Quand Léon Daudet reveillait la Chambre

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Pat
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Quand Léon Daudet reveillait la Chambre

Messagepar Pat » 29/09/2007 - 15:03

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Après la Grande Guerre, l'Action Française joua, pendant quelque temps, la carte de l'opposition légaliste au régime républicain.
La tentative, malgré le talent oratoire de Léon Daudet, devait se solder par un échec.


Journaliste, romancier, cntlque, essayiste, médecin et beaucoup d'autres choses encore, Léon Daudet fut aussi, de 1919 à 1924, le temps d'une législature, un très actif député. Avant lui, un autre grand polémiste d'extrême droite, également patron d'un quotidien de combat, Edouard Drumont, avait siégé quelques années à la Chambre, mais, puissant et redouté, la plume... ou l'épée à la main, il s'adapta fort mal au milieu parlementaire et n 'y conquit aucune influence. Daudet, en revanche, doté d'un verbe sonore, audacieux et combatif autant qu'on peut l'être, assidu à son banc au point de ne manquer qu'exceptionnellement une séance. devait faire bien mieux que de la figuration en dépit de son relatif isolement politique. Dans une assemblée qui comptait de nombreux poilus, et où la notre patriote dominait toutes les autres, ses appels à la fermeté envers une Allemagne vaincue mais toujours menaçante, rencontrèrent un écho que les gouvernements successifs ne pouvaient ignorer ni négliger. Le rôle important qu'il joua dans la chute du ministère Briand, en janvier 1922, les adjurations pressantes adressées à Poincaré d'occuper la Ruhr, ce que celui-ci, finalement se résolut à faire, en janvier 1923, en fournissent les plus belles preuves, Seulement, de ces succès, quel profit retirèrent Daudet et l'Action française?
Si l'on en croit Edouard Berth, syndicaliste révolutionnaire et disciple de Georges Sorel qui, à la veille de la Grande Guerre, s'était beaucoup rapproché d'elle, l'AF cessa moralement d'exister à partir d'août 1914, lorsque, sous prétexte d'union sacrée, elle accepta sans aucune réticence de participer à la croisade du monde quatre-vingt-neuvien contre les Empires centraux et spécialement contre les Hohenzollern. « Personne, affirmait Berth vers 1924, personne ne niera que l'idéologie des Alliés n'ait été une idéologie essentiellement démocratique et qu'il s'est bien agi, pour eux, de vaincre la dernière monarchie qui eût en Europe des allures ancien régime, pour arriver à couler le monde entier dans le moule de la civilisation bourgeoise. » Dès lors, et quoique gardant son étiquette royaliste, l' AF, privée de sa vraie raison d'être, aurait versé, selon la propre expression de Berth, dans le « chauvinisme intégral ».
L'accusation est grave, et Léon Daudet, malheureusement, s'emploiera, en certains de ses articles ou de ses discours, à la justifier. N'ira-t-il pas jusqu'à déclarer, le 18 octobre 1921, à la tribune de la Chambre : « Nous sommes de tout coeur non seulement avec les républicains allemands, mais encore avec les bolcheviks allemands. en Allemagne, précisément parce que nous souhaitons à l'Allemagne. la peste, et. à la France, la santé. » Comme si le meilleur moyen d'assurer sa maison consistait à mettre le feu chez le voisin ! En réalité, Daudet, «fantasque et souvent peu rigoureux », dit François Maillot dans un ouvrage très documenté, très neuf, et aussi très lucide sur l'expérience parlementaire du truculent écrivain (1), se laissait parfois aller à des dérapages dont il ne mesurait pas la portée. De même eut-il quelques illusions sur la possibilité de radicaliser le Bloc national, majoritaire à l'assemblée, d'entraîner le plus à droite cette « grosse masse gélatineuse ». Malgré les réussites que nous avons signalées, il échoua, au total, dans l'entreprise, et en conçut de l'amertume. Il y serait d'ailleurs parvenu qu'on voit mal en quoi cela aurait fait avancer la restauration monarchique ...

PAS SI PRESSÉ D'ÉTRANGLER MARIANNE

Reste que notre homme, représentant d'une doctrine qui condamnait le Parlement, en aima l'atmosphère, s'y épanouit, et se consola difficilement d'en être évincé aux élections de 1924, de ne plus pouvoir signer, avec une certaine ostentation comique non dénuée de jobarderie, Léon Daudet, député de Paris. François Maillot le confirme : il prit goût à son activité parlementaire, remarque-t-il, tissa ou renforça des liens amicaux avec des adversaires politiques; bref, il se plut à la Chambre et au contact de ses collègues. Or, ajoute Maillot, et l' observation vaut qu'on s'y arrête, « comment peut-on envisager de prendre le pouvoir; et le cas échéant, de faire couler le sang, lorsqu'on entretient des rapports courtois et parfois d'amitié avec ceux qui, éventuellement, s'opposeraient à une telle tentative ? » Au fond, on doit se demander et on revient ici à l'appréciation de Berth, si cette attitude ne traduisait pas la renonciation au coup de force, le désir de perpétuer l'union sacrée, une union sacrée de plus en plus réduite par souci de l'intérêt national à court terme, à un soutien sans contrepartie aux républicains libéraux ou conservateurs . François Maillot, au terme son étude, penche en tout cas pour cette hypothèse.
Alors, pas si pressé d'étrangler Marianne, le député royaliste Léon Daudet? La révélation est de taille...
• Michel Toda Le Choc du Mois
(1) Léon Daudet, député royaliste(Éditions Albatros) 196 p
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Que les hommes d'arme bataillent et que Dieu donne la victoire! (Jeanne d'Arc) Patriotiquement votre.

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