La légende noire de Pie XII

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La légende noire de Pie XII

Messagepar Pat » 07/11/2009 - 21:07

Depuis des siècles, l'histoire de l'Église fait, elle aussi, l'objet de manipulations. L'une des illustrations les plus récentes en est donnée par la légende noire d'un Pie XII complice, par son silence, de la déportation des Juifs.

Voilà tout juste cinquante ans, s'éteignait Pie XII. Golda Meir, ministre des Affaires Étrangères d'Israël, saluait alors la mémoire d'Eugenio Pacelli, « grand serviteur de la paix » : « Pendant la décennie de terreur nazie, quand notre peuple a subi un martyre terrible, la voix du pape s'est élevée pour condamner les persécuteurs », affirmait-elle. Le lendemain, Elio Toaff, Grand Rabbin de Rome, déclarait lui aussi : « Les juifs se souviendront toujours de ce que l'Église catholique a fait pour eux sur l'ordre du Pape au moment des persécutions raciales ». Treize ans auparavant, Israële Zolli, à l'époque Grand Rabbin de Rome, s'était converti au catholicisme en choisissant le prénom d'Eugène, en hommage à Pie XII. Et les gestes de reconnaissance à l'égard du pape, de la part du monde juif, étaient alors légion.

Tout bascule en 1963, lorsque le dramaturge allemand Rolf Hochhuth publie sa pièce, Le Vicaire. La légende noire du pape nazi est lancée. Elle prendra de l'ampleur avec la publication, en 1999, du Pape d'Hitler, du journaliste anglais John Cornwell (accessoirement frère du maître du roman d'espionnage, John Le Carrée), puis avec Amen, l'adaptation cinématographique de l'œuvre de Hochhuth par Costa Gavras en 2002. Dans une société a-culturée, où le scandale fait office de marketing, Amen endosse l'habit de l'œuvre historique, au service d'un devoir de mémoire de masse. Le Pape y apparaît attentiste, voire complaisant à l'égard du régime national-socialiste. Silence complet sur l'encyclique Mit brennender Sorge (Avec une vive inquiétude) de 1936, condamnant l'idéologie hitlérienne et dont Pacelli fut le principal artisan. Le discours de Noël 1942 est réduit à sa plus simple expression. Pourtant, alors qu'aujourd'hui les détracteurs de l'Église n'y voient qu'une allusion ambiguë aux souffrances du peuple juif, le Bureau central de la Sécurité du Reich à Berlin saisit parfaitement le poids du discours délivré à l'époque par le Vatican :
« D'une manière qui n'a pas de précédent, le pape a désavoué le national-socialisme et le nouvel ordre européen, écrit-il alors à ses représentants à travers l'Europe occupée. Il y accuse virtuellement le peuple allemand d'injustice envers les Juifs et se fait le porte-parole des criminels de guerre juifs. » Quant à l'action personnelle du pape en faveur des juifs traqués dans Rome occupée par les troupes allemandes, le film de Gavras demeure tout aussi évasif.

Effet médiatique contre science historique

Peu importe, dès lors, que les remarquables travaux du père Blet, un jésuite qui a dépouillé les archives vaticanes, aient montré l'inanité des accusations portées contre Pie XII ; peu importe aussi qu'il ait été le seul chef d'État au monde à lancer un cri d'alarme dans ce fameux discours de Noël. Peu importe enfin que le souci de ne pas ajouter encore aux persécutions subies par les Juifs, mais aussi par les catholiques polonais, lui ait imposé une certaine prudence - le pape tirant la leçon des dénonciations énergiques - du traitement réservé aux juifs par les clergés catholique et protestants aux Pays-Bas, qui provoqua la déportation des Juifs convertis au catholicisme ... L'effet médiatique l'emporte sur la science historique. Nous savons depuis 2007, par les confessions d'un ancien général du KGB, le Roumain Ion Pacepa, que l'Union soviétique est à l'origine de la légende noire qui pèse aujourd'hui sur la personne d'un Pape qui combattit avec une même ardeur nazisme et communisme. « Calomniez, il en restera toujours une trace » : les efforts de Benoît XVI, qui tente courageusement de faire aboutir le procès en béatification de son prédécesseur, ou le remarquable travail historique du grand rabbin de New York, David Dalin, qui réclame en vain la distinction de « juste parmi les Nations » pour Pie XII, n'y font rien. Aujourd'hui comme sous Khrouchtchev, il faut un bouc émissaire qui permette de faire taire cette Église catholique qui gêne un Occident avachi dans le matérialisme, coupable de nombreuses complaisances à l'égard du communisme et qui, pour se refaire une vertu, n'en finit pas de pourfendre une idéologie nazie morte voilà plus de soixante ans, et qui ne renaît que dans son imaginaire. Chaque époque a les combats qu'elle mérite.
Camille Séchan monde &vie du 22 novembre 2008 (avec l'aimable autorisation de monde et vie)
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Re: La légende noire de Pie XII

Messagepar Pat » 07/11/2009 - 21:23

Moscou aux origines de la « légende noire » de Pie XII

En raison de la suspicion qui pèse sur l'attitude de Pie XII, qui régna de 1939 à 1958, face au IIIe Reich, son procès en béatification ne cesse d'être différé. Principal élément à charge :
Der Stellvertreter (Le Vicaire), la pièce de l'Allemand Rolf Hochhuth, portée à l'écran sous le titre Amen par Costa-Gavras. Laquelle aurait été téléguidée par les services soviétiques...


La langue allemande dispose de deux substantifs - ce qu'on nomme un doublon en lexicographie - pour désigner le genre théâtral qui est en français la tragédie : die Tragödie (mot féminin décalque du latin tragœdia, lui-même issu du grec tragôdia qui était, à l'origine, le chant qu'entonnaient les sacrificateurs lorsqu'ils égorgeaient le tragos, le bouc) ; et das Trawerspiel (mot neutre, de racines germaniques, formé de deux substantifs agglutinés, der Trawer (deuil, mélancolie, tristesse, chagrin) et das Spiel (jeu scénique, par extension pièce de théâtre). Tragödie et Trawerspiel sont donc une seule et même chose, la seule nuance étant que le premier mot est plutôt académique et semble un peu vieilli.

La biographie de Rolf Hochhuth est pleine de trous
A quarante-cinq années de distance, deux tragédies de langue allemande (et qui plus est chacune en cinq actes) portent des sous-titres dont le parallélisme est assez troublant Eine Biblische Tragödie (Une tragédie biblique), en 1918, puis Ein Christliches Trawerspiel (Une tragédie chrétienne); en 1963. Encore plus troublante, l'étonnante relation chiasmatique entre les deux auteurs et leurs deux tragédies. L'auteur de 1918 ne dut pas sa célébrité à cette oeuvre, dramatique alors que celui de 1963 n'est connu que par elle. La première avait pour titre principal Judas Ischariot, qu'elle glorifiait au détriment de son Maître, Jésus, ravalé au rang d'ilote politique. La seconde, Der Stellvertreter, dénigrait le rôle du Vicaire (c'est la traduction de Stellvertreter en français) de ce même Jésus, en la personne de Pie XII. L'auteur de Judas lschariot se nommait Joseph Goebbels. Celui de Der Stellvertreter se nomme toujours Rolf Hochhuth. .
Tenter d'en savoir plus sur la biographie de Rolf Hochhuth relève de la gageure. Son site officiel (http://www.rolf-hochhuth.de) possède certes une section «Lebenslauf» (curriculum vitœ), mais y aller voir redirige automatiquement vers le site du Deutsches Historisches Museum (DHM) de Berlin, dont la notice sur l'auteur est des plus étiques pour la période qui va de sa naissance (1931) à la parution du Vicaire, la tragédie qui va le rendre mondialement célèbre (1963), et qui est celle, on le comprendra, qui nous intéresse particulièrement. C'est avec de tels trous dans une biographie que le doute s'installe.
Hochhuth est donc né en 1931, le 1er avril précisément, à Eschwege, une ville du Land de Hesse qui ne devait guère avoir plus de vingt mille habitants à cette date et où les catholiques étaient très minoritaires. Son père, à l'époque de la naissance de Hochhuth, semble avoir dirigé dans cette ville, ou dans ses alentours, une fabrique de chaussures. Quelle a été l'attitude du père industriel pendant le régime nazi ? Je l'ignore, mais de nombreux commentateurs ont estimé que Le Vicaire manifestait une sorte de transfert du sentiment de culpabilité de Hochhuth d'avoir eu un père favorable au nazisme sur une personnalité de plus grande envergure, et que, à cet égard, il était difficile de trouver mieux que Pie XlI.
La DHM est absolument muette sur Hochhuth quant à ses vingt premières années. Quelles furent ses études) Son comportement pendant le régime nazi (il était dans sa quinzième année quand le IIIe Reich s'effondra) ? Ce qu'il fit dans l'immédiat après-guerre, on l'ignore. On nous apprend que de 1951 à 1955, après avoir, peu de temps, suivi les cours d'une école sur les métiers de l'imprimerie, il occupe quelques places de commis de librairie dans trois villes allemandes et suit, comme auditeur libre, des cours aux universités de Heidelberg et Munich. Ce statut confirme ce que la plupart des commentateurs soutiennent, à savoir que Hochhuth n'obtint pas même l'équivalent allemand du baccalauréat, l'Abitur.
Conséquemment, il n'a aucun diplôme universitaire. Pendant les années 1955 à 1963, toujours selon les données succinctes de la DHM, Hochhuth serait «lecteur» chez l'éditeur Bertelsmann-Lesering, mais le vrai rôle qu'il y joue demeure obscur.

Pour Moscou, le pape et l'Eglise catholique doivent être abattus
En 1963, il a trente-Deux ans, Hochhuth se dit « auteur indépendant ». En fait il n'a encore rien écrit qui permette de déceler en lui un talent d'écrivain naissant. On pense qu'il poursuit alors un travail de documentation sur le national-socialisme entrepris des années auparavant. C'est celle année-là que paraît l'édition de sa tragédie Le Vicaire, qui allait le hisser à une subite notoriété internationale. Traduite en 27 langues, la pièce sera représentée dans un encore plus grand nombre de pays, notamment dans tous ceux de l'Est où elle était un spectacle incontournable (pour ne pas dire obligatoire, car elle fut représentée au moins une fois par an dans toutes les villes du bloc de l'Est disposant d'un théâtre...), mais elle sera, très curieusement, interdite de représentation en... Israël.
La controverse qu'elle suscite est mondiale. Découvrir que Pie XlI, décédé en 1958, n'avait rien fait pour dénoncer les persécutions antisémites, voire qu'il les avait encouragées par son «silence», fut une douche froide pour le monde catholique qui continuait de vénérer la mémoire du souverain pontife, vénération partagée par les Juifs eux-mêmes.
En juin 2005, le bimensuel jésuite La Civiltà Cattolica - dont les textes sont systématiquement relus pour approbation par la Secrétairie d'État - publiait un article du père jésuite et historien Giovanni Sale, rappelant (ou pour mieux dire révélant) que la « légende noire » contre Pie XII avait été créée et lancée par Radio Moscou dès le 7 juin 1945. Cinq jours auparavant, le 2, en la fête de son saint patron Eugène, Pie XII, lors d'une allocution, avait mis en garde le « monde libre » contre les manœuvres de séduction de l'Empire soviétique. Radio Moscou déclarait : « Qui a entendu le discours du pape [...] a été extrêmement étonné d'apprendre que le Vatican, pendant les années de la domination d'Hitler en Europe, a agi avec courage et audace contre les délinquants nazis. En revanche, les faits et actions véritables du Vatican disent le contraire [...] Aucune des atrocités commises par les hommes d'Hitler n'a suscité le mépris et l'indignation du Vatican. Il s'est tu alors qu'œuvraient les machines de mort allemandes, quand fumaient les cheminées des fours crématoires [...], quand la doctrine hitlérienne d'élimination et d'extermination des nations et des peuples se transformaient en une dure réalité [...] Maintenant en revanche, le pape [remplit] son discours d'allusions contre l'Union soviétique et le communisme international pour provoquer des divergences et semer la méfiance parmi les alliés. »
La presse communiste internationale, mais aussi bien des organes du « monde libre », éternels « idiots utiles », accordèrent leurs violons au la donné par Moscou... Ce début d'une offensive médiatique - oubliée de nos jours - contre le Vatican allait se doubler d'un formidable effort d'infiltration de l'administration du Saint-Siège par le NKGB (qui deviendra le MGB en 1946 et sera incorporé au KGB créé en 1953). Le pape, premier résistant au communisme, était devenu l'homme à abattre et L'Eglise catholique, l'institution à subvertir avec des réussites incontestables - le noyautage du Russicum (le Collège pontifical russe) à Rome entre 1949 et 1953 - ou de piteux échecs - l'échec du montage contre le cardinal Jozsef Mindszenty, primat de Hongrie, en 1949.

Le transfuge roumain Pacepa balance la manip soviétique
En juillet 1978, le n°1 de la DIE (services secrets extérieurs de la Securitate roumaine), le général Ion Mihai Pacepa, passait à l'Ouest, et avec lui la révélation des coups fourrés du renseignement soviétique et des services «frères» et subordonnés des services d'espionnage du bloc de l'Est. Né en 1928 et entré dans la carrière en 1947, Pacepa était la mémoire vivante de l'organisation et des méthodes du renseignement de l'empire soviétique. « Une contribution considérable et sans équivalent », estima la ClA. il fut en effet le plus grand maître-espion jamais passé à l'Ouest.
Dans une longue, dense et remarquable étude parue le 25 janvier dernier dans la National Review américaine, Pacepa, qui avait d'ailleurs été en poste en Allemagne de l'Ouest à la fin des années 1950, apporte des révélations inédites sur une opération de «desinformatsiya» contre la mémoire de Pie XII par l'instrumentalisation de Rolf Hochhuth, montée par le général soviétique Ivan Agayants (1911-1968), premier chef du Département D (celui de la désinformation) du Premier directorat du KGB (renseignement et opérations à l'étranger).
Pacepa raconte qu'en 1963, Agayants (qui avait sévi sous couverture commerciale à Paris à la fin des années 1930 et y revint après-guerre) arrive à Bucarest pour remercier la DIE des bons résultats de son travail de subtilisation, de documents des archives du Saint-Siège sur Pie XII, un volet, confié aux Roumains, d'une plus vaste opération de dénigrement du pape défunt, montée par le général soviétique Aleksandr Sakharovsky, grand patron du Premier directorat du KGB, opération baptisée Siège-12 (Siège pour Saint-Siège et 12 pour Pie XIl). Agayants informe ses interlocuteurs roumains que l'opération Siège-12 va aboutir grâce à une pièce attaquant Pie XII, et titrée... Le Vicaire.

Hitler avait eu le projet de faire enlever Pie XII !
On annexera à l'édition de cette pièce toute une documentation «organisée» par les techniciens moscovites du Département D, grâce aux éléments fournis par les Roumains : ce sont, selon Pacepa, les Historische Streiflichter (les à-côtés historiques) qui figurent dans l'édition originale, et qui offrent une crédibilité apparente à une oeuvre dramatique qui en était essentiellement dépourvue.
La pièce sera mise en scène et produite par le célèbre homme de théâtre allemand, Erwin Piscator (1893-1966), un communiste notoire. Fondateur du « théâtre prolétarien », Piscator se réfugia à Moscou peu avant l'arrivée au pouvoir d'Hitler, puis vécut à Paris de 1936 à 1939 avant d'émigrer aux Etats-Unis, d'où il revint en 1962 pour «arranger», la pièce de Hochhuth, c'est-à-dire réduire à une durée raisonnable une tragédie qui aurait occupé la scène plus de huit heures dans la version de l'auteur, et sans doute contribuer à la réécriture d'une pièce mal ficelée et la remanier pour augmenter l'impression détestable de Pie XII ! A cet égard, ce fut une réussite, qui vérifiait le slogan alors en cours au KGB : « Les morts ne peuvent pas se défendre » ainsi que l'aphorisme sans cesse rappelé à Pacepa par Youri Andropov, le patron du KGB de 1967 à 1982 : « Les gens sont toujours plus disposés à croire aux cochonneries qu'à la sainteté. »
Le succès planétaire du Vicaire se maintint jusque vers milieu des années 1970, lorsque l'opinion publique internationale apprit que non seulement Pie XIl n'était pas le supposé ami et allié des nazis, comme cette pièce kgébiste entendait le démontrer, mais, que c'était un mythe : les dirigeants du IIIe Reich considéraient le pape comme leur pire ennemi, imaginant toute sorte d'opérations pour en venir à bout, y compris l'investissement de la Cité du Vatican et la réclusion de Pie XII (1943), voire son enlèvement, chose tellement énorme qu'on a du mal à y croire

Monsieur Poutine, ouvrez les archives du KGB !
Ce projet fut pourtant révélé en janvier 2005 dans l'Awenire, le quotidien de l'épiscopat italien, citant un témoignage inédit et écrit du général Karl Friedrich Otto Wolff, Höchster SS und Polizei-Führer (chef suprême des SS) à Rome, à qui Hitler avait ordonné, en mai 1944, d'enlever Pie XIl ! Non seulement Wolff n'obéit pas, mais il profita d'une audience pour en avertir le pape. Ce dernier, a-t-on appris l'an passé, prit l'affaire au sérieux et toutes dispositions pour que l'État du Vatican perdure si survenait ce cas inédit de sede vacant (de vacance du Saint-Siège)...
Pacepa rapporte une confidence que lui fit Andropov en 1974 : si Moscou avait connu, à l'époque de Siège-12, ces informations, on ne s'y serait jamais pris ainsi pour attenter à la réputation de Pie XIl ! Un aveu qui permet de comprendre pourquoi la tentative de reprise de l'opération de calomnie essayée en 2002 par Costa-Gavras avec son film Amen, directement inspiré et adapté du Vicaire - et récompensé du César du meilleur scénario ! - est tombée à plat.
Pour l'heure, Hochhuth refuse de s'expliquer sur le fond de l'affaire révélée par Pacepa. Nous n'en saurons guère davantage tant que les archives du KGB ne seront pas ouvertes aux chercheurs et aux historiens : nous avons la clef de ce mystère mais sa serrure nous est interdite. Quant à l'auteur du Vicaire, trois hypothèses peuvent être avancées. La plus bénigne serait sa manipulation « à l'insu de son plein gré » comme disait l'autre mais c'est la moins probable : on l'imagine mal, sauf à considérer qu'on a affaire à un parfait imbécile - ce qui n'est pas le cas -, n'avoir rien subodoré pendant plus de 40 ans.
La seconde, qui est double, est que Hochhuth a participé consciemment et activement à une opération de désinformation du KGB, soit pour une raison de lucre (ses droits d'auteurs sont considérables et sa carrière littéraire et de dramaturge a été lancée par ce « coup de pouce », soit parce qu'il était idéologiquement philo-communiste et anti-catholique - encore que ces deux raisons peuvent n'en former qu'une seule... Dernière hypothèse : Hochhuth était un homme tenu par les services soviétiques, en raison de détails connus d'eux de sa vie passée ou privée, et qui dut, en raison du chantage exercé sur lui, se plier à la volonté soviétique de collaborer à son entreprise multiforme de désinformation contre Pie XII et de lutte à mort contre l'Église catholique.
Pas besoin d'être chiromancien pour comprendre que les révélations de Ion Mihaï Pacepa, qui a reconnu avoir « été lui-même impliqué dans la tentative délibérée du Kremlin pour salir le Vatican » connaîtront des rebondissements. Mais quand ?
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Re: La légende noire de Pie XII

Messagepar Pat » 07/11/2009 - 21:45

les Juifs pour Pie II

Difficile de concilier la thèse de Hochhuth avec les témoignages des plus hautes autorités juives pendant et après le deuxième conflit mondial :

1944 : « Ce que votre Sainteté et ses éminents délégués [ ... ] font pour nos fières et sœurs [ ... ], le peuple d'Israël ne l'oubliera jamais » (Isaac Herzog, Grand Rabbin de Jérusalem).

1945 : Pie XII reçoit en audience Leo Kubwitsky, président du Congrès juif mondial, qui lui remet l'équivalent d'un million de dollars pour les oeuvres de charité du pape « en reconnaissance à l'auguste Pontife pour son travail d'aide aux Juifs persécutés » (à la demande de Pie XII, cet argent sera distribué exclusivement aux Juifs nécessiteux).

1955 : l'Union des communautés israélites proclame le 17 avril « Jour de Gratitude pour l'assistance fournie par le pape durant la guerre ».

1958 : « Pendant la décennie de la terreur nazie [ ... ], la voix du pape s'est élevée pour condamner les persécuteurs. » Signé Golda Meir, alors ministre des Affaires étrangères d'Israël...

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Re: La légende noire de Pie XII

Messagepar Pat » 07/11/2009 - 22:04

Aucun élément à charge contre le Saint-Père

« Pie XII doit être proclamé saint ! L'admirer ne suffit pas, il faut aller de l'avant ! La sainteté de Pie XII n'a pas besoin d'être défendue. Elle n'a besoin que d'être mieux connue. » le vénérable cardinal de 89 ans qui s'exprime dans l'aula de l'Université pontificale du Latran, en avril 2006, créé évêque par Pie XII en 1956, participait à une grande réunion consacrée à l'exposé de nouvelles preuves des vertus du feu pape et à la dénonciation des attaques dont il est encore l'objet tant l'opinion demeure marquée par les forgeries du KGB.
- Plus récemment, le 24 janvier de cette année, le cardinal Tarcisio Bertone, secrétaire d'Etat du Saint-Siège, présidait à Rome la séance de présentation de l'édition italienne de l'ouvrage de l'historien britannique sir Martin Gilbert, l'un des meilleurs experts sur la Deuxième Guerre mondiale et la Shoah, Les Justes : les héros méconnus de la Shoah (éd. Città Nuova), un livre qui permet de découvrir l'énorme travail que l'Église catholique, et le pape Pie XII en particulier, ont déployé pour défendre et protéger la vie des Juifs. À propos des prétendus silences de Pie XII, le cardinal secrétaire d'Etat fit remarquer : « Il est clair que le silence du pape n'était pas un silence, mais un "parler" intelligent et stratégique [ ... ] Les preuves se trouvent dans les Archives du Vatican. »
- Ces preuves, il n'y a au fond que quatre personnes qui les connaissent sur le bout des doigts : les trois qui forment la Sainte-Trinité et l'historien jésuite allemand Peter Gumpel ! Relateur - ou, si l'on préfère, rapporteur - de la cause en béatification de Pie XII, il a lu, depuis des années, pour la préparer, plus de 100 000 pages de documents et a compilé plus de 3 000 pages réparties en six volumes, dont l'un ne contient que les accusations contre Pie XII et leur réfutation systématique : elles proviennent toutes, déclarait-il an passé, de « communistes, de francs-maçons et d'autres groupes marginaux hostiles à l'Eglise ».
Après avoir tant lu, son jugement est définitif : « Pie XII était un saint »
- Les révélations de Pacepa ne l'ont pas pris au dépourvu. Interrogé par l'agence Zenit de Rome (19 février), il rappelle que Le Vicaire de Hochhuth avait été « manifestement écrit par un débutant » et que « la réduction de la pièce à deux heures et le montage du texte avec des calomnies contre Pie XII sont dus à l'influence de Piscator ». L'Union soviétique a-t-elle « trempé » dans l'opération ? « Au Vatican, on savait depuis longtemps que la Russie bolchevique était à l'origine de cette campagne de discrédit contre Pie XII [ ... ] Il n'y a aucun doute quant à l'influence communiste. »
- Ce constat du R.P. Gumpel rejoint celui d'un autre de ses confrères, le jésuite et historien français Pierre Blet, qui a énormément travaillé sur Pie XII et la Deuxième Guerre mondiale : « Le drame d'Hochhuth ne fait pas partie de l'historiographie, par conséquent c'est comme s'il n'existait pas. S'il a fait tant de bruit, c'est parce qu'il s'agit d'un artifice monté de toutes pièces par Moscou pour guider la campagne contre Pie XII et le discréditer. »
- Tout en doutant que des agents du bloc de l'Est aient pu s'emparer de documents de la manière dont Pacepa le relate, car ces derniers ne se trouvaient pas à l'époque aux Archives secrètes mais à celles de la Secrétairie d'État, et estimant que des faits rapportés par l'ancien maître-espion roumain exigeraient quelques précisions, le R.P. Gumpel reconnaît que ces révélations lui ont fait découvrir quelque chose qu'il ignorait, à savoir que Hochhuth avait « été influencé par les Soviétiques d'une manière aussi explicite ».
D.H. Le Choc du Mois Mars 2007
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Re: La légende noire de Pie XII

Messagepar Pat » 11/03/2010 - 6:20

ERIC ZEMMOUR : « COMPARER PIE XII À HITLER, C’EST QUELQUE CHOSE QUI RESSEMBLE AU FAMEUX SLOGAN DE MAI 68 : ‘CRS-SS’ ! »

Interrogé le 19 janvier dernier à l’occasion de sa célèbre chronique du matin sur RTL, le journaliste et écrivain Eric Zemmour, n’y est pas allé par quatre chemins pour juger l’odieuse polémique mettant en cause le Pape Pie XII vis-à-vis de l’Holocauste.

Eric Zemmour a commencé sa chronique en dénonçant « l’acharnement des adversaires de Pie XII qui n’hésitent pas à le surnommer ‘le Pape d’Hitler’ » : « Un surnom quand même étonnant pour un pape qui, au sortir de la guerre, fut salué par des grands hommes d’Etat israéliens comme Ben Gourion, Golda Meir et même comme Albert Einstein, comme un Juste et un ami des j'uifs.

A la même époque, le grand rabbin de Rome, Israël Zoller se convertissait au christianisme et prenait comme nom de baptême le prénom de Pie XII, Eugénio, en expliquant que ce pape l’avait sauvé, lui et des milliers de j'uifs romains, en leur donnant l’asile au Vatican.

Certes, le pape, diplomate de formation, n’était pas un prophète tonnant contre les pouvoirs. En privé, il s’effrayait du caractère diabolique d’Hitler, mais en public, il mesurait ses propos de peur de déclencher les foudres barbares des nazis sur les catholiques. Il est vrai que quand les évêques hollandais avaient protesté contre le sort fait aux j'uifs, la soldatesque nazie s’était rudement vengée sur les catholiques hollandais, ce qui n’avait jamais empêcher l’extermination totale des j'uifs hollandais. […]

Tout a basculé en 1964, avec une pièce de théâtre, Le Vicaire, qui développa la thèse du pape d’Hitler. Selon cette pièce si le pape s’était tu, s’il n’avait pas fait de grandes déclarations contre l’extermination des j'uifs, c’est parce qu’il était le complice d’Hitler et que l’Eglise qui craignait plus que tout le communisme, utilisait Hitler comme bras armé contre Staline. La pièce sera adaptée en 2003 par Costa Gavras. Depuis, la thèse a été reprise par nombre d’intellectuels bien-pensants jusqu’à devenir une sorte d’évidence médiatique.

Et nous sommes là au coeur d’une stratégie très efficace d’une certaine gauche depuis les années 60. Pour abattre définitivement la tradition chrétienne en Europe, il faut l’associer au nazisme. Pour diaboliser le christianisme, il faut l’hitlériser.

Pie XII-Hitler, c’est quelque chose qui ressemble au fameux slogan de mai 68 : ‘CRS-SS’ ! Depuis lors, c’est devenu un jeu médiatique à la mode : se payer le pape ; sur le préservatif, ou Pie XII, peu importe le sujet !

Il est vrai que cela vous pose un progressiste à bon compte : on joue à Voltaire écrasant l’Infâme. Et puis, ce n’est pas dangereux : on ne risque aucune fatwa, ni menace de mort. C’est ce que Karl Marx appelait : mettre une claque à sa grand-mère !

Cette affaire est finalement très révélatrice de l’arrogance de notre époque, de nos intellectuels, et de nos médias qui, 60 ans après la fin de la guerre, donnent des leçons d’héroïsme à nos grands-parents.

On les comprend : il est plus facile de combattre Hitler quand il est mort ! »

NATIONS PRESSE MAGAZINE N° 2 / MARS 2010
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Re: La légende noire de Pie XII

Messagepar Prodeo » 11/03/2010 - 17:32

.
Eric Zemmour n'y va pas par quatre chemins pour remettre les pendules à l'heure.
Il démontre qu'il connait l'histoire et qu'il a le courage de brandir l'étendard de la vérité.
J'espère qu'il ne passera pas malencontreusement sous un autobus pour avoir constamment manifesté une telle audace.

:salut1:
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Re: La légende noire de Pie XII

Messagepar Pat » 28/08/2011 - 13:37

Le procès fait à Pie XII : c’est un montage anti-pape

La prétendue culpabilité de Pie XII face aux Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale était l'une des bombes envoyées contre le Saint-Siège, dont il s'agit de détruire l'influence spirituelle mondiale, et même tout simplement la légitimité par tous les moyens.

Monseigneur Dominique Le Tourneau est membre de l'Opus Dei, il est à la fois un juriste de premier rang et un poète, un mystique. C'est dire la largeur de son domaine d'intervention ! Il vient de publier dans une collection canadienne un livre qui expose une perspective encore peu explorée sur les droits et les devoirs des fidèles laïcs dans l'Église. Mais le petit livre qui retient notre attention aujourd'hui concerne justement l'attitude de Pie XII durant la Seconde Guerre mondiale. C'est à lui seul un événement. Je crois que l'ayant lu, personne ne peut plus apporter le moindre crédit à la thèse du silence volontaire de Pie XII sur la Shoah…


Monseigneur, vous êtes l'un des spécialistes français du droit canonique et vous abordez dans le petit livre que vous venez de publier chez Téqui la question terrible des rapports entre Pie XII et la Shoah. Pourquoi affrontez-vous ce sujet ? Par quel biais en êtes-vous arrivé à vous intéresser particulièrement à cette question ?

Je me suis intéressé à la question des rapports entre Pie XII et les Juifs à l'occasion d'un colloque organisé par l'Association « Écouter avec l'Église », fondée par le Père Michel Viot, et dont je suis le vice-président. La qualité exceptionnelle des interventions et leur apport à la connaissance de la vérité m'ont incité à publier les Actes de ce colloque et à y rajouter des éléments qui permettent de mieux comprendre le rôle que le Serviteur de Dieu Pie XII a joué à une époque aussi cruciale et difficile que la Deuxième Guerre mondiale.

C'est ainsi que je propose dans cet ouvrage une biographie très détaillée du pontife et toute une série de témoignages de personnalités juives qui, pendant le cours de la guerre et au moment du rappel à Dieu du pape, en 1958, ont salué unanimement son action en faveur des Juifs.

Je dois ajouter que, comme le sujet est particulièrement sensible et reste d'actualité, cela m'a conduit à poursuivre ce travail et j'envisage la publication prochaine d'un ouvrage qui retrace brièvement l'ensemble de la vie de ce grand Pontife.

Je n'irai pas par quatre chemins avec vous. II y a eu beaucoup de livres sur Pie XII et les Juifs, que ce soit en attaque ou en défense. Qu'est-ce que vous apportez de neuf ? Quels étaient les spécificités du Colloque qui se trouve repris ici en volume ?

Notre ouvrage porte comme sous-titre : « Le silence de Pie XII ? » Le point d'interrogation est évidemment essentiel. C'est à cette interrogation que répond l'ouvrage. Les interventions de l'historien Philippe Chenaux, spécialiste de l'histoire contemporaine, de Me Serge Klarsfeld, bien connu pour sa chasse des nazis, et de Gary Krupp président-fondateur de Pave the Way Fundation et, au départ, farouche adversaire de Pie XII, démontent le mécanisme du soi-disant « silence de Pie XII ».

L'on sait de nos jours que toute l'affaire a été montée par le KGB, les services secrets de la Russie soviétique, furieux de la condamnation par l'Église, et par le pape Pie XII, du communisme athée. Les premières attaques intervinrent d'ailleurs, dès 1945, sur les ondes de Radio-Moscou. Il est intéressant de noter que le poison ainsi distillé subtilement grâce à la pièce Le Vicaire et réadministré par le film Amen de Costa Gavras, a fait les délices du monde anglo-saxon qui a relayé complaisamment les attaques contre Pie XII, tandis que les Juifs s'en tenaient, dans un premier temps du moins, à l'estime qu'ils éprouvaient pour le Pontife. Des voix ne s'étaient-elles pas élevées en Israël à la mort de Pie XII pour demander que l'on plantât une forêt de 860 000 arbres correspondant au nombre de Juifs qu'il avait contribué à sauver pendant le cataclysme mondial ? J'aime demander combien Churchill, De Gaulle, Roosevelt et Staline en ont sauvés. Et nul ne leur fait grief de leur attitude à cet égard ! C'est quand même curieux.

400 Juifs s'enrôlèrent dans la Garde pontificale

Ceci étant, le pape Pie XII ne s'est pas contenté de parler autant qu'il le pouvait, sa marge de manœuvre étant étroite, car un mot de trop risquait d'entraîner des représailles massives de la part des nazis, comme ce fut le cas aux Pays-Bas quand les évêques condamnèrent leurs exactions en chaire.

Pie XII a également agi en organisant des réseaux d'évasion de Juifs hors d'Italie, par exemple en obtenant du président de la République Dominicaine 1600 visas par an. Il a aussi demandé aux institutions catholiques d'ouvrir généreusement leurs portes pour accueillir des Juifs, comme lui-même en fit admettre des centaines au Vatican, dont 400 s'enrôlèrent dans la Garde pontificale.

J'ajouterai que l'ambassadeur d'Israël près le Saint-Siège, M. Mordechai Levy, a déclaré, le 23 mai dernier, lors de la cérémonie de remise des insignes de « Juste parmi les nations » au P. Piccinini, que « la volonté vaticane de sauver des Juifs est un fait ». Il a ajouté que « le Saint-Siège a agi. Il n'a pas pu empêcher le départ du train pour Auschwitz le 18 octobre 1943, trois jours après la rafle du ghetto. Certes, les Juifs de Rome s'attendaient à la protection du pape à ce moment-là. Mais c'est un fait que ce 18 octobre, c 'est le seul convoi qui soit parti pour Auschwitz ».

En outre, il faut préciser que les interventions énergiques et directes de Pie XII auprès du Lieutenant Général Stahel, gouverneur militaire nazi de Rome, ont permis de sauver 7000 des 8 200 Juifs restant dans la Ville Eternelle.

Pouvez-vous insister sur les travaux de la fondation Pave the Way, avec Gary Krupp ?

La Pave the Way Fundation, créée par Gary Krupp et sa femme, est une organisation laïque qui œuvre pour construire la paix en comblant les fractures au niveau de la compréhension et de la coexistence entre les religions en menant des actions culturelles, intellectuelles et techniques. Elle désire éliminer le recours à la religion comme instrument pour des fins partisanes pouvant donner lieu à des conflits armés. Elle vise donc à préparer le chemin, « pave the way », pour une compréhension mutuelle et universelle qui commence par l'éducation au quotidien.

Outre l'acquisition du papyrus Bodmer, contenant les fragments parmi les plus anciens des Évangiles selon saint Luc et saint Jean, qu'elle a offert récemment à la Bibliothèque vaticane, outre l'organisation de la plus grande réunion de responsables Juifs dans l'histoire pour remercier le bienheureux Jean Paul II de ses efforts pour améliorer les relations entre Chrétiens et Juifs, outre l'appui à des conférences internationales visant à promouvoir les relations interreligieuses, la fondation est actuellement engagée dans la publication des archives de Pie XII sur Internet.

Comme je l'ai dit, pour Gary Krupp, au départ, Pie XII était le « pape d'Hitler », ce qui n'a, en revanche, jamais été le cas pour Serge Klarsfeld. Krupp a commencé à changer d'avis quand il a découvert l'existence d'un plan secret des nazis pour assassiner le pape. De fil en aiguille, interrogeant des témoins, en particulier sœur Pasqualina, la gouvernante de Pie XII, il dut se rendre à l'évidence : il faisait fausse route en voyant en Pie XII le pape de Hitler. Sa grande honnêteté intellectuelle lui a permis de comprendre que tout ce qu'il croyait savoir sur Pie XII était faux.

Pouvez-vous faire un bilan de l'évolution de cette délicate question historiographique du « silence » de Pie XII ? Comment voyez-vous l'évolution de la situation actuellement ?

Des travaux comme ceux du président Krupp sont tout à fait fondamentaux pour faire évoluer les mentalités au sujet du prétendu « silence de Pie XII ». Encore faut-il être intellectuellement prêt à examiner les faits en face. M. Krupp a invité à un symposium à Rome au cours duquel il présentait des documents et vidéos, plus de quatre-vingts dirigeants et chercheurs juifs et tous les critiques et institutions reconnues afin qu'ils puissent confronter leurs objections aux experts du Vatican dans ce domaine. Peu sont venus. Mais de ceux qui étaient présents, 90 % sont repartis avec une opinion favorable sur Pie XII.

La publication de Pie XII et la Shoah contribue aussi à faire la lumière. J'estime qu'après l'avoir lu, toute personne de bonne volonté ne colportera plus les ragots infâmes dont une certaine presse se délecte.

Mais il faut attendre encore trois ou quatre ans pour que l'ensemble des « archives Pie XII » soit accessible aux chercheurs. Il ne fait pas l'ombre d'un doute qu'il ne faut pas en attendre des découvertes sensationnelles. Moins encore des éléments à charge contre Pie XII, qui permettraient de conforter les attaques lancées contre ce pape, nous avons vu comment et dans quel esprit (c'est-à-dire dans un esprit de pure propagande, et donc sans fondement), et que certains prennent pour argent comptant sans faire l'effort intellectuel de se remettre dans le contexte de l'époque, ce qui est pourtant élémentaire et absolument indispensable pour comprendre un événement.

Quelle est l'attitude de Benoît XVI dans cette affaire ?

L'attitude de Benoît XVI dans cette affaire ne peut être dictée que par le souci de la vérité et du bien commun. L'Eglise n'agit pas à la légère quand elle entreprend un procès de béatification. N'oublions pas qu'il ne s'agit pas uniquement d'une procédure juridique, extrêmement méticuleuse et exigeante, mais que vient s'ajouter le sceau divin d'un miracle, qui doit être médicalement prouvé, mais qui n'est pas moins une marque de Dieu visant à authentifier la sainteté du Serviteur ou de la Servante de Dieu concerné. Face à cela, les humeurs des uns et des autres n'ont guère de poids.

Propos recueillis par l'abbé Guilaume de Tanoûarn monde & vie. 16 juillet 2011

Pie XII et la Shoah, Des historiens et des juifs témoignent,éd.Téqui 2011,10 euros.
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Re: La légende noire de Pie XII

Messagepar Pat » 20/05/2013 - 11:00

Pie XII : le mauvais procès

Le Spectacle du Monde - 01/01/2008

Le procès médiatique de Pie XII n'en finit pas de rebondir. Alors que la recherche historique ne cesse de démontrer que, pendant la Deuxième Guerre mondiale, le pape a fait tout ce qui était en son pouvoir afin de venir au secours des juifs persécutés.

C’était il y a cinquante ans. Le 9 octobre 1958, Pie XII était mort. Golda Meir, ministre des Affaires étrangères d'Israël, faisait alors cette déclaration : « Pendant les dix années de la terreur nazie, quand notre peuple a souffert un martyre effroyable, la voix du pape s'est élevée pour condamner les bourreaux et pour exprimer sa compassion envers les victimes ». Cet hommage, rendu par un des fondateurs de l’État juif, couronnait d’innombrables prises de position qui, depuis la guerre, s’étaient exprimées sur un ton analogue. En 1945, « au nom de toute la communauté juive », le Congrès juif mondial avait manifesté « sa profonde gratitude pour la main protectrice tendue par Sa Sainteté aux juifs persécutés pendant ces temps terriblement éprouvants ». La même année, reçu en audience par Pie XII, Moshe Sharett, futur Premier ministre d’Israël, lui avait dit que « son premier devoir était de le remercier et, à travers lui, l’Église catholique, au nom de la communauté juive, pour tout ce qu’ils avaient fait pour secourir les juifs ». Le 26 mai 1955, un orchestre composé de musiciens juifs originaires de quatorze pays avait exécuté la Neuvième symphonie de Beethoven, au Vatican, « en reconnaissance de l’œuvre humanitaire grandiose accomplie par Sa Sainteté pour sauver un grand nombre de juifs pendant la Seconde Guerre mondiale ».
Un demi-siècle plus tard, le procès médiatique de Pie XII ne cesse de recommencer. Termes du réquisitoire : conscient de la persécution subie par les juifs, et même informé de leur extermination massive par l’appareil nazi, le pape n’aurait rien dit et rien fait. Par indifférence vis-à-vis des victimes, si ce n’était par complicité avec les bourreaux. Fantastique renversement de perspective. Et pourtant, les faits sont là : dès la fin du conflit mondial, la génération des survivants de l’Holocauste a témoigné en faveur de Pie XII. Il faut lire Pie XII et les juifs, le dernier livre du rabbin David Dalin. Spécialiste de l’histoire juive et des relations juives et chrétiennes, cet Américain, professeur d’histoire et de sciences politiques à Ave Maria University, s’était déjà signalé, en 2001, par un article paru dans The Weekly Standard dans lequel il réclamait que Pie XII, en reconnaissance des nombreuses vies juives qu’il avait sauvées, fût reconnu comme « Juste des nations » par Israël. Dans son ouvrage publié en 2005 aux États-Unis et traduit l’an dernier en français, l’auteur administre les preuves de cet engagement du Souverain Pontife.
Sous-titré Le mythe du pape d’Hitler, le livre de Dalin constitue une réponse au pamphlet du journaliste britannique John Cornwell, Hitler’s Pope (« Le pape d’Hitler »), publié à grand renfort publicitaire, en 1999, et paru le même jour dans une demi-douzaine de langues occidentales. Cornwell y reprenait les accusations lancées, en 1963, par la pièce de l’Allemand Rolf Hochhut, Le Vicaire, pièce adaptée au cinéma, en 2002, par le film de Costa-Gavras, Amen : face au martyre juif, Pie XII serait resté silencieux.
Dans une étude publiée aux États-Unis, en 2007, dans la National Review, le général Pacepa, ancien patron des services secrets roumains passé à l’Ouest en 1978, soutenait qu’au début des années 1960, les généraux soviétiques Agayants et Sakharovsky avaient conçu une opération de désinformation visant à dénigrer la mémoire de Pie XII, opération passant par l’instrumentalisation de la pièce de Hochhuth… Depuis la première représentation du Vicaire, ce sont les mêmes arguments qui sont brandis contre Pie XII, mais qui ne reposent sur rien de nouveau : aucun document ou aucun témoignage, depuis quarante ans, n’ont étayé l’acte d’accusation. En sens inverse, le dossier de la défense n’a fait que s’enrichir, et parfois par d’anciens procureurs. En 2004, John Cornwell a livré cet aveu : « À la lumière des débats qui ont eu lieu, et des preuves qui ont été fournies suite à la publication de mon livre, je dirais maintenant que Pie XII avait une marge de manœuvre si réduite qu’il est impossible de juger de son silence pendant la guerre, alors que Rome était sous la botte de Mussolini et occupée ensuite par les Allemands ».
Né en 1876, ordonné prêtre en 1899, Eugenio Pacelli entre dès 1901 à la Secrétairerie d’État. Nonce apostolique en Bavière de 1917 à 1920, puis à Berlin de 1920 à 1929, ce brillant sujet de la diplomatie pontificale est rappelé à Rome où il est créé cardinal et nommé secrétaire d’État en 1930. Devenu le bras droit de Pie XI, il suit de près la situation en Allemagne, assistant avec préoccupation à l’ascension du nazisme. En 1931, une déclaration épiscopale interdit aux catholiques allemands d’adhérer au Parti national-socialiste. Le 30 janvier 1933, Hitler accède au pouvoir. Cherchant le soutien des conservateurs, le nouveau chancelier commence par mettre son antichristianisme en sourdine. Par souci d’apaisement, les évêques lèvent l'interdiction d'adhérer au parti national-socialiste.
Le 20 juillet 1933, un Concordat est signé entre le Saint-Siège et l’Allemagne. En supervisant son élaboration, le cardinal Pacelli n’a fait qu’appliquer la politique de Pie XI, partisan d’accords concordataires avec tous les États, quel que fussent leurs régimes : le pape avait envisagé un Concordat avec l’URSS et en avait signé un avec l’Italie de Mussolini. Le Concordat signé, cependant, le régime nazi reprend l’offensive contre l’Église. En 1934, lors de la Nuit des longs couteaux, de nombreux militants chrétiens, dont Klausener, le chef de l'Action catholique, sont assassinés, ouvrant la voie à une longue phase de persécution religieuse.
En février 1937, Mgr Pacelli convoque au Vatican le président de la conférence épiscopale allemande, le cardinal Bertram, et quatre évêques qui sont des amis personnels : Mgr von Preysing (Berlin), Mgr Schulte (Cologne), Mgr von Faulhaber (Munich) et Mgr von Galen (Münster). Il est décidé de rédiger un texte condamnant le national-socialisme. Une première version, œuvre de Faulhaber, est durcie par Pacelli lui-même. Signée ensuite par Pie XI, imprimée secrètement en Allemagne, l'encyclique Mit Brennender Sorge (« Avec un souci brûlant ») est lue en chaire, le 21 mars 1937, dans les 15 000 églises catholiques du pays. Une semaine auparavant, le Saint-Siège avait publié l’encyclique Divini Redemptoris, condamnant le communisme.
Le 2 mars 1939, Mgr Pacelli succède à Pie XI sous le nom de Pie XII. L’Europe roule vers la guerre. Fin août, après le pacte germano-soviétique, l’invasion conjointe de la Pologne par le Reich et par l’URSS précipite les événements : en septembre, les hostilités sont déclarées par la France et la Grande-Bretagne. En mai 1940, sur instruction de Pie XII, le Vatican informe les Alliés de la proche offensive allemande : il n’est pas écouté. « Pas la moindre trace de naziphilie au Vatican ; Hitler est vraiment considéré comme l'ennemi de la civilisation chrétienne », souligne Wladimir d’Ormesson, ambassadeur de France auprès du Saint-Siège, dans un rapport qu’il adresse le 28 octobre 1940 au ministère des Affaires étrangères. Son successeur, Léon Bérard, nommé par Vichy, tient un propos similaire le 22 février 1941 : « Le Saint-Siège aperçoit une opposition foncière, théoriquement irréductible, entre la doctrine de l’Église et celle dont s'inspire le national-socialisme. » Ce qui ressort des rapports des ambassadeurs occidentaux, c’est que, face à l’emprise du Reich sur l’Europe, Pie XII place ses espoirs dans la Grande-Bretagne et dans l’intervention américaine. Le 21 août 1941, deux mois après l'attaque allemande contre l'Union soviétique, Bérard rapporte à l'amiral Darlan cette confidence du Souverain Pontife : « Je redoute Hitler encore plus que Staline. »
Pas plus que Pie XII ne peut être taxé de faiblesse vis à vis du nazisme ou d’avoir été aveuglé par l’anticommunisme, il ne peut être incriminé d’antisémitisme. En 1928, sous Pie XI, un décret du Saint-Office avait condamné « la haine contre le peuple jadis élu de Dieu ». En octobre 1939, dénonçant le racisme, la première encyclique du nouveau Souverain Pontife, Summi Pontificatus, réaffirme la doctrine catholique de l’unité du genre humain.
Les archives du Saint-Siège prouvent que, dès avant la guerre, quand les juifs allemands avaient encore la possibilité d’émigrer, Pie XII est intervenu afin de trouver un pays d’accueil pour les juifs convertis, frappés par les lois nazies. Un peu partout, il se heurtera à un mur d’indifférence.
En 1942, les nazis mettent en œuvre leur plan de déportation systématique des juifs européens. La réalité des camps ne se dévoilera que de manière parcellaire, en 1943 et 1944, avant d’éclater au grand jour en 1945. Quand commencent les rafles à Paris, en juillet 1942, et que les évêques français, sous la plume du cardinal Suhard, protestent auprès du maréchal Pétain, Pie XII confie qu'il a trouvé cette lettre « bien pâle ». Dans son message de Noël 1942, stigmatisant les cruautés du conflit en cours, le pape évoque « les centaines de milliers de personnes qui, sans aucune faute propre, parfois uniquement en raison de leur nationalité ou de leur race, sont destinées à la mort ou au dépérissement ». Dans le film Amen, le discours de Pie XII est amputé de cette phrase essentielle, et l’on voit le héros écouter la radio avec découragement, attendant en vain le coup d’éclat qui réveillera toute l’Europe. Pur anachronisme : le message de Noël 1942, lu en italien, a été émis par Radio Vatican, station à peine captée au-delà de la Péninsule.
En réalité, Pie XII craint les mesures de rétorsion que pourraient prendre les Allemands. Pas pour lui (il a adopté des dispositions visant à assurer son intérim dans le cas où ils l’enlèveraient), mais pour les cibles de la fureur nazie. En Hollande, en juillet 1942, l’épiscopat catholique, en accord avec le synode de l’Église réformée, a publié une condamnation très ferme de la déportation des juifs : les Allemands ont riposté en raflant les chrétiens d'origine juive, dont la carmélite Édith Stein, aujourd’hui canonisée. La conduite du pape s’inspire de ce souci, ainsi qu’il l’écrit à l'évêque de Berlin, Mgr von Preysing, le 30 avril 1943 : « Nous laissons aux pasteurs en fonction sur place le soin d'apprécier si, et en quelle mesure, le danger de représailles et de pression conseille la réserve, malgré les raisons qu'il y aurait d'intervenir, afin d'éviter des maux plus grands ».
Si Pie XII parle peu, il agit dans la mesure de ses moyens. En septembre 1943, les Allemands envahissent Rome. La communauté juive doit leur livrer cinquante kilos d'or, sous peine de déportation générale. Le grand rabbin de Rome, Zolli, fait appel au pape afin de compléter la rançon. Malgré ce chantage, l’arrestation des juifs de Rome commence un mois plus tard. Pie XII fait savoir qu’il va émettre une protestation officielle. Moyennant le silence du pape, l'ambassadeur von Weizsäcker obtient l'arrêt de la rafle : 4000 juifs romains sont sauvés, beaucoup trouvant refuge dans les couvents de la ville. La diplomatie vaticane, par des actions de ce type, a sauvé des centaines de milliers de personnes, en 1943-1944, en Italie, en Slovaquie, en Croatie, en Roumanie et en Hongrie.
Lors de la tragédie qui s’est abattue sur les juifs d’Europe, Roosevelt, Churchill ou De Gaulle n’ont pas plus parlé que le pape. Pourquoi alors cette campagne rétrospective contre le Souverain Pontife ? Le 8 mai 2007, à Rome, la Congrégation pour la cause des saints a reconnu « l’héroïcité des vertus » de Pie XII, étape décisive vers sa béatification. Il est étrange d’observer qu’à chaque avancée de cette cause, la polémique est relancée. L’hostilité à Pie XII, en dehors ou au sein de l’Église catholique, procèderait-elle non d’une démarche historique, mais de l’hostilité à une certaine idée de la papauté ? Ce serait donc un autre débat.
Jean Sévillia http://www.jeansevillia.com via http://aucoeurdunationalisme.blogspot.fr/
À lire
Pierre Blet, Pie XII et la Seconde guerre mondiale d’après les archives du Vatican, Perrin, 1997 ; Tempus, 2005.
Philippe Chenaux, Pie XII, Cerf, 2003.
David Dalin, Pie XII et les juifs, Tempora, 2007.
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