Né au Pin-en-Mauges, le 5 Janvier 1759, Jacques Cathelineau grandit dans une famille roturière très croyante. Il se marie, le 4 Février 1777, avec Louise Godin. De cette union, dix enfants vont naître dont cinq trouveront la mort dans leur première année.
Simple colporteur de son état, Jacques Cathelineau est très apprécié dans sa paroisse.
Lorsque le 12 Mars 1793, toute la population de St Florent le Vieil s’oppose à la conscription, plusieurs patriotes sont tués. Cathelineau ne fait pas partie des émeutiers mais dès le lendemain, il prend la tête d’un groupe de paysans venus le chercher.
Mme de La Rochejaquelein nous rapporte dans ses mémoires les débuts de Cathelineau : « Jacques Cathelineau, du village du Pin-en-Mauges, voiturier colporteur de laines, père de cinq enfants en bas-âge, était un des hommes les plus respectés de tous les paysans du canton ; il était à pétrir le pain de son ménage lorsqu’il entendit raconter ce qui venait de se passer ; aussitôt il prit la résolution de se mettre à la tête de ses compatriotes et de ne pas les laisser en proie à toutes les rigueurs qui menaçaient le pays. Sa femme le supplia de ne pas songer à ce projet ; il n’écouta rien. Essuyant ses bras, il remit un habit, et alla sur-le-champ rassembler les habitants. Cathelineau était fort aimé de tout le monde : c’était un homme sage et pieux. Le courage et la chaleur qu’il mit dans ses exhortations entraînèrent les jeunes gens. Aussitôt, une vingtaine s’arment et promettent de marcher avec lui ; ils partent sur-le-champ ; le nombre s’accroît ; ils arrivent au village de la Poitevinière. Cathelineau fait sonner le tocsin, rassemble les habitants, leur répète ce qu’il a persuadé à leurs voisins ; bientôt, sa troupe compte plus de cent hommes. Alors il se décide à aller attaquer un poste républicain de quatre-vingts hommes qui était placé à Jallais avec une pièce de canon ; on marche en recrutant sans cesse sur la route. Le poste est enlevé. On y fait des prisonniers, on s’empare de la pièce que les paysans surnomment Le Missionnaire ; on prend aussi des armes et des chevaux.
Encouragé par ce premier succès, Cathelineau entreprend le même jour d’attaquer Chemillé où se trouvaient deux cents républicains et trois pièces de canons. Les révoltés étaient déjà plus de quatre cents ; ils essuient une première décharge, fondent sur leurs ennemis et remportent un avantage prompt et complet…
Cathelineau commandait les gens du Pin-en-Mauges et des environs. C’était, comme je l’ai dit, un simple paysan qui avait fait quelque temps le métier de colporteur pour le commerce des laines. Jamais on n’a vu un homme plus doux, plus modeste et meilleur. On avait pour lui d’autant plus d’égards qu’il se mettait toujours à la dernière place. Il avait une intelligence extraordinaire, une éloquence entraînante, des talents naturels pour faire la guerre et diriger les soldats : il était âgé de trente-quatre ans. Les paysans l’adoraient et lui portaient le plus grand respect. Il avait depuis longtemps, une grande réputation de piété et de régularité ; tellement que les soldats l’appelaient « Le Saint de l’Anjou », et se plaçaient, quand ils pouvaient, auprès de lui dans les combats, pensant qu’on ne pouvait être blessé à côté d’un si saint homme. Quand M. de Lescure fut à l’armée, il fut aussi surnommé « Le Saint du Poitou », et l’on avait pour lui, comme pour Cathelineau, une sorte de vénération religieuse. »
Il va combattre avec ses hommes en n’essuyant que peu de défaite. Au côté de Stofflet, il marche sur Chemillé, Cholet et Vihiers. La jeune armée d’Anjou met en fuite un bataillon républicain et lui prend un canon qu’ils baptisèrent « Marie-Jeanne » et qui devient leur mascotte.
Mais c’est la trêve Pascale et chacun rentre chez soi pour retrouver femmes et enfants pour les fêtes religieuses. Pendant ce temps, les républicains s’organisent et reprennent les Mauges.
La Grande Armée prend naissance le 17 Avril. Ils reprennent Cholet, toutes les Mauges et marchent sur Bressuire qui capitule le 3 Mai.
Le 4 Mai, l’Armée Catholique et Royale approche de Thouars où s’est replié le général Quétino ; la victoire sourit aux Vendéens le 5 Mai.
Le 16 Mai, les royalistes échouent devant Fontenay, où ils laissent sur place « Marie-Jeanne », mais reviennent à la charge et triomphent le 25 Mai où parmi l’artillerie, ils retrouvent leur mascotte. Les Blancs marchent ensuite sur Saumur le 9 Juin.
Le 12 Juin, Jacques Cathelineau est élu généralissime de l’Armée Catholique et Royale. Madame de La Bouère nous raconte cette élection :
« Ce fut à Saumur, le 12 Juin, que le commandement en chef de l’armée fut dévolu à Cathelineau, d’après le vœu général de l’armée. L’insurrection avait commencé par le peuple, il était juste de nommer un de ses membres. On ne pouvait mieux choisir, Cathelineau avait la confiance de tout le monde et la méritait pas sa bravoure, sa prudence et son coup d’œil juste dans les combats. Malheureusement, il n’a pas été longtemps dans ce grade, sa mort ouvrit la porte à la jalousie. Jusque-là, chaque chef était indépendant et ne se réunissait aux autres qu’à son gré ; la réunion faite, tout se décidait à la pluralité des voix. »
Le 20 Juin 1793, les Vendéens signent un projet de capitulation qu’ils adressent le 23, aux officiers municipaux de Nantes. Le maire Baco de La Chapelle rejette l’offre du Conseil Vendéen. Le 29 Juin 1793, l’armée catholique menée par Charette, Bonchamps, Cathelineau et D’Elbée attaque la ville de Nantes. Malgré une mauvaise synchronisation des armées Vendéennes et une défense acharnée des patriotes, Cathelineau parvient jusqu’au centre de la ville. Arrivé place des Agriculteurs (aujourd’hui, place Viarme), un coup de feu retentit d’une fenêtre. Cathelineau est frappé d’une balle en pleine poitrine. Les soldats sont consternés et découragés. Cathelineau n’est plus à leur tête. Même si D’Elbée fait l’impossible pour ranimer le courage des troupes, il est obligé d’ordonner la retraite. Charles d’Autichamp évacue le blessé vers St Florent le Vieil. Mais ne pouvant être soigné correctement, la gangrène le prend et Cathelineau meurt le 14 Juillet 1793.
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