Itinéraire d'un nationaliste

Ici la culture et l'histoire sont à l'honneur
Avatar de l’utilisateur
Pat
Administrateur délégué
Messages : 25496
Inscription : 03/12/2006 - 23:46
Localisation : Les Alleuds dans le 49
Contact :

Itinéraire d'un nationaliste

Messagepar Pat » 27/09/2007 - 16:59

A L'OMBRE DES GRANDES TÊTES MOLLES

Un titre qui recèle un parfum d'avant-guerre pour un texte à l'avenant. A l'ombre des grandes têtes molles, Pierre Monnier passa, de 1932 à 1937, cinq années de sa jeunesse. Il en a rapporté des impressions, des réflexions, des images et des souvenirs qu'il évoque sans molesse ni esprit polémique.
Son livre se profile sur une toile de fond composée d'aperçus évoquant ici les premières bobines du cinéma parlant, là, la guerre d'Espagne, là, enfin les scandales de la Troisième, de la mère Hanau à Stavisky.
Ses colères n'ont pour sujets, plus de cinquante ans après les événements qu'il relate, que les politiciens français, les Cot, les Blum et les Herriot qui, par lâcheté ou par aveuglement, menèrent la jeunesse française à l'abattoir. Il retrouve, pour s'en indigner, la combativité du camelot du roi qu'il fut jadis.
Pierre Monnier dépeint ainsi la situation d'une France qui, menacée par l'Allemagne nazie, refusait inconsidérément l'alliance italienne pour préférer, sur la pression des communistes, un accord avec l'URSS de Staline, et se soumettait aux volontés d'une Grande-Bretagne attentive à empêcher, en favorisant le relèvement allemand, une suprématie française en Europe. On pouvait penser, à Moscou comme à Londres, que si la guerre survenait, Français et Allemands s'épuiseraient suffisamment longtemps dans les tranchées pour permettre aux forces soviétiques et anglo-saxonnes de tirer les marrons du feu en toute tranquillité.
Pierre Monnier fut du petit nombre de ceux qui, refusant de «s'accroupir », appelèrent «[i]Staline un assassin et les banquiers de Londres des pousse-au-crime[/i] ». Sans regret, sans acrimonie, il évoque les trois aventures politiques, «enrichissantes, mais sans aboutissement» qu'il vécut d'abord dans les rangs de l'Action française, qu'il définit comme «une école de liberté» ; puis de l'Organisation secrète d'action révolutionnaire nationale, surnommée la « Cagoule» par Maurice Pujo, l'un des fondateurs de l'Action française; enfin, avec le quotidien L'insurgé, à la création duquel il contribua.

Pétillant d' esprit

Au fil de sa plume tombent les préjugés. Ainsi montre-t-il l'importance que revêtait, aux yeux de nationalistes comme Lagrange ou Valois, la question sociale; ou encore fait-il justice du vieux poncif qui veut que l'Action française ait été un mouvement de bourgeois et de nantis, en rappelant que «les adhérents offraient une diversité d'âge et d'origine à l'image du peuple français et de ses différences. »
On relève, ici et là, quelques clichés, savoureux ou émouvants, de camelots du roi, tel ce jeune paysan enterrant son père, lui aussi d'AF, après la condamnation - levée en 39 - des maurrassiens par l'Eglise. «Son large visage, note l'auteur, carré noir d'une barbe difficile à raser, ses mains rugueuses qui tenaient la croix avec fermeté, tout donnait une image intemporelle et saisissante, celle de la fidélité et de la résolution dans le malheur. Un chouan. »
Entre deux récits de bagarre ou de franche rigolade, sont évoqués aussi des personnages dont la postérité a retenu les noms. Les anecdotes foisonnent.
C'est Maurras qui rencontre, à l'imprimerie de la rue du Boccador, un étudiant« prêt à mourir» pour la cause monarchique. « Ah! non! hurlait Maurras, pas ça! Il n' y a pas de cause pour qui mourir! Non! Non! Il faut vivre, vivre pour la cause, pas mourir ! »
C'est Pierre Boutang qui, sans connaître son nom, avait avec Pierre Monnier de longues conversations au « Foyer du duc de Guise», où les étudiants désargentés pouvaient manger pour deux francs. Au cours d'une réunion du Front de la jeunesse, il prend à témoin l'auteur, entré en dissidence avec l'AF : «Vous n'allez tout de même pas me dire qu'un individu comme Pierre Monnier est digne de la moindre confiance?» Dans un éclat de rire général, on fait les présentations. «Pierre Boutang ne dit rien. Il reste deux ou trois secondes sans remettre en route sa mécanique dialectique et finalement se mêle à la rigolade générale. »
C'est Kléber Haedens aussi, critique féroce de L'Insurgé, qui trouve aux jolies comédiennes des grâces et des talents qu'il n'accorde, en général, pas facilement : «Quand Kléber devait parler d'elles, il devenait tendre». Pour être critique, on n'en est pas moins homme ...
Mêlés aux anecdotes, les portraits. Celui de Thierry Maulnier Grand, maigre, à peine voûté, avec un front magnifique et; derrière ses lunettes, un regard aigu qui parfois devenait rêveur ». Monnier raconte, sans chercher à dissimuler son admiration : «Il avait pour habitude de rédiger ses articles assis devant une bière ou un café. Nous le regardions de loin, pour ne pas le troubler dans son travail, et quand il avait terminé, nous entamions de joyeuses conversations. »
Ou celui, aussi bien croqué, de Deloncle : «Avec son chapeau melon, ses gants beurre frais, et son pardessus bien coupé, il était facile à repérer, mais n'en éprouvait aucune gêne. Il était de tous les coups, les coups à boire, les coups à donner, les coups à recevoir. »
En 38, considérant «avec le recul que nos activités ont fait une part au donquichottisme, sans que pour autant nos analyses aient perdu de leur rigueur », Pierre Monnier abandonne la politique et le journalisme. «Pour gagner ma survie », explique-t-il. A lire ces souvenirs, pétillants d'esprit et de talent, on le regrette un peu. « Maintenant, je vais regarder », conclut-il. Mission accomplie. Avec brio.
Yves-Marie Treban National Hebdo mars 1989
Image
Que les hommes d'arme bataillent et que Dieu donne la victoire! (Jeanne d'Arc) Patriotiquement votre.

Revenir vers « culture et histoire »

Qui est en ligne ?

Utilisateurs parcourant ce forum : Aucun utilisateur inscrit et 3 invités