Les fondements nihilistes de la République française

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Les fondements nihilistes de la République française

Messagepar Pat » 31/01/2008 - 23:16

Les fondements nihilistes de la République française

HistoireEurope La République, et à ses origines la révolution française, n’a jamais été un projet d’union mais au contraire elle s’est affirmée dans l’opposition. Elle marque un point de rupture dans l’histoire de notre pays, rupture qui pour la première fois veut instaurer une société sans référence au passé de son peuple. C’est également une société qui se construit contre Dieu, qui se coupe de la transcendance pour placer l’Homme au dessus. Cette République qui s’est construite dans le sang n’est pas un cas majoritaire en Europe, c’est au contraire une spécificité française qui inscrit notre Nation sur une voie qu’elle a seul assumée.
A l’heure des élections présidentielles, il est utile de se pencher sur ce drame national dont notre pays ne s’est pas défait. Mal nécessaire selon Joseph de Maistre qui y a vu l’action de la Providence car l’avènement de la République n’était-elle pas la conséquence implacable de la fin d’un régime comme l’écrivait Châteaubriand : « La révolution était achevée lorsqu’elle éclata…Elle n’a pas renversé la monarchie. Elle n’a fait qu’en disperser les ruines ». Dans un article synthétique (1), Dominique Venner, historien, nous retrace les enjeux, les idées et le contexte aux fondements de ce régime sur lequel repose encore nos institutions.

(1) Article paru dans le N°29 de la NRH – « La République et la France »

La spécificité de la Révolution française est marqué par un « rejet radical du passé » pour reprendre les mots de l’historien. S’appuyant sur la pensée de Edmund Burke (1729-1797), D. Venner nous précise ce qui la caractérise : « Lorsque commence la Révolution française, la plupart des amis libéraux de Burke manifeste pour elle une vive sympathie. Ils interprètent les évènements de 1789 comme la répétition de ceux qui avaient opposé en 1688 le Parlement et l’absolutisme de Jacques II Stuart. Burke ne partage pas cette interprétation ». En effet la succession des actions et des décisions qui vont suivre (Formation de la Constituante, abolition des privilèges, déclaration des droits de l’homme) éclaire très rapidement Burke sur les visées de la Révolution française. D. Venner nous l’explique : « Avant tous les autres témoins, il comprend la portée des bouleversements. Il en identifie les principes directeurs et en tire les conclusions. Deux principes essentiels retiennent sa critique : celui des « Droits de l’Homme » et celui qui soumet la souveraineté à la « volonté générale ». Cette révolution, radicale dans ses principes, le sera aussi dans ses actes. ». Par la suite, Burke expliquera que la Glorious Revolution anglaise de 1688 n’a rien en commun avec la Révolution française : « Loin d’avoir voulu instaurer un régime nouveau, elle a marqué le retour de l’Angleterre à sa constitution naturelle, mettant fin aux divisions qui l’avaient déchirée depuis 1640, sous Cromwell et sous les Stuarts ».

La Révolution française a la particularité d’élever la Nation, c'est-à-dire la volonté générale et souveraine du peuple, au dessus de tout principe transcendant ou immanent. D. Venner précise : « Selon ce principe, la « Nation » (…) peut à son gré modifier la Constitution, déposer le monarque ou même supprimer la monarchie, ce qui sera fait ». A l’inverse, la révolution anglaise doit être comprise comme une réforme du régime qui vise à restaurer le système politique monarchique dans ses fondements : « Si la Glorious Revolution est légitime, c’est parce que, loin de rompre avec le passé, elle a assuré la continuité de l’histoire anglaise en restaurant des libertés historiquement acquises depuis la grande Charte de 1215 : « La politique permanente de ce royaume (…) est de regarder nos franchises et nos droits les plus sacrés comme un héritage (…) [Burke] ». (…) Avec sa critique de la théorie révolutionnaire de la souveraineté et de celle des « Droits de l’Homme », Burke a tracé d’emblée le modèle de toutes les objections qu’on pourra leur opposer. » Afin d’apporter de nouveaux arguments à la contradiction sur l’utopie républicaine française, l’historien précise la pensée du politologue : « Au principe de la volonté générale, il [Burke] oppose la coutume. A la prétendue supériorité des « Droits de l’Homme » qui laissent les hommes dans la précarité de leur chétive individualité, il réplique par le « droit des Anglais » qui assure à chacun de jouir des privilèges héréditaires de sa communauté ».

Par la suite, s’appuyant sur la pensée et les écrits d’Alexis de Tocqueville (1805-1859), l’historien explique que la centralisation et la bureaucratisation du pouvoir à la veille de la Révolution ont une lourde responsabilité dans son déclenchement. La « dépossession des anciens droits de la noblesse et des communautés » et l’égalisation des français sous la « tutelle étatique » ont rigidifié la structure de la société.

Enfin, l’historien nous apporte un éclairage singulier en relevant les analyses d’Hippolyte Taine (1828-1893). Pour ce dernier, l’explication de la « table rase » révolutionnaire a sa source dans l’esprit classique. Il relève que dans la littérature du XVIIe et XVIIIe siècle et dans le cadre des salons qui réunissent à cette époque intellectuels et hommes cultivés, un humanisme simplificateur a envahit la pensée française. Cette vision de l’humanité refuse de regarder l’homme dans ses spécificités culturelles et immanentes mais comme un être qui raisonne en dehors des contingences de son milieu de vie. Cette manière de penser le monde est alors différente de la littérature anglaise « qui renseigne toujours sur le statut social et l’aspect physique du héros ».
D. Venner précise : « La vision abstraite et simplificatrice de l’humanité se mariera avec l’esprit scientifique pour donner naissance à cette chimère : l’homme en soi, affranchi de toute épaisseur et de toute détermination, toujours le même et partout ».

Commentaires à partir d’un article de Dominique Venner, « De la monarchie à la Révolution », paru dans le N°29 de la Nouvelle Revue d’Histoire.
http://www.europaegentes.com/index.php
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