Communisme : le devoir de mémoire

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Pat
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Messagepar Pat » 23/09/2007 - 20:14

Grosminet a écrit :Sans vouloir défendre les crimes du communiste que je condamne, je pense qu'il faut tout dire :
Le communisme a été une réaction au capitalisme du 19ème siècle.
Alors svp ayez aussi une petites pensées pour les enfants qui crevaient au fonds des mines ou en nettoyant les cheminées des usines : ici pour des raisons de productivité les foyers n'étaient jamais éteints. Pour info, la durée moyenne de vie des gosses "des cheminées"étaient de 2 mois et les usines en consommaient des dizaines par an, beaucoup étaient enlevés .......certains syndicalistes communistes ont été assassinés en voulant les libérer.
Les communistes en avaient rien à cirer du moins ceux qui avaient un minimum de responsabilité.
Capitalisme ou pas , le communisme aurait existé tout pareil ce ne fut pas une réaction mais un moyen de diriger le monde.
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MD12
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Messagepar MD12 » 24/09/2007 - 13:20

depuis la rupture avec Doriot.


I read many books about WWII so here is more on Jacques Doriot - he became a communist in 1920, and was the leader of the Jeunesses communistes as well as a member of the Central Committee of the Communist party. The leadership brass shunned him because he proposed an alliance with the socialists , although he was re-elected to the Chamber of Deputies and was the Mayor of Saint-Dennis. He was finally expelled in June 1934, yet one month later the PCF made an alliance with the socialists - making him even more angry.

So he formed the socialistic party Parti Populaire Francais. The French patriots in the party left after Doriot supported Hitler's annexation of the Sudentenlad in 1938, effectively killing his party for a while. When the Germans occupied France Doriot collaborated with the Germans and in 1941 joined the LVF French Wehrmacht unit, fighting for political control over military units, soldiers, etc against other competitors.

This confirms Mr Le Pen's statement that there were collabarators who saw Hitler as the embodiment of anti-communist socialism, when asked about it in an interview.

Kevin
"Les racines de l'apostasie moderne réside dans l'athéisme scientifique, le matérialisme dialectique, rationalisme, illuminisme, la laïcité et la franc-maçonnerie, qui est la mère de tous." - Pape Pie XII -

Cleo
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Messagepar Cleo » 24/09/2007 - 17:26


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Messagepar Pat » 25/09/2007 - 15:08

Le Parti communiste et la politique des fronts 4
Le Parti communiste est incapable d'arriver au pouvoir par ses propres moyens. Même avec l'aide des organisations de masse qu'il dirige , il n'y pourrait parvenir: il lui faut des alliances avec d'autres formations politiques.
En fait d'union ou d'unité, les communistes sont toujours demandeurs . non parce qu'ils ont plus que d'autres le goût de la fraternité et le sens de la tolérance, tout au contraire, mais parce qu'ils ont besoin de cette union pour avancer : le pire danger pour eux, c'est l'isolement.
Ces alliances, les communistes les ont d'abord appelées des fronts, terme d'origine militaire, auxquelles ils préfèrent aujourd'hui celui d'union (Union de la gauche; au Chili: unité populaire).
A. - TROIS SORTES DE FRONTS.
Il existe trois sortes de fronts, animés par les communistes
1. - le front unique ou front commun.
Il a pour objet de réunir " sur une base de classe" les partis qui se réclament du socialisme et prétendent représenter les « intérêts historiques" de la classe ouvrière. C'est un « front de classe ", constitué sur " une base de classe ".
La formule du front unique, apparue dès 1921, avait pour objet la reprise de contact avec les militants et la clientèle électorale des partis socialistes que les communistes n'avaient pas réussi à faire disparaître par la scission.
Malgré la présence des radicaux, les socialistes, par gauchisme, ont voulu donner à l'Union de la gauche la nature d'un front unique en parlant à son sujet d'un Front de classe. Quand R. Fabre se révolta, G. Marchais proposa à F. Mitterrand de continuer à deux : on serait passé du Front populaire (voir ci-dessous) au front unique.
2. - Le front populaire (P.C. + P.S. + Parti radical).
Il rassemble les partis se. réclamant de la démocratie pour défendre les institutions démocratiques menacées par le fascisme. (En réalité, les partis attachés aux institutions démocratiques sont beaucoup plus nombreux que ceux qui entrent dans un front populaire, à savoir communistes, socialistes, radicaux, certaines organisations se réclamant de la démocratie chrétienne). La formule est apparue en 1934.
L'Union de la gauche vise à un changement de société, mais le P.C. voudrait lui donner aussi l'aspect d'un front populaire de défense de la démocratie. Sa propagande essaie de faire croire que les libertés politiques et personnelles sont menacées (par le pouvoir, les trusts, etc.). En réalité, la seule menace qui pèse sur les libertés en France, c'est celle d'une victoire de la gauche dominée par les communistes.
3. - Le front national (P.C . + P.S. +P. Rad. + P. National).
Aux partis précédemment évoqués, le front national associe les partis et mouvements qui mettent au premier rang de leurs préoccupations les problèmes nationaux : la défense nationale, l'indépendance et le rayonnement de la patrie. La formule est apparue en 1936 sous les noms de Front des Français, puis Union du Peuple de France. (Pendant la guerre, le P.C. a parlé de Front national avant le 21 juin 1941 (= agression hitlérienne contre l'U.R.S.S.) sans lui donner la signification antiallemande qu'il a prise après cette date).
a) Le Front national est différent de l'Union sacrée ou Union nationale : celle-ci se constitue autour de ceux dont la préoccupation principale est la patrie. Au contraire, le Front national a pour animateur le P.C., et pour objectif final les progrès du communisme.
b) Le Front national peut exclure tout ou partie des socialistes. Le P.C. - qui force le P.S. à rompre toute alliance sur sa droite - se réserverait volontiers la possibilité de tendre la main à des gaullistes d'opposition pour une alliance directe ou indirecte (par exemple l'approbation récente de l'armement nucléaire de tout temps combattu par eux) ou même directe si possible.
B. - L'ENNEMI PRINCIPAL N'EST PAS L'ENNEMI COMMUN.
1) Tout front est une alliance dont l'objet principal est de servir les intérêts du Parti communiste, même si l'objet apparent est tout différent. JI ne constitue nullement la reconnaissance par le Parti communiste de la légitimité des autres partis, de leur droit à l'existence.
En proposant son alliance aux autres partis, le P.C. continue à agir pour la disparition des « crasses " dont ces partis sont, d'après lui l'expression politique, donc pour la disparition de ces partis.
Sous prétexte de combattre un ennemi commun, le P.C. s'approche des autres partis et se met ainsi en mesure de leur enlever des électeurs, des adhérents, peut-être même de les faire disparaître, soit par destruction, soit par absorption : l'unité d'action se transforme en unité organique; les deux partis fusionnent et la fusion se fait toujours, l'expérience le prouve, au profit du Parti communiste (Exemple: la fusion de la C.G.T. réformiste et de la C.G.T.U. communiste en 1935-1936).
2) Les conseils de lénine
En 1920, Lénine conseilla aux communistes britanniques de proposer leur alliance aux travaillistes (= socialistes, leaders : Henderson, Snowden) contre les libéraux (Lloyd George) et les conservateurs. Les communistes britanniques n'avaient pas encore assimilé les conceptions léninistes de l'action politique dont l'immoralité les heurtait. Ils refusèrent.
Lénine les critiqua dans sa brochure : La maladie infantile du communisme: le gauchisme. (Œuvres, tome 31 (avril-décembre 1920) pp. 112-116).
Il convenait que les travaillistes étaient" irrémédiablement réactionnaires" ; il fallait pourtant " dans l'intérêt de la révolution accorder à ces messieurs un certain soutien parlementaire ", afin « d'aider la majorité de la classe ouvrière à se convaincre par sa propre expérience que les travaillistes ne sont bons à rien " Alors, « la majorité des ouvriers, ayant perdu ses illusions, on pourra renverser, avec de sérieuses chances de succès, le gouvernement des travaillistes ".
« Le Parti communiste propose aux travaillistes un compromis, un accord électoral : nous marchons ensemble contre la coalition des libéraux et des conservateurs ... Nous gardons, pour notre part, la plus entière liberté de propagande, d'agitation, d'action politique. Sans cette dernière condition, impossible de faire bloc . Ce serait une trahison. Les communistes doivent exiger et s'assurer absolument la plus entière liberté de propagande, d'agitation, d'action politique. Sans cette dernière condition, impossible de faire bloc. Ce serait une trahison. Les communistes doivent exiger et s'assurer absolument la plus entière liberté de dénoncer les travaillistes comme l'ont fait (quinze ans durant, de 1903 à 1917) les bolcheviks russes à l'égard des travaillistes russes, c'est-à-dire des mencheviks » (p. 82).
Deux hypothèses. La première : les socialistes acceptent le Front unique.
« Si les travaillistes acceptent le bloc à ces conditions, nous aurons gagné - car nous porterons notre propagande dans les masses ... et nous aiderons non seulement le Parti travailliste à former plus vite son gouvernement, mais encore les masses à comprendre plus vite toute la propagande communiste que nous mènerons contre les travaillistes, sans la moindre réticence, sans la moindre réserve (p. 82).
« Aujourd'hui, les communistes anglais ont très souvent de la peine à approcher la masse, à se faire écouter. Mais si, me présentant comme communiste, j'invite à voter pour le travailliste, on m'écoutera sincèrement. Et je pourrai expliquer de façon à être compris de tous, non seulement en quoi les Soviets sont préférables au parlement et la dictature du prolétariat préférable à celle de Churchill, couverte du pavillon de la " démocratie» bourgeoise, mais aussi que mon intention en faisant voter pour Henderson (= le chef travailliste) est de le soutenir exactement comme la corde soutient le pendu. Et la constitution d'un gouvernement travailliste prouvera que j'ai raison, mettra les masses de mon côté, hâtera la mort politique des travaillistes, comme ce fut le cas de leurs corelégionnaires de Russie " (p. 84).
Seconde hypothèse les socialistes refusent.
« Si les travaillistes refusent de faire bloc avec nous à ces conditions, nous aurons gagné encore davantage. Car nous aurons d'un seul coup montré aux masses." que les travaillistes font passer leur intimité avec les capitalistes avant l'union de tous les ouvriers... Nous aurons démontré aux masses que les travaillistes ont peur de vaincre les libéraux, de prendre seuls le pouvoir, et qu'ils cherchent à s'assurer secrètement l'appui des libéraux" (p. 83).
" Le refus des travaillistes de faire bloc assurerait du coup le succès des communistes, la sympathie des masses, le discrédit des travaillistes. Si même cela devait nous coûter quelques sièges au Parlement, peu importe» (p. 84).
Lénine se montrait trop optimiste et trop brutal : les masses se sont révélées plus difficiles à manœuvrer, et les léninistes ont enrichi leurs techniques. Le principe demeure Ie même.
3) " Plumer la volaille ".
Quand les communistes français reçurent pour la première fois du Komintern (décembre 1921) l'ordre d'offrir le front commun aux socialistes (exclus un an plus tôt comme traîtres à la révolution), ils ne comprirent pas. Albert Treint (désigné comme secrétaire du P.C.F. par le Komintern en novembre 1922) expliqua :
« Nous nous rapprochons des chefs réformistes, c'est entendu, chaque fois qu'il s'agit d'une action précise. Puis, l'action terminée, nous nous en éloignons. Nous nous en rapprochons, et nous nous en éloignons comme la main s'approche et s'éloigne de la volaille à plumer. L'excellence de cette tactique a été démontrée par la pratique que les bolcheviks en ont faite de 1903. à 1917 " (Bulletin communiste. 13 janvier 1922, p. 286).
Volaille à plumer, le plumage de la volaille ; deux formules que les socialistes ont longtemps opposées aux propositions unitaires des communistes, que les socialistes d'aujourd'hui semblent avoir oubliées (1).
Autre formule du même genre du communiste anglais Tommy Jacson (mars 1922).
(1) Au Ve Congrès du P.C. français [Lille 20-26 juin 1926), un orateur, Charles Rappoport, disait : « Notre ami Treint a donné une formule classique. Plumer la volaille, mais elle n'était pas heureuse, parce que ces choses-là se font, mais il ne faut pas les dire! (Compte rendu sténographique, p. 412).
" I would take them by the hand, as a prelimimary to taking them by the throat: Je les prendrai par la main, mais pour pouvoir ensuite les prendre à la gorge ".
Ces conseils ont conservé toute leur valeur. Sans eux, la politique des fronts perdrait toute sa vertu révolutionnaire, donc tout son intérêt pour le Parti communiste.
« La maladie infantile du communisme" reste d'ailleurs un des textes fondamentaux étudiés dans les écoles du parti.
C. - LES EXIGENCES FONDAMENTALES DE LA TACTIQUE DES FRONTS.
La tactique du front doit respecter plusieurs règles
1. -Le Parti communiste doit conserver son originalité et son indépendance.
Les contacts avec les militants des autres partis pourraient faire oublier aux militants les conceptions originales de leur parti. Il faut donc rappeler sans cesse aux militants et au public les objectifs propres du P.C.; empêcher l'affaiblissement ou l'obscurcissement des convictions des militants : d'où un contrôle et un encadrement accrus de chacun d'eux.
2. - Le parti doit conserver sa liberté de critique à l'égard de ses alliés.
En s'alliant avec d'autres partis (notamment le Parti socialiste), le P.C. peut créer un courant de sympathie à leur égard, y compris parmi ses propres sympathisants. De même, les sympathisants des autres partis regardent le P.C. avec plus de faveur du fait de cette alliance. Les communistes profitent de ce deuxième mouvement, mais lis s'efforcent d'empêcher leurs " alliés " de profiter du premier. D'où la critique constante de ces alliés - et sur un ton de " franchise " qui est loin d'être amical.
3. - le Parti communiste doit exercer le rôle dirigeant.
Le front doit servir la politique du P.C. à travers le service de l'objectif qui sert ne prétexte au front. Parfois cet objectif a une importance primordiale pour· le P.C. lui-même (exemple : pendant la guerre, la défaite de l'Allemagne) ; même alors le P.C. ne doit jamais faire passer son propre objectif en second. S'il voit qu'il perd ou risque de perdre la direction du front, il doit rompre en rejetant sur ses partenaires la responsabilité de la rupture.
4. - Le front au sommet doit être complété par le front à la base.
Le front ne doit pas constituer une alliance d'état-major. Il doit descendre jusqu'à la base des partis et s'appuyer sur des mouvements de masse. Ainsi, les communistes, mieux formés que les militants des autres partis, peuvent exercer, par l'intermédiaire de ceux-ci, une pression sur les directions des partis qui leur sont alliés : l'appui de la base leur permet ainsi d'exercer le rôle dirigeant. En cas de rupture, ces contacts à la base permettent d'entraîner des militants déçus à se séparer de leur, parti et à entrer au P.C. (plumage de la volaille).
5. - Au sein du front, le P.C. doit empêcher que les autres partis se concertent entre eux.
Pour conserver la direction du front. le P.C. dénonce comme des manœuvres (travail fractionne!), les contacts que les partis qui lui sont alliés dans le front se concertent entre eux pour lui opposer une position commune et le mettre en minorité. Par contre, il s'efforce de prendre avec chacun d'eux des contacts séparés et de jouer de leurs divergences pour les maintenir désunis : c'est le Parti communiste qui doit être l'élément coordinateur, le ciment.
6. - Le Parti communiste doit constituer dans les autres partis des tendances ou noyaux qui lui sont favorables.
Le P.C. doit utiliser les « contradictions "(= les divergences) existant dans les partis avec qui il s'allie (et qui, plus démocratiques que lui, connaissent tous des divergences intérieures) pour acquérir l'appui d'une tsl1dance contre les autres, ce qui enlèvera au Parti ainsi " noyauté " une part de sa liberté de manœuvre à l'égard du P.C. (peur de la scission). Ces tendances sont quelquefois créées ou animées par des « sous-marins ", militants communistes entrés clandestinement dans le parti allié du P.C., mais il existe pour lui d'autres moyens de " manipuler " une ou plusieurs tendances à l'intérieur des autres partis. Sa propre structure de parti fortement centralisé et discipliné interdit aux autres partis d'en faire autant avec lui.
7. - Le Parti communiste doit chercher à isoler ses alliés.
Le front ayant pour objet l'affaiblissement et "élimination des partenaires, le Parti communiste s'efforce d'isoler les partis à qui il réussit à imposer son alliance. Il les force à rompre avec les autres partis, en les accusant de chercher des alliances de rechange, de se réserver la possibilité de trahir. Si les partis ainsi attaqués cèdent à cette pression, Il leur sera difficile (peut-être impossible) de se passer de l'alliance du P.C.
CONCLUSION.
Dans l'unité d'action telle que les communistes la conçoivent, l'ennemi principal -n'est pas l'ennemi commun qui sert de prétexte à l'unité d'action, mais le partenaire qui est un concurrent et un adversaire qu'il faut essayer d'affaiblir, puis de faire disparaître soit par destruction, soit par absorption.
Celui qui accepte l'unité d'action avec les communistes ne devrait jamais oublier qu'il court ce risque : J'embrasse mon ennemi, mais c'est pour l'étouffer.
Dernière édition par Pat le 24/04/2008 - 16:08, édité 1 fois.
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Messagepar Pat » 26/09/2007 - 17:24

En France, dès le début des années 30, Maurice Thorez montra à son tour qu'il avait été à bonne école. Lui aussi se servit en effet de l'arme du Parti. Moscou lui avait imposé un infléchissement sensible de la politique du PCF : pour ce faire, Thorez se devait d'abord de consolider sa tutelle. Il eut alors l'idée de lancer une campagne d'ouverture tous azimuts, avec le mot d'ordre: « Que les bouches s'ouvrent! Pas de mannequins dans le Parti! » Il faut vraiment une forte dose de candeur pour persister aujourd'hui encore à interpréter cela comme une expérience sincère de libéralisation. En fait, et toute proportions gardées, Thorez se bornait à calquer la méthode qui avait si bien réussi à Lénine en 1921 et à Staline en 1924. Les « mannequins» à briser, c'étaient les hommes qui auraient pu freiner Thorez dans son ascension; quant à l'invitation au franc concert des avis et des professions de foi, c'était en fait non pas un agrément à l'irrévérence mais, au contraire, une quête aux suffrages laudatifs et une convocation du ban et de l'arrière-ban des courtisans virtuels ou confirmés. Dès lors le secrétaire général du PCF recourut systématiquement à ce procédé chaque fois qu'il lui sembla voir s'esquisser en face de lui une velléité d'opposition ou que telle ou telle personnalité du Parti lui parût contester sa ligne avec le risque que ce désaccord dégénérât en la constitution d'une véritable tendance organisée. Rappelons, pour mémoire, les affaires Thorez contre Barbé-Célor en 1931, contre Doriot en 1934, contre Tillon-Marty en 1952, contre Servin-Casanova en 1961, Marchais contre Claude Roy en 1956, ou - plus récemment - contre Garaudy en 1970 et contre Fiszbin en 1979.
Trop de gens pensent encore que le Parti est embarrassé par ces affaires, qu'il cherche à les étouffer ou du moins à les régler à l'abri des yeux et des oreilles indiscrètes. Or la vérité est tout à l'inverse; ce n'est nullement au corps défendant du PCF que les conflits éclatent au grand jour et font les titres des journaux. Le Parti impose au contraire à l'opinion ses affaires comme autant d'événements majeurs de l'actualité. Il faut vider l'abcès publiquement: cela ne fait que rendre plus patente l'autorité du secrétaire général en attestant la fidélité inébranlable de celui-ci à l'idéologie marxiste-léniniste, qui elle-même ne peut que sortir grandie de l'opération. Ainsi Thorez, en bon disciple de Lénine et de Staline, n'attendait pas d'être mis sur la défensive, lorsqu'il sentait sourdre un ferment de contestation susceptible de lézarder le bastion idéologique au sein duquel il trônait en maître. Au contraire, il ouvrait de lui-même les hostilités, jouant systématiquement l'épreuve de force. Pas question de régler le conflit en douceur ni de négocier à l'amiable un compromis quelconque. Loin de ravaler ce désaccord au rang d'une controverse subalterne ou d'une banale et classique querelle de personnes, Thorez le haussait au niveau d'un exemple public et il en faisait un tremplin idéal pour un nouveau bond en avant du Parti dont il profitait pour bien spécifier l'originalité doctrinale: « Rien, disait-il, n'est plus mauvais pour le Parti que les périodes de calme plat. Le Parti ne doit jamais ronronner; il ne peut s'instruire, faire des progrès sur la voie de la rigueur idéologique que par le biais de la lutte, grâce à la lutte, même interne. »
Pour illustrer la persistance de ce système d'" épuration ", prenons le cas du dernier en date des contestataires ayant tenté de s'exprimer publiquement de l'intérieur du PCF : Henri Fiszbin. Il est victime de la même illusion que ses prédécesseurs; croire qu'il est possible de modifier la politique du secrétaire général concurremment à la réaffirmation solennelle de son attachement aux canons de l'idéologie marxiste-léniniste. Ses responsabilités au sein de l'appareil ne lui ont pas appris qu'un dirigeant - par définition - n'agit jamais qu'en stricte conformité à la charte doctrinale du léninisme. Rarissimes sont les dissidents du PCF à avoir reconnu la nécessité d'une remise en cause radicale de l'idéologie, condition pour donner à leur opposition un caractère crédible et fructueux.(1)
Que l'on me permette d'évoquer ma propre expérience. Je ne me suis pas libéré du carcan lénino-stalinien le jour où je me suis libéré de la tutelle du Parti, mais beaucoup plus tard, lorsque j'ai compris que le léninisme était au stalinisme ce que les chromosomes sont à l'hérédité.
(1). Contester la politique du PCF, ses méthodes et moyens au nom du léninisme, est une hérésie. Le changement espéré par les contestataires d'hier et d'aujourd'hui ne peut résulter du révisionnisme politique mais du seul révisionnisme idéologique; c'est-à-dire de l'éradication des principes idéologiques et organisationnels de Lénine.
Auguste Lecoeur (ancien membre du comité central, du bureau politique et secrétaire du PCF à l'organisation)
La stratégie du mensonge Du Kremlin à Georges Marchais.
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Messagepar Pat » 26/09/2007 - 17:31

L'ART DE NE PAS MENTIR EN DISANT LE CONTRAIRE DE LA VÉRITÉ
« Un mensonge est une assertion sciemment contraire à la vérité, faite dans l'intention de tromper. C'était un art où l'empire des tsars était passé maître. Quand Catherine II déclarait que le paysan russe était au fond plus libre que les paysans allemands et français, elle mentait. Elle savait cependant où était la vérité. ( ... ) Mais quand M. Brejnev, après Lénine, déclare que le citoyen soviétique est le plus libre du monde, il ne ment pas. Il se réfère à la surréalité, où les mots reçoivent un sens nouveau et très précis. Dans la même réalité idéologique, le citoyen suisse ne jouit pas de la liberté.
"Le contraire du mensonge est la vérité et reçoit un nom différent. A l'intérieur de la réalité commune, le contraire de la liberté, c'est l'esclavage. Si deux interlocuteurs s'accordent sur le même mot, mais non sur la réalité de référence, ce même mot désignera deux choses contraires. Ainsi le contraire de la liberté, au sens soviétique, c'est ce que nous appelons la liberté. Le contraire de la détente, c'est la détente. Le contraire de la défense de la paix, c'est la défense de la paix. Contrairement à l'idée reçue, ce qui caractérise le monde soviétique, ce n'est pas la double parole, c'est au contraire la parole unique, mais dans la duplication des réalités. Une parole, deux réalités ".
(Extrait de: Alain Besançon, Présent soviétique et passé russe. Livre de Poche, coll. Pluriel.)
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Danisiam
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Messagepar Danisiam » 27/09/2007 - 4:19

Yuri Bezmenov, ex-agent du KGB passé à l’Ouest dans les années 1970 raconte par le menu les techniques de déstabilisation et de manipulation de l’opinion. Il révèle ainsi comment le bloc socialo-communiste :
a sciemment mis en œuvre une politique globale de manipulation de l’opinion et des élites au niveau mondial.
• a conditionné les écoliers et étudiants occidentaux aux idéaux socialistes sur au moins trois générations. Cette tâche représentait selon lui 85% de l’activité du KGB.
- a systématiquement recruté tous les faiseurs d’opinion à l’ouest pour influencer et déstabiliser le monde non-communiste.
• a conditionné et “dé-moralisé” (perte des valeurs) des pans entiers de la société, devenus les “idiots utiles” du socialisme.

Cet entretien permet de comprendre pourquoi, en 2007, nous devons encore composer avec une gauche lunaire, pourquoi autant de profs formatés continuent de saper des générations d’écoliers et d’étudiants et pourquoi la lutte contre le socialisme marxiste, malgré toutes les preuves de sa nocivité, est toujours à l’ordre du jour. La culture “égalitariste”, l’anti-racisme idéologique, les problèmes liés à l’immigration par exemple, sont très étroitement liés à l’intense désinformation socialiste-marxiste qui a saturé les esprits jusque dans les années 90. Nous en récoltons les indigestes fruits aujourd’hui.
Dans une conférence dont il reste des traces sur Internet, Yuri Bezmenov - alias Thomas Schuman - a donné d’autres indications sur les techniques destinées à déstabiliser les nations occidentales. Parmi ces stratégies de déstabilisation, il cite entre autres :
le sabotage des unités nationales (ethniques, raciales, religieuses, linguistiques)
• la ridiculisation du sentiment patriotique en le dégradant au rang d’une maladie mentale (psychotic)
• l’encouragement de l’agitation politique dans le monde du travail en politisant les syndicats.

Nous avons donc bien toujours les deux pieds dedans et nous n’avons pas changé de monde : nous sommes toujours les héritiers de la guerre froide. C’est aujourd’hui de l’intérieur que la maladie tente de se répandre. Et les “idiots utiles” sont toujours aussi actifs.
http://absoluteright.wordpress.com/2007 ... -de-masse/
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Messagepar Pat » 27/09/2007 - 8:03

ANNEXE IV HISTORIENS DE COMPLAISANCE
La littérature consacrée à la Résistance est considérable. Elle fut une bonne affaire pour les éditeurs, les libraires et quelques auteurs. Certains d'entre eux se sont livrés à un travail sérieux qui fait autorité. Par contre les interprétations partisanes et les falsifications historiques abondent.
Comme par hasard, admettons qu'il en soit ainsi; le hasard est si grand! Ce sont les récits partisans et les falsifications de l'histoire de la Résistance qui servent de références au PCF, pour ses affabulations sur la période des 22 mois allant des accords russo-allemands du pacte germano-soviétique à l'entrée en guerre de l'URSS. En effet, d'août 1939 à juin 1941, le PCF a toujours voulu donner de sa politique une autre image de celle qu'elle fut en réalité.
Il est bien évident que le PCF aurait été mieux inspiré de reconnaître la vérité. A cette époque, la politique qu'il suivait était conforme aux consignes de l'Internationale communiste, dont le PCF n'était statutairement qu'une section. Or le PCF, inspiré sur cette question par Jacques Duclos, a commencé par nier, affabuler et à fabriquer de faux documents. Duclos agissait comme -?'il avait honte pour lui, honte d'avoir été communiste à cette époque. Sa tentative la plus élaborée consista à faire admettre que les groupes OS (Organisation spéciale) et TP (Travail particulier) avaient été des unités combattantes. Or ces groupes, et leur appellation l'indique bien, avaient des tâches bien précises de «récupération », de «protection », de « liquidation des traîtres ». Ces groupes n'avaient aucun contact avec les organisations de base du Parti, qui ne devaient pas courir le risque d'être compromises par les opérations des dits groupes, qui avaient également comme consigne formelle de ne rien entreprendre contre les occupants. Consigne qui fut levée dès l'entrée en guerre de l'URSS, ce qui leur permit de former l'ossature de la future organisation des FTP.
Pour arriver à ses fins, Jacques Duclos n 'hésita pas à fabriquer un faux numéro de L'Humanité qui ne trompa personne. Pourtant le représentant du Front national, membre du PCF, profitant lors d'une réunion de commission de l'absence de l'officier titulaire et de la majorité des représentants de la Résistance, réussit à faire inscrire l'OS comme une unité combattante à partir d'octobre 1940.
Cela fit scandale. Le représentant du Front national fut blâmé et l'officier suppléant déplacé. Le Bulletin officiel du ministère de la Guerre publia le rectificatif suivant: « Modification de la liste du 1er mai 1958 des mouvements de la Résistance intérieure française, assimilés aux unités combattantes,' rayé OS (Organisation spéciale) figurant à la liste du 1er mai 1958, d'octobre 1940 à mai 1941. »(Bulletin officiel du ministère de la Guerre, du 16 mars 1959, p.1179).
Cela ne découragea nullement la commission de l'Institut Maurice Thorez qui, sous la direction de Duclos, rédigeait l'ouvrage du PCF: Le PCF dans la Résistance. Bien entendu - et pour cause - les « preuves» partant des actions de l'OS ne furent pas empruntées à la liste du ministère de la Guerre, mais à un « historien », Henri Noguères, mille fois cité dans les publications communistes. Dans son Histoire de la Résistance, qui, après d'innombrables commentaires procommunistes, avait écrit: « Dire que "les communistes" ont attendu le 22 juin 1941 pour s'engager dans la lutte contre l'occupant, dire qu'il n'y a pas eu jusqu'à cette date une Résistance animée par le Parti communiste, affirmer que les seuls communistes qui ont agi avant l'entrée en guerre de la Russie l'ont fait par réaction individuelle, à l'insu de leurs dirigeants ou même contre' les consignes données par ces derniers, c'est, nous pensons l'avoir démontré, pécher par ignorance. »
Où Noguères est-il allé chercher sa « démonstration» ?
Là où les communistes eux-mêmes n'osaient plus aller, en écrivant: « L'OS, organisation spéciale, créée par les communistes pour mener, dès octobre 1940, l'action directe contre l'occupant. » Or le procès-verbal de la commission officielle qui décida le rectificatif indiqué plus haut fait dire à l'officier titulaire, présent cette fois, que « l'exécution par l'OS (suivent des noms que je ne veux pas citer et qui concernent des personnalités hostiles au pacte germano-soviétique) (et entre autres des récupérations de fonds sur un convoi appartenant à la Banque de France) ne peuvent être assimilées à des actions contre l'occupant. »
La démonstration de Noguères fait école. Par exemple, André Barjonnet, qui eut son heure de gloire dans le mouvement syndical et au PSU, a commis un livre sur le PCF où il défend les positions suggérées par les communistes. Cite-t-il des faits? des témoins? des dates? Non. Il a beaucoup mieux, il écrit: «Le livre de Henri Noguères apporte la preuve de la résistance des communistes dès avant l'invasion de l'URSS. »
Comment Noguères peut-il, concernant le PCF, parler avec autant de certitude? L'explication est simple: son récit est fait d'un assemblage de déclarations de militants communistes, sélectionnés par lui,' et il en donne les noms. Ce sont Rol-Tanguy, Albert Ouzoulias, Pierre Villon, André Tollet, Fernand Grenier, Marcel Paul et André Mercier. A l'exception des deux derniers, ce sont les mêmes qui, avec Duclos, composaient la commission chargée de rédiger la publication du PCF sur la Résistance. Encore une fois, le « hasard» faisait bien les choses.
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Messagepar Pat » 28/09/2007 - 18:01

GRÂCE soit rendue à Denis Bulcan! Avec le livre qu'il consacre à l'affaire Lyssenko (1), nous possédons désormais les principales pièces d'un dossier infâme. Celui d'un homme et d'un régime. Celui d'une idéologie tout entière. Universitaire roumain réfugié en France, l'auteur nous entretient d'un double massacre, symbolique tout d'abord, lorsqu'on fit table rase de la génétique classique et de ses théories sur l'hérédité. Également massacre au sens propre par l'élimination physique des plus illustres généticiens russes, « sacrifiés sur l'autel des étranges idoles du marxisme-léninisme-stalinisme invoqué par le pontife de la biologie soviétique d'alors, qu'était Lyssenko».
Pour arriver aux racines d'un tel délire idéologique et à un tel massacre, explique M. Bulcan, « il faut analyser la doctrine des classiques du matérialisme dialectique et historique et après, son application au système soviétique ». Car dès la naissance du matérialisme dialectique appliqué aux sciences, Engels s'employa, notamment dans la " Dialectique de la nature" et l' " Anti-Dühring ", à couler la biologie dans le moule d'acier du marxisme. Tâche continuée par Lénine avec son " Matérialisme et empiriocriticisme " et par Staline lui-même dans une " étude " écrite en septembre 1938 et intitulée « Matérialisme dialectique et matérialisme historique ». Conformément à l'immense rêve messianique du communisme, qui ne vise rien de moins que la transformation de l'homme, qui tend à l'avènement d'un homme nouveau, d'un homme socialiste, Lyssenko et ses complices ne pouvaient accepter la génétique classique, respectueuse de particularités raciales et individuelles absolument incompatibles avec la volonté uniformisatrice du dogme.
LES SAVANTS SAUVES PAR L'ATOME
Inséparable donc des principes dialectiques, la genèse du lyssenkisme était, en outre, intimement liée à la dictature idéologique pyramidale de l'Etat soviétique. Sans aucun doute, ce sont les structures politiques de ce dernier qui permettent de comprendre l'apothéose de Lyssenko dans l'univers de l'Est« où chacun, depuis le plus humble jusqu'aux premiers personnages du parti, de l'Etat et de l'académie, avait une épée de Damoclès suspendue au-dessus de sa tête ... » L'immixtion directe de Staline dans les sciences, les arts ou la création littéraire, remarque M.Bulcan, se manifestait avec brutalité et fut invoquée toujours« comme instance suprême ou comme jugement dernier. » Il ajoute : « En 1965, professeur invité pour quelques mois à l'Université d'U.R.S.S; ---pendant les derniers assauts que les vrais savants menaient contre la fausse science de Lyssenko, j'ai appris pourquoi Staline avait arrêté la répression dans un seul cas : celui de la physique nucléaire. Ainsi des savants russes dont je tairai le nom en raison de leur sécurité personnelle - m'ont confié qu'après l'anathème que Jdanov avait jeté sur l'école indéterministe de Heisenberg, Staline se préparait à ordonner la purge en physique comme en biologie. Mais Piotr Kapitza, physicien de renom, réussit à l'arrêter en lui faisant comprendre qu'après le massacre des physiciens et la destruction des laboratoires de physique, on devrait rejeter tout espoir d'obtenir à temps l'arme nucléaire. Et - une fois n'est pas coutume - la suprême idole plia genou devant les nécessités de la guerre froide : les propagandistes de service continuèrent à fustiger l'indéterminisme en physique, mais les physiciens travaillaient sans entrave pour obtenir les armes nucléaires. »
On le conçoit aisément. Entre le faible parti de la vérité scientifique, le parti de la liberté de la science, et le parti tout court, c'est-à-dire le parti bolchevik de l'U.R.S.S. dirigé par Staline, le combat n'était pas égal. Voilà pourquoi, lors de la présentation, le 31 juillet 1948, de son célèbre rapport « Sur la situation dans la science biologique », devant l'académie Lénine des Sciences agricoles, le triomphe de Lyssenko fut si facile. Appuyé sur le néo-lamarckisme dont Staline se montrait un chaud partisan, parce que celui-ci illustrait bien sa loi du " saut " du quantitatif au qualitatif, Lyssenko se lança dans une attaque démentielle des lois bio-statistiques de l'hérédité découvertes en 1865 par Gregor Mendel. Non content de prôner la thèse de l'hérédité de l' « acquis », thèse selon laquelle les modifications subies par le corps sous l'influence du milieu se transmettent directement par l'hérédité, et qui est véritablement la pierre angulaire du néo-lamarkisme, il niait en même temps la. stabilité et jusqu'à l'existence du substrat matériel de l'hérédité. Emboîtant le pas à Staline, il voulut illustrer le « saut » dans la formation des espèces. De là, indique M. Bulcan, « naîtra l'absurde théorie de Lyssenko en ce qui concerne l'espèce biologique entièrement tirée du matérialisme dialectique : cette nouvelle espèce biologique qui devait sortir par un « saut » inexplicable du point de vue scientifique, de la première espèce - comme Minerve de la tête de Jupiter. Ce n'était donc pas autre chose que l'application de la théorie du passage dialectique de l'état qualitatif ancien à un nouvel état qualitatif ».
LA SERVILITE DU P.C."F."
Malheureusement pour lui, ironise M. Bulcan, « Lyssenko ne put faire surgir aucune espèce nouvelle de son chapeau ». En réalité, tout reposa sur des truquages d'expériences. Ainsi du « bond dialectique » qui devait transformer les espèces les unes dans les autres - par exemple la « transformation » du blé en seigle se " retransformant " ensuite en blé ... Ainsi encore de l'obtention de nouvelles races animales selon des « lois » d'une totale fantaisie. Bref, les déboires commençaient. Après la grande victoire de 1948, allaient venir les premières critiques, encore bien timides, de 1952. Dans l'intervalle, cependant, le plus fameux biologiste russe, Vavilov, avait connu une fin tragique - mort de consomption dans un cachot. Son œuvre était anéantie. En France, le parti communiste, " particulièrement servile envers le stalinisme ", se mit à la remorque des lyssenkistes. Reproduisant, en microcosme, le « modèle » soviétique jusque dans les pires aberrations, constate M. Bulcan, il se répandit en louanges démesurées à la gloire du charlatan qui imposait par la terreur ses grossiers sophismes et de son protecteur Staline, " la plus haute autorité scientifique du monde entier ", écrivait sans rire « La nouvelle critique» en novembre 1949.
Le professeur Jacques Monod, dans la préface qu'il donna à l'ouvrage de Jaurès Medvedev, " Grandeur et chute de Lyssenko", a stigmatisé comme elle le méritait une semblable attitude : « Si cette histoire était contée, affirmait-il, on y verrait jusqu'à quelles humiliations extrêmes de la raison la passion idéologique («passion» au sens de « souffrance ») peut parfois conduire des hommes intelligents et libres de toute contrainte objective. Je ne suis, pour ma part, pas près d'oublier les manifestations délirantes auxquelles donnèrent lieu, dans une partie de l'intelligentsia de gauche et de la presse française, la publication et la discussion des documents relatifs à l'affaire. Le chef de file et l'organisateur du délire dans de nombreuses réunions, conférences et publications était Aragon que l'on voyait avec stupeur se découvrir un intérêt passionné pour la biologie. »
Parlant de la même période, Louis Althusser, qui fut, avec Roger Garaudy et plusieurs autres, un de ces " fonctionnaires délégués au front de la culture " pour la défense de l'U.R.S.S. et des partis communistes, avant de devenir l'ésotérique «critique de gauche» du stalinisme, et, plus récemment, le censeur tout platonique du mode de fonctionnement interne du P.C. , Louis Althusser donc, confiera (dans « Pour Marx ») : Dans notre mémoire philosophique, ce temps reste celui des intellectuels armés, traquant l'erreur en tous repaires; celui des philosophes sans œuvres que nous étions, mais faisant politique de toute œuvre et tranchant le monde d'une seule lame, arts, littératures, philosophies et sciences, de l'impitoyable coupure des classes; le temps qu'en sa caricature un mot résume encore, haut drapeau claquant dans le vide : « science bourgeoise, science prolétarienne ».
Mais à la base de cette classification aberrante en science bourgeoise et science prolétarienne, relève M. Bulcan, « se trouve la dialectique marxiste-léniniste et les rapports qu'elle établit entre la base économique qui les détermine « et les phénomènes de superstructure déterminés» par elle. Si la science est considérée au même titre que l'art et la littérature, comme un phénomène de superstructure, poursuit notre auteur, il résulte nécessairement en bonne logique dialectique ~ qu'il y a une science bourgeoise qui correspond à la base économique du capitalisme et une science prolétarienne générée pat la base économique du système socialiste dans la phase de dictature du prolétariat.»
TERRORISME SCIENTIFIQUE PAS MORT
Falsifiant les résultats des expériences selon le dogme matérialiste dialectique qui, après, se trouvait ainsi confirmé par le critère de la pratique, le lyssenkisme causa d'incalculables ravages. Néanmoins, en révélant « tout un monde implacable dans sa monstrueuse logique dialectique », il achève de nous persuader de la nocivité fondamentale du matérialisme dialectique, cette « cage rouillée pour une pensée condamnée à la réclusion à perpétuité ».
On pourrait croire, conclut l'auteur, « que le terrorisme - comme méthode de gouvernement dans la Russie soviétique - appartient désormais au passé ... Malheureusement, ce n'est pas le cas. Ici, il faut souligner que Medvedev, biologiste soviétique bien connu, fut arrêté en 1970 et interné dans un hôpital «psychiatrique »pour avoir écrit un livre où est dite la vérité sur Lyssenko. Après sa libération - obtenue grâce aux protestations de Soljenitsyne et des savants soviétiques - il restera un « paria ». Il sera expulsé ... tandis que Lyssenko mourra en 1976, membre de deux académies soviétiques, celle des Sciences et l'académie Lénine, et avec la poitrine constellée d'ordres et de décorations ». De leur côté, les Éditions sociales (communistes), en 1975, dans une note ajoutée à la « Dialectique de la nature » de Friedrich Engels, ont encore tenté de faire confirmer les assertions de celui-ci par le lyssenkisme ! Preuve supplémentaire, s'il en était besoin, d'une inquiétante survivance ...
Michel TODA RIVAROL 11 mai 1978.
(1) D. Bulcan : « L'éternel retour de Lyssenko ». Éditions Copernic.
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Messagepar Pat » 28/09/2007 - 21:02

LES VAGABONDAGES D'UN PARASITE
A l'actif du bilan marxiste, écrit M. C.-J. Gignoux, en tête du dernier chapitre de sa biographie de Marx, il faut d'abord porter la nécessité de l'établir. C'est un actif, c'est ce qui justifie le travail et les recherches de M. Gignoux, mais s'il est quelque chose que ce livre montre, c'est qu'il n'y a rien d'autre à l'actif de Marx.
" Il n'y a pas qu' une boutade, écrit-il, dans l'hypothèse que sans doute aujourd'hui plus personne ne s'occuperait de Marx ni du marxisme, si le communisme n'avait un besoin absolu qu'on s'en occupât et qu'on l'entretint en bonne forme ; si le marxisme n'avait pas existé, il lui eût fallu l'inventer. Et s'il en est ainsi, il y a vraiment un comique grandiose dans cette sorte de snobisme intellectuel (à moins qu'il ne s'agisse simplement d'une naïve assurance contre l'avenir) qui de Saint-Germain-des-Prés à la Sorbonne amène tant de gens ou de groupements à se définir par rapport au marxisme. »
Voici, en peu de mots, la vérité, la seule vérité qui importe, sur Marx. M.Gignoux a le mérite de ne pas s'attarder à ce vain jeu de société, très à la mode chez les anticommunistes qui s'efforcent de " connaître le marxisme ", qui consiste à se demander ou sont les vrais héritiers de la pensée marxiste, où est " l'orthodoxie" marxiste. Il n'y a pas de vrais tenants du faux, il n'y a pas d'orthodoxie dans l'erreur ; c'est le propre, au contraire, de l'erreur d'être multiple , et d'être sous toutes ses formes également fausse, et par conséquent, également authentique.
Le livre de M. Thierry Maulnier, " La Pensée marxiste ", ainsi que les ouvrages de M. Daujat et du Père Fillière ont rendu ce service, de montrer qu'il n'y a, dans aucun des divers aspects de la politique du communisme international, de trahison du marxisme, de séparation de la pensée du maître dont on puisse espérer que les intentions aient changé et que si on doit condamner le marxisme, on puisse collaborer avec le communisme. Sous ce rapport, qui est important, la lecture de Marx, la présentation qu'en donne M. Thierry Maulnier éclairent l'action des communistes.
Mais il ne faudrait pas en conclure, comme le suggèrent ces auteurs, qu'il y ait une école marxiste, qui ait une continuité de doctrine, et que les communistes aient raison de se dire orthodoxes, et de dénoncer des déviations par rapport au marxisme. Certes, les écrits de Marx justifient pleinement toutes les positions tout le comportement du communisme international, mais il n'est pas dit qu'ils ne puissent aussi bien justifier d'autres positions révolutionnaires, un autre comportement révolutionnaire. Si Marx admettait que les idées fussent le produit des luttes économiques, que les siennes fussent le produit de la lutte révolutionnaire du prolétariat, que les idées ne dussent pas être jugées sous le rapport de la vérité et de l'erreur, mais sous celui de l'efficacité subversive, cette seule position justifie pleinement l'usage que le communisme fait de Marx.
Ce n'est que vanité que de se demander si Marx vivant soutiendrait le communisme stalinien ou le dénoncerait comme une déviation : il le soutiendrait, s'il le dirigeait, et j'accuserais des pires vices et des pires forfaits s'il s'était fait en dehors de lui. Ce fut son attitude constante à l'égard de tous les mouvements révolutionnaires et c'est aussi la pratique constante du Bureau politique de Moscou, c'est en cela qu'il est parfaitement marxiste.
M. Gignoux a parfaitement démontré la mystification d'un Marx dont la pensée, sans fissures, sans idéaux, aurait enfanté le communisme contemporain ; il a en outre montré Marx tel qu'il fut. Juif errant, vagabond, parasite, pique-assiette, vivant aux dépens d'Engels, en bref, un assez piètre personnage, pleutre de surcroît, se cachant à chaque fois que les camarades s'exposaient au danger.
Et pourtant, les communistes d'aujourd'hui sont d'authentiques marxistes. En effet, comme l'a écrit Jean-Richard Bloch, que cite M. Gignoux " le communisme est tel que seul un juif allemand, vivant en France, pouvait le concevoir ".
ORION. ASPECTS DE LA FRANCE
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Messagepar Pat » 30/09/2007 - 12:30

Depuis 1917 la révolution bolchevique n'a jamais caché sa volonté de domination mondiale. Le 4 mars 1919, la Conférence Communiste Internationale réunie à Moscou constitue la première organisation méthodique de conquête. L'année suivante le deuxième congrès de Moscou qui se déroule du 19 juillet au 7 août fixe les conditions d'admission à la Troisième Internationale. D'abord au nombre de 9, elles sont portées à 18, puis à 21. 34 pays sont représentés. L'appareil révolutionnaire le plus formidable que le monde ait connu va développer toute sa puissance.
La grande confrontation que nous connaissons aujourd'hui entre l'Union Soviétique et l'Occident est un des épisodes de la lutte hégémonique menée par la Ille Internationale. L'implantation des fusées Pershing est une occasion d'affrontements particulièrement durs en raison même de l'enjeu. Pour parvenir à faire baisser la garde de l'Occident, l'Union Soviétique utilise tous les moyens. Les stratèges du Kremlin ont appris les leçons des meilleurs théoriciens et ils savent que la victoire est d'autant plus certaine que l'adversaire a abandonné jusqu'à l'idée de se défendre.
Aussi a-t-il lancé toutes les armées du pacifisme dans la bataille d'avant-garde qu'il livre aux gouvernements de l'Ouest pour les contraindre à capituler.
Si l'on définit le pacifisme comme la doctrine de ceux qui veulent la paix à tout prix, il faut préciser avec le Général Etcheverry qu'il s'agit «d'une croyance selon laquelle toute action militaire entreprise par un Etat et toute participation individuelle à cette action constitue un mal absolu quelles que soient les circonstances» (1). Le rôle du pacifisme est donc parfaitement clair et conduit directement à empêcher un Etat de prendre les dispositions indispensables à la survie de la nation dont il doit assurer la sécurité. Cet Etat est ainsi conduit à pratiquer le neutralisme c'est-à-dire l'échange illusoire de la paix à perpétuité contre un désarmement définitif. Le pacifisme est actuellement l'arme la plus redoutable utilisée par l'Union Soviétique pour gagner l'opinion publique d'Europe occidentale et mettre les gouvernements dans l'impossibilité de conduire une autre politique que celle dictée par le consensus national et international.
Le pacifisme est véhiculé principalement par les courants écologiste et chrétiens.
(1) « Lettre ouverte à ceux qui la ferment », p.144-145.
Introduction à Subversion et Théologie de la Révolution.
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Messagepar Pat » 30/09/2007 - 20:03

L'ORDRE IDÉOLOGIQUE
Pour le marxisme-léninisme, il n'y a pas de pire ennemi que la religion et principalement la religion catholique. Il est donc utile de reprendre ici la célèbre formule de Marx que Georges Marchais avait grossièrement amputée pour en faire disparaître la violence devant une assemblée de chrétiens le 10 juin 1976 à Lyon. « La misère religieuse est à la fois l'expression de la misère réelle et de la protestation contre cette misère. La religion est le soupir de la créature accablée, le cœur d'un monde sans cœur, comme elle est l'esprit d'une existence sans esprit. Elle est l'opium du peuple. La disparition de la religion en tant que bonheur illusoire du peuple est une exigence de son bonheur réel ». (1).
Dans cet ordre; comme pour l'ensemble du marxisme, c'est Lénine qui va apporter les modes d'intervention pratique pour lutter contre toute religion: « Nous devons combattre la religion. C'est l'a-b-c de tout le matérialisme et, partant, du marxisme. Mais le marxisme n'est pas un matérialisme qui s'en tient à l'a-b-c. Le Marxisme va plus loin. Il dit: il faut savoir lutter contre la religion , or, pour cela, il faut expliquer, dans le sens matérialiste, la source de la foi et de la religion des masses. On ne doit pas confiner la lutte contre la religion dans une prédication idéologique abstraite,. on ne doit pas la réduire à une prédication de cette nature, il faut lier cette lutte à la pratique concrète du mouvement de classe visant à faire disparaître les racines sociales de la religion» (2).
On comprend donc quel sera un des éléments tactiques de l'action anti-religieuse préconisée par Lénine: vider le discours religieux de son sens naturel et surnaturel et lui faire suivre un chemin tracé selon un processus dialectique. Le bénéfice est double : ruine de la religion et accroissement de la conscience révolutionnaire des masses.
Galpérine a parfaitement traduit la volonté de Lénine en donnant ce conseil aux militants communistes : « Il ne faut pas vous présenter à la Jeunesse chrétienne avec des propositions de lutte anti-religieuse, ce serait une grosse erreur psychologique. Mais c'est facile de l'entraîner pour quelque chose, pour la conquête du pain quotidien. pour la liberté. pour la paix, pour la société idéale ... Dans la mesure où nous attirerons les jeunes chrétiens dans cette lutte pour des objectifs précis, nous les arracherons à l'Église » (3).
Dès les années 30 la France a bénéficié pour sa part de tout l'appareil « pacifiste» téléguidé par les communistes. Barbusse, Romain Rolland sont des compagnons de route utiles pour la préparation du Front Populaire de 1936. Il existe déjà à cette époque un « Comité Mondial des femmes contre la guerre et le fascisme », un Mouvement populaire «Paix et Liberté », un « Rassemblement Universel pour la Paix », etc. En 1935, pour le VIle Congrès de l'Internationale Communiste, André Marty écrit un ouvrage au titre éloquent: « Pour la paix, pour la défense de l' U. R. S. S. ». Le parti communiste français justifiera le pacte germano-soviétique au nom de la Paix: « Moscou montre la voie de la paix» (4). Mais l'heure n'est pas encore venue des « chrétiens rouges ».
Après la seconde guerre mondiale, l'Union Soviétique anime de par le monde une campagne de paix qui a pour support, dans les pays occupés, des associations de prêtres ou de fidèles « Pour la Paix » et dans les pays libres des courroies de transmission très' nombreuses. Si derrière le rideau de fer les différentes confessions religieuses se laissent peu abuser, il n'en est pas de même dans les rangs de l'intelligentsia progressiste. Il existe depuis 1949 un courant chrétien qui épouse les thèses marxistes-léninistes. Les mouvements d'Action Catholique à des degrés divers sont imprégnés de l'esprit de lutte de classe. A partir de la Pologne un organisme d'espionnage et de désinformation soviétique est chargé de prendre en charge les différents groupes de la presse religieuse. C'est le mouvement PAX. Nous ne pouvons malheureusement pas entrer dans cette histoire longue et complexe. Signalons cependant que la section française de PAX - CHRISTI, dont l'origine et l'activité n'ont rien à voir avec le mouvement polonais PAX, a été en relation avec un agent de PAX, Jerzy Hagmajer. Faut-il signaler aussi que le groupe de prêtres contestataires « Echanges et dialogues» a fait imprimer son « Petit livre rouge» en Allemagne de l'Est?
On peut dire que, jusque dans les années soixante-cinq, le rythme de marxisation des confessions chrétiennes est efficace mais peu démonstratif. On en est encore au stade de la pénétration du clergé et des media. Les religions chrétiennes ne disposent pas d'un corps de doctrine révolutionnaire suffisamment élaboré à cette époque pour intervenir avec la puissance que nous voyons aujourd'hui dans le mouvement pacifiste.
Il est donc indispensable de se demander comment on a pu en arriver là. Pour aller au fond, il faut maintenant considérer la Théologie de la Révolution qui est à l'origine de la grande offensive non-violente qui se développe présentement en 1983 - 1984.
(1) Contribution à la critique de la philosophie du droit de Hegel, in Œuvres philosophiques, trad. Molitor. Ed. Costes, 1927, tome I, page 83-84. Georges Marchais n'avait cité que la phrase: « La religion ... existence sans esprit ». On voit déjà par cet exemple la valeur du dialogue chrétiens-marxistes!
(2) Lénine in Proletari (Le Prolétaire), n° 45,13 mai 1906. Le passage est souligné par nous.
(3) Cité par Jean Ousset in Marxisme-Léninisme. Le passage est souligné par nous.

(4) Les communistes français pendant la drôle de guerre, 1939-40. Ed. Albatros.
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Messagepar Pat » 30/09/2007 - 21:48

FACE CACHEE D'UN MONSTRE : LENINE
La vie de Lénine commence par un traumatisme : la mort de son frère, un gangster impliqué dans des attentats sanglants. D’où la haine animale que ce « Russe » qui ne sait pas rouler les "r" voue à toute forme d’autorité. Informé par sa mère de ses origines juives, il préfère en garder le secret auprès de ses proches. Cependant, il laissera percer son admiration pour ses origines : « Un Russe intelligent est presque toujours un Juif ou quelqu’un avec du sang juif dans les veines » dira-t-il.
En outre, il semble être obsédé par la mission dévolue au peuple juif et n’hésite pas à déclarer : « Les juifs formeront les cadres principaux de la révolution et porteront le socialisme dans les masses russes les plus arriérées ».
Alors que le bolchevisme n’est encore qu’une secte, Lénine met au point la monstrueuse « théorie des 80 kilos », toute imprégnée de matérialisme. Précisons au passage que le matérialisme dialectique élaboré par Kiessel Mordechai plus connu sous le nom de Karl Marx est issu de la dialectique qu’Hegel avait extraite de la Kabbale! Pour Lénine, le révolutionnaire professionnel se doit donc d’organiser son corps autour de 4 tranches de 20 kilos : étude / Discipline de fer/ révolutionnaire professionnel/ parti d’élite.
La guerre est pour Lénine une aubaine. Dès 1914 il prophétise: «Pas de révolution sans bain de sang. Nous ne faisons pas la guerre contre les personnes en particulier, nous exterminerons la bourgeoisie comme classe. » Son fanatisme est tel qu’il effraie ses camarades. En avril 1917, il apostrophe avec une vive irritation Zinoviev, aux mêmes origines, qu’il juge trop modéré. C’est qu’il n’est guère soutenu au sein de la secte bolchevique que par Alexandra Kollentaï, une propagandiste de l’amour libre !
Pendant quelques semaines, Lénine qui possédait quelques petits millions de francs suisses, connaît l’épreuve la plus dure de sa vie. Avec Zinoviev, il doit gîter la nuit et s’abriter sous une meule de foin. Le pauvre homme doit plus tard essuyer des « calomnies » : les bolcheviques sont accusés d’être des affidés de Berlin. Trotsky ne craindra pas le ridicule en écrivant dans son Histoire de la révolution russe : « Juillet 17 fut le mois de la plus grande calomnie dans l’histoire mondiale ». N’en déplaise à Lev Davidovitch Bronstein (Trotsky), le ministre allemand des Affaires Etrangères, Kulman, va à l’encontre de ces allégations en déclarant en septembre 1917 : « Le mouvement bolchevique n’aurait jamais pu atteindre la taille ou l’influence qu’il a aujourd’hui sans notre soutien continuel » .
Pour le malheur de la civilisation, Lénine s’empare du pouvoir.
Il imagine alors le mythe fondateur de l’URSS, la « prise » du palais d’Hiver. Les archives soviétiques ont récemment révélé qu’elle n’avait jamais existé…
Arrivé au pouvoir, Lénine donne à sa bande de gangsters un mot d’ordre : « Pillez tout ce qui peut être pillé ». Le futur syphylique en profite pour proclamer le principe de la liberté sexuelle et dépénalise l’homosexualité. L’avortement est légalisé. Lénine a aussi la géniale idée d’instaurer un « bureau de l’amour libre ».
La police politique, la Tchéka est aussi une de ses inventions. Djerzinski, nommé à sa tête proclame « Pour faire ce travail, il faut des anges ou des démons, moi je n’ai que des démons ». Reconnaissons au moins à l’homme le sens de la formule historique.
Mais tant de sang répandu finit par dévorer l’homme qui succombe à la maladie. L’agonie est effroyable. Lénine se cache parfois pendant des semaines dans un petit bâtiment, en refusant de voir la moindre personne.
En 1923, un tchékiste du NKVD, tenant la garde devant la cabane de Lénine, entend un hurlement inhumain qui ne ressemble à rien. Il sort et voit Lénine, emmitouflé dans une sorte de draperie, la tête tournée vers la lune...
Lorsqu’il meurt le 21 janvier 1924, la température de son corps monte brusquement à 42,3°C…le thermomètre éclate ! Ainsi s’achève la vie du “saint du communisme”.
Gyula Revue l'Héritage
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Messagepar Pat » 01/10/2007 - 21:22

« La divergence radicale entre la foi chrétienne et le marxisme » Mgr Gabriel Matagrin, évêque de Grenoble, vice· président de la conférence épiscopale de France, dans « Église de Grenoble », septembre 1977 :
« On peut légitimement s'interroger sur la position idéaliste de ceux qui en appellent du communisme totalitaire tel qu'il s'est pratiquement réalisé partout où il a pris le pouvoir à un communisme à visage humain qui ne renoncerait pas aux présupposés philosophiques du matérialisme dialectique et historique et de l'athéisme, qui conduisent au totalitarisme en vertu d'une logique implacable. ( ... )
L'athéisme est une condition nécessaire et absolue de la conception politique, économique et sociale de Marx et donc de la révolution communiste et de la réalisation de la cité socialiste à laquelle tend le marxisme ».
« Il est toujours dangereux d'utiliser le langage de classe et de lutte de classes en oubliant qu'il ne s'agit pas d'une observation scientifique, mais d'une interprétation idéologique du vécu. On aboutit alors à revendiquer pour le domaine de l'économique, du social et du politique, sous prétexte de son caractère scientifique, une totale imperméabilité aux lumières de l'Evangile ( ... )
« La divergence radicale entre la foi chrétienne et le marxisme n'est pas seulement celle qui oppose un athéisme parmi les autres et la foi, c'est la divergence radicale entre deux conceptions de l'homme dans son rapport avec lui-même, avec les autres, avec la société, avec l'univers, avec l'histoire et, fondamentalement, à travers tout cela, dans son rapport à Dieu. »
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Messagepar Pat » 05/10/2007 - 9:48

L' " ANTIFASCISME" VISE À DISSIMULER LES CRIMES COMMUNISTES "
Lors d'une messe célébrée à l'occasion du 60e anniversaire de l'assassinat par les communistes d'un curé d'Istrie, Miroslav Bulesic, le cardinal Josip Bozanic a rappelé que l'antifascisme vise à la dissimulation des crimes communistes:
« Ce qu'on appelle antifascisme, ici en Istrie et ailleurs en Croatie, n'est rien d'autre que la dissimulation des crimes» commis par les partisans communistes, a-t-il déclaré.« Les crimes commis par des fascistes et des nazis ne pouvaient pas justifier les crimes des partisans dont personne n'a jamais été tenu responsable.» Plus de 300 prêtres ont été tués en Croatie pendant et après la guerre par les partisans communistes.
Le rappel de Mgr Bozanic est justifié par le fait que dans les pays de l'ex-Yougoslavie la mythologie antifasciste, malgré la chute du communisme, imprègne toujours les mentalités de nombreuses personnes. Pas seulement dans ces pays, hélas ... Preuve en est, s'il en était besoin, que l'AFP ne rapporte ces propos que pour les dénoncer, s'étonnant que « les autorités de l'Etat n'ont pas réagi aux déclarations du cardinal alors que fin juin encore, un concert à Zagreb d'un célèbre chanteur pop local, connu pour ses sympathies pour le régime pro-nazi oustachi croate de la Seconde guerre mondiale, avait scandalisé la communauté juive et les Intellectuels du pays», et soulignant que « des centaines de milliers de Serbes, de Juifs, de Tziganes et de Croates antifascistes sont morts dans les camps de concentration du régime pro-nazi croate pendant la Seconde guerre mondiale ». Comme si les crimes des uns justifiaient les crimes des autres. C'est exactement ce que dit le cardinal. En outre le chiffre de « centaines de milliers » de victimes était celui de la propagande communiste yougoslave ... établi par « antifascisme », et aussi comme base de demandes de réparations à l'Allemagne ... car le régime oustachi était sous la coupe des nazis.
L'intérêt du propos est que Josip Bozanic, créé cardinal par Jean-Paul II, est archevêque de Zagreb, primat de Croatie, président de la conférence épiscopale croate, et vice-président de la Commission des conférences des évêques de la communauté européenne (COMECE).
National Hebdo 2007
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Messagepar Pat » 05/10/2007 - 10:12

Il convient pourtant d'ajouter ceci: que l'on regarde tous les « marxismes» comme fait le spectateur d'une revue, et le défilé fini, il sera possible de répartir les dits « marxismes» en trois grandes variétés:
I. Le marxisme scientifique. - Celui de tous les marxismes qui présenta jadis le plus d'intérêt intellectuel. Son « projet » est de supprimer l'hiatus entre le marxisme et la science, de faire du marxisme un cadre général où toutes les acquisitions de l'humanité en matière de connaissances, les passées aussi bien que les présentes et les futures, puissent prendre place. Ces marxistes auraient tendance à estomper exagérément les aspects mythiques de la doctrine, et au contraire à solliciter abusivement la dite doctrine dans le sens de ce qui lui est en somme étranger, grosso modo: la science. Tels sont les austro-marxistes (et leurs disciples russes, qui flirtèrent avec 'Mach et Avenarius, avec l'École de Vienne, l'empirisme logique).
Ce n'étaient pas des révolutionnaires professionnels: c'étaient des marxistes professoraux. Trotsky raconte vivement dans son auto-biographie à quel point tant de science, jointe à si peu de révolutionnarisme, le frappa lorsque jeune exilé il prit contact à Vienne avec ce mandarinat « marxiste »; La « déviation scientifique» et la déviation « réformiste» présentent en effet l'une avec l'autre d'indéniables affinités.
2. Le marxisme scolastique. - Tandis que le marxisme scientifique, tentant d'accorder le marxisme et la science, se fait honnir des deux côtés, le marxisme scolastique ne court-pas les mêmes dangers. Il est en quelque sorte narcissique. C'est essentiellement une activité d'exégèse, sans obligation ni sanction. Le marxiste scolastique glose sur les textes du maître, y discerne bien des choses qu'il ne réussit point à faire discerner aux autres parce qu'il ne dispose pas, et pour cause, d'éléments de preuves aptes à résister assez longtemps à un examen critique. Il se fait son Marx. Le marxisme scolastique est le plus subjectif des marxismes. Est-il besoin d'ajouter que les différents Marx ainsi obtenus sont tous exclusifs les uns des autres? En France, les marxistes scolastiques sont des professeurs de philosophie dressés par des années consacrées à des exercices académiques très spéciaux, à l'exégèse de textes sans critères rigoureux, à l'exégèse subjective. C'est en de telles exégèses devenues, de théologiques, métaphysiques, que consistaient naguère les épreuves suivant lesquelles ce genre de mandarins se cooptaient. Il s'agit d'une gymnastique spéciale d'un emploi très limité, « exclusif », et qui sert de critère professionnel, comme les « jetés-battus », les « pointes », ou le « grand écart » pour les danseurs. Transposé dans le registre politique; ce genre de dévergondage intellectuel relève tout au plus de la comédie de mœurs - encore conviendrait-il de grossir - tout cela, théoriquement ridicule, n'étant pas assez vivant pour qu'effectivement on en rie.
3. - La troisième sorte de marxisme est le marxisme à la fois dogmatique et activiste. -Il a tendance à se figer quant aux mots, mais quant aux faits, il a au contraire un caractère protée: il n'est entreprise que ce « marxisme» déconseille, pourvu qu'elle ait chance de réussir. Chez le dogmatique activiste, dont Lénine est le prototype, tout se passe comme si un pacte profond avait été conclu entre les pensées et les actes, afin qu'ils ne se gênent pas réciproquement. Lénine comme chef, comme homme d'État, n'est pas plus embarrassé que Hitler ou que Mussolini. La doctrine ne le gêne pas dans l'action. Toute action est « dogmatisable» après coup. Faute de cette disposition psychologique, non seulement les communistes n'eussent pas duré, mais ils n'eussent même pas pris le pouvoir en Russie.
Sociologie de la révolution: Jules Monnerot
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Messagepar MD12 » 05/10/2007 - 12:38

Also if I remember reading, after the Wehrmacht occupied some French town in 1940 , the local German commander allowed the communist newspapers to continue publishing as they printed pro-German material.

Kevin
"Les racines de l'apostasie moderne réside dans l'athéisme scientifique, le matérialisme dialectique, rationalisme, illuminisme, la laïcité et la franc-maçonnerie, qui est la mère de tous." - Pape Pie XII -

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Messagepar Pat » 05/10/2007 - 19:13

Le double jeu russo-communiste
La réussite d'Octobre doit peu de chose à la " classe ouvrière ".
Zinoviev le constate, et les mencheviks Martov et Dan tombent là-dessus d'accord avec le bolchevik Zinoviev et avec le K.D. (constitutionnel-démocrate) Milioukov. Les conceptions qui prévalurent ne furent pas celles de la majorité des socialistes ni même de la majorité du Comité central bolchevik. On laissa faire Lénine et Trotsky, Boukharine, Zinoviev et les activistes mentaux qui les suivaient. Ces quelques hommes liquidèrent l'Assemblée Constituante qui ne leur donnait pas la majorité, et exclurent du pouvoir les autres partis. A la suite de quoi les bolcheviks se trouvèrent en possession d'un monopole politique. Ils avaient mis au point une stratégie et une tactique. Ils avaient ignoré les suggestions contraires. La même conduite, les mêmes personnages, les mêmes procédés créent l'Internationale communiste ou Komintern, dont Zinoviev, en dépit d'une clause de style inspirée par le respect formel de la doctrine, écrit: « On peut oonsidérer (l'Internationale) comme une création de Lénine. » Lénine et Trotsky ont décidé qu'il fallait liquider du socialisme mondial les traîtres, ceux qui avaient eu une attitude nationale pendant la guerre, et aussi les « centristes », qui prétendaient se tenir à égale distance des patriotes et des bolcheviks, et dont Lénine, Trotsky et Cie pouvaient craindre qu'ils ne réussissent à recoudre la IIe Internationale. Lénine et Trotsky ne s'inclinent jamais lorsqu'il y a une controverse. Ils n'admettent pas en fait l'idée même de controverse sur certains sujets. L'adversaire n'a aucun droit. Non seulement il est dans l'erreur, mais il est lui-même une erreur qu'il faut rectifier. Celui qui s'y oppose doit être démoli suivant les moyens les plus adéquats.
Les bolcheviks sont organiquement étrangers à l'idée de règle du jeu, à l'idée de convention. Donner des droits à l'opposition c'est, pour eux, pure imbécillité. On ne les voit jamais s'incliner devant une convention. Cela équivaudrait pour eux à mettre sur le même pied la vérité (c'est-à-dire eux-mêmes) et l'erreur (c'est-à-dire ce qui s'oppose à eux). Le bolchevik s'adressant au non-bolchevik, ou parle à un enfant qu'il faut convaincre ou contraindre, ou à un ennemi qu'il faut soit utiliser soit annihiler, et alors les paroles sont des armes. Un serment fait à l'infidèle n'engage pas.
Le parjure n'est qu'un incident tactique. La valeur suprême étant la réalisation du socialisme, les moyens tiennent leur valeur de l'efficacité opérationnelle par quoi ils rapprochent de la Fin. Si les conventions qu'ont inventées les bourgeois et qu'ils observent servent à les détruire, qu'elles servent! Les bolcheviks feindront d' y croire pour mieux supprimer ceux qui y croient. Les bolcheviks comportent comme Mahomet ou Cromwell, à ceci près qu'ils ne se réfèrent pas à un Dieu personnel, mais à l'immanente histoire représentée dans chaque circonstance par une analyse provoquée en haut lieu; des thèses du Parti communiste bolchevik ou de l'Internationale.
Dans ses thèses d'avril, en 1917, Lénine donnait comme tâche au parti bolchevik de « créer une lIIe Internationale qui rompra définitivement avec tous les « défensistes» et qui combattra résolument la politique hybride du centre ». Le coup d'Octobre réalisé, dès décembre 1917 Lénine passe à l'exécution. Un juif socialiste venu des États-Unis est chargé par Lénine d'organiser la « Section de propagande révolutionnaire internationale ». Il s'agissait pour commencer d'endoctriner des prisonniers de guerre. Le 10 mars I9I8, Lénine baptise son parti : ce sera le Parti communiste. La paix de Brest-Litovsk ayant libéré des prisonniers hongrois déjà endoctrinés, ces hommes fondent, sur invitation de Lénine, le Parti communiste hongrois le 24 novembre, d'anciens prisonniers autrichiens, le Parti communiste autrichien le 10 décembre. Le 1er janvier 1919, le Spartakus Bund allemand au cours d'un congrès où Lénine a dépêché Karl Radek, de son vrai nom Sobelsohn, juif polonais de culture allemande, prend le nom de Parti communiste allemand. Le juif anglais J. Fineberg laisse le témoignage suivant : « J'ai eu la chance d'assister à la réunion dans laquelle il fut décidé la création d' une IIIe Internationale, communiste ... Autant qu'il m'en souvienne, il n'y avait que quatre camarades à cette réunion: Lénine, Tchitchérine, Scroba (Finlande) et moi. Lénine nous soumit un projet de Manifeste aux travailleurs de l'univers, en proposant de le faire signer par les représentants du parti russe et des partis étrangers et sympathisants qui se trouvaient alors à Moscou. Après une brève discussion, la proposition de Lénine fut adoptée. » Publié le 24 janvier, ce "manifeste" portait la signature de quelques communistes étrangers qui ne représentaient qu'eux-mêmes. En fait, des 35 participants du 1er Congrès de l'Internationale communiste, un seul représentait un groupement étranger réel; Eberlein, délégué des spartakistes (allemands). Ce dernier s'était opposé à la publication d'un manifeste qui eût pu faire croire abusivement qu'il avait été signé par des délégués mandatés par des organisations réelles. Selon les souvenirs d'Angelica Balabanova , la conférence, à cause du caractère non représentatif des participants non-Russes, allait s'achever sans résultat, lorsque l'Autrichien Steinhardt (Gruber), ancien prisonnier de guerre passé aux bolcheviks, envoyé par Radek " travailler en Europe occidentale ", fut au dernier moment exhibé par Zinoviev au cours d'une mise en scène mélo-dramatique : Barbe hirsute, capote de soldat en loques (tout un pan ... déchiré), Steinhardt-Gruber se dirigea droit vers le presidium: «Je suis le délégué des communistes autrichiens. Il sortit un couteau et se mit à taillader sa capote d'où il tira un mandat... Il narra presque en pleurant ce qu'il avait dû endurer en franchissant les lignes du front d'Ukraine (puis) quelqu'un assis à la fable du presidium, lui souffla : « Criez: Vive le Congrès de l'Internationale communiste! » Ce que fit aussitôt l'Autrichien ... Cette déclaration provoqua un tonnerre d'applaudissements à la faveur desquels Zinoviev proposa de déclarer nulIe et non avenue la décision adoptée la veille et de reconnaître la conférence comme étant de plein droit le 1er Congrès de la Ille Internationale, de l'Internationale communiste.
Même dans le cas où le témoignage de Mme Balabanova serait infirmé, il reste que le 1er Congrès de l'Internationale fut tenu par des personnes qui étaient là de par la volonté de Lénine, Trotsky, Zinoviev et Cie, non de par celles d'organisations non-russes, ou qui n'existaient pas encore, ou qui, dans la mesure où elles avaient quelque existence, n'ont pas pu être consultées. « Toute l' Europe occidentale manquait » : la France, l'Angleterre, la Belgique, l'Italie, l'Espagne, le Portugal.
Et la même Balabanova était requise par Trotsky et Lénine de rester à Moscou (elle venait d'Italie) comme secrétaire de l'Internationale communiste.
Les directives, rédigées à l'impératif, qui se trouvent dans les documents de ce 1er Congrès, émanent de Lénine, Trotsky, Zinoviev, Boukharine. Qui les révoque en doute et en conteste le bien-fondé est un ennemi du prolétariat et un traître au marxisme. Quant aux principes, ces directives ont un rapport avec Marx qui rappelle celui du Coran avec l'Ancien Testament. Quant à la science et à la vérité, il s'agit de propositions soit erronées, soit controuvées, soit démenties par les faits, soit d'une vérité trop partielle pour ne pas équivaloir à l'erreur. Jugez-en : « Une nouvelle époque est née. Époque de désagrégation du capitalisme, de son effondrement intérieur [en fait vous n'avez rien vu de tel]. Époque de la révolution communiste du prolétariat (même observation). Le système capitaliste croule [même observation].» Seule la classe ouvrière (je résume) peut vaincre le chaos capitaliste et instaurer l'ordre communiste, "effacer les frontières, transformer le monde en une vaste communauté travaillant pour elle-même ", etc., l'U.R.S.S. est un État "prolétarien" (sic) qui socialise l'économie, c'est-à-dire étatise puisque jusqu'à nouvel ordre l'Etat demeure un " appareil de contrainte" aux mains du prolétariat. " Au cours de cette immense transformation, le pouvoir des soviets doit... échafauder un énorme appareil de gouvernement toujours plus centralisé dans sa forme ... " L'Internationale est fondée pour " subordonner tous intérêts nationaux aux intérêts de la révolution mondiale ". Les économistes qui ont osé émettre des doutes sur " la théorie de la paupérisation des masses " (sic) sont traités d' " eunuques " et de "mandarins ". Les impérialistes sont des brigands et il est aussi grotesque d' " exiger du prolétariat (c'est-à-dire des communistes) que dans sa dernière lutte à mort contre le capital il observe pieusement les principes de la démocratie politique que d'exiger d'un homme assailli par des malandrins qu'il observe les conventions de la boxe ". La Société des Nations n'est qu'une " Sainte Alliance capitalistes pour troubler la conscience révolutionnaire de la classe ouvrière ". Les Etats constitués par les peuples limitrophes libérés du joug tsariste sont désignés comme " valets de l'impérialisme ". Conséquence: la rupture avec le Centre, c'est-à-dire les socialistes conciliateurs qui veulent reconstituer après la guerre : l'Internationale socialiste, est " une nécessité historique absolue ".
Jules Monnerot :sociologie de la révolution
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Messagepar Pat » 05/10/2007 - 19:37

Après les émeutes de février 1934, un manifeste circule à Paris: « Les Intellectuels appellent à la lutte ». Ces « Intellectuels » constituent le « Comité de Vigilance des Intellectuels antifascistes ». La majorité de ceux qui sont déjà connus (des professeurs parfois illustres comme Langevin et Paul Rivet) possèdent apparemment la foi de base dans l'évolutionnisme progressiste que traduit la formule politique de la démocratie représentative; elle est scandalisée par la création de pouvoir dont s'est rendu coupable une première fois le fascisme; la répétition de l'outrage en Allemagne l'éveille politiquement: elle jette un cri d'alarme. Ce n'est encore là qu'une agitation d'« intellectuels ». D'autre part, l'avènement de Hitler suscite en France des réactions d'inquiétude; cet accroissement de puissance est ressenti comme une menace. La structure des appareils de partis oppose d'abord à ces frissons d'inquiétude qui parcourent la « base » une certaine force d'inertie. On spécule dans les milieux politiques les plus « jeunes» et secrètement les plus détachés des préjugés officiels, sur une telle situation. Gaston Bergery se prépare à lancer le « Front commun», plus tard « Front social», pour tenter de rassembler les éléments de base des partis de gauche qui ont perdu, perdent ou vont perdre la foi dans la capacité de leurs « appareils » respectifs à répondre efficacement à une situation dangereuse. Des syndicalistes, des socialistes, des hommes de valeur classés « à droite» se rencontrent discrètement. Est-on à la veille d'un regroupement politique en France? Les décisions prises au Kremlin en disposeront autrement. Conseillé par Albert Vassart, délégué du Parti communiste français au Komintern, Manouilski définit la tactique du Front populaire. Les directives sont communiquées au Parti communiste français, ce qui aboutit au pacte d'unité d'action avec le parti socialiste, et à la formation d'un « Front populaire» pour les élections de 1936. Les radicaux-socialistes qui étaient le parti à la représentation parlementaire la plus nombreuse, adhèrent à ce pacte. La tentative de renouvellement de la politique française est bloquée. Elle comportait pour le Kremlin des inconnues. Elle eût pu aboutir à une décision de neutralité dans un futur conflit russo-allemand. Il est plus sûr pour le Kremlin de jouer sur le statu quo politique, la résistance propre des vieux appareils, bref, le conservatisme au sens le plus littéral et le plus physique du mot. Le retournement est raide (il est vrai que le retournement suivant, le pacte Hitler-Staline, surpassera le précédent en raideur). Les dirigeants communistes français et en particulier Maurice Thorez s'acquittent de cette mission nouvelle beaucoup mieux, à en juger par les résultats, que des précédentes " tâches révolutionnaires ". Ils apparaissent plus doués pour ce rôle que pour le précédent. Si bien que ceux qui semblent maintenant sectaires, ce sont les socialistes. Auprès de Thorez, avenant, prévenant et bien secondé, plus d'un « social-traître » fera figure, auprès des " bourgeois " radicaux, de rigide doctrinaire marxiste. Les communistes ne désirent nullement ils le déclarent urbi et orbi - faire passer tout ou partie du programme communiste dans celui du futur gouvernement de Front populaire. Ces formules magiques leur ouvrent les cœurs radicaux-socialistes. Des républicains fatigués goûtent ainsi, grâce à ces révolutionnaires providentiellement assagis, les joies d'arrière-saison d'une troisième jeunesse politique. Leur devise pourrait bien être à ce moment, celle de Mme Laetitia, l'impératrice douairière : « Pourvu que ça dure! » Il suffit aux staliniens d'une prise de position nette, efficace, contre le fascisme à l'intérieur, et, à l'extérieur d'un rapprochement avec l'Union Soviétique contre l'Allemagne. Moyennant quoi ils sont prêts à toutes sortes de concessions sur le plan " social ", leur spécialité. On les voit aussitôt ne pas soutenir les socialistes qui voulaient introduire des « réformes de structure» dans le programme du futur gouvernement de « Front populaire ». Réduites à la portion congrue, l'essentiel en sera une modification du statut de la Banque de France, la semaine de quarante heures, décidée au petit bonheur sans étude économique préalable, et les congés payés. (La dévaluation sera imposée par les faits à un ministère dont la compétence économique ne semble pas avoir été le fort.) Plus, les communistes ne vont-ils pas faire chorus avec les radicaux-socialistes, désireux de ne porter aucune atteinte au statu quo économique et social? Apparemment, les communistes n'ont pas ordonné les " occupations d'usines " de juin 1936, et ont mis en œuvre toute leur influence pour que les usines soient rapidement évacuées. Ils n'ont pris la tête du mouvement que pour le contenir, montrant aux alliés timides à la fois leur force et leur sagesse, ce qu'ils peuvent faire s'ils sont révolutionnaires, ce qu'ils peuvent empêcher s'ils ont décidé de ne plus l'être.
L'apparition de l'" anti-fascisme " mérite de faire époque dans l'histoire de la mythologie politique. Lorsque le renversement de politique eut été décidé au Kremlin et, comme on dit aujourd'hui, « programmé » au Komintern, et lorsque cette décision eut été signifiée aux exécutants, tous les mécanismes bureaucratiques du communisme, tous les appareils parallèles entrèrent simultanément en action. Sur directives centrales du Komintern, avaient été créées dès les années 20, partout où il était possible de grouper des hommes, des associations dont les initiateurs étaient des communistes, et dont les " bureaux ", c'est-à-dire la permanence exécutive, étaient composés soit de communistes, soit d'hommes contrôlés par le Parti. L'ensemble des syndicats dirigés par des communistes formaient la C.G.T.U. face à la C.G.T., mais, en dehors des syndicats proprement dits, en dehors aussi des sections locales du " Secours rouge international ", de la " Ligue anti-impérialiste ", toutes sortes d'associations, d'amicales, de mutuelles, de tontines, étaient créées sur le même modèle. Il n'y avait pas seulement une association d'anciens combattants, l'A.R.A.C. Il y avait une association de veuves de guerre, une association de tuberculeux, une association de philatélistes, etc. Il était de plus recommandé aux communistes, surtout lorsqu'ils n'étaient pas connus pour tels, de s'infiltrer dans les associations apolitiques non communistes, voire confessionnelles. Certes, en vertu de l'automatisme bureaucratique qui présida à cette insémination générale, beaucoup d'associations ainsi créées étaient squelettiques. Les cotisations ne " rentraient " pas; les adhérents ne venaient jamais. Mais ces associations continuaient à exister sur le papier. Elles pouvaient toujours renaître si les circonstances devenaient favorables. Mais, si nombreuses qu'elles fussent, on en créa d'autres.
En 1932, l'écrivain Henri Barbusse, alors permanent rétribué d'organismes communistes, vient trouver Romain Rolland en Suisse. Il s'agit de lancer un appel pour un Congrès mondial qui se tiendra à Amsterdam. Lounatcharski , commissaire à l'Instruction publique de l'U.R.S.S., va voir Romain Rolland chez lui, à Villeneuve, sur les bords du Léman, pour insister. En même temps, Barbusse essaie d'obtenir l'accord de Fritz Adler, secrétaire de l'Internationale socialiste (ceci, en vain). Barbusse, bien qu'en butte aux attaques " sectaires " de ses coreligionnaires communistes, n'a pas agi de son propre chef. Ce Congrès mondial d'Amsterdam contre la guerre (27-28-29 août 1932) fut une relative réussite. Il y eut quelques « jeunes turcs radicaux », et, en dépit de l'opposition de l'Internationale socialiste, 291 socialistes y assistèrent . On y enregistra des motions contre la guerre, les armements, le colonialisme, le traité de Versailles, les dettes de guerre, les réparations et même ... (nous étions encore en 1932) une mise en garde contre la S.D.N. (les socialistes participants furent blâmés par leur parti). Mais on n'avait pas fait que se payer de mots: ce Congrès avait élu un exécutif, d'où procédèrent, partout où cela lut possible, des sections locales du Comité à Amsterdam. Dans ces sections locales, les communistes tentaient de procéder en détail à ces noyautages de socialistes, qui avaient auparavant échoué en bloc sous le nom de« Front unique à la base ». Le noyautage ne se borna pas aux socialistes; dans les années qui suivent, tout ce qui était noyautable sera noyauté. En fait, sur le plan local, des contre-manifestations contre les «ligues fascistes», alors naissantes, pouvaient être l'occasion de multiplier « à chaud» les phénomènes de « Front unique à la base ». Avec les « Comités d'Amsterdam », les appels à l'unité et à la lutte offraient l'avantage de ne point provenir du Parti communiste, dont un dirigeant s'était vanté de « plumer la volaille socialiste », et le propos avait fait le tour du monde politique français. Un nouveau congrès du Comité d'Amsterdam fut tenu salle Pleyel à Paris, les 4-5-6 juin 1933· En dépit des sanctions décidées par le Conseil national du Parti socialiste, le noyautage par les communistes continue. A la tête du Comité, une savante macédoine de communistes, et de non-communistes, de crypto-communistes, et d'intellectuels idéalistes. Premier et fort typique exemple de la réunion des différents ingrédients psychologiques et politiques qui allaient composer l'« anti-fascisme ».
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Messagepar Pat » 07/10/2007 - 9:39

L'antifascisme et le front populaire
Mais revenons à I935. En vertu de mots d'ordre qui rencontrent chez d'autres Français des préoccupations d'une autre nature que les leurs, les communistes rendent d'abord le gouvernement de la République prisonnier du soutien qu'ils lui apportent, et ils tendent à « synchroniser» la politique extérieure de la France à celle de Staline. Pour cela, il a fallu, et il a suffi que, sur ordre, ils renient bruyamment et vivement leurs « positions de classe ». Ils ne se rétractent pas explicitement. Ils se contentent de dire aujourd'hui le contraire de ce qu'ils disaient hier, sans rappeler leurs positions passées. C'est la seule conduite payante avec les « masses », qui sont « instantanées ». Cette réussite de l'antifascisme est due en partie aux organisations créées, ou utilisées par l'appareil communiste, qui a mis en place les canaux, le réseau de capillaires, par où circule l' « idée contagieuse ». Mais il fallait encore que l'idée antifasciste fût « contagieuse» et elle l'était indépendamment du Kremlin. La plupart des pauvretés proférées dans la période précédente par le Kremlin en tant que Komintern n'avaient aucune force de propagation, ne rencontraient pas de terrain favorable. Nous avons constaté plus haut le peu de succès de la plupart des grands mots d'ordre lancés par le Komintern tout au long de la période dite de « stabilisation du capitalisme », insurrections mort-nées, tactique " classe contre classe ", etc. Nous avons expliqué en traitant de la censure, l'existence en France, antérieurement au renversement politique du Komintern, qui se traduisit par le mot d'ordre des " Fronts populaires ", d'un « antifascisme » latent. Le fascisme, en effet, dérangeait le confort mental de ce que Péguy appelait le " Parti intellectuel ". Ce ne pouvait être qu'un spectre du Passé, contre lequel il fallait fulminer l'excommunication républicaine et l'anathème laïque. (La contagion, l'infection, comme dit L. S. Penrose , antifasciste, n'eût pu se produire si le terrain n'était pas si favorable.) A partir du renversement politique du Kremlin, qu'ont fait les communistes, et singulièrement les communistes français, sur l'ordre du Komintern? Ils ont pratiquement, dans l'action, sur le terrain, dépouillé tout ce qui faisait d'eux des communistes, tout sauf l'organisation, et ceci nous montre à quel point l'organisation est une caractéristique distinctive de leur nature sociologique.
L'expérience est capitale. Les communistes ont accru l'étendue et les ramifications de leurs différents réseaux (associations diverses contrôlées ou orientées par eux, comités d'Amsterdam Pleyel essaimant sous la forme de comités locaux de vigilance antifasciste). Ils les ont mis au service de l' « antifascisme ». Ces comités pouvaient être à la fois l'embryon d'un " deuxième pouvoir ", et d'excellents comités électoraux pour les futurs candidats de " Front populaire ". Les communistes, ce faisant, ont remisé le marxisme-léninisme (mais non la tradition jacobine) et se sont comportés aussi pragmatiquement que des fascistes. Ceux-ci commencent alors à perdre leur supériorité quant à l'intelligence politique. Dans cette affaire, ceux qui ressemblaient encore le plus aux fascistes, aux vrais, c'étaient les communistes. Aussitôt d'ailleurs, le pragmatisme communiste a " payé ". Les communistes eurent en I936, au parlement français, un nombre inespéré de représentants. Il y eut liaison, connexion " à chaud " du réflexe " républicain " (défense de ces libertés civiques qu'en langage " marxiste " on nomme " formelles "), du réflexe "national " (l'Allemagne nous menace), du réflexe " social " (le fascisme se confond avec la «réaction»; il a comme fin principale d'asservir les travailleurs pour le compte du capital monopoliste), du réflexe " intellectuel antimilitariste " (ce sont des brutes, ils ont des uniformes, des ceinturons, ils frappent), du réflexe " conservateur " ( " républicains bien placés, les tenants du « régime fort » menacent la république et vos places "!) Tous comptes faits, les communistes dans le " Front populaire " menaçaient moins le capitalisme que ne le faisait « le fascisme » allemand. Les chefs du national-socialisme, en vertu même de la création de pouvoir dont ils étaient bénéficiaires, étaient à même d'imposer la volonté de Hitler, une volonté qui pouvait ne pas coïncider nécessairement, et toujours, avec les profits et les espérances des congrégations économiques et financières. Les staliniens des pays occidentaux d'Europe, conformément aux directives reçues, se sont, en fin de compte, présentés comme des conservateurs de la république bourgeoise. Les radicaux, en possession d'état, ne songèrent qu'à utiliser, venant des communistes, ce désintéressement inespéré. Les socialistes voyaient renaître le rêve de l'unité des partis ouvriers, avec des partenaires communistes, pour la première fois se comportant, apparemment, en " démocrates ". La conjonction de tous ces réflexes, la réunion de ces facteurs, aboutit à un composé qui est autre chose que la somme des composants. A partir d'un certain degré de température passionnelle, un antifasciste ne s'interroge pas sur les motivations d'un autre antifasciste. Le libéral et le totalitaire, le nationaliste et l'internationaliste deviennent aveugles quant à leurs différences. A partir du seuil où il s'agit avant tout d' « idée infectieuse » et de propagation épidémique, la Bête noire ainsi créée, le fascisme, acquiert tous les caractères de Protée. Nous avons vu dès la fin des années 20 dans les textes de La Correspondance internationale, et les décisions du Komintern, l'attribution de l'épithète « fasciste » à des groupes ou à des hommes qu'on décidait de désigner ainsi à l'hostilité active des militants et des masses. Cette attribution prenait, et prit de plus en plus le caractère d'un rite d'exécration, présentant d'ailleurs la très rare, originalité d'être efficace. Avec la floraison de l'antifascisme à partir de 1934-1935, nous verrons ces pratiques de magie, cette méthode de malédiction, sortir par contiguïté des limites bureaucratiques staliniennes et « pénétrer dans les masses». Le « fascisme», telle une vapeur infecte et volatile, peut pénétrer partout. Quiconque est touché par la contagion antifasciste, est prêt à faire beaucoup pour détourner de lui l'accusation de fascisme, si jamais elle venait à être proférée contre lui, et inversement à user d'un anathème aussi efficace, et de la peur qu'il inspire, pour discréditer les adversaires, ou pour agir sur eux, en les menaçant de cette tunique de Nessus. Nous avons déjà vu, et nous verrons encore, dans les textes officiels du Komintern, les socialistes traités de social-fascistes, les sociaux-chrétiens, de clérico-fascistes, les partisans de Primo de Rivera (et l'épithète resservira pour Franco) de monarcho-fascistes, et passons sur les hitléro-trotskystes. Cette conjonction de type magique entre deux mots sert à effectuer, par la répétition d'une contiguïté, si cette répétition est suffisante, un déplacement de la charge affective hostile des « fascistes » sur un autre groupe.
Si l'opération réussit, cet autre groupe est, par les antifascistes, confondu avec les " fascistes ". Il y a alors transfert de malédiction. Une fois qu'existent les circuits conducteurs d'antifascisme, les communistes placés aux points stratégiques, aux postes déterminants de ces circuits (comités, associations, presse, maisons d'édition) peuvent donc, par ces opérations de transfert affectif commandées de haut et massivement exécutées à volonté, discréditer ou intimider les hommes qui les gênent. C'est ainsi qu'insensiblement l'antifascisme glisse vers une signification quelque peu changée: le fascisme est l'anticommunisme, donc l'anticommunisme est le fascisme. Tel est le réflexe d'association verbale que les staliniens vont s'appliquer à conditionner. L'opération réussira à l'échelle mondiale. Tout ce qui fait obstacle aux visées du Kremlin en tant que Komintern, pourra, si les " conditionneurs " le jugent nécessaire, être réputé « fasciste ». Ce qui donne aux communistes la possibilité d' essayer de faire passer qui les gêne, ou qui leur déplaît, groupes ou individus, pour fascistes. Il ne s'agit que de " déclencher " le réflexe antifasciste, maintenant qu'il est monté. Seuls les communistes, en tant que système organisé à l'échelle mondiale, contrôlèrent et utilisèrent de manière conséquente et systématique, ce mécanisme de ségrégation politique et d'exposition de qui l'on veut à la malveillance publique, de contamination mythique et de malédiction réalisée.
Au Kremlin, le Parti communiste français fut donné en exemple.
La France est en passe de devenir « la fille aînée du Komintern ».
Il ne saurait entrer dans notre actuel dessein de tirer au clair la psychologie de Staline à propos des processus qui aboutirent par la suite au pacte avec Hitler, au partage de la Pologne et à l'occupation soviétique des États baltes. Nous devons seulement remarquer que l'existence de l'antifascisme ne contribua pas peu, en 1939-1940, à la confusion politique française.
Après le pacte Staline-Hitler, le mobile « idéologique» anti-allemand était le plus souvent cassé chez les communistes et ceux qu'ils influençaient le plus. Bien qu'en vertu de la persistance des agrégats, de la vitesse acquise également, il y eût en 1939-1940 des démissions dans le Parti communiste français, ces démissions n'en entamèrent point la structure. Les communistes fidèles se demandèrent, et demandèrent si ce n'étaient pas les " fascistes " français et même anglais (!) qui, par leurs manœuvres déloyales, avaient contraint Staline à cet expédient pour les déjouer. Si le capitalisme, par ses ruses sataniques avait pu contraindre le Père des peuples à cette cabriole tactique, voilà qui en montrait une fois de plus l'abominable malfaisance!
Cette coopération de Hitler et de Staline n'entraîna chez les communistes qu'une amertume momentanée. D'ailleurs, dans cette " drôle de guerre ", les capitalistes qui l'avaient déclarée à Hitler n'attaquèrent pas: c'était peut-être un simulacre? Staline avait peut-être divisé le monde capitaliste à la veille de s'unir pour attaquer l'U.R.S.S.? A partir de la passion, le champ des conjectures est complaisant. Et bien des communistes français tournèrent à la gloire du Père des peuples le mauvais tour que ce dernier leur avait joué.
Sources: idem
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Messagepar Pat » 09/10/2007 - 9:12

PRECISIONS SUR L'EXPRESSION «PARTI DE CLASSE»
«Le socialisme, parti de classe, s'interdit par définition même d'accepter dans ses rangs des cotisants qui attendraient de son triomphe de gros marchés de fournitures ou des décorations.
Précisément parce qu'il s'attache à l'abolition du régime capitaliste, il ne peut laisser aucun espoir de cette sorte, il ne doit exercer aucune séduction sur ceux qui prétendent jouir des abus et exploiter les tares de ce régime.
Nul intérêt personnel. hormis peut-être un intérêt d'ambition, ne peut lui attirer des recrues dangereuses ...
« La notion parti de classe commande toute la politique du socialisme, soit dans le domaine électoral. soit dans le domaine parlementaire.
Elle exclut les alliances durables, les compromissions avec les autres partis, les complaisances à l'égard du pouvoir ...
"Chaque fois qu'une fraction socialiste, avant l'unité, ou même une école socialiste s'est associée aux gouvernements ou aux partis démocratiques bourgeois, elle a été la dupe de son illusion, elle a été la victime de sa collaboration de classe; elle a conduit les masses ouvrières aux abîmes (exemple: juin 1848).
Ce sont ces alliances (qu'il s'agisse des opérations électorales ou bien des tractations parlementaires ) que les mots «parti de classe" écartent délibérément.
Là où un parti accepte de se liguer avec les organisations politiques de la classe adverse, de promettre un concours durable aux ministères issus de cette classe adverse, il perd son caractère primordial.
«L'isolement apparaît de la sorte la règle pour le Parti socialiste.
Le contact amical avec les autres partis comporte pour lui d'innombrables chances d'énervement et de désagrégation.
C'est de lui seul qu'on peut dire: dl est d'autant plus vigoureux qu'il est plus seul.»
( d'après l'Encyclopédie socialiste)
Les dossiers de l'Histoire oct, nov , dec 1975
Dernière édition par Pat le 24/04/2008 - 16:22, édité 1 fois.
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Messagepar Pat » 09/10/2007 - 14:37

Le 27 et le 28 mai 1917, le Conseil national à l'unanimité décide d'expédier à la Conférence internationale de Stockholm une délégation de socialistes français. L'échec de l'offensive Nivelle, les mutineries sur le front, la lassitude de l'opinion n'ont pas peu contribué à cette décision. En fait, le gouvernement français refuse d'accorder des passeports et la délégation prévue ne pourra se rendre à Stockholm. Par contre, en septembre, le groupe parlementaire et la commission administrative décident d'interdire à tout socialiste de continuer à participer au gouvernement. C'est bel et bien le décès officiel de l'Union Sacrée ...
Cette rupture d'avec la participation ministérielle sauve momentanément les majoritaires. D'autant que socialistes et syndicalistes ne tiennent pas à cautionner l'effondrement du front russe qui apparaît de plus en probable. Aussi, en février 1918, les trois députés socialistes nommés par Clémenceau hauts-commissaires du gouvernement sont autorisés à rester en fonction.
La prise du pouvoir par les bolchevistes, la signature du traité de Brest-Litovsk profitent pourtant pas aux majoritaires. Ils songent en effet à soutenir l'idée intervention militaire à l'Est... Le Conseil national du 28 juillet 1918, par 1544 contre 1172, approuve un texte de J. Longuet qui exige du gouvernement la définition de ses conditions de paix sur la base des principes de la Révolution russe et des quatorze points de Wilson; qui condamne en outre toute intervention contre les Soviets.
Lors du Congrès du Parti, qui se tient en octobre 1918, la majorité passe définitivement entre les mains des ex-minoritaires Frossard prend le secrétariat général du Parti et Marcel Cachin la direction de l'Humanité. Sans attendre le Congrès de Tour, la Révolution russe est donc la pierre de touche qui départage les socialistes français (19) . Ainsi, tout au long du conflit, le socialisme français (comme la sociale-démocratie allemande ou le Labour Party britannique) n'a cessé d'être écartelé entre " nationalistes" et " pacifistes ".
VERS LE SCHISME
La fin du conflit permet aux travailleurs d'exposer sans plus attendre leurs revendications. Mais la lutte s'annonce sévère. Que peuvent en effet penser les 100000 manifestants parisiens qui envahissent la chaussée le 29 mars 1919 pour clamer leur indignation après l'acquittement de Raoul Villain, l'assassin de Jaurès? .. Et, dans ce Parti socialiste de 1919 " où 97534 membres (près de trois sur quatre) ont adhéré dans l'année, de quel poids pèse sur l'orientation du parti la génération du feu (20)?"
Ce n'est pas, semble-t-il, l'afflux des nouveaux adhérents qui a donné au parti socialiste un caractère plus nettement révolutionnaire et qui peut expliquer d'une manière décisive la scission survenue à Tours.
Là encore, on ressent les répercussions de la Révolution russe. L'attitude d'expectative prise par le Parti (« Il ne faut pas sacrifier Jaurès à Lénine «) est discutée par deux groupes importants situés à gauche du parti socialiste.
" L'ultra-gauche " tout d'abord. Elle découle des « Comités de Défense syndicale» de tendance anarchiste. Entraînée par Péricat avec pour journal L'Internationale, elle voit dans les soviets d'ouvriers et de soldats les moyens d'expression de la démocratie postrévolutionnaire. Péricat dirige alors un Parti communiste composé d'éléments disparates: anarchistes décentralisateurs, socialistes autoritaires.
Ces communistes de 1919 veulent donner aux grèves qui se développent, un contenu politique. Le 23 avril Clémenceau concède la journée de 8 heures; mais les violentes échauffourées du 1er mai 1919 entraînent la mort de deux manifestants, cependant que Jouhaux est matraqué par la police. Malgré les grèves de la métallurgie, des mines, des produits chimiques, le Parti communiste de Péricat se désagrège rapidement.
Deuxième groupe d'opposition: " l'extrême-gauche ", incarnée dans le Comité de la IIIe Internationale, fondé par Monatte. Ce courant, qui compte des militants comme Lefebvre, Vaillant-Couturier, et dont le secrétaire est Loriot, rassemble des membres du P.S. et de la C.G.T .. Lénine voit en lui le plus proche comité du mouvement bolchevique, même si Monatte rêve d'une société " syndicaliste " et non « soviétique ».
Ces deux tendances ne sont pas cependant assez représentatives pour engager le parti socialiste dans la voie d'une transformation radicale. Deux événements survenus fin 1919 et début 1920 ont permis en effet aux éléments radicaux de l'emporter: l'élection du Bloc National en novembre 1919, l'échec de la grève des cheminots en mai 1920.
Les élections législatives de novembre 1919 ont amené le Parti socialiste à rédiger en avril un programme électoral complet présenté par son rapporteur Léon Blum. Dans son préambule, il affirme la vocation révolutionnaire du Parti. Puis, il expose les deux grands chapitres de l'activité future: la rénovation politique et la restauration économique. Enfin, on prévoit des réformes sociales immédiates et on appelle la création d'une Société des Nations entre les peuples égaux en droits et en devoirs.
«LE COUTEAU ENTRE LES DENTS»
Les résultats confirment l'audience du socialisme dans le pays: 1 700000 voix contre 1400000 en 1914. Pourtant, dans 17 départements, le Parti enregistre des pertes importantes, tandis qu'il piétine dans ses fiefs habituels (Seine, Bouches-du-Rhône, Rhône). Il est vrai que la loi électorale (scrutin de liste départementale avec représentation des minorités) ne s'avère guère favorable au Parti dont le nombre des députés tombe de 100 à 68.
Vrai également que la Droite, unie dans le Bloc National qu'entraîne Alexandre Millerand (l'ancien socialiste " indépendant " de Saint-Mandé) a déployé l'inquiétante silhouette de l'" homme au couteau entre les dents ". Et cette affiche célèbre arrive précisément au moment où les succès de l'Armée Rouge sur les Blancs semblent d'autant plus inquiétants que la contagion bolcheviste s: répand dans la flotte française de la Mer Noire.
Devant cet échec électoral, nombre L' sont les socialistes qui concluent à l'insuffisance d'un programme réformiste. Aussi les sections favorables à un programme révolutionnaire et à l'adhésion à la IIIe Internationale gagnent-ils du terrain (21). C'est pourquoi le Congrès du Parti, réuni à Strasbourg en février 1920, entraîné par Loriot et ses amis, votre l'abandon de la IIe Internationale par 4333 voix contre 337. L'adhésion immédiate à la IIIe Internationale est néanmoins repoussée: 3031 voix contre, 1620 pour. On décide seulement d'entrer en négociation avec elle.
Le Parti est désormais aux mains des « Reconstructeurs», ainsi nommés puisqu'ils estiment devoir édifier sur de nouvelles bases le mouvement socialiste.
L'échec de la grève de mai 1920 accélère précisément ce processus. Les minoritaires de la C.G.T. pensent avec Monatte et Loriot que le manient est venu de « faire payer au capitalisme ses crimes». Le moyen: l'insurrection révolutionnaire. La puissante fédération des Cheminots n'est pas hostile à pareil processus. De janvier à mai 1920, partie du dépôt des machines de Périgueux, se propage ainsi la paralysie des chemins de fer. A partir de mai, la C.G.T. lance en vagues d'assaut successives d'autres grèves professionnelles, pour épauler les cheminots: transports, mines, dockers, marins, métallurgistes ...
Depuis des mois, le patronat a prévu pareille manifestation et mis sur pied un dispositif apte à suppléer l'absence des grévistes. En même temps, les sanctions pleuvent sur ces derniers: révocations, mises à pied. Le gouvernement fait même ouvrir une instruction contre la C.G.T.; les dirigeants de la fédération des cheminots sont inculpés et quelques membres de la IIIe Internationale comme Loriot mis en prison.
Tandis qu'une immense lassitude s'empare du monde ouvrier, les minoritaires socialistes estiment qu'il n'y a plus rien à attendre du socialisme français et qu'il faut donc sans plus tergiverser se tourner vers le bolchevisme.
Or, les bolcheviques, dans la perspective d'une stratégie révolutionnaire à long terme la Révolution n'a pas conquis l'Europe) sont à présent disposés à prendre langue tout autant avec le Parti socialiste français qu'avec le Comité de la IIIe Internationale. Une invitation est donc transmise aux socialistes français pour participer au 2e Congrès de l'Internationale communiste. Marcel Cachin et Frossard partent alors pour Moscou.
LE CONGRES DE TOURS.
Estimant que l'exemple russe pouvait être fructueux, impressionnés par le dynamisme de la Révolution bolchevique, les deux dirigeants adhèrent personnellement à la IIIe Internationale et, munis de documents sur lesquels ils doivent inviter leur Parti à se prononcer, quittent Moscou le 31 juillet 1920.
Dès leur retour à Paris, les deux « pèlerins» mènent campagne en faveur de l'adhésion. Jusqu'en décembre, de vifs débats et de violentes discussions animent les sections socialistes.
A la veille du Congrès de Tours, les positions sont les suivantes: veulent le rattachement à l'I.C. les membres du Comité de la 3e Internationale avec Vaillant-Couturier, et ceux qui acceptent les motifs exposés par Frossard et Cachin. Refusent l'adhésion, les socialistes qui n'ont cessé de prôner les mérites de l'Union sacrée (A. Thomas, P. Renaudel); ceux qui, avec Mistral, affirment: « Nous n'avons point l'âme d'un moujik et nous ne croyons pas plus à l'infaillibilité des popes qu'à celle des papes»; ceux qui, derrière L. Blum veulent concilier patriotisme et socialisme, en restant fidèle à Jaurès. Tous ces opposants ont formé un « Comité de résistance socialiste à l'adhésion.»
Le «oui... mais», c'est-à-dire l'adhésion avec réserves, est représenté par les partisans de J. Longuet, les longuettistes ou « reconstructeurs de droite».
Au milieu des débats passionnés, deux événements, sans modifier d'une manière décisive la conclusion des débats, frappent les congressistes. Le 28 décembre, le président de séance, Le Troquer, donne lecture d'une dépêche de Zinoviev, chef de la IIIe Internationale, qui accuse avec vigueur Longuet, Paul Faure et leurs amis « d'un esprit de réformisme et de diplomatie mesquine et chicanière ». Le Comité exécutif de l'Internationale communiste somme donc le Congrès de s'écarter d'influences aussi néfastes: « Nous sommes profondément convaincus, chers Camarades, que la majorité des ouvriers conscients de France n'admettra pas un compromis aussi ruineux avec les réformistes et qu'elle créera enfin à Tours le vrai Parti communiste un et puissant, libéré des éléments réformistes et semi-réformistes. C'est en ce sens que nous saluons votre Congrès et que nous lui souhaitons le succès. »
La dépêche de Zinoviev, contrairement à ce que beaucoup de socialistes espéraient, réclame une véritable intervention chirurgicale. Le nouveau parti sera pur et dur ou bien il ne sera plus. Jusqu'alors on pensait que les amis de Longuet et Faure donneraient leur adhésion au nouveau -Parti Communiste tout en continuant à défendre leurs propres positions. De la sorte, seule l'aile droite, groupée autour de Blum, Renaudel et Sembat, ferait sécession, Il apparaît à présent que la scission sera plus importante puisqu'à la droite opposante s'ajouteront ceux que les hiérarques de l'Internationale ne veulent accueillir à aucun prix.
La deuxième surprise du Congrès est l'apparition impromptue de Clara Zetkin, le 28 décembre, tandis que Frossard est à la tribune. « La lumière s'éteint, et brusquement, surgit à la tribune, venue on ne sait comment, on ne sait d'où, une vieille femme aux cheveux gris qu'aussitôt dans un élan formidable, le Congrès reconnaît et acclame; Clara Zetkin, 40 ans de lutte au sein du glorieux parti social-démocrate allemand, secrétaire internationale, avant 1914, des femmes socialistes, camarade de combat de Rosa Luxembourg et Karl Liebknecht, aujourd'hui député au Reichstag et membre de l'Exécutif de la IIIe Internationale. Le discours de Clara Zetkin est émouvant, noble, éloquent; mais il ne contient rien qu'on ne sache déjà sur ce qui peut conduire un militant révolutionnaire au communisme.
LEON BLUM S'OPPOSE AU CENTRALISME
Cependant quand, superbe, la vieille révolutionnaire allemande jette son dernier cri; « Vive la Révolution prolétarienne, qui va détruire le monde capitaliste et donner libre accès à la venue de notre communisme! », le congrès debout lui fait ovation et chante l'internationale» (22)
Mais les jeux sont déjà faits et Léon Blum a développé les motifs de sa résistance, « Croyez-vous, dit-il, qu'un vote de majorité va changer l'état de ma conscience? Parce que tant de voix se seront prononcées pour et tant de voix contre, croyez-vous que l'état de ma raison et de mon coeur vis-à-vis d'un problème comme celui-là va se transformer. Croyez-vous que des chiffres aient cette vertu? Allons donc! pas un de vous ne peut le croire,»
Blum s'efforce de démontrer que la conception socialiste présentée est entièrement nouvelle. Au Parti socialiste, parti de liberté, parti de la classe ouvrière tout entière, va s'opposer un régime de centralisation comportant « la subordination de chaque organisme à l'organisme qui lui est hiérarchiquement supérieur» avec au sommet « un comité directeur de qui tout doit dépendre, c'est une sorte de commandement militaire formulé d'en haut et se transmettant de grade en grade, jusqu'aux simples militants, jusqu'aux simples sections. »
Blum est par ailleurs persuadé qu'à bref délai les syndicats seront soumis au Parti. Enfin, ni la Révolution axée sur la seule prise du pouvoir et faite par des « bandes qui courent derrière tous les chevaux», ni la dictature du prolétariat exercée par un parti centralisé ne sont admissibles.
Dès lors, conclut Blum, « nous sommes convaincus, jusqu'au fond de nous-mêmes que, pendant que vous irez courir l'aventure, il faut que quelqu'un reste garder la vieille maison. »
Le vote sur l'adhésion à Moscou donne 3 208 mandats à la motion Cachin-Frossard concluant à l'adhésion pure et simple. Le texte Longuet-Faure, démontrant que certaines des 21 conditions sont de nature à rendre impossible l'adhésion, recueille 1022 mandats, tandis que 397 se réfugient dans l'abstention.
Quant à la réponse à faire au Comité exécutif de la IIIe Internationale à propos de l'exclusion des réformistes, le texte Longuet préconisant le maintien de l'unité du parti rassemble 1 398 mandats contre 3247 à la motion Daniel Renoult qui accepte l'éventualité d'une scission.
A 2 h 30 du matin, le 30 décembre 1920, le schisme est consommé. " Alors, écrit P. Louis, les deux fractions mises en minorité sortirent de la salle, La minute fut émouvante et beaucoup de délégués, dans toutes les tendances, en perçurent la gravité et en éprouvèrent la tristesse." C'était en effet la fin de l'Unité établie en 1905 à Paris ...
Tandis que le congrès « communiste» poursuit ses travaux dans la salle du Manège, la fraction « socialiste» s'en va siéger dans la salle du Démophile, rue de Lariche.
Dans cette Europe toute meurtrie au lendemain du conflit mondial, aucun militant ne pouvait prévoir ce qu'il adviendrait du mouvement socialiste français, à présent tronçonné. « La vieille maison», dont Léon Blum s'intitule le gardien, ne va-t-elle pas s'écrouler ? Le tout nouveau Parti Communiste, appuyé sur l'exemple soviétique, semble avoir pour lui le nombre, le dynamisme, la foi messianique. Une ère nouvelle commence au souffle du vent de l'Est.
(19) Dernière conséquence: en octobre 1919, des dissidents socialistes récusés par la Fédération de la Seine pour leurs prises de position antérieure créent un Parti socialiste français Qui présente des candidats contre ceux de la S.F.I.O. aux élections de novembre 1919.
(20) A. Kriegel, Le Congrès de Tours. Le Parti socialiste compte en 1919 un total de 133000 membres.
(21) C'est en mars 1919 que la Conférence communiste «, internationale réunie à l'instigation de Lénine décide de se constituer en Ille Internationale et adopte le nom d'Internationale Communiste. Durant l'été 1920, le consolidation du régime bolchevique permet à Lénine d'imposer les 21 conditions aux divers partis socialistes désireux de rallier cette nouvelle Internationale.
(22) A. Kriegel, Le congrès de Tours, p. 183.
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Messagepar Pat » 09/10/2007 - 14:46

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Messagepar Harou » 09/10/2007 - 14:54

Pat, merci pour tous ces articles. C'est vachement intéressant je trouve. Perso j'apprends et réapprends des trucs. Et j'aime apprendre ! :D

(peut-être que je vais suivre ton exemple avec un topic sur le national-socialisme... - faut que je réfléchisse - pour montrer ce qu'est le socialisme de Royal et Sarko)
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Messagepar Pat » 09/10/2007 - 14:58

LES 21 CONDITIONS D'ADHÈSION A L'INTERNATIONALE COMMUNISTE
1. La propagande et l'agitation quotidienne doivent avoir un caractère communiste, visant à la fois la bourgeoisie et le réformisme.
2. Épuration des postes de responsabilité dans le mouvement ouvrier, où les réformistes, même militants expérimentés, doivent être remplacés par des communistes, même sortis du rang.
3. L' action légale doit partout être combinée avec l'action illégale.
4. Propagande des idées communistes dans l' armée.
5. Propagande et agitation dans les campagnes par les ouvriers communistes.
6. Dénoncer à la fois le social-patriotisme et le social-pacifisme.
7. Rupture complète et définitive avec les réformistes.
8. Soutien non en paroles, mais en fait à tout mouvement d'émancipation aux colonies.
9. Formation de noyaux communistes subordonnés à l'ensemble du parti dans les syndicats.
10. Combattre l'Internationale syndicale «jaune» d·Amsterdam.
11. Épurer la fraction parlementaire.
12. Établir l'organisation des P.C. sur la base d 'une "centralisation démocratique» par une "discipline de fer confinant à la discipline militaire".
13. Épurations périodiques des éléments petits-bourgeois dans les P.C. légaux.
14. Soutien sans réserve des Républiques soviétiques dans leur lutte contre la contre-révolution.
15. Établir un nouveau programme communiste adapté aux conditions spéciales du pays.
16. Reconnaître le caractère obligatoire des décisions de l'I.C., "parti mondial unique ".
17. Appeler les partis P.C. au lieu de P.S.
18. Publier dans tous les organes de presse communistes tous les documents importants émanant du comité exécutif de l'I.C.
19. Convoquer un Congrès dans les 4 mois après le IIe congrès de l'I.C. pour débattre des conditions d'admission.
20. Élire le nouveau Comité central en tenant compte que 2/3 de ses membres doivent avoir été antérieurement communistes.
21. Exclure du Parti ceux qui rejettent les conditions d'adhésion.
(d'après Annie KRIEGEL, Les Internationales ouvrières. Que Sais-Je? II29, p. 77)
Dernière édition par Pat le 24/04/2008 - 16:27, édité 1 fois.
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