L'Europe, les biocarburants... et le Tiers-Monde.
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L'Europe, les biocarburants... et le Tiers-Monde.
La dictature écolo relayée par la dictature européenne aboutit naturellement à l'inverse de ce qui est censé se produire. En voici un exemple flagrant. La Commission européenne, sous la pression des lobbies écolos, a défini comme objectif qu'au moins 10 % des carburants utilisés dans le secteur des transports soient des biocarburants, à l'horizon 2020. Tout le monde a applaudi à cette grande avancée écologique, un évident bienfait, parmi d'autres, de la construction européenne.
Mais les vrais écologistes , et même Greenpeace, tirent la sonnette d'alarme. Les prétendus« biocarburants »ne sont pas « bio »du tout, ils sont même une catastrophe pour le tiers monde et pour la planète en général. Car, en raison du coût de fabrication de l'éthanol en Europe, on importe des huiles de palme d'Indonésie et des graines de soja du Brésil, ce qui conduit les producteurs de ces pays à déboiser et à brûler toute la forêt tropicale ...
Le prix Nobel de chimie Harmut Michel, notamment, déclare que l'obligation européenne de mélanger des« biocarburants » à l'essence est« extrêmement négative »du point de vue de l'environnement par ses« effets dévastateurs »sur les forêts tropicales. Selon Greenpeace, 87 % des forêts détruites entre 1995 et 2000 en Asie du Sud-Est l'ont été dans le but de créer des plantations d'huile de palme.
Le gouvernement allemand est semble-t-ille premier à s'inquiéter de la chose. Le ministre de l'Environnement propose que soit instauré un système de certification, et que l'industrie ne bénéficie pas de subventions pour l'utilisation d'huile de.palme tant qu'un véritable système de surveillance des conditions de sa production n'aura pas été mis en place. Car, en plus, l'Union européenne subventionne de ce fait la destruction de la forêt tropicale ...
Il y a là de quoi traumatiser un certain nombre d'écolos tiersmondistes ...
National Hebdo
Mais les vrais écologistes , et même Greenpeace, tirent la sonnette d'alarme. Les prétendus« biocarburants »ne sont pas « bio »du tout, ils sont même une catastrophe pour le tiers monde et pour la planète en général. Car, en raison du coût de fabrication de l'éthanol en Europe, on importe des huiles de palme d'Indonésie et des graines de soja du Brésil, ce qui conduit les producteurs de ces pays à déboiser et à brûler toute la forêt tropicale ...
Le prix Nobel de chimie Harmut Michel, notamment, déclare que l'obligation européenne de mélanger des« biocarburants » à l'essence est« extrêmement négative »du point de vue de l'environnement par ses« effets dévastateurs »sur les forêts tropicales. Selon Greenpeace, 87 % des forêts détruites entre 1995 et 2000 en Asie du Sud-Est l'ont été dans le but de créer des plantations d'huile de palme.
Le gouvernement allemand est semble-t-ille premier à s'inquiéter de la chose. Le ministre de l'Environnement propose que soit instauré un système de certification, et que l'industrie ne bénéficie pas de subventions pour l'utilisation d'huile de.palme tant qu'un véritable système de surveillance des conditions de sa production n'aura pas été mis en place. Car, en plus, l'Union européenne subventionne de ce fait la destruction de la forêt tropicale ...
Il y a là de quoi traumatiser un certain nombre d'écolos tiersmondistes ...
National Hebdo
C'est en effet un problème connu depuis longtemps.
Dans les pays tropicaux on déboise pour planter des palmiers à huile, et chez nous on s'apprête à planter des variétés OGM de tournesol, colza, etc... qui produisent plus d'huile ou dans lesquelles l'amidon est prédigéré pour faciliter la production d'alcool. Comme ce n'est pas destiné à la consommation, les règles d'autorisation sont beaucoup plus souples, ce qui n'empêche bien sûr pas la dissémination dans l'environnement des gènes introduits.
Encore une catastrophe annoncée, mais de gros intérêts économiques...
Dans les pays tropicaux on déboise pour planter des palmiers à huile, et chez nous on s'apprête à planter des variétés OGM de tournesol, colza, etc... qui produisent plus d'huile ou dans lesquelles l'amidon est prédigéré pour faciliter la production d'alcool. Comme ce n'est pas destiné à la consommation, les règles d'autorisation sont beaucoup plus souples, ce qui n'empêche bien sûr pas la dissémination dans l'environnement des gènes introduits.
Encore une catastrophe annoncée, mais de gros intérêts économiques...
Errare humanum est, perseverare diabolicum.
"Ce qui doit tomber, il ne faut pas le retenir. Il faut encore le pousser." Nietzsche
"Le problème de la plupart des gens n'est pas qu'ils se fixent des objectifs trop hauts,
c'est qu'ils se fixent des objectifs trop bas et qu'ils les atteignent." Léonard de Vinci
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c'est qu'ils se fixent des objectifs trop bas et qu'ils les atteignent." Léonard de Vinci
pascal77 a écrit :le soja ets apte a poussé sous nos cieux, j'en fais cette année, quand a l'huile de palme , elle eput etre avantageusement remplacée par du colza ou tournesol, ça aussi c'est cultivé chez nous.
de plus les moteurs disel sont aptes a fonctionner a l huile de colza pure, quand aux moteurs essence, au risque de me tromper, je crois que cela ets aussi possible avec de l'éthanol pur.
donc en appliquant cela il ets possible de se passer de pétrole et par la meme de clouer le bec a ses pseudos écolos
En quoi le fait de détruire notre environnement clouerait-il le bec à des écolos, qu'ils soient ou non "pseudos"?
Il faudrait que tu m'expliques...
D'autant plus que même en consacrant tous nos sols à ces cultures et même en les inondant de produits chimiques pour augmenter les rendements, on ne remplacerait même pas 20% de notre consommation de pétrole.
Ce n'est pas parce que quelque chose est possible, ni même parce que ça permettrait de gagner de l'argent, que c'est bon ou souhaitable.
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Le point sur les carburants
.
Le point sur les carburants sur la chaîne du Sénat :
http://www.tv-radio.com/player_generiqu ... External=0
et autres dossiers de la chaîne parlementaire...
_
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et autres dossiers de la chaîne parlementaire...
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« Vae caecis ducentibus, vae caecis sequentibus !
[Malheur aux aveugles qui mènent ! Malheur aux aveugles qui suivent !] » Saint Augustin.
« On sait par quelle fatalité les grands talents sont, pour l’ordinaire, plus rivaux qu’amis ; ils croissent et brillent séparés, de peur de se faire ombrage : les moutons s’attroupent, et les lions s’isolent. » Comte A. de Rivarol.
Je suis journaliste (à Terre Sauvage et à La Croix), après avoir
travaillé pour Politis, Géo, Le Canard Enchaîné, Télérama. Je suis le
co-auteur, avec François Veillerette, du livre " Pesticides, révélations
sur un scandale français " (Fayard, 2007). Si je me permets aujourd'hui
de vous adresser ce message, c'est qu'il y a urgence, une urgence absolue.
Je publie le 3 octobre un livre intitulé " La faim, la bagnole, le blé
et nous. " (Fayard). Son sous-titre est clair : une dénonciation des
biocarburants. Je veux vous en parler directement. Vous pouvez certes y
voir une banale opération commerciale, mais tel n'est pas le cas.
L'expansion fulgurante des biocarburants est une tragédie planétaire.
Elle conduit en premier lieu à la stérilisation de millions d'hectares
de terres agricoles et à l'aggravation tragique de la faim. Pour faire
rouler des bagnoles. Savez-vous que le quart du maïs américain sert déjà
à fabriquer du carburant automobile ? Une telle révolution a des effets
en chaîne sur toutes les céréales et plantes alimentaires, dont le cours
explose.
Elle conduit également à la destruction de ce qui reste de forêts
tropicales. En Indonésie, le palmier à huile menace tout à la fois
l'homme, l'orang-outan et l'éléphant d'Asie, ridiculisant tous les
grands discours sur la biodiversité. En Afrique, le bassin du Congo est
attaqué.
Au Brésil et en Amérique latine, on plante de la canne à sucre ou du
soja partout. Pour remplir les réservoirs au détriment de la forêt et du
cerrado, pourtant des écosystèmes uniques. Les biocarburants sont des
armes de guerre et de mort.
Qui les soutient ? L'agriculture industrielle, les transnationales et
tous ceux qui leur sont soumis, dont nombre de journaliste hélas. En
France, je décris un système complexe dont l'un des centres n'est autre
que le ministère de l'Écologie de M. Borloo, à travers l'Ademe et un
organisme méconnu, Agrice. À quelques semaines du " Grenelle de
l'Environnement ", cela mérite d'être discuté. Mais je n'oublie pas tous
les autres, y compris certains écologistes fort mal inspirés.
Car les biocarburants, comme je le montre, et malgré de rares études
manipulées par lobby, ont un bilan écologique désastreux, qui aggravera
l'effet de serre, quoi qu'en dise la propagande. Et en France, leur
développement signe la fin de la jachère, refuge de la faune banale, des
oiseaux et petits mammifères.
Au fait, savez-vous qu'une usine du Havre transformera dès 2008 des
animaux en biocarburants ? Et qu'on tente de faire pousser, par génie
génétique, des arbres mous, permettant d'extraire leur cellulose,
matière première des biocarburants ?
Ce monde est fou, et sans la moindre morale. J'ai fait ce que je
pouvais, c'est-à-dire mon job. Pour tenter d'arrêter cette insupportable
machine, j'en appelle solennellement à vous. Agissez ! Agissons ensemble.
Fabrice Nicolino, le 1 septembre 2007
Source : http://www.liberterre.fr/actualiterres/nicolino.html
travaillé pour Politis, Géo, Le Canard Enchaîné, Télérama. Je suis le
co-auteur, avec François Veillerette, du livre " Pesticides, révélations
sur un scandale français " (Fayard, 2007). Si je me permets aujourd'hui
de vous adresser ce message, c'est qu'il y a urgence, une urgence absolue.
Je publie le 3 octobre un livre intitulé " La faim, la bagnole, le blé
et nous. " (Fayard). Son sous-titre est clair : une dénonciation des
biocarburants. Je veux vous en parler directement. Vous pouvez certes y
voir une banale opération commerciale, mais tel n'est pas le cas.
L'expansion fulgurante des biocarburants est une tragédie planétaire.
Elle conduit en premier lieu à la stérilisation de millions d'hectares
de terres agricoles et à l'aggravation tragique de la faim. Pour faire
rouler des bagnoles. Savez-vous que le quart du maïs américain sert déjà
à fabriquer du carburant automobile ? Une telle révolution a des effets
en chaîne sur toutes les céréales et plantes alimentaires, dont le cours
explose.
Elle conduit également à la destruction de ce qui reste de forêts
tropicales. En Indonésie, le palmier à huile menace tout à la fois
l'homme, l'orang-outan et l'éléphant d'Asie, ridiculisant tous les
grands discours sur la biodiversité. En Afrique, le bassin du Congo est
attaqué.
Au Brésil et en Amérique latine, on plante de la canne à sucre ou du
soja partout. Pour remplir les réservoirs au détriment de la forêt et du
cerrado, pourtant des écosystèmes uniques. Les biocarburants sont des
armes de guerre et de mort.
Qui les soutient ? L'agriculture industrielle, les transnationales et
tous ceux qui leur sont soumis, dont nombre de journaliste hélas. En
France, je décris un système complexe dont l'un des centres n'est autre
que le ministère de l'Écologie de M. Borloo, à travers l'Ademe et un
organisme méconnu, Agrice. À quelques semaines du " Grenelle de
l'Environnement ", cela mérite d'être discuté. Mais je n'oublie pas tous
les autres, y compris certains écologistes fort mal inspirés.
Car les biocarburants, comme je le montre, et malgré de rares études
manipulées par lobby, ont un bilan écologique désastreux, qui aggravera
l'effet de serre, quoi qu'en dise la propagande. Et en France, leur
développement signe la fin de la jachère, refuge de la faune banale, des
oiseaux et petits mammifères.
Au fait, savez-vous qu'une usine du Havre transformera dès 2008 des
animaux en biocarburants ? Et qu'on tente de faire pousser, par génie
génétique, des arbres mous, permettant d'extraire leur cellulose,
matière première des biocarburants ?
Ce monde est fou, et sans la moindre morale. J'ai fait ce que je
pouvais, c'est-à-dire mon job. Pour tenter d'arrêter cette insupportable
machine, j'en appelle solennellement à vous. Agissez ! Agissons ensemble.
Fabrice Nicolino, le 1 septembre 2007
Source : http://www.liberterre.fr/actualiterres/nicolino.html
Suite :
Les seuls biocarburants s'appellent charbon et pétrole puisqu'ils sont
les produits naturels de la décomposition d'êtres vivants.
Il a fallu des végétaux et le travail de microorganismes anaérobies pour
générer ces biocarburants naturels prisonniers des couches géologiques.
Les lobbies et les "forces vives" qui trompent, mentent, intoxiquent
l'opinion veulent faire prendre les céréales gonflées aux pesticides et
engrais pour des "biocarburants" et pour une solution respectueuse de
l'Environnement garantissant une source quasi-inépuisable puisque
renouvelable d'énergie.
combien d'énergie faut-il pour produire une tonne d'engrais ?
que deviendra la biodiversité si l'agrochimie accroît son emprise sur
l'espace ?
Que seront les taux de pollutions des eaux et des sols résultant des
mises en culture pour alimenter les moteurs ?
Les réponses à ces questions sont tellement évidentes que les médias
soporifiques se gardent bien de les poser .
Vous qui pouvez réfléchir et vous informer en dehors des vérités
révélées par les puissances d'argent, refusez les agrocarburants,
abusivement qualifiés de "biocarburants", qui ne seront pas une solution
à la crise énergétique future mais qui aggraveront la crise écologique.
Gérard CHAROLLOIS
CONVENTION VIE ET NATURE POUR UNE ECOLOGIE RADICALE.
Les seuls biocarburants s'appellent charbon et pétrole puisqu'ils sont
les produits naturels de la décomposition d'êtres vivants.
Il a fallu des végétaux et le travail de microorganismes anaérobies pour
générer ces biocarburants naturels prisonniers des couches géologiques.
Les lobbies et les "forces vives" qui trompent, mentent, intoxiquent
l'opinion veulent faire prendre les céréales gonflées aux pesticides et
engrais pour des "biocarburants" et pour une solution respectueuse de
l'Environnement garantissant une source quasi-inépuisable puisque
renouvelable d'énergie.
combien d'énergie faut-il pour produire une tonne d'engrais ?
que deviendra la biodiversité si l'agrochimie accroît son emprise sur
l'espace ?
Que seront les taux de pollutions des eaux et des sols résultant des
mises en culture pour alimenter les moteurs ?
Les réponses à ces questions sont tellement évidentes que les médias
soporifiques se gardent bien de les poser .
Vous qui pouvez réfléchir et vous informer en dehors des vérités
révélées par les puissances d'argent, refusez les agrocarburants,
abusivement qualifiés de "biocarburants", qui ne seront pas une solution
à la crise énergétique future mais qui aggraveront la crise écologique.
Gérard CHAROLLOIS
CONVENTION VIE ET NATURE POUR UNE ECOLOGIE RADICALE.
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LA FAUSSE SOLUTION DES BIOCARBURANTS
En décembre, la conférence de l'Organisation Mondiale du Commerce va confirmer la fin programmée du «tout export» chiraquien de nos produits agricoles. Depuis trois décennies, Chirac, à ses divers postes, a engagé l'agriculture de notre pays dans cette voie fatale, qui a profité aux financiers de l'exportation et à une minorité d'exploitants, les plus importants, tout en dépeuplant les campagnes. Aujourd'hui, le gouvernement présente un plan de sauvetage grâce aux biocarburants. Il ne s'agit là que d'un expédient, dont les limites seront vite atteintes.
Qui profite de la politique que Chirac, qualifié de « nouveau Sully» quand il était ministre de l'Agriculture, il y a plus de trente ans, a constamment privilégiée, livrant nos paysans au palliatif des aides communautaires de Bruxelles ? Même en 2005, c'est un secret d'Etat. Mais on commence à avoir une idée de quelques uns de ces privilégiés. Jusqu'ici, on évoquait, sans trop de précisions, de « gros céréaliers» anonymes. Enfin, un organe économique, La Tribune, a publié une liste de 24 bénéficiaires des fameuses aides. Une liste étonnante, car elle ne comporte ni noms, ni localisations! Il paraît que la loi «Informatique et Libertés» s'y oppose. Or, chez nos voisins, on ne prend pas autant de précautions.
Des paysans couronnés
En 2004, une poignée de très gros propriétaires de terres agricoles ont touché des sommes de 800 000, 700 000, 600 000 €, pour des produits en général exportés massivement. Vu la taille de leurs domaines, ils n'exploitent évidemment pas eux-mêmes. Leur identité est masquée. Une seule s'est fait connaître, il s'agit du prince Albert de Monaco qui, en tant qu'agriculteur, a perçu 300 000 € de Bruxelles. Il fait pâle figure à côté de la reine Elisabeth, avec 1,1 million. A ces exemples, qui ne sont pas les seuls, on constate que les bénéficiaires sont de curieux paysans qui jouissent d'un système mortel pour l'agriculture européenne.
Au-delà des personnalités du gotha, l'opacité est totale. Tout au plus. sait-on que 10 % des agriculteurs empochent la moitié des subventions de la Politique Agricole Commune. Mais la volonté américaine, répercutée par l'OMC, de diminuer drastiquement, voire de supprimer complètement, les exportations de produits européens, sonne le glas de la manne bruxelloise. Par quoi ! la remplacer? Chirac a trouvé : cherté des carburants minéraliers aidant, les biocarburants, tirés de végétaux sont tout indiqués. Le cas du Brésil est cité en permanence à ce sujet.
153 000 € par emploi!
Toutefois, le Brésil n'est pas l'Europe, la canne à sucre n'est pas le diester ou l'éthanol. En pleine opération promotion de Chirac et du gouvernement sur le sujet, un rapport "pavé dans la mare" a éclaboussé les officiels et leurs promesses de subventions. D'ici 2010 Matignon veut multiplier par dix la production de biocarburants en France. Il en résulterait, nous dit-on, 26 000 créations d'emplois. Le rapport, rédigé par trois organismes (le Conseil général des Mines, l'Inspection des Finances, le Conseil du Génie rural), a dévoilé que, dans le meilleur des cas, les emplois en question seraient maintenus, et non pas créés. La charge pour le contribuable atteindrait un montant fabuleux, par emploi maintenu, de 153 000 € (!) par le biais d'une taxe spéciale et d'une mesure dite de «défiscalisation», fiscalisant en fait l'ensemble des contribuables.
Ce n'est pas tout. Les biocarburants coûtent environ 250 à 300 % plus cherque les produits pétroliers. Il faudrait une hausse rapide et carabinée de l'or noir pour que l' affaire commence à devenir intéressante. Or, le pétrole a tendance à se stabiliser ces derniers temps, et nul ne sait de quoi l'avenir sera fait. Par ailleurs, l'emploi des biocarburants suppose l'adaptation des véhicules, la coopération des compagnies de distribution, etc .. Le «pétrole vert» est censé couvrir 2 millions d'hectares en 2010.
L'opération est lancée, sans que les garanties techniques de sa réussite aient été prises. Enfin, et là le silence est total, rien, au contraire, n'interdit aux pays du tiers monde d'exporter massivement vers la France des biocarburants que, système européo-mondialiste aidant, nous serons obligés d'accepter, et qui rendront très aléatoire la vente du pétrole· vert national, même hypersubventionné.
Alexandre MARTIN National Hebdo novembre 2005
En décembre, la conférence de l'Organisation Mondiale du Commerce va confirmer la fin programmée du «tout export» chiraquien de nos produits agricoles. Depuis trois décennies, Chirac, à ses divers postes, a engagé l'agriculture de notre pays dans cette voie fatale, qui a profité aux financiers de l'exportation et à une minorité d'exploitants, les plus importants, tout en dépeuplant les campagnes. Aujourd'hui, le gouvernement présente un plan de sauvetage grâce aux biocarburants. Il ne s'agit là que d'un expédient, dont les limites seront vite atteintes.
Qui profite de la politique que Chirac, qualifié de « nouveau Sully» quand il était ministre de l'Agriculture, il y a plus de trente ans, a constamment privilégiée, livrant nos paysans au palliatif des aides communautaires de Bruxelles ? Même en 2005, c'est un secret d'Etat. Mais on commence à avoir une idée de quelques uns de ces privilégiés. Jusqu'ici, on évoquait, sans trop de précisions, de « gros céréaliers» anonymes. Enfin, un organe économique, La Tribune, a publié une liste de 24 bénéficiaires des fameuses aides. Une liste étonnante, car elle ne comporte ni noms, ni localisations! Il paraît que la loi «Informatique et Libertés» s'y oppose. Or, chez nos voisins, on ne prend pas autant de précautions.
Des paysans couronnés
En 2004, une poignée de très gros propriétaires de terres agricoles ont touché des sommes de 800 000, 700 000, 600 000 €, pour des produits en général exportés massivement. Vu la taille de leurs domaines, ils n'exploitent évidemment pas eux-mêmes. Leur identité est masquée. Une seule s'est fait connaître, il s'agit du prince Albert de Monaco qui, en tant qu'agriculteur, a perçu 300 000 € de Bruxelles. Il fait pâle figure à côté de la reine Elisabeth, avec 1,1 million. A ces exemples, qui ne sont pas les seuls, on constate que les bénéficiaires sont de curieux paysans qui jouissent d'un système mortel pour l'agriculture européenne.
Au-delà des personnalités du gotha, l'opacité est totale. Tout au plus. sait-on que 10 % des agriculteurs empochent la moitié des subventions de la Politique Agricole Commune. Mais la volonté américaine, répercutée par l'OMC, de diminuer drastiquement, voire de supprimer complètement, les exportations de produits européens, sonne le glas de la manne bruxelloise. Par quoi ! la remplacer? Chirac a trouvé : cherté des carburants minéraliers aidant, les biocarburants, tirés de végétaux sont tout indiqués. Le cas du Brésil est cité en permanence à ce sujet.
153 000 € par emploi!
Toutefois, le Brésil n'est pas l'Europe, la canne à sucre n'est pas le diester ou l'éthanol. En pleine opération promotion de Chirac et du gouvernement sur le sujet, un rapport "pavé dans la mare" a éclaboussé les officiels et leurs promesses de subventions. D'ici 2010 Matignon veut multiplier par dix la production de biocarburants en France. Il en résulterait, nous dit-on, 26 000 créations d'emplois. Le rapport, rédigé par trois organismes (le Conseil général des Mines, l'Inspection des Finances, le Conseil du Génie rural), a dévoilé que, dans le meilleur des cas, les emplois en question seraient maintenus, et non pas créés. La charge pour le contribuable atteindrait un montant fabuleux, par emploi maintenu, de 153 000 € (!) par le biais d'une taxe spéciale et d'une mesure dite de «défiscalisation», fiscalisant en fait l'ensemble des contribuables.
Ce n'est pas tout. Les biocarburants coûtent environ 250 à 300 % plus cherque les produits pétroliers. Il faudrait une hausse rapide et carabinée de l'or noir pour que l' affaire commence à devenir intéressante. Or, le pétrole a tendance à se stabiliser ces derniers temps, et nul ne sait de quoi l'avenir sera fait. Par ailleurs, l'emploi des biocarburants suppose l'adaptation des véhicules, la coopération des compagnies de distribution, etc .. Le «pétrole vert» est censé couvrir 2 millions d'hectares en 2010.
L'opération est lancée, sans que les garanties techniques de sa réussite aient été prises. Enfin, et là le silence est total, rien, au contraire, n'interdit aux pays du tiers monde d'exporter massivement vers la France des biocarburants que, système européo-mondialiste aidant, nous serons obligés d'accepter, et qui rendront très aléatoire la vente du pétrole· vert national, même hypersubventionné.
Alexandre MARTIN National Hebdo novembre 2005
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Re: L'Europe, les biocarburants... et le Tiers-Monde.
L'avenir des biocarburants remis en cause
• L'Allemagne a jeté un gigantesque pavé dans la mare des biocarburants, en annonçant qu'elle abandonnait l'augmen'tatiQn programmée de la part de l'éthanol dans l'essence. Le motif invoqué n'est pas le vrai. Berlin affirme battre en retraite parce que trop de voitures - au moins trois millions - sont inadaptables à l'éthanol. En réalité, les doutes graves surgis à propos du caractère nocif pour l'environnement des "bios" sont à l'origine de la reculade. En France, le plan de développement, mis en place par Chirac aux frais des contribuables, a été confirmé début avril par Sarkozy, soucieux de se concilier les agriculteurs. En dehors de la délicate question des effets réels des bios sur les moteurs et la nature, l'inévitable concurrence du tiers monde à prix cassés, dès que notre marché se développera, n'est envisagée par personne. Stploitants agricoles et automobilistes en seront les victimes.
National Hebdo du 22 au 28 mai 2008
• L'Allemagne a jeté un gigantesque pavé dans la mare des biocarburants, en annonçant qu'elle abandonnait l'augmen'tatiQn programmée de la part de l'éthanol dans l'essence. Le motif invoqué n'est pas le vrai. Berlin affirme battre en retraite parce que trop de voitures - au moins trois millions - sont inadaptables à l'éthanol. En réalité, les doutes graves surgis à propos du caractère nocif pour l'environnement des "bios" sont à l'origine de la reculade. En France, le plan de développement, mis en place par Chirac aux frais des contribuables, a été confirmé début avril par Sarkozy, soucieux de se concilier les agriculteurs. En dehors de la délicate question des effets réels des bios sur les moteurs et la nature, l'inévitable concurrence du tiers monde à prix cassés, dès que notre marché se développera, n'est envisagée par personne. Stploitants agricoles et automobilistes en seront les victimes.
National Hebdo du 22 au 28 mai 2008
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Re: L'Europe, les biocarburants... et le Tiers-Monde.
LES BIOS CARBURANTS
Pour tout observateur raisonnable il semble que les bios carburants devraient être rentables ; leur proximité des lieux de consommation et la relative facilité de leur utilisation devraient leur donner les avantages.
Or, généralement ils ne sont pas crédités d'une bonne rentabilité. L'une des difficultés est qu'il faut très longtemps dans le monde d'aujourd'hui pour faire progresser une nouvelle technique. Le pétrole bénéficie de l'énorme avantage historique d'avoir vu tous les investissements, en particulier les investissements de recherche et d'installation, amortis sur de très longues années. De ce fait la tonne en plus ne coûte pas cher.
Heureusement les compagnies pétrolières et d’autres ont compris que prendre l'énergie du soleil où elle est c'est-à-dire dans les plantes pouvait éventuellement conduire à des progrès. C'est pour cela que beaucoup investissent dans la recherche et il se trouve que l'on découvre de plus en plus de plantes pouvant donner d'une façon très rentable des carburants : par exemple, la paille ainsi que certaines cultures de taillis à croissance rapide.
http://www.libeco.net/magazine.htm
Pour tout observateur raisonnable il semble que les bios carburants devraient être rentables ; leur proximité des lieux de consommation et la relative facilité de leur utilisation devraient leur donner les avantages.
Or, généralement ils ne sont pas crédités d'une bonne rentabilité. L'une des difficultés est qu'il faut très longtemps dans le monde d'aujourd'hui pour faire progresser une nouvelle technique. Le pétrole bénéficie de l'énorme avantage historique d'avoir vu tous les investissements, en particulier les investissements de recherche et d'installation, amortis sur de très longues années. De ce fait la tonne en plus ne coûte pas cher.
Heureusement les compagnies pétrolières et d’autres ont compris que prendre l'énergie du soleil où elle est c'est-à-dire dans les plantes pouvait éventuellement conduire à des progrès. C'est pour cela que beaucoup investissent dans la recherche et il se trouve que l'on découvre de plus en plus de plantes pouvant donner d'une façon très rentable des carburants : par exemple, la paille ainsi que certaines cultures de taillis à croissance rapide.
http://www.libeco.net/magazine.htm
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Re: L'Europe, les biocarburants... et le Tiers-Monde.
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___ si nous devions rendre la France autonome en matière de bio-carburant, le triple de la surface du pays n'y suffirait pas ... c'est un combat inutile et stérile, par contre l'idée de retraiter les huiles de cuisines serait bénéfique, ne coûterait rien d'autre que la collecte et le filtrage, ce ne serait qu'une goutte, mais si certains peuvent en profiter je ne serai pas jaloux
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___ si nous devions rendre la France autonome en matière de bio-carburant, le triple de la surface du pays n'y suffirait pas ... c'est un combat inutile et stérile, par contre l'idée de retraiter les huiles de cuisines serait bénéfique, ne coûterait rien d'autre que la collecte et le filtrage, ce ne serait qu'une goutte, mais si certains peuvent en profiter je ne serai pas jaloux
ENFANTS, PROFITEZ DE LA GUERRE !
LA PAIX SERA TERRIBLE !!!
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encore un carreau d'cassé, v'là le vitrier qui passe,
encore un carreau d'cassé, v'là le vitrier passé ...
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Re: L'Europe, les biocarburants... et le Tiers-Monde.
Tireur_isolé a écrit :*
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___ si nous devions rendre la France autonome en matière de bio-carburant, le triple de la surface du pays n'y suffirait pas ... c'est un combat inutile et stérile, par contre l'idée de retraiter les huiles de cuisines serait bénéfique, ne coûterait rien d'autre que la collecte et le filtrage, ce ne serait qu'une goutte, mais si certains peuvent en profiter je ne serai pas jaloux
Tout à fait.
Utiliser les sous-produits de l'agriculture et les déchets pour obtenir du carburant était une bonne idée, remplacer les plantations alimentaires est criminel.
Errare humanum est, perseverare diabolicum.
"Ce qui doit tomber, il ne faut pas le retenir. Il faut encore le pousser." Nietzsche
"Le problème de la plupart des gens n'est pas qu'ils se fixent des objectifs trop hauts,
c'est qu'ils se fixent des objectifs trop bas et qu'ils les atteignent." Léonard de Vinci
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Re: L'Europe, les biocarburants... et le Tiers-Monde.
Comme toujours, l'un des gros problèmes sinon le plus gros est l'appât du gain. Ce qui pousse les paysans du Brésil par exemple a ravager les forêts pour y planter du colza pour les dits bio-carburants. 

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Re: L'Europe, les biocarburants... et le Tiers-Monde.
La guerre des biocarburants
Alors que la conférence sur la sécurité alimentaire réunie à Rome par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) s’est achevée le 05 juin 2008, le secteur des biocarburants est l’objet depuis quelques jours d’une exposition médiatique très importante qui met en lumière la guerre des biocarburants. Le 28 avril dernier, le rapporteur spécial de l’ONU sur le droit à l’alimentation, Jean Ziegler, a demandé un moratoire de cinq ans sur les biocarburants afin de maîtriser l’augmentation des prix alimentaires. Après les nombreuses émeutes qui se sont déroulées ces dernières semaines dans une trentaine de pays, les biocarburants ont été mis en cause. Mr Ziegler a ainsi estimé « la transformation massive d’aliments en biocarburants » comme la cause principale de cette crise. Les Etats-Unis, premiers producteurs de biocarburants et notamment la multinationale Cargill, ont été mis en cause, leurs agrocarburants étant basés sur le maïs. Mais aussi le Brésil, deuxième producteur mondial, qui produit son éthanol à base de canne à sucre.
Le reproche principal fait aux agrocarburants concerne la surface d’exploitation nécessaire qui est « détournée » de son usage premier, alimenter les populations. En France, l’interview de Chantal Jouanno, nouvelle présidente de l’Ademe, à propos des résultats d’une expertise commandée sur le bilan écologique et énergétique des agrocarburants de première génération, a provoqué une réaction satisfaite du groupe Bioéthanol. Les résultats initiaux sont en effet positifs en termes de gains énergétiques et de réduction des gaz à effet de serre (GES). Bioéthanol a donc cherché à exploiter ce résultat et redorer l’image des biocarburants. Mais comme le précise la présidente de l’Ademe, cette étude nécessite d’être complétée filière par filière, culture par culture. Elle revient également sur l’impératif de ne pas étendre les surfaces cultivées. L’opportunité pour la filière semble donc de développer les biocarburants de deuxième génération type éthanol et diester, dont l’enjeu prioritaire est la productivité pour répondre aux besoins sans augmenter les surfaces cultivées. C’est le sens de la déclaration du Président Nicolas Sarkozy qui à Rome a insisté sur « la priorité absolue » de se tourner vers les biocarburants de nouvelle génération à la productivité estimée cinq fois supérieure. « Ainsi, on ne pénalisera pas les pays qui ont fait le choix des biocarburants et qui ne veulent pas être arrêtés, et ainsi on réservera le maximum d’hectares à la production agricole ».
Le Brésil est en effet particulièrement sensible a cette guerre et le Président Lula da Silva a défendu « ses » biocarburants issus de la canne à sucre, n’impliquant donc pas de réduction des cultures alimentaires, contrairement à ceux des Etats-Unis. Poursuivre le développement et la vente des biocarburants est en effet stratégiquement vital pour le Brésil. Pouvoir en même temps gêner un concurrent comme les Etats-Unis ne peut lui être que profitable. A Rome, il a d’ailleurs qualifié les attaques sur les agrocarburants de « guerre commerciale » à laquelle « on doit être prêt à participer ». Il a tenté également de replacer le débat sur l’axe de la hausse du prix du pétrole comme impact sur le prix des engrais et le transport et accusé « ces puissants lobbies » qui prétendent attribuer à la production d’éthanol l’augmentation du prix des aliments. De son côté, le lobby bioéthanol a accusé le déstockage brutal de grains de maïs par la Chine à la fin des années 1990, de 300 jours de consommation à 100 jours en 2007. Pour lui, comme le précise le consultant Gwenaël Elies, « cela a masqué l’insuffisance de l’offre ». L’intérêt de plus en plus important des Etats-Unis pour le bioéthanol n’explique pas « directement » la flambée des cours du maïs.
Le sommet de Rome a donc été l’occasion pour les différents protagonistes liés plus ou moins directement aux biocarburants d’intervenir dans le débat. Le communiqué final a été d’une pauvreté rare, avec aucun objectif concret fixé. On peut donc estimer que les lobbyistes des biocarburants ont gagné cette bataille, pour le plus grand intérêt des Etats-Unis et du Brésil notamment, mais la pression ne devrait pas se relâcher, principalement pour imposer le passage rapide aux biocarburants de deuxième génération, à base de résidus agricoles et forestiers pour le gazole ou de cultures dédiées pour l’essence.
M.D. http://www.infoguerre.fr/
Pour compléter vos connaissances, vous pouvez consulter un dossier «agrocarburants
Alors que la conférence sur la sécurité alimentaire réunie à Rome par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) s’est achevée le 05 juin 2008, le secteur des biocarburants est l’objet depuis quelques jours d’une exposition médiatique très importante qui met en lumière la guerre des biocarburants. Le 28 avril dernier, le rapporteur spécial de l’ONU sur le droit à l’alimentation, Jean Ziegler, a demandé un moratoire de cinq ans sur les biocarburants afin de maîtriser l’augmentation des prix alimentaires. Après les nombreuses émeutes qui se sont déroulées ces dernières semaines dans une trentaine de pays, les biocarburants ont été mis en cause. Mr Ziegler a ainsi estimé « la transformation massive d’aliments en biocarburants » comme la cause principale de cette crise. Les Etats-Unis, premiers producteurs de biocarburants et notamment la multinationale Cargill, ont été mis en cause, leurs agrocarburants étant basés sur le maïs. Mais aussi le Brésil, deuxième producteur mondial, qui produit son éthanol à base de canne à sucre.
Le reproche principal fait aux agrocarburants concerne la surface d’exploitation nécessaire qui est « détournée » de son usage premier, alimenter les populations. En France, l’interview de Chantal Jouanno, nouvelle présidente de l’Ademe, à propos des résultats d’une expertise commandée sur le bilan écologique et énergétique des agrocarburants de première génération, a provoqué une réaction satisfaite du groupe Bioéthanol. Les résultats initiaux sont en effet positifs en termes de gains énergétiques et de réduction des gaz à effet de serre (GES). Bioéthanol a donc cherché à exploiter ce résultat et redorer l’image des biocarburants. Mais comme le précise la présidente de l’Ademe, cette étude nécessite d’être complétée filière par filière, culture par culture. Elle revient également sur l’impératif de ne pas étendre les surfaces cultivées. L’opportunité pour la filière semble donc de développer les biocarburants de deuxième génération type éthanol et diester, dont l’enjeu prioritaire est la productivité pour répondre aux besoins sans augmenter les surfaces cultivées. C’est le sens de la déclaration du Président Nicolas Sarkozy qui à Rome a insisté sur « la priorité absolue » de se tourner vers les biocarburants de nouvelle génération à la productivité estimée cinq fois supérieure. « Ainsi, on ne pénalisera pas les pays qui ont fait le choix des biocarburants et qui ne veulent pas être arrêtés, et ainsi on réservera le maximum d’hectares à la production agricole ».
Le Brésil est en effet particulièrement sensible a cette guerre et le Président Lula da Silva a défendu « ses » biocarburants issus de la canne à sucre, n’impliquant donc pas de réduction des cultures alimentaires, contrairement à ceux des Etats-Unis. Poursuivre le développement et la vente des biocarburants est en effet stratégiquement vital pour le Brésil. Pouvoir en même temps gêner un concurrent comme les Etats-Unis ne peut lui être que profitable. A Rome, il a d’ailleurs qualifié les attaques sur les agrocarburants de « guerre commerciale » à laquelle « on doit être prêt à participer ». Il a tenté également de replacer le débat sur l’axe de la hausse du prix du pétrole comme impact sur le prix des engrais et le transport et accusé « ces puissants lobbies » qui prétendent attribuer à la production d’éthanol l’augmentation du prix des aliments. De son côté, le lobby bioéthanol a accusé le déstockage brutal de grains de maïs par la Chine à la fin des années 1990, de 300 jours de consommation à 100 jours en 2007. Pour lui, comme le précise le consultant Gwenaël Elies, « cela a masqué l’insuffisance de l’offre ». L’intérêt de plus en plus important des Etats-Unis pour le bioéthanol n’explique pas « directement » la flambée des cours du maïs.
Le sommet de Rome a donc été l’occasion pour les différents protagonistes liés plus ou moins directement aux biocarburants d’intervenir dans le débat. Le communiqué final a été d’une pauvreté rare, avec aucun objectif concret fixé. On peut donc estimer que les lobbyistes des biocarburants ont gagné cette bataille, pour le plus grand intérêt des Etats-Unis et du Brésil notamment, mais la pression ne devrait pas se relâcher, principalement pour imposer le passage rapide aux biocarburants de deuxième génération, à base de résidus agricoles et forestiers pour le gazole ou de cultures dédiées pour l’essence.
M.D. http://www.infoguerre.fr/
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Re: L'Europe, les biocarburants... et le Tiers-Monde.
Le piège des agrocarburants par Laura Carlsen
Le développement des agrocarburants a atteint l'étape de la mondialisation. Seulement au cours de cette année, le nombre de déclarations, les sommes en dollars investies et le développement de projets ayant trait aux agrocarburants, n'ont été égalées dans aucun autre secteur. Une idée qui a langui durant des décennies se transforme soudain dans le chouchou des politiciens, du grand business, des financiers internationaux et des médias.
Ce fait devrait déjà susciter notre inquiétude. Depuis quand une réponse écologique à l'utilisation des carburants fossiles a-t-elle recueilli la faveur aussi bien des gouvernements que des grandes entreprises? Les agrocarburants ont été vantés comme étant la solution aux problèmes les plus urgents que doivent résoudre la société états-unienne et la planète entière. Des promoteurs prétendent qu'ils réduisent les émissions de gaz à effets de serre, qu'ils reportent la fin de la croissance industrielle fondée sur les carburants fossiles, qu'ils sont durables et renouvelables, qu'ils augmentent la sécurité énergétique et aident les paysans.
Mais un examen plus attentif montre qu'à plusieurs points de vue, l'avenir rose envisagé par les promoteurs des agrocarburants ressemble à ce qu'il y avait de pire dans le passé.
Promouvoir les agrocarburants
Des scientifiques et des écologistes continuent à débattre avec fougue des avantages et des inconvénients des agrocarburants. Des études se contredisent sur le fait de savoir si la production d'énergie nette est positive ou négative, si les émissions de gaz à effets de serre et la pollution augmentent ou diminuent, sur l'équilibre entre les coûts et l'efficience de cette énergie. Néanmoins, un puissant consensus politique a été atteint rapidement. En l'espace de quelques années, une alliance des forces économiques et politiques les plus puissantes du monde a émergé pour promouvoir les «biocarburants».
Qui est derrière le boom des «biocarburants», et pourquoi?
Dans son dernier discours sur l'état de l'Union (27 janvier 2007) le président Georges W. Bush a proclamé l'objectif de remplacer 20% d'essence par des agrocarburants en dix ans. L'Union Européenne s'est fixé un objectif similaire. Lors de sa dernière réunion, le G-8 a accueilli avec enthousiasme les efforts majeurs consentis pour développer l'utilisation d'agrocombustibles, et les institutions financières internationales ont créé dans ce but des instruments de prêt de plusieurs milliards de dollars. La Commission Interaméricaine d'Ethanol est présidée par Jeb Bush (frère de G.W Bush), par l'ancien Ministre de l'Agriculture du Brésil et leader de l'agrobusiness Roberto Rodriguez, et par Luis Moreno, le président de la Banque de Développement Inter-Américaine.
Le monde des affaires est tout aussi enthousiaste, sinon plus. Quatre secteurs hautement mondialisés se réunissent pour promouvoir la recherche, l'investissement et la production en agrocarburants: les industries de l'agrobusiness, du pétrole, de l'automobile et des biotechnologies.
Depuis le début de la production d'agrocarburants, les compagnies d'agrobusiness, dont ADM [Archer Daniels Midland transforme les récoltes en ingrédients alimentaires, ingrédients d'alimentation animale, carburants renouvelables, etc]., Cargill, Bunge et Dreyfus ont pris le train en marche. Avec des subsides gouvernementaux qui coulent généreusement et les énormes profits qui peuvent être engrangés à travers le monde, les agrocarburants sont actuellement plus attractifs que jamais auparavant. En 2005 ils représentaient un marché de 15,7 milliards de dollars, avec une croissance de 15% par rapport à l'année précédente. ADM, la raffinerie de pointe, a produit un milliard de gallons [4,54 litres] d'éthanol en 2006. Elle a le projet d'augmenter sa capacité de production de 550 millions de gallons au cours des deux prochaines années. Cargill possède un nombre croissant de raffineries d'éthanol ou de biodiesel et de contrats, ainsi que des plantations de canne à sucre au Brésil.
Les compagnies pétrolières voient dans les agrocarburants un moyen de prolonger leur vie et de diversifier leurs affaires. Les agrocarburants n'exigent pas nécessairement des modifications dans les schémas de consommation ni une restructuration de l'économie fondée sur les carburants fossiles. En autorisant une composante de 5 à 10% d'éthanol ou de biodiesel dans le gasoil habituel, l'utilisation des carburants fossiles peut être prolongée de plusieurs générations.
De même, l'industrie des automobiles peut maintenir, voire accroître ses ventes grâce au fait que les gens sont obligés d'acheter de nouvelles voitures adaptées à l'utilisation d'éthanol. Et tout ceci peut être accompli tout en enterrant les arguments de ceux qui prônent une réduction de cette consommation, ce suprême tabou dans le système capitaliste.
Les bénéfices tirés par le dernier de ces quatre grands secteurs, l'industrie biotechnologique, peuvent paraître moins évidents. Toutefois cette brancge sera en position de faire d'énormes gains, et ce au moment où elle suscite une opposition grandissante.
Pour atteindre des objectifs en matière de production d'agrocarburants il faut transformer les cultures en augmentant le rendement et en diminuant les coûts. Les cultures de plantes génétiquement modifiées (OGM) fournissent un moyen d'obtenir des gains à court terme sur ces deux derniers points. Des variétés GM de maïs et de canne à sucre, spécifiquement adaptés à la production d'éthanol, sont déjà largement utilisées. En fait, puisque le 90% de l'éthanol états-unien vient du maïs, et que la majorité des cultures de maïs aux Etats-Unis sont génétiquement modifiées, l'éthanol a gagné le surnom de «Monsanto moonshine» [allusion à l'alcool distillé clandestinement, donc souvent la nuit] – étant donné que la société Monsanto est le leader dans la production de maïs et autres cultures génétiquement modifiées. La recherche vise surtout à manipuler des gènes de plantes pour obtenir un rendement encore plus grand et des traits facilitant la transformation. Une grande partie de ces nouveaux produits seront vraisemblablement impropres à la consommation humaine.
Avec des promoteurs de cet acabit, un fait devient évident: la révolution des agrocarburants est tout sauf révolutionnaire. La transition à l'utilisation d'agrocarburants est un bon exemple de la réforme d'un système dans l'objectif de le perpétuer. (Lire en fin d’article «Que sont les agrocombustibles?»)
Remodeler les Amériques
L'essor des biocarburants a été assuré dans l'hémisphère occidental par la Commission Interaméricaine de l'Ethanol et par une prolifération de pactes binationaux – notamment celui conclu en mars 2007 entre Georges W. Bush et Lula da Silva, président du Brésil. Ces projets menacent de bouleverser la cartographie de l'économie agricole et politique des Amériques.
Les modifications dans l'utilisation du sol entraînées par la stratégie en faveur des agrocarburants transformeront les paysages et les vies, non seulement aux Etats-Unis, mais dans tout l'hémisphère. Même avec des rendements agricoles accrus et des modifications génétiques, la production d'agrocarburants aux Etats-Unis sera très loin d'atteindre les objectifs récemment fixés en matière de consommation d'agrocarburants. Les achats offshore fournissent des sources peu chères et fiables. Dans les Amériques, l'agrobusiness équatorien projette d'augmenter les surfaces consacrées la production de canne à sucre de 50'000 hectares et de défricher 100'000 hectares de forêts vierges pour la production d'huile de palme. En Colombie, la production d'huile de palme est déjà surnommée le «diesel de la déforestation».
Le Brésil est le laboratoire du futur en ce qui concerne l'éthanol. 80% de ses voitures peuvent rouler à l'éthanol, et le carburant pour voiture comprend 40% d'éthanol. Le Brésil fournit déjà 60% de l'éthanol provenant de la canne à sucre à l’échelle mondiale et trois millions d'hectares de terrain sont consacrés à cette culture. Le Brésil produit 17 milliards de litres par année, et, selon la Banque Nationale Brésilienne pour le Développement Economique et Social (BNDES), il vise à contrôler 50% du marché mondial d'éthanol. Pour atteindre ses objectifs en ce qui concerne la croissance en matière d'éthanol, le Brésil projette de défricher encore 60 millions d'hectares pour la production de canne à sucre.
La première victime de la réorganisation de la production agricole est le petit paysan. Personne ne pourrait idéaliser les conditions des fermiers paysans du Brésil et d'ailleurs en Amérique du Sud. Dans la plupart des pays, les régions rurales concentrent deux tiers ou plus de familles qui vivent dans la pauvreté. Mais la production d'agrocarburants n'ouvre pas de réelles perspectives pour améliorer leur sort. Au contraire, l'expérience brésilienne montre qu'il existe un grand danger de détérioration des conditions de vie pour un des groupes sociaux les plus vulnérables de la société.
James Thorlby, de la Commission Pastorale de la Terre au Brésil, rapporte que les plantations destinées à la production d'agrocarburants déplacent des agriculteurs qui n'ont alors que deux choix: ils peuvent soit devenir des ouvriers agricoles, soit des habitants de bidonvilles urbains. Il note que dans l'état de Pernambuco [Nord-Est, capitale Recife] 45'000 familles ont été déplacées par l'implantation de monocultures. D'autres analystes craignent que les paysans sans terre – qui ne trouveront pas de travail dans les plantations – seront obligés de défricher du terrain dans des régions naturelles protégées pour leur biodiversité. La concentration de la terre et des distilleries entre les mains d'une élite rurale et de firmes transnationales pousse des petits paysans à quitter des régions entières.
La nouvelle alliance entre le gouvernement états-unien et ses alliés dans la région pour transformer l'Amérique Latine en une source d'agrocarburants ne bénéficie pas seulement aux firmes transnationales et au grand business; elle aide aussi à contrecarrer l'influence croissante du Venezuela et d'autres pays qui cherchent à se dégager de l'hégémonie états-unienne.
L'alliance de l'éthanol cherche à consolider une nouvelle ligne de force en Amérique Latine, qui passe directement entre les Etats-Unis et le Brésil, et dont la force dynamique est constituée des firmes transnationales ayant des intérêts dans les deux pays. Si cette alliance se consolide, elle érodera le «projet bolivarien» d'intégration du continent suivant un modèle d'économies régulées par l'Etat et avec l'appui du pétrole vénézuélien. Elle sape également les efforts pour renforcer le Marché Commun du Sud.
Dans cette affaire, le Brésil gagne des capitaux pour le développement des technologies de production d'éthanol dans ses propres frontières et pour les exporter en Amérique Centrale et dans les nations des Caraïbes. Outre l'investissement et les crédits, les industriels de Sao Paulo peuvent compter sur des politiques gouvernementales qui leur permettent d'étendre l'agrobusiness dans la zone amazonienne et d'autres régions actuellement peuplées par de petits paysans.
Les Etats-Unis gagnent, quant à eux, une indépendance accrue par rapport au pétrole moyen-oriental en important davantage d'éthanol bon marché en provenance du Brésil. Ils peuvent aussi commencer à redessiner la carte de l'intégration énergétique en Amérique Latine sur la base de l'éthanol brésilien plutôt que sur celle du pétrole vénézuélien et du gaz bolivien, neutralisant ainsi la puissance de nations qu'ils considèrent comme étant récalcitrantes.
Cargill [transnationale états-unienne, implantée dans 66 pays] l'un des propriétaires et exploitants les plus importants présent au Brésil, est en train d'étendre ses opérations dans le Sud, tout en continuant à protéger ses intérêts liés aux cultures de grain dans le Nord grâce aux tarifs d'importation du gouvernement états-unien sur l'éthanol. Comme les monocultures pour des agrocarburants nécessitent d'énormes quantités de terres, les petits paysans qui ont longtemps résisté au contrôle des terres et des ressources par les marchés internationaux sont en train de devenir des espèces menacées dans les régions où sévit le boom des agrocarburants.
Selon Raul Zibechi – sociologue uruguayen, écrivant dans l’hebdomadaire uruguayen La Brecha et analyste, entre autres, auprès du Center for International Policy (CPI) – les Etats-Unis «utilisent le Brésil pour consolider une alliance stratégique qui cherche à isoler le Venezuela et les pays qui suivent sa politique d'unité latino-américaine pour contrebalancer l'hégémonie états-unienne.»
Redonner de la vigueur aux secteurs financiers
Si on les examine de plus près, le «vert» du développement dans les agrocarburants, cela évoque davantage des dollars que des plantes. L'essor des agrocarburants fournit une transfusion sanguine dont le secteur financier international avait bien besoin.
L'enthousiasme des institutions financières internationales (IFI) à joindre l'alliance de l'éthanol est à mettre en relation avec la nouvelle «crise» des prêts internationaux en Amérique Latine. Au cours des années passées, divers pays du Cône Sud ont opté pour des remboursements anticipés des prêts effectués par le FMI et la Banque Mondiale, et pour des réductions ou des coupes dans les emprunts futurs, en invoquant le fait que les IFI conditionnent leurs prêts avec les politiques interventionnistes qui en découlent.
La Banque Mondiale (BM) a rapidement réagi en annonçant qu'elle disposait potentiellement de 10 milliards de dollars pour garantir le développement en matière d'agrocarburants. Pour sa part, la Banque de Développement Inter-Américaine a annoncé des crédits à hauteur de 3 milliards de dollars pour des projets liés aux agrocarburants dans la région, y compris pour des usines d'éthanol au Brésil, et pour la recherche et le développement en Colombie et en Amérique Centrale.
Des investisseurs du secteur privé voient également ce secteur comme une aubaine. Food First, une ONG états-unienne, rapporte que sur les trois dernières années, les investissements de capitaux dans les agrocarburants ont été multipliés par huit.
Les gouvernements ont également été très actifs dans le financement des agrocarburants. En 2005, les Etats-Unis ont destiné 8.9 milliards de dollars sous forme de subsides pour la production d'éthanol et pour la recherche et le développement de biocarburants, alors que la Banque Nationale du Brésil prévoit de verser 6 milliards de dollars sous forme d'investissements dans les agrocarburants.
Lorsque l'éthanol devient un grand business, les agriculteurs eux-mêmes sont repoussés encore plus loin dans les marges de l’économie, de la société et des régions soumises aux monocultures. En 2003, près de 50% des raffineries d'éthanol dans les Etats-Unis appartenaient à des agriculteurs. Actuellement, 80% sont détenues par des propriétaires absentéistes, et la construction de nouvelles installations réduiront encore la part détenue par les agriculteurs. Les exigences des investisseurs dicteront une préférence pour la construction de raffineries à bas coûts plutôt que les alternatives plus favorables à l'environnement.
Une promotion sans limites
Même si des agriculteurs partout dans l'hémisphère ont bénéficié des prix plus élevés du grain, Georges Naylor, du National Family Farm Coalition, avertit que les gains à court terme reviendront très chers dans un avenir pas si éloigné, et que – comme toujours – ce sont les petits paysans qui vont devoir payer la facture. Lors d'une conférence internationale sur les agrocarburants – qui s'est tenue à Mexico City le 30 août 2007 – il a prédit que des prix plus élevés ne se maintiendraient pas à mesure que les paysans cultiveraient des surfaces plus importantes, et que des agriculteurs qui se sont convertis aux cultures pour les agrocarburants pourraient finir par perdre leurs fermes. Au Brésil, le prix de la canne à sucre a déjà commencé à baisser.
La question est de savoir s'il faut s'opposer directement à la production d'agrocarburants ou s'il faut faire pression pour des alternatives durables du point de vue social et environnemental. Le problème est dans la pression qu'il faudra appliquer. Vu l'énorme puissance économique et politique des intérêts derrière les agrocarburants, l'application du modèle favorisera invariablement les profits plutôt que l'environnement, et le rendement des investissements plutôt que les droits humains.
Dans ce contexte, les chances pour que les communautés locales et les petits paysans puissent bénéficier de cet essor s'évaporent encore plus vite que l'alcool. (Trad. A l’encontre)
Que sont les agrocombustibles?
L'idée d'une source renouvelable de carburant existe depuis l'invention des voitures au XIXe siècle. Mais les produits pétroliers à bas prix et l'attitude «demain n'arrivera jamais» de l'industrie automobile a pendant des décennies relégué à la marge l'éthanol et d'autres biocombustibles.
Pour le dire simplement, les agrocombustibles sont des combustibles faits de matière organique – des sous-produits végétaux ou animaux. Habituellement, il s'agit d'alcools, produits d'une manière similaire aux procédés utilisés pour la distillation clandestine d'alcool, mais sur une échelle beaucoup plus vaste. L'éthanol est surtout fabriqué à partir de maïs et de canne à sucre. Du «biodiesel» est fait à partir de palme, de soya, de colza ou d'autres huiles végétales; et l'éthanol cellulosique est produit en «décomposant» des fibres provenant d'herbes ou de presque n'importe quelle autre sorte de plante.
Ces combustibles sont considérés comme «renouvelables» puisque les cultures peuvent pousser chaque année. Mais dans beaucoup de cas, elles exigent des ressources comme l'eau non-polluée, du sol fertile et des fertilisants qui sont, eux, limités dans des régions données. Les agrocombustibles peuvent être utilisés pour remplacer des combustibles liquides à base d'huile, en particulier pour les transports, mais actuellement ils n'entrent que pour 1,8% du combustible pour les transports utilisé aux Etats-Unis. Souvent ils sont utilisés sous forme de mélange avec l'essence. Des moteurs ordinaires peuvent fonctionner sans être modifiés avec un mélange contenant un niveau bas d'éthanol; des moteurs flex-fuel [qui peuvent utiliser deux ou trois types de carburant] peuvent fonctionner avec une proportion plus élevée d'éthanol, et certaines technologies permettent l'utilisation de 100% d'éthanol ou de «biodiesel».
Le terme le plus utilisé pour désigner les agrocarburants est celui de "biocarburants". Ce terme contribue cependant à masquer quelques réalités importantes. «Bio» est un préfixe signifiant la vie. Le terme «biocarburants» semble insinuer qu'il s'agit de carburants issus de processus biologiques naturels, et qu'ils sont utilisés pour satisfaire des besoins sociaux normaux.
Or, aucune de ces suppositions ne correspond à la réalité. L'utilisation massive de terres pour des monocultures génétiquement modifiées n'est ni naturelle ni respectueuse de l'environnement. Jusqu'à maintenant, le déplacement de paysans et l'exploitation d'ouvriers agricoles pour produire des cultures destinées aux agrocarburants a entraîné une dégradation du niveau de vie pour des êtres humains.
Le taux de consommation des combustibles fossiles dans les pays développés n'est pas non plus le résultat d'une croissance normale d'une société saine, mais plutôt un symptôme de ce que les Hopi [indiens d’Amérique du Nord] appellent koyaanisqatsi - une vie qui n'est plus en harmonie.
Le terme d'agrocombustibles désigne en outre directement comment les biocombustibles sont produits. Le préfixe «agro» explicite le fait qu'ils sont directement en compétition avec d'autres produits agricoles, en particulier des aliments, en ce qui concerne les terres et les ressources. En tant que tel, le développement massif d'agrocombustibles menace l'approvisionnement global de nourriture et la lutte contre la faim, ainsi que les aspirations des nations à nourrir et à donner un emploi à leurs populations, et donc à leur capacité à atteindre une souveraineté alimentaire. Des associations de petits paysans partout dans le monde se sont prononcées contre la transformation du terrain agricole en vue de produire des cultures pour les agrocarburants.
L’impact des agrocarburants en 9 points
a) Consolidation de la puissante alliance des quatre grandes («Big Four») industries: alimentation, biotechnologies, pétrole et automobile.
b) Transformation de terrains agricoles produisant des aliments pour la consommation locale et pour subsistance en terrains voués à la production de monocultures industrielles et passant sous contrôle de firmes transnationales.
c) Conversion des régions protégées à riche biodiversité à la monoculture.
d) Des petits agriculteurs – qui sont souvent parmi les opposants les plus actifs à la mondialisation dans des pays en voie de développement – passeront du statut de producteurs à celui de laboureurs salariés sans terres.
e) Accélération de la production et dégradation des conditions de travail dans des plantations de canne à sucre et autres plantations orientées vers les agrocarburants.
f) Rénovation de la demande de prêts auprès des IFI pour le secteur public-privé, ce qui augmentera la dette nationale.
g) Augmentation du prix des produits agricoles (maïs et soja), entraînant l'inflation et la faim, et réduisant la pression en faveur de la réforme des programmes de subsides agricoles états-uniens et européens.
h) Augmentation de l'utilisation de fertilisants chimiques et de cultures génétiquement modifiées.
i) Augmentation de la dépendance alimentaire et perte de la souveraineté nationale.
(25 septembre 2007)
Laura Carisen est directrice de l'America Policy Program à Mexico City(http://www.americaspolicy.org ).
http://www.mondialisation.ca/
Le développement des agrocarburants a atteint l'étape de la mondialisation. Seulement au cours de cette année, le nombre de déclarations, les sommes en dollars investies et le développement de projets ayant trait aux agrocarburants, n'ont été égalées dans aucun autre secteur. Une idée qui a langui durant des décennies se transforme soudain dans le chouchou des politiciens, du grand business, des financiers internationaux et des médias.
Ce fait devrait déjà susciter notre inquiétude. Depuis quand une réponse écologique à l'utilisation des carburants fossiles a-t-elle recueilli la faveur aussi bien des gouvernements que des grandes entreprises? Les agrocarburants ont été vantés comme étant la solution aux problèmes les plus urgents que doivent résoudre la société états-unienne et la planète entière. Des promoteurs prétendent qu'ils réduisent les émissions de gaz à effets de serre, qu'ils reportent la fin de la croissance industrielle fondée sur les carburants fossiles, qu'ils sont durables et renouvelables, qu'ils augmentent la sécurité énergétique et aident les paysans.
Mais un examen plus attentif montre qu'à plusieurs points de vue, l'avenir rose envisagé par les promoteurs des agrocarburants ressemble à ce qu'il y avait de pire dans le passé.
Promouvoir les agrocarburants
Des scientifiques et des écologistes continuent à débattre avec fougue des avantages et des inconvénients des agrocarburants. Des études se contredisent sur le fait de savoir si la production d'énergie nette est positive ou négative, si les émissions de gaz à effets de serre et la pollution augmentent ou diminuent, sur l'équilibre entre les coûts et l'efficience de cette énergie. Néanmoins, un puissant consensus politique a été atteint rapidement. En l'espace de quelques années, une alliance des forces économiques et politiques les plus puissantes du monde a émergé pour promouvoir les «biocarburants».
Qui est derrière le boom des «biocarburants», et pourquoi?
Dans son dernier discours sur l'état de l'Union (27 janvier 2007) le président Georges W. Bush a proclamé l'objectif de remplacer 20% d'essence par des agrocarburants en dix ans. L'Union Européenne s'est fixé un objectif similaire. Lors de sa dernière réunion, le G-8 a accueilli avec enthousiasme les efforts majeurs consentis pour développer l'utilisation d'agrocombustibles, et les institutions financières internationales ont créé dans ce but des instruments de prêt de plusieurs milliards de dollars. La Commission Interaméricaine d'Ethanol est présidée par Jeb Bush (frère de G.W Bush), par l'ancien Ministre de l'Agriculture du Brésil et leader de l'agrobusiness Roberto Rodriguez, et par Luis Moreno, le président de la Banque de Développement Inter-Américaine.
Le monde des affaires est tout aussi enthousiaste, sinon plus. Quatre secteurs hautement mondialisés se réunissent pour promouvoir la recherche, l'investissement et la production en agrocarburants: les industries de l'agrobusiness, du pétrole, de l'automobile et des biotechnologies.
Depuis le début de la production d'agrocarburants, les compagnies d'agrobusiness, dont ADM [Archer Daniels Midland transforme les récoltes en ingrédients alimentaires, ingrédients d'alimentation animale, carburants renouvelables, etc]., Cargill, Bunge et Dreyfus ont pris le train en marche. Avec des subsides gouvernementaux qui coulent généreusement et les énormes profits qui peuvent être engrangés à travers le monde, les agrocarburants sont actuellement plus attractifs que jamais auparavant. En 2005 ils représentaient un marché de 15,7 milliards de dollars, avec une croissance de 15% par rapport à l'année précédente. ADM, la raffinerie de pointe, a produit un milliard de gallons [4,54 litres] d'éthanol en 2006. Elle a le projet d'augmenter sa capacité de production de 550 millions de gallons au cours des deux prochaines années. Cargill possède un nombre croissant de raffineries d'éthanol ou de biodiesel et de contrats, ainsi que des plantations de canne à sucre au Brésil.
Les compagnies pétrolières voient dans les agrocarburants un moyen de prolonger leur vie et de diversifier leurs affaires. Les agrocarburants n'exigent pas nécessairement des modifications dans les schémas de consommation ni une restructuration de l'économie fondée sur les carburants fossiles. En autorisant une composante de 5 à 10% d'éthanol ou de biodiesel dans le gasoil habituel, l'utilisation des carburants fossiles peut être prolongée de plusieurs générations.
De même, l'industrie des automobiles peut maintenir, voire accroître ses ventes grâce au fait que les gens sont obligés d'acheter de nouvelles voitures adaptées à l'utilisation d'éthanol. Et tout ceci peut être accompli tout en enterrant les arguments de ceux qui prônent une réduction de cette consommation, ce suprême tabou dans le système capitaliste.
Les bénéfices tirés par le dernier de ces quatre grands secteurs, l'industrie biotechnologique, peuvent paraître moins évidents. Toutefois cette brancge sera en position de faire d'énormes gains, et ce au moment où elle suscite une opposition grandissante.
Pour atteindre des objectifs en matière de production d'agrocarburants il faut transformer les cultures en augmentant le rendement et en diminuant les coûts. Les cultures de plantes génétiquement modifiées (OGM) fournissent un moyen d'obtenir des gains à court terme sur ces deux derniers points. Des variétés GM de maïs et de canne à sucre, spécifiquement adaptés à la production d'éthanol, sont déjà largement utilisées. En fait, puisque le 90% de l'éthanol états-unien vient du maïs, et que la majorité des cultures de maïs aux Etats-Unis sont génétiquement modifiées, l'éthanol a gagné le surnom de «Monsanto moonshine» [allusion à l'alcool distillé clandestinement, donc souvent la nuit] – étant donné que la société Monsanto est le leader dans la production de maïs et autres cultures génétiquement modifiées. La recherche vise surtout à manipuler des gènes de plantes pour obtenir un rendement encore plus grand et des traits facilitant la transformation. Une grande partie de ces nouveaux produits seront vraisemblablement impropres à la consommation humaine.
Avec des promoteurs de cet acabit, un fait devient évident: la révolution des agrocarburants est tout sauf révolutionnaire. La transition à l'utilisation d'agrocarburants est un bon exemple de la réforme d'un système dans l'objectif de le perpétuer. (Lire en fin d’article «Que sont les agrocombustibles?»)
Remodeler les Amériques
L'essor des biocarburants a été assuré dans l'hémisphère occidental par la Commission Interaméricaine de l'Ethanol et par une prolifération de pactes binationaux – notamment celui conclu en mars 2007 entre Georges W. Bush et Lula da Silva, président du Brésil. Ces projets menacent de bouleverser la cartographie de l'économie agricole et politique des Amériques.
Les modifications dans l'utilisation du sol entraînées par la stratégie en faveur des agrocarburants transformeront les paysages et les vies, non seulement aux Etats-Unis, mais dans tout l'hémisphère. Même avec des rendements agricoles accrus et des modifications génétiques, la production d'agrocarburants aux Etats-Unis sera très loin d'atteindre les objectifs récemment fixés en matière de consommation d'agrocarburants. Les achats offshore fournissent des sources peu chères et fiables. Dans les Amériques, l'agrobusiness équatorien projette d'augmenter les surfaces consacrées la production de canne à sucre de 50'000 hectares et de défricher 100'000 hectares de forêts vierges pour la production d'huile de palme. En Colombie, la production d'huile de palme est déjà surnommée le «diesel de la déforestation».
Le Brésil est le laboratoire du futur en ce qui concerne l'éthanol. 80% de ses voitures peuvent rouler à l'éthanol, et le carburant pour voiture comprend 40% d'éthanol. Le Brésil fournit déjà 60% de l'éthanol provenant de la canne à sucre à l’échelle mondiale et trois millions d'hectares de terrain sont consacrés à cette culture. Le Brésil produit 17 milliards de litres par année, et, selon la Banque Nationale Brésilienne pour le Développement Economique et Social (BNDES), il vise à contrôler 50% du marché mondial d'éthanol. Pour atteindre ses objectifs en ce qui concerne la croissance en matière d'éthanol, le Brésil projette de défricher encore 60 millions d'hectares pour la production de canne à sucre.
La première victime de la réorganisation de la production agricole est le petit paysan. Personne ne pourrait idéaliser les conditions des fermiers paysans du Brésil et d'ailleurs en Amérique du Sud. Dans la plupart des pays, les régions rurales concentrent deux tiers ou plus de familles qui vivent dans la pauvreté. Mais la production d'agrocarburants n'ouvre pas de réelles perspectives pour améliorer leur sort. Au contraire, l'expérience brésilienne montre qu'il existe un grand danger de détérioration des conditions de vie pour un des groupes sociaux les plus vulnérables de la société.
James Thorlby, de la Commission Pastorale de la Terre au Brésil, rapporte que les plantations destinées à la production d'agrocarburants déplacent des agriculteurs qui n'ont alors que deux choix: ils peuvent soit devenir des ouvriers agricoles, soit des habitants de bidonvilles urbains. Il note que dans l'état de Pernambuco [Nord-Est, capitale Recife] 45'000 familles ont été déplacées par l'implantation de monocultures. D'autres analystes craignent que les paysans sans terre – qui ne trouveront pas de travail dans les plantations – seront obligés de défricher du terrain dans des régions naturelles protégées pour leur biodiversité. La concentration de la terre et des distilleries entre les mains d'une élite rurale et de firmes transnationales pousse des petits paysans à quitter des régions entières.
La nouvelle alliance entre le gouvernement états-unien et ses alliés dans la région pour transformer l'Amérique Latine en une source d'agrocarburants ne bénéficie pas seulement aux firmes transnationales et au grand business; elle aide aussi à contrecarrer l'influence croissante du Venezuela et d'autres pays qui cherchent à se dégager de l'hégémonie états-unienne.
L'alliance de l'éthanol cherche à consolider une nouvelle ligne de force en Amérique Latine, qui passe directement entre les Etats-Unis et le Brésil, et dont la force dynamique est constituée des firmes transnationales ayant des intérêts dans les deux pays. Si cette alliance se consolide, elle érodera le «projet bolivarien» d'intégration du continent suivant un modèle d'économies régulées par l'Etat et avec l'appui du pétrole vénézuélien. Elle sape également les efforts pour renforcer le Marché Commun du Sud.
Dans cette affaire, le Brésil gagne des capitaux pour le développement des technologies de production d'éthanol dans ses propres frontières et pour les exporter en Amérique Centrale et dans les nations des Caraïbes. Outre l'investissement et les crédits, les industriels de Sao Paulo peuvent compter sur des politiques gouvernementales qui leur permettent d'étendre l'agrobusiness dans la zone amazonienne et d'autres régions actuellement peuplées par de petits paysans.
Les Etats-Unis gagnent, quant à eux, une indépendance accrue par rapport au pétrole moyen-oriental en important davantage d'éthanol bon marché en provenance du Brésil. Ils peuvent aussi commencer à redessiner la carte de l'intégration énergétique en Amérique Latine sur la base de l'éthanol brésilien plutôt que sur celle du pétrole vénézuélien et du gaz bolivien, neutralisant ainsi la puissance de nations qu'ils considèrent comme étant récalcitrantes.
Cargill [transnationale états-unienne, implantée dans 66 pays] l'un des propriétaires et exploitants les plus importants présent au Brésil, est en train d'étendre ses opérations dans le Sud, tout en continuant à protéger ses intérêts liés aux cultures de grain dans le Nord grâce aux tarifs d'importation du gouvernement états-unien sur l'éthanol. Comme les monocultures pour des agrocarburants nécessitent d'énormes quantités de terres, les petits paysans qui ont longtemps résisté au contrôle des terres et des ressources par les marchés internationaux sont en train de devenir des espèces menacées dans les régions où sévit le boom des agrocarburants.
Selon Raul Zibechi – sociologue uruguayen, écrivant dans l’hebdomadaire uruguayen La Brecha et analyste, entre autres, auprès du Center for International Policy (CPI) – les Etats-Unis «utilisent le Brésil pour consolider une alliance stratégique qui cherche à isoler le Venezuela et les pays qui suivent sa politique d'unité latino-américaine pour contrebalancer l'hégémonie états-unienne.»
Redonner de la vigueur aux secteurs financiers
Si on les examine de plus près, le «vert» du développement dans les agrocarburants, cela évoque davantage des dollars que des plantes. L'essor des agrocarburants fournit une transfusion sanguine dont le secteur financier international avait bien besoin.
L'enthousiasme des institutions financières internationales (IFI) à joindre l'alliance de l'éthanol est à mettre en relation avec la nouvelle «crise» des prêts internationaux en Amérique Latine. Au cours des années passées, divers pays du Cône Sud ont opté pour des remboursements anticipés des prêts effectués par le FMI et la Banque Mondiale, et pour des réductions ou des coupes dans les emprunts futurs, en invoquant le fait que les IFI conditionnent leurs prêts avec les politiques interventionnistes qui en découlent.
La Banque Mondiale (BM) a rapidement réagi en annonçant qu'elle disposait potentiellement de 10 milliards de dollars pour garantir le développement en matière d'agrocarburants. Pour sa part, la Banque de Développement Inter-Américaine a annoncé des crédits à hauteur de 3 milliards de dollars pour des projets liés aux agrocarburants dans la région, y compris pour des usines d'éthanol au Brésil, et pour la recherche et le développement en Colombie et en Amérique Centrale.
Des investisseurs du secteur privé voient également ce secteur comme une aubaine. Food First, une ONG états-unienne, rapporte que sur les trois dernières années, les investissements de capitaux dans les agrocarburants ont été multipliés par huit.
Les gouvernements ont également été très actifs dans le financement des agrocarburants. En 2005, les Etats-Unis ont destiné 8.9 milliards de dollars sous forme de subsides pour la production d'éthanol et pour la recherche et le développement de biocarburants, alors que la Banque Nationale du Brésil prévoit de verser 6 milliards de dollars sous forme d'investissements dans les agrocarburants.
Lorsque l'éthanol devient un grand business, les agriculteurs eux-mêmes sont repoussés encore plus loin dans les marges de l’économie, de la société et des régions soumises aux monocultures. En 2003, près de 50% des raffineries d'éthanol dans les Etats-Unis appartenaient à des agriculteurs. Actuellement, 80% sont détenues par des propriétaires absentéistes, et la construction de nouvelles installations réduiront encore la part détenue par les agriculteurs. Les exigences des investisseurs dicteront une préférence pour la construction de raffineries à bas coûts plutôt que les alternatives plus favorables à l'environnement.
Une promotion sans limites
Même si des agriculteurs partout dans l'hémisphère ont bénéficié des prix plus élevés du grain, Georges Naylor, du National Family Farm Coalition, avertit que les gains à court terme reviendront très chers dans un avenir pas si éloigné, et que – comme toujours – ce sont les petits paysans qui vont devoir payer la facture. Lors d'une conférence internationale sur les agrocarburants – qui s'est tenue à Mexico City le 30 août 2007 – il a prédit que des prix plus élevés ne se maintiendraient pas à mesure que les paysans cultiveraient des surfaces plus importantes, et que des agriculteurs qui se sont convertis aux cultures pour les agrocarburants pourraient finir par perdre leurs fermes. Au Brésil, le prix de la canne à sucre a déjà commencé à baisser.
La question est de savoir s'il faut s'opposer directement à la production d'agrocarburants ou s'il faut faire pression pour des alternatives durables du point de vue social et environnemental. Le problème est dans la pression qu'il faudra appliquer. Vu l'énorme puissance économique et politique des intérêts derrière les agrocarburants, l'application du modèle favorisera invariablement les profits plutôt que l'environnement, et le rendement des investissements plutôt que les droits humains.
Dans ce contexte, les chances pour que les communautés locales et les petits paysans puissent bénéficier de cet essor s'évaporent encore plus vite que l'alcool. (Trad. A l’encontre)
Que sont les agrocombustibles?
L'idée d'une source renouvelable de carburant existe depuis l'invention des voitures au XIXe siècle. Mais les produits pétroliers à bas prix et l'attitude «demain n'arrivera jamais» de l'industrie automobile a pendant des décennies relégué à la marge l'éthanol et d'autres biocombustibles.
Pour le dire simplement, les agrocombustibles sont des combustibles faits de matière organique – des sous-produits végétaux ou animaux. Habituellement, il s'agit d'alcools, produits d'une manière similaire aux procédés utilisés pour la distillation clandestine d'alcool, mais sur une échelle beaucoup plus vaste. L'éthanol est surtout fabriqué à partir de maïs et de canne à sucre. Du «biodiesel» est fait à partir de palme, de soya, de colza ou d'autres huiles végétales; et l'éthanol cellulosique est produit en «décomposant» des fibres provenant d'herbes ou de presque n'importe quelle autre sorte de plante.
Ces combustibles sont considérés comme «renouvelables» puisque les cultures peuvent pousser chaque année. Mais dans beaucoup de cas, elles exigent des ressources comme l'eau non-polluée, du sol fertile et des fertilisants qui sont, eux, limités dans des régions données. Les agrocombustibles peuvent être utilisés pour remplacer des combustibles liquides à base d'huile, en particulier pour les transports, mais actuellement ils n'entrent que pour 1,8% du combustible pour les transports utilisé aux Etats-Unis. Souvent ils sont utilisés sous forme de mélange avec l'essence. Des moteurs ordinaires peuvent fonctionner sans être modifiés avec un mélange contenant un niveau bas d'éthanol; des moteurs flex-fuel [qui peuvent utiliser deux ou trois types de carburant] peuvent fonctionner avec une proportion plus élevée d'éthanol, et certaines technologies permettent l'utilisation de 100% d'éthanol ou de «biodiesel».
Le terme le plus utilisé pour désigner les agrocarburants est celui de "biocarburants". Ce terme contribue cependant à masquer quelques réalités importantes. «Bio» est un préfixe signifiant la vie. Le terme «biocarburants» semble insinuer qu'il s'agit de carburants issus de processus biologiques naturels, et qu'ils sont utilisés pour satisfaire des besoins sociaux normaux.
Or, aucune de ces suppositions ne correspond à la réalité. L'utilisation massive de terres pour des monocultures génétiquement modifiées n'est ni naturelle ni respectueuse de l'environnement. Jusqu'à maintenant, le déplacement de paysans et l'exploitation d'ouvriers agricoles pour produire des cultures destinées aux agrocarburants a entraîné une dégradation du niveau de vie pour des êtres humains.
Le taux de consommation des combustibles fossiles dans les pays développés n'est pas non plus le résultat d'une croissance normale d'une société saine, mais plutôt un symptôme de ce que les Hopi [indiens d’Amérique du Nord] appellent koyaanisqatsi - une vie qui n'est plus en harmonie.
Le terme d'agrocombustibles désigne en outre directement comment les biocombustibles sont produits. Le préfixe «agro» explicite le fait qu'ils sont directement en compétition avec d'autres produits agricoles, en particulier des aliments, en ce qui concerne les terres et les ressources. En tant que tel, le développement massif d'agrocombustibles menace l'approvisionnement global de nourriture et la lutte contre la faim, ainsi que les aspirations des nations à nourrir et à donner un emploi à leurs populations, et donc à leur capacité à atteindre une souveraineté alimentaire. Des associations de petits paysans partout dans le monde se sont prononcées contre la transformation du terrain agricole en vue de produire des cultures pour les agrocarburants.
L’impact des agrocarburants en 9 points
a) Consolidation de la puissante alliance des quatre grandes («Big Four») industries: alimentation, biotechnologies, pétrole et automobile.
b) Transformation de terrains agricoles produisant des aliments pour la consommation locale et pour subsistance en terrains voués à la production de monocultures industrielles et passant sous contrôle de firmes transnationales.
c) Conversion des régions protégées à riche biodiversité à la monoculture.
d) Des petits agriculteurs – qui sont souvent parmi les opposants les plus actifs à la mondialisation dans des pays en voie de développement – passeront du statut de producteurs à celui de laboureurs salariés sans terres.
e) Accélération de la production et dégradation des conditions de travail dans des plantations de canne à sucre et autres plantations orientées vers les agrocarburants.
f) Rénovation de la demande de prêts auprès des IFI pour le secteur public-privé, ce qui augmentera la dette nationale.
g) Augmentation du prix des produits agricoles (maïs et soja), entraînant l'inflation et la faim, et réduisant la pression en faveur de la réforme des programmes de subsides agricoles états-uniens et européens.
h) Augmentation de l'utilisation de fertilisants chimiques et de cultures génétiquement modifiées.
i) Augmentation de la dépendance alimentaire et perte de la souveraineté nationale.
(25 septembre 2007)
Laura Carisen est directrice de l'America Policy Program à Mexico City(http://www.americaspolicy.org ).
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Re: L'Europe, les biocarburants... et le Tiers-Monde.
Union Européenne et biocarburants : un retour au bon sens
La Coordination Rurale se réjouit de la récente décision de bon sens de l’Union Européenne de renoncer à tout objectif contraignant pour les Etats en matière d’incorporation de biocarburants.
De nombreuses études réalisées par des organismes de référence dans le monde entier ont démontré le peu d’intérêt et les risques engendrés par le développement massif des biocarburants industriels. La CR, elle-même, a alerté les pouvoirs publics et la presse sur ce sujet depuis bien longtemps.
De plus, dans un contexte de tensions sur les marchés des matières premières agricoles, la CR met en garde depuis des années les décideurs sur les dangers des biocarburants pour l’alimentation de la planète. Elle a également souligné l’incohérence des plans biocarburants qui sont irréalisables en raison du manque de surfaces agricoles disponibles et dont les bilans économique et écologique sont mauvais, sauf rares exceptions.
Enfin, en tant que syndicat de défense des producteurs, la CR avait prévenu les agriculteurs du peu d’intérêt pour eux de s’engager dans la voie des biocarburants en terme de revenu. Le manque à gagner est en effet important pour les agriculteurs, entre le prix de vente des céréales et oléoprotéagineux pour l’alimentaire d’un côté et à des fins énergétiques de l’autre (entre 300 à 700 € à l’hectare).
La Coordination Rurale regrette donc que le gouvernement français se soit lancé tête baissée dans ce projet coûteux (défiscalisation) et peu efficace d’un point de vue environnemental. Elle demande donc un arrêt du plan biocarburant actuel et la mise en place d’une vraie réflexion sur l’autonomie énergétique des exploitations et le développement des biocarburants en circuits courts moins coûteux pour l’Etat, plus efficaces écologiquement et rémunérateurs pour les agriculteurs.
http://www.no-media.info/
La Coordination Rurale se réjouit de la récente décision de bon sens de l’Union Européenne de renoncer à tout objectif contraignant pour les Etats en matière d’incorporation de biocarburants.
De nombreuses études réalisées par des organismes de référence dans le monde entier ont démontré le peu d’intérêt et les risques engendrés par le développement massif des biocarburants industriels. La CR, elle-même, a alerté les pouvoirs publics et la presse sur ce sujet depuis bien longtemps.
De plus, dans un contexte de tensions sur les marchés des matières premières agricoles, la CR met en garde depuis des années les décideurs sur les dangers des biocarburants pour l’alimentation de la planète. Elle a également souligné l’incohérence des plans biocarburants qui sont irréalisables en raison du manque de surfaces agricoles disponibles et dont les bilans économique et écologique sont mauvais, sauf rares exceptions.
Enfin, en tant que syndicat de défense des producteurs, la CR avait prévenu les agriculteurs du peu d’intérêt pour eux de s’engager dans la voie des biocarburants en terme de revenu. Le manque à gagner est en effet important pour les agriculteurs, entre le prix de vente des céréales et oléoprotéagineux pour l’alimentaire d’un côté et à des fins énergétiques de l’autre (entre 300 à 700 € à l’hectare).
La Coordination Rurale regrette donc que le gouvernement français se soit lancé tête baissée dans ce projet coûteux (défiscalisation) et peu efficace d’un point de vue environnemental. Elle demande donc un arrêt du plan biocarburant actuel et la mise en place d’une vraie réflexion sur l’autonomie énergétique des exploitations et le développement des biocarburants en circuits courts moins coûteux pour l’Etat, plus efficaces écologiquement et rémunérateurs pour les agriculteurs.
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Re: L'Europe, les biocarburants... et le Tiers-Monde.
Éthanol : quand Lula rêve d'un « tsunami vert »
LE BRÉSIL a l'ambition d'approvisionner les automobilistes avec de l'éthanol, un carburant miracle : « non polluant et bon marché ». Depuis trente ans, le plus grand pays d'Amérique du Sud envisage de devenir le principal exportateur. En 2007, il consacrait à la production de l'« or vert » 6 millions d'hectares pour les plantations de la canne à sucre, 5 hectares pour la betterave à sucre, 3 hectares pour le maïs et 2,5 hectares pour le blé. Cette filière a attiré les plus grands investisseurs. En 2005, le groupe français Tereos (ex-Béghin-Say) fut la première société étrangère à acheter pour 170 millions d'euros une distillerie de canne à sucre. Bill Gates a investi 84 millions de dollars dans Pacific Ethanol. Le Britannique Richard Branson, patron de Virgin, se consacre au développement de carburants alternatifs par le biais de la société Virgin Fuels. Mais ce commerce est devenu l'enfer de plus de 500 000 Brésiliens, transformés en esclaves d'un nouvel enjeu mondialiste sur fond de propagande écologiste contre le supposé « réchauffement climatique ».
L'ÉTHANOL EST PLUS DANGEREUX QUE L'ESSENCE
Il fait nuit et les plantations de canne à sucre brûlent autour d'Araçoiaba dans le Nordeste. Quand, à l'aube, les nids de braise sont encore rougeoyants, les ouvriers avancent avec leur machette. On dirait qu'une guerre a ravagé les plantations. Derrière le reflet des flammes, le ciel s'est empourpré et le vent rabat encore une épaisse fumée mêlée d'une odeur putride. Dans la région de Sao Paulo, le fumage des cultures engendre un désastre écologique. Chaque année, il est aussi la cause de 750 000 tonnes de particules provoquant une augmentation de 20 % à 50 % des cas d'asthme, Le constat de Mark Jacobson, spécialiste en chimie atmosphérique à l'université de Stanford en Californie, va dans ce sens. Ayant étudié la dégradation de la qualité de l'air au Brésil dans les années 1970, il conclut que l'E85 - carburant composé de 85 % d'éthanol et de 15 % d'essence sans plomb - présenterait pour la santé publique un risque égal, voire supérieur à celui de l'essence seule. Selon lui, l'éthanol détruit la couche d'ozone. Dans certaines régions des États-Unis, il est la cause d'une augmentation des cancers de 4 % à 9 %. La combustion de l'E85 rejette dans l'atmosphère des composés extrêmement toxiques comme l'aldéhyde formique et l'acétaldéhyde (La Scienze du 18/4/07).
L'université de Sao Paulo a observé que les coupeurs de canne à sucre travaillent en moyenne douze ans avant d'être remplacés ou renvoyés. Dans ces exploitations, on ne tolère ni les vieux, ni les malades. Jusqu'à la tombée du soleil, chaque homme doit couper 3,5 tonnes de canne à sucre qui produiront 300 litres d'essence biologique. Pour cela, l'ouvrier entre dans les cendres muni de sa facao, réalisant chaque jour plus de 3 000 coupes. De telles descriptions renvoient à l'univers, qu'on croyait disparu, de la révolution industrielle anglaise. Dans They Were White and They Were Slaves (Ils étaient blancs et ils étaient esclaves), Michael A. Hoffman mentionne que les entreprises employaient alors des ramoneurs de six ans. Dans une chaleur insoutenable, ils grimpaient avec agilité à l'intérieur d'immenses cheminées. Par souci de production, les fourneaux n'étaient jamais éteints. Sur les tombes, les épitaphes portaient le témoignage de nombreux accidents. Aujourd'hui, Silva, le premier président de gauche brésilien dont l'élection avait enthousiasmé tous les "humanistes", la fin justifie des moyens semblables : « Jusqu'en 2030, nous serons les plus importants fournisseurs de carburant au monde. »
LES REVERS D'UN SUCCÈS MONDIAL
L'éthanol promet d'importantes retombées financières, En 2008, le Brésil a produit 26 milliards de litres grâce à la canne à sucre. Dans les années à venir, cette production devrait doubler pour atteindre 53 milliards de litres. Les clients ne manquent pas. Plus de trente pays mélangent l'éthanol à l'essence. D'ici à 2012, les Etats-Unis veulent couvrir 15 % de leur besoin en carburant avec de l'essence biologique contre 10 % pour l'Union européenne. L'été dernier, la Suède a signé un accord avec des sociétés brésiliennes pour la livraison de 115 millions de litres d'éthanol. Sous prétexte d'améliorer la condition des ouvriers de canne à sucre, Stockholm paye 5 à 10 % au-dessus du prix facturé.
Lula a des ambitions planétaires. Par souci d'optimisation, il rêve d'étirer cette ceinture verte sur toute la périphérie de l'équateur, relayant ainsi les pays du tiers-monde ensoleillés et particulièrement rentables. Car, dans le Nordeste, la saison de la canne à sucre ne dure que de cinq à sept mois. Les nations concernées travailleraient avec le Brésil et constitueraient une OPEC du carburant écologique. Elles approvisionneraient les pays riches pour profiter à leur tour d'une bonne croissance économique. D'après les projections des experts de Lula, si tous les véhicules roulaient à l'éthanol, le Brésil pourrait couvrir un quart des besoins mondiaux. Aussi le président ne recule-t-il devant aucun mensonge : « L'argent de l'éthanol permettra d'aider les pauvres » ou « Le monde doit être plus propre et doit créer de nouveaux emplois ». Seul hic, la monoculture de l'éthanol concurrence dangereusement l'agriculture plus traditionnelle destinée à l'alimentation. Cela conduira inéluctablement à une explosion de la famine dans les pays les plus démunis comme Petrus Agricola l'a si souvent exposé ici.
Les « gros nez» des multinationales Cargill, Multis et Shell ou l"'humaniste-financier" George Soros n'en ont cure. Ils misent sur la réussite de leur projet. En arrière-plan, le terrain a été préparé à coup de désinformation écologiste: depuis 1992, 189 gouvernements ont ratifié le protocole de Kyoto, En mai 2008, Angela Merkel s'est rendue au Brésil et a convenu d'un partenariat avec ce pays pour équiper l'Allemagne de pompes à éthanol. Aux Pays-Bas, le ministre des Transports Camiel Eurlings a débloqué 1,8 million d'euros pour moderniser à cet effet les stations-service (Elsevier du 26/5/08), D'ici à 2030, le Japon a prévu d'équiper toutes ses voitures. Lula explique que les habitudes des pays occidentaux n'en seront pas changées. Comme pour les Volkswagen vendues au Brésil, les constructeurs automobiles devront simplement adapter les moteurs pour fonctionner avec de l'éthanol produit à 20 centimes le litre.
LE SANG DES HOMMES
Le prêtre écossais Tiago dénonce toutes ces billevesées : « La promesse d'un carburant biologique est un mensonge. Celui qui achète de l'éthanol remplit son réservoir de sang. Ce carburant est produit par des esclaves. » Le Père connaît le côté sombre des songes de Lula. Il explique que le bas prix de l'éthanol provient de l'exploitation inhumaine des ouvriers des plantations. L'Amérique du sud se prépare à un « Tsunami vert ». Le Brésil devrait bientôt étendre à 10 millions d'hectares les exploitations de canne à sucre, Les terrains du sud, plats, sont plus rentables car plus accessibles aux technologies de production. Le Père Tiago roule en direction du nord sur la route nationale 101, « la route de la canne à sucre ». La Zona da Mata est une bande forestière de plus de 700 km au bord de l'Océan atlantique. Les barons de la canne à sucre n'hésitent pas à dévier le cours des rivières et des fleuves. Des villages sont rayés des cartes. Rien ne résiste aux bulldozers à l'exception de quelques rares clochers, chapelles et églises.
Le Père Tiago sait qu'il lui faut être prudent. Les Capangas, hommes de main des propriétaires ruraux, ont déjà tué des membres de la Commission pastorale. Munis de motos tout-terrain, de jeeps et bien sûr d'armes à feu, ils sillonnent les plantations. Officiellement engagés pour la sécurité, ils sont de véritables chiens de troupeau encadrant plus de 2 000 ouvriers. Il n'existe aucune règle. Les villages sont rongés par la famine et la prostitution. La nourriture se limite à de l'eau et à de la bouillie de maïs. Travaillant six jours par semaine, les coupeurs de canne sont des survivants et des martyrs de l'industrie moderne pour un salaire misérable - 400 réals soit 130 euros par mois. En dehors de la canne à sucre, il n'existe pas d'autre activité. Président du syndicat d'ouvriers agricoles STR à Aliança, une autre plantation dans le nord-est du pays, José Lourenço da Silva constate que depuis l'élection de Lula en 2002, la pauvreté a doublé dans sa région.
Loin de la vision tronquée de l'Occident, l'écologie montre de plus en plus sa raison d'être. Ayant pris les contours d'un mythe, elle est un instrument concrétisant les exigences des multinationales et d'une économie où l'homme perdra toute dignité. Quant à l'éthanol, il est devenu un complément de l' « or noir » : un plan judicieux permettant aux émirs, aux Rockefeller et à ses sbires de faire durer le pétrole. L'«or vert» connaîtra une envolée des cours quand une majorité de constructeurs automobiles, des gouvernements l'auront adopté et en seront peu à peu dépendants,
Laurent BLANCY, < Laurent-Blancy@neuf.fr >
Rivarol du 6 mars 2009
LE BRÉSIL a l'ambition d'approvisionner les automobilistes avec de l'éthanol, un carburant miracle : « non polluant et bon marché ». Depuis trente ans, le plus grand pays d'Amérique du Sud envisage de devenir le principal exportateur. En 2007, il consacrait à la production de l'« or vert » 6 millions d'hectares pour les plantations de la canne à sucre, 5 hectares pour la betterave à sucre, 3 hectares pour le maïs et 2,5 hectares pour le blé. Cette filière a attiré les plus grands investisseurs. En 2005, le groupe français Tereos (ex-Béghin-Say) fut la première société étrangère à acheter pour 170 millions d'euros une distillerie de canne à sucre. Bill Gates a investi 84 millions de dollars dans Pacific Ethanol. Le Britannique Richard Branson, patron de Virgin, se consacre au développement de carburants alternatifs par le biais de la société Virgin Fuels. Mais ce commerce est devenu l'enfer de plus de 500 000 Brésiliens, transformés en esclaves d'un nouvel enjeu mondialiste sur fond de propagande écologiste contre le supposé « réchauffement climatique ».
L'ÉTHANOL EST PLUS DANGEREUX QUE L'ESSENCE
Il fait nuit et les plantations de canne à sucre brûlent autour d'Araçoiaba dans le Nordeste. Quand, à l'aube, les nids de braise sont encore rougeoyants, les ouvriers avancent avec leur machette. On dirait qu'une guerre a ravagé les plantations. Derrière le reflet des flammes, le ciel s'est empourpré et le vent rabat encore une épaisse fumée mêlée d'une odeur putride. Dans la région de Sao Paulo, le fumage des cultures engendre un désastre écologique. Chaque année, il est aussi la cause de 750 000 tonnes de particules provoquant une augmentation de 20 % à 50 % des cas d'asthme, Le constat de Mark Jacobson, spécialiste en chimie atmosphérique à l'université de Stanford en Californie, va dans ce sens. Ayant étudié la dégradation de la qualité de l'air au Brésil dans les années 1970, il conclut que l'E85 - carburant composé de 85 % d'éthanol et de 15 % d'essence sans plomb - présenterait pour la santé publique un risque égal, voire supérieur à celui de l'essence seule. Selon lui, l'éthanol détruit la couche d'ozone. Dans certaines régions des États-Unis, il est la cause d'une augmentation des cancers de 4 % à 9 %. La combustion de l'E85 rejette dans l'atmosphère des composés extrêmement toxiques comme l'aldéhyde formique et l'acétaldéhyde (La Scienze du 18/4/07).
L'université de Sao Paulo a observé que les coupeurs de canne à sucre travaillent en moyenne douze ans avant d'être remplacés ou renvoyés. Dans ces exploitations, on ne tolère ni les vieux, ni les malades. Jusqu'à la tombée du soleil, chaque homme doit couper 3,5 tonnes de canne à sucre qui produiront 300 litres d'essence biologique. Pour cela, l'ouvrier entre dans les cendres muni de sa facao, réalisant chaque jour plus de 3 000 coupes. De telles descriptions renvoient à l'univers, qu'on croyait disparu, de la révolution industrielle anglaise. Dans They Were White and They Were Slaves (Ils étaient blancs et ils étaient esclaves), Michael A. Hoffman mentionne que les entreprises employaient alors des ramoneurs de six ans. Dans une chaleur insoutenable, ils grimpaient avec agilité à l'intérieur d'immenses cheminées. Par souci de production, les fourneaux n'étaient jamais éteints. Sur les tombes, les épitaphes portaient le témoignage de nombreux accidents. Aujourd'hui, Silva, le premier président de gauche brésilien dont l'élection avait enthousiasmé tous les "humanistes", la fin justifie des moyens semblables : « Jusqu'en 2030, nous serons les plus importants fournisseurs de carburant au monde. »
LES REVERS D'UN SUCCÈS MONDIAL
L'éthanol promet d'importantes retombées financières, En 2008, le Brésil a produit 26 milliards de litres grâce à la canne à sucre. Dans les années à venir, cette production devrait doubler pour atteindre 53 milliards de litres. Les clients ne manquent pas. Plus de trente pays mélangent l'éthanol à l'essence. D'ici à 2012, les Etats-Unis veulent couvrir 15 % de leur besoin en carburant avec de l'essence biologique contre 10 % pour l'Union européenne. L'été dernier, la Suède a signé un accord avec des sociétés brésiliennes pour la livraison de 115 millions de litres d'éthanol. Sous prétexte d'améliorer la condition des ouvriers de canne à sucre, Stockholm paye 5 à 10 % au-dessus du prix facturé.
Lula a des ambitions planétaires. Par souci d'optimisation, il rêve d'étirer cette ceinture verte sur toute la périphérie de l'équateur, relayant ainsi les pays du tiers-monde ensoleillés et particulièrement rentables. Car, dans le Nordeste, la saison de la canne à sucre ne dure que de cinq à sept mois. Les nations concernées travailleraient avec le Brésil et constitueraient une OPEC du carburant écologique. Elles approvisionneraient les pays riches pour profiter à leur tour d'une bonne croissance économique. D'après les projections des experts de Lula, si tous les véhicules roulaient à l'éthanol, le Brésil pourrait couvrir un quart des besoins mondiaux. Aussi le président ne recule-t-il devant aucun mensonge : « L'argent de l'éthanol permettra d'aider les pauvres » ou « Le monde doit être plus propre et doit créer de nouveaux emplois ». Seul hic, la monoculture de l'éthanol concurrence dangereusement l'agriculture plus traditionnelle destinée à l'alimentation. Cela conduira inéluctablement à une explosion de la famine dans les pays les plus démunis comme Petrus Agricola l'a si souvent exposé ici.
Les « gros nez» des multinationales Cargill, Multis et Shell ou l"'humaniste-financier" George Soros n'en ont cure. Ils misent sur la réussite de leur projet. En arrière-plan, le terrain a été préparé à coup de désinformation écologiste: depuis 1992, 189 gouvernements ont ratifié le protocole de Kyoto, En mai 2008, Angela Merkel s'est rendue au Brésil et a convenu d'un partenariat avec ce pays pour équiper l'Allemagne de pompes à éthanol. Aux Pays-Bas, le ministre des Transports Camiel Eurlings a débloqué 1,8 million d'euros pour moderniser à cet effet les stations-service (Elsevier du 26/5/08), D'ici à 2030, le Japon a prévu d'équiper toutes ses voitures. Lula explique que les habitudes des pays occidentaux n'en seront pas changées. Comme pour les Volkswagen vendues au Brésil, les constructeurs automobiles devront simplement adapter les moteurs pour fonctionner avec de l'éthanol produit à 20 centimes le litre.
LE SANG DES HOMMES
Le prêtre écossais Tiago dénonce toutes ces billevesées : « La promesse d'un carburant biologique est un mensonge. Celui qui achète de l'éthanol remplit son réservoir de sang. Ce carburant est produit par des esclaves. » Le Père connaît le côté sombre des songes de Lula. Il explique que le bas prix de l'éthanol provient de l'exploitation inhumaine des ouvriers des plantations. L'Amérique du sud se prépare à un « Tsunami vert ». Le Brésil devrait bientôt étendre à 10 millions d'hectares les exploitations de canne à sucre, Les terrains du sud, plats, sont plus rentables car plus accessibles aux technologies de production. Le Père Tiago roule en direction du nord sur la route nationale 101, « la route de la canne à sucre ». La Zona da Mata est une bande forestière de plus de 700 km au bord de l'Océan atlantique. Les barons de la canne à sucre n'hésitent pas à dévier le cours des rivières et des fleuves. Des villages sont rayés des cartes. Rien ne résiste aux bulldozers à l'exception de quelques rares clochers, chapelles et églises.
Le Père Tiago sait qu'il lui faut être prudent. Les Capangas, hommes de main des propriétaires ruraux, ont déjà tué des membres de la Commission pastorale. Munis de motos tout-terrain, de jeeps et bien sûr d'armes à feu, ils sillonnent les plantations. Officiellement engagés pour la sécurité, ils sont de véritables chiens de troupeau encadrant plus de 2 000 ouvriers. Il n'existe aucune règle. Les villages sont rongés par la famine et la prostitution. La nourriture se limite à de l'eau et à de la bouillie de maïs. Travaillant six jours par semaine, les coupeurs de canne sont des survivants et des martyrs de l'industrie moderne pour un salaire misérable - 400 réals soit 130 euros par mois. En dehors de la canne à sucre, il n'existe pas d'autre activité. Président du syndicat d'ouvriers agricoles STR à Aliança, une autre plantation dans le nord-est du pays, José Lourenço da Silva constate que depuis l'élection de Lula en 2002, la pauvreté a doublé dans sa région.
Loin de la vision tronquée de l'Occident, l'écologie montre de plus en plus sa raison d'être. Ayant pris les contours d'un mythe, elle est un instrument concrétisant les exigences des multinationales et d'une économie où l'homme perdra toute dignité. Quant à l'éthanol, il est devenu un complément de l' « or noir » : un plan judicieux permettant aux émirs, aux Rockefeller et à ses sbires de faire durer le pétrole. L'«or vert» connaîtra une envolée des cours quand une majorité de constructeurs automobiles, des gouvernements l'auront adopté et en seront peu à peu dépendants,
Laurent BLANCY, < Laurent-Blancy@neuf.fr >
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