Le Vercors, héroïque et abandonné

Ici la culture et l'histoire sont à l'honneur
Avatar de l’utilisateur
Pat
Administrateur délégué
Messages : 25505
Inscription : 03/12/2006 - 23:46
Localisation : Les Alleuds dans le 49
Contact :

Le Vercors, héroïque et abandonné

Messagepar Pat » 29/08/2008 - 16:13

Avant même d'être un fait d'armes glorieux de la Résistance, les combats du Vercors sont un mythe, dans le sens le plus noble.
Ils symbolisent dans l'imagerie populaire la volonté de tout un peuple de se dresser face à l'envahisseur, en défendant une place forte naturelle que certains croyaient inexpugnable. En racontant cette histoire, avec la vivacité du journaliste et le sérieux de l'historien, Pierre Vial révèle que la vérité, si elle fut moins romantique, n'en fut pas moins héroïque. Il démontre, sans polémique, que les véritables héros, ce sont ceux qui payent de leur sang les fautes des autres.

Ce livre n'est pas le premier qui soit écrit sur la bataille du Vercors, mais il est sans doute, sous une forme alerte et très vivante, le plus vrai. Non qu'il descende dans la minutie des détails - comme on aurait pu le craindre sous la plume d'un « professionnel », agrégé d'histoire et professeur à l'université de Lyon - mais en restituant, avec beaucoup d'adresse, le style de vie (et de mort) de ces combattants très particuliers que furent les maquisards regroupés dans ce massif montagneux, à cheval sur les départements de l'Isère et de la Drôme.
Plus que le récit des accrochages, évoqués surtout lors de la tragédie qui mit fin à l'expérience de la « République du Vercors », importe peut-être la genèse de cette aventure encore trop méconnue.
Le Vercors, c'est d'abord une rencontre, on pourrait même dire une fusion, entre des hommes que des origines diverses auraient dû normalement séparer. La Résistance, comme la Collaboration d'ailleurs, fut très loin d'être univoque, et il est plus nécessaire que jamais de le dire, à l'heure des impostures et des légendes.
C'est en zone non occupée - si paradoxal que cela puisse paraître que vont naître les premiers mouvements organisés qui font de la lutte contre l'Allemagne nationale-socialiste - et accessoirement le gouvernement de Vichy - leur raison d'être. Parmi ces mouvements, Combat se situe plutôt à droite et Franc-Tireur plutôt à gauche. Pour des raisons où le hasard tient sa place, les civils qui vont être à l'origine du Vercors appartiennent au mouvement Franc-Tireur et sont plutôt socialistes et souvent francs-maçons. Au passage, ne pas confondre leur organisation avec les FTP, les francs-tireurs partisans, d'obédience communiste et qui dépendent du Front national, camouflage quasi officiel de l'ex-PCF
UNE CITADELLE NATURELLE
Ces civils, dont le prototype est Eugène Chavant, futur « préfet du Vercors », vont réussir à travailler en liaison étroite avec des officiers de carrière, saint-cyriens ou maixentais, très marqués par leur formation militaire. Ainsi, d'abord, Alain Le Ray, qui imaginera le plan « Montagnards » et sera le premier patron du Vercors. Ainsi le cavalier Geyer, dit Thivollet, et le chasseur alpin Costa de Beauregard, dit Durieu. Tous sont des lieutenants d'active, dont la défaite fera des chefs de guerre, les obligeant à prendre une position nettement révolutionnaire. Même sans s'en rendre compte, ils n'en deviennent pas moins des « soldats politiques ».
Entre ces deux états d'esprit, se situe sans nul doute Jean Prévost. Lui aussi est lieutenant, mais de réserve. Normalien, élève et disciple d'Alain, écrivain et journaliste, ami de Saint-Exupéry, il est « de gauche » mais d'une gauche plus radicale que socialiste et sans doute plus nietzschéenne que marxiste. Un de ses livres, Plaisir des sports, montre bien quelle importance a pour lui l'exaltation de la volonté, du courage et d'une force physique qui ne va jamais sans une sorte de joie païenne et sauvage. Antifasciste de toujours, ce Normand bascule dans la Résistance sans hésitation. Il sera sous le nom de guerre de « capitaine Goderville » (du nom d'un bourg du pays de Caux, cher à Maupassant) un très efficace commandant de compagnie et trouvera la mort lors de l'écroulement de cette « illusion lyrique » que fut le Vercors.
A ces deux catégories d'hommes appartenant à l'Armée Secrète, née de la fusion des organisations paramilitaires des MUR, les Mouvements unis de résistance, il faut ajouter des cadres venus sans doute de l'ORA, l'organisation de résistance de l'armée, et qui ont servi dans l'année d'armistice, avant de lutter contre ceux qui désormais occupent, depuis novembre 1942, l'ex-zone libre.
Le nouveau chef du Vercors, le chef d'escadrons Huet, et son chef d'état-major Pierre Tanant, restent marqués par leur pétainisme originel. Huet a d'ailleurs été longtemps un des chefs de l'organisation des Compagnons de France et Tanant, fils de général, ne se cache pas d'avoir chanté naguère avec enthousiasme Maréchal nous voilà.
Peu encouragée par les cadres supérieurs de l'armée régulière, vouée à n'être animée que par quelques lieutenants secondés par des sous-officiers d'élite, issus pour beaucoup du 11e régiment de cuirassiers ou du 6e bataillon de chasseurs alpins, la résistance conçue comme une lutte les armes à la main (et non comme un réseau de renseignement ou une organisation de sabotages et d'attentats) aura du mal à se mettre en place.
C'est l'architecte Pierre Dalloz et son ami Jean Prévost qui ont eu, sans doute les premiers, « l'idée » du Vercors en admirant, de la vallée de Grenoble, cette « forteresse naturelle ». Le Ray, lui, a très bien compris qu'il ne s'agit pas de s'y enfermer, mais d'en faire une base de départ d'où maquisards et parachutistes pourraient très rapidement « éclater » pour mener la guérilla sur les arrières de l'ennemi, pourchassé après un débarquement en Provence.
« LÂCHES ET CRIMINELS »
Il existait alors dans l'armée française reconstituée en Afrique du Nord une demi-douzaine de bataillons parachutistes : ceux du 1er RCP, les commandos de France, les commandos d'Afrique et le bataillon de choc (alors que les deux bataillons SAS d'Angleterre devaient combattre en Bretagne). Ces paras français ne sautèrent jamais sur le Vercors et ce furent les Allemands qui devaient profiter du terrain aménagé à Vassieux pour y faire atterrir leurs planeurs !
Le plan « Montagnards » était sans nul doute valable. Il ne semble pas avoir été ni compris ni même étudié à Alger !
Sur place, la grande réussite fut de transformer les réfractaires au STO (le service du travail obligatoire) en combattants. Ces jeunes gens, qui voulaient d'abord « se planquer » pour ne pas partir en Allemagne, furent très habilement pris en main durant l'année 1943 par les chefs civils et militaires du Vercors qui surent transformer leur attentisme en volonté de prendre les armes. A la veille du débarquement de Normandie, ils étaient environ 650 répartis entre un certain nombre de « camps », en général de l'effectif d'une petite compagnie.
L'erreur capitale fut de procéder, dès le 6 juin, à une mobilisation générale, rendue possible par des parachutages d'armement. En plus des hommes de la région, on vit affluer vers le Vercors de nombreux volontaires. Cette concentration était contraire à toutes les règles de la guerre des partisans. Le gouvernement d'Alger, qui l'avait suscitée, tenta trop tard de la freiner (ce fut aussi vrai pour d'autres maquis).
Les responsables du Vercors vont se trouver avec sur les bras environ 6 000 hommes, qui ne sont pas loin de croire que la proclamation ostentatoire du rétablissement de la république dans le Vercors signifie la fin des combats et non le début !
A l'euphorie d'un 14 juillet triomphant succède, moins d'une semaine plus tard, un brutal réveil. Les Allemands attaquent. Il n 'y aura guère plus de 2 000 combattants pour leur faire face. Mais les Fifis, comme on les appelait alors, ont en face d'eux des soldats aguerris - même s'il s'agissait d'une division de montagne de seconde zone - et soutenus par quelques soldats bien entraînés (parachutistes) ou particulièrement féroces (volontaires de l'Est, ex-Soviétiques).
Ce qui devait être un terrain d' atterrissage et de regroupement, véritable base opérationnelle provisoire, devient en quelques heures un piège. En moins de deux jours, tout est réglé selon les impitoyables lois de la guerre entre soldats réguliers et civils armés. Les « pas» (c'est ainsi que l'on nomme les cols) sont forcés par les chasseurs de montagne du Reich à l'issue d'une escalade acrobatique; les paras du Reich déposés en planeurs dans le sud du plateau ne peuvent être réduits, l'ultime verrou de Valchevrière est brisé, même si les Alpins du lieutenant Chabal font glorieusement Sidi-Brahim selon la tradition des chasseurs. L'état-major ordonne la dispersion. Les compagnies éclatent. Il ne reste que quelques éléments qui se regroupent dans le nord, pour poursuivre, sous les ordres de Costa, des opérations de harcèlement contre les troupes ennemies qui mènent dans tout le Vercors une terrible répression.
Abandonnés par ceux-là même qui les avaient lancés dans la bataille, les combattants du Vercors, s'estimant trahis, ont envoyé un ultime message pour traiter les responsables de Londres et d'Alger de « criminels et de lâches ». Cela ne doit jamais être oublié .
• Henri Landemer Le Choc du Mois. Juillet-août 1991
Pierre Vial, La bataille du Vercors, 1943-1944, 310 p., 2 cartes et 51 photos. Presses de la Cité.
Image
Que les hommes d'arme bataillent et que Dieu donne la victoire! (Jeanne d'Arc) Patriotiquement votre.

Avatar de l’utilisateur
Le Chef
Décédé
Messages : 4529
Inscription : 24/03/2006 - 22:07
Contact :

Re: Le Vercors, héroïque et abandonné

Messagepar Le Chef » 29/08/2008 - 17:10

Pat a écrit :[b]i devaient profiter du terrain aménagé à Vassieux [/i]


:houra:
Nations Presse Info
L'information des Patriotes
http://www.nationspresse.info


Revenir vers « culture et histoire »

Qui est en ligne ?

Utilisateurs parcourant ce forum : Aucun utilisateur inscrit et 2 invités