enfant que j’étais lisait déjà avec admiration dans les livres les récits évoquant le soulèvement de la Vendée, si courageux, si désespéré. Mais jamais je n'aurais pu imaginer, fût-ce en rêve, que, sur mes vieux jours, j'aurais l'honneur d'inaugurer le monument en l'honneur des héros des victimes de ce soulèvement.

Vingt décennies se sont écoulées depuis : des décennies diverses selon les divers pays. Et non seulement en France, mais aussi ailleurs, le soulèvement vendéen et sa répression sanglante ont reçu des éclairages constamment renouvelés. Car les événements historiques ne sont jamais compris pleinement dans l'incandescence des passions qui les accompagnent, mais à bonne distance, une fois refroidis par le temps.

Longtemps, on a refusé d'entendre et d'accepter ce qui avait été crié par la bouche de ceux qui périssaient, de ceux que l'on brûlait vifs, des paysans d'une contrée laborieuse pour lesquels la Révolution semblait avoir été faite et que cette même révolution opprima et humilia jusqu'à la dernière extrêmité.

Eh bien oui, ces paysans se révoltèrent contre la Révolution. C’est que toute révolution déchaîne chez les hommes, les instincts de la plus élémentaire barbarie, les forces opaques de l'envie, de la rapacité et de la haine, cela, les contemporains l'avaient trop bien perçu. Ils payèrent un lourd tribut à la psychose générale lorsque le fait de se comporter en homme politiquement modéré - ou même seulement de le paraître - passait déjà pour un crime.

C'est le XXe siècle qui a considérablement terni, aux yeux de l'humanité, l'auréole romantique qui entourait la révolution au XVIIIe. De demi-siècles en siècles, les hommes ont fini par se convaincre, à partir de leur propre malheur, que les révolutions détruisent le caractère organique de la société, qu'elles ruinent le cours naturel de la vie, qu'elles annihilent les meilleurs éléments de la population, en donnant libre champ aux pires. Aucune révolution ne peut enrichir un pays, tout juste quelques débrouillards sans scrupules sont causes de mort innombrables, d'une paupérisation étendue et, dans les cas les plus graves, d'une dégradation durable de la population.

Le mot révolution lui-même, du latin revolvere, signifie rouler en arrière, revenir, éprouver à nouveau, rallumer. Dans le meilleur des cas, mettre sens dessus dessous. Bref, une kyrielle de significations peu enviables. De nos jours, si de par le monde on accole au mot révolution l'épithète de «grande», on ne le fait plus qu'avec circonspection et, bien souvent, avec beaucoup d'amertume.
Désormais, nous comprenons toujours mieux que l'effet social que nous désirons si ardemment peut être obtenu par le biais d'un développement évolutif normal, avec infiniment moins de pertes, sans sauvagerie généralisée. II faut savoir améliorer avec patience ce que nous offre chaque aujourd'hui. II serait bien vain d'espérer que la révolution puisse régénérer la nature humaine. C'est ce que votre révolution, et plus particulièrement la nôtre, la révolution russe, avaient tellement espéré.

La Révolution française s'est déroulée au nom d'un slogan intrinsèquement contradictoire et irréalisable : liberté, égalité, fraternité. Mais dans la vie sociale, liberté et égalité tendent à s'exclure mutuellement, sont antagoniques l'une de l'autre ! La liberté détruit l'égalité sociale - c'est même là un des rôles de la liberté -, tandis que l'égalité restreint la liberté, car, autrement, on ne saurait y atteindre. Quant à la fraternité, elle n'est pas de leur famille. Ce n'est qu'un aventureux ajout au slogan et ce ne sont pas des dispositions sociales qui peuvent faire la véritable fraternité. Elle est d'ordre spirituel.

Au surplus, à ce slogan ternaire, on ajoutait sur le ton de la menace : « ou la mort », ce qui en détruisait toute la signification. Jamais, à aucun pays, je ne pourrais souhaiter de grande révolution. Si la révolution du XVIIIe siècle n'a pas entraîné la ruine de la France, c'est uniquement parce qu'eut lieu Thermidor.

La révolution russe, elle, n'a pas connu de Thermidor qui ait su l'arrêter. Elle a entraîné notre peuple jusqu'au bout, jusqu'au gouffre, jusqu'à l'abîme de la perdition. Je regrette qu'il n'y ait pas ici d'orateurs qui puissent ajouter ce que l'expérience leur a appris, au fin fond de la Chine, du Cambodge, du Vietnam, nous dire quel prix ils ont payé, eux, pour la révolution. L'expérience de la Révolution française aurait dû suffire pour que nos organisateurs rationalistes du bonheur du peuple en tirent les leçons. Mais non ! En Russie, tout s'est déroulé d'une façon pire encore et à une échelle incomparable.

De nombreux procédés cruels de la Révolution française ont été docilement appliqués sur le corps de la Russie par les communistes léniniens et par les socialistes internationalistes. Seul leur degré d'organisation et leur caractère systématique ont largement dépassé ceux des jacobins. Nous n'avons pas eu de Thermidor, mais - et nous pouvons en être fiers, en notre âme et conscience - nous avons eu notre Vendée. Et même plus d'une. Ce sont les grands soulèvements paysans, en 1920-21. J'évoquerai seulement un épisode bien connu : ces foules de paysans, armés de bâtons et de fourches, qui ont marché sur Tanbow, au son des cloches des églises avoisinantes, pour être fauchés par des mitrailleuses. Le soulèvement de Tanbow s'est maintenu pendant onze mois, bien que les communistes, en le réprimant, aient employé des chars d'assaut, des trains blindés, des avions, aient pris en otages les familles des révoltés et aient été à deux doigts d'utiliser des gaz toxiques. Nous avons connu aussi une résistance farouche au bolchévisme chez les Cosaques de l'Oural, du Don, étouffés dans les torrents de sang. Un véritable génocide.

En inaugurant aujourd'hui le mémorial de votre héroïque Vendée, ma vue se dédouble. Je vois en pensée les monuments qui vont être érigés un jour en Russie, témoins de notre résistance russe aux déferlements de la horde communiste. Nous avons traversé ensemble avec vous le XXe siècle. De part en part un siècle de terreur, effroyable couronnement de ce progrès auquel on avait tant rêvé au XVIIIe siècle. Aujourd'hui, je le pense, les Français seront de plus en plus nombreux à mieux comprendre, à mieux estimer, à garder avec fierté dans leur mémoire la résistance et le sacrifice de la Vendée ».

Alexandre SOLJÉNITSYNE

____________
(Extrait de « La peste et le choléra – Marx, Hitler et leurs héritiers », F.M Algoud & D.Dutonnerre, Éditions de Chiré B.P.1 86190 CHIRÉ-EN-MONTREUIL)
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Re: Alexandre SOLJENITSYNE

Messagepar Prodeo » 06/02/2009 - 23:28

.
Le 8 juin 1978, il y a tout juste 30 ans, Alexandre Soljenitsyne, expulsé 4 années plus tôt de l'Union Soviétique, suite à la publication de son livre "l'Archipel du goulag" où il dénonce les abus du système concentrationnaire soviétique, va prononcer un discours resté mémorable dans les murs de la prestigieuse université américain d'Harvard, haut lieu de la formation des élites du monde entier. Ce discours aux accents prophétiques n'a rien perdu de son actualité. Jugez-en plutôt à la lecture de ces extraits !


Le déclin du courage

Le déclin du courage est peut-être le trait le plus saillant de l'Ouest aujourd'hui pour un observateur extérieur. Le monde occidental a perdu son courage civique, à la fois dans son ensemble et singulièrement, dans chaque pays, dans chaque gouvernement, dans chaque pays, et bien sûr, aux Nations Unies. Ce déclin du courage est particulièrement sensible dans la couche dirigeante et dans la couche intellectuelle dominante, d'où l'impression que le courage a déserté la société toute entière. Bien sûr, il y a encore beaucoup de courage individuel, mais ce ne sont pas ces gens là qui donnent sa direction à la vie de la société. Les fonctionnaires politiques et intellectuels manifestent ce déclin, cette faiblesse, cette irrésolution dans leurs actes, leurs discours et plus encore, dans les considérations théoriques qu'ils fournissent complaisamment pour prouver que cette manière d'agir, qui fonde la politique d'un Etat sur la lâcheté et la servilité, est pragmatique, rationnelle et justifiée, à quelque hauteur intellectuelle et même morale qu'on se place...

Le bonheur triste

Quand les Etats occidentaux modernes se sont formés, fut posé comme principe que les gouvernements avaient pour vocation de servir l'homme, et que la vie de l'homme était orientée vers la liberté et la recherche du bonheur (en témoigne la déclaration américaine d'Indépendance.)Aujourd'hui, enfin, les décennies passées de progrès social et technique ont permis la réalisation de ces aspirations : un Etat assurant le bien-être général. Chaque citoyen s'est vu accorder la liberté tant désirée, et des biens matériels en quantité et en qualité propres à lui procurer, en théorie, un bonheur complet, mais un bonheur au sens appauvri du mot, tel qu'il a cours depuis ces mêmes décennies.

Au cours de cette évolution, cependant, un détail psychologique a été négligé : le désir permanent de posséder toujours plus et d'avoir une vie meilleure, et la lutte en ce sens, ont imprimé sur de nombreux visages à l'Ouest les marques de l'inquiétude et même de la dépression, bien qu'il soit courant de cacher soigneusement de tels sentiments. Cette compétition active et intense finit par dominer toute pensée humaine et n'ouvre pas le moins du monde la voie à la liberté du développement spirituel.

L'indépendance de l'individu à l'égard de nombreuses formes de pression étatique a été garantie ; la majorité des gens ont bénéficié du bien-être, à un niveau que leurs pères et leurs grands-pères n'auraient même pas imaginé ; il est devenu possible d'élever les jeunes gens selon ces idéaux, de les préparer et de les appeler à l'épanouissement physique, au bonheur, au loisir, à la possession de biens matériels, l'argent, les loisirs, vers une liberté quasi illimitée dans le choix des plaisirs. Pourquoi devrions-nous renoncer à tout cela ? Au nom de quoi devrait-on risquer sa précieuse existence pour défendre le bien commun, et tout spécialement dans le cas douteux où la sécurité de la nation aurait à être défendue dans un pays lointain ?

Même la biologie nous enseigne qu'un haut degré de confort n'est pas bon pour l'organisme. Aujourd'hui, le confort de la vie de la société occidentale commence à ôter son masque pernicieux...

De la difficulté de faire du bien

Aujourd'hui la société occidentale nous révèle qu'il règne une inégalité entre la liberté d'accomplir de bonnes actions et la liberté d'en accomplir de mauvaises. Un homme d'Etat qui veut accomplir quelque chose d'éminemment constructif pour son pays doit agir avec beaucoup de précautions, avec timidité pourrait-on dire. Des milliers de critiques hâtives et irresponsables le heurtent de plein fouet à chaque instant. Il se trouve constamment exposé aux traits du Parlement, de la presse. Il doit justifier pas à pas ses décisions, comme étant bien fondées et absolument sans défauts. Et un homme exceptionnel, de grande valeur, qui aurait en tête des projets inhabituels et inattendus, n'a aucune chance de s'imposer : d'emblée on lui tendra mille pièges. De ce fait, la médiocrité triomphe sous le masque des limitations démocratiques...

Du mauvais usage de la liberté

D'un autre côté, une liberté destructrice et irresponsable s'est vue accorder un espace sans limite. Il s'avère que la société n'a plus que des défenses infimes à opposer à l'abîme de la décadence humaine, par exemple en ce qui concerne le mauvais usage de la liberté en matière de violence morale faites aux enfants, par des films tout pleins de pornographie, de crime, d'horreur. On considère que tout cela fait partie de la liberté, et peut être contrebalancé, en théorie, par le droit qu'ont ces mêmes enfants de ne pas regarder et de refuser ces spectacles. L'organisation légaliste de la vie a prouvé ainsi son incapacité à se défendre contre la corrosion du mal. (...)

L'évolution s'est faite progressivement, mais il semble qu'elle ait eu pour point de départ la bienveillante conception humaniste selon laquelle l'homme, maître du monde, ne porte en lui aucun germe de mal, et tout ce que notre existence offre de vicié est simplement le fruit de systèmes sociaux erronés qu'il importe d'amender. Et pourtant, il est bien étrange de voir que le crime n'a pas disparu à l'Ouest, alors même que les meilleurs conditions de vie sociale semblent avoir été atteintes. Le crime est même bien plus présent que dans la société soviétique, misérable et sans loi. (...)

L'Occident : un modèle.. ? De quoi ?

Il est universellement admis que l'Ouest montre la voie au monde entier vers le développement économique réussi, même si dans les dernières années il a pu être sérieusement entamé par une inflation chaotique. Et pourtant, beaucoup d'hommes à l'Ouest ne sont pas satisfaits de la société dans laquelle ils vivent. Ils la méprisent, ou l'accusent de plus être au niveau de maturité requis par l'humanité. Et beaucoup sont amenés à glisser vers le socialisme, ce qui est une tentation fausse et dangereuse. J'espère que personne ici présent ne me suspectera de vouloir exprimer une critique du système occidental dans l'idée de suggérer le socialisme comme alternative. Non, pour avoir connu un pays où le socialisme a été mis en oeuvre, je ne prononcerai pas en faveur d'une telle alternative. (...)

Mais si l'on me demandait si, en retour, je pourrais proposer l'Ouest, en son état actuel, comme modèle pour mon pays, il me faudrait en toute honnêteté répondre par la négative. Non, je ne prendrais pas votre société comme modèle pour la transformation de la mienne. On ne peut nier que les personnalités s'affaiblissent à l'Ouest, tandis qu'à l'Est elles ne cessent de devenir plus fermes et plus fortes. Bien sûr, une société ne peut rester dans des abîmes d'anarchie, comme c'est le cas dans mon pays. Mais il est tout aussi avilissant pour elle de rester dans un état affadi et sans âme de légalisme, comme c'est le cas de la vôtre. Après avoir souffert pendant des décennies de violence et d'oppression, l'âme humaine aspire à des choses plus élevées, plus brûlantes, plus pures que celles offertes aujourd'hui par les habitudes d'une société massifiée, forgées par l'invasion révoltante de publicités commerciales, par l'abrutissement télévisuel, et par une musique intolérable.

Tout cela est sensible pour de nombreux observateurs partout sur la planète. Le mode de vie occidental apparaît de moins en moins comme le modèle directeur. Il est des symptômes révélateurs par lesquels l'histoire lance des avertissements à une société menacée ou en péril. De tels avertissements sont, en l'occurrence, le déclin des arts, ou le manque de grands hommes d'Etat. Et il arrive parfois que les signes soient particulièrement concrets et explicites. Le centre de votre démocratie et de votre culture est-il privé de courant pendant quelques heures, et voilà que soudainement des foules de citoyens Américains se livrent au pillage et au grabuge. C'est que le vernis doit être bien fin, et le système social bien instable et mal en point.

La vraie cause du déclin de l'Occident :

Mais le combat pour notre planète, physique et spirituel, un combat aux proportions cosmiques, n'est pas pour un futur lointain ; il a déjà commencé. Les forces du Mal ont commencé leur offensive décisive. Vous sentez déjà la pression qu'elles exercent, et pourtant, vos écrans et vos écrits sont pleins de sourires sur commande et de verres levés. Pourquoi toute cette joie ?

Comment l'Ouest a-t-il pu décliner, de son pas triomphal à sa débilité présente ? A-t-il connu dans son évolution des points de non-retour qui lui furent fatals, a-t-il perdu son chemin ? Il ne semble pas que cela soit le cas. L'Ouest a continué à avancer d'un pas ferme en adéquation avec ses intentions proclamées pour la société, main dans la main avec un progrès technologique étourdissant. Et tout soudain il s'est trouvé dans son état présent de faiblesse. Cela signifie que l'erreur doit être à la racine, à la fondation de la pensée moderne. Je parle de la vision du monde qui a prévalu en Occident à l'époque moderne. Je parle de la vision du monde qui a prévalu en Occident, née à la Renaissance, et dont les développements politiques se sont manifestés à partir des Lumières. Elle est devenue la base da la doctrine sociale et politique et pourrait être appelée l'humanisme rationaliste, ou l'autonomie humaniste : l'autonomie proclamée et pratiquée de l'homme à l'encontre de toute force supérieure à lui. On peut parler aussi d'anthropocentrisme : l'homme est vu au centre de tout.

Historiquement, il est probable que l'inflexion qui s'est produite à la Renaissance était inévitable. Le Moyen Age en était venu naturellement à l'épuisement, en raison d'une répression intolérable de la nature charnelle de l'homme en faveur de sa nature spirituelle. Mais en s'écartant de l'esprit, l'homme s'empara de tout ce qui est matériel, avec excès et sans mesure. La pensée humaniste, qui s'est proclamée notre guide, n'admettait pas l'existence d'un mal intrinsèque en l'homme, et ne voyait pas de tâche plus noble que d'atteindre le bonheur sur terre. Voilà qui engagea la civilisation occidentale moderne naissante sur la pente dangereuse de l'adoration de l'homme et de ses besoins matériels. Tout ce qui se trouvait au-delà du bien-être physique et de l'accumulation de biens matériels, tous les autres besoins humains, caractéristiques d'une nature subtile et élevée, furent rejetés hors du champ d'intérêt de l'Etat et du système social, comme si la vie n'avait pas un sens plus élevé. De la sorte, des failles furent laissées ouvertes pour que s'y engouffre le mal, et son haleine putride souffle librement aujourd'hui. Plus de liberté en soi ne résout pas le moins du monde l'intégralité des problèmes humains, et même en ajoute un certain nombre de nouveaux.

Perte de la valeur fondamentale originelle

Et pourtant, dans les jeunes démocraties, comme la démocratie américaine naissante, tous les droits de l'homme individuels reposaient sur la croyance que l'homme est une créature de Dieu. C'est-à-dire que la liberté était accordée à l'individu de manière conditionnelle, soumise constamment à sa responsabilité religieuse. Tel fut l'héritage du siècle passé.

Toutes les limitations de cette sorte s'émoussèrent en Occident, une émancipation complète survint, malgré l'héritage moral de siècles chrétiens, avec leurs prodiges de miséricorde et de sacrifice. Les Etats devinrent sans cesses plus matérialistes. L'Occident a défendu avec succès, et même surabondamment, les droits de l'homme, mais l'homme a vu complètement s'étioler la conscience de sa responsabilité devant Dieu et la société. Durant ces dernières décennies, cet égoïsme juridique de la philosophie occidentale a été définitivement réalisé, et le monde se retrouve dans une cruelle crise spirituelle et dans une impasse politique. Et tous les succès techniques, y compris la conquête de l'espace, du Progrès tant célébré n'ont pas réussi à racheter la misère morale dans laquelle est tombé le XXe siècle, que personne n'aurait pu encore soupçonner au XIXe siècle.

Effets et développements historiques de l'humanisme

L'humanisme dans ses développements devenant toujours plus matérialiste, il permit avec une incroyable efficacité à ses concepts d'être utilisés d'abord par le socialisme, puis par le communisme, de telle sorte que Karl Marx pût dire, en 1844, que " le communisme est un humanisme naturalisé. " Il s'est avéré que ce jugement était loin d'être faux. On voit les mêmes pierres aux fondations d'un humanisme altéré et de tout type de socialisme : un matérialisme sans frein, une libération à l'égard de la religion et de la responsabilité religieuse, une concentration des esprits sur les structures sociales avec une approche prétendument scientifique. Ce n'est pas un hasard si toutes les promesses rhétoriques du communisme sont centrées sur l'Homme, avec un grand H, et son bonheur terrestre. A première vue, il s'agit d'un rapprochement honteux : comment, il y aurait des points communs entre la pensée de l'Ouest et de l'Est aujourd'hui ? Là est la logique du développement matérialiste. (...)

L'illusion de l'humanisme

Il est une catastrophe qui pour beaucoup est déjà présente pour nous. Je veux parler du désastre d'une conscience humaniste parfaitement autonome et irréligieuse.

Elle a fait de l'homme la mesure de toutes choses sur terre, l'homme imparfait, qui n'est jamais dénué d'orgueil, d'égoïsme, d'envie, de vanité, et tant d'autres défauts. Nous payons aujourd'hui les erreurs qui n'étaient pas apparues comme telles au début de notre voyage. Sur la route qui nous a amenés de la Renaissance à nos jours, notre expérience s'est enrichie, mais nous avons perdu l'idée d'une entité supérieure qui autrefois réfrénait nos passions et notre irresponsabilité.

Nous avions placé trop d'espoirs dans les transformations politico-sociales, et il se révèle qu'on nous enlève ce que nous avons de plus précieux : notre vie intérieure. A l'Est, c'est la foire du Parti qui la foule aux pieds, à l'Ouest la foire du Commerce : ce qui est effrayant, ce n'est même pas le fait du monde éclaté, c'est que les principaux morceaux en soient atteints d'une maladie analogue. Si l'homme, comme le déclare l'humanisme, n'était né que pour le bonheur, il ne serait pas né non plus pour la mort. Mais corporellement voué à la mort, sa tâche sur cette terre n'en devient que plus spirituelle : non pas un gorgement de quotidienneté, non pas la recherche des meilleurs moyens d'acquisition, puis de joyeuse dépense des biens matériels, mais l'accomplissement d'un dur et permanent devoir, en sorte que tout le chemin de notre vie devienne l'expérience d'une élévation avant tout spirituelle : quitter cette vie en créatures plus hautes que nous n'y étions entrés.

Ultimatum pour un changement profond

Il est impératif que nous revoyions à la hausse l'échelle de nos valeurs humaines. Sa pauvreté actuelle est effarante. Il n'est pas possible que l'aune qui sert à mesurer de l'efficacité d'un président se limite à la question de combien d'argent l'on peut gagner, ou de la pertinence de la construction d'un gazoduc. Ce n'est que par un mouvement volontaire de modération de nos passions, sereine et acceptée par nous, que l'humanité peut s'élever au-dessus du courant de matérialisme qui emprisonne le monde.

Quand bien même nous serait épargné d'être détruits par la guerre, notre vie doit changer si elle ne veut pas périr par sa propre faute. Nous ne pouvons nous dispenser de rappeler ce qu'est fondamentalement la vie, la société. Est-ce vrai que l'homme est au-dessus de tout ? N'y a-t-il aucun esprit supérieur au-dessus de lui ? Les activités humaines et sociales peuvent-elles légitimement être réglées par la seule expansion matérielle ? A-t-on le droit de promouvoir cette expansion au détriment de l'intégrité de notre vie spirituelle ?

Si le monde ne touche pas à sa fin, il a atteint une étape décisive dans son histoire, semblable en importance au tournant qui a conduit du Moyen-âge à la Renaissance. Cela va requérir de nous un embrasement spirituel. Il nous faudra nous hisser à une nouvelle hauteur de vue, à une nouvelle conception de la vie, où notre nature physique ne sera pas maudite, comme elle a pu l'être au Moyen-âge, mais, ce qui est bien plus important, où notre être spirituel ne sera pas non plus piétiné, comme il le fut à l'ère moderne.

Notre ascension nous mène à une nouvelle étape anthropologique. Nous n'avons pas d'autre choix que de monter... toujours plus haut."

Source : Lepost.fr

Voir aussi : La faute à Rousseau. hautetfort.com
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« Vae caecis ducentibus, vae caecis sequentibus !

[Malheur aux aveugles qui mènent ! Malheur aux aveugles qui suivent !] » Saint Augustin.

« On sait par quelle fatalité les grands talents sont, pour l’ordinaire, plus rivaux qu’amis ; ils croissent et brillent séparés, de peur de se faire ombrage : les moutons s’attroupent, et les lions s’isolent. » Comte A. de Rivarol.

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Re: Alexandre SOLJENITSYNE : l'Archipel du Goulag

Messagepar Prodeo » 18/03/2010 - 6:51

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La vérité est belle quand elle est comprise, conquise par la souffrance. Ce qui a vocation à détruire l'homme peut au contraire l'élever. Quel paradoxe humain ! En fait Soljenitsyne comprend que l'homme n'est rien sans Dieu.

Pages terribles sur les conditions du zek, ce sous-homme de l'univers concentrationnaire stalinien, du Goulag, qui en tua par millions.

Dans l'un des chapitres de fin de ce second volet de l'Archipel, intitulé "L'âme et les barbelés, Elévation..." Soljenitsyne, alors sorti de la salle de soins où il est "traité" pour un cancer de la peau, qui vient de voir assassiner son meilleur ami, Boris Nicolaïévitch Kornfled, à coup de marteau de plâtrier, au plus profond désespoir sent au plus profond de lui un roc, la re-découverte de la Foi, de Dieu ; il écrit :

    "Sur la paille pourrie de la prison, j'ai ressenti pour la première fois le bien remuer en moi. Peu à peu j'ai découvert que la ligne de partage entre le bien et le mal ne sépare ni les Etats ni les classes ni les partis, mais qu'elle traverse le coeur de chaque homme et de toute l'humanité. Cette ligne est mobile, elle oscille en nous avec les années. Dans le meilleur des coeurs - un coin d'où le mal n'a pas été déraciné.

    Dès lors, j'ai compris la vérité de toutes les religions du monde : elles luttent avec le mal en l'homme (en chaque homme). Il est impossible de chasser tout à fait le mal hors du monde, mais en chaque homme on peut le réduire.

    Dès lors, j'ai compris le mensonge de toutes les révolutions de l'histoire : elles se bornent à supprimer les agents du mal qui leur sont contemporains (et de plus, dans leur hâte, sans discernement, les agents du bien), mais le mal lui-même leur revient en héritage, encore amplifié. (...)

    J'ai passé de nombreuses années à dévider ces réflexions douloureuses et quand on me parle de l'insensibilité de nos hauts fonctionnaires ou de la cruauté des bourreaux, je me revois avec mes galons de capitaine conduisant ma batterie (d'artillerie) à travers la Prusse ravagée par les incendies, et je dis : "Nous autres, avons-nous été meilleurs ?"
    Quand on me fait remarquer avec amertume la mollesse de l'Occident, sa myopie politique, ses divisions, son désarroi, j'invoque le passé :
    "Ceux d'entre nous qui ne sont pas passés par l'Archipel ont-ils eu des pensées plus fermes, plus fortes ?"

    C'est pourquoi je me tourne vers mes années de détention et dis, non sans étonner ceux qui m'entourent : "BENIE SOIS-TU PRISON !"

    Tolstoï avait raison quand il rêvait d'être enfermé dans une prison. Vint un moment à compter duquel ce géant commença à se dessécher. La prison lui était réellement nécessaire comme l'averse à la sécheresse.
    Tous les écrivains qui ont parlé de la prison sans y avoir été se sont crus obligés d'exprimer leur sympathie aux détenus et de maudire la prison.
    Moi j'y suis resté suffisamment, j'y ai forgé mon âme et je dis sans ambages : BENIE SOIS-TU PRISON, béni soit le rôle que tu as joué dans mon existence !

    (Mais des tombes on me répond : - Parle toujours, toi qui es resté en vie !...)"


Ce géant combattant du Mensonge s'exprimait dès 1973, alors qu'il n'était pas encore expulsé d'URSS : "Je ne suis qu'un glaive bien affûté, brandi contre la force impure, un glaive magique, capable de la tailler en pièces et de la disperser." (cité par Bruno Frappat dans "La Croix du 16 avril 2009 à propos de Le phénomène Soljénitsyne de Georges Nivat). Suit une supplique à Dieu : "O donne-moi, seigneur, de ne pas me briser en frappant ! de ne pas choir de Ta main !".

A propos de L'Archipel du Goulag, 1918-1956 par Latour07 chez Amazon.
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Re: Alexandre SOLJENITSYNE : l'Archipel du Goulag

Messagepar Miroir » 18/03/2010 - 7:54

Prodeo a écrit :Dès lors, j'ai compris la vérité de toutes les religions du monde : elles luttent avec le mal en l'homme (en chaque homme). Il est impossible de chasser tout à fait le mal hors du monde, mais en chaque homme on peut le réduire.
Errare humanum est, perseverare diabolicum.

"Ce qui doit tomber, il ne faut pas le retenir. Il faut encore le pousser." Nietzsche

"Le problème de la plupart des gens n'est pas qu'ils se fixent des objectifs trop hauts,
c'est qu'ils se fixent des objectifs trop bas et qu'ils les atteignent." Léonard de Vinci

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Re: Alexandre SOLJENITSYNE : l'Archipel du Goulag

Messagepar Prodeo » 18/03/2010 - 8:04

Miroir a écrit :
Prodeo a écrit :Dès lors, j'ai compris la vérité de toutes les religions du monde : elles luttent avec le mal en l'homme (en chaque homme). Il est impossible de chasser tout à fait le mal hors du monde, mais en chaque homme on peut le réduire.

J'étais sûr que cela ne t'échapperait pas.
:wink:
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Re: Alexandre SOLJENITSYNE : l'Archipel du Goulag

Messagepar Miroir » 18/03/2010 - 8:26

Prodeo a écrit :
Miroir a écrit :
Prodeo a écrit :Dès lors, j'ai compris la vérité de toutes les religions du monde : elles luttent avec le mal en l'homme (en chaque homme). Il est impossible de chasser tout à fait le mal hors du monde, mais en chaque homme on peut le réduire.

J'étais sûr que cela ne t'échapperait pas.
:wink:
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Je ne voudrais pas te décevoir. :wink:
Errare humanum est, perseverare diabolicum.

"Ce qui doit tomber, il ne faut pas le retenir. Il faut encore le pousser." Nietzsche

"Le problème de la plupart des gens n'est pas qu'ils se fixent des objectifs trop hauts,
c'est qu'ils se fixent des objectifs trop bas et qu'ils les atteignent." Léonard de Vinci


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