COMPRENDRE LA POLITIQUE EXTERIEURE PRÔNÉE PAR CHARLES MAURRAS
La ligue d’AF, confondue dans son journal, et Charles Maurras sa figure prédominante, si influents au cours de la première moitié du XXème siècle sont tombés dans l’oubli du grand public et leur places dans la connaissance historique de ce dernier n’est pas égal à leur rayonnement d’antan. Pourtant l’écrivain provençal a régné en maître sur la scène politique et dans le monde des lettres tout au long d’une carrière de plus d’un demi-siècle, agissant sur de célèbres esprits collaborationnistes (Brasillach, Darnand, Rebatet, ou résistants, (De Gaulle, Leclerc, Malraux) comme si sa personnalité et sa ligue qui se voulaient incarner la France dans son plus haut degré de civilisation allaient jusqu’au bout de leur logique en épousant les contradictions d’un peuple et de son destin tragique. Condamné à la dégradation nationale lors de l’épuration, vue comme l’inspirateur de la doctrine de la France de Vichy, il est aujourd’hui l’incarnation d’une France archaïque, repliée sur elle-même et bien de ses idées et positionnements restent méconnus du grand public, voire faussés par des images reçues. Ce manque d’éclairage est peut-être dut à la complexité du personnage et à l’ambigüité de ses positionnements qui ne rentrent pas forcément dans des images limpides et préconçues, des logiques de classements bien définis, rassurants voire sectaires pour une historiographie longtemps dominée par une obédience marxiste appliquée à déterminer deux blocs distincts entre fascisme et antifascisme.
L’Action française nait autour de l’Affaire Dreyfus dans une tentative de restauration française au printemps 1898 sous l’égide de Maurice Pujo, philosophe, et d’Henri Vaugeois professeur de philosophie, sous le nom de Comité d’ Action française. Leur but : refaire de la France un état organisé à l’intérieur et puissant à l’extérieur. Charles Maurras, journaliste, écrivain, dont l’idée monarchiste a pris corps en lui après un séjour à Athènes où il avait été envoyé pour couvrir les premiers Jeux Olympiques modernes en 1894, rencontre ce petit groupe républicain et bonapartiste en janvier 1899 et le convertit au monarchisme avec son Enquête sur la Monarchie (1900). Dès lors il devient le foyer doctrinal du comité, celui qui impulse la ligne éditoriale que diffusera le quotidien crée en mars 1908 : organe de tendance nationaliste, monarchiste, antisémite, xénophobe et particulièrement germanophobe. Le journal s’affiche comme le défenseur de la monarchie. Son rayonnement supplante celui de la ligue, devenant le cœur du mouvement, ce qui fait dire à Albert Thibaudet (célèbre critique littéraire d’entre-deux-guerres) en 1927 que l’AF n’est pas le nom d’un parti politique mais bel et bien celui d’un journal. Il entre dans une volonté d’inculcation et de diffusion de la doctrine du nationalisme intégral et de l’idée monarchique au grand public. Celui-ci est éclectique, des plus prospères aux plus humbles. Admirateurs et critiques s’accordent sur son rayonnement, notamment par ses idées pénétrantes, ses articles très bien écrits. Ses adversaires sont les premiers à le lire, les politiciens le consultent pour voir la prochaine affaire qui fera scandale, un certain public la lit pour ses chroniques littéraires, d’autres s’intéressent aux colonnes de la diplomatie. Son influence fut à son paroxysme à la fin de la Ière guerre mondiale durant laquelle il proclame l’unité nationale indépendamment de la couleur politique des gouvernements. Le journal n’a pas de tirages d’exemplaires à la hauteur de son influence dans la société, les idées de la ligue atteignant plus de gens que ceux qui achètent le journal. L’AF considère la politique extérieure comme le développement de la puissance de la France. Elle est donc primordiale dans son idéologie et omniprésente dans ses colonnes. Elle exploite les affaires extérieures pour attaquer ses ennemis (Allemagne, Société Des Nations, socialistes, communistes, francs-maçons), avec une ligne particulièrement germanophobe, abordant quotidiennement le péril allemand, maintenant les français dans un état de tension permanente. En effet l’Allemagne constitue le fléau des nations, l’esprit du mal, son unité doit être détruite car elle constitue une menace pour la France. C’est ainsi que l’AF va se rapprocher de l’Italie fasciste qu’elle respecte et qu’elle considère comme un rempart au bolchévisme et à l’Allemagne. Elle sollicite une entente franco-italienne fondée en une communauté d’intérêts et de culture : une conscience commune de l’existence d’une menace irrédentiste allemande, l’Italie étant elle même inquiète de la remise en cause des frontières du Haut-Adige (sud-Tyrol) par les pangermanistes, de même que la question de l’Anschluss formulée par Hitler dans Mein Kampf . En outre Maurras tient compte de la valeur civilisatrice de la Romanité antagoniste de la Germanité et meilleur soutien de la France. Mussolini incarne la vertu latine, vertu qui selon le provençal, le propulse légitimement à la tête d’une croisade antinazie : d’un côté le camp de la civilisation de l’autre la catastrophe qui menace à bref délai. C’est pourquoi l’AF ne cesse de combattre les dirigeants républicains pour qu’ils ne poussent pas Mussolini dans une alliance contre nature avec l’Allemagne nazie. La place donnée à l’Italie dans le système d’équilibre européen est basée sur un ensemble de données où se mêlent la défense des intérêts de la France, de la latinité et du rejet de l’Allemagne, les incitant à une alliance naturelle, par les origines culturelles communes ainsi qu’à une alliance de raison face au danger nazi. C’est donc toute une pensée maurrassienne en matière de politique extérieure qui se met en quête de « l’alliance latine perpétuelle » pour la paix et la civilisation et toute une droite nationaliste et philofasciste, dont L’AF est le porte-voix qui part en guerre contre les ennemis intérieurs et extérieurs voulant nuire à cette alliance salvatrice. Il est par conséquent logique que le quotidien à la fleur de Lys soutiennent ardemment l’entreprise italienne en Ethiopie. Cela n’étonne en rien la classe politique et l’opinion publique qui ont de Maurras l’image d’un fascisant voire fasciste.
Cette guerre s’avère à la fois une conséquence inéluctable de l’ambition fasciste, ouvertement impérialiste depuis 1921, révisionniste des traités de paix de 1919-1920 et du statu-quo des puissances coloniales en Méditerranée et Afrique orientale. Mais surtout un aboutissement logique dans l’histoire coloniale italienne depuis le Risorgimento, telle une sorte de déterminisme historique. Car dès 1870, le tout jeune état unifié se lance à la conquête de l’Afrique orientale. Après avoir déclaré l’Erythrée comme colonie italienne en 1882, les transalpins se tournent vers l’Abyssinie et signent une sorte de protectorat sur la version italienne du traité d’Ucciali le 2 mai 1889. Le Négus Ménélik, découvrant la ruse le dénonce en février 1893. Débute la première campagne d’Ethiopie qui se conclue par la défaite d’Adoua en mai 1896. Au lendemain de la Grande Guerre où se développe le thème de la « victoire mutilée » exploitée par les fascistes, l’idée impériale est relancée. L’Italie ne possède pas un immense empire colonial au contraire de la France et de l’Angleterre mais des colonies exigües et peu productives. Or la péninsule italienne connait un trop plein démographique pour un sol trop pauvre. IL lui faut par conséquent un territoire pour répondre à des besoins démographiques tout d’abord, et lorsque le fascisme s’empare du pouvoir en octobre 1922, d’autres motifs économiques, historiques et idéologiques entrent en compte : - trouver des débouchés et acheter des biens à une classe dirigeante capitaliste qui a abandonné so pouvoir à Mussolini – le destin d’un peuple dans lequel s’inscrit l’impérialisme latin – bâtir la Troisième Rome dont Mussolini en serait le fondateur - sensibiliser les couches populaires et classes moyennes au prestige et l’espoir d’un vie meilleure dans une plus grande Italie.
Il n’y a plus que le Libéria et l’Abyssinie comme territoires indépendants sur le continent africain. C’est tout naturellement vers l’Ethiopie que se réactive l’appétit colonial italien, plus aiguisé encore par des chemises noires en constante quête d’action et de grandeur et dans le cas précis de l’Ethiopie, pressés de venger la déshonorante défaite d’Adoua de 1896. L’Empire va renaitre donc en Ethiopie, terre stratégique positionnée sur le flanc de la Mer Rouge, aux ressources immenses et inexploitées dont les hauts-plateaux vierges sont favorables à l’établissement d’une colonie de peuplement. Néanmoins plusieurs obstacles font face à l’entreprise italienne :
- Tout d’abord l’Ethiopie est membre de la Société des Nations.
- L’Italie fasciste établit de bonnes relations diplomatiques avec le ras Makonnen (futur empereur Hailé Sélassié Ier en 1930), en signant un traité d’amitié et de conciliation en août 1928 pour une durée de vingt-ans.
- Les intérêts britanniques sont sensibles dans cette région d’Afrique orientale. Outre la question sensible du lac Tana, lac du massif abyssin qui alimente le Nil Bleu où les anglais veulent bâtir un barrage il y a l’hypothèse que l’Italie, après sa conquête de l’Ethiopie, veuille relier cette dernière à la Lybie par l’intermédiaire du Soudan anglo-égyptien. En somme l’Italie acquerrait la primauté en Méditerranée.
Mussolini se saisit de deux prétextes pour déclencher les hostilités :
- Tout d’abord un prétexte diplomatique afin de convaincre l’opinion d’une guerre défensive. En effet les incidents italo-éthiopiens aux frontières se multiplient. Le plus marquant est celui d’Oual-Oual du 5 décembre 1934, qui est suivi de celui d’Afdoub le 29 janvier 1935. Oual-Oual est une localité occupée depuis 1930 par un poste militaire italien aux confins de l’Ethiopie, l’Erythrée et de la Somalie italienne.. La commission d’arbitrage constituée par la SDN en mai 1935 ne parvient à aucune conclusion, ne déterminant aucune responsabilité
- Ensuite l’Italie met en avant l’argument humanitaire pour rendre respectable son entreprise, la présentant comme une intervention civilisatrice. L’Ethiopie n’a en effet pas assez respecté ses engagements de modernisation en intégrant la SDN : l’esclavage est répandu, accompagné de razzias d’esclaves, les conditions sanitaires sont déplorables, l’instruction très peu développée, la justice arbitraire, les tortures et persécutions atroces, l’état affaibli par des guerres intestines… L’Italie veut apporter sa générosité et son savoir-faire à des peuples déshérités.
Ce conflit annonce le premier affrontement international entre les démocraties et le fascisme : il revêt une importance primordiale dans le jeu des alliances et dans la pérennisation de la paix en Europe. L’AF l’a bien saisi et va tout au long de cette fameuse affaire d’Ethiopie militer en faveur du parti italien. L’affaire marque une très profonde césure au sein des opinions européenne et plus particulièrement en France où le débat réveille des passions très ancrées, qui s’étalent dès lors au grand jour dans les organes de presse et dans la rue, rappelant les turbulentes heures de l’Affaire Dreyfus qui avait enfiévré la France. Deux France font à nouveau surface dans un affrontement « simulé » (pour reprendre le titre d’un article de Serge Berstein) où le verbe virulent, le « langage de guillotine », augurent une guerre idéologique caractéristique des années trente.
Quelques jours après l’agression italienne, un comité spécial comprenant notamment la France et la Grande-Bretagne puis l’assemblée générale de la SDN déclarent l’Italie agresseur et lui infligent des sanctions économiques devant prendre effet le 18 novembre soit un peu plus d’un mois après la déclaration de guerre. Toute la bienveillance et l’admiration de la ligue royaliste sont réservées à Mussolini, niant les écarts de sa politique. Ainsi l’AF reprend les arguments fascistes. Elle le soutient au nom de la défense et de l’apport de la civilisation, légitimant une œuvre colonisatrice dans un pays dont l’indépendance n’est qu’un amalgame de tribus incultes, un des pays les plus arriérés du monde. Il est fait dans les colonnes du quotidien le récit des atrocités éthiopiennes pour convaincre les esprits que l’entreprise italienne représente une croisade humanitaire. Les royalistes ne retiennent que les côtés sombres de l’Abyssinie et dénoncent la dangereuse fiction de l’égalité absolue entre les nations, ce faux universalisme juridique qui met sur pieds d’égalité le supérieur et l’inférieur, le civilisé et le barbare. Au nom de la civilisation mais aussi au nom d’une légitimité historique l’Italie peut légitimement imiter la France et la Grande-Bretagne qui ont justifié leurs œuvres coloniales par la notion d’humanisme occidental. En outre l’AF fait passer l’agression italienne comme une mesure de légitime défense en invoquant les incidents de frontières et les attentats anti italiens. La tension monte durant l’été 1935, pour atteindre son paroxysme en septembre quand les troupes italiennes s’approchent des frontières de l’Abyssinie. Des sanctions contre l’agression italienne peuvent, selon l’AF, amener la guerre. Celle-ci lance le slogan : « les sanctions c’est la guerre », qui est largement repris par d’autres organes d’extrême-droite. Dès lors , depuis la fin aout que les anglais, suivis sans enthousiasme par les français, décident des sanctions, l’AF se pose en grand défenseur des italiens. Elle considère les sanctions comme faisant partie d’une conspiration contre Mussolini orchestrées par Londres, Moscou, le Vatican et des intérêts pétroliers internationaux. Daudet critique la SDN qu’il qualifie de « société de la Salive » voulant provoquer une guerre européenne maçonnique.
Le 22 septembre 1935 Maurras va encore plus loin dans la logique provocatrice des journaux d’extrême-droite en publiant la liste de 140 parlementaires s’étant déclarés en faveur des sanctions à l’encontre de l’Italie, les qualifiant d’ « assassins de la France », qui paieront leur crime le jour de la mobilisation. « En l’absence d’un pouvoir national capable d’arrêter le cours de nos entreprises de trahison (…) il faut que votre sang soit versé le premier ». Maurras conseille à ses lecteurs de garder la liste dans leur portefeuille et de commencer à exécuter la sentence quand la mobilisation sera décidée.
Dès lors que la SDN déclare l’Italie agresseur le 7 octobre, les Camelots du Roi commencent une série de manifestations qui durent tout le mois. Elle se joint à d’autres ligues sœurs (Jeunesses Patriotes, Croix de feu…) dans de grands rassemblements contre les républicains incarnant le bellicisme. Ces partisans de la paix, qui se déclarent partisans de la France, en opposition a l’anti-Fance voulant plonger le pays dans une guerre périlleuse, veulent forcer le gouvernement français à dire « non » à l’Angleterre.
Le 13 octobre, Maurras dans son article du « Couteau de cuisine » dans lequel il compare Mussolini à Bonaparte, à l’avantage du premier , soutenant sa légitimité face aux anglais, en appelle clairement au meurtre : « ceux qui poussent à la guerre doivent avoir le cou coupé. Comme la guillotine n’est pas à la disposition des bons citoyens, il reste à dire à ces derniers : vous avez quelque part un pistolet automatique, un revolver ou même un couteau de cuisine ? Cette arme, quelle qu’elle soit, devra servir contre les assassins de la paix, dont vous avez la liste. Propagez-la. Propagez-la. »
Le violent appel constant aux menaces jusqu’à la fin de la guerre, qui est d’ailleurs peu pris au sérieux, est pondéré par une vision plus réfléchie de Bainville (spécialiste des articles de politique internationale) qui souligne la contradiction des anti-italien : en effet la plupart soutiennent l’alliance russe à laquelle s’oppose la Grande-Bretagne. Pour conserver l’amitié anglaise ils sacrifient celle de l’Italie et en contrepartie cherchent celle de la Russie, entrainant un éloignement des anglais qui se rapprocheraient des allemands. La France se verrait précipitée dans la guerre contre l’Allemagne, contraire à ses intérêts. Or Maurras est conscient que le pays n’est pas prêt à la guerre. La France doit regagner l’amitié italienne, laisser tomber l’alliance soviétique qui avait donné prétexte à Hitler de s’agiter en mars 1936 (occupation de la Rhénanie) en pleine guerre d’Ethiopie : reconstituer la vieille alliance des puissances occidentales (France, Italie, Belgique, Angleterre) et réarmer en hâte.
L’AF se veut dénoncer la diplomatie des idéologies qui mènerait à la catastrophe (les démocraties étant vues plus faibles que les régimes autoritaires). Or sa position, est elle-même idéologique. En effet à cette époque Maurras est le plus grand représentant d’un ensemble de groupes qui pensent comme lui sur le fond moral des problèmes politiques. Son mouvement a le vent en poupe, il a été à l’origine du 6 février 1934. Ainsi l’affrontement idéologique mêle intensément politique intérieure et extérieure. Le pays se retrouve coupé en deux : partisans de Mussolini et partisans de la SDN. Conflit de deux esprits, de deux conceptions sur la justice et le devenir de l’humanité allant incarner un conflit entre grandes forces historiques antagonistes. D’un côté le parti des ennemis du fascisme (communistes, socialistes, libéraux, francs-maçons), d’autre part la majorité de la droite (partis conservateurs et nationalistes) concevant une admiration à l’égard du fascisme : Mussolini a en effet écrasé le communisme, proscrit la franc-maçonnerie. En plus le mouvement nationaliste laisse place à d’autres préoccupations externes : la menace communiste et la défense de l’Occident, qui poussent les droites à rechercher une politique diplomatique française sans hostilité au régime des faisceaux.
L’anticommunisme, la méfiance du nazisme et la décadence genevoise deviennent les moteurs de l’action, plus puissants que l’exaltation nationale. L’AF voit dans le camp adverse la collusion de tous les adversaires des nationalistes : cette anti France, agissante au cœur du territoire national et au-delà de nos frontières incarnée par la SDN, forces de gauches, francs-maçons démocrates, humanitaires, anglais, jouant tous le jeu d’Hitler et de l’URSS. Alors le quotidien royaliste fait peur à l’opinion en usant du chantage à la guerre, évoquant un risque de guerre universelle provoqué par une SDN inefficiente car portée par un système parlementaire international honni et son humanitarisme barbare. Elle s’élève contre tous ceux qui coaliseront tous les désordres contre une nation où se sont affirmées, fortifiées, depuis quinze ans quelques-unes des vertus essentielles de la haute humanité. Plus encore la SDN est considérée comme l’objet inféodé à l’égoïsme sacré britannique qui nuit à la paix. C’est pourquoi, assignant au camp d’en face les images négatives de barbares et bellicistes, l’AF accapare la notion de paix, développant ainsi un néo-pacifisme de droite, qui se donne pour but de ménager et soutenir l’Italie fasciste, pilier central de l’équilibre européen, pour ne pas que celle-ci soit affaiblie grandement par la fronde qu’elle subit lors de sa campagne coloniale en Afrique orientale et ne fasse le jeu des forces communistes voire, dans le cas particuliers de l’AF de la force nazie Outre-Rhin. Ce néo-pacifisme n’est donc pas la résultante du caractère fasciste de l’AF : l’historiographie française, bien que concevant des similitudes entre la ligue royaliste et le PNF, notamment dans une convergence des haines, met en évidence le rejet maurrassien de la statolatrie fasciste considérée dès 1932 par Maurras comme un délire, ce dernier voyant d’ailleurs la doctrine des chemises noires comme inadaptable à la France et seulement réservée à l’Italie qui n’a pas achevé son unité.
Certes sur le plan intérieur la position de la ligue s’inscrit dans un affrontement idéologique (attaque de la montée des gauches et des représentants de l’esprit genevois) Néanmoins sur le plan extérieur, c’est la géopolitique qui prime dans les prises de positions de la ligue et qui la guide à s’approprier de l’étendard du pacifisme. Comme le dit Maurras en janvier 1935 : « un seul point domine tout : l’Allemagne ». Il n’y a pas de politique extérieure française qui ne doit chercher et trouver les appuis indispensables contre la menace allemande éternelle. Depuis la tentative d’Anschluss le danger nazi est plus que jamais élevé et l’AF veut y parer coûte que coûte. Ce danger est constamment en trame de fond des articles royalistes depuis la tentative de front commun franco-italo-anglais initié entre janvier et avril 1935, et se prolonge lors de la guerre d’Ethiopie. Il influence indubitablement les prises de positions maurrassiennes. On ne peut donc faire passer au second plan cette crainte du pangermanisme, véritable obsession et base de la doctrine de la ligue en matière de politique extérieure. La réponse à cette crainte mène l’AF à soutenir toujours plus l’alliance latine vue comme coque de protection pour la France et au-delà pour tous les pays aspirant à la paix.
La promotion de Mussolini et du fascisme au cours de cette affaire éthiopienne entre dans cette logique de défense de la civilisation latine et d’étouffement du germanisme. Rien ne pourrait résister au national-socialisme ni les systèmes parlementaires nationaux anglais et français ni l’esprit jugé inefficace de la SDN. D’où l’alliance primordiale avec la dictature des faisceaux, seul rempart considéré comme crédible, appelant à un ménagement de l’Italie, à une réflexion stratégique à long terme et à une diplomatie française expurgée de toute influence idéologique au nom du Salut de la France.
L'Action française face à la guerre d'Ethiopie
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