Les OGM, Dr Jekill ou Mr Hyde?

Comment sauver la planète.
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Miroir
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Les OGM, Dr Jekill ou Mr Hyde?

Messagepar Miroir » 15/06/2007 - 13:31

Les OGM, Dr Jekyll ou Mr Hyde ?

Les OGM sont-ils le bienfaiteur que certains nous présentent, ou le danger absolu que d’autres craignent ?

Les techniques permettant de modifier génétiquement des organismes vivants sont porteuses à la fois de promesses alléchantes et de menaces terrifiantes.

Des promesses alléchantes

La possibilité de produire plus d’aliments plus facilement, dans des régions où ce n’était pas possible, d’obtenir des aliments plus riches (le riz vitaminé) ou des médicaments à bas prix en grosses quantités (les brebis au lait chargé en insuline humaine), possibilités d’alimentation nouvelles (la bactérie de notre intestin, escherichia coli, modifiée pour digérer la cellulose), ou des aides techniques (le plant de pomme de terre qui devient fluorescent lorsque le sol devient trop sec, ou les bactéries qui digèrent le pétrole des marées noires).

Des menaces terrifiantes

Certains organismes, s’ils se répandaient dans la nature, auraient des effets catastrophiques. Imaginons un monde dans lequel des bactéries lâchées dans la nature digèrent les arbres ou les hydrocarbures…
Certaines propriétés d’organismes génétiquement modifiés peuvent se transmettre à des espèces sauvages génétiquement proches mais considérées comme nuisibles, en leur conférant par exemple une résistance aux herbicides. Devrons-nous revenir au désherbage à la main ?
La production d’insecticide par les plantes, si elle se généralise dans la nature, risque d’entraîner la raréfaction de nombreuses variétés d’insectes, parmi lesquels des pollinisateurs…
Le transfert d’un gène dans un organisme à usage alimentaire peut aussi entraîner le transfert d’une allergie, qui frappe alors par surprise le consommateur qui y est sensible, si la traçabilité n’est pas garantie. Ce qui devient encore plus préoccupant avec l’apparition de variétés OGM destinées à la production de carburant ou de médicaments et non à la consommation humaine mais qui peuvent contaminer d’autres variétés.
Produire facilement et à bas coût de l’insuline ou des hormones, c’est très bien, que chacun en absorbe chaque jour pendant son repas l’est certainement moins…

Un peu de technique

Un gène est sélectionné pour les caractéristiques qui le distinguent dans un type d’organisme. Ce peut être celui qui rend un méduse fluorescente, ou celui qui permet à une bactérie présente dans le système digestif des termites de digérer la cellulose, ou celui qui permet la sécrétion d’insuline, ou un gène qui ne s’exprime que dans les glandes mammaires, ou n’importe quel autre gène dont un effet est connu. Il est prélevé dans le noyau dans lequel il est naturellement présent.
Puis il est assemblé à d’autres gènes sélectionnés et extraits de la même manière, en fonction des caractéristiques que les biologistes veulent donner au produit fini. Par exemple, en collant un gène qui déclenche la production d’insuline contre un autre qui règle l’expression des gènes uniquement dans les glandes mammaires, on peut espérer fabriquer des brebis dont le lait contient de l’insuline.
Le groupe de gènes est introduit dans le noyau d’une cellule, le plus souvent en l’attachant à un morceau de virus rendu inoffensif (un virus agit en incorporant son code génétique à celui de son hôte). L’analyse de l’ADN résultant permettra de vérifier que la séquence est bien présente dans le noyau, et que les gènes introduits sont restés ensemble.
Ensuite, il faut vérifier que les gènes introduits s’expriment et que le résultat souhaité est obtenu.

Puis, des tests sont effectués pendant quelques semaines sur l’animal pour vérifier les conséquences d’une introduction dans la chaîne alimentaire.
Si tout s’est bien passé jusqu’ici, pour des plantes des essais de culture en milieu ouvert seront effectués pour savoir à quelle distance et à quelle vitesse le pollen et les graines peuvent se répandre alentour.
Puis une demande d’Autorisation de Mise sur le Marché sera déposée dans différents pays. Elle précise dans quelles conditions l’organisme doit être utilisé et produit et garantit que, dans les conditions précisées, la contamination de l’environnement doit être limitée.

Le résultat souhaité a été atteint. Mais…

Les incertitudes

L’endroit où le groupe de gènes s’insère dans la séquence d’ADN est largement le fruit du hasard. Or, on sait que la position d’un gène influe fortement sur son expression. On sait aussi qu’un même gène peut apporter des modifications de l’expression de plusieurs autres gènes. Il est donc quasi impossible de prévoir précisément toutes les conséquences de l’introduction d’un gène étranger dans un organisme. Seul le temps permettra de savoir.
Et un organisme s’adapte aux modifications de son milieu en modifiant l’expression de ses gènes (épi-génétique). Ces modifications sont transmises aux générations suivantes. Là aussi, seul le temps permettra de savoir.

Beaucoup d’incertitudes. Le principe de précaution s’impose donc particulièrement en ce qui concerne les OGM.

Ce principe doit-il conduire à leur interdiction ?

Les promesses des OGM sont alléchantes, aussi bien pour fabriquer des médicaments ou des produits chimiques économiquement que pour nourrir la population, et il serait dommage de ne pouvoir en profiter.
Il est d’autre part illusoire de penser que les industriels cesseront de développer et de vendre des OGM, vus les intérêts en jeu. Il se trouvera toujours quelqu’un pour tester les nouvelles variétés, qu’elles soient végétales ou animales.
Et il suffit qu’une parcelle d’OGM soit plantée quelque part dans le monde pour que la nouvelle variété commence sa dissémination. Autrement dit, le combat contre une variété qui a été testée hors laboratoire est déjà perdu. Tôt ou tard elle se répandra.
Le mieux serait donc de trouver comment autoriser la production d’OGM en évitant ses risques. Est-ce possible ?

4 catégories de risques

1) les risques liés à la consommation des OGM

Il est possible qu’un organisme génétiquement modifié soit dangereux, par ingestion ou même par contact. Dans la mesure où on ne peut pas être certain de son innocuité avec un grand nombre d’années, il est important que chaque consommateur soit clairement informé, pour décider librement s’il veut ou non utiliser des OGM. Seule une totale traçabilité permet d’informer le consommateur.


2) la contamination de l’environnement

La contamination actuellement inévitable de l’environnement rend illusoire la traçabilité précédemment évoquée. La législation actuelle garantit seulement que dans les conditions indiquées le risque de contamination est minime. Mais qui peut garantir que les consignes seront respectées ? Des analyses de riz prélevé au hasard sur les marchés en Chine montrent que près de la moitié des échantillons contiennent des OGM. Or aucune variété de riz OGM n’a jamais été autorisée en Chine…

Le « pacte écologique » de Nicolas Hulot préconise l’adoption des directives européennes relatives aux OGM. Lesquelles directives européennes ne protègent en aucun cas contre la contamination. La communauté européenne, dans le document 52006DC0104, déclare sur les risques de contamination de parcelles non GM :

Les approches nationales ou régionales de la coexistence doivent être pleinement conformes à la législation communautaire qui exclut une interdiction générale des OGM dans une région donnée tout comme des mesures exagérément strictes allant au-delà de l'objectif de coexistence et susceptibles de rendre les cultures GM techniquement impraticables. La Commission prendra les mesures nécessaires afin de garantir la conformité des législations régionales de coexistence avec la législation communautaire.
Comme il est impossible de garantir l’étanchéité des parcelles cultivées, la seule solution est de garantir que les OGM ne peuvent se reproduire hors laboratoire.

Il existe maintenant plusieurs manipulations génétiques qui bloquent la reproduction, sauf utilisation d’un produit spécial non présent dans la nature, comme une hormone. Pour être certain qu’une mutation ne risque pas de rendre inefficace cette mesure, plusieurs de ces blocages doivent être mis en place simultanément, une mutation ne suffisant pas à permettre la reproduction, et donc la transmission de la mutation.

Ce sont les industriels créateurs d’OGM qui ont les premiers proposé cette voie. Elle est donc tout à fait acceptable par eux.

3) la reproduction des semences par les agriculteurs

Le plus grand reproche fait aux OGM par les écologistes politiques est l’interdiction de reproduction des graines par les paysans, contrairement aux habitudes qui datent des débuts de l’agriculture.

Reproduction rendue techniquement, et non plus seulement légalement, impossible par les manipulations bloquantes évoquées plus haut. C’était là la raison principale évoquée pour le refus du gène « Terminator ». Cela équivaut à dire que les OGM sont très dangereux et qu’il faut les distribuer gratuitement. On retrouve là l’obsession tiers-mondiste camouflée derrière un cache-sexe écolo de Bové, Greenpeace et consorts.

Les industriels ont rapidement trouvé d’autres façons de protéger leurs intérêts. Ils savent maintenant produire des OGM qu’on peut reproduire mais dans lesquels les gènes ajoutés ne s’expriment qu’en présence d’un produit chimique que le paysan doit leur acheter pour le pulvériser sur son champ… Tous les inconvénients sans avantage.

Si une variété OGM n’est pas assez rentable pour couvrir le prix des semences, les paysans auront simplement recours aux variétés traditionnelles. Si elle est suffisamment rentable, ils gagnent en payant la société qui a investi dans sa conception.

4) le contrôle de l’alimentation mondiale par une poignée de firmes, essentiellement américaines

Si certaines variétés OGM s’avèrent finalement bénéfiques, il se pourrait qu’elles deviennent les bases de l’alimentation d’un certain nombre de pays. Alors apparaîtrait, si ces variétés ne peuvent se reproduire dans la nature, un risque de contrôle hégémonique de l’alimentation humaine par quelques firmes, essentiellement américaines. L’arme alimentaire…

Il est possible de se protéger contre ce risque.
Tout d’abord en développant notre propre expertise pour éviter le monopole étranger sur les technologies.
Puis en n’autorisant la commercialisation d’un OGM que si un organisme national est capable d’en assurer la reproduction en cas de défaillance du producteur. Cette mesure est similaire au dépôt des sources d’un logiciel pour pallier à la disparition de son éditeur. D’autres pays peuvent choisir une autre voie, celle de la licence globale à un organisme d’état chargé de la reproduction et de la vente pour le compte du fournisseur d’origine.
Il faut en effet œuvrer à l’adoption de ce genre de législation par tous les pays car les OGM qui se reproduisent librement dans un pays contamineront fatalement les autres, tôt ou tard.

Les conditions à remplir pour autoriser un OGM

Trois mesures sont nécessaires et suffisantes, à la fois techniques et légales :

1) Au moins 3 modifications génétiques doivent interdire la reproduction dans la nature, y compris lors de croisements accidentels. En effet, si une mutation peut se produire assez facilement, deux chez le même individu sont très improbables et trois quasi impossibles.

2) Le producteur doit avoir fourni à un organisme national agréé les moyens de reproduire l’OGM indépendamment.

3) Il faut pouvoir tracer les OGM, quelle que soit la dilution, jusque dans l’assiette du consommateur, y compris dans la restauration.

En conclusion

Une étude objective de la technologie OGM et de ses conséquences permet d’empêcher l’apparition de Mr Hyde. Nous pouvons profiter des immenses possibilités des OGM dans des conditions acceptables tout en garantissant l’avenir.
Une législation nationale intelligente, progressivement adoptée par les autres pays, permettra ce résultat.
Alors que nos adversaires utilisent toutes les incertitudes comme des armes de propagande et refusent d’appliquer des solutions, nous cherchons au contraire les solutions qui permettront de bénéficier du meilleur du progrès technologique tout en sauvegardant le meilleur de ce que nos ancêtres nous ont transmis.
La position traditionnelle des « écologistes » politiques, comme Greenpeace ou Bové, revient à exiger la distribution gratuite de produits qu’ils considèrent comme dangereux. Attitude irresponsable s’il en est.
La lutte de Bové contre la recherche nationale sur les OGM ne peut qu’accroître notre risque de dépendance à l’égard des firmes agro-alimentaires américaines. Il faut au contraire encourager et favoriser la recherche nationale.
Le « pacte écologique » proposé par Nicolas Hulot et signé par plusieurs candidats demande l’adoption des directives européennes, qui non seulement n’offrent aucune protection contre la contamination OGM mais interdisent toute protection nationale.
L’échec de la position extrémiste des « écologistes » politiques et de ceux qui les suivent est si évident sur le terrain des OGM qu’ils ont dû trouver un autre cheval de bataille, le réchauffement climatique.
Comme d’habitude, nous sommes les seuls à proposer une position équilibrée et cohérente, loin des positions idéologiques des chouchous des médias.
Errare humanum est, perseverare diabolicum.

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Re: Les OGM, Dr Jekill ou Mr Hyde?

Messagepar Anti-Plouc » 15/06/2007 - 16:55

Miroir a écrit :La position traditionnelle des « écologistes » politiques, comme Greenpeace ou Bové, revient à exiger la distribution gratuite de produits qu’ils considèrent comme dangereux. Attitude irresponsable s’il en est.

Pourrais-tu expliquer comment, concrètement ? J'ai déjà entendu cet argument plusieurs fois (JC Martinez par exemple), mais je ne vois toujours pas comment l'interdiction des OGM peut aboutir à sa libre distribution. J'ai l'impression qu'il manque une information.

La lutte de Bové contre la recherche nationale sur les OGM ne peut qu’accroître notre risque de dépendance à l’égard des firmes agro-alimentaires américaines. Il faut au contraire encourager et favoriser la recherche nationale.

Il me semble que Bové n'est pas contre la recherche, au moins confinée en laboratoire, et qu'il réclame surtout un grand débat national sur les OGM, qui n'a jamais eu lieu. Sur ce dernier point, je pense qu'il a raison et que cela n'est pas très différent des référendums que JMLP voudrait instaurer. Je me trompe ?

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Re: Les OGM, Dr Jekill ou Mr Hyde?

Messagepar Miroir » 16/06/2007 - 18:30

Anti-Plouc a écrit :
Miroir a écrit :La position traditionnelle des « écologistes » politiques, comme Greenpeace ou Bové, revient à exiger la distribution gratuite de produits qu’ils considèrent comme dangereux. Attitude irresponsable s’il en est.

Pourrais-tu expliquer comment, concrètement ? J'ai déjà entendu cet argument plusieurs fois (JC Martinez par exemple), mais je ne vois toujours pas comment l'interdiction des OGM peut aboutir à sa libre distribution. J'ai l'impression qu'il manque une information.

L'explication est dans le texte:
Miroir a écrit :3) la reproduction des semences par les agriculteurs

Le plus grand reproche fait aux OGM par les écologistes politiques est l’interdiction de reproduction des graines par les paysans, contrairement aux habitudes qui datent des débuts de l’agriculture.

Reproduction rendue techniquement, et non plus seulement légalement, impossible par les manipulations bloquantes évoquées plus haut. C’était là la raison principale évoquée pour le refus du gène « Terminator ». Cela équivaut à dire que les OGM sont très dangereux et qu’il faut les distribuer gratuitement. On retrouve là l’obsession tiers-mondiste camouflée derrière un cache-sexe écolo de Bové, Greenpeace et consorts.

Bové et consorts demandent l'interdiction des OGM non reproductibles non pas parce qu'ils sont dangereux mais parce qu'on ne peut pas les reproduire et les utiliser sans payer.

Anti-Plouc a écrit :
La lutte de Bové contre la recherche nationale sur les OGM ne peut qu’accroître notre risque de dépendance à l’égard des firmes agro-alimentaires américaines. Il faut au contraire encourager et favoriser la recherche nationale.

Il me semble que Bové n'est pas contre la recherche, au moins confinée en laboratoire, et qu'il réclame surtout un grand débat national sur les OGM, qui n'a jamais eu lieu. Sur ce dernier point, je pense qu'il a raison et que cela n'est pas très différent des référendums que JMLP voudrait instaurer. Je me trompe ?

En détruisant les parcelles des laboratoires français pendant que leurs concurrents peuvent mener librement leurs recherches, il favorise de fait ces concurrents étrangers. Il n'a jamais, à ma connaissance, proposé quoi que ce soit de constructif. Faut-il rappeler qu'il a détruit en priorité les parcelles "Terminator" lorsque cette technologie a été proposée? Pourtant, c'est ce qu'il y avait de moins dangereux comme OGM.
Qu'apporterait un grand débat sur les OGM? Dans le meilleur des cas, un report des autorisations de production, (on appelle ça un moratoire) pendant que les OGM resteraient utilisés à l'étranger et donc viendraient tôt ou tard chez nous par contamination. La seule voie réaliste est de proposer des mesures que d'autres pays pourront reprendre et qui empêcheront cette contamination. Toutes les gesticulations de Bové et consorts ne sont que de la poudre aux yeux.
Errare humanum est, perseverare diabolicum.

"Ce qui doit tomber, il ne faut pas le retenir. Il faut encore le pousser." Nietzsche

"Le problème de la plupart des gens n'est pas qu'ils se fixent des objectifs trop hauts,
c'est qu'ils se fixent des objectifs trop bas et qu'ils les atteignent." Léonard de Vinci


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