Communisme : le devoir de mémoire

Ici la culture et l'histoire sont à l'honneur
Avatar de l’utilisateur
Pat
Administrateur délégué
Messages : 25478
Inscription : 03/12/2006 - 23:46
Localisation : Les Alleuds dans le 49
Contact :

Messagepar Pat » 08/11/2007 - 0:41

1947: les communistes injurient les socialistes
LE temps est glacial le 3 décembre 1947, mais la rigueur de cet hiver plutôt précoce n'a pas rasséréné l'esprit surchauffé des députés communistes.
Le Palais-Bourbon siège nuit et jour depuis le 29 novembre. Le gouvernement paraît croire à une offensive contre le régime. Une chose est certaine: le P.C.F. a brutalement retrouvé ses accents d'avant-guerre.
Pourtant, lorsque le 5 mai 1947, Ramadier président du Conseil a révoqué les six ministres communistes, le P.C. n'a pas immédiatement choisi la guerre. Il a continuellement attaqué le gouvernement, mais sans aller jusqu'à lui rendre la vie impossible. Thorez, chef vénéré du P.C.F., qui a goûté les délices du pouvoir ne désespérait pas d'y revenir. Il a persisté quelque temps à donner du P.C.F. l'image d'un « parti de gouvernement ».
Quand le 5 juin, le général Marshall a lancé l'idée du fameux plan d'aide à la reconstruction économique de l'Europe il ne l'a pas condamnée, mais Staline a violemment dénoncé le plan Marshall comme un instrument de l'impérialisme américain. Et il a décidé de reprendre en main les partis qui paraissent fleureter avec les sirènes bourgeoises. En 1945, quand l'U.R.S.S., exsangue cherchait avant tout à ne pas effaroucher les Alliés et à consolider ses conquêtes, il était recommandé aux communistes occidentaux de se montrer rassurants. En 1947, ce n'était plus de mise.
Du 22 au 27 septembre, lors de la réunion à Breslau des neuf partis communistes européens, Malenkov et Jdanov, représentant Moscou ont stigmatisé le bloc occidental, «protectorat américain ». Il s'agit pour les partis communistes, ont-ils dit, de résister au plan américain d'asservissement de l'Europe, de démasquer les auxiliaires de l'impérialisme et spécialement les «socialistes de droite» à la Blum et à la Ramadier.
Les délégués français, Duclos et Fajon, ont été mis en accusation par un tribunal dont les procureurs désignés étaient les Yougoslaves Djilas et Kardeev, appuyés par la Roumaine Anna Pauker, ex- « œil-de-Moscou» à Paris, ex-maîtresse de Thorez. On a fustigé l'illusion « légaliste» de Thorez. Comment le P.C.F. osait-il se présenter, même après l'exclusion des ministres comme un «parti de gouvernement »? Ii a démobilisé les masses, en ne spécifiant pas qu'il est un « parti d'opposition ».
Après la volée de bois vert, Duclos, effondré a confessé les erreurs du Parti. « Il se comporta comme un petit boutiquier pris en faute, écrira Reale, délégué du P.C. italien. Il se prosterna, s'humilia, multiplia les promesses, rouge comme un coquelicot, serrant frénétiquement les mains, Duclos fit une autocritique des plus plates ... »
La volte-face du parti a été presque immédiate. Le 30 octobre, Thorez a confessé «nos erreurs », « nos hésitations» et le P.c. est entré dans le jeu de la guerre froide. Lui qui,au pouvoir, freinait ou soutenait timidement les grèves, en a pris désormais la tête.
c'est un boche!
Depuis la mi-novembre elles déferlent, si violentes, si proches de l'émeute que le gouvernement Schuman (novembre 1947 -juillet 1948), en dénonce le « caractère insurrectionnel ». Le 1er décembre il y a 3 000 000 de grévistes ; 80 000 soldats sont sur pied de guerre pour soutenir les C.R.S. Le 2 décembre, Robert Schuman, a l'instigation du socialiste Jules Moch, ministre de l'Intérieur, nouvelle bête noire des communistes, entreprend de faire voter une loi punissant de prison les auteurs des grèves qui seraient considérés comme « politiques » et non revendicatives. C'est dans un climat de guerre civile que se déroulent les séances parlementaires.
Le vénérable amphithéâtre de l'Assemblée nationale renvoie sous ses voûtes injures et insultes. Elles dépassent parfois en perfidie celles qui s'élevaient aux beaux jours de la Ille République, quand la droite et la gauche s'invectivaient. Aujourd'hui, c'est à l'intérieur de cette gauche, l'un des piliers du tripartisme de la toute jeune IVe République que les coups les plus bas sont portés.
Le ministre socialiste de l'Intérieur, Jules Moch, a rappelé des troupes de la zone d'occupation française en Allemagne. Le Palais Bourbon est gardé par les C.R.S., renforcés d'éléments blindés. Quand le président du Conseil, le Lorrain Robert Schuman, entre dans l'hémicycle, suivi de ses ministres, la colère s'empare des communistes. On entend:
- Cochon ! ... Boche!. ..
Jacques Duclos n'est pas parmi les derniers à vitupérer:
- Salauds! Chiens couchants! Hitler ne faisait pas autrement!
Robert Schuman monte à la tribune. La fureur est alors à son comble dans les rangs des camarades de Maurice Thorez. Jacques Duclos revient à la charge et prend à partie le président du Conseil, qui fut arrêté par les nazis en 1940. Avant que ce dernier ait pu parler, Duclos l'interpelle :
- Le Président est un ancien officier allemand. C'est un boche, ce président du Conseil! A bas les boches! Vive la République!
Les M.R.P. répondent aussitôt aux attaques de l'extrême gauche. Le président de l'Assemblée, l'inamovible Édouard Herriot, essaye de ramener au calme les députés déchaînés. Robert Schuman ne peut se faire entendre. Dans une accalmie, il tente d'imposer le débat d'urgence sur le projet de loi relatif au renforcement de la défense de la République. Las! le vacarme revient de plus belle et sa voix est couverte par cris et imprécations. On entend le député communiste Arthur Ramette:
- Vous êtes pire que M. Badinguet (1)!
(1) Surnom donné à Napoléon Ill. Nom de l'ouvrier maçon qui lui a prêté ses vêtements quand le futur empereur s'évada du fort de Ham.
Un autre député communiste s'écria :
_Nous demandons, nous, du pain pour les ouvriers!
_... Et l'on nous promet du plomb! er:chaîne une voix.
Les pupitres claquent. Pierre Billoux lance
_ Vous êtes le gouvernement de la misère et de la matraque!
Arthur Ramette continue sur son élan erphatique, que n'aurait pas désavoué un tribun de 93 :
_ Nous avons de la terre de France à nos souliers, nous!
Et sur un ton plus bas, où l'on retrouve cette pointe sinistre qui ponctuait jadis les réquisitoires du terrible procureur soviétique Vichynsky:
- Vous avez soif de sang!
« Vous avez insulté un ouvrier! »
Quand on connaît le visage recueilli d'anachorète de Robert Schuman, cela prête à rire Mais Mme Rachel Lempereur, député socialiste, du Nord, qui se trouve près des bancs communistes, elle, ne rit pas. Elle serre convulsivement son trousseau de clés, ainsi possédera-t-elle une arme si un député communiste se jette sur elle car, si les insultes pleuvent, les coups aussi et le président Édouard Herriot est obligé de faire appel aux gardes pour séparer les antagonistes. Il suspend la séance.
Les débats sont ensuite présidés par Germaine Peyrolle, député M.R.P. Elle agite la sonnette pour demander le silence.
- Monsieur Duclos, veuillez écouter l'interruption spontanée de votre collègue.
La tribune, à ce moment-là, était occupée par le communiste Clément Lavergne, - qui avait demandé à son ami, M. Peron, de l'interrompre.
Le vieux Marcel Cachin intervient:
- Oh! Madame, je vous en prie, n'oubliez pas que M. Lavergne est un ouvrier, vous devez vous incliner.
Arthur Ramette, qui n'a pas perdu de sa fougue révolutionnaire, renchérit:
- Madame la Présidente, tant d'esprit ne vous honore guère, vous qui avez passé toute votre jeunesse sur les bancs de l'école et de l' université.
Raymond Guyot, membre du comité central du P.C.F., s'écrie:
- Madame la Présidente, vous avez insulté un ouvrier!
Le camarade Florimond Bonte enchaîne sur le même diapason :
- Vous n'avez que du mépris pour les ouvriers!
La Présidente se défend en taisant état de sa famille issue de la classe des travailleurs:
- Je suis fille de professeur, petite-fille d'ouvriers et je sais que les ouvriers sont d'une honnêteté intellectuelle scrupuleuse ...
" Cette profession de foi prolétarienne, écrit Georgette Elgey, n'atténue pas le verdict (1). " !
(1)La République des illusions, par Georgette Elgey. Éditions Fayard
Raymond Guyot, lyrique, poursuit:
- Vous resterez, Madame, la Présidente qui a osé insulter un ouvrier!
Indigné de cette repartie grossière, Me de Moro-Giafferi, le célèbre avocat, interpelle Raymond Guyot. Des bancs de l'extrême gauche fusent alors des injures:
_Vous n'avez aucune conscience!
Menteur!
Il défend les milliardaires de Paris ...
Waldeck-Rochet ajoute:
- ... dont il est le complice !
- Américanisé! hurle un communiste.
. René Mayer, ministre des Finances, représentant le gouvernement, communique à l'Assemblée la nouvelle du déraillement du Paris-Arras, qui apparaît déjà comme un sabotage caractérisé (1).
(1) Dix-sept ans après, l'enquête révélera la participation de quatre militants communistes qui avoueront avoir pris part au sabotage, mais on ne connaîtra jamais les responsables. Il y eut d'autres nombreux sabotages, en particulier sur la ligne Paris-Lyon.
Il y a seize morts. Florimond Bonte attaque aussitôt le ministre:
- Les assassins, c'est vous!
La voix d'un député communiste:
- Vous faites votre incendie du Reichstag.
Charles Tillon interpelle René Mayer:
- Pendant la guerre, vous étiez à Londres préparant la restauration de vos affaires en France ... Vous avez besoin de sang pour couvrir vos illégalités (2) !
(2) " Plus jamais je n'ai serré la main de Tillon ", déclarera par la suite M. René Mayer.
Vous auriez, en tirant sur nous, Assassiné la République.
M. François Mitterrand, ministre des Anciens Combattants, proteste:
- M. Duclos a dit que le gouvernement était un ramassis de faussaires et d'escrocs. Je ne peux l'admettre.
- Insolent! lui réplique Jacques Duclos.
« VOUS parlez comme Goering, M. Mitterrand»
~ Georgette Elgey écrit: «Il s'agit, pour les communistes, d'éviter à tout prix le vote du projet gouvernemental (sur la répression de la violence et les sabotages). Et les réminiscences historiques alternent avec les insultes. Jamais l'Histoire « sage conseillère des princes», n'aura été plus souvent invoquée au Palais Bourbon ».
Le 1 er décembre, le député communiste de l'Hérault, Raoul Calas - au nom prédestiné à la contestation - en appelle à Aristide Briand, Jules Guesde et Jean Jaurès et attaque le gouvernement:
- L'armée française n'obéira pas aux assassins du peuple!
Il rappelle les soldats du 17e, aux ordres du ministre de l'Intérieur de l'époque, le radical Georges Clemenceau, qui avaient refusé de marcher contre les grévistes et les vignerons de Narbonne, en 1907, et pour lesquels Montehus avait composé une chanson que les communistes entonnent à la suite de Calas:
Salut! Salut à vous!
Braves soldats du dix-septième!
Salut braves pioupious !
Chacun vous admire et vous aime.
Salut! Salut à vous!
A votre geste magnifique.
Vous auriez, en tirant sur nous,
Assassiné la République.

Les députés socialistes, M.R.P, et de la droite, quittent l'hémicycle, mais l'armée garde toujours les abords du Palais-Bourbon ...
La séance, qui avait commencé le 29 novembre, s'achève le 3 décembre: les communistes n'ont pas réussi à renverser le gouvernement. Après le discours de clôture d'Édouard Herriot, Mme Mathilde Péri, député communiste et veuve de Gabriel Péri, fusillé par les Allemands, en 1941, prend la parole. Le président Herriot rend hommage « à la mémoire de son glorieux mari ».
Indignation sur les bancs communistes: le président est injurié:
- C'est vous qui l'avez pendu!
Georges Cogniot, membre du bureau politique du parti communiste, insulte Édouard Herriot:
- Lâche!
Fernand Dupuy crie à son tour :
- Fusilleur!
D'autres voix:
- Traître! Capitulard!
Puis c'est André Marty, dont le verbe ne s'est jamais embarrassé de périphrases:
- Salaud! Assassin!
Jules Moch est traité « d'émule de Goebbels », de « valet » (des Américains), et Claudius Petit, héros de la Résistance, de « fasciste» et de « hitlérien ». Quand Maurice Thorez prendra lui aussi la parole - si l'on peut dire - ce sera pour qualifier Mitterrand de « provocateur », de « policier», « parlant comme Goering ».
le rationnement persiste
Les grèves arrivent à leur point critique. Elles sont réprimées avec une énergie qui ne laisse pas de doute sur l'objectif du gouvernement: faire échec au Parti communiste par tous les moyens. La troupe a d'ailleurs reçu l'autorisation de tirer. Elle usera de son droit. Il y aura des morts, à Marseille et à Valence notamment.
Le Parti communiste français est allé trop loin.
Devant la fermeté du gouvernement, la « base» s'essouffle. Les syndicats sentent la précarité de leur situation. La C.G.T. se divise, (1).
(1) La C.G.T passe par une crise. Le 19 décembre la tendance Force ouvrière, antimarxiste, vote la scission. Elle devient la C.G.T.-Force ouvrière.
Les grévistes abandonnent la lutte. Le mardi 9 décembre, le Comité national de grève entraîné par le courant ouvrier, donne l'ordre: surprenant de reprendre le travail :
« Camarades, pendant plusieurs semaine, vous avez lutté courageusement pour défendre votre pain ... Contre vous, on a employé tous les moyens que la réaction peut mettre en œuvre .. Nous remercions nos camarades polonais qui ont collecté dix wagons de sucre, ainsi que les centrales syndicales de Pologne, de Roumanie, de Tchécoslovaquie, de Bulgarie, de Hongrie. les nombreux syndicats des États-Unis, d'Angleterre, d'Italie, etc., des marques de solidarité qu'ils nous ont témoignées ... Les manœuvres de la réaction sont parvenues à entamer notre front de lutte sur plusieurs points ... Nous ne laisserons pas battre les forces ouvrières les unes après les autres. Il faut regrouper et rassembler nos forces pour les combats futurs qui seront rudes. Nous prenons la responsabilité de donner l'ordre de repli général.»
Il y a eu en trois mois 27 371 000 journées de grève; 1 000 personnes seront déférées en justice. L'économie française est meurtrie. Le, caisses sont vides. La planche à billets tourne et les prix ne cessent de monter. Les ménagère, font la queue devant les magasins d'alimentation et beaucoup regrettent même le temps de l'occupation : « Au moins nos cartes d'alimentation étaient honorées ... », disent-elles -- car, plus de deux ans après la fin de la guerre, les cartes existent toujours. La ration quotidienne de pain tombe à deux cents grammes; elle était de deux cent soixante-quinze grammes en janvier 1942 ...
Les dépenses du gouvernement sont énormes: reconstruction des villes détruites, des usines, dommages de guerre, investissements urgents, guerre d'Indochine, où la France engloutit des milliards et perd par centaines les jeunes cadres d'une armée convalescente.
le Parti a son ghetto
L'État ne sait plus où trouver l'argent. L'aide prévue par le Plan Marshall n'entrera en vigueur qu'en avril 1948 :
- Il faut aider la France et l'Italie à survivre , cet hiver critique, dit le président Truman devant le Congrès, et à rester des nations libres et indépendantes.
Deux tranches d'aide intérimaire sont votées: le 10 novembre 1948, la France reçoit cent quarante millions de dollars, le 17, le président américain lui alloue deux cent quatre-vingts millions.
Non seulement le pays parvient à garder le menton hors de l'eau, mais la production industrielle paraît sur le point de redémarrer.
Alors, le P.C. actionne la C.G.T., dépouillée de sa-tendance réformiste, pour un nouveau baroud. De septembre à novembre 1948, sous un gouvernement André Marie dont le ministre de l'Intérieur est encore Jules Moch, une nouvelle flambée de grèves dures bloque l'activité du pays. Il y a des sabotages dans le Midi où se trouvent implantés depuis la fin de la guerre d'Espagne des éléments de l'armée républicaine espagnole. Dans les mines, la grève est déclenchée contre l'avis de certains chefs syndicalistes. Jules Moch fait donner les C.R.S. 40000 soldats arrivent d'Allemagne. Le sang coule à Saint-Etienne, à Nantes, dans le Pas-de-Calais.
Ce sont les dernières grèves à caractère insurrectionnel.
La popularité de Maurice Thorez et des responsables du Bureau politique auprès des militants n'est pas pour autant ternie après cet échec « tactique ».
«Pourtant, écrit Jacques Fauvet, le reflux définitif de la grande marée sociale, en se retirant, découvre un paysage désolé. Le bilan est désastreux. L'unité du mouvement syndical a été brisée par la scission de Force ouvrière envisagée dès juillet et définitive en décembre 1947. La classe ouvrière a perdu pour très longtemps confiance en ses dirigeants, sinon en elle-même. Des millions de journées de travail ont été perdues. La production a peu progressé. Celle du charbon a même baissé. Elle est inférieure en 1948 à celle de 1947 qui était plus faible que celle de 1946. L'inflation s'est aggravée. Une nouvelle dévaluation est devenue nécessaire ( ... ) Cette crise a au moins un résultat. Elle a enseigné à la classe ouvrière qu'une majoration des salaires s'annule d'elle-même si elle ne correspond pas à un accroissement de la production. L'augmentation nominale du pouvoir d'achat est une duperie» (1).
(1) La IVe République, par Jacques Fauvet. Éd. Fayard.
La classe ouvrière et le syndicalisme français sortent de cette crise diminués pour longtemps. Quant au parti communiste, plongé dans la guerre froide, il est retourné à l'isolement qu'avaient rompu la Résistance et la Libération. Il le quittera quelques mois en 1956 pour prendre le sillage de Guy Mollet, mais la tentative tournera court devant l'engagement algérien des socialistes. Finalement, ce n'est qu'à partir de 1963 que le parti communiste entreprendra de vaincre la méfiance « historique» du parti socialiste et de sortir ainsi du ghetto dans lequel il était confiné depuis seize ans.
Michel Hérubel Historia janvier 1978
Dernière édition par Pat le 24/04/2008 - 18:16, édité 1 fois.
Image
Que les hommes d'arme bataillent et que Dieu donne la victoire! (Jeanne d'Arc) Patriotiquement votre.

Avatar de l’utilisateur
Pat
Administrateur délégué
Messages : 25478
Inscription : 03/12/2006 - 23:46
Localisation : Les Alleuds dans le 49
Contact :

Messagepar Pat » 10/11/2007 - 15:51

Les secrets......suite......
Léon Blum: « Des fous ou des criminels ... au service d'un Etat étranger »
Tandis que F.O. et la C.F.T.C. (la C.F.D.T. n'existe pas encore), condamnent les grèves lancées « sur les ordres d'une puissance étrangère », le ministre des P.T.T., Eugène Thomas, s'adresse aux mineurs dans Nord Matin:
J'espère que le gouvernement mettra hors d'état de nuire l'état-major insensé qui vous entraîne aux crimes en vous mentant. Je vous demande de faire front courageusement contre les terroristes aux ordres de l'étranger.
Le 28 octobre 1948, Le Populaire, organe de la S.F.I O., publie un article au vitriol de son leader, Léon Blum:
Mon cœur bat avec le cœur de la classe ouvrière, même quand elle a tort, même quand je la sens abusée et pervertie, même quand je la vois dirigée par des fous ou des criminels vers des entreprises pernicieuses et insensées.
Le maître à penser de M. Mitterrand (1) ajoute:
Si une oppression s'exerce encore sur les mineurs, ce n'est plus l'oppression patronale, c'est celle de la caste fanatique qui s'était emparée de la maîtrise des organisations corporatives en France, qui a mis ouvertement son autorité au service des intérêts d'un Etat étranger ( ... ).
Plusieurs députés exigent un débat public. La Commission de la Défense nationale, réunie le 27 octobre 1948 pour entendre Paul Ramadier, maintenant ministre de la Défense, sur les décisions prises à une conférence militaire des grandes puissances occidentales, vote par 17 voix contre 9 (communistes) une motion, unique dans les annales du Parlement, de MM. Mercier et Louis Terre-noire (gaulliste) :
Etant donné les accusations extrêmement graves portées par M. le ministre de l'Intérieur contre le Parti communiste, à propos du conflit des mines, la Commission estime que le ministre de la Défense nationale ne peut, en ce moment, parler librement devant elle des projets d'organisation de la défense occidentale.
En conséquence, elle demande au ministre d'ajourner ses explications jusqu'au moment où le Parlement aura été informé de la situation présente et aura pu tirer les conclusions qu'il estimera nécessaires dans l'intérêt du pays.

En d'autres termes, les députés communistes sont assimilés à des agents qui communiqueront immédiatement à Moscou les renseignements confidentiels obtenus au titre de parlementaires.
Un discours historique
L'Assemblée entame donc dès sa séance de rentrée, le 16 novembre 1948, une discussion qui durera cinq jours, relative aux « révélations du ministre de l'Intérieur ». L'hémicycle est archicomble. Sous l'œil du président Edouard Herriot qui essaie de, canaliser les débats, Jules Moch démonte avec minutie les mécanismes complexes de la machine infernale actionnée par les Russes en plein Paris: la Banque Commerciale pour l'Europe du Nord.
Les « services de renseignements dépendant de la sûreté nationale » ont percé les secrets de cet établissement bancaire aux apparences offensives.
Jules Moch. Certaines grèves françaises ont été annoncées par des journaux polonais, hongrois et roumains, avant qu'elles aient été déclenchées en France.
«Nos interlocuteurs communistes le savent parfaitement, car cela les a gênés », ajoute le ministre devant une Assemblée dont l'attention ne se dément pas une minute. Il évoque « l'aide financière importante» que le Kominform accorde, « pour l'encourager », au P.C.F., ce qui lui a permis d'exercer un contrôle étroit sur la C.G.T.
Les députés communistes restent cois. A leur tête, le secrétaire général du Parti, Maurice Thorez. C'est à peine si, par instants, le crâne de Jacques Duclos se teinte d'écarlate.
(1.) L'actuel Premier secrétaire du Parti socialiste est alors secrétaire d'Etat auprès du président du Conseil, chargé de l'information. Il est solidaire des accusations de Jules Moch, au même titre que les autres membres du gouvernement.
L'argent tchécoslovaque
Cette aide financière, les communistes l'attribuent à la solidarité ouvrière. Mais l'examen des chiffres cités par L'Humanité empêche d'attribuer à la seule solidarité ouvrière des sommes aussi considérables:
A qui fera-t-on croire que les 100000 mineurs de Tchécoslovaquie ont souscrit, chacun, près d'un mois de leur salaire?
M. Moch fait ainsi allusion aux informations de la presse communiste sur l'envoi, par les travailleurs des Etats satellites, de 277 millions de francs aux grévistes français. Les pourvoyeurs de fonds avaient commis une grave erreur dans leur mise en scène: sur ce total, 250 millions provenaient de Tchécoslovaquie et 10 de Roumanie. Trop, c'est trop. La disproportion est telle, que personne ne peut être dupe d'une supercherie aussi grossière. Le ministre de l'Intérieur élève le ton. Ce qu'il dit enflamme l'Assemblée ... et garde, à trente années de distance, une parfaite actualité (1) •
Jules Moch. ( ... ) même, si l'on admet que l'ensemble des ouvriers, paysans, soldats et policiers tchèques s'est imposé en faveur des mineurs français, à qui fera-t-on sérieusement admettre que cette cotisation bénévole puisse s'élever à plusieurs centaines de millions?
Ayons, je vous en prie, assez de sens critique pour constater qu'il s'agit non pas d'une cotisation, mais d'un prélèvement, d'un impôt ou même probablement d'un versement gouvernemental habilement camouflé, puisque nous apprenons aujourd'hui que l'armée tchèque a reçu l'ordre d'ouvrir avec discipline des souscriptions spontanées. (Applaudissements et rires à gauche. au centre et à droite.)
Je dois dire d'ailleurs que les souscriptions pour ce but dans des organismes officiels d'un Etat avec lequel nous entretenons des relations pacifiques posent une question qui mérite d'être examinée. (Très bien! très bien! sur les mêmes bancs.)
S'agit-il, au reste entièrement - je vais plus loin dans mes hypothèses - d'un versement nouveau ou, pour partie, de régularisation de transferts anciens? On peut se le demander lorsqu'on connaît les opérations préalables, notamment les virements faits de Tchécoslovaquie au début d'octobre, s'élevant à 93 millions de francs dans une seule banque, et certains autres ( ... );
(1). A partir d'ici. le texte est celui du Journal officiel.
Les comptes du P.C.F. à la B.C.E.N.
( ... ) Le ministre de l'Intérieur. J'ajoute, mesdames, messieurs, que le Parti communiste français et ses filiales ont, sur d'autres organisations, un avantage considérable en la matière: parti, journaux, organisations paracommunistes de toute sorte ont leurs comptes centralisés à la Banque commerciale pour l'Europe du Nord.
Cette banque présente des caractéristiques curieuses, à la fois quant à son organisation et quant à sa gestion.
En ce qui concerne son organisation, cette société anonyme française, régie par la loi de 1867, possède un capital divisé en 100000 actions, dont 99700 appartiennent à deux banques d'Etat soviétiques, la Banque nationale et la Banque du commerce extérieur, et dont les 300 autres sont réparties entre un certain nombre de communistes russes ou français.
Ainsi, la façade de société anonyme française recouvre une réalité purement soviétique. Le président du Conseil d'administration est un Russe naturalisé. Des trois administrateurs qui l'entourent, l'un est Russe, le deuxième est un Français que naguère la Confédération générale du travail voulait imposer à M. André Philip comme président de la Société générale - il figure encore dans le Conseil d'administration de celle-ci, mais non point comme président (Exclamations à droite) - et le troisième est le mari d'une de nos collègues communistes qui peut ainsi allier à la joie de défendre son idéal les satisfactions d'une vie matérielle convenablement assurée ...( 1). (Rires et applaudissements à gauche, au centre et à droite.)
On ne s'étonne plus, dès lors, de constater les découverts que cette banque accorde au Parti communiste, à sa presse, à ses filiales ainsi qu'aux coopératives sous direction communiste.
Nous possédons fort heureusement - c'est notre devoir le plus strict - quelques intelligences dans cette banque. (Sourires.) Nous savons ainsi que le Parti communiste a été débiteur de sommes atteignant certains jours 15 millions de francs et que les journaux communistes ont été également débiteurs de sommes considérables.
Peut-être pourrait-on objecter que certains de ces journaux étaient débiteurs, et d'autres créditeurs et qu'une compensation s'effectuait par le jeu de garanties réciproques. Même pas: une telle explication serait elle-même insuffisante. Le solde général de la presse communiste à cette banque est largement débiteur: 17 millions de francs en juillet, 27 millions de francs en août, rien en septembre - je vais m'en expliquer - et 30 millions de francs en octobre.
Les remboursements massifs de septembre par toute la presse communiste, qu'il s'agisse de L'Humanité, de Ce Soir ou de tous les autres journaux, vite annulés d'ailleurs par de nouveaux découverts, n'en sont que plus suspects. Ils sont effectués en période de vacances, donc de moindres rentrées pour la presse, mais aussi durant ce mois où nos services ont eu vent d'importants envois clandestins d'espèces et de devises en France, et en particulier d'envois de fonds et d'or assez importants de Bulgarie vers la banque en question, c'est-à-dire la Banque commerciale pour l'Europe du Nord. N'y a-t-il pas là, je vous le demande, matière à réflexion?
André-Rémy Moynet. Il faut mettre les coupables en prison!
Qu'attendez-vous?
Le ministre de l'Intérieur. Ne nous pressons pas trop. M. le garde des Sceaux voudra, sans doute, dire quelques mots du problème juridique. Il n'est, en effet, pas si facile à résoudre Que l'imaginent ceux qui manipulent les articles du code sans les avoir toujours fort bien étudiés.
André-Rémy Moynet. Renversez les rôles et imaginez ce qui se passerait si nous étions chez eux!
Le ministre de l'Intérieur. Je reviendrai sur ce point dans un instant.
Mesdames, messieurs, l'ensemble des comptes du Parti communiste, de ses hommes de paille, de ses filiales - je rappelle à M. Duclos que le compte du Parti communiste figure sous deux noms, Oswald (2) et Gosnat, l'un alimentant l'autre; j'en ai, d'ailleurs, depuis longtemps la photocopie et, par conséquent, je ne crains aucune contradiction (Applaudissements et rires à gauche, au centre et à droite) - l'ensemble de ces comptes, dis-je, est chaque mois largement déficitaire.
Le découvert de l'ensemble des comptes des organisations communistes, de cette machine formidable aux cent noms divers, s'est élevé en août jusqu'à 68 millions de francs, sans que cet aimable banquier soviétique à façade française ait semblé s'en émouvoir le moins du monde.
André Le Troquer. Il ne distribue pas de dividendes!
Le ministre de l'Intérieur. Je crois que si! (Rires.)
D'autres transferts de fonds sont d'ailleurs signalés. Certaines valises diplomatiques jouent en la matière un rôle dont J'ose à peine dire qu'il est suspect. Nos services poursuivent une surveillance de tous les instants dans cette forme de la guerre froide engagée par le Kominform contre les démocraties occidentales.
Je demande à l'Assemblée de retenir de ce long développement dont je m'excuse (Non! non! sur divers bancs), que nous avons la certitude de virements considérables d'Europe orientale en France et en Belgique par les moyens les plus divers et qu'il est fort probable que ces virements, dont certains sont très antérieurs au déclenchement des grèves actuelles, peuvent être aujourd'hui légitimés, si j'ose ainsi parler, et reconnus par leurs auteurs sous la qualification de versements de solidarité.
Encore ne s'agit-il là que d'une petite partie des sommes qui sont entrées en France. Mes services ont récemment arrêté un certain nombre de personnes, dont un ancien diplomate polonais, qui ont fait entrer en France, venant d'Europe orientale - de Bulgarie, cette fois - par la Suisse, de l'or pour une valeur, de leur aveu même, très supérieure à un milliard de francs. Nous en recherchons actuellement les destinataires.
Je le répète, le Parti communiste a reçu des directives formelles: à tout prix, annihiler l'aide américaine. La France ne doit pas jouer un rôle important dans l'organisation de l'Europe occidentale. ( ... ) Il y a, actuellement, une volonté certaine de détruire notre économie. ( ... )
Une fois de plus, nous constatons un divorce profond entre le communisme et la République. Pour les uns, l'intérêt de la France est permanent et indépendant de son état politique. Pour les autres, il est exclusivement fonction de la politique de la Russie soviétique! (Applaudissements à gauche, au centre et à droite.) ( ... )
J'ai dit tout à l'heure que je recevais un nombre impressionnant de lettres me demandant pourquoi les dirigeants du Parti communiste n'ont pas été arrêtés, pourquoi ce parti n'a pas été dissous et sa presse interdite.
Je veux, avant de conclure, faire à ces observations deux réponses. La première est que les lois actuelles ne permettent pas de prendre de telles mesures. (Exclamations à droite.) ( ... ) .-
( ... ) Ma seconde réponse est que la fierté, peut-être puérile, mais la fierté tout de même, des démocraties consiste à ne point recourir contre des partis totalitaires aux moyens que ceux-ci emploient partout. ( Vifs applaudissements à gauche, au centre et sur certains bancs à droite.)
La dissolution du Parti communiste, aujourd'hui, pourrait, peut-être, être prononcée, mais ce serait un faux pas, selon l'heureuse expression de M. Rémy Roure dans un numéro récent du Monde. ( ... ) Le communisme clandestin irait tout entier dans les syndicats et deviendrait plus redoutable (3).
(1). Il s'agit de M. Jean Braun, demeuré jusqu'à aujourd'hui administrateur de la B.C.E.N. Personnalité du P.C.F., resté toujours dans la coulisse, il est le mari de Mme Madeleine Braun, député communiste qui, à partir de 1961, co-dirigera avec Louis Aragon une des grandes entreprises du Parti, Les Editeurs français réunis (cf. infra. p. 236). Elle s'intéressera plus tard aux Editions Sociales.
(2). Oswald, alias Jean Dorval. administrateur de L'Humanité depuis les années 1930. (N.D.I'A.).
(3). Ici, fin du texte du Journal officiel.

Banque et « bureau de poste »
A 20 heures, ce 16 novembre 1948, Jules Moch descend de la tribune. Les députés, debout, le saluent par une longue ovation. Le président Edouard Herriot interrompt le débat jusqu'au lendemain. Entre temps, Le Monde a pu joindre le P.-D.G. de la B.C.E.N., Charles Hilsum, que M. Guy de Boysson remplacera en 1965. Affirmant « n'être jamais sorti de son rôle strictement bancaire », il avoue: « Chaque mois les Assemblées parlementaires versent à notre banque la totalité des indemnités d'environ 250 députés ou conseillers de la République [les sénateurs de l'époque]. Il en est de même pour les Assemblées municipales et départementales, de la Seine, ce qui représente plusieurs dizaines de millions de francs mensuellement. »
Russe naturalisé, le dirigeant de la banque soviétique reconnaît que par « son intermédiaire des fonds de solidarité ont été versés aux mineurs en grève ».
Mieux encore: « Cet argent a été débité sur les comptes des correspondants qui nous l'ont demandé, notre rôle n'a été que celui d'un bureau de poste. »
On se demande alors pourquoi le P.C.F. et la C.G.T. n'utilisent pas exclusivement les P.T.T. françaises plutôt que la banque de l'Etat soviétique.
Le Populaire commente immédiatement l'aveu singulier de C. Hilsum. Sous le titre « La main dans le sac », son rédacteur en chef, Henri Noguères (1), écrit :
Comme on comprend que L 'Humanité se contente de protester contre des révélations non conformes aux « usages internationaux» sans préciser autrement.
Et comme on comprend que la partie du discours de Jules Moch relative aux agissements de la Banque commerciale pour l'Europe du Nord soit ainsi résumée par L'Humanité:
« Le ministre de l'Intérieur met en cause un établissement bancaire de la place de Paris qui a le grand tort à ses yeux de traiter des opérations commerciales parfaitement légales avec les pays de l'Est européen. »
Les lecteurs de L'Humanité n'ont pas besoin de connaître - et ne connaîtront jamais - même le nom de cette banque.
Ils ne sauront pas davantage que, selon les propres paroles du ministre de l'Intérieur, l'un des trois administrateurs est le mari d'une militante communiste membre de l'Assemblée nationale " qui peut ainsi allier à la joie de défendre son idéal, les satisfactions d'une vie matérielle confortablement assurée ".
Ce 17 novembre 1948, les députés communistes, socialistes, gaullistes, radicaux, etc., interviennent tour à tour dans un climat de vraie guerre civile. Et tandis que Jacques Duclos prépare avec l'aide des banquiers soviétiques et des spécialistes du Comité central une de ses réponses typiques ou les injures le disputent aux mensonges, le Parti amuse la galerie avec une meute de staliniens patentés. Selon eux, Jules Moch est l'auteur d'un « faux grossier », le ministre des « S.S. ». Il " emploie des méthodes héritées de la Gestapo ". Assimilé à " Hitler ) ", il est un " menteur professionnel ". Le président Edouard Herriot demande que ces paroles soient retirées. On lui crache dessus, la voix de Mme Thorez-Vermeersch couvrant le tout d'insultes variées. Aujourd'hui exclu du Parti (il n'a pas pour autant fermé son compte n° 03414-12 à la B.C.E.N .), M. Roger Garaudy est formel: " Comme toute classe décadente, vous avez besoin de mentir pour régner. " Il termine par une vibrante profession de foi dans l'U .R.S.S.
Roger Garaudy ( ... ) il existe entre l'Union soviétique et nous des liens d'attachement plus puissants et plus profonds que vous ne pouvez l'imaginer. (Applaudissements frénétiques des communistes _ Exclamations et applaudissements sur divers bancs à gauche, au centre et à droite.)
Le ministre de l'Intérieur. Je n'ai pas dit autre chose!
Alexandre Baurens. N'avouez jamais!
Roger Garaudy. Je dis que ces liens d'attachement sont plus profonds que vous ne pouvez l'imaginer, parce que vous ne connaissez, vous et les vôtres, pas d'autre lien que l'argent. Et c'est pourquoi vous parlez de " l'or de Moscou ". (Applaudissements à l'extrême gauche.)
» ( ... ) Au contraire, c'est parce qu'ils vont vers la vie que des millions de Français regardent vers un pays qui va aussi vers la vie.
Au centre et à gauche. Vers l'esclavage!
Roger Garaudy. Ils regardent vers l'Union soviétique avec confiance et avec amour...
Jean Legendre. Allez-y!
Ce jour et les suivants, les communistes continuent de faire diversion. Répliquant aux invectives de l'un d'eux, l'illustre socialiste Augustin Laurent perd son sang-froid dans un vibrant: « C'est faux! C'est archifaux! Sale morveux!». On crie sur les bancs socialistes: « Il faut l'arrêter! », « Cela suffit! », « Provocateur! », « A la cabane! », « Taisez-vous, Borniol! » ...
(1.) M. Henri Noguères: actuel président de la Ligue des droits de l'Homme.
Le cirque Duclos
Le 19 novembre 1948, Jacques Duclos entre enfin en scène ... dans le rôle de l'apôtre saint Jacques:
« ( ... ) Nous avons entendu M. le ministre de l'Intérieur présenter ici une sorte de rapport de police comportant de prétendues accusations contre notre Parti, mais n'apportant aucune preuve. Et l'on comprend bien pourquoi: parce qu'il n'y a rien, dans notre activité, qui soit contraire aux lois de la République ( ... ) Un dossier vide ( ... )
« Dans la Rome antique, les premiers chrétiens qui sapaient les bases de l'ordre esclavagiste d'alors furent persécutés, calomniés. (Applaudissements prolongés à l'extrême gauche. - Rires et exclamations à droite et sur divers bancs). »
Marx, Engels, le Second Empire, les congrès de l'Association internationale des travailleurs (en 1866 et 1867), le procès des Malgaches, le protocole des sages de Sion, l'antisémitisme nazi, la récolte du vin, la noblesse décadente, Aristide Briand, Jaurès en 1883 ... tout y passe .
. Un député excédé:
« Répondez donc au ministre de l'Intérieur et parlez-nous de vos comptes en banque, cela vaudra mieux! »
Jacques Duclos n'entend pas. Il divague sur Jaurès et 1893.
Un autre député: « On aimerait mieux, pour une fois, entendre M. Duclos que Jaurès. »
Jacques Duclos: ( ... ) M. Moch a parlé d'argent. Il a parlé de la Banque commerciale pour l'Europe du Nord comme si cette banque était clandestine, mystérieuse.
Mais, mesdames, messieurs, ce n'est pas la seule banque étrangère existant à Paris. J'ai ici l'annuaire de l'association professionnelle des banques (Rires sur divers bancs. - Applaudissements à l'extrême gauche) et j'y trouve un certain nombre de banques étrangères.
Il y a des banques américaines au nombre de cinq, des banques espagnoles au nombre de trois, des banques anglaises au nombre de cinq, des banques italiennes au nombre de trois. Et il y en a d'autres.
Ainsi, cette Banque commerciale pour l'Europe du Nord - que je ne connais pas, d'ailleurs, particulièrement - (Exclamations et rires au centre et à droite) ...
Raymond Gernez. Vous y versez votre argent!
Jacques Duclos .... cette banque-là est une banque comme les autres, soumise aux lois et règlements de la République française. Et M. Jules Moch, avec son habitude de policier, a essayé de faire croire qu'il avait fait une découverte extraordinaire, que c'était une sorte de banque clandestine installée en plein Paris. ( ... )
( ... ) tout ce que M. Moch a apporté, ce sont des ragots de police. Comment, d'ailleurs, aurait-il pu apporter des preuves? Il a parlé d'un découvert de 68 millions de francs en août, à la Banque commerciale pour l'Europe du Nord et nous a dit qu'il avait des photocopies. Nous, nous avons mieux que des photocopies: nous avons nos relevés de comptes. (Applaudissements à l'extrême gauche. - Rires et applaudissements à gauche, au centre et à droite.)
Jean Legendre. Alors, vous la connaissez, cette banque!
Le ministre de l'Intérieur. Vous reconnaissez que vous avez vos comptes dans une banque étrangère. C'est un premier aveu. Je l'enregistre. (Applaudissements à gauche, au centre et à droite.)
Jacques Duclos. Nous avons nos comptes dans une banque légalement installée à Paris, sous contrôle du ministère des Finances, comme toutes les autres banques qui sont en France. (Applaudissements à l'extrême gauche.)
Jean Legendre. Pourquoi une banque russe?
Henri Teitgen. Pourquoi pas une banque américaine?
Jacques Duclos. La banque où nous avons nos comptes est une banque comme les autres. (Applaudissements à l'extrême gauche.)
Le ministre de l'Intérieur. Vous auriez pu faire travailler une banque nationalisée plutôt qu'une banque étrangère.
Jacques Duclos trouve cela tout à fait naturel et soutient solennellement que « le Parti communiste n'a pas reçu un sou de l'étranger ». Puis il ajoute:
En janvier, l'Assemblée nationale a versé à la Banque commerciale pour l'Europe du Nord, pour le compte de tous nos députés, 9408465 francs; le Conseil de la République, 4024023 francs; l'Assemblée de l'Union française, 1396711 francs; le Conseil municipal de Paris, 471 072 francs; le Conseil général de la Seine, 340750 francs, soit un total... (Interruptions à droite.)
Futur ministre du général de Gaulle, M. Raymond Triboulet ,explique à l'Assemblée que cette pratique est « inadmissible, contraire à la Constitution ».
Le P.C.F. viole la Constitution

Pertinente remarque qui vaut encore en 1979. L'article 46 des statuts du P.C.F. stipule à propos de l'élu communiste: «Le mandat qu'il détient est à la disposition du Parti. Les traitements, indemnités et retraites afférents au mandat électif sont versés au Parti et le Comité central en décide l'utilisation. »
Il s'agit là d'un véritable détournement du suffrage universel.
C'est pour garantir l'indépendance des élus qu'on les rémunère. Selon l'article 3 de la Constitution: « La souveraineté nationale appartient au peuple qui l'exerce par ses représentants ( ... ) Aucune section du peuple ni aucun individu ne peut s'en attribuer l'exercice. »
C'est justement ce que fait le P.C.F. qui viole aussi l'article 27 de la Constitution: « Tout mandat impératif est nul. Le droit de vote des membres du Parlement est personnel. .. »
Jules Moch revient sans arrêt à la charge. Plus il exhibe de preuves, plus les communistes écument.
Le ministre de l'Intérieur. J'ajoute, d'ailleurs, que vous avez, monsieur Duclos, un art particulier pour transposer ce qu'on dit et faire dire ce qu'on n'a pas dit, afin de pouvoir démentir. ( ... )
Je répète que vous avez à cette banque trois comptes: un compte Dorval, un compte Oswald, un compte Gosnat. Les aigrefins ont aussi plusieurs comptes pour faire des virements de l'un à l'autre et tromper la justice. (Vives réclamations à l'extrême gauche. Applaudissements sur de nombreux bancs à gauche, au centre et à droite.)
Jacques Duclos. Canaille!
Florimond Bonte. Salaud!
Jacques Duclos. Misérable!
Maurice Thorez. Assassin!
L'énormité de ces insultes est en rapport direct avec l'impossibilité des communistes à réfuter les preuves accablantes réunies par le ministre de l'Intérieur.
Trente ans après, on retrouve la même situation. Mais entretemps la banque soviétique a pris un essor gigantesque. Ses affaires ne se limitent pas au seul territoire français. Elle est devenue le centre d'un réseau international: la divulgation en 1948 de son rôle au service de l'impérialisme soviétique ne lui a été nullement nuisible. Loin de là : après une chaude alerte qui, vu la capacité d'oubli des Français, n'a duré qu'un automne, la B.C.E.N. a intensifié ses activités. Comme si, paradoxalement, leur révélation avait servi d'aimant et non de repoussoir.
___________A suivre__________________________________________________________________________________________
Dernière édition par Pat le 24/04/2008 - 17:39, édité 1 fois.
Image
Que les hommes d'arme bataillent et que Dieu donne la victoire! (Jeanne d'Arc) Patriotiquement votre.

Cleo
Membre d'honneur
Messages : 16806
Inscription : 01/10/2014 - 13:13

Messagepar Cleo » 10/11/2007 - 23:35


Avatar de l’utilisateur
MD12
Membre d'honneur
Messages : 5672
Inscription : 13/08/2007 - 6:39
Contact :

Messagepar MD12 » 12/11/2007 - 13:15

Les Crimes de Communisme en Lettonie -http://lettorszag.5u.com/LatviaYs1525.htm
Kevin
"Les racines de l'apostasie moderne réside dans l'athéisme scientifique, le matérialisme dialectique, rationalisme, illuminisme, la laïcité et la franc-maçonnerie, qui est la mère de tous." - Pape Pie XII -

Avatar de l’utilisateur
MD12
Membre d'honneur
Messages : 5672
Inscription : 13/08/2007 - 6:39
Contact :

Messagepar MD12 » 12/11/2007 - 13:39

Un jour il faudra rendre justice à tous ces gens.

:appaudir:
... http://www.youtube.com/watch?v=SzeGbhulEfc:shock:
Kevin
"Les racines de l'apostasie moderne réside dans l'athéisme scientifique, le matérialisme dialectique, rationalisme, illuminisme, la laïcité et la franc-maçonnerie, qui est la mère de tous." - Pape Pie XII -

DuG
Membre d'honneur
Messages : 6541
Inscription : 02/05/2006 - 16:09
Localisation : Pas avec le gouvernement actuel ...

Messagepar DuG » 12/11/2007 - 13:44

Pianoforte a écrit :
MD12 a écrit :Les Crimes de Communisme en Lettonie -
http://lettorszag.5u.com/LatviaYs1525.htm

:evil: Un jour il faudra rendre justice à tous ces gens.

+1 :evil:

Cleo
Membre d'honneur
Messages : 16806
Inscription : 01/10/2014 - 13:13

Messagepar Cleo » 12/11/2007 - 18:38

MD12 a écrit :http://www.youtube.com/watch?v=SzeGbhulEfc:shock:
Kevin

Symboliquement beau :salut:

Avatar de l’utilisateur
Pat
Administrateur délégué
Messages : 25478
Inscription : 03/12/2006 - 23:46
Localisation : Les Alleuds dans le 49
Contact :

Messagepar Pat » 13/11/2007 - 15:53

UN ANCIEN DÉPORTÉ raconte : " À Buchenwald, on ne voyait jamais les Allemands, c'était les communistes qui faisaient marcher le camp "
Au moment où les PTT sortent un timbre à l'effigie de Marcel Paul, un témoignage de plus accable ce kapo communiste naguère démasqué par Laurent Wetzel.
Jacques Mancier s'en félicitait dans la rubrique philatélie du « Figaro» du 12 novembre dernier: un timbre à la mémoire de Marcel Paul vient de paraître. Hélas! les témoignages affluent sur le comportement douteux de cet illustre communiste à Buchenwald, amenant à se demander à quelle sorte de héros l'administration des postes vient de rendre cet hommage ... Nous publions ici un extrait de celui, inédit, qu'Albert Bannes, résistant arrêté par les Allemands le 28 mars 1944, a envoyé à l'Amicale des déportés de Dora-Ellrich-Harzungen sous le titre « Ma déportation, la descente aux Enfers ».
" Surtout ne dis pas que tu es officier "
Lieutenant d'aviation, et pilote de chasse en 39·40, Albert Bannes rejoignit après l'armistice l'Organisation de résistance de l'armée (ORA), avant d'être déporté à Buchenwald au printemps 1944, sous le matricule n° 52.278.
Le récit qu'a fait de sa captivité ce combattant volontaire de la Résistance, croix de guerre 39-45 avec deux citations, éclaire d'un jour assez sombre l'attitude de Marcei Paul et des communistes dans le camp de concentration.
Dès son arrivée à Buchenwald, Bannes est mis au courant des coutumes locales : on se préoccupe surtout d'éviter de se faire affecter au camp de Dora, où l'espérance de vie est d'un mois et demi. les conseils des représentants de l'ORA sont clairs : « Surtout ne dis jamais que tu es officier, car tous les officiers vont à Dora. Ce sont des communistes qui commandent ici, et les officiers sont très mal partis. » l'élimination des cadres de l'armée est ainsi programmée par le Parti ... Au lendemain de son passage devant l'Arbeitstatistik, tenu par les communistes et qui décide des affectations à tel ou tel service, un « type» vient le demander. « Nous savons que tu t'es occupé du maquis des Trois-Faux et que tu as rendu des services aux FTP si tu adhères au PC, on te gardera ici, tu ne seras pas trop malheureux. »
La toute-puissance de Marcel Paul
Ahurissement d'Albert Bannes: même la Gestapo ignore tout des livraisons d'armes à ce maquis, qu'il avait effectuées sous un pseudonyme, Apparemment, le service de renseignement communiste est des plus efficaces. Son interlocuteur lui explique alors comment est organisé Buchenwald. « Il m'a dit: " c'est Marcel Paul qui est notre patron " (je n'avais jamais entendu parler de Marcel Paul). A Buchenwald, il est tout-puissant. Le chef du camp est un communiste allemand, et tous les gradés et responsables du camp sont communistes, alors tu n'as qu'à marcher avec nous, on te trouvera une place de kapo ou autre chose et tu seras peinard! J'étais tellement furieux que, sans trop réfléchir, je lui ai dit non »
Très vite, il constate que l'homme ne lui a pas menti.
" J' ai regardé comment fonctionnait cet immense camp, et j'ai compris. On ne voyait jamais les SS en dehors des appels. C'était des détenus qui faisaient tout marcher, depuis le chef de camp, les chefs de bloc, les policiers à tous les échelons en passant par les scribouillards, les cuisiniers, et tout et tout. Et partout, à Buchenwald, c'était des communistes qui étaient planqués là. Les SS ne s'occupaient que du nombre; que les détenus s'entre-tuent, peu leur importait. »
Kapo au bordel
Cette position dominante dans le camp s'accompagne de menus avantages. « Il y a une chose que je n'ai vue écrite dans aucun document sur Buchenwald, et que j'ai vue de mes yeux », témoigne Bannes. « Il y avait un " bordel ". Depuis nos tentes on le voyait très bien, on voyait même les filles aux fenêtres. On aurait pu leur parler. Il y avait une rangée de barbelés qui nous séparait de ce bâtiment, mais c'est tout. Il était là pour les gradés du camp. J'ignore si Marcel Paul le fréquentait, mais lui et bien d'autres communistes de Buchenwald y avaient droit. » Chapitre inédit des rapports que les marxistes entretenaient avec les déportés ...
Son refus de jouer le jeu du Parti, Albert Bannes va le payer cher. Affecté à un camp d'électriciens « peinard », il est rappelé au moment de partir par un kapo, qui le roue de coups de nerf de boeuf. « Ce salaud de Marcel Paul m'avait sorti du commando des électriciens ... pour m'envoyer crever à Dora. » Bannes ne mourut pas à Dora. Au début de l'année 1946, au cours d'une réunion d'anciens déportés à Clermont-Ferrand, il put même prendre sa revanche sur Marcel Paul, alors ministre de la Production industrielle. « Mesdames les veuves dont les maris sont morts à Dora, s'écria-t-il, c'est Marcel Paul qui les y a envoyés! » le ministre ayant tenté de le frapper, son ancienne victime lui renvoya un coup de poing dans le nez. Un prix modique pour tant de souffrances.
Eric LETTY :minute LA FRANCE du 30 dec 92 au 5 jan 93
Image
Dernière édition par Pat le 24/04/2008 - 17:40, édité 2 fois.
Image
Que les hommes d'arme bataillent et que Dieu donne la victoire! (Jeanne d'Arc) Patriotiquement votre.

Avatar de l’utilisateur
Pat
Administrateur délégué
Messages : 25478
Inscription : 03/12/2006 - 23:46
Localisation : Les Alleuds dans le 49
Contact :

Messagepar Pat » 13/11/2007 - 16:09

L'ARGENT DU KGB
André Lajoinie est catégorique : " C'est une fable. " Premier procureur général·adjoint de la Russie, Evgueni Lissov est pourtant tout aussi catégorique : le Parti communiste français a reçu 24 millions de dollars (environ 130 millions de francs) de l'Union soviétique en dix ans. Soit, si nos comptes sont justes, un peu plus d'un million de francs par mois, ce qui représente un nombre certain d'affiches. Evgueni Lissov est même en possession de reçus, dont les experts en graphologie diront s'ils sont bien signés, comme le procureur le pense, de la " propre" main de Georges Marchais.
Pour un parti qui affirme ne vivre que des cotisations de ses adhérents, cette révélation fait un peu désordre auprès des militants communistes sincères qui se sont saignés aux quatre veines pour aider le parti à vivre. Le trésorier du PC Pierre Sotura n'en persiste pas moins à affirmer sans rire, à propos de la dernière souscription lancée par l'Humanité: " Le système informatique de la trésorerie nationale a été totalement débordé tellement les chèques arrivaient par milliers et par milliers. " Avec l'argent des Soviets au moins, pas de risque d'engorgement informatique: il était livré en billets, dans des mallettes.
Pour achever de désespérer Billancourt et quelques autres communes de la banlieue parisienne, on apprenait dans le même temps que le juge Van Ruymbeke, auteur de la perquisition tonitruante au siège du Parti socialiste, s'intéressait maintenant à une société de l'ouest de la France dont les comptes étaient en train de le conduire aux bureaux d'étude du PCF. Et ce qu'il y a de bien avec les communistes, c'est que lorsqu'ils montent une opération, politique ou financière, elle est toujours centralisée. Ça facilite les recherches.
Le Choc du Mois Mars 1992
Dernière édition par Pat le 24/04/2008 - 17:41, édité 1 fois.
Image
Que les hommes d'arme bataillent et que Dieu donne la victoire! (Jeanne d'Arc) Patriotiquement votre.

Avatar de l’utilisateur
Pat
Administrateur délégué
Messages : 25478
Inscription : 03/12/2006 - 23:46
Localisation : Les Alleuds dans le 49
Contact :

Messagepar Pat » 14/11/2007 - 18:59

Henri Rollin soutient dans son livre la Révolution russe:
Tome I Les Soviets
Tome II Le parti bolchéviste

Que les cadres sélectionnés de l'Oprichinina d' Ivan le Terrible
sont l'ancêtre logique du parti bolchévique et y affirme que le
" messianisme rouge" résulte de la superposition de plusieurs
tendances : " Le messianisme russe renouvelé, le prosélytisme
inhérent à tout mouvement révolutionnaire de grande envergure
, enfin le messianisme caractéristique du marxisme israélite dont l'influence sur le bolchévisme est incontestable. "
Image
Que les hommes d'arme bataillent et que Dieu donne la victoire! (Jeanne d'Arc) Patriotiquement votre.

Avatar de l’utilisateur
MD12
Membre d'honneur
Messages : 5672
Inscription : 13/08/2007 - 6:39
Contact :

Messagepar MD12 » 16/11/2007 - 11:29

Officier Polonaise POW et le Armee Rouge en 1918..
Image
Kevin
"Les racines de l'apostasie moderne réside dans l'athéisme scientifique, le matérialisme dialectique, rationalisme, illuminisme, la laïcité et la franc-maçonnerie, qui est la mère de tous." - Pape Pie XII -

Avatar de l’utilisateur
MD12
Membre d'honneur
Messages : 5672
Inscription : 13/08/2007 - 6:39
Contact :

Messagepar MD12 » 16/11/2007 - 11:30

Les Crimes de Viet-Cong en Indochine http://ngothelinh.tripod.com/Hue.html
Kevin
"Les racines de l'apostasie moderne réside dans l'athéisme scientifique, le matérialisme dialectique, rationalisme, illuminisme, la laïcité et la franc-maçonnerie, qui est la mère de tous." - Pape Pie XII -

DuG
Membre d'honneur
Messages : 6541
Inscription : 02/05/2006 - 16:09
Localisation : Pas avec le gouvernement actuel ...

Messagepar DuG » 16/11/2007 - 12:18


Avatar de l’utilisateur
MD12
Membre d'honneur
Messages : 5672
Inscription : 13/08/2007 - 6:39
Contact :

Messagepar MD12 » 16/11/2007 - 13:19

"Les racines de l'apostasie moderne réside dans l'athéisme scientifique, le matérialisme dialectique, rationalisme, illuminisme, la laïcité et la franc-maçonnerie, qui est la mère de tous." - Pape Pie XII -

Cleo
Membre d'honneur
Messages : 16806
Inscription : 01/10/2014 - 13:13

Messagepar Cleo » 16/11/2007 - 16:37

:affraid: :secoue2:

Avatar de l’utilisateur
Pat
Administrateur délégué
Messages : 25478
Inscription : 03/12/2006 - 23:46
Localisation : Les Alleuds dans le 49
Contact :

Messagepar Pat » 16/11/2007 - 19:47

BORIS SOUVARINE, TEMOIN VERIDIQUE, ET HISTORIEN REFRACTAIRE
Longtemps avant le pitoyable spectacle qu'offrit une grande partie de l'intelligentsia française applaudissant aux délires de Jdanov, un homme avait magistralement démonté les mécanismes du système stalinien. En toute connaissance de cause, puisqu'il avait appartenu, au plus haut niveau, à la IIIe Internationale.
Après 1945, il n'hésita pas, voix clamant toujours dans le désert, à collaborer avec d'anciens " collabos ". Portrait fidèle d'un homme qui aima la vérité plus que lui-même.

Cet homme extraordinaire naquit à Kiev en 1895 dans une famille juive de condition modeste. Il s'appelait en réalité Boris Lifschitz, et c'est à Zola qu'il empruntera le pseudonyme de Souvarine, le révolutionnaire intellectuel de Germinal. Arrivé en France à l'âge d'un an, Souvarine écrira toute son œuvre - composée d'un seul livre et d'innombrables articles - en français, lisant le russe sans pouvoir en user comme d'une langue maternelle. De son père ouvrier sertisseur, qui avait été employé dans un atelier fabriquant des chasubles et des garnitures d'icônes, il héritera le goût du travail bien fait, la détestation du dilettantisme. Chez le jeune Boris, cela tournera bientôt au perfectionnisme aigu: un de ses amis a parlé d'un « voyage qu'il avait dû faire en Suisse pour trouver une brochure dont Souvarine allait peut-être extraire deux lignes, ou même moins » ...
Il existe peu de photos de Souvarine, homme secret et timide, piètre orateur et même mauvais conférencier. Celles datant des années 30 révèlent un physique très ingrat qui eût pu servir de modèle à un caricaturiste antisémite pour une affiche ainsi légendée : « Le Juif contre l'Europe. » Sur celles postérieures à 1945, Souvarine porte toujours de grosses lunettes rondes, surmontées d'un front immense, mais l'empâtement de son visage lui donne alors quelque chose de débonnaire.
PLUTÔT L'OPPROBRE QUE LA LÂCHETÉ
Hypocondriaque - ce qui ne l'empêchera pas de mourir à l'âge de 89 ans moins quelques jours - Souvarine, en outre, n'était pas plus grand que Michel Jobert. Mais il compensait ces handicaps par une formidable intelligence et, surtout, par une probité et un courage intellectuels à toute épreuve. Une formule de 1927 le résume tout entier: il vaut mieux, écrit-il, « se mettre tout le monde à dos que de se mettre à plat ventre ».
Admirateur de Jaurès, le jeune Souvarine, armé de son seul certificat d'études, bascule dans le pacifisme et le socialisme à la suite de la mort de son frère aîné au front, en 1915. Le 17 novembre 1917, à une époque où anarchistes et communistes se côtoient encore, il écrit dans le bien nommé journal anarchiste Ce qu'il faut dire ces lignes prémonitoires : « Il est à craindre que pour Lénine et ses amis, la " dictature du prolétariat " doive être la dictature des bolcheviks et de leur chef » Correspondant à Paris en 1917-1918 de La Vie Nouvelle, quotidien publié à Petrograd par Maxime Gorki, Souvarine justifie cependant en 1919 la terreur bolchevique par « le caractère implacable des moyens employés pour combattre les soviets ». La même année, il signe un Eloge des bolcheviks, dont Jeannine Verdès-Leroux, spécialiste de son œuvre, a pu dire: « ...c' est un des très rares textes grandiloquents et vides de Boris Sourarine : c'est que, pour une fois, il ne connaissait pas son sujet, et cela se voit, »
En mai 1920, Souvarine est arrêté pour « complot contre la sûreté de l'Etat ». Il sera acquitté en mars 1921. Il ne participe donc pas physiquement au congrès de Tours (25-30 décembre 1920), mais est élu au comité directeur du PCF nouvellement fondé. En 1921, Souvarine part en URSS pour travailler au plus haut niveau dans l'appareil de la III' Internationale. Il connaît alors personnellement Lénine, Zinoviev, Boukharine, Radek et se lie plus particulièrement au courant de l'« Opposition ouvrière» animé par Chliapnikov et Kollontaï, désireux d'assainir le parti et d'y rétablir des mœurs démocratiques.
EXCLU DEUX FOIS DU PCF
Entre-temps, il a fondé en mars 1920 le Bulletin communiste, hebdomadaire qui paraîtra jusqu'en 1933. Mais Souvarine a déjà perçu la dérive dictatoriale du régime soviétique, dont il n' attribue pas au seul Lénine la responsabilité. A l'égard de celui-ci, Souvarine se montrera assez flottant jusqu'à la fin de sa vie. Il voit en Lénine un homme resté prisonnier de la tradition terroriste et conspiratrice du" populisme " russe qu'avaient illustrée Netchaïev et Bakounine, véritable auteur selon Souvarine, du célèbre et sinistre Catéchisme du révolutionnaire enseignant aux militants que la fin justifie tous les moyens. C'est sans doute dans un article de 1939 que Souvarine a le mieux défini sa position envers Lénine :" De l' homme, il reste le souvenir et l' exemple des convictions sincères, du désintéressement absolu. [ ... ] De l' œuvre, il ne reste rien de valable, à considérer ce que les héritiers ont fait de son héritage. "
Exclu temporairement du PCF en juillet 1924, Souvarine, se sachant menacé de relégation en Sibérie, parvient à rentrer en France à la fin de la même année. Le PCF l'exclut, définitivement cette fois, en décembre 1926. Pendant quelques années encore, Souvarine se dira communiste, au sens où Jaurès l'entendait au début du siècle.
En 1929 il publie son premier grand acte d'accusation, La Russie nue. Afin de bénéficier d'une audience plus large, l'ouvrage paraît sous la signature de l'écrivain roumain Panaït Istrati. De cette époque date le tournant de la vie de Souvarine : le militant communiste se change en intellectuel qui étudie de manière critique le communisme. Après 1945, une fusion s'opérera chez Souvarine, qui sera dès lors un antistalinien absolu, au plan pratique aussi bien qu'au plan théorique.
De 1931 à 1934, il dirige les onze numéros de La Critique sociale, où signent des noms qui vont devenir célèbres: Georges Bataille, Raymond Queneau, Simone Weil, sans parler du plus grand slavisant français, Pierre Pascal (rien à voir avec celui qui a traduit - mal - plusieurs livres d'Evola). Dans le même temps, Souvarine entreprend d'écrire son maître livre, Staline. Aperçu historique du bolchevisme. Fruit de cinq années de travail, l'ouvrage paraît chez Plon en 1935. Retraçant la carrière du « Caligula de Moscou» jusqu'à la mort de Lénine, la première édition se compose de dix grands chapitres, suivis chacun d'une bibliographie considérable. Bien accueilli par le gratin de la presse de l'Internationale socialiste, le livre n'a pratiquement pas d'écho au sein du mouvement communiste.
LES ARCHIVES DE TROTSKI
A l'instigation de Souvarine, en 1936 est fondée, pour faire pièce à l'" Association des amis de l'Union soviétique » que contrôle le PC, l'« Association des amis de la vérité sur l'URSS », qui éditera sept brochures. L'année précédente, Souvarine a été nommé secrétaire général de l'Institut d'histoire sociale, qui a en dépôt à Paris une partie des archives de Trotski. Sur ordre d'un service soviétique, un cambriolage a lieu à l'Institut dans la nuit du 6 au 7 novembre 1936, et 80 kg de documents disparaissent.
Observateur très attentif des procès de Moscou, Souvarine met au jour, en 1938, le cœur même de l'ignominie stalinienne: « Ce qui frappe de stupeur; c'est l'impossibilité constante de distinguer les discours des accusés de ceux des accusateurs, [ ... ] L'explication de ce phénomène tient tout entière dans le mot "mensonge". L'URSS est le pays du mensonge, du mensonge absolu, du mensonge intégral. Staline et ses sujets mentent toujours, à tout instant, en toute circonstance, et à force de mentir ne savent même plus s'ils mentent. [ ... ] Et quand chacun ment, personne ne ment plus en mentant. » L' « unique réalité », que ne veulent pas voir les aveugles volontaires, est « la terreur; qui décompose les esprits et empoisonne les consciences» .
POUR UN CERCLE D'INITIÉS
En 1940, la bibliothèque, les archives et la documentation de Souvarine sont conjointement saisies par la Gestapo et le Guépéou, qui agissent de concert. Souvarine est incarcéré à Marseille. Dans l'avant-propos de la réédition de son Staline (1977), il écrit : « L'intervention de mon ami Henri Rollin, capitaine de corvette, collaborateur de l'amiral Darlan à Vichy, me sauva de justesse. » C'est fou ce que le monde est petit, et parfois diablement intéressant : ce Rollin, en effet, qui avait déjà écrit un ouvrage sur La Révolution russe (1931), n'est autre que l'auteur de la meilleure étude jamais publiée sur... les Protocoles des Sages de Sion.
Souvarine passera toute la guerre aux Etats-Unis, où il pourra constater, non sans quelque surprise, l'ignorance crasse des plus hauts dirigeants américains sur la véritable nature du communisme. Lorsqu'il retrouve Paris, le « parti des fusillés » et des épurateurs triomphe ; Thorez, de retour de Moscou, est qualifié de « premier résistant de France ». C'en est trop pour Souvarine, qui, après une tentative avortée en ! 1948 (une newsletter appelée L'Observateur des Deux Mondes et tirée à ... 100 exemplaires), va réussir à mettre sur pied une très solide structure anticommuniste.
Il rencontre en 1949 Georges Albertini, membre de la SFIO de 1932 à 1940, puis secrétaire général du RNP de 1942 à 1944, après la rupture entre Déat et Deloncle, et enfin directeur général du cabinet du ministre du Travail de février à août 1944. Il fait aussi la connaissance d'un ami d'Albertini, Guy Lemonnier dit Claude Harmel, qui a suivi le même itinéraire. Cette troika fonde l'Association d'études et d'informations politiques internationales, dont le bulletin, devenu Est et Ouest (1) en 1956, paraît toujours et reste le meilleur outil de travail sur le communisme.
Souvarine meurt le 1" novembre 1984. Au cimetière de Neuilly, l'éloge funèbre est prononcé par le soviétologue Alain Besançon, en présence de Roland Gaucher, actuel directeur de National-Hebdo. Maintenant que Souvarine est mort, Le Monde, qu'il avait qualifié en 1952 d' « auxiliaire du communisme », salue avec papelardise l' « autodidacte génial, d'une culture prodigieuse ». Emmanuel Le Roy Ladurie condescend à le ranger parmi les « historiens professionnels ».
Le petit homme si courageux ne s'était jamais fait d'illusions. De lui sont ces lignes, adressées à un jeune disciple imaginaire : « Vous ne convaincrez personne, ou plutôt vous ne serez pas lu. Enfin résignez-vous à écrire, comme certains mathématiciens, pour cinq ou six personnes. »
• Xavier Rihoit Le Choc du Mois décembre 1991
(1) 15, avenue Raymond Poincaré 75116 Paris.
De Souvarine, sont disponibles :
Staline, Autour du congrès de Tours, Souvenirs (éd. Champ Libre), A contre-courant (éd. Denoël), Controverse avec Soljenitsyne et Sur Lénine, Trotski et Staline (éd. Allia).
Deux revues de Souvarine ont été rééditées : L'Observateur des Deux Mondes et autres textes, et La Critique sociale (éd. de la Différence).
Dernière édition par Pat le 24/04/2008 - 18:19, édité 1 fois.
Image
Que les hommes d'arme bataillent et que Dieu donne la victoire! (Jeanne d'Arc) Patriotiquement votre.

Avatar de l’utilisateur
Pat
Administrateur délégué
Messages : 25478
Inscription : 03/12/2006 - 23:46
Localisation : Les Alleuds dans le 49
Contact :

Messagepar Pat » 18/11/2007 - 19:24

LE COMMUNISME UNE AFFAIRE FRANCAISE
La vie politique et sociale française repose encore sur les règles perverses imposées à la Libération par le PCF. L'indulgence dont bénéficie ce parti financé par l'étranger ne s'explique pas autrement.
Le visage de Gaston Plissonnier, peu connu du public, mérite-til de tomber dans l'oubli ? Faudra-t-il attendre que les municipalités communistes, avec le vote de conseillers municipaux socialistes et de ce qui reste des radicaux de gauche, baptisent rue Gaston Plissonnier les voies de ces belles banlieues qui ne s'appellent pas encore avenue Pablo Neruda, Louis Aragon, Maurice Thorez, Jacques Duclos ou Paul Vaillant-Couturier, pour se préoccuper de la biographie, et des mouvements bancaires, de cet ex-secrétaire à l'Organisation du Parti communiste français ? Voici en effet un bel et beau document, prouvant qu'en 1978, cet excellent apôtre du progrès social, et de l'union de la gauche, recevait de l'Union soviétique un million de dollars (le rouble n'étant pas convertible, et donc peu prisé par la Banque commerciale pour l'Europe du Nord) pour le PCF, plus quelques misérables milliers de dollars pour le parti communiste de la Dominique, et quelques autres partis communistes des confettis de l'empire français.
On se demande vraiment si la justice française attendra le troisième millénaire et la prescription, pour détourner l'attention des histoires de fausses factures, et ouvrir une instruction, aboutissant à un vrai procès, pour ce qui continue de faire l'objet d'une bonne vieille loi française, une loi d'avant-guerre, frappant la propagande étrangère.
L'ILLÉGALITÉ DU PC,
Car voilà le fond de l'affaire. Des lois françaises, pour juger en France les crimes et délits du PCF, il en existe de nombreuses - bien que le parti communiste soit une association de fait qui n'est pas déclarée. De nombreux livres,_ par exemple ceux de Jean Montaldo, ont divulgué des informations précises, souvent tirées archives de la DST. Ce serait l'enfance de l'art pour quelque magistrat de concevoir quelles poursuites pénales pourraient habilement cerner la réalité communiste. A l'usage du grand public, puisque les jugements sont rendus au nom du peuple français.
Toutes les pratiques délictueuses, notamment en matière financière, que l'on reproche aux partis politiques, ont trouvé leur modèle avec les gens de l'appareil stalinien. Ainsi du prélèvement sur les projets immobiliers, ainsi que sur les implantations d'entreprises, qui permettent d'empocher des sommes considérables à la seule condition de disposer du pouvoir municipal. Il en va de même du contrôle des comités d'entreprise, toujours susceptibles de constituer une source de financement de même nature.
Il semble prioritaire de balayer devant sa propre porte, plutôt que d'instruire en France le procès du goulag. Il semblerait même qu'il soit plus convaincant, plus didactique, de montrer aux Français que le communisme n'est pas une sorte de roman russe, où l'on finit par s'emmêler dans les sentiments contradictoires, les prénoms et les patronymes.
Le communisme est aussi une affaire française, dans un pays où le statut de la Fonction publique remonte à 1946 et à un ministre communiste de la Fonction publique qui s'appelait Maurice Thorez, dans un pays où l'on chante l'Internationale dans des congrès très proches du pouvoir, dans un pays où le siège de l'Urssaf est à Montreuil, bastion communiste, et où le budget de la Sécurité sociale demeure supérieur à celui de l'Etat.
LE MODÈLE ALLEMAND
Le remarquable exemple de ce que les Allemands font actuellement avec les séquelles du régime est-allemand mérite d'être médité, et, au moins, connu. Il ne se passe pas de semaines en effet sans que l'on apprenne les méfaits de la Stasi en RDA. Sans excès, mais avec méthode, les Allemands fouillent dans le passé de la RDA, et s'indignent qu'un Honecker puisse encore, de son exil soviétique, proclamer sa fidélité au communisme.
En France, on ne parle jamais de cette préoccupation majeure de nos voisins: à peine a-t-on appris au public que Markus Wolf, ancien patron des services spéciaux est -allemands, était extradé d'Autriche. Encore moins parle-t-on du scandale Schalck, c'est-à-dire de l'empire financier de 22 milliards de DM construit sur la base des transferts de devises du ministère du Commerce extérieur de l'ex-RDA.
Il est vrai qu'en France, jusque tout récemment, on considérait que les pays de l'Est étaient dans le camp de la Paix et du Progrès et que des deux Allemagnes, la meilleure n'était pas forcément celle de l'Ouest.
• Jean-Gilles Malliarakis
" Quiconque reçoit, de provenance étrangère, directement ou indirectement, sous quelque forme et à quelque titre que ce soit, des fonds de propagande politique, est frappé d'une peine d'emprisonnement de six mois à cinq ans et d'une amende de 3 600 F à 60 000 F.
Tous moyens ayant servi à commettre l'infraction seront saisis: le jugement ordonnera, selon le cas, leur confiscation, suppression ou destruction.
Le tribunal pourra prononcer, en outre, pour une durée de cinq ans au moins et dix ans au plus, l'interdiction de tout ou partie des droits civiques, civils et de famille, énoncés en l'article 42 du Code pénal. »
(Article 1 er du décret·loi du 21 avril 1939, tendant à réprimer les propagandes étrangères)
Le Choc du Mois • Novembre 1 991
Dernière édition par Pat le 24/04/2008 - 18:20, édité 1 fois.
Image
Que les hommes d'arme bataillent et que Dieu donne la victoire! (Jeanne d'Arc) Patriotiquement votre.

Avatar de l’utilisateur
Pat
Administrateur délégué
Messages : 25478
Inscription : 03/12/2006 - 23:46
Localisation : Les Alleuds dans le 49
Contact :

Messagepar Pat » 18/11/2007 - 19:44

Hitler-Staline: l'entente cordiale
Pourquoi les Baltes ont été vendus à Staline
Le 14 juin 1940, jour de l'occupation de Paris par les Allemands, les Soviétiques adressent un ultimatum à la Lituanie, suivi trois jours plus tard par deux notes du même ton envoyées à l'Estonie et à la Lettonie. Le 17, les trois Etats baltes sont occupés par l'Armée Rouge. A la fin de juillet, après des élections truquées sous le contrôle des trois émissaires de Staline (Dekanozov, Vychinsky le procureur des procès de Moscou, Jdanov, futur créateur du Kominform en 1947), des gouvernements fantoches proclament le régime soviétique. Début août, les « anomalies » dont parlait Molotov ont été incorporées à l'URSS. En 9 mois, la première soviétisation envoie 130 000 personnes en déportation. La seconde en 1944-1945 sera pire.
Le 23 août et le 28 septembre 1939, Hitler avait obtenu la neutralité et « l'amitié » de l'URSS. Dans des protocoles secrets, il reconnaît que la Finlande, l'Estonie et la Lettonie, puis la Lituanie, font partie de la « sphère d'intérêts » de Staline. Dès la défaite de la Pologne, l'URSS transforme les pays baltes en protectorats, signant avec eux des pactes d'assistance et se faisant octroyer des garnisons, des aérodromes, des bases navales sur leur territoire. En juin-juillet 1940, quand l'Allemagne est occupée à l'Ouest, elle en fait des satellites en les bolchevisant, avant de les annexer. Hitler est donc directement responsable.
Staline est-il seul responsable?
A l'été 1939, Molotov, commissaire soviétique aux Affaires étrangères, négocie à la fois avec les Franco-Britanniques et avec les Allemands (les premiers recherchent l'alliance des Soviétiques contre l'Allemagne, les seconds leur neutralité pour isoler la Pologne). Simultanément? Pas exactement.
Un peu plus tôt (fin avril 1939), le ministre français des Affaires étrangères, Georges Bonnet, très soucieux de surmonter son complexe munichois, accepte que l'URSS englobe les pays baltes dans sa zone de sécurité. Les ambassades de France et d'Angleterre à Moscou poussent dans ce sens, allant jusqu'à suggérer que l'URSS occupe les bouches du Danube (qui sont roumaines) afin de gêner les Allemands.
Le 31 mai, Molotov réclame des bases navales en Finlande et dans les pays baltes. Le 7 juin, l'attaché militaire français à Moscou trouve « fort juste du point de vue historique et stratégique » la revendication de Staline sur les Baltes.
Début juillet, les Britanniques semblent résignés à garantir les Baltes sans leur approbation par un « protocole secret » et grâce à la formule tordue de l'« agression indirecte », qui laisserait en fait les Soviétiques juger tout seuls si leur sécurité est menacée chez les Baltes... Seeds, l'ambassadeur anglais, plaide encore auprès des Russes que l'avis des Baltes serait de « pure forme ». Bonnet pense qu'il faut ménager les « apparences », ne pas heurter les opinions publiques. La négociation peut continuer avec l'URSS. Quant aux Baltes ...
A cette date, Hitler n'est pas encore fixé. Il y a certes des contacts depuis le printemps entre l'Allemagne et l'URSS, mais rien de définitif. C'est à la mi-juillet que Hitler se décide pour la carte soviétique. Il lui faut alors doubler les Franco-Britanniques.
Le 29 juillet, Weizsacker, secrétaire d'Etat allemand aux Affaires étrangères et père de l'actuel président de la RFA, propose à Molotov « d'ajuster notre position afin de respecter les intérêts vitaux soviétiques sur la Baltique ».
Cependant, la négociation militaire anglo-franco-soviétique va bon train : le 15 août, le général Chapochnikov évoque froidement l'occupation des îles et des ports baltes et finlandais sans provoquer de sourcillements franco-britanniques.
Le 17 août, Ribbentrop, ministre allemand des Affaires étrangères, propose une double garantie germano-soviétique sur les Baltes. Mais Molotov veut un partage en « sphères d'intérêts » distinctes, non un condominium, et le 19 il exige que le protocole secret sur les Baltes soit signé en même temps que le pacte de non-agression. Le 23, Ribbentrop estime que les Franco-Britanniques ont « vendu complètement les Baltes aux Soviétiques ». Hitler, pressé d'attaquer la Pologne, accepte « toute offre » soviétique. Le jour même, le traité est signé.
Décision difficile pour le Reich qui reçoit 70 % des exportations des pays baltes, et doit évacuer plus de 60 000 Allemands installés dans la région depuis sept cents ans. C'est « le prix que nous payons pour la neutralité de la Russie» (Goebbels)
L'enterrement des Baltes
Automne 1939 : à propos des bases prises par les Soviétiques, l'ambassadeur français à Moscou, Naggiar, parle de « véritable défaite allemande ». Le 12 octobre, l'attaché militaire français à Riga en Lettonie se félicite que « les pays baltes soient devenus des protectorats russes ». On espère une brouille entre Allemands et Russes. On se satisfait de la « neutralité» russe même après l'attaque contre la Finlande. On censure le mot « invasion soviétique » dans les journaux qui parlent de la Pologne. Presque seul, Blum proteste.
Juin-juillet 1940 : dans son journal Goebbels qualifie Staline de «détrousseur de cadavres ». Quant Staline annexe la Bessarabie et le nord de la Bukovine (jamais russe, non prévue dans le protocole de 1939), il écrit : « Pas du tout agréable pour nous. Ils profitent de la situation et de nos victoires ».
Staline voulait également absorber la Finlande en août 1940, mais la victoire rapide à l'Ouest permet à Hitler de transférer des troupes à l'Est. Projet abandonné. En août 1941 devait venir le tour de la Roumanie, face à laquelle étaient massées des unités offensives soviétiques. Mais il y a eu le 22 juin 1941.
Le 12 juin 1940, Stafford Cripps arrive en ambassade à Moscou. Socialiste anglais, antifasciste viscéral et fils de lord, milliardaire et soviétophile acharné ( " le seul homme de gauche que nous ayons et qui roule sur l'or » disait Churchill "), il estimait que l'Armée Rouge libérait les paysans polonais de leurs propriétaires et avait même proposé en octobre 1939 à VychinsKy de reconnaître l'annexion de la Pologne orientale. Cripps et Labonne, l'ambassadeur français, incitent alors Molotov à annexer les pays baltes, pour compenser les succès allemands. Ils seront entendus.
Dès lors pour les Occidentaux, les Baltes sont enterrés. On comprend la gêne des gouvernements aujourd'hui, quand ils font reparler d'eux.
Annexions
De 1938 à 1940, Hitler a annexé 369.000 km' et 40 rnillions d'habitants, dont une douzaine de millions d'Allemands (d'Autriche, des Sudètes, de Memel, de Dantzig, de Pologne
En un an, du 28 septembre 1939 au 6 aoOt 1940, l'URSS a annexé 471 000 km' avec 22 millions d'habitants, Polonais, Biélorusses, Finlandais, Roumains, Baltes, et quelques milliers de Russes.
L'Angleterre et la France ont déclaré la guerre" pour la Pologne, le 3 septembre 1939, mais elles ne garantissaient son intégrité que contre l'Allemagne: pas ses frontières orientales face à l'URSS. De même pour la Roumanie. Lorsqu'elle est envahie par l'URSS le 17 septembre 1939, la Pologne est priée par ses alliées ne pas déclarer la guerre à son envahisseur.
Les relations des trois alliés avec l'URSS sont maintenues, même après l'agression contre la Finlande le 30 novembre et l'exclusion de l'URSS de la SDN le 14 décembre. Depuis l'occupation de la Bohême-Moravie le 15 mars 1939, Hitler cc n'est plus un gentleman» ; c'est un ennemi. Il est mort depuis et l'Allemagne a tout perdu. Mais Staline a tout gardé; il s'est même encore étendu vers l'ouest en 1945 : c'était un allié.
Thierry Buron Le Choc du Mois - Juin 1990
Dernière édition par Pat le 24/04/2008 - 18:21, édité 1 fois.
Image
Que les hommes d'arme bataillent et que Dieu donne la victoire! (Jeanne d'Arc) Patriotiquement votre.

Avatar de l’utilisateur
Pat
Administrateur délégué
Messages : 25478
Inscription : 03/12/2006 - 23:46
Localisation : Les Alleuds dans le 49
Contact :

Messagepar Pat » 22/11/2007 - 21:45

INTRODUCTION (*)
Une connaissance exacte du communisme n'est pas chose facile.
Et cela tient à l'ampleur autant qu'à l'extrême complexité de ce que recouvre cette seule étiquette de communisme. Masse énorme dont l'aspect terrifie davantage dans la mesure où l'emploi d'un terme unique pour la désigner contribue à en donner une idée plus ... monolithique.
Devant l'apparente homogénéité d'un tel bloc, beaucoup se découragent, tant la force de cette unité leur paraît redoutable.
En réalité, le singulier de l'étiquette: « communisme» sert de camouflage à un pluriel. Non que nous entendions nier, par là, l'union des parties que nous allons distinguer. Nous prétendons seulement que pareille distinction offre maints avantages théoriques et pratiques (1).
Avantages théoriques
Cette distinction permet de mieux comprendre le phénomène communiste en empêchant maintes confusions qui interdisent trop souvent une intelligence rigoureuse de cette forme suprême de la Révolution.
Avantages pratiques, ou, mieux encore, tactiques
Semblable distinction (sans détruire, répétons-le, l'étroite solidarité des parties qu'elle indique) permet de découvrir des joints, failles et « vires » (2), où le premier regard avait craint de trouver un monolithe inaccessible.
Le communisme, en effet, peut être comparé à ces chaînes de montagne qui, de loin, paraissent infranchissables. Vient-on à les observer de plus près, maints détours, maints cheminements se présentent qui permettent de contourner les différents massifs. Ces différents massifs appartiennent bien, certes, à une même chaîne. Ils n'en sont pas moins distincts. Et tout le secret du passage de la montagne tient à la connaissance de leur pourtour.
Il en est de même pour le communisme.
A le désigner par ce terme unique, il prend l'aspect d'une muraille redoutable à l'assaut de laquelle nul n'ose marcher. Mais, l'examine-t-on de près, des massifs apparaissent entre lesquels la progression est possible.
MARXISME, COMMUNISME (proprement dit), BOLCHEVISME ou TITISMES ... ; tels sont en quelque sorte ces trois massifs: l'ensemble formant ce communisme athée condamné par Pie XI dans l'Encyclique Divini Redemptoris.
Peut-être serait-il possible d'en distinguer d'autres.
Nous croyons plus sage d'arrêter là nos distinctions. Ce qu'elles mettent en lumière est vraiment fondamental et permet d'ordonner toutes les distinctions complémentaires. Au surplus, il n'est jamais bon de multiplier sans raison le morcellement de ce que l'on se propose d'étudier. Si le refus de distinguer implique toujours le risque de confondre, un trop grand souci du détail fait oublier la véritable structure des ensembles.
Communisme et marxisme
Marxisme, communisme, bolchevisme et titismes ... Synonymes pour beaucoup, ces mots ont cependant un sens distinct.
Certes, la relation: marxisme-communisme-bolchevisme est rigoureuse, et il serait vain de nier leur étroite connexion.
Le marxisme, pourtant, n'est pas le communisme, qui mérite à son tour d'être distingué du bolchevisme.
Maints esprits sont marxistes, aujourd'hui, qui ne sont pas explicitement communistes. Et nous verrons plus loin que le marxisme peut se développer, et se développe même, en un courant distinct du courant communiste proprement dit. D'autant plus qu'il est encore des marxistes honteux, se réclamant fort peu du maître à large barbe, mais très imprégnés cependant par sa dialectique. Mustapha Kemal, Hitler, pour ne citer que deux noms plus célèbres, seraient à l'occasion fort intéressants à étudier sous ce rapport.
Et de même, il existe des communistes fort peu marxistes, ou qui ne le sont que très inconsciemment (3), ce qui est une façon de ne pas l'être ou de l'être mal, le marxisme impliquant une certaine « prise de conscience » (4) de la « dialectique » (5) qui le constitue. Or, Dieu merci, bien peu parviennent à l'inquiétant degré d'inversion intellectuelle qu'implique cette pleine et entière « prise de conscience ».
En gros, disons que le marxisme est la forme de pensée, le système philosophique, la DIALECTIQUE intellectuelle de Marx.
Il nous semble donc préférable de réserver le terme « communisme » pour désigner ce que l'on pourrait appeler la projection socialo-politique du marxisme. Ensemble de formulations fluctuantes et contradictoires dont, aucune, à vrai dire, n'engage essentiellement le marxisme (6) rigoureusement entendu. Ce dernier, nous le verrons, n'est pas un ensemble de propositions stables, de vérités à croire, mais une méthode, un tour d'esprit, une façon d'envisager le monde et de s'y comporter.
La distinction que nous proposons n'est donc pas arbitraire. Bien loin d'opposer marxisme et communisme nous ne voulons indiquer, entre les deux, qu'une différence de degré. Les vrais marxistes, en effet, les marxistes « conscients » sont assez rares, tandis que les communistes vulgaires pullulent. Or, ce à quoi s'attachent plutôt ces derniers, ce qui les meut, ce qui les « accroche », est, au fond, différent (dans son accentuation) de ce qui est le ressort intime d'un marxiste authentique.
En bref, le communiste ordinaire est communiste et agit en communiste dans la mesure où il croit encore, peu ou prou (7), à une VÉRITÉ (au sens traditionnel et STABLE du terme) et, partant, à LA VÉRITÉ (ainsi entendue) de ce que professe, de ce que promet « le Parti ». En cela, il reste assez proche de ces premiers socialistes, de ces premiers communistes, qualifiés d'utopiques par Karl Marx, parce qu'ils se figuraient l'ordre social à promouvoir à la façon d'un Thomas More écrivant son « Utopie », type idéal, stable et définitif de perfection sociale proposé comme un terme à nos efforts ici-bas.
Le vrai marxiste, au contraire, le marxiste conscient, sait que la notion traditionnelle de VÉRITÉ (fondée sur la notion d'ÊTRE, et telle que l'entend le sens commun) est la toute première que sa « dialectique » pulvérise. La vérité, pour lui, ne tend plus à l'exprimer : « adaequatio rei et intellectus » des scolastiques (8), la conformation de l'esprit à l'être, mais l'IDÉE-FORCE plus efficace dans l'instant, et qui, demain, devenue improductive, sera reniée sans scrupule.
Ce qui tend à mouvoir le communiste vulgaire c'est encore, la poursuite d'un certain être, d'un certain état social (notion statique) considérés comme un terme définitif.
Ce qui anime, ce qui exalte,ce qui meut le vrai marxiste, le marxiste « conscient », c'est la perspective (essentiellement dynamique, SANS TERME aucun; résolument anti-statique) d'un mouvement pur, dont toute notion (stable) d'être est écartée ... Idéal de plus en plus déferlant, pourrait-on dire, de « la Révolution continue» (expression de Lénine), ou de « la Révolution permanente» (expression de Trotsky ... , reprise naguère par M. Billières) .
Autrement dit, nous proposons, pour la plus grande clarté de notre étude, de distinguer le marxisme strictement entendu et pleinement « conscient », de ce par quoi il se manifeste; mais sans qu'on puisse dire pourtant que ses manifestations successives (si contradictoires d'ailleurs) l'expriment essentiellement. Elles permettent de deviner ce qu'il est, par le flux même de leurs contradictions; elles ne l'expriment pas dogmatiquement : car le marxisme est anti-dogmatique par essence.
Et cependant, il est une littérature toute pleine de ce qu'on est bien obligé d'appeler les propositions communistes, même si elles ont été contredites une semaine plus tard par le P. C. Il est chaque jour des milliers d'hommes qui, grammaticalement au moins, affirment, nient...; et leurs propos sont considérés chaque fois comme expressions du communisme. C'est donc l'ensemble de ces formules, de ces propos (et l'action même que ces propos et ces formules suscitent et animent plus directement) que nous proposons d'appeler communisme proprement dit. Car, en fait, c'est cela que le plus grand nombre connaît, ce à quoi il pense plus explicitement quand on lui parle, ou qu'il parle lui-même, du communisme. L'intelligence, la pleine « conscience» de la « dialectique» marxiste, est assez rare en effet.
Bolchevisme et titismes ...
Si la différence d'accentuation nous semble assez indiquée entre les deux premiers termes de ce trinôme, reste à préciser ce que nous entendons par le troisième.
Cela est fort simple.
Marxisme et communisme sont essentiellement théoriques, idéologiques et leur action, peut-on dire, en reprenant une formule de Lénine, est une action avant tout « idéologique ».
Avec le bolchevisme, au contraire, on quitte ce plan de l'idéologie, et, bien que sous couvert toujours de l'étiquette communiste, on assiste à l'action de forces qui ne relèvent plus nécessairement du marxisme ou du communisme strictement entendus.
En bref: le bolchevisme est pour nous un marxisme, un communisme aux prises avec le réel, avec la nature des choses; autant dire un communisme agissant et réagissant, non plus sous la seule impulsion de l'idéologie dialectique, mais selon toute la complexité de passions humaines, d'intérêts personnels, d'appétits de clans, de rivalités nationales, ou ethniques ... , etc.
Ainsi, le bolchevisme fut-il et demeure-t-il un communisme aux prises avec la RÉALITÉ RUSSE. Communisme à la sauce panslave. Et cela, par analogie et extension, invite à placer sous cette même étiquette de bolchevisme le comportement du marxisme, du communisme aux prises avec d'autres réalités nationales ou ethniques: « titismes» divers, déjà manifestés ou possibles; attitudes plus particulières du communisme dans les pays latins, ou les pays anglosaxons, dans les pays satellites de l'U.R.S.S., ou en Afrique, en Chine, en Inde, dans le Proche-Orient, en Amérique du Sud, etc.
Car ce que l'on appelle « communisme» aujourd'hui c'est encore tout cela ...
... Non seulement le tour d'esprit marxiste, sa « dialectique », suprême conscience et suprême ressort de l'élan révolutionnaire .
... Non seulement les schèmes de propagande, les mots d'ordre, les thèmes subversifs de la III' Internationale .
... Mais encore les fluctuations, les combinaisons plus ou moins diplomatiques d'une « puissance communiste » aux prises avec d'autres puissances, d'autres nations, communistes ou non.
Dans quel sens nous emploierons les trois mots
En bref, nous entendons :
par marxisme: ce qui relève plus particulièrement du tour d'esprit, de l'orientation et de la méthode philosophique, en un mot, de la dialectique révolutionnaire (9).
par communisme: l'ensemble, fort contradictoire et toujours mouvant, des thèmes de propagande et principes d'action habituellement connus sous ce titre même de « communisme ».
par bolchevisme et « titismes » : l'aspect russe et les diverses réactions politiques, sociales, militaires, nationales et internationales d'une « puissance communiste » bien déterminée, aux prises avec d'autres puissances.
(*) Ancien n° 90 de Verbe. Les notes au bas des pages sont numérotées pour chaque partie du présent ouvrage.
(1) Il est bien entendu que les distinctions que nous faisons entre communisme et marxisme-léninisme n'ont qu'une simple valeur de convention. Elles permettent, nous semble-t-il, une étude plus commode de l'aspect idéologique de ce qu'on appelle globalement « le Communisme ». Nous avons réservé ce dernier terme à l'aspect économique et social par un souci pratique. Mais nous n'entendons faire aucune querelle de mots à ceux qui préfèrent donner au mot « communisme » la plénitude de son sens et englober sous ce nom l'idéologie marxiste-léniniste. L'essentiel est de bien voir les réalités: l'idéologie, le tour d'esprit d'une part, et ses diverses applications d'autre part.
(2) Cheminement sur une paroi rocheuse.
(3) Cf. Maurice Thorez lors de l'allocution d'ouverture à l'Ecole centrale des militants communistes (l'Humanité du 11 octobre 1955) :
« La science de la révolution s'appelle le matérialisme dia« lectique et historique. Il n'est pas possible que toute la « classe ouvrière soit également pénétrée de cette science. Au « sein de la classe on trouve des niveaux de conscience bien « différents. Le Parti s'efforce d'élever le degré de conscience « de la classe. Comme Lénine l'a souligné, le rôle du Parti « est d'apporter la conscience socialiste, la théorie scientifique « dans le mouvement ouvrier. »
(4) Une des formules les plus typiques du marxisme. Nous l'expliquerons bientôt. Chaque fois que dans ce texte nous emploierons cette expression entre guillemets c'est qu'elle est prise dans son sens marxiste.
(5) Autre formule-type.
(6) Cf. Staline. « Le marxisme n'admet pas de conclusions « et de formules immuables, obligatoires pour toutes les « époques et toutes les périodes. Le marxisme est l'ennemi de «tout dogmatisme. » (Extrait d'un article du Bolchévik n° 14 (1950) et publié dans A propos du marxisme en linguistique.)
(7) Nous disons: peu ou prou. Entre le marxiste « conscient » et le communiste ordinaire il n'y a pas en effet de coupure nette. Tout réside en effet dans une « prise de conscience » plus ou moins nette de la « dialectique » marxiste. Le communiste ordinaire, pour peu « conscient » qu'il soit, très souvent, de cette « dialectique », n'en demeure pas moins un agent authentique du mouvement révolutionnaire. Encore une fois ce que nous disons ne tend pas à opposer, à désolidariser le communiste et le marxiste, mais à noter, pour la plus grande rigueur d'une étude générale sur le communisme, certaines différences d'accentuation. La suite de cette étude le fera comprendre. Nous ne cherchons, pour l'instant, qu'à expliquer sommairement le plan que nous nous proposons de suivre.
(8) Il y a vérité, nous sommes dans la vérité, affirme le sens commun, quand il y a « adéquation », étroite conformité entre l'ÊTRE, le réel et ce que nous pensons, disons, exprimons ... , etc.
Cf. Verbe, n° 107, 108, 109, Introduction à la Politique.
(9) Le communisme vulgairement entendu suppose, en effet, une philosophie pleinement élaborée, une philosophie de l'histoire, une philosophie de l'homme. L'œuvre de Marx, loin de se limiter au Capital et loin de parler seulement d'économie politique, prétend apporter une réponse au problème de l'homme, de son origine, de sa place dans l'univers, de sa fonction sur la terre, de son destin historique ... , etc. C'est cet aspect, généralement oublié et fort mal vu, du mouvement communiste que nous étudierons sous l'étiquette plus particulière de « marxisme ».
Dernière édition par Pat le 24/04/2008 - 18:23, édité 2 fois.
Image
Que les hommes d'arme bataillent et que Dieu donne la victoire! (Jeanne d'Arc) Patriotiquement votre.

Avatar de l’utilisateur
Pat
Administrateur délégué
Messages : 25478
Inscription : 03/12/2006 - 23:46
Localisation : Les Alleuds dans le 49
Contact :

Messagepar Pat » 22/11/2007 - 23:51

LE MARXISME, «PRISE DE CONSCIENCE» DE LA « CIVILISATION MODERNE»
... « Et en face d'un monde qui pense « mal pour mieux s'adapter aux faits ... » Cardinal VILLENEUVE. (10)
On le remarquera, deux formules ont été mises entre guillemets dans ce titre. Ce n'est pas sans raison. Nous voudrions, par là, attirer l'attention sur le sens très particulier que nous leur donnons.
Soit, d'abord, la « civilisation moderne ». C'est la dernière proposition du Syllabus qui nous fournit cette expression.
Ainsi désignée, et fustigée par Pie IX, cette « civilisation moderne » est la civilisation même de la Révolution (11), la civilisation fondée sur ses principes, animée par son esprit, professant haut et clair les « idées nouvelles ». Civilisation conçue, préparée par les « philosophes » du XVIII" siècle, répandue en Europe lors des guerres de la Révolution et de l'Empire, et colportée jusqu'aux extrémités de la terre par la Maçonnerie. Civilisation, dite « moderne » par opposition à la civilisation des sièdes précédents, la civilisation chrétienne, qu'on prétend « dépassée », « obscurantiste », « moyen-âgeuse » ...
« Civilisation moderne » qu'il faut se garder de considérer comme l'ensemble même de la civilisation contemporaine, laquelle demeure, consciemment ou non, héritière d'un passé chrétien prestigieux.
Les progrès de toute civilisation supposant un effort millénaire et la pieuse transmission de résultats acquis de génération en génération, il devrait aller sans dire que les plus brillantes civilisations, les plus harmonieuses, les plus complètes sont tributaires d'un plus riche et plus lointain passé. En conséquence, si l'on devait entendre par « civilisation moderne » l'ensemble des progrès de tous ordres réalisés, à ce jour, par l'humanité, cette civilisation moderne serait la plus ancienne aussi. Tout au contraire, la « civilisation moderne » réprouvée par Pie IX, est (et se veut) une civilisation de rupture, une civilisation de refus du passé, dans la mesure où ce passé était et se disait explicitement chrétien.
La « civilisation moderne », c'est la civilisation révolutionnaire. Civilisation dont l'esprit, les principes inspirent, pénètrent, contaminent de plus en plus la civilisation tout court.
La « prise de conscience ». insertion volontaire dans un jeu de forces
Mais il était une autre formule entre guillemets dans le titre de cette première partie : « prise de conscience ».
Formule marxiste par excellence (12); et qui, échappe, comme telle à toute définition, au sens ordinaire de ce mot. Son intelligence relève, de ce qu'on est contraint d'appeler, faute de termes idoines, un sens pratique, non d'une explication verbale -marquée au sceau de l'ÊTRE.
L'usage que font les vrais marxistes de cette formule, peut seul faire comprendre son sens exact. On voit cette expression revenir sous la plume de Lénine, comme un leitmotiv.
Elle n'est pas un acte de compréhension intellectuelle comme on conçoit ordinairement celle-ci; autant dire, à base d'arguments, de raisons, d'explications tendant à faire saisir ce qu'est la chose envisagée.
Elle est une sorte de compréhension implicite et pragmatique. Insertion volontaire et systématique (si l'on peut ainsi parler !) dans un mouvement, un devenir, un certain jeu de forces, dont on se propose de développer méthodiquement la puissance (13). Non acte de compréhension à base d'arguments rationnels (statiques, métaphysiquement « réifiés »). Mais acte de compréhension dynamique, à base d'action et par voie de pénétration à l'intérieur même d'un mouvement que l'on-fait sien. Car, voici l'essentiel pour le marxisme: c'est l'action qui instruit; c'est l'action qui explique, c'est l'action qui fait ... « prendre conscience ». A ce degré on s'aperçoit, en effet, qu'il n'est vraiment pas d'autre formule pour exprimer ce tour extrêmement significatif de l'esprit marxiste. Seule formule qui convienne, rigoureusement irremplaçable.
Et par là, sans doute, on aura déjà compris combien l'étude, l'intelligence du marxisme vont nous contraindre à pénétrer dans un univers nouveau où les lois naturelles du langage et de la pensée, les développements du sens commun vont se trouver frappés de caducité et revêtus d'une signification entièrement nouvelle.
Ainsi s'explique l'incompréhension générale du marxisme, bien qu'il soit de plus en plus objet d'étude et d'attention, mais toujours « du dehors ». L'erreur tient à ce que l'on cherche toujours, plus ou moins, à le penser, à le réduire en formules d'ÊTRE, en formules statiques; alors qu'il est (et se veut par essence) à l'antipode de tout cela.
Sens commun du vrai et du faux, du bien et du mal
Le marxisme, avons-nous dit, « prise de conscience» de la « civilisation moderne ».
Pour la civilisation tout court, en effet, pour cette civilisation contre laquelle s'est dressée la « civilisation moderne »; pour la civilisation catholique, civilisation du sens commun: est, est, non, non. Ce qui est, est, ce qui n'est pas, n'est pas.
Autant dire: la notion d'ÊTRE, objet premier de notre intelligence apparaît comme principe et fondement de tout notre comportement raisonnable, et, par là même, essentiellement humain.
« Convictions très élémentaires, écrit fort bien M. Jean Daujat (14), dont la plupart des gens sont imprégnés sans songer à les formuler tant elles leur paraissent aller de soi, et c'est pourquoi le marxisme les déroute et leur paraît impénétrable parce qu'ils n'ont pas même idée que ces convictions premières puissent être discutées ...
La première de ces convictions fondamentales ... c'est que l'affirmation humaine a un sens; c'est que OUI et NON sont des mots qui ont un sens et qui ne peuvent être interchangés; c'est que oui n'est pas non, que oui est oui et que non est non; c'est qu'on ne peut pas dire un jour le contraire de ce que l'on a dit la veille sans être infidèle à sa propre pensée et sans être, au moins une des deux fois, dans l'erreur; c'est, en un mot, qu'il y a une vérité et une erreur qui ne se confondent pas ...
Si oui et non ont un sens pour le commun des hommes c'est parce que le commun des hommes pense que notre intelligence doit reconnaître la « réalité telle qu'elle est, que les choses sont ce « qu'elles sont et qu'il ne dépend pas de nous qu'elles soient autrement.
La dépendance de notre intelligence vis-à-vis de la vérité ou de la réalité à connaître, voilà la première conviction fondamentale de la pensée commune.
La seconde, c'est qu'il y a un bien et un mal, des choses bonnes et des choses mauvaises, et que l'un n'est pas l'autre. »
Tel est le fond de la pensée chrétienne. Voilà ce qui fut et demeure le sens commun, le tour de la pensée fondamentale de l'humanité. Sens commun et façon de penser contre lesquels la philosophie dite moderne s'est progressivement constituée jusqu'au marxisme, forme suprême et radicale, forme la plus parfaite de cette opposition et de cette négation.
En effet, pour s'opposer parfaitement au sens commun, il n'aurait pas suffi d'avancer telles propo~ sitions résolument contraires à ses enseignements. Pour opposées qu'elles soient, l'affirmation et la négation appartiennent au même tour d'esprit, le fait de nier n'étant jamais qu'une forme d'affirmation.
Pour qu'il y ait opposition parfaite à ce courant naturel de la pensée humaine qui croit à l'affirmation et à la négation, il fallait détruire jusqu'au sens de l'affirmation et de la négation.
Et tel est l'effet du marxisme.
A cette pensée naturelle, sens commun de l'humanité qui croit à la valeur de l'affirmation, le marxisme oppose, non cette forme d'affirmation qu'est la négation, mais la destruction même des notions fondamentales et traditionnelles d'affirmation et de négation.
Et cela par l'effet d'une attitude essentiellement pratique. Un refus en actes (beaucoup plus qu'en paroles) de cette façon d'être et de penser où l'affirmation et la négation ont un sens. Refus d'ordre pratique. Refus par l'action.
Refus, désormais radical et total, par l'ordonnance d'un comportement général, d'une façon de vivre, d'une façon d'agir.
Refus pragmatique (non dogmatique) d'accorder à la notion « d'être », à la notion de vérité (telles que l'humanité les avait entendues jusqu'ici) la moindre valeur.
Refus par l'action, et non plus par affirmation ou négation, démonstrations; dogmatisme contraire ...
Un monde marxiste qui s'ignore
Certes, mille choses restent à dire que nous étudierons plus loin; mais non sans avoir montré à quel point l'esprit général de la « civilisation moderne », son style de vie, sa « dialectique» disposent tout, préparent tout, la société, les cerveaux et les cœurs, de telle sorte que le marxisme s'y développe immanquablement.
Combien d'anti-communistes sont des marxistes « en puissance », auxquels il ne manque pour l'être « en acte », que cette « prise de conscience » qui décuplerait sur-le-champ leur dynamisme révolutionnaire.
La « civilisation moderne », telle que la conçoivent ceux qui la coupent de Dieu, est une civilisation marxiste qui s'ignore. Pour qu'elle soit communiste, au sens plein du mot, il ne suffirait que de la révéler à elle-même. Quoi d'étonnant à ce que les communistes se considèrent comme les accoucheurs d'une société déjà grosse de ce qu'ils attendent?
« Ça ne se fait plus » ... Exemples familiers
Perte du sens de la vérité.
« Vous êtes d'un autre âge ». - « Vous n'êtes pas de votre temps ». N'est-ce point, désormais, la façon de désapprouver? En clair, plus de référence aux notions de vrai ou de faux, de bien ou de mal, de beau ou de laid.
« Ça ne se fait plus ... Vous retardez ... C'est démodé ...
C'est dépassé ... ». Voilà qui tranche tout sans qu'il soit nécessaire de porter le moindre jugement de valeur.
La vérité n'est plus l'accord de notre pensée, de nos paroles avec l'ÊTRE, avec le réel. Elle n'est plus qu'un phénomène de synchronisme entre deux mouvements : l'élan de notre moi et le mouvement de l'histoire.
La vérité, dès lors, n'est plus ... Elle SE FAIT. Elle n'est plus tant OBJET d'intelligence, qu'objet de mouvement, objet d'élan vital, objet de vie. Elle n'est plus possession lumineuse de l'être. Elle n'est plus qu'une recherche dont les trouvailles devront être remises en cause perpétuellement.
Etre dans le vrai relève, désormais, plus de la volonté que de la connaissance. S'y trouve, quiconque se trouve ... « dans le courant » ... , « dans le mouvement ».
Combien croient encore à une vérité immuable, qui ne change pas, qui n'évolue pas?
La doctrine se définissant comme un corps de principes et de notions stables, susceptibles de nous éclairer, de nous guider en permanence, il est normal que l'amour, le goût de la doctrine se soient volatilisés dans un tel climat de « fluence » pure (15).
L'intelligence, à son tour, dont l'ÊTRE est l'objet essentiel, se trouve frappée de discrédit par là-même, et accusée de rompre, par l'immobilisme d'une connaissance « réifiante », un réel en perpétuel jaillissement (16).
Les idées ne sont plus jugées par rapport à l'être, mais par rapport à l'expression plus ou moins spontanée de celui qui les exprime : « idées sincères ». Sinon par rapport au mouvement, au flux passionnel qu'elles peuvent déclencher et entretenir: « idées « généreuses, dynamiques... idées-forces. »
« On ne parle plus aux intelligences, entendions nous dire un jour. On parle aux tripes. On ne cherche pas à éclairer les esprits; on cherche à remuer » ... (17)
Et les mots eux-mêmes! ... ne seront plus utilisés pour, l'être qu'ils désignent, mais pour la force qu'ils dégagent, une sorte de vertu incantatoire, sens dynamique, non littéral. Soient, par exemple, les mots: peuple, progrès, liberté, démocratie, fascisme ... , etc. Pense-t-on qu'ils servent à désigner de l'être? Ce sont des forces qu'on cherche à mettre en branle en les employant. Ces mots n'ont (réellement) plus de sens. Ils ne servent pas à l'expression de la pensée. Ils servent à l'action.
Primat de l'action et fatalisme de l'histoire
Autrement dit, par un renversement total de l'ordre des êtres et des valeurs, la « civilisation moderne » transfère à des mouvements, à l'évolution, à l'action, à l'écoulement du temps les caractères de nécessité, d'intelligibilité, de finalité, etc ... , qui avaient été jusqu'ici attribués à la nature humaine.
N'est-ce point Bergson, lui-même, qui a donné de l'homme cette définition: « On est homme dans la « mesure où l'on PREND CONSCIENCE (18) du courant qui porte l'humanité. » ?
« Nous avions appris, écrit M. Gustave Thibon (19), que les essences sont déterminées et que les actes, les événements, sont contingents. On nous enseigne le contraire, à savoir que la nature humaine (s'il est permis d'employer encore ce mot) est foncièrement contingente, indéterminée, malléable tandis que les événements sont nécessaires et qu'ils nous « informent » (20), nous re-créent sans cesse. Pour ces pseudo-métaphysiciens tout est obscur dans l'homme (son être, qu'on ne définit jamais, se dissout dans l'économique et le social) mais tout est clair dans l'histoire. Nous ne savons pas qui, nous « sommes », mais nous savons où le temps nous mène. C'est le chemin qui crée, non seulement le but, mais le voyageur lui-même. »
« Dans cette conception, ce n'est plus l'homme qui fait l'histoire, c'est l'histoire qui fait l'homme. Le temps n'est plus un canevas à remplir, un instrument offert à l'homme pour déployer sa liberté, c'est-à-dire pour réaliser son destin temporel et préparer son destin éternel; non, c'est l'homme qui est l'instrument du temps, la matière informe et chaotique qui reçoit sa forme et sa fin de ce démiurge. L'histoire, ainsi érigée en acte pur et en puissance créatrice, ressuscite à son profit les plus sombres idolâtries des âges barbares; dans cette perspective, tous les sacrifices humains sont permis et exigés : pourvu que le char divin pour suive sa course lumineuse, qu'importent les êtres obscurs broyés par ses roues ! Si, en effet, tout le vrai et tout le bien résident dans l'avenir, les pires horreurs du présent se trouvent justifiées: est bon tout ce qui conduit à cet avenir, tout ce qui est conforme « au sens de l'histoire. » ...
Et, d'un bout à l'autre de l'ordre social, de l'usine aux salons, règne, plus ou moins confusément, le même état d'esprit.
L'action seule intéresse, et recueille tous les suffrages. Le mouvement est roi, et reine la puissance, reine la force puisqu'elles sont à leur tour principe du mouvement et de l'action.
L'univers conçu, traduit en valeurs de mouvement, en valeurs de force, telle est, de plus en plus répandue, notre façon d'envisager les choses.
Tel est l'esprit de la « civilisation moderne ».
" Un dynamisme fou !... "
L'action, le mouvement, n'ont plus besoin d'y être justifiés, par référence à la « qualité» d'une FIN. Ils portent en eux-mêmes leur justification, et il ne vient même pas à l'esprit qu'ils aient besoin d'être justifiés. La notion de sagesse qui servait jadis à apprécier la valeur d'un comportement est à peu près oubliée. « C'est un homme d'action ». Il suffit. Qui oserait ironiser après un tel éloge.
Il suffit d'entraîner, il suffit de mouvoir; et l'on s'abandonne sans inquiétude à la force, à la griserie de l'impulsion. L'élan même tient lieu d'argument, et d'argument décisif !
« C'est plein de vie! C'est dynamique! Il y a un « mouvement fou là-dedans ! Quelle action ! » Autant d'éloges péremptoires, qui, sans autres considérations, assurent le succès de la pièce, du film, ou du roman qui les méritent.
Mouvement pur ! Action pure! L'action pour l'action. Sans ÊTRE antécédent, et sans ÊTRE pour terme, qui pourraient au moins permettre de JUGER ce mouvement.
« Crise de finalité »
Plus de sens d'une quelconque FINALITÉ (21). Partant, rien de moins « moderne » que la prédication de ce que nos pères appelaient « les fins dernières », avec le « principe et fondement» des « Exercices spirituels » de saint Ignace. « Cela manque de dynamisme », nous a-t-on dit (22), ce qui signifie,simplement, qu'on ne trouve pas que cela ressemble assez à un mouvement pur.
Mais saint Augustin ne disait-il pas: « bene curris, « sed extra viam ». La course est rapide, mais à quoi sert-elle si elle manque le but?
« A quoi sert à l'homme de gagner l'univers s'il vient à perdre son âme ? .. », autant dire: manquer son BUT, manquer l'Etre qui est sa fin.
Aujourd'hui, plus que jamais, à quoi serviront tant de barrages, tant d'usines, tant de records supersoniques, et l'emploi de l'énergie atomique, si l'humanité ne parvient pas mieux à la possession des vrais biens?
Notre Foi, elle-même, n'est-elle pas trop souvent assez proche parente de celle rejetée par le serment antimoderniste? simple élan religieux, aveugle, surgissant des profondeurs de la subconscience moralement informée sous la pression du cœur et l'impulsion de la volonté; et non cet « assentiment de l'intelligence »à une vérité, fondée sur l'autorité même de Celui qui a dit: « Ego sum Dominus, et non mutor » - « C'est Moi qui suis le Seigneur, et je ne change pas ».
Et l'amour même ! Amour romantique, qui n'est l'amour de rien, sinon l'amour de l'amour, entendez l'amour du plaisir d'aimer. Recherche de soi, non poursuite d'un BIEN, non possession d'un « ÊTRE ». Amour justifié par son seul titre d'amour .
D'où cette « morale nouvelle », sans métaphysique et sans dogme (23).
(Mouvement pur, toujours, sans référence à l'être, à un principe, à une finalité quelconque, en fonction desquels l'intelligence pourrait juger.
Energie, volonté, ténacité, endurance, effort, ne sont-ils pas célébrés et magnifiés, parmi nous, sans souci d'une fin, sans souci d'un ordre quelconque, qui donneraient sens et valeur à ces forces, à ces élans d'énergie brute? Rien qui ressemble notamment à ... « l'autant que ... pas plus que, des « Exercices » de saint Ignace.
En économie, la production est devenue à elle-même sa fin. Et, bien loin de s'ordonner aux justes besoins, au vrai bonheur de l'homme, c'est à ce dernier qu'on demandera de se plier aux exigences de cette production. Des migrations humaines seront plutôt envisagées, des régions seront délibérément condamnées à devenir des déserts, pour la seule commodité d'un rendement matériel techniquement conçu. Régions surpeuplées, villes tentaculaires, conditions de vie où chacun sait pourtant que l'homme s'y déshumanise, s'y avilit, s'y corrompt physiquement, socialement, moralement. Peu importe ! Une technocratie synarchique se moque éperdument de ces valeurs stables, principes mêmes de la permanence de l'ordre humain.
Comme le notait le chanoine Lallemand (24) : nous ne savons pas assez à quel point l'esprit de nos « contemporains est formé à la mentalité révolutionnaire, dans les simples manières mêmes de penser. Nous nous figurons qu'il y a encore des vérités de base dans les esprits, des amours incontestées dans les volontés. Non ! l'idéologie révolutionnaire a été poussée à ses dernières limites et dans tous les domaines. On ne voit plus pourquoi tout ne changerait pas perpétuellement sous l'effort de plus en plus puissant de l'homme ».
Mais un tel oubli, une telle méconnaissance du « sens commun » seraient inexplicables, et inciteraient même à douter de la valeur naturelle que le catholicisme a toujours reconnue précisément au « sens commun », si l'on tendait à oublier l'authentique violence (25) faite à la pensée humaine par la plupart des philosophes, depuis trois siècles au moins.
(10) Préface à l'ouvrage de Charles de Koninck : De la Primauté du Bien Commun contre les personnalistes, 1943, Editions Fides, Montréal, Canada.
(11) Quand nous parlons de la Révolution (au singulier et avec un grand R) il s'agit moins d'un quelconque renversement de régime (comme, par exemple, celui de la monarchie française en 1789) que d'un courant d'idées, de théories qui amenèrent un renversement complet (la Ré-volution : du latin « revolvere ») dans la conception de l'homme et de la société. Ce courant se manifesta surtout avec la Réforme. La propagande des « philosophes » au XVIII" siècle et la constitution active de la Maçonnerie lui donnèrent ensuite une plus grande force, notamment par les coups qu'elles portèrent à l'ordre social chrétien.
Nous verrons en quoi le marxisme peut être dit l'héritier principal de ce courant révolutionnaire.
Sur le sens de la Révolution ainsi entendue, il est significatif de remarquer l'unanimité de ses partisans comme de ceux qui l'ont combattue.
Du côté révolutionnaire: - « La Révolution n'est pas seulement pour la France. Nous en sommes comptables à l'humanité » (Thuriot à l'Assemblée Législative, le 17 août 1792).
- « On veut détruire la Révolution, mais je la défendrai, « car je suis la Révolution, moi » (Bonaparte cité par Thiers Histoire du Consulat et de l'Empire, t. V, p. 14).
_ « Nous vous convions à soutenir avec nous le combat de tous ceux qui procèdent de la Révolution, de tous ceux qui ont recueilli son héritage » (Jules Ferry. Discours du 5 septembre 1880).
_« Nous sommes chargés de préserver de toute atteinte le patrimoine de la Révolution » (Viviani. Discours du 15 janvier 1901).
_ « Nous sommes révolutionnaires, mais nous sommes les fils de la Renaissance et de la Philosophie avant d'être les fils de la Révolution. » (Le Journal des Débats en 1852.)
Et du côté de ses adversaires : « La Révolution est une doctrine qui prétend fonder la société sur la volonté de l'homme, au lieu de la fonder sur la volonté de Dieu» (Albert de Mun à la Chambre des Députés, novembre 1878).
_ « Elle se manifeste par un système social, politique et économique, éclos dans le cerveau des Philosophes, sans souci de la tradition et caractérisé par la négation de Dieu « sur la société publique. C'est là qu'est la Révolution et c'est là qu'il faut l'attaquer. » (38 Assemblée Générale du Cercle Catholique, 22 mai 1875.)
_ « Le reste n'est rien, ou plutôt tout découle de là, de cette révolte orgueilleuse, d'où est sorti l'Etat moderne, l'Etat qui a pris la place de tout, qui est devenu dieu et que nous nous refusons à adorer.
_ La contre-Révolution, c'est le principe contraire, c'est la doctrine qui fait reposer la société sur la loi chrétienne. » (Chambre des députés, novembre 1878.)
_ Et le R.P. d'Alzon, en 1876 : « La guerre est entre la Révolution et l'Eglise. L'Eglise a eu d'autres ennemis; elle les a tous vaincus. Aujourd'hui elle a affaire à la Révolution. »
_ « Pas de milieu ! écrit Blanc de Saint-Bonnet (La Légitimité) Ou voir régner l'Eglise dans nos mœurs, ou voir régner la Révolution. »
-- « La Révolution ... est une doctrine, ou si l'on aime mieux, un ensemble de doctrines, en matières religieuse, philosophique, politique et sociale. Voilà ce qui lui donne sa véritable portée... » (Monseigneur Freppel, La Révolution française, p. 1.)
- M. Jean de Fabrègues montre bien à quelle prétention universelle tend la Révolution. Il note dans La Révolution ou la foi (pp. 64 à 66) :
« C'est André Malraux qui a écrit un jour une courte phrase qui explique toute notre époque. La voici: « La Révolution joue aujourd'hui le rôle que joua la vie éternelle »... La « Révolution est explication du monde, de son mouvement, de son rythme; elle en donne le sens, le but; elle en est l'espoir et elle en sera l'achèvement... La Révolution est rédemption, elle est aussi création, « nouvelle création » du monde, le monde d' « après » ne sera plus celui d' « avant »... La Révolution engendre non seulement des rapports nouveaux entre les hommes, un monde nouveau, mais très exactement aussi un homme nouveau ... Entre la Foi et cette notion de la Révolution absolue, il n'y a ni compromission; ni composition possibles: elles s'excluent puisqu'elles sont toutes les deux DES EXPLICATIONS DU MONDE et des re-créations de l'homme et QUI S'OPPOSENT DIAMÉTRALEMENT. »
On trouvera dans Pour qu'Il Règne (pp. 119 et suivantes) de plus longues citations, notamment celles de plusieurs Papes. Citons entre autres ces paroles de Pie XII: « Faute de principes doctrinaux, précis et fermes, le monde intellectuel, sur tout depuis la fin du XVIII" siècle, était mal préparé à découvrir les infiltrations dangereuses et à réagir contre leur pénétration insensiblement progressive. » (26 mars 1951.)
Tel est le sens dans lequel nous parlons de la Révolution (au singulier et avec une majuscule).
12) « AVOIR conscience », « ÊTRE conscient » ... impliquaient déjà une notion d'être, absente du marxisme. « PRENDRE » conscience est un mouvement d'insertion dans le courant. De là, la conception purement dynamique que l'accouplement « prendre - conscience » suppose, sens tout différent de celui du catholicisme, et qui, de Rousseau à Bergson, a subi bien des fluctuations. Il n'en reste pas moins qu'à la lettre cette expression: « prendre conscience » n'a par elle-même rien d'hétérodoxe et de nécessairement marxiste. Elle est seulement pervertie par le marxisme dans une perspective où la vérité objective n'a plus de place.
(13) « Le grand homme c'est celui qui a pris conscience du mouvement général de son époque et qui a placé son point d'insertion pour pousser dans le sens du mouvement historique ». (Roger Garaudy: Le matérialisme historique, « Les lois de l'histoire », Cours de Philosophie, fascicule IV de « l'Université nouvelle », 1946, Edit. Sociales, Paris.)
- Cf. également M. Sékou-Touré, l'actuel chef de la Guinée dans son discours du 8 mars 1959 :
« Nous croyons aussi qu'en Guinée le même effort de reconversion a été réalisé par la plupart des syndicalistes qui, de très bonne foi, mais par manque d'expérience et de FORMATION THÉORIQUE, ne pouvaient, il y a un moment, ANALYSER « CONCRÈTEMENT UNE SITUATION POUR EN DÉDUIRE LES LOIS FONDAMENTALES D'ÉVOLUTION... »
(14) Connaître le Communisme - La Colombe, pp. 7 et 8.
(15) Cf. Blanc de Saint-Bonnet: « Confusion et dissolution « de toutes les notions supérieures, de tout ce qui doit éclairer « les peuples et les préserver de la ruine. Nous succombons « par l'oubli des doctrines, et nous écartons constamment tout « ce qui a le caractère d'une doctrine. Nous trahissons les idées, « et nous le comprenons si bien que toute notre curiosité se « porte sur les faits. Or les faits MARCHENT ... » (La Légimité.)
(16) Cf. Charles de Koninck : « Peut-être avons-nous, nous mêmes, succombant sous le poids de cette tradition moderne, perdu foi en l'intelligence humaine à un degré tel qu'il nous répugne d'admettre que ce que les hommes pensent, et que ce qu'ils enseignent dans des salles de cours apparemment paisibles, peut avoir quelque grave conséquence pour le solide épicier du coin ... » Opus cit., p. 104.
(17) Cf. Charles de Koninck (opus cil., p. 102, 103) : « L'attitude des philosophes envers le lecteur a complètement changé. Ce n'est pas tant la vérité de ce qu'ils disent, que le lecteur et l'écrivain eux-mêmes qui deviennent objet principal de leur préoccupation. Ils espèrent toujours, pour leur propre avantage, confessent-ils, que le lecteur approuvera leurs opinions ... Comparez ce procédé à celui d'Aristote ou de saint-Thomas ... Les œuvres philosophiques revêtent une forme qui les met de plus en plus à l'abri d'une réfutation en règle. Elles sont enracinées dans un comportement. La philosophie devient de plus en plus l'expression de la personnalité des philosophes. Elle devient une activité littéraire. Et qui réfutera un poème ?.. On ne peut, en effet, réfuter sérieusement que ce qui appartient à l'ordre de l'affirmation (et de la négation). Comment réfuter (au sens strict) celui qui n'affirme pas, ne nie pas mais AGIT? Comment réfuter celui pour lequel affirmations ou négations (apparentes, grammaticales) n'ont, de son plein aveu, aucune valeur réelle d'affirmation ou de négation (au sens traditionnel de ces deux termes), mais une valeur d'action, une simple vertu motrice. Le marxisme (conscient) est (essentiellement) cela, et veut être cela. De ce fait, il échappe au domaine de l'affirmation et de la négation; même quand il semble affirmer et nier (grammaticalement). Un vrai marxiste, en effet, n'accorde à ces affirmations et négations aucune valeur réelle (valeur d'être) mais une valeur d'action. LE MARXISME EST UNE ACTION. Et la parole pour lui n'est pas expression de l'ÊTRE mais une force en vue de l'action. Aussi, faut-il avoir entendu le rire des vrais marxistes quand on prétend que d'aucuns ont... « réfuté » le marxisme. « Il ne s'en porte pas plus mal », répondait Cogniot naguère. Quand nous déciderons-nous à comprendre que le marxisme réalise l'inversion radicale, la « révolution » totale des facultés, des valeurs humaines; autant dire, quelque chose de mille fois plus grave, mille fois plus dangereux que pourrait l'être l'affirmation (ou la négation) la plus abominable. Car il resterait au moins, sous pareille affirmation (et négation) la vertu propre de l'affirmation (et de la négation). Authentique valeur d'ÊTRE.
Tant qu'on affirme, tant qu'on nie, cela prouve, au moins, que l'homme, animal intellectuel, n'a pas tout à fait perdu le sens de la valeur d'être et que, par là-même, il continue à rester essentiellement conforme au plan divin: un animal raisonnable, animal qui donne un sens au verbe « être ». Le tour de force du marxisme est de réaliser un monde où les hommes auront perdu ce sens-là, où ils ne penseront plus (au sens métaphysique) mais où il AGIRONT ... « consciemment ». Ce mot est intraduisible. Entendez que les hommes se livreront à l'ACTION d'une façon méthodique, systématique, refusant qu'une valeur d'être puisse servir de PRINCIPE et de FIN à ce mouvement. Point d'Alpha et d'Omega. Et, à plus forte raison, point de Celui qui s'est défini l' « Ego sum qui sum » : l'Etre même, éternellement subsistant.
(18) C'est nous qui soulignons. Mais précisément n'est-il pas significatif de voir la formule marxiste naître spontanément sous la plume de Bergson au moment où il écrit une définition pareille, ce qui ne veut pas dire que Bergson doive être pris pour un marxiste. On voit au contraire les attaques du communisme contre lui. Nous voulons indiquer seulement à quel point les erreurs de pensée, même des non-marxistes, ont contribué, en fait, aux progrès du communisme.
(19) Sens et non-sens de l'historicisme. Cf. « Itinéraires », juillet-août 1956, n" 5, pp. 2 et 3.
(20) Au sens fort, au sens scolastique de ce mot (note de La Cité Catholique).
(21) Cf. le discours de S. Em. le Cardinal Léger, Archevêque de Québec, dans un congrès international de patrons chrétiens. Verbe, nO 99, p. 45.
(22) Ce qui est d'ailleurs faux, ainsi qu'on le constate à l'expérience, et comme il est facile de le comprendre, si l'on veut bien ne pas oublier que le BUT indiqué par ce « principe et fondement », étant surnaturel et comme à l'infini, sa poursuite ne peut pas ne pas mettre en œuvre toutes les énergies. « Quantum potes, tantum aude » - tout ce que tu peux, ose-le. Telle est l'authentique formule du dynamisme chrétien; mais dynamisme rigoureusement ordonné par le Dogme, des principes stables, et dont le terme est l'ETRE même, éternellement subsistant: Dieu.
(23) Cf. Pie XII (18 avril 1952) « Le signe distinctif de cette « morale est qu'elle ne se base point sur les lois morales « universelles, comme par exemple les Dix Commandements, « mais sur les conditions ou circonstances réelles et concrètes « dans lesquelles on doit agir ».
(24) Rapport aux journées d'études sociales de la « Fédération Nationale Catholique» (26 octobre 1936).
(25) Cf. Léon Brunschvig : La modalité du jugement, p. 1 à 5 ... Parlant d'une « spéculation philosophique » typiquement « moderne », ce philosophe ne peut s'empêcher de confesser ... : {( De ce point de vue AUQUEL IL FAUT QUE L'ESPRIT S'ACCOUTUME « LENTEMENT ET LABORIEUSEMENT ... » - On comprend que nous devons être loin, par là même, de ce qu'un Bergson dut saluer comme « la métaphysique NATURELLE de l'intelligence humaine. » Aucune accoutumance lente et laborieuse n'y était exigée de l'esprit. Elle s'appelait, tout au contraire, la philosophie du sens commun.
Dernière édition par Pat le 24/04/2008 - 18:26, édité 2 fois.
Image
Que les hommes d'arme bataillent et que Dieu donne la victoire! (Jeanne d'Arc) Patriotiquement votre.

Avatar de l’utilisateur
Pat
Administrateur délégué
Messages : 25478
Inscription : 03/12/2006 - 23:46
Localisation : Les Alleuds dans le 49
Contact :

Messagepar Pat » 25/11/2007 - 0:30

Les «eurocommunistes» payés par Moscou
«Une enquête stupéfiante. Un dossier implacable.» Ce sont les mots qui reviennent sans cesse pour qualifier le dernier livre du journaliste français Jean Montaldo. L'ouvrage, on s'en doute, est une bombe. Son titre: «Les secrets de la banque soviétique en France». Bien entendu, notre presse, notre radio et notre TV n'en n'ont pas parlé. La «multinationale marxiste», est-elle devenue si puissante? Ou sommes-nous si peu maîtres de notre liberté de penser? Ce livre, nous l'avons lu pour vous aider à mieux le découvrir.
Une ambassade financière de l'U.R.S.S. à Paris
En 1948, en pleine «guerre froide», alors que des grèves politisées et insurrectionnelles mettaient en danger l'économie de la France, le ministre de l'Intérieur, le socialiste Jules Moch, dénonçait à l'Assemblée nationale le financement du parti communiste français par la Banque Commerciale de l'Europe du Nord (B.C.E.N.). Aujourd'hui, trente ans après, Jean Montaldo rouvre le dossier de cette banque vraiment hors du commun et prouve que, quoi qu'en disent les leaders communistes, rien n'a changé depuis. Au contraire. La B.C.E.N. est une véritable ambassade financière de Moscou qui assure à l'U.R.S.S. le contrôle du P.C.F., de sa presse, de sa propagande, de ses réseaux d'affaires. Et aussi: de la C.G.T. et des comités d'entreprise les plus riches de France. Et encore: de contacts dans les plus grosses banques mondiales et dans les milieux commerciaux internationaux. Voyons d'abord le décor. Jean Montaldo:
«En désignant la B.C.E.N./Eurobank comme la banque soviétique à Paris, j'emploie des termes littéralement exacts. Certes, sur le plan juridique et administratif, la B.C.E.N. a un statut français. Nos lois obligent les banques étrangères à se doter d'un P.D.G. français - dérisoire garantie du caractère «national» de leurs activités. Ainsi, à la B.C.E.N., dont le président en titre depuis 1965 s'appelle Guy de Boysson, les capitaux soviétiques se montent à 99,7 % des actions, souscrites par deux banques moscovites: la banque d'Etat (Gosbank) et la banque pour le Commerce extérieur de l'U.R.S.S. (Vneshtorbank). Le 0,3 % reste entre les mains de Français qui offrent toute garantie aux yeux de Moscou.
Si le P. D. G. de la banque soviétique à Paris est M. de Boysson, ancien député communiste, son vrai maître est le vice-président directeur-général, M. Vladimir Ponomarev. Bien que petit cousin de M. Boris Ponomarev, membre du Comité central du P.C. d'Union soviétique, suppléant au Politburo et chargé des rapports avec les partis frères d'Europe occidentale, il est surveillé dans tous ses actes, au même titre que les autres dirigeants, cadres et employés de la banque, par un directeur nommé à cet effet. Ces dernières années, ce rôle était dévolu à M. Mikhailov, né en 1933 à Moscou, arrivé à la BC.E.N. en 1972. M. Ponomarev ne dispose d'aucune autonomie d'action: noté en permanence par le K.G.R, il exécute au doigt et à l'oeil les instructions de Moscou».
Image
Une demi-tonne de documents secrets
L'ouvrage de Montaldo (Ed. Albin Michel, 287 pages) s'appuie sur une véritable montagne de documents, tous authentiques et... explosifs. Ses archives, Jean Montaldo les a montrées récemment à la télévision allemande: il y en a près d'une demi-tonne dissimulées dans une cave «quelque part à Paris».
DEUX QUESTIONS:
1. Comment a-t-il réussi à se les procurer, compte tenu de l'exceptionnel système de précautions dont s'entourent généralement les Soviétiques, a fortiori dans une banque?
Réponse: au cours d'une de ses enquêtes, Montaldo (il faut dire ici qu'il n'est pas à son coup d'essai. Il a publié, entre autres, les étonnantes «Finances du P.C.F.» (1977) et "La France communiste" (1978) qui n'est pas moins documentée) a constaté que la B.C.E.N. se débarrassait d'une bonne partie de ses archives en ... les jetant à la poubelle, laquelle atterrissait régulièrement sur le trottoir. Pendant plusieurs mois, Montaldo a joué les éboueurs parisiens pour emporter ces poubelles. Puis il s'est mis à trier, classer, décrypter, analyser et interpréter ce qu'il y trouvait. Résultat: un panorama prodigieux et insoupçonné des activités de la plus capitaliste des banques soviétiques en Occident. Montaldo y dévoile les noms, les numéros de compte, les montants, les comptes secrets, des rapports confidentiels sur des projets en cours et sur les contacts avec l' «étranger». Ce faisant, il apporte les preuves de la mainmise de l'U.R.S.S. sur le P.C.F. et sur la C.G.T. - ce qui n'est pas forcément une surprise - mais aussi il révèle le truquage et surtout - nous y reviendrons - le double langage communiste.
2. Pourquoi Montaldo cache-t-il ses documents?
Réponse: "Je sais que les services secrets soviétiques font ce qu'ils peuvent pour les récupérer", dit Montaldo. La banque aussi, cela va sans dire. Mieux: M. De Boysson a accusé le journaliste d'avoir volé les documents dans «des tiroirs ou des corbeilles de la banque» et a menacé de porter plainte. Notamment, dans le but de les récupérer. Montaldo, lui, est très à l'aise: «Le P .D.G. sait parfaitement que je n'ai pas obtenu frauduleusement les pièces dont je parle. En conséquence, je le défie de saisir les juges de sa plainte».
L'aspect peut-être le plus saisissant du livre est fait de ses révélations sur son réseau de correspondants et de contacts dans toutes les parties du monde. «L'Eurobank - c'est l'autre nom de la B.C.E.N. - est l'agent insidieux de la pénétration soviétique, écrit Montaldo. Elle détient en France et en Europe une position de quasi monopole dans les échanges avec les pays de l'Europe communiste, Cuba, le Vietnam et certains Etats africains «révolutionnaires». Elle est le plus souvent l'intermédiaire privilégié, presque inévitable, pour les transactions entre le monde occidental (États-Unis et Canada compris) et l'empire soviétique. Par son entremise, l'influence du Kremlin s'étend partout, sous un masque anodin. Mais les milieux d'affaires du monde entier connaissent le poids de l'Eurobank: elle incarne l'U.R.S.S. Traiter avec elle, c'est traiter avec Brejnev».
Voilà qui est clair. Et pour que ce le soit encore plus, voici un exemple choisi parmi beaucoup d'autres: celui de l'Iran.
La B.C.E.N. «dans le camp des massacreurs»
Au moment où les communistes français publiaient communiqué sur communiqué pour dénoncer «l'horrible massacre en Iran» et les «bains de sang provoqués par la dictature maudite» (du Shah), et alors que les jeunesses communistes appelaient à la manifestation devant l'ambassade d'Iran à Paris, des représentants de la B.C.E.N. se trouvaient à Téhéran pour tenter de négocier de nouveaux contrats! M. Boehm, un haut dignitaire de la banque envoyé sur place, note dans son rapport: «B.N.P. est co-chef de file de la plupart des contrats signés par l'industrie française en Iran. Font aussi des montages directs avec des privés iraniens car les banques locales ne veulent pas s'engager à moyen terme. JE SIGNALE NOTRE INTERET A ETRE CONTACTES POUR CES OPERATIONS». Plus loin, M. Boehm signale: «... Creusot-Loire bénéficiera de l'emprunt LM.B.D.L en préparation sur le marché des eurodevises, D'OU POUR NOUS UNE INCITATION A REPONDRE FAVORABLEMENT SI NOUS Y SOMMES INVITES».
Ainsi donc, comme le remarque Montaldo, «la banque du P.C. français ne rêve que de crédits et refinancements A MOYEN TERME avec les vampires du capitalisme iranien! Tandis que Marchais et Séguy chantent la révolution iranienne, leurs banquiers soviétiques misent sur le régime!»
Dernière précision: le 1er décembre 1978, en pleine insurrection contre le «tyran» et tandis que l'opposition mise sur l'arrêt du pétrole, arme suprême pour abattre le souverain, la B.C.E.N. s'occupe, elle, d'investir. en Iran des capitaux servant au contraire à augmenter la production. Traité ce jour-là à la banque: le dossier INDOSUEZ / ELF AQUITAINE / IRAN. On peut y lire: «Cf. Affaire N° 2220 - Contrat de F.L 200.000 - pour la mise en production du champ pétrolière de Sirri C et D. Participons à hauteur de 2 % dans le crédit de préfinancement de F. 608.000.000. Maintenons notre accord de participation».
Apparemment, Moscou ne croyait pas à la victoire de Khomeiny!
D'autres petites farces
On apprend encore que • en mai 1978, le Chili de Pinochet a reçu de la B.C.E.N. 15 millions de dollars • le 3 janvier de la même année, elle intervenait au Zaïre pour 4,7 millions de roubles dans des financements • elle a «des rapports étroits et constants» avec le Crédit Suisse, troisième banque de la confédération • aux U.S.A., les dirigeants B.C.E.N. ont reçu «un accueil très chaleureux. Resserrons nos liens» • etc.
Voyons d'autres exemples:
• TUNISIE: Alors que la presse et le syndicat communistes s'acharnent depuis des mois contre le régime de Bourguiba qui a arrêté les syndicalistes accusés d'avoir fomenté les troubles meurtriers de janvier 78, des envoyés spéciaux de la RC.E.N. notent dans le compte-rendu de leur voyage en Tunisie: «L'accueil qui nous a été réservé a. été. une fois de plus, excellent et témoignait de la qualité de nos rapports avec les banques tunisiennes. Nos relations d'affaires se situent actuellement à trois niveaux. 1 - En trésorerie, la Banque centrale nous prête actuellement 15 millions de dollars; c'est un de nos déposants réguliers 2 - Nos engagements financiers envers les principales sociétés industrielles de Tunisie se montent à 5 millions de dollars 3 Nous participons à sept crédits acheteurs pour un total de 20 millions de F ainsi qu'à une convention de cadre de 100 millions de F» .
• LES U.S.A.: Les banquiers soviétiques n'hésitent pas à devenir les alliés «objectifs» de l'impérialisme américain, chaque fois qu'ils l'estiment nécessaire. Dans le même temps où «L'Humanité» spéculait sur la faillite du dollar et dénonçait les impostures du plan Carter de relance, les experts de la B.C.E.N. faisaient de tout autres pronostics. Voici un extrait extraordinaire d'un rapport de la direction de l'Eurobank commentant ce même plan:
«... Les conséquence internationales d'un relâchement américain seraient graves non seulement pour le dollar mais pour la crédibilité des Etats-Unis, pour le leadership de ce pays et pour la cohésion occidentale. Pour le président Carter, le pas le plus difficile a été franchi: les élections législatives ont eu lieu. Le président peut continuer à faire montre d'autorité. Le fera-t-il? On ne peut que l'espérer
«On ne peut que l'espérer.» Que penseront de cette analyse les lecteurs de «L'Humanité ?»
Pas les amis de nos amis
Amis avec nos ennemis, mais pas forcément amis avec nos amis. C'est une autre surprise que nous réserve Montaldo. Là aussi, des exemples font mieux voir.
• VIETNAM: En octobre 78, le représentant à Paris de la Vietcombank de Hanoi expose à la C.B.E.N. le projet de sa banqué de lancer sur le marché un prêt de 100 millions de dollars. Réponse des amis soviétiques de l'Eurobank: «Nous ne sommes pas en mesure d'être l'organisateur d'un tel prêt». Or, le jour-même, l'Eurobank acceptait d'être co-manager, et en pool, avec huit autres banques, d'un prêt de 250 millions de dollars consenti... à une banque soviétique. Commentaire de Montaldo: «Cynisme stupéfiant! Les banquiers communistes ne prêtent qu'aux riches ... »
• COREE DU NORD: Le «grand leader» Kim Il Sung porté aux nues par la presse marxiste n'a guère de bonnes références auprès des hommes d'affaires du Kremlin. On apprend ainsi par Montaldo que «la Corée du Nord est en «moratoire» et, plus grave encore, qu'elle n'honore même pas les créances s'y référant». Conséquences directes: on coupe les ponts (financiers) ... D'autres révélations encore? Montaldo s'en réserve pour l'avenir, certain qu'il est d'avoir déjà suffisamment couvert de ridicule des banquiers marxistes en étalant leurs secrets en plein jour. Dès aujourd'hui, en tout cas, tout le monde le sait: il existe bel et bien une multinationale marxiste de la banque.
Hector BARCLAY • le nouvel EUROPE MAGAZINE n°2 mars/avril 1979
Camarade client
Parmi ceux qui ont un compte à la B.C.E.N.: le syndicat communiste C.G.T. et son hebdomadaire, «Vie ouvrière», l'ambassade d'U.R.S.S. à Paris, le quotidien «L'Humanité» et son rédacteur en chef, René Andrieu, l'ambassade de Cuba à Paris, le député communiste Georges Gosnat qui est trésorier du P .C.F., l'ambassade de R.D.A. à Paris, le philosophe marxiste Jean Ellenstein, le Secours populaire (organisation «charitable» contrôlée quoi qu'il dise - par le P.C.F.), l'AerofIot, feu M. Kanapa (le «meilleur ami» de Marchais), Tass, Intourist, Michel Simon, Patrice Chéreau, Lurçat, Sacha Pitoeff, Francis Lemarque, Julien Duvivier, Sartre, etc.
Les multinationales du Kremlin
Selon le journaliste François Lebrette ("Valeurs actuelles"), il y a actuellement 90 sociétés multinationales «rouges» dans le monde. Elles concernent la banque, le pétrole, les diamants, le bois, les poissons et crustacés, l'automobile et les agences maritimes. En Belgique, nous en trouvons cinq:
NAFTA-BELGIQUE (stations-services), RUSSALMAZ (pierres précieuses), BELSO (poissons), SCALDIA VOLGA (voitures) et TRANSWORLD MARITIME AGENCY. Salut, camarades ...
la plume la plus acérée de Paris
Jean Montaldo (39 ans, pied-noir, fils d'un sénateur d'Alger et grand médecin) est, depuis près de vingt ans, un des journalistes-enquêteurs les plus redoutés de Paris. Son livre «LES CORROMPUS» (La Table ronde, 1971) fit tomber un député et deux commissaires de Lyon impliqués dans un scandale. Avec «DOSSIER S ... COMME SANGUINETTI, il porta à ce dernier des coups dont il garde encore les traces (il perdit contre Montaldo son procès en cassation). Et dans «TOUS COUPABLES - DOSSIER O.R.T.F.», il se fit, avec éclat et succès, le grand pourfendeur de la télévision française, dénonçant la pagaille et la gabegie, dévoilant le scandale de la publicité clandestine, faisant vaciller des ministres et provoquant le fameux rapport Diligent et la réforme de la T. V •
Dernière édition par Pat le 24/04/2008 - 18:40, édité 2 fois.
Image
Que les hommes d'arme bataillent et que Dieu donne la victoire! (Jeanne d'Arc) Patriotiquement votre.

Avatar de l’utilisateur
Pat
Administrateur délégué
Messages : 25478
Inscription : 03/12/2006 - 23:46
Localisation : Les Alleuds dans le 49
Contact :

Messagepar Pat » 25/11/2007 - 0:33

Image
Dernière édition par Pat le 24/04/2008 - 18:29, édité 1 fois.
Image
Que les hommes d'arme bataillent et que Dieu donne la victoire! (Jeanne d'Arc) Patriotiquement votre.

Avatar de l’utilisateur
Pat
Administrateur délégué
Messages : 25478
Inscription : 03/12/2006 - 23:46
Localisation : Les Alleuds dans le 49
Contact :

Messagepar Pat » 25/11/2007 - 22:47

La star rouge Image
Né le 19 décembre 1906 à Kamenskoye, sur les bords du Dniepr, Leonid Brejnev est, affirment ses biographes officiels, «issu d'une dynastie ouvrière prestigieuse». Dans l'incapacité où nous sommes de vérifier ce détail, voir même de saisir avec précision le sens de cette expression délicieusement typique du langage officiel soviétique, contentons-nous de reproduire l'information.
Vocation bureaucratique
Toujours est-il que, lorsque éclatent successivement la petite révolution bourgeoise de février 17, puis la Grande Révolution Prolétarienne d'Octobre, le jeune Leonid n'a que 11 ans .. Son père, qui travaille aux aciéries locales le pousse à s'engager dans la même voie. Il ne dit pas non, et obtient même un diplôme d'ingénieur métallurgiste à Koursk. Mais dès eetteépoque se dessine pour lui une autre voie: inscrit au Komsômols à l'âge de 17 ans, il va découvrir, en fréquentant l'univers bureaucratique du Parti, sa véritable vocation: une carrière d'apparatckik. Une carrière qui lui permettra, au lieu de végéter entre Koursk et KamensKoye, de «monter à Moscou», de bénéficier de toutes sortes d'avantages matériels et surtout, surtout d'avoir du pouvoir. Ah, le pouvoir ...
Inscrit au parti en 1931, le camarade Brejnev, fait bientôt la connaissance du camarade Krouchtchev, dont le «cursus honorum» est déjà plus avancé et qui lui enseignera un art indispensable pour faire carrière sous un régime totalitaire: l'art de négocier les virages. Apparemment, Leonid manifeste des dons: en 1938, alors que les têtes tombent de toutes parts, on le retrouve dirigeant du comité régional de Dniepropetrovsk du P.C.U.S .. Entre-temps, il a épousé une bonne communiste, Victoria Petrovna, qui lui donne deux bons petits communistes: Youd et Galina.
Un modèle de vaillance militaire
Au cours de la seconde guerre mondiale, Leonid Brejnev occupe les fonctions de commissaire politique de la 18ème armée. Une bonne place tranquille et tout, derrière un bureau, où les éclats de voix remplacent avantageusement les éclats d',obus. Il est aimé de ses hommes, ce général en chambre, ça fait plaisir à voir: figurez-vous qu'aujourd'hui encore, «interviewés» par «l'Etoile rouge», gazette de l'armée du même nom ses anciens soldats manifestent à son souvenir un enthousiasme unanime. «II nous offrait partout et toujours un exemple», se rappelle l'un, visiblement ému, tandis que l'autre renchérit : «C'était un modèle de vaillance militaire, un des organisateurs de la victoire devant Novossibirsk».
Zèle stalinien
De 1931 à 1953, Leonid aura donc manœuvré avec assez de souplesse pour échapper à toutes les purges staliniennes. Dans ce chamboule-tout qu'est la «justice» soviétique où les juges se changent en coulisses avant de réapparaître en tant qu'accusés, où les bourreaux pour un peu s'exécuteraient eux-mêmes, le camarade Brejnev passe entre les gouttes.
Il fait preuve, il faut le dire, d'un zèle stalinien particulièrement appuyé - sans doute même un peu trop, ou un peu trop longtemps. «Staline est l'architecte génial du communisme, le plus grand homme de notre temps», s'écrie-t-il ainsi en 1952 devant le' 19ème congrès du P.C"U.S. - celui-là même qui vient de le nommer secrétaire du parti pour la Moldavie.
Vanitas vanitatum ! Quelques mois plus tard, le petit père des peuples rend l'âme -- épuisé sans doute d'avoir trente ans durant, rendu fécondes toutes les femmes d'Union soviétique» (1). Son séide Leonid est aussitôt écarté du Kremlin et prié poliment, mais fermement, d'aller jouer ailleurs. Sa carrière est-elle brisée?
Zèle krouchtchevien
Rassurons-nous: la bonne étoile de Leonid ne l'a pas abandonné. A l'issue d'une empoignade politique mémorable, c'est Nikita Krouchtcbev, son premier patron politique, qui, surgissant du panier de crabes, s'empare de la direction du P .C. Il n'oubliera pas les amis: Brejnev, qui s'est rappelé à son bon souvenir, est nommé deuxième secrétaire du parti pour le Kazakhstan, Ce n'est peut-être pas une promotion-éclair mais il reprend ainsi, modestement, sa longue marche vers le pouvoir. Désormais, elle ne sera plus interrompue.
En 57, il devient membre du Présidium du Soviet Suprême. Trois ans plus-tard, il en est Président - c'est-à-dire chef de l'Etat: un poste auquel n'est pas attaché beaucoup de pouvoir dans la pratique soviétique, mais qui n'en constitue pas moins un échelon très élevé dans la hiérarchie. Sa principale activité consiste alors à représenter l'URSS à l'étranger. Il s'en acquitte d'une manière très personnelle: reçu à Téhéran par le chah d'Iran, il fige d'horreur les convives d'un dîner de gala en mangeant le caviar avec ses doigts; puis, s'apercevant finalement de son impair, il se lèche consciencieusement les doigts et, dans un silence glacialement réprobateur, se lève pour porter un toast: «A bas le protocole ! Vive la liberté ! »
Une place dans la troïka
C'est en octobre 64, à la faveur de la chute de son ancien protecteur, que cet amoureux de la liberté accède enfin au poste qu'il convoite depuis plusieurs années: celui de premier secrétaire du Parti communiste d'Union soviétique. Il en profite aussitôt pour placer aux postes clés ses hommes de confiance, tous ukrainiens comme lui: Chelokov au Ministère de l'Intérieur, Andropov au K.G.B., Gretchko à la Défense, Souslov aux questions idéologiques.
Les sept années suivantes, il va les consacrer à assurer la prééminence de sa position par rapport à ses deux concurrents principaux, Kossyguine et Podgorny - les deux autres chevaux de retour de la troïka. En 68, déjà, c'est lui qui prend personnellement la décision de lancer les chars soviétiques contre la Tchécoslovaquie, Un fameux début de règne. Et à partir de 70, à certains signes qui ne trompent pas, on peut voir qu'il est devenu le chef suprême du pays: d'abord, il y a sa place au balcon, lorsqu'il vient saluer les masses populaires; il salue désormais au centre avec ses petits camarades Podgorny et Kossyguine respectivement à sa droite et à sa gauche. Et puis, il préside les grandes manœuvres de l'armée, assiste au Conseil des Ministres, signe seul le Plan, s'attribue les fonctions de ministre des Affaires étrangères, etc.
En 1974, premier signe d'un processus de personnalisation du pouvoir : la firme « Melodia» lance sur le marché un disque de son discours au 11 ème congrès des Komsomols. Malgré un prix défiant toute concurrence - l'équivalent de 3,50 F contre 17,50 F pour un disque ordinaire - son disque reste boudé par le grand public - allez savoir pourquoi?
En 76 enfin, le général Brejnev se décide à se faire nommer maréchal, comme tonton Joseph : une manière comme une autre d'affirmer sa volonté d'avoir la haute main sur l'Armée rouge.
Une étoile est née
C'est en février 1976 que se tient le 25ème congrès du PCUS. A cette occasion, Mkhaïl Souslov monte à la tribune pour faire l'éloge d'«un homme pour qui les travailleurs de notre pays éprouvent un profond respect, une grande affection et dont le prestige est immense auprès de tous les honnêtes gens de notre planète»... Vous ne devinez pas ? Allez, encore quelques indices : «Un dirigeant prestigieux, un magnifique organisateur, un politicien perspicace, un homme simple et modeste au dévouement Sélns borne, à l'esprit de principe, plein di/sollicitude pour les autres». Cette fois, plus d'erreur possible: il s'agit bien du camarade-premier secrétaire.
Cet excellent discours - dont nous nous excusons de ne pouvoir, faute de place, . reproduire l'intégralité - donne le signal d'une campagne de culte de la personnalité, la première depuis la mort de Staline. Au firmament soviétique, une nouvelle étoile est née.
En décembre 76, les cérémonies marquant le 70ème anniversaire de Brejnev vont permettre à cette campagne de s'affirmer. 70 ans, dans le cadre du régime gérontocratique que connaît aujourd'hui l'URSS, c'est le bel âge - à peine l'âge mûr pour un politicien.
Les journaux sont inondés de dizaines de témoignages spontanés d'affection et d'admiration pour Leonid, émanant du petit peuple russe. Un (émouvant) exemple entre mille : la lettre, publiée par la «Pravda», d'un ancien camarade d'atelier du premier secrétaire qui, l'ayant connu dans les années 20, a conservé intact dans son petit cœur prolétarien l'image de ce «petit gars modeste, travailleur et intelligent» qui a «plus à tout le monde» par ses qualités humaines ( "intégrité, humanité, délicatesse, charme et simplicité") toutes qualités dues évidemment aux « liens de chair et de sang » que Leonid a avec la classe ouvrière.
Dans cette même veine à la fois spontanée et nuancée, la presse publie des kilomètres d'articles et de correspondances exaltant à chaque fois une facette nouvelle de la riche personnalité du camarade Brejnev : champion de l'art militaire, combattant de la paix, expert agricole, spécialiste de sciences humaines ...
Et puis, il y a ceux qui éprouvent toujours le besoin d'en rajouter: ainsi du président des journalistes d'Union soviétique, oui a la fameuse idée de nommer Brejnev «journaliste d'honneur» en lui attribuant la carte n°2 - C'est Lénine qui a eu la n°1 ! Dans sa réponse, c'est avec sa franchise habituelle que le «journaliste d'honneur» remercie les «travailleurs de la presse, de la radio, de la télévision et des agences d'information qui, sous la direction du bureau politique et du comité central, font un grand travail de propagande au service de la politique intérieure et extérieure du P,C soviétique», On ne saurait mieux résumer la conception soviétique de la mission du journaliste
Brejnev superstar
Parallèlement, la campagne prend de l'ampleur : trente millions de posters en couleurs à l'effigie du grand homme sont tirés pour être affichés, le grand jour, dans les magasins, taxis et autres lieux publics ... Des albums de photos retraçant sa vie héroïque et exemplaire son mis en vente. Un film sort même sur les écrans soviétiques, sobrement intitulé: «Histoire d'un communiste».
Est-ce une manière détournée d'exprimer quelque aigreur ? Tout au long des cérémonies, les deux petits camarades de Leonid manifestent de l'impatience : les caméras montrent Kossyguine bavardant et scrutant le plafond d'un œil morne, tel un mauvais élève, tandis que Podgorny ne cesse de regarder sa montre - comme s'il pressentait...
Pour Brejnev, pendant ce temps, c'est la foire aux médailles. Chaque roi mage lui en a apporté une, grand-croix, ordre de première ·classe ou étoile d'or. Il ne lui manquera même pas l'ordre mongol de Suhe-Bator. Et au nom de la patrie soviétique reconnaissante, c'est l'infortuné Podgorny qui épinglera, sur cette poitrine déjà recouverte de 55 clips et breloques de toutes sortes, trois nouvelles décorations : l'ordre de Lénine (5ème citation) , l'étoile d'or de «( héros de l'Union soviétique» et l' «épée d'honneur» récompensant ses «mérites éminents dans le renforcement du potentiel défensif {sic} de l'URSS et le perfectionnement des forces armées soviétiques».
Un autre, sans doute, se laisserait griser par de tels honneurs. Pas Leonid. «(Je ne suis pas de ceux à qui les louanges font tourner la tête», affirme-t-il avec un bon sourire. Allons, tant mieux.
Grand-papa gâteau
Dans le privé, le «héros de l'Union soviétique» habite bourgeoisement un appartement de 6 pièces - luxe incroyable en URSS - dont nous vous donnons l'adresse à tout hasard, des fois que l'envie vous prendrait d'être les premiers à lui fèter son soixante-et-onzième anniversaire : 26, Kutuzovsky Prospekt à Moscou. Outre sa femme Victoria Petrovna, la famille Brejnev se compose donc de deux enfants : Galina, une petite qui a du caractère et aura dit-on, donné bien du souci à papa; et Youri, qui s'est fait connaître de la presse française en venant se délasser au Crazy Horse Saloon au cours d'un voyage professionnel à Paris, et qui vient d'être nommé par Papa vice-ministre du Commerce extérieur. Grand-papa gâteau, Leonid entretient des relations idylliques avec sa petite-fille, à laquelle il ne ménage pas ses marques de tendresse devant les journalistes. Une image de marque, ça s'entretient. Dans cette revue de la famille Brejnev, il serait injuste d'oublier les chiens: le dogue, d'abord, et puis Sobol, un gentil petit chien sibérien, le préféré de Leonid.
Tant qu'on a la santé ...
Apparemment, les sentiments prolétariens ne sont pas incompatibles avec des goûts de luxe. Le premier-secrétaire raffole des voitures rapides (lisez: occidentales) ; il les collectionne et n'aime rien tant que les conduire à toute allure sur les routes soviétiques - pas bien encombrées, il faut le dire. Parmi ses favorites : une Rolls-Royce Silver Cloud, une Maserati, une Cadillac.
Leonid Brejnev pratique aussi la chasse à l'ours dans les Carpathes, et se passionne pour le hockey. Il est gros fumeur, amateur de vodka, de bonne chère et de jolies femmes. Pas de petites filles comme le sympathique Béria, qui se les faisait livrer à domicile par ses agents du NKVD ; non, lui ça serait plutôt le genre ballerine d'opéra, paraît-il... Bref, un bon vivant.
D'ailleurs, n'était-il pas surnommé «le Jouisseur» par ses collègues apparatchiki, voici une vingtaine d'années?
Mais tout cela c'est du passé, n'est-ce pas? Dorénavant, le camarade-premier secrétaire devra se ménager. Certes, il est de constitution robuste et n'a que 12,5 de tension, mais il souffre d'insomnie chronique et, ces derniers temps, son état a paru particulièrement fragile: à plusieurs reprises, il lui a fallu interrompre ses activités pour prendre du repos.
Dans l'intérêt de l'Union soviétique, des peuples du monde et de la cause de la paix, il faut que Leonid se surveille. Trop souvent, hélas, ce sont les meilleurs qui partent les premiers ....
Bruno Touvenel INITIATIVE nationale : N° 19 juin/juillet 1977
Dernière édition par Pat le 24/04/2008 - 18:31, édité 1 fois.
Image
Que les hommes d'arme bataillent et que Dieu donne la victoire! (Jeanne d'Arc) Patriotiquement votre.

Avatar de l’utilisateur
Pat
Administrateur délégué
Messages : 25478
Inscription : 03/12/2006 - 23:46
Localisation : Les Alleuds dans le 49
Contact :

Messagepar Pat » 29/11/2007 - 1:52

LE MARXISME, HÉRITIER PRINCIPAL DE L'ESPRIT «MODERNE» ET DES COURANTS RÉVOLUTIONNAIRES
«Au début était le Verbe» Saint Jean.
« Au début était l'action » Gœthe.

Nous avons montré combien la « civilisation moderne» dans ce qu'elle a de quotidien, de familier, nous place dans un climat implicitement marxiste, auquel il ne manque plus qu'une « prise de conscience », une insertion volontaire pour l'être explicitement.
Dans le présent chapitre, nous verrons que, de leur côté, la philosophie « moderne », l'esprit, la pensée, la culture « modernes » se sont constitués par une critique progressive des conceptions traditionnelles et chrétiennes, préparant ainsi l'avènement du marxisme.
Et nous pensons qu'il est impossible d'expliquer le tour d'esprit, la mentalité que nous avons décrits au premier chapitre (avec le marxisme comme « prise de conscience» de cette mentalité) si l'on ne retrace les grandes étapes du courant philosophique depuis Luther et Descartes.
L'esprit moderne de Luther et Descartes à Hegel et Marx
On ne parle plus aux intelligences, disions-nous.
Seuls le mouvement, le dynamisme comptent. Perte du sens de l'être, primat de l'action, fatalisme de l'histoire et, par là, corruption de l'intelligence et de ses véritables fonctions, nous allons voir chez Luther et Descartes la racine de ces manifestations quotidiennes de l'esprit « moderne ».
Tous ces traits, certains passages d'un livre de M. Jacques Maritain (26) nous en montrent l'évidence chez le « Réformateur ».
« Il y a un trait frappant dans la physionomie de Luther, écrit M. Jacques Maritain. Luther est un homme entièrement et systématiquement dominé par ses facultés affectives et appétitives; c'est un pur Volontaire caractérisé avant tout par LA PUISSANCE DANS L'ACTION.
« Tous les historiens insistent sur son âpre énergie, Carlyle l'appelle un Odin chrétien, un vrai Thor ».
« Ah ! sans doute il ne s'agit guère ici de la volonté prise dans ce qu'elle a de plus proprement humain, et qui est d'autant plus vivace qu'elle s'enracine plus profondément dans la spiritualité de l'intelligence; il s'agit de la volonté prise en général, il s'agit de ce que les anciens appelaient en général l'Appétit, l'appétit concupiscible, et surtout l'appétit irascible.
« Ses paroles sont des demi-batailles » a-t-on dit « de lui. .. »
..........................................................................................................................
« Cette attitude d'âme devait tout naturellement s'accompagner d'un profond anti-intellectualisme, favorisé d'ailleurs par la formation occamiste et nominaliste que Luther avait reçue en philosophie (27).
« Ce n'est pas seulement à la philosophie, c'est essentiellement à la raison que le Réformateur déclare la guerre, LA RAISON NE VAUT QUE DANS UN ORDRE EXCLUSIVEMENT PRAGMATIQUE, POUR L'USAGE DE LA VIE TERRESTRE, Dieu ne nous l'a donnée que pour qu'elle gouverne ici-bas, c'est-à-dire qu'elle a le pouvoir de légiférer et d'ordonner sur tout ce qui regarde cette vie, comme le boire, le manger, les vêtements, de même aussi ce qui concerne la discipline extérieure et une vie honnête ». (28). Mais dans les choses spirituelles, elle est non seulement aveugle et ténèbres » (29), elle est vraiment « la « p... du diable, elle ne peut que blasphémer et déshonorer tout ce que Dieu a dit ou fait» (30), « elle est le plus féroce ennemi de Dieu» (31). « Les anabaptistes disent que la raison est un flambeau... La raison répandre la lumière? Oui, comme celle que répandrait une immondice mise dans une lanterne » (32). Et dans le dernier sermon prêché à Wittenberg, vers la fin de sa vie: La raison, c'est la plus grande p ... du diable ... qu'on devrait fouler aux pieds et détruire, elle et sa sagesse. Jette-lui de l'ordure au visage pour la rendre laide. Elle est et doit être noyée dans le baptême... Elle mériterait, l'abominable, qu'on la reléguât dans le plus sale lieu de la maison, aux latrines » (33).
« On pourra donc tout au plus ACCORDER A LA RAISON UN RÔLE TOUT PRATIQUE DANS LA VIE ET DANS LES TRANSACTIONS HUMAINES. Mais elle est incapable de connaître les vérités premières, toute science spéculative, toute métaphysique est un leurre: omnes scientiœ speculativœ non sunt verœ ... scientiœ, sed errores, - et l'usage de la raison dans les matières de la foi, la prétention de constituer, grâce au raisonnement et en se servant de la philosophie, une science cohérente du dogme et du donné révélé, bref la théologie telle que l'entendaient les scolastiques est un abominable scandale ...
..........................................................................................................
« Luther en somme apportait à l'humanité, deux cent trente ans avant Jean-Jacques, une délivrance, un immense soulagement. IL DÉLIVRAIT L'HOMME DE L'INTELLIGENCE, DE CETTE FATIGANTE ET OBSÉDANTE CONTRAINTE DE PENSER TOUJOURS, ET DE PENSER LOGIQUEMENT ...
................................................................................................
« La grande œuvre révolutionnaire sauvage, à partir du protestantisme en descendant jusqu'à nos jours, prépare ainsi comme "le plus béni des résultats", le non-sens pur et simple.
« ELLE NE PERMET DE REPOS A LA RAISON QUE DANS LA CONTRADICTION, elle met en nous une guerre universelle ... »
• Quoiqu'elle fût en germe chez les nominalistes et chez Luther, c'est DESCARTES, qui, le premier, a parlé expressément de cette philosophie qui aura pour fin, non pas d'abord le savoir, la connaissance de l'Etre pour lui-même, mais la transformation de toutes choses au profit de l'homme (34). Et, en cela, mentalité moderne et marxisme sont le très fidèle écho de ce passage de la IV partie du « Discours de la méthode» : « ... au lieu de cette philosophie spéculative qu'on enseigne dans les écoles, on en peut trouver une pratique par laquelle, connaissant la force et les actions du feu, de l'eau, de l'air, des astres, des cieux et de tous les autres corps qui nous environnent, aussi distinctement que nous connais sons les divers métiers de nos artisans, nous les pourrions employer en même façon à tous les usages auxquels ils sont propres, et ainsi nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature.
Ce qui n'est pas seulement à désirer pour l'invention d'une infinité d'artifices qui feraient qu'on jouirait sans aucune peine des fruits de la terre et de toutes les commodités qui s'y trouvent, mais principalement aussi pour la conservation de la santé ... »
Encore faut-il, pour saisir la portée de ce texte, se rappeler ce que Descartes avait, dans la première partie de son « Discours », déclaré au sujet de la théologie : « Je révérais notre théologie et prétendais autant qu'aucun autre à gagner le ciel; mais, ayant appris comme chose très assurée que le chemin n'en est pas moins ouvert aux plus ignorants qu'aux plus doctes, et que les vérités révélées qui y conduisent sont au-dessus de notre intelligence, je n'eusse osé les soumettre à la faiblesse de mes raisonnements, et je pensais que pour entreprendre de les examiner, et y réussir, il était besoin d'avoir quelque extraordinaire assistance du Ciel et d'être plus qu'homme. »
Même la philosophie spéculative serait donc trop difficile, trop incertaine et insuffisamment ajustée au niveau de la raison.
• « Il annonce une nouvelle méthode, écrit M. l'abbé Blanc (35) et avec elle la création d'une nouvelle philosophie; ce que les penseurs ont trouvé jusqu'ici lui paraît faux ou non démontré rigoureusement. Il lui faut une autre certitude ... Il regarde comme non avenus tous les témoignages, toutes les autorités: il doute même (36) des vérités scientifiques réputées les plus sûres. Mais il s'aperçoit bien vite qu'il y a une vérité fondamentale qui résiste à toutes les prises du scepticisme; c'est le fait de notre propre pensée et, par là même, notre propre existence: je pense, donc je suis ... »
C'est cette vérité qui amènera toutes les autres. On n'admettra pour vrai que ce qui est « évident ». « Malheureusement », ajoute M. l'abbé Blanc, « Descartes ne précise pas cette évidence, il n'en met pas en relief le caractère objectif, il paraît la confondre avec une certitude subjective, AVEC CE QUI PARAIT TEL A CHACUN. »
Sans entrer plus avant dans la description du système cartésien on voit déjà le péril. Même si Descartes admet l'existence réelle, objective des choses extérieures à nous et à notre pensée, il fait reposer ses conclusions sur la connaissance subjective, celle du « moi» qui pense. « Je pense, DONC je suis », cette célèbre proposition est même interprétée par plusieurs philosophes dans le sens suivant qui aggrave le danger du cartésianisme: c'est PARCE QUE je pense que j'existe.
Tout, en fin de compte, pourrait n'être qu'illusions dans nos connaissances (doute cartésien), la seule réalité qu'il faudrait admettre, parce qu'évidente, serait notre pensée. Les successeurs de Descartes, on le verra, n'hésiteront pas à aller jusqu'au bout de cette théorie.
Dès lors la voie est ouverte à deux erreurs, apparemment contraires, mais dont les conséquences se retrouveront dans le marxisme. Sous le nom de « pensée » Descartes englobait toutes les opérations de la connaissance (sensible et intellectuelle) (37).
Les uns ramèneront donc la pensée à la sensation; ce sera le sensualisme philosophique et le matérialisme.
Les autres, au contraire, ramèneront la connaissance sensible à la pensée; ils en viendront à nier le monde extérieur qui ne serait que le produit de la Pensée, ou de l'Idée.
Ce sera l'idéalisme philosophique (38) dont Marx partira pour élaborer sa dialectique. On voit donc l'importance de Descartes dans la naissance des deux courants: idéaliste et matérialiste, dont le Marxisme constituera la synthèse, comme nous le verrons au chapitre suivant.
Mais Descartes n'aperçut peut-être pas ce qu'on pouvait tirer de son système.
Hume (39) sera plus franc : « Contentez votre passion pour la science... mais que votre science soit humaine, et telle qu'elle puisse AVOIR UN RAPPORT DIRECT A L'ACTION ET A LA SOCIÉTÉ. Je défends la pensée abstruse et les recherches profondes ... (Elles sont punies) par la mélancolie pensive qu'elles entraînent, par l'incertitude sans fin dans laquelle elle vous plonge, et par l'accueil glacial que vos prétendues découvertes rencontreront quand vous les ferez connaître ... » (40).
A son tour "l'effort de Kant (41), écrit Charles de Koninck, pour délivrer l'intelligence spéculative des entraves de la métaphysique, en la confinant à l'ordre logique ... a été le pas le plus décisif vers cette «philosophie de la Révolution, qui aujourd'hui menace ouvertement le monde entier. " (42).
Si pour le père du « cogito ergo sum », en effet, un principe de scission était déjà posé entre le réel et une pensée se suffisant à elle-même, avec Kant cette dernière devient explicitement une création de l'esprit humain selon le développement autonome de ses lois propres. On comprend qu'il n'existe plus, dès lors, de vérité qui s'impose. Chaque homme, désormais, sera le maître de sa pensée, comme sa conscience deviendra la seule source de sa propre loi, de sa morale.
Double liberté : liberté de pensée, liberté de conscience (43), principes et source de tout le libéralisme moderne.
A chacun sa vérité. Chacun doit être libre d'agir à son gré.
• Mais Kant au moins supposait, hors d'atteinte de l'esprit créateur de sa propre pensée, une réalité inconnaissable. Elle sera supprimée à son tour. Chez « Fichte (44) il ne reste plus que le « moi» auteur de la pensée ... Et il ne faudrait pas croire qu'il n'y ait là, écrit M. Jean Daujat (45), que rêveries de philosophes sans conséquences pour la vie des peuples. Ce Fichte est le Fichte du Discours à la nation «allemande » qui soulèvera l'Allemagne contre Napoléon, et ceci se rattache étroitement à sa philosophie puisqu'il y fait appel au « dynamisme »germanique contre le fétichisme latin et occidental de la réalité stable: s'il n'y a plus de réalité stable qui soit et dure, il n'y a plus que le dynamisme de l'esprit agissant - et c'en est fait des formes stables du droit et de la morale - il ne restera qu'une action sans règle morale, épousant le dynamisme de la vie, se conformant à tous les besoins vitaux de la puissance germanique. Il y a, là, la source de tout ce qui a fait le fond du germanisme depuis plus d'un siècle... »
26) Trois Réformateurs, « Luther ou l'avènement du Moi ».
Pages 39, 40, 43 à 49, 72. (Nouv. édit. revue et corrigée, Plon, 1945).
(27) Guillaume d'Occam (1276-1342) fut un des champions du « nominalisme », théorie selon laquelle nos idées n'auraient aucune valeur perdurable universelle. Elles n'auraient qu'une valeur de signe, de nom (nominalisme), une valeur de convention propice à d'utiles classements.
D'où le caractère pragmatique, utilitaire que prennent dans cette perspective l'intelligence et la raison. Elles y sont considérées comme coupant, tranchant, fragmentant le réel pour notre plus grande commodité, mais sans qu'on reconnaisse aux catégories, découpages qu'elles expriment la moindre vérité.
M. Jean Daujat l'a bien vu lorsqu'il fait remonter au nominalisme l'origine lointaine du marxisme.
Le caractère pragmatique de la raison, selon ces philosophes nominalistes, entraîne une conception arbitraire de la morale et de la politique puisque l'intelligence ne saurait accéder aux vérités qui les fondent, qui leur donnent un but. Cette théorie aboutit, note M. Jacques Chevalier, comme on le voit chez Luther, chez Hobbes ou chez Hegel, à faire du Souverain ou de l'Etat une puissance absolue, illimitée, créatrice des « droits. » (Leçons de philosophie, t. II, p. 484, Arthaud, édit. Grenoble - Paris 1943).
On retrouvera au numéro 107 de Verbe (décembre 1959) des précisions sur le nominalisme.
(28) Weim, XLV, 621, 5-8 (1538).
(29) Weim, XII, 319, 8; 320, 12.
(30) Weim, XVIII, 164, 24-27 (1524-1525).
(31) « Rationem atrocissimum Dei hostem », in Galat (1531).
Weim, XL, P.L, 363, 25.
(32) Cité par A. Baudrillart : « L'Eglise catholique, la Renaissance et le Protestantisme », Paris 1905, p. 322-323:
(33) Erb, 16, 142 à 148 (1546).
(34) « Descartes, écrit Hegel dans son Histoire de la philosophie, est le fondateur de la philosophie moderne ... L'action de cet homme sur son siècle et sur les temps nouveaux ne « sera jamais exagérée: c'est un héros. Il a repris les choses par le commencement et, APRÈS UN ÉGAREMENT DE MILLE ANS, il a retrouvé le véritable sol de la philosophie. »
(35) Dictionnaire de Philosophie, p. 385, art. « Descartes ».
Lethielleux, Paris, 1909.
(36) On ne sait si c'est un doute réel, ou un doute méthodique, un doute par hypothèse.
(37) Sur ces deux modes de connaissance cf. Verbe n° 107, Introduction à la politique : les universaux et n° 108.
(38) Voir à propos. de Hegel la note définissant ce terme. (note 48).
(39) Hume, philosophe écossais né et mort à Edimbourg (1711-1776). Selon lui nous ne connaitrions que nos sensations et les phénomènes, les manifestations sensibles des choses. Ce que nous appelons la cause d'un effet ne serait qu'une illusion de notre imagination.
La seule notion abstraite et générale que pourrait atteindre notre intelligence serait celle de la quantité et du nombre.
Protestant, Hume oppose, comme Luther, la raison à la foi.
Comme ce dernier il ne donne à la raison qu'un rôle pratique puisqu'elle ne connaît que la quantité et les choses sensibles.
(40) An Enquiry concerning human understanding sect l, Edit. E.A. Burtt, Modern Library, 1939, p. 587.
(41) Emmanuel Kant, philosophe prussien né et mort à Rœnigsberg (1724-1804) où il professa.
Selon lui il y a un monde réel (le monde des « noumènes », des « choses en soi ») mais notre intelligence ne peut l'atteindre. Elle ne peut saisir que ce qui est à la surface du réel, les « phénomènes» qui produisent en nous des sensations. La fonction de notre raison c'est de se construire, à partir des sensations, un monde intérieur, personnel, de la connaissance. Cette théorie est un « idéalisme » parce qu'elle fait dépendre notre connaissance d'une création de notre esprit.
Cependant chez Kant, la réalité, l' « objet » ne disparaissent pas complètement. Ils existent: ce sont les « noumènes », mais notre esprit ne peut en avoir une connaissance exacte.
En revanche la réalité s'impose à nous au plan de la RAISON PRATIQUE en nous dictant nos devoirs. L'esprit qui, selon Kant, ne peut connaître aucune vérité métaphysique, connaît cependant les vérités d'ordre moral. Si on veut bien le remarquer, la philosophie de Kant s'insère rigoureusement dans le courant de Luther à Marx. L'intelligence échoue au plan spéculatif et n'a plus qu'une fonction pratique en ce qui touche à la conduite de la vie et à la morale.
Kant a systématisé l'inversion de la philosophie traditionnelle qui faisait reposer la morale sur la métaphysique (on règle ses actions sur la vérité connue et aimée, la « pratique » s'établit en fonction des « principes » immuables qui guident l'homme vers sa fin). Il fait reposer au contraire la métaphysique sur la morale. Les principes ne sont plus fondés sur une vérité connue par l'intelligence, mais se déduisent des règles de notre action.
Il y a un grand pas ainsi fait vers le marxisme, philosophie de lutte et d'action.
(42) Opus. cif., p. 104.
(43) Liberté qui n'a rien à voir avec ce que le catholicisme appelle du même nom.
(44) Le « moi » de Fichte, autrement dit: la pensée de l'individu, se heurte dans son dynamisme, dans son mouvement, à ce que nous appelons le monde extérieur, les choses et qu'il appelle le « non-moi ».
Contraints de s'amalgamer, de trouver entre eux une harmonie le « moi » et « non-moi » (la pensée personnelle et ce qui tombe sous nos sens), en s'opposant, donnent naissance à un troisième terme.
On retrouve là ce qui sera la méthode hégélienne et marxiste : la « thèse » et l' « antithèse » engendrent, par leur lutte, un troisième « moment» ou stade, dans l'évolution de l'Idée pure : c'est la «synthèse».
A partir de cette « synthèse » devenue « thèse » à son tour le cycle recommence: elle s'oppose à une « antithèse »: de leur lutte naît une nouvelle « synthèse» et ainsi de suite.
Hegel fut aussi influencé par un autre philosophe allemand:
SCHELLING. Celui-ci voyait bien qu'en faisant du « Moi » le créateur de la pensée on ne comprenait plus les sciences de la nature: physique, chimie, etc. Il n'y a pas de science de la nature qui ne doive, en effet, se soumettre à la réalité du monde extérieur.
Cette constatation aurait pu amener Schelling à retrouver la véritable solution à ce problème, dans la philosophie traditionnelle et chrétienne. Il ne le fit pas et conçut un système idéaliste où le « moi » et le « non-moi » (la pensée et le monde extérieur) étaient confondus dans ce qu'il appelait l' « absolu ».
Hegel proclama que l' « absolu » de Schelling c'était l'Idée pure dans son développement continu, dans son dynamisme, qui suivait les étapes indiquées par Fichte: thèse, antithèse, synthèse.
- Fichte, Jean Gottlieb (1762-1814) fut professeur à Iéna en 1794. Le Discours à la nation allemande est de 1808.
- Schelling Frédéric, Guillaume, Joseph (1775-1854) né à Wurtemberg est mort en Suisse. Il fut professeur à Iéna, Wurtzbourg et Munich. Il écrivit de nombreux ouvrages pendant sa longue carrière professorale.
(45) Connaître le Communisme, p. 14.

.........À SUIVRE......................................................................
Dernière édition par Pat le 24/04/2008 - 18:33, édité 2 fois.
Image
Que les hommes d'arme bataillent et que Dieu donne la victoire! (Jeanne d'Arc) Patriotiquement votre.

Avatar de l’utilisateur
Pat
Administrateur délégué
Messages : 25478
Inscription : 03/12/2006 - 23:46
Localisation : Les Alleuds dans le 49
Contact :

Messagepar Pat » 29/11/2007 - 17:45

LE MARXISME, HÉRITIER PRINCIPAL DE L'ESPRIT «MODERNE» ET DES COURANTS RÉVOLUTIONNAIRES suite
Une étape cependant restait encore à franchir. Elle le sera par HEGEL, le maître de Marx.
Le « moi» de Fichte, en effet, est encore une réalité ...
Hegel (46) la supprime pour ne plus admettre que l'Idée pure dont l'évolution engendre à la fois toutes les consciences individuelles et toute l'histoire du monde (47). Dans l'hégélianisme il n'y a plus aucune réalité, l'Idée est tout: c'est l'idéalisme (48) absolu. Et comme en fidèle écho au célèbre titre de l'œuvre de Descartes: « La méthode, écrit Hegel, est la force absolue, unique, suprême, infinie, à laquelle aucun objet ne saurait résister; c'est la tendance de la raison à se retrouver, à se reconnaître elle-même en toute chose. » Toutes choses seront désormais à l'image de notre pensée, devenue le principe qui pose toutes choses.
Hegel : Identité de l'être et du néant.
Mais, fait encore observer M. Jean Daujat (49), « si l'idée demeure elle-même, elle ne peut évoluer et constituer toute l'histoire. L'histoire va sortir de ce que chez Hegel on appelle la « dialectique » ... L'idée n'est pas ce qu'elle est, parce qu'elle devient, elle change sans cesse, elle n'existe que pour se contre dire, se nier elle-même à chaque instant, de sorte que oui appelle non, se confond avec non dans le changement. Il n'y a rien qui soit et dure, il n'y a que la contradiction perpétuelle. Par la dialectique l'idéalisme absolu est ainsi un évolutionnisme absolu ... (50). L'histoire est une révolution perpétuelle, l'idée est en œuvre perpétuelle d'action révolutionnaire pour faire l'histoire en niant, en contre disant, en changeant ce qui est. Tout ce qui se présenterait comme une réalité est à nier et à détruire pour que se fasse l'histoire dans la contradiction et la révolution perpétuelles. Il n'y a aucune vérité stable qui serait vraie aujourd'hui, hier et demain: affirmer et nier n'ont plus de sens, affirmer et nier s'appellent et se confondent, seule demeure l'action qui fait l'histoire. »
L'être et le néant sont même chose.
Autrement dit: ce qui est, ce qui n'est pas ne s'opposent plus essentiellement, mais sont appelés à s'unir.
Tel est le grand principe de toute la philosophie de Hegel. Il est clair que la notion d'ÊTRE s'y trouve comme anéantie.
« Cet homme, a écrit le Père Gratry, était savant et logicien, et il se prenait au sérieux. Il se croyait le fondateur définitif de la philosophie ... Et ce n'est pas là qu'un simple délire. C'est un des faits les plus considérables, les plus redoutables, les plus décisifs de l'histoire de l'esprit humain. Tout le système a pour but d'établir l'identité absolue de tout, notamment celle de l'être et du néant, qui est l'identité fondamentale, principe de tout: ce qui renferme l'identité du pour et du contre, du vrai et du faux, du bien et du mal. D'où résultent: en métaphysique, l'athéisme; en morale, l'abolition de la conscience et de la distinction du bien et du mal...
Ainsi, cela est bien certain, poursuivit, en son temps, le Père Gratry, il y a en Europe, depuis vingt-cinq ans, une école de l'absurde proprement dit (51), ce qui, depuis l'ère nouvelle, ne s'était jamais vu dans le monde. »
On comprend, dès lors, ce que peuvent être dans le système de Hegel, la philosophie de la nature et la philosophie de l'esprit. La nature n'est que le système des idées objectivées. L'esprit n'est que l'idée se repliant sur elle-même.
L'état prussien: " moment " ultime du système hégélien
En ce qui concerne le droit, il naît du respect de la liberté d'autrui comme de la sienne propre. Mais l'Etat étant l'institution chargée de réaliser le droit dans toutes les sphères, l'Etat représente donc, théoriquement, la liberté absolue et le droit absolu, devant lesquels doivent, pratiquement, céder les libertés et les droits individuels.
Pour Hegel, donc, l'Etat, avec son organisation militaire et administrative, est l'idée qui fait l'histoire, une conception créatrice d'histoire (52). Et, par làmême, Hegel est un des pères, sinon le père par excellence, des systèmes étatistes contemporains, le père de ces totalitarismes qui sont une des marques les plus significatives, et le fléau de la civilisation moderne (53).
• Telles furent, rappelées sommairement, les grandes étapes de la philosophie, de Descartes à Hegel (54).
Mais le marxisme est non seulement le couronnement logique de tout ce courant de pensée, mais la synthèse, le confluent de beaucoup d'autres, qui, sans le vouloir sans doute, ont fait et continuent à faire
son jeu: le nietszchéisme et sa volonté de puissance, le bergsonisme et son mouvement pur; et tout le courant pragmatiste de l'évolutionisme moderniste (55).
Le marxisme. héritier du libéralisme
Nous avons entendu, bien des fois, discours semblables à celui-ci.
Comment peut-on croire une idéologie fondée sur l'identité des contradictoires, autant dire sur l'absurde rigoureusement défini? Comment peut-on faire sienne une idéologie qui enlève leur sens à l'affirmation et à la négation, toute valeur à la notion d'être? Comment peut-on professer une idéologie de la contradiction méthodique, du mouvement pur, de l'évolution radicale (56). En bref, comment le marxisme peut-il avoir une chance sérieuse de diffusion?
Nous avons toujours répondu en faisant observer que pareilles questions renversaient les données du problème.
Est-il sage, en effet, de meure en doute la possibilité de ce qui, en fait, existe déjà?
L'effarant aujourd'hui n'est pas dans l'existence d'une philosophie explicite de la contradiction, appelée marxisme.
L'effarant est, qu'implicitement au moins, le tour d'esprit, la façon de penser d'un très grand nombre réalise ce que le marxisme se contente d'expliciter et de systématiser.
Est-il surprenant dès lors que l'idéologie tende à l'emporter quand il est clair que chacun professe déjà, plus ou moins consciemment, ce qui constitue l'essentiel de l'idéologie en question?
Il reste, dirait un bon marxiste, à passer de l'inconscience à la conscience explicitement dialectique.
La formule hégélienne, marxiste, de l'identité de l'être et du néant nous choque et nous révolte. Nous acceptons mal qu'on soutienne, aussi explicitement, l'équivalence du oui et du non, de la vérité et de l'erreur, du bien et du mal. Mais, lisions-nous récemment dans les « Cahiers Pédagogiques » (57), ne voit-on pas s'édifier « un nouvel empyrée moral (ou « amoral) dont les vertus cardinales sont l'automation, le record, l'efficacité et l'argent. Le bon et le mauvais, le beau et le laid, le faste et le néfaste se réfugient au magasin des vieilles lunes et, au droit « pur, se substitue le droit du plus fort».
Dire que « l'être et le néant sont une même chose », scandalise. Mais que signifie, neuf fois sur dix, cette autre formule, universellement agréée cependant: « toutes les opinions sont bonnes » ? Quand, en bons libéraux, nous répondons à M. Durand, qui dit « blanc » : « vous avez raison »; et à M. Dupont qui dit « noir » : « vous êtes dans le vrai » (58), le bon sens le plus élémentaire voudrait que nous nous rendions compte qu'en procédant ainsi nous soutenons, nous aussi, l'identité des contradictoires, mais sans nous en douter, ce qui n'ajoute rien à la valeur de l'opération (59).
Et combien se disent ainsi (et se croient !) antimarxistes au nom d'un libéralisme qui est le fondement du marxisme. Ce dernier ne procède-t-il pas des mêmes principes en les développant beaucoup mieux? Lui, au moins, ne bronche pas devant les conséquences. Du libéral ou du marxiste quel est le plus cohérent?
Si le libéralisme est aussi raisonnable qu'il est répandu; si, comme il le prétend, la vérité est éminemment subjective, fluctuant au gré de chacun, on perd le droit de s'étonner de ce qu'Albert Camus, par exemple, dit du marxisme, dans « l'Homme Révolté » (60) : « Rien n'étant vrai ni faux, bon ou mauvais, la règle sera de se montrer le plus efficace, c'est-à-dire le plus fort. Le monde, alors, ne sera plus partagé en justes et en injustes, mais en maîtres et en esclaves. »
Toute l'âme du marxisme, nous l'allons voir, tient dans ce propos, fort libéral dans son principe; à saveur nietzschéenne (61), par surcroit.
Pré-marxiste, également, cette citation du bergsonien Jean Weber: « En face des morales d'idées, nous esquissons la morale ou plutôt l'amoralisme du fait ... Nous appelons « bien» ce qui a triomphé. Le succès pourvu qu'il soit implacable et farouche, pourvu que le vaincu soit bien vaincu, détruit, aboli sans espoir, le succès justifie tout... Le devoir n'est nulle part et il est partout, car toutes les actions se valent en absolu (62). Le pécheur qui se repent mérite les tourments de son âme contrite, car il n'était pas assez fort pour transgresser la loi. Il était indigne de pécher (63). »
Soit encore ce passage (64) tout empreint d'un anti-intellectualisme très bergsonien: « Notre existence, en ce qu'elle a de mouvant et de vivant en elle, est traversée ... d'antonymies (65), non-antonymiques, de contradictions non-contradictoires, d'oppositions non-oppositionnelles ... Si elles se présentent à nous à l'état naissant, elles ne deviennent de vraies antonymies qu'à partir du moment où la pensée discursive s'en empare et les façonne à sa manière, en méconnaissance de leur vraie nature. Le dynamisme primitif les résorbe, tout en devenant structure à leur contact ».
Et de Bergson lui-même: « Il n'y a pas de choses, il n'y a que des actions (66). »
Soit encore cette « maxime» d'Etienne Rey (67) : « L'intelligence se satisfait tout autant du faux que du vrai (68). Sa loi n'est pas la vérité, mais la logique, et celle-ci se met volontiers au service de l'erreur. »
Synthèse de la subversion ...
Essence même de « l'esprit moderne ». Esprit du père de la Révolution, Jean-Jacques Rousseau:
« L'état de réflexion est un état contre nature, peut« on lire dans le « Discours sur l'Inégalité ». Et « l'homme qui médite est un animal dépravé. »
« Les idées générales et abstraites, est-il encore dit dans l' « Emile » (69), sont la source des plus grandes erreurs des hommes, jamais le jargon de la métaphysique n'a fait découvrir une seule vérité. »
Et, dans la deuxième lettre à Sophie (70) : « Le raisonnement, loin de nous éclairer, nous aveugle; il n'élève point notre âme, il l'énerve et corrompt le jugement qu'il devrait (71) perfectionner. »
Qu'on relise attentivement ces textes, qu'on prenne soin de noter ce qu'ils proposent, ce qu'ils nient, ce qu'ils attaquent, ce qu'ils détruisent, et l'on constatera que le marxisme n'est rien d'autre que la synthèse, la systématisation rigoureuse de tout cela.
Ce qui, jusqu'ici, dans chaque système, avait été négation fragmentaire, destruction partielle, parfois même inconsciente, le marxisme le met bout à bout, en quelque sorte, et en réalise la somme « consciente » et volontaire.
Il prend à son compte et ordonne méthodiquement tous les refus, toutes les propositions nihilistes dispersées dans les œuvres des penseurs plus ou moins subversifs depuis Luther et Descartes .
(46) Né à Stuttgart en 1770, Hegel est mort à Berlin en 1831. Il enseIgna à Heidelberg et à Berlin en 1818. Il succéda à Fichte. Ses œuvres complètes forment 17 volumes. Ouvrages les plus importants: Phénoménologie de l'esprit (1807), Logique (1812-1816), Philosophie de l'esprit et son Cours d'Esthétique.
(47) On retrouvera la référence explicite à cette théorie dans la citation que nous faisons d'un texte de Hitler, partie II, chap. 3.
(48) Ce terme n'a pas en philosophie le sens qu'on lui donne dans le langage courant. Dire de quelqu'un qu'il est idéaliste signifie communément qu'il professe des sentiments nobles, généreux, désintéressés. Grande est la différence entre l'idéalisme ainsi conçu et l'idéalisme philosophique. Ce dernier désigne essentiellement les systèmes de ceux qui ramènent toute réalité à l'idée et au sujet pensant. L'idéalisme est donc une revendication d'indépendance plus ou moins totale de l'esprit humain se manifestant par le refus de cette « soumission à l'objet » qui est au fond de toute la pensée chrétienne. C'est l'homme qui veut trouver tout en lui-même, et rien qu'en lui-même, sans avoir à reconnaître aucune dépendance. La pensée, pour l'idéalisme, n'est pas connaissance d'une réalité objective, elle est purement idéale, pure construction de l'esprit se développant selon ses propres lois ...
(49) Opus. cil., p. 15.
(50) Et si le marxisme est, comme nous le verrons, une transposition matérialiste de l'idéalisme hégélien, il garde la dialectique et l'évolutionnisme de telle sorte qu'on ne peut le comprendre sans le rattacher à Hegel.
(51) Autant dire: une école de la philosophie de ia contradiction. On sait, en effet, que le mot « absurde» signifie contradictoire, une chose impossible à penser parce que contradictoire.
(52) Etat de type nettement germanique, Hegel ne s'en cache pas. Présentant le système hégélien Emile Bréhier écrit: (Histoire de la Philosophie, t. Il, 3. Alcan, édit.).
« La supériorité définitive du GERMANISME est une supériorité spirituelle; la race germanique possède les qualités naturelles qui lui permettent de recevoir les plus hautes révélations de l'Esprit. Ce n'est pas la supériorité de la race comme telle qui est affirmée, mais seulement relativement à un moment déterminé, au MOMENT FINAL, de l'HISTOIRE DU MONDE. »
(53) « PAR-DESSUS LES ÉGLISES DISTINCTES, L'ETAT ASSUME LA « GÉNÉRALITÉ DE LA PENSÉE, la doctrine de sa forme, et cela LUI « PERMET D'EXISTER. » (Hegel).
(54) Il resterait à montrer comment d'autres philosophes, et même des courants de pensée apparemment opposés à celui que nous venons de décrire ont largement contribué à l'expansion du marxisme dans le monde.
C'est le cas, en particulier, des religions et philosophies asiatiques.
Analyser leurs apports à la dialectique marxiste-léniniste serait une œuvre immense et délicate, nécessitant de longs développements que nous ne pouvons inclure dans cet ouvrage.
Œuvre immense car les tendances panthéistes et vitalistes qui sont communes à la plupart des pensées asiatiques, varient dans leur formulation et dans les modes de vie qu'elles entraînent. Œuvre délicate parce que le marxisme nettement désigné trouve dans ces religions des adversaires qui, cependant, lui préparent inconsciemment les voies par leur pensée.
Bornons-nous à une constatation : il est curieux de voir que les philosophes asiatiques farouchement hostiles à « l'Occident » sous lequel ils englobent aussi bien saint Thomas que Descartes, le sont pour deux raisons :
- D'une part, ils haissent le « matérialisme » occidental et reprochent surtout à la « pensée moderne» d'avoir été à l'origine d'un mécanisme philosophique dont une conséquence pratique est la civilisation industrielle.
- D'autre part, leur haine profonde s'étend au-delà du cartésianisme, à toute philosophie qui reconnaît un réel pouvoir à la raison et fait de la logique autre chose qu'une vaine occupation de lettrés. C'est moins l'Occident de la géographie que celui de la philosophie chrétienne et du sens commun qu'ils repoussent.
Au-delà du cartésianisme, les pensées asiatiques s'en prennent à ce qui restait de sain et d'acceptable dans l'œuvre de Descartes à savoir une méthode scientifique. Ce qu'elles blâment dans la pensée dite « moderne » ce n'est pas seulement son caractère « moderne », vu sous l'aspect du technicisme, mais surtout son caractère de « pensée », son point de départ dans la raison humaine, fût-il par ailleurs un élément de dégradation pour la véritable intelligence, comme nous l'avons montré.
« Il n'y a, dit le philosophe hindou Dignana, aucune chose réelle indissolublement liée qui puisse être raison logique, car il est dit : la raison d'après laquelle un fait est la « cause d'un autre fait, qui en est la conclusion logique, ne dépend point de l'être ou du non être extérieurs, elle repose sur la condition d'inhérence ou de substance instituée PAR « NOTRE PENSÉE ». Et M. Masson-Oursel, qui cite ce texte dans sa Philosophie comparée, ajoute : « Cette transposition en termes idéalistes du vocabulaire des Naiyaikas fut finalement adoptée après l'élimination du boudhisme par la pensée brahmanique elle-même; et désormais se trouva constituée une logique destinée à régner dans toute l'Asie orientale, d'un empire aussi souverain que celui dont a joui en Occident la théorie aristotélicienne du raisonnement. »
Curieuse rencontre des « frères ennemis » que sont le rationalisme et l'anti-intellectualisme de type asiatique!
On se trouve ainsi amenés à cette conclusion des marxistes.
En dehors de la philosophie chrétienne, de toute pensée directement inspirée du christianisme, il est vrai de dire que le marxisme-léninisme est l'héritier de toutes les philosophies ... aberrantes.
Tandis qu'elle trouve un terrain d'accueil dans le scepticisme et le praticisme de cet Occident mythique, la «dialectique» est en germe dans la facile confusion de l'être et du non-être, lot des panthéismes. Les fatalismes irrationnels apportent de l'eau au moulin du «sens de l'histoire ». Et quant au croupissement social des civilisations de clans et de castes on verra, au chapitre de la « désaliénation» (2' partie, Chap. II) combien celle-ci est facilitée.
Quelques exemples illustreront ces brèves remarques: «Le concours de l'Asie, écrivait Elie Eberlin, est indispensable « pour la réussite du vaste mouvement de libération dont est « agitée l'humanité. L'Europe et l'Amérique - cette Europe « synthétique - ne suffisent plus à la tâche. L'Asie doit donner, l'Asie, ce berceau de la civilisation, l'Asie mystérieuse du boudhisme, du brahmanisme, du confucianisme, l'Asie, ce monde de races. Il faut que l'Europe cesse de convoiter l'Asie comme une proie. L'unité de l'Asie libre sera le prélude de l'unité de l'humanité libre.»
Ainsi voit-on M. Krouchtchev, l'homme au spoutnik, vanter en Europe et aux U.S.A. les progrès techniques de l'U.R.S.S. tandis qu'il donnait naguère un appui bienveillant à la conférence afro-asiatique de Bandœng dont le thème inlassable fut la guerre au «matérialisme» occidental, pour le salut des civilisations "spiritualistes" de l'Orient !
«Le seul effort requis, disait déjà Gandhi, c'est de chasser « la civilisation d'Occident » (Cité par H. MASSIS. L'Occident et son destin. Grasset, édit. Paris 1956).
Pour des raisons différentes, mais dont on trouverait la racine dans le tour dialectique de certaines pensées orientales, Lénine, dans un discours fameux invitait l'Asie à écraser l'Europe par le communisme.
Mythe de l'Orient contre mythe de j'Occident qu'y a-t-il de sérieux au fond de ce prétendu dilemne géographique dont les marxistes savent si bien utiliser les « contradictions » ... mondiales?
Il y a la Vérité et l'erreur, la Vérité qui unit les hommes de tout continent et de toutes civilisations dans une rencontre sur les principes; et il y a l'erreur, toujours divisée et diviseU8e dont les manifestations, si farouchement opposées qu'elles soient, se retrouvent dans le refus de la seule doctrine vraie.
«Le monde va très mal, écrivait Pie XI, parce qu'il ne sait « plus rien des universaux.»
La racine des erreurs, dont le marxisme est l'héritier principal et le foyer d'expansion le plus dynamique, est dans la méconnaissance des principes fondamentaux qui régissent la pensée et ses rapports avec le réel, principes dont le christianisme a permis une élaboration claire et universelle. (Cf. notre Introduction à la Politique et notamment Verbe n°s 106 et 108).
(55) Héritier de la Révolution, le marxisme s'apparente à la Maçonnerie quoique certains Maçons refusent d'aller jusqu'à la subversion radicale qu'il propose.
« Le marxisme et la franc-maçonnerie, écrivent NN. SS. les Evêques argentins dans leur Lettre collective de 1959, ont « l'idéal commun du bonheur terrestre ... Un franc-maçon peut accepter entièrement les conceptions philosophiques du marxisme ... Aucun conflit n'est possible entre les principes philosophiques du marxisme et de la franc-maçonnerie », affirme le grand maître de la franc-maçonnerie de Paris. (La Documentation Catholique, 7-21 septembre 1952, col. « 1 205).
« Pour arriver à ses fins, la franc-maçonnerie se sert de la haute finance, de la haute politique et de la presse mondiale; le marxisme, lui, se sert de la révolution sociale et économique contre la patrie, la famille, la propriété, la morale et la religion.
Les francs-maçons arrivent à leurs fins par des moyens secrètement subversifs. La franc-maçonnerie met en mouvement des minorités politiques sectaires; le communisme s'appuie sur une politique de masses, exploitant les aspirations à la justice sociale. »
(56) Cf. Engels: « Cette philosophie dialectique dissout toutes les notions de vérité absolue, définitive, et de conditions humaines absolues qui y correspondent. Il n'y a rien de définitif, d'absolu, de sacré devant elle, elle montre la caducité de toutes choses et rien n'existe pour elle que le processus ininterrompu du DEVENIR et du TRANSITOIRE. » Dans un éloge de Marx, Lénine se réjouissait à la pensée que « dès 1843, Marx apparaissait déjà comme un révolutionnaire qui proclamait la critique implacable de tout ce qui existe. » (Discours aux funérailles de Marx).
(57) N° 3 - 1er décembre 1957. - p. 66.
(58) Cf. sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus: Histoire d'une âme - Conseils et souvenirs. « Je vis, écrit-elle, qu'on louait beaucoup une maîtresse de pension parce qu'elle savait adroitement se tirer d'affaire sans blesser personne. Je remarquai surtout cette phrase: « elle disait à celle-ci: vous n'avez pas tort; à celle-là: vous avez raison ». Et moi, tout en lisant, je pensais: « Je n'aurais pas fait ainsi. Il faut toujours dire la vérité ». Et maintenant je la dis toujours. J'ai bien plus de peine, il est vrai. .. Si je ne suis pas aimée, tant pis. Qu'on ne vienne pas me trouver si on ne veut pas la vérité ... »
(59) « Assurément », note S.E. Monseigneur Lefebvre, archevêque dé Bourges, dans son Rapport doctrinal à l'Assemblée de l'Episcopat français (avril 1957), « les chrétiens ne vont pas jusqu'à mettre en doute l'existence de Dieu et Son autorité, mais, PRATIQUEMENT, ils ne lui font guère de place dans leur vie. On le relègue dans un ciel lointain, on admet le futur rendez-vous du Jugement, mais, en attendant, on prétend bien MENER SA VIE sans qu'Il ait à y voir de très près. Ainsi s'estompe la notion du péché. »
(60) N. R. F., p. 16.
(61) Par l'allusion, notamment, à ce monde appelé à être « partagé ... en maîtres et en esclaves ».
(62) A ce trait éminemment gidien, on voit combien le gidisme contribue, lui aussi, à l'établissement de cet état d'esprit dont la fleur marxiste sort comme d'un fumier.
(63) Revue de Métaphysique et de Morale (1894), p. 549-560.
(64) E. Minkowski, Ephémère, Durée, Eternel dans la Revue de Métaphysique et de Morale: juillet-décembre 1956. N° 3-4.
(65) Antonymie: Opposition de noms ou de mots ayant un sens contraire: ex. : un honnête fripon.
(66) L'évolution créatrice, 2" édit., 1907, p. 270.
(67) Maximes morales et immorales. Grasset édit. 1914.
(68) Rappelons que l'ÊTRE est le premier objet de l'intelligence, l'erreur elle-même, consistant pour l'homme à accorder une valeur d'ÊTRE à ce qui N'EST PAS. Ce n'est même qu'à partir de ce faux-semblant d'être que l'intelligence raisonne et peut raisonner plus ou moins logiquement, ce qui est encore pour elle une façon de raisonner SUR L'ÊTRE. La notion d'être disparaissant, l'intelligence cesse d'avoir un sens. Et l'on comprend fort bien, comme nous le redirons un peu plus loin, que les « penseurs» (?) modernes aient cherché, plus ou moins confusément, un autre mot pour combler le vide laissé par cette disparition. Le terme de « conscience » semble appelé à cette fin. Pris dans un sens complètement différent de celui qui lui avait été donné jusqu'ici par la pensée chrétienne, il n'est pas étonnant de voir la singulière fortune réservée. à ce mot dans la pensée moderne. On sait l'usage qu'en fit Rousseau, et plus près de nous, Bergson ... Ce mot revient comme un leitmotiv sous la plume des marxistes.
(69) Livre IV. Profession de foi.
(70) Œuvres et correspondances inédites, Ed. Streckeisen Moulton, 1861, Masson, 1. II, p. 55.
(71) A la façon de M. Prudhomme, on pourrait dire qu'en cet endroit ce « devrait » vaut son pesant d'or. Pourquoi « devrait perfectionner» ? N'est-ce point sous-entendre que telle est bien la plénitude de l'ordre humain? Est-il bon dès lors, ou n'est-il pas bon, de tendre vers cet ordre? Et, même s'il est évident que l'homme se sert abusivement de sa faculté de raisonner, c'est l'abus seul qui doit être stigmatisé et non ce qui a pour but précisément de « perfectionner » le jugement, comme Rousseau est bien forcé de le reconnaître.

.....À SUIVRE...........................................................................................
Dernière édition par Pat le 24/04/2008 - 18:34, édité 2 fois.
Image
Que les hommes d'arme bataillent et que Dieu donne la victoire! (Jeanne d'Arc) Patriotiquement votre.


Revenir vers « culture et histoire »

Qui est en ligne ?

Utilisateurs parcourant ce forum : Aucun utilisateur inscrit et 3 invités