Le 16 décembre 1838, seuls contre l'immense armée zouloue, quelques poignées d'intrépides boers remportent une des plus incroyables batailles de l'histoire. Avec elle s'achevait le " Grand trek " qui les avait menés depuis la région du Cap jusque dans ces lointains territoires du Nord où ils pensaient pouvoir enfin échapper aux Anglais et à leurs missionnaires.
Juin 1837, après avoir repoussé les Ndebele du roi Mzilikazi, les Boers s'interrogent. Quelle direction va désormais prendre le Trek? Après bien des palabres, les chefs de famille prennent une décision : les lourds chariots tirés par des bœufs partiront vers l'Est, vers les massifs montagneux du Drakensberg afin de tenter un établissement dans les riches plaines du Natal, chez les Zoulous.
DINGANE
Le départ a lieu en septembre 1837. En tête de la colonne, Piet Retief chevauche avec un groupe de quinze éclaireurs. Plusieurs dizaines de chariots et des milliers de bovins et d'ovins les suivent. La chaîne du Drakensberg est franchie au prix d'efforts inouïs. Les chariots sont démontés et remontés; certains dévalent les précipices et vont éclater plusieurs centaines de mètres en contrebas. Quelques semaines plus tard en octobre 1837, les éléments de tête arrivent à Port Natal rebaptisé Durban en 1835 en l'honneur du gouverneur d'Urban. Désireux de s'installer dans la région, les Voortrekkers ne peuvent que difficilement se passer du consentement des Zoulous dont le territoire est situé à moins de 100 kilomètres de Durban et dont la capitale, Umgungundhlovu, n'est qu'à 20 heures à cheval. Retief est reçu en audience par Dingane, le roi des Zoulous qui lui donne l'autorisation d'installation à la condition que les Boers lui restituent du bétail lui appartenant et qui lui fut volé par les Sotho. En février 1838, Retief et 60 de ses hommes retournent auprès de Dingane, poussant le bétail devant eux.
L'accueil est plus que cordial, et les démonstrations d'amitié sont nombreuses. Elles n'avaient qu'un seul but: endormir la méfiance naturelle des rudes pionniers. Effectivement, au moment de l'audience royale, les 60 Blancs se présentent, ainsi que le veut le cérémonial zoulou, sans armes devant le souverain. Ils sont alors massacrés et leurs corps jetés en pâture aux vautours. Une période sombre débute alors pour les Voortrekkers. Les guerriers zoulous se lancent à la recherche des familles désormais sans défense. Nombreuses sont celles qui succombent dans d'épouvantables conditions.
PRETORIUS
Et puis, un jour, une rumeur se répand : le Trek continue. Convoi après convoi, les Voortrekkers traversent le fleuve Orange et les renforts sont sur le point d'arriver. De fait, le 22 novembre 1838, Andries Pretorius, un riche propriétaire de Graaf-Reinet, atteint le Natal et sa venue galvanise les rescapés qui l'élisent commandant.
Le 28 novembre, c'est un chef respecté pour sa droiture et admiré par son allure que suivent les 470 hommes de l'expédition punitive qu'il a eu juste le temps d' organiser. Pretorius n'étant pas homme, à se laisser surprendre, chaque soir, au risque de ralentir la marche de sa colonne, il ordonne de former un laager, cercle de chariots, et, le 14 décembre 1838, le camp est dressé dans le méandre d'un affluent de la rivière Buffalo, à l'abri d'un profond fossé naturel.
Le choix de ce site s'avère vite exceptionnel car la position retranchée ne peut être attaquée que d'un seul côté et les quatre obusiers constituant l'artillerie du kommando pourront y être placés afin de faucher les vagues d'assaut sous la grenaille de plomb, les maillons de chaîne et même les cailloux dont ils seront chargés jusqu'à la gueule. Le 15 décembre, les éclaireurs annonçaient que le contact était établi avec les Zoulous. Le 16 au petit matin, le brouillard était épais et le silence de la nuit brisé par les voix rauques des Boers chantant des psaumes. Vers 5 heures du matin, la brume se dissipa en quelques instants, comme cela est fréquent au Zoulouland. Dans un ciel sans nuages le soleil rayonnait, illuminant ce qui allait être le champ de bataille. De dix à quinze mille guerriers se ruèrent vers le cercle de chariots. Quatre vagues d'assaut se brisèrent sous le feu des longues carabines. Vers 8 heures, Pretorius sentit que l'ennemi hésitait et il ordonna une sortie à cheval.
La panique s'empara alors des Zoulous et les Boers firent un massacre, tuant 3 000 guerriers. La rivière Buffalo fut leur tombeau. Elle fut rougie de leur sang et c'est pourquoi les Boers baptisèrent cette bataille du nom de « Blood river ».
Bernard LUGAN : minute LA FRANCE 1992
Pour en savoir plus, on lira : « Histoire de l'Afrique du Sud », de Bernard Lugan; Perrin, 1990.
LA BATAILLE DE BLOOD RIVER
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