Georges Cadoudal a magnifiquement incarné la résistance populaire et royaliste à la Révolution française. Roturier et méfiant envers la noblesse, profondément catholique, enraciné dans sa Bretagne natale, il est le symbole d'un peuple réel refusant les utopies révolutionnaires. Sa lutte inégale contre Napoléon Bonaparte lui a donné une dimension héroïque. Son courage et son désintéressement étaient immenses. Il aurait pu modifier le cours de l'histoire.
Georges Cadoudal est né en 1771 à Kerléano, près d'Auray. Il appartient à une famille très catholique de riches paysans. Ses parents sont des notables. Il fait preuve d'un caractère très affirmé et combatif dès son entrée en 1783 au collège Saint-Yves de Vannes. Lorsque, en 1788, éclate le conflit entre le roi et ses parlements, Georges prend ouvertement parti en faveur du parlement de Rennes. Il est déjà un colosse au physique impressionnant. En 1791, le collège, en raison des événements, est fermé. Il devient alors clerc de notaire à Auray.
En mars 1793, des émeutes éclatent dans tout l'Ouest contre la levée de 300000 hommes décrétée par la Convention. Le jeune Cadoudal s'engage dans la lutte et se trouve parmi les milliers de révoltés qui tentent de s'emparer d'Auray. L'insurrection bretonne est écrasée. Son oncle est arrêté. Désireux d'obtenir sa libération, il se constitue prisonnier. Brièvement emprisonné à Auray, il est bientôt libéré. Il refuse la conscription au service de la République et décide de rejoindre l'armée catholique et royale en Vendée. Il y est rapidement nommé officier. Lors de l'héroïque et désastreuse Virée de Galerne, il parvient à recruter de nouveaux volontaires en Bretagne. Il se lie aussi d'amitié avec celui qui deviendra son plus fidèle compagnon, Pierre Mercier dit La Vendée. En décembre 1793, ils parviennent à échapper à l'anéantissement de l'armée vendéenne et se réfugient dans le Morbihan. Cadoudal s'y révèle un remarquable organisateur de la chouannerie. Arrêté avec sa famille en juin 1794, il est emprisonné à Auray puis à Brest mais il parvient à s'enfuir avec des amis. Très indépendant, il commande la division d'Auray et refuse l'autorité du comte de Puisaye, chef des chouans de Bretagne. Avec ses hommes, il remporte plusieurs succès importants. Mais, tenus en échec, les royalistes doivent entamer des négociations avec la République. Georges Cadoudal est parmi ceux qui, en avril 1795, refusant de signer la paix de La Mabilais, veulent contmuer le combat et n'acceptent pas de reconnaître la République. A l'occasion du désastre de Quiberon en août 1795, il démontre ses compétences et parvient à sauver ses troupes. Il devient alors le chef puissant et incontesté des chouans du Morbihan. Il intensifie la guérilla. Bien informé et disposant d'une bonne organisation, il peut compter sur environ 18000 combattants. Pourtant en juin 1796, il doit signer la paix face à Hoche. Les conditions en sont assez humiliantes. Il est astreint à résidence à Vannes mais il parvient malgré tout à maintenir le contact avec ses nombreux réseaux. De février à août 1798, il séjourne en Angleterre où il est fort bien reçu. Il rencontre le comte d'Artois, frère de Louis XVIII, et peut longuement s'entretenir avec lui.
A l'automne 1799, une nouvelle vague d'insurrections royalistes éclate dans l'Ouest. Cadoudal, désormais chef des chouans de Basse-Bretagne, échoue devant Vannes mais réussit quelques belles opérations, nouvelles preuves de ses talents militaires. Afin que les chouans ne soient pas distraits de la lutte, il interdit le mariage des hommes de moins de 40 ans sous peine de mort. Finalement vaincu, il signe en février 1800 un traité imposé par le général Brune. Mais Bonaparte désire se concilier les chefs royalistes et tout particulièrement Cadoudal. En mars 1800, il le reçoit à deux reprises aux Tuileries. La seconde entrevue des deux hommes, en tête à tête, est devenue légendaire. Cadoudal refuse les avantageuses propositions de ralliement de Bonaparte. Il décide alors de regagner l'Angleterre en avril 1800. Il y est accueilli triomphalement par les émigrés. Déjà promu maréchal de camp, il est nommé lieutenant général et grand-croix de l'ordre de Saint-Louis.
De retour en Bretagne dès juin 1800, il commande désormais toute la province. Une véritable guerre de l'ombre fait rage entre les chouans et la police. Plusieurs tentatives sont faites pour trahir ou assassiner CadoudaL Les chouans, en représailles, exécutent traîtres et dénonciateurs. Pierre Mercier La Vendée, son fidèle compagnon, est tué en janvier 1801. En février, un de ses frères, Julien, est assassiné lui aussi par les forces de l'ordre. A Paris, le 24 décembre 1800, l'explosion d'une bombe placée sur le passage du Premier Consul le rate de peu mais provoque une véritable hécatombe rue Saint-Nicaise. Cadoudal est accusé d'en être le responsable. Pourtant, il semble ne pas avoir cautionné cette initiative de certains membres de ses réseaux en mission à Paris.
Cadoudal va, encore, séjourner en Angleterre de mai 1801 à août 1803. Il a, en effet, été le plus anglophile des chefs chouans et a largement bénéficié de l'aide anglaise. Durant cet exil, il doit se montrer prudent car l'Angleterre signe en 1802 la paix d'Amiens avec la France. Mais l'année suivante, la guerre reprend et Cadoudal conçoit le coup essentiel. Il s'agit d'abattre le régime en enlevant Bonaparte et en le livrant aux Anglais. Il débarque en France et organise la conspiration. Les réseaux chouans sont remis en activité. Pichegru et Moreau, deux généraux, anciennement républicains mais désormais très proches des royalistes, sont contactés. Cadoudal se déplace beaucoup et s'installe même à Paris. Il devient la terreur du régime. Toutes les polices le recherchent. Peu à peu, certains conspirateurs sont arrêtés. Traqué, il est finalement repéré et capturé après une chasse à l'homme dans le Quartier Latin, le 9 mars 1804. Il est enfermé au Temple et jugé avec ses amis. Le procès dure du 28 mai au 10 juin 1804. Il s'y montre toujours intraitable. Condamné à mort, il refuse de demander sa grâce. Le 25 juin 1804, il est guillotiné avec une dizaine de compagnons. Avec lui, meurt la chouannerie .
Jacques Saint-Pierre: Monde&Vie


