Il est devenu habituel de pointer du doigt les insuffisances, les dérives voire la faillite du collège et du lycée en France mais généralement l'on épargnait plutôt jusque-là l'école primaire. Ce qui est paradoxal: si des élèves ne sont pas à niveau dans les établissements du secondaire, c'est bien que le problème se situe en amont ! Or, voici que le rapport annuel du Haut conseil à l'Education (HCE), un énième organisme composé de neuf membres mis en place par la loi d'avril 2005, dite loi Fillon, sur l'éducation, se montre d'une extrême sévérité à l'égard du primaire. Selon le document d'une trentaine de pages que Bruno Racine, le président du HCE, a remis au président de la République le 27 août, « Chaque année, quatre écoliers sur dix, soit environ 300 000 élèves sortent du CM2 avec de graves lacunes. Près de 200 000 d'entre eux ont des acquis fragiles et insuffisants en lecture, écriture et calcul. Plus de 100 000 n'ont pas la maîtrise des compétences de base dans ces domaines ». De même, si 60 % des élèves obtiennent des résultats « acceptables ou satisfaisants », 25 % ont des « acquis fragiles» et 15 % connaissent des difficultés « sévères ou très sévères ».
Autre constat alarmant des auteurs du rapport: l'école ne réussit pas à aider convenablement les enfants qui décrochent très tôt: «Elle ne parvient pas, malgré la conscience professionnelle de son corps enseignant, à réduire des difficultés pourtant repérées très tôt chez certains élèves et qui s'aggraveront tout au long de leur parcours de vie », note le rapport. Pire, l'école primaire «semble s'être résignée à l'échec des élèves qui accumulent les insuffisances ». Elle se révèle en outre « globalement incapable de mettre en place un soutien et un rattrapage efficaces ». Difficile d'être plus sévère.
L'école maternelle, où les enfants sont reçus de trois à six ans, n'est pas davantage épargnée par les membres du HCE qui jugent qu'elle « ne met pas tous les enfants dans les conditions de réussir l'école élémentaire ». Et les auteurs d'insister: « La question de la responsabilité de l'école maternelle dans l'échec scolaire à long terme ne peut pas être éludée. »
A quoi tiennent ces graves lacunes? Le rapport constate tout d'abord un manque de coordination. Les élèves ont souvent plusieurs maîtres, notamment en raison du nombre d'enseignants travaillant à temps partiel: c'est le cas d'un instituteur, pardon d'un professeur des écoles, sur dix! Le document souligne aussi que les « ressources humaines» (autrement dit le personnel), aujourd'hui «mal réparties », devraient être consacrées « à l' amélioration du soutien collectif et individualisé des élèves» - dont Nicolas Sarkozy avait fait l'une de ses (nombreuses) promesses de campagne présidentielle. Dans son discours de politique générale début juillet,
François Fillon a ainsi annoncé la mise en place "sans délai" des études dirigées. La mesure sera en principe étendue à tous les collèges à la rentrée 2008 et à toute la chaîne scolaire en 2011. On attendra pour voir quelle en est l'application véritable sur le terrain et quels en sont les effets.
Le Haut conseil à l'Education souhaite également que les professeurs soient mieux formés dans des domaines comme la prévention des difficultés d'apprentissage, l'évaluation des élèves et les relations entre les enseignants et les parents mais il ne dit pas comment.
Avouons-le, il n'est pas facile de résoudre la crise de l'école qui elle-même est liée à la décadence qui touche tous les secteurs de la société, et au premier chef la cellule familiale (voir à ce sujet l'article de Charles Rocquencourt dans Ecrits de Paris de juillet 2007), crise aggravée par l'afflux d'élèves allogènes. Il est en revanche aisé de commander des rapports et d'engager des discussions qui ne débouchent sur rien de concret. Ainsi, recevant le Haut Conseil de l'Education, Nicolas Sarkozy a souhaité qu'un vaste débat s'engage sur les conclusions du rapport, notamment sur la question des inégalités et du rôle de la maternelle. Mais la longue campagne présidentielle que nous avons connue pendant un an et plus a déjà donné lieu à d'interminables débats. Ne serait-il pas temps de passer à l' action?
Pour le moment Sarkozy n'a développé qu'une idée nouvelle: ajouter au socle de connaissances et de compétences que doivent en théorie acquérir les élèves à la fin de la scolarité obligatoire, à 16 ans depuis la réforme Fillon de 2005, une nouvelle « matière de référence» : le sport! Difficile d'aller plus loin dans la démagogie!
Fabienne BALLARIN.RIVAROL
École primaire: zéro pointé !
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