Re: Communisme : le devoir de mémoire
Publié : 28/03/2013 - 15:06
par Pat
« Les génocides de Staline » de Norman M. Naimark
Livre présenté par Camille Galic.
En ce soixantième anniversaire de la mort (dans son lit, et couvert d’honneurs) du « Petit Père des peuples », est-il enfin temps d’admettre que les similitudes « entre le nazisme et le stalinisme sont trop nombreuses pour être ignorées » et qu’ « en fin de compte », si Adolf Hitler fut un génocideur, Joseph Staline le fut aussi ? C’est la conclusion du grand universitaire américain Norman M. Naimark, spécialiste de l’ère soviétique à l’université de Stanford, dans son livre court et assez mal écrit mais dense, « Les génocides de Staline ». C.G.

Les génocides de Staline
Pour beaucoup d’entre nous, et bien avant la publication du Livre noir du communisme (Robert Laffont, 1997) dû à Stéphane Courtois, le caractère génocidaire des régimes issus du marxisme-léninisme était une évidence, l’ancien zek croate (et ci-devant trotskiste) Ante Ciliga l’ayant par exemple établi dès 1938 dans Au pays du grand mensonge (Gallimard). Mais le sujet reste explosif.
Peut-on comparer « crimes soviétiques » et « horreurs nazies » ?Moins en raison, désormais, de l’opposition des communistes que de l’OPA lancée par Israël et la diaspora sur le terme de génocide ainsi que l’explique Naimark dans un premier chapitre (« La question du génocide ») passablement embarrassé et plein de formules propitiatoires sur la barbarie du IIIe Reich et l’unicité de la Shoah qui, « pour nombre de raisons, doit être considéré comme le pire cas de génocide de l’époque moderne » ainsi qu’il le répète in fine à l’usage de ceux qui n’auraient pas compris. « L’horreur fondamentale inspirée par l’Holocauste, insiste ainsi l’universitaire états-unien, influence à juste titre notre appréhension d’un certain nombre de questions politiques et morales importantes. Du fait précisément que l’Union soviétique eut un rôle primordial dans la victoire sur le nazisme et perdit 27 millions de citoyens contre le monstre qui engendra Auschwitz et Babi Yar, il existe une réticence considérable et compréhensible à classer les crimes soviétiques dans la même catégorie que les horreurs nazies. »
Cela constaté, il faut passer aux choses sérieuses, c’est-à-dire à l’examen des faits. Et ceux-ci sont accablants, qu’il s’agisse de la liquidation des « ennemis de classe » ou de celle de peuples catalogués comme potentiellement dangereux pour l’avenir radieux du socialisme.
Après la dékoulakisation, l’HolodomorParmi les premiers, les Koulaks, surnom d’ailleurs obscène donné aux paysans aisés. Plusieurs « dizaines de milliers » d’entre eux furent « rapidement éliminés » en 1929 et « plus de deux millions » envoyés au Goulag où 250.000 succombèrent « dans la seule période 1932-1933 ». Une cadence que l’on devait revoir au moment des grandes purges organisées par Staline à la fin des années 1930 et destinées à décapiter toute opposition… et toute concurrence, la famille et l’entourage (parfois simplement professionnel) des adversaires et des rivaux potentiels du maître du Kremlin étant sur son ordre exprès « exécutés comme des chiens » et, dans le meilleur des cas, déportés dans ce que Soljenitsyne devait appeler l’archipel.
Parmi les seconds, les Baltes, les Polonais (22.000 morts dont Staline tenta jusqu’à Nuremberg de faire endosser la responsabilité au chancelier allemand) et les Ukrainiens trop attachés à leurs traditions et à leurs spécificités, religieuses notamment, et donc réputés réfractaires à l’idéologie communiste. D’où la terrifiante « Holodomor », famine systématiquement organisée en Ukraine par Lazare Moïsseïevitch Kaganovitch – qui, lui aussi, mourut dans son lit, presque centenaire. Cette disette sans précédent fit au minimum 6 à 7 millions de morts et entraîna cannibalisme et nécrophagie dans « un cycle de dé-civilisation » dûment programmé, selon Naimark.
La moitié des Tatars et 38% des Kazakhs anéantis !Mais l’historien mentionne d’autres cas qui sont moins connus, tel celui des Tatars de Crimée, des Tchétchènes et des Ingouches, massivement déportés et dispersés dans des déserts d’Asie centrale car « destinés à l’élimination, sinon physique, du moins en tant que nationalités ayant leur identité propre ». Résultat : sur les 190.000 Tatars déplacés, « 70.000 à 90.000 moururent pendant les premières années d’exil », du fait de la faim et des conditions climatiques extrêmes succédant à d’interminables acheminements en train, sans eau ni nourriture – ce qui devait être dix ans plus tard le lot des Allemands chassés des territoires germaniques de l’Europe de l’Est et eux aussi « expulsés » dans des conditions inhumaines, tragédie tacitement occultée mais récemment dévoilée par un autre universitaire américain, R. M. Douglas (*).
Autre région sinistrée et délibérément dépeuplée car on connaissait à Moscou l’ampleur des réserves en hydrocarbures du territoire, le Kazakhstan : « Le nombre de décès attribuables à la famine fut de 1,45 million, 38% de la population. » Si l’on ajoute que « beaucoup de Kazakhs furent abattus parce qu’ils essayaient de fuir leur pays », le génocide est ici aussi avéré. De même que dans le cas d’ethnies sibériennes jugées par Staline « irrationnelles » car numériquement insignifiantes… et donc non viables de toute façon !
Qu’en disent nos belles âmes toujours si sensibles, à juste titre, au sort réservé aux Indiens des deux Amériques par les Espagnols puis les Yankees ?
Humanité Staline
L’indécent hommage de L’HumaNonobstant, la plupart des démocrates patentés y allèrent le 5 mars 1953 de leur hommage ému au grand disparu. En France, cependant qu’une minute de silence était observée à l’Assemblée nationale à la demande du président Herrriot, Le Monde, déjà « quotidien de référence », célébrait en Staline « l’homme qui a réconcilié la Russie et la révolution au point de les rendre inséparables » et qui « a aussi permis à l’homme de remporter sur la nature quelques-unes de ses plus magnifiques victoires » – on sait au prix de quels désastres pour l’environnement, tel l’assèchement de la mer d’Aral. Et L’Humanité, fidèle à elle-même, titrait à sa une sur « Le deuil de tous les peuples ».
Ceux, du moins, qui avaient survécu au génocidaire Staline… Lequel n’avait d’ailleurs rien inventé (M. Naimark n’insiste pas suffisamment sur ce point) mais simplement porté à son paroxysme le système hérité de Lénine, créateur dès son décret de décembre 1917 des Kontzentratzionyé lageri, autrement dit des camps de concentration où devait périr, exécutés ou malades, affamés et à bout de forces, plus du dixième de la population soviétique de l’époque.
Camille Galic http://www.polemia.com21/03/2013
Normam M. Naimark
, Les génocides de Staline, Ed. L’Arche 2012, 140 pages avec notes, 15 €. Traduction de Jean Pouvelle.
Note :
(*) Voir
http://www.polemia.com/mot-clef/les-expulses/
Re: Communisme : le devoir de mémoire
Publié : 09/04/2013 - 16:57
par Pat
Alexandre Zinoviev L'admirable auteur de L'antichambre du Paradis, de L'Avenir radieux (Prix Médicis étranger, 1978), du volumineux Les Hauteurs béantes et de Nous et l'Occident — pour ne citer que ses ouvrages majeurs — vient de publier, aux éditions Julliard / L'Âge d'Homme, un ouvrage qui expose, sous une forme qu'il estime simplifiée, sa théorie de la société communiste.
On pourrait croire qu'il s'agit d'un livre sur l'histoire de la société soviétique ou sur la sociologie de son système économique. Ce serait aborder la question du point de vue des idées abstraites, issues d'une certaine philosophie occidentale. Ou encore, étudier les implications des promesses généreuses que la veine utopiste investit dans le communisme pour en dynamiser la praxis politique. Alexandre Zinoviev ne veut pas perdre son temps à dénoncer cette société. Une telle démarche est négative et agit sur les émotions. Ce qu'il nous propose, c'est de comprendre. Parce que la compréhension s'adresse à la raison. « La dénonciation, écrit-il, a pour ennemi l'apologie, la compréhension — l'erreur ». En s'assignant le rôle de celui qui veut faire comprendre, Alexandre Zinoviev ne s'intéressera qu'aux faits objectifs. Pour donner un exemple de sa méthode, Zinoviev nous parle du fait, observable en Union Soviétique, des milliers de travailleurs arrachés à leur milieu naturel et obligés de prester des tâches pénibles, dans de rudes conditions. Ce fait, s'il est présenté par un dénonciateur, sera perçu comme le résultat conscient de le malveillance de personnes particulièrement méchantes. Celui qui, au contraire, s'efforce de comprendre devra observer la démarche suivante : repérer la logicité de l'événement et exclure tout raisonnement sommairement binaire, classant les événements en phénomènes “bons” ou “mauvais”. Le caractère “bon” ou “mauvais” est investi subjectivement et, en conséquence, une telle démarche s'interdit toute objectivité.
On se querelle beaucoup à propos de la terminologie à employer pour désigner le communisme. Certains lui préfère le vocable d'“oriental” sous prétexte qu'il prendrait une forme très différente si les idéaux marxistes avaient la possibilité de s'incarner dans un pays “occidental”. Pour Zinoviev de telles cogitations sont vaines. Le communisme est la mise en pratique des « idéaux les plus inéluctables de l'humanité » (p.15). En effet, notre auteur estime découvrir une constante anthropologique dans l'utilisation que font les hommes des mots. Le pouvoir de ces derniers est, sur les hommes, véritablement frappant. Ils utilisent, finalement, les mots, non pas pour fixer les résultats d'observations réelles, mais pour manipuler. La réalité passe ainsi au second plan. Dogmes et rêves participent d'un même refoulement des implications du réel. Alexandre Zinoviev a cette phrase terrible, qui n'est pas sans refléter un certain pessimisme à propos de la nature humaine : « … la société communiste incarne les rêves séculaires d'un ordre social idéal où règnent l'abondance des objets et des moyens de consommation (matérielle et spirituelle), les conditions les plus favorables au développement de la personnalité des citoyens, les meilleurs rapports sociaux. Bref, tout ce qu'une conscience petite bourgeoise peut imaginer de mieux dans la vie de l'homme est attribué au communisme » (p.26). Zinoviev semble parfaitement conscient de cette actuelle planétarisation de l'esprit petit-bourgeois.
Si sa patrie, l'Union soviétique, lui apparaît comme le lieu où cette mentalité a trouvé sa concrétisation la plus avancée, il reste convaincu que les faux schémas tranquillisants existent virtuellement dans toute la planète. Mais où de tels schémas s'enracinent-ils le plus précisément ? Pour Zinoviev, le communisme est un phénomène très naturel. Il est le fruit d'« un irrésistible appétit de survie », d'« un désir d'adaptation parmi la foule de ses semblables » et, enfin, d'« un besoin de sécurité ». Alexandre Zinoviev appelle cet éventail de désirs et de besoins, l'esprit communautaire. Son vocabulaire diverge du nôtre. Il semble utiliser l'expression “esprit communautaire”, là où nous préférerions nous servir des termes “esprit grégaire”. Nous espérons qu'il ne s'agit pas d'une nuance qui aurait échappé aux traducteurs.
La civilisation (qui est artifice) serait, pour Zinoviev, née d'une résistance à cet esprit communautaire. Elle en modérerait l'impétuosité, elle le canaliserait. La civilisation serait, avant toute chose, une “autoprotection” de l'homme contre lui-même. Cependant, la force de l'esprit communautaire provient du fait qu'il va dans le “sens de l'histoire” alors que la civilisation est un mouvement qui va à contre-courant. Par le truchement de cette forme subtile de dualisme, Zinoviev se pose, si nous nous arrogeons la légitimité de faire une lecture métapolitique de son livre, comme un conservateur individualiste. L'esprit communautaire est l'élément “chute”, comparable au thème du “péché originel” que le vieux conservatisme a toujours placé au centre de son anthropologie, pour, ensuite, en imprégner son discours politique. Ces idéologèmes remontent à Saint-Augustin. Après lui, on peut retrouver, dans l'histoire,la trace d'un pessimisme chrétien. Au XIXe siècle, des figures très en vue ont fortement contribué à consolider cette idéologie, surtout dans les débats qui les opposèrent à ceux qui étaient dénommés ou se dénommaient “libéraux”.
Parmi ces “chrétiens pessimistes”, il y a des catholiques (l'Espagnol Donoso Cortès) et des protestants ( le Danois Sören Kierkegaard, le Suisse Karl Barth, l'Américain Reinhold Niebuhr). Mais, celui qui a le plus insisté sur la doctrine du “péché originel”, est le cardinal anglais, converti au catholicisme, John Newman (1801-1890). Le fondement de sa pensée est une réflexion sur la nature “dépravée” de l'homme. Si les conservateurs, dont la démarche est exclusivement politique, croient métaphoriquement à l'idéologème du “péché originel”, le cardinal John Newman y croyait littéralement. La nature pécheresse de l'homme oblige le moraliste (et aussi le politicien chrétien auquel incombe une tâche morale) à “construire” un barrage contre le déluge que peut constituer toute volonté livrée à elle-même, c'est-à-dire à la dépravation originelle. Bien entendu, pour Newman, le barrage par excellence était l’Église catholique et romaine. D'autres conservateurs estimeront que des institutions différentes sont à même de jouer un rôle équivalent. Toute philosophie politique contient ces thèmes, qui, on le devine, sont récurrents.
L'anticommunisme se justifie, tant chez ces classiques du vieux conservatisme que chez Zinoviev, parce qu'il représente le déchaînement des forces naturelles que la “civilisation” contrôlerait. La mentalité conservatrice est pourtant une forme de dualisme, car elle exclut a priori tout dynamisme, tout mouvement. Il faut toutefois un mouvement pour que naisse une institution qui, ultérieurement, exercera le contrôle. Des modifications constantes doivent néanmoins y être apportées. L'institution n'est jamais antéposée métaphysiquement, elle est réponse à une urgence, à une nécessité. Dynamisme et stabilité sont appelés à coexister. Le philosophe Fichte a été l'un des premier à raisonner sur la nature de “projet” qu'ont les institutions politiques et les États. Même les turbulences propres au fond “populaire”, si elles sont canalisées — et non autoritairement refoulées — contribuent à bâtir ce que Zinoviev nomme la civilisation. Négliger totalement ces turbulences, c'est se condamner à la stérilité et à l’inefficacité.
La démarche conservatrice a été complétée, grâce à une très attentive lecture de la pensée jugée “révolutionnaire” de Fichte, par Arnold Gehlen Ce dernier ne rejette nullement la nécessité culturelle des institutions et leur rôle stabilisateur, mais démontre comment elles sont le produit de volontés. L'homme est le créateur de formes et, malgré le chaos instinctuel qu'il est, reste capable de produire ce qui domptera ce chaos, sans faire appel à un quelconque “arrière-monde”. La nature humaine ne peut plus désormais se concevoir comme intrinsèquement mauvaise, c'est la faillite de l'anthropologie dualiste.
Le livre de Zinoviev a un côté exhaustif. Tous les aspects du communisme sont abordés ; tous les arguments sont analysés, ce qui signifie que tout ce qui étonne, tout ce qui est innovation y est commenté dans de brefs chapitres d'une longueur proche de l'aphorisme.
Parmi ces courts chapitres, Zinoviev aborde le problème de l'adéquation ou de l'inadéquation de sa théorie du communisme à la définition généralement proposée en “Occident” du totalitarisme. Les auteurs libéraux-conservateurs américains (comme, par ex. Hannah Arendt) comparent généralement la dictature hitlérienne au système stalinien ; les deux formes de gouvernements seraient de nature semblable et ne divergeraient que par quelques formes superficielles. Zinoviev, lui, pense que la nature du gouvernement n'a qu'une importance secondaire. En Allemagne, écrit-il, les conditions de vie de la majorité de la population sont restées semblables à ce qu'elles étaient auparavant. Même s'il est légitime d'utiliser le terme de totalitarisme pour le national-socialisme, il faut le faire en sachant que la violence y est imposée par les dirigeants, donc par le haut et indépendamment de la structure sociale du pays. Le totalitarisme soviétique est issu de la structure même de la société. C'est pourquoi Zinoviev préfère ne pas utiliser le mot “totalitarisme”, pour définir le régime qui règne dans sa patrie. Il y a, pour lui, ressemblance avec le totalitarisme qu'aux moments de crise, de maturation et d'installation.
Reprenant ensuite sa définition de “l'idée communautaire”, Zinoviev parle des lois qui régissent ce phénomène social, qu'il appelle aussi le communautarisme. Les communautés qui se forment pour répondre aux exigences élémentaires de sécurité, de production et de nutrition ou d'autoconservation. Il n'y a que quelques règles de conduite communautaristes et les hommes les assimilent avec une rapidité étonnante. En voici quelques exemples : prendre plus qu'on ne donne; moins de risques et davantage de profits; moins de responsabilité et davantage de respect ; moins de dépendance à l’égard des autres et davantage de dépendance des autres à l'égard de soi-même.
Ce panurgisme de la facilité affecte toutes les relations sociales de l'individu. Dans la société soviétique, ces relations se tissent presque exclusivement à partir du groupe de base qu'est la cellule. Là-bas, l'individu n'existe qu'en tant que membre d'une telle cellule. C'est dans ces limites restreintes que peuvent pleinement s'exercer les effets de cette nature humaine que Zinoviev pose comme “dépravée”. Si l'on prend au sérieux l'idéologie d'égalité et de fraternité à laquelle aspire le christianisme depuis ses origines, ce collectivisme, dans l'abstrait, paraît parfaitement convenable. Dans le concret, en revanche, règne une sorte de loi de la jungle. Les moindres nécessités quotidiennes font l'objet de luttes acharnées entre tous. L'individu investit toutes ses énergies à trouver des combines, à être le bénéficiaire de favoritismes de tout genre. L'alignement s'opère inévitablement sur une moyenne de médiocrité et de sournoiserie.
La vie quotidienne et “communautaire” des Soviétiques, selon Zinoviev, ne laisse absolument aucune place à la réflexion spirituelle ou à la culture. L'opinion courante imagine que les sociétés “occidentales” se caractérisent par l'isolement des individus. Le jugement n'est pas faux. Mais, la camaraderie promise par le communisme s'est muée en promiscuité. L'individu subit les railleries de ses semblables, est observé dans les moindres détails de son existence privée. De telles situations sont particulièrement pénibles pour l'homme de qualité. Il lui faudra supporter, sans fuite possible, les spécimens sociaux éternels : forbans, bavards, badauds, “fanas” et caporaux-chefs. En plus, s'ajouteront la médisance, les querelles de vanité et la calomnie. Il serait pourtant trop facile d'attribuer à la seule société soviétique, toutes les caractéristiques de cette dégradation lente des rapports humains. Les sociétés occidentales, “libérales avancées” ou sociales-démocrates sont au début du processus. Les querelles d'employés, les jalousies sublimées partiellement dans une consommation ostentatoire, sont les indices navrants d'un abrutissement qui, à coup sûr, sera généralisé. La nature “dépravée” de l'homme se manifeste dans les plaisirs de nuire, de ne rien faire ou de faire le moins possible, dans ce que les Allemands appellent la “Schadenfreude”. L'idéologie égalitaire aboutit au culte de l'irresponsabilité totale, quelles que soient les idéologies qui prétendent l'incarner.
Zinoviev a prouvé qu'il n'était pas seulement un grand homme de lettres, mais aussi un fin sociologue. Si le vocabulaire qu'il emploie dans son livre semblera parfois très pesant au lecteur, ce sera un reflet du mortel ennui qui attend touts les sociétés chrétiennes (ou chrétiennes laïcisées) et industrialisées, avant de s'étendre à la planète entière.
► Robert Steuckers, Orientations n°1, 1982.
http://www.archiveseroe.eu/
Re: Communisme : le devoir de mémoire
Publié : 24/05/2013 - 15:51
par Pat
L'œuvre de Soljénitsyne, témoignage sur l'Union soviétique et le peuple russe
Alexandre Soljénitsyne (1918-2008) est connu pour son courageux combat de dissident, opposant déclaré au communisme au sein même de l'Union soviétique durant les années 1960 et 1970. Khrouchtchev avait pensé utiliser l'auteur d'Une journée d'Ivan Denissovitch (1962), nouvelle dénonçant la monstruosité des camps, peuplés de masses d'innocents, pour illustrer sa thèse de la perversion stalinienne d'un marxisme-léninisme fondamentalement bon ; or Soljénitsyne refuse d'être utilisé de quelque manière que ce soit par le régime, intrinsèquement mauvais. Il est expulsé de son pays en 1974. En exil aux États-Unis, il multiplie les déclarations présentant sa vision de la Russie, conforme à son génie national, slave et orthodoxe, et non aux idéaux prétendus universels libéraux et capitalistes. Il a eu la politesse évidente de remercier ses hôtes, mais sans rien céder de ses principes.
Il rentre en Russie en 1994, participe au débat public. Il développe une pensée très personnelle, difficilement classable, rarement limpide : ses essais nombreux, parfois contradictoires, comme sa désapprobation de la Première Guerre de Tchétchénie et son approbation de la Seconde, déroutent souvent, notamment ceux sur les juifs en Russie : les juifs seraient des gens absolument géniaux, mais pas des Russes. Globalement, il partage la vision politique de Poutine, soit un retour immédiat de l'autorité de l'Etat, préparant l'avènement d'une démocratie réelle sur le long terme, auquel il a apporté un soutien critique. Même si beaucoup de ses analyses sont certainement discutables, elles sont souvent intéressantes. Il est l'un des rares notamment à placer la monstruosité communiste dans le temps long de la Russie, comme une forme pervertie de l'identité russe, le besoin d'encadrement fort, voire d'un pouvoir tyrannique. L'impiété n'est pas non plus sans précédents, même s'il insiste sur le caractère largement non-russe des révolutionnaires d'Octobre, avec Lénine demi-Tatar et quart-Juif, Trotsky juif, Staline Géorgien... Homme courageux, essayiste patriote, il est avant tout un grand écrivain, un des plus grands auteurs russes du XXe siècle.
L'ARCHIPEL DU GOULAG
De l'œuvre étendue de Soljénitsyne, on retient généralement avant tout L'Archipel du Goulag (1974-1976), dont le début de la parution motive son expulsion d'URSS. Il s'agit d'un « essai d'investigation littéraire » selon Soljénitsyne, objet unique qui essaye d'ordonner une compilation de témoignages, plusieurs dizaines, dont le sien propre, de victimes du régime soviétique.
Toute la perversion de la société est bien retranscrite, la corruption systématique de l'homme transformé en monstre au service du système, et vénérant Staline. Le plus émouvant et le plus juste des témoignages est celui de l'auteur lui-même qui raconte son endoctrinement, sa foi d'adolescent et de jeune adulte dans le système, le mépris condescendant de la foi orthodoxe de la grand-mère, son sinistre mépris de la vie humaine acquise au cours de l'éducation et aggravée par la formation d'officier durant la guerre germano-soviétique et les pratiques du front. Il raconte son arrestation, au milieu des combats en Poméranie, pour un prétendu complot contre l'Etat en groupe organisé, soit deux personnes, donc un groupe, qui avaient osé, dans le cadre d'une correspondance privée, une légère plaisanterie à peine codée sur Staline ; l'ennui vient du doute, aussi léger soit-il au départ. Il développe les récits des interrogatoires, interminables et absurdes à la Loubianka - siège du NKVD - à Moscou, son expérience des camps, révélation tardive de la monstruosité du communisme. En prison, il réfléchit, et admet que qui voulait savoir, simplement se poser des questions, ne pouvait pas être trompé par les grossiers mensonges staliniens. Pire, il s'agissait au fond d'une forme de consentement tacite collectif. Là, s'enchevêtrent des dizaines de récits de vies brisées, une mise en parallèle des procédures policières, des formes à prétention juridique ridicule. Parfois, il faut reconnaître une certaine impression de confusion à la lecture, mais justement, l'intention est de donner une vision d'ensemble, une mosaïque de destins brisés, pour la grande majorité parfaitement innocents des faits reprochés - pas même des opposants à un régime des plus illégitimes -. Un hommage émouvant est rendu au courage des chrétiens, le plus souvent des femmes, particulièrement maltraités, poussés à l'apostasie, qui pour la plupart tiennent jusqu'au martyre. Le monde des zeks - détenus - constitue une fresque essentielle, et sans que son talent se limite à ce thème, Soljénitsyne demeure unique, irremplaçable, pour décrire ce véritable enfer sur Terre. Le creusement du Canal de la Mer Blanche - Belomorkanal -, vitrine du régime des camps, entre le Lac Onega et la Mer Blanche, entreprise folle au cœur de l'hiver, effectuée en moins de deux ans en 1931-33, est particulièrement bien décrit, dans toute sa monstruosité et absurdité - le canal n'est pas assez profond pour la navigation maritime -. Le contraste entre cette sinistre réalité de dizaines de milliers de travailleurs forcés, le plus souvent innocents, morts à la tâche et la propagande d'époque, fort bien répercutée en Occident, assimilant les travailleurs forcés à des délinquants en bonne voie de resocialisation par le travail, et les textes du poète officiel de l'URSS, Maxime Gorki qui chante littéralement les "réussites" de Staline, impressionne. Soljénitsyne se trompe de bonne foi en attribuant la mort naturelle du poète officiel, en 1936, à une exécution du régime, mais cette erreur de détail - une de celles sur lesquelles se fondent les thuriféraires du communisme pour contester la portée de l’Archipel - n'enlève rien à la portée globale de son œuvre.
Le système des camps ne tient pas alors par la terreur des gardes de la police politique -Tchéka, puis GPU, puis NKVD - mais par la collaboration des détenus délinquants professionnels qui terrorisent la grande masse des autres, innocents désarmés dans ce monde sauvage. Ils sont significativement définis par le régime comme éléments socialement proches. Soljénitsyne perd toute illusion en camp quant à l'idée d'un homme systématiquement et fondamentalement bon. La plupart de ces délinquants, dans n'importe quel régime politique, auraient fini en prison - sauf peut-être dans la France folle actuelle, inconnue de l'auteur dans les années 1970 évidemment -. S'ils refusent de travailler eux-mêmes, ils détournent l'insuffisante nourriture à leur profit, acceptent leur fonction de contrôle, par la pression violente ou la délation. Le régime concentrationnaire tient aussi par la présence certaine de traîtres parmi les éventuels groupes de détenus tentés de résister qui se formeraient. Les détenus développent un langage spécifique, une forme d'argot russe des camps, absolument intraduisible en langue étrangère ; l'auteur, de formation scientifique, note ces curieuses inventions langagières, étrangeté pour les Russes eux-mêmes paraît-il.
Dès l'automne 1945, et a fortiori les années suivantes, Soljénitsyne finit par se sentir beaucoup plus proche des détenus allemands et même japonais, dont il ne parle pourtant absolument pas la langue, soldats captifs déportés massivement dans les camps, au motif collectif de « crimes de guerre » contre l'URSS. Ce prétexte s'avère particulièrement absurde pour les Nippons capturés lors de l'invasion russe de la Mandchourie en août 1945, qui n'avaient jamais envahi l'URSS lors du Second Conflit Mondial. Après 1945, le nombre de détenus atteint vraisemblablement un pic, car ils sont chargés de reconstruire l'URSS. Les camps sont alimentés par des rafles collectives, sans guère de tri, en Europe occupée par l'URSS, ce qui amène, outre des masses d'Allemands, civils ou militaires, des curiosités, tels des prisonniers de guerre français ou même américains vite nostalgiques de leur captivité allemande. Il loue l'honnêteté des Allemands incapables de comprendre que dans le régime soviétique, en théorie de propriété collective, en pratique tout le monde vole tout le monde ; ils écrivaient très souvent en mauvais russe des lettres de dénonciation contre les chefs de chantiers qui détournaient massivement les biens de l’État à des fins privées, et ce sans aucun profit dans la délation, par pur sens du devoir, révoltés qu'ils étaient par de telles pratiques.
Outre celle des droits communs, détestable, l'auteur décrit particulièrement la mentalité des gardiens, monstrueuse, mais dans la lignée logique du régime. Il reconnaît avec honnêteté que vers 1940, jeune étudiant, malgré une absence d'attirance, il n'aurait pas résisté à une pression forte, selon un chantage courant sur la définition du « bon soviétique », honoré de servir le régime, tandis qu'un refus aurait les pires conséquences. Rejoindre une école d'officiers du NKVD lui avait été simplement suggéré, ce qui ne l'attirait pas. Il analyse le caractère de ces gardes, fondamentalement mauvais ; un homme bon n'aurait jamais eu l'idée d'y entrer, ou recruté de force, chose rare, aurait rapidement été éliminé comme trop mou par le système lui-même.
Pendant la Guerre, peu soucieux d'accomplir leur devoir patriotique au front, les membres de la police politique ont multiplié les complots fascistes imaginaires dans les camps, afin de prétendre démontrer leur plus grande utilité à des milliers de kilomètres du front ; ces farces grossières ont causé des dizaines de milliers de morts supplémentaires. Soljénitsyne lui-même a été victime d'une branche du NKVD, le contre-espionnage militaire, qui l'arrête sur le front en février 1945, et les descriptions ironiques de ces policiers qui craignent de mourir des derniers obus de la guerre abondent, ce qui donne des instants de relâchements comiques appréciables à une oeuvre sombre.
L'officier du NKVD, plus éduqué que les gardiens souvent analphabètes voire non-russophones - Tatars en particulier -, n'en est que plus coupable ; avec un cynisme total, il monte un dossier d'accusation, fait signer des aveux, et ce sans aucun souci de la crédibilité, a fortiori de la vérité, notion qui leur échappe à cause d'un relativisme simpliste - au fond, la vérité n'existerait pas -. Un cas attire particulièrement l'attention, celui d'un travailleur russe déporté en Allemagne, diacre de l'Eglise orthodoxe clandestine, arrêté par la Gestapo sur dénonciation de communistes pour « propagande communiste », relâché, puis envoyé en camp soviétique comme la grande majorité des travailleurs russes déportés par l'Allemagne, et alors interrogé par le NKVD : « il avait bien connu les deux systèmes, et la comparaison n'était franchement pas en notre faveur. Certes, il avait été torturé ici et là, mais la Gestapo, elle, recherchait la vérité ; celle-ci établie, il fut relâché, même avec des excuses. Quant à nos gars, ils se moquaient complètement de la vérité, ils lui ont fait signer une longue liste de délits impossibles ou absurdes, après d'interminables et douloureuses séances d'interrogatoires pour respecter leur procédure. »
Précisons que le point de vue de l'auteur sur la guerre relève d'un patriotisme russe classique. S'imposerait le devoir moral de la défense du pays contre l'invasion allemande, même si la victoire russe implique la survie de facto d'un régime absolument détestable. Il reconnaît ce dilemme, comprenant sans les approuver ses compatriotes engagés dans l'armée Vlassov ; il ne va pas au-delà parce que c'eût été indicible dans l'URSS des années 1970, encore moins à l'étranger, telle est sa conviction profonde. Toutefois, il ose établir le parallèle entre les « Polizei », auxiliaires policiers russes des forces d'occupation et le NKVD ; contrairement à toute la propagande du régime, il soutient que ceux, nombreux, qui, par un paradoxe superficiel, ont réussi à intégrer le NKVD en 1944, ont certes pour beaucoup été arrêtés par la suite, mais sans que cette tache biographique ait pu apparaître comme un manque de qualités professionnelles au service du stalinisme... Il a été témoin de la réjouissante disparition, pour les détenus, de certains de ses tortionnaires.
Outre les policiers, en fait rares, et les délinquants professionnels, minorité sur laquelle reposent les camps, l'auteur essaie de classer la population carcérale en plusieurs catégories : les enfants, les femmes, les politiques.
Le régime soviétique a produit des hordes d'enfants orphelins, souvent survivants des famines paysannes causées par les vagues de collectivisation forcée des campagnes au début des années 1930. Ils sont en masse devenus des délinquants multirécidivistes ; dans les camps, ils se révèlent particulièrement agressifs et amoraux. Par exception, Soljénitsyne réussit à sympathiser avec un adolescent ukrainien, pas complètement mauvais. Il avait volé durant toute sa vie à Kiev, n'en était pas à son premier séjour en camp soviétique. Avait-il été aussi en prison puisqu'il était voleur sous l'Occupation allemande ? « Non, il travaillait, honnêtement, car les Allemands fusillaient tous les voleurs ». L'auteur n'ose pas en tirer de morale immédiate. Relevons que pour le Français cet amour des délinquants anime la magistrature et les média français postmarxistes, ce qui doit constituer plus qu'une simple coïncidence.
Les femmes, théoriquement rigoureusement séparées des hommes, mais souvent enfermées dans des camps-jumeaux, ont été victimes systématiquement des violences que l'on imagine de la part des gardiens et des détenus de droits communs - très doués pour franchir tous les murs ou grillages possibles, non pour s'évader, mais pour satisfaire leurs bas instincts -. Dans le camp même des hommes, de nombreux pervers gardiens ou détenus de droits communs, s'attaquent aussi couramment aux adolescents. Paradoxalement une grossesse, phénomène fréquent dans ces circonstances, constitue une garantie de quelques mois de calme relatif, donc de survie pour ces détenues. Les bébés, lorsqu'ils survivent, sont enlevés aux mères de manière quasiment systématique.
Les "politiques", soit la très grande majorités des internés, presque tous innocents - ou pour les plus "coupables" auteurs d'une plaisanterie ou d'une parole d'humeur contre le régime -, sont les victimes permanentes, soumises à un travail intensif, et elles meurent massivement. La vertu individuelle, celle consistant à avoir un caractère sérieux et travailleur, conduit rapidement à la mort. L'auteur le démontre par les rations : celle, disciplinaire, très réduite, de celui qui refuse de travailler, conduit au final bien plus lentement à la mort que celle double du travailleur méritant, qui meurt d'épuisement inévitablement en quelques jours, quelques semaines au plus.
Même si elle souffre d'une certaine confusion formelle assumée, l'œuvre démontre la perversité intrinsèque du système, dont les rares réussites économiques proclamées reposent sur l'utilisation massive de main-d'œuvre esclave. Le soi-disant paradis des travailleurs constitue pour eux un enfer pire que le régime capitaliste - que l'auteur n'a pas la naïveté de prendre pour bon en soi -. Soljénitsyne s'insurge particulièrement contre la récupération possible de ses nouvelles par le régime, au nom d'un "bon" communisme qui s'opposerait à sa perversion stalinienne. Il critique justement la masse de textes de communistes dénonçant la vague de purges de 1937, et seulement celle-là, car elle frappe massivement les membres du parti, singulièrement les cadres, alors tous de parfaits staliniens - sinon, ils auraient disparu bien avant - ; il raconte au passage l'histoire des différentes vagues de destruction des ennemis - réels ou supposés du régime -, et dénonce le fait que les socialistes, puis les communistes, refusent systématiquement de se mêler aux autres détenus, et forment un vivier permanent et sûr d'indicateurs pour les gardiens ; bref, ceux-là ne sont pas des innocents et ne méritent aucune compassion - à rebours du discours officiel soviétique des années 1960 -.
LES ROMANS
Le Pavillon des Cancéreux (1968) est une œuvre particulièrement sombre. Soljénitsyne évoque un monde de malades, qui sont tous ou presque à terme condamnés. Si les détails médicaux nombreux, parfois pénibles - avec des discussions techniques de médecins -, rendent la lecture au premier degré crédible, on peut aussi discerner une parabole de l'URSS, monde malade, voire de l'humanité : tout homme est condamné tôt ou tard à passer le Styx, et la réflexion sur la mort est valable pour tous. L'absurdité du système soviétique est encore démontrée par ce monde médical : sur les cinq à six médecins-chirurgiens théoriques de la clinique, deux effectuent réellement, avec un dévouement exemplaire, leur travail ; les autres sont plus ou moins incompétents - dont le Kalmouk promu au titre des minorités - ou simplement fainéants ou dépourvus de toute éthique de travail ; le problème s'étend évidemment aux infirmières, au personnel de salle et de nettoyage - travail essentiel que la propreté en hôpital -, qui accomplissent le plus souvent mal leur fonction. L'irresponsabilité, la négligence sont systématiques. Les patients meurent, et fatalisme, mourraient probablement de toute façon ; de meilleurs soins ne feraient que prolonger leurs souffrances... Cette œuvre se caractérise par son pessimisme absolu.
Le Premier Cercle (1968) constitue probablement le chef-d'œuvre de Soljénitsyne. Le titre renvoie au premier cercle de L'Enfer de Dante, les limbes ; les membres de ce cercle ne sont pas abominablement torturés comme dans tous les cercles inférieurs, mais il s'agit nonobstant d'une forme d'entrée dans le monde infernal, celui des camps de travail soviétique. Le contexte très particulier intéresse en soi : il s'agit d'un atelier de recherche soviétique, à objectifs multiples, mais travaillant en particulier sur les débuts de la télévision, et employant un personnel concentrationnaire, des condamnés pour délits politiques imaginaires mais sauvés du pire - mines de Sibérie orientale ou du Grand-Nord - ; à la fin des années 1940, la main-d'œuvre de ces chercheurs russes détenus est massivement composés de déportés allemands ou lettons. La proximité de Moscou permet de construire un véritable roman-choral où se retrouvent des procureurs et leur famille, profiteurs du régime, nouvelle classe dirigeante très satisfaite d'elle-même, par définition solidaire des Soviets, dont toutefois la perversité n'offre aucune garantie pour elle-même : un des membres de cette classe dirigeante, pur hédoniste jusque-là, accomplit un jour dans sa vie un geste bon, courageux, sauve un inconnu d'une manipulation du NKVD, et passe de ce paradis artificiel à l'enfer de la prison, puis des camps. L'inconnu est un médecin soviétique, qui a commis la naïveté de prendre au premier degré la notion d'échanges scientifiques avec l'Ouest, au lieu d'espionnage à sens unique au profit de l'URSS, et a l'idée de livrer un médicament soviétique - par exception particulièrement efficace - après en avoir reçu gratuitement de nombreux autres de l'Occident. Ainsi est encore démonté le plus gros mensonge soviétique, celui de prétendre servir l'humanité dans son ensemble, évidence pour le médecin, considéré comme traître à l'URSS, et sauvé du pire de justesse. Le NKVD recherche le coupable de cette information, trouve six suspects ; le scientifique du camp forcé de collaborer dans l'analyse sonore du coup de téléphone salvateur - relativement, car le médecin est déporté quand même - pense sauver cinq hommes sur les six suspects, résolution de son dilemme moral, mais finalement deux sont arrêtés et le NKVD « trouvera certainement quelque chose contre l'un et l'autre », cynisme révélateur de la monstruosité du régime.
La Roue Rouge (1972-2009), vaste œuvre inachevée, a pour ambition de constituer une vaste fresque historique du basculement de la Russie de la monarchie tsariste à la dictature bolchevique, monde radicalement nouveau, somme toute en très peu de temps. Les dirigeants politiques connus - parfois oubliés, comme les libéraux russes - et une masse d'inconnus - parmi lesquels le lecteur parfois se perd - constituent la trame complexe de l'ouvrage. L'auteur s'est livré pour l'écriture de ce roman historique à un effort consciencieux de documentation ; s'il a commis des erreurs de détails - relevés par des spécialistes -, le sens général semble juste.
Toutefois, si l'on comprend et partage la détestation de Soljénitsyne pour les dirigeants bolcheviques, le fait de les présenter comme des personnages ridicules, mélange d'intellectuels dogmatiques incompréhensibles, de fous, de simples voleurs - qui se donnent bonne conscience en se définissant avant-garde prolétarienne - n'explique pas, au contraire, la Révolution d'Octobre ; des personnages aussi nuls n'auraient rien tenté, ou auraient été balayés ; ils étaient malgré tout intelligents, organisés, déterminés, d'où leur réussite, qui ne saurait tenir d'un complet, miraculeux, infernal hasard.
De même lors des élections législatives générales à peu près libres suivant la Révolution avortée de 1905, au suffrage universel direct masculin, les électeurs se prononcent majoritairement pour des partis se réclamant du socialisme, certes certainement pas les bolcheviques, mais il ne faudrait pourtant pas au nom de la diversité, du caractère spécifiquement russe de ces socialismes - en particulier celui majoritaire des « socialistes-révolutionnaires » paysans - nier la propension majoritaire de la société russe à des évolutions vers des formes de socialisme. Certes, les électeurs étaient facilement manipulables, l'ont été, mais voir un sain conservatisme russe foncièrement majoritaire relève du vœu rétrospectif. En outre, les vrais conservateurs sont nettement moins nombreux en voix que les libéraux, dont les cercles, très hostiles au tsarisme et aux traditions russes- qualifiées d'arriérations - regroupent presque toute l'élite dirigeante - moins la partie suicidaire, numériquement significative, qui donne dans des formes de socialisme -. Soljénitsyne réussit à rendre vie à tous ces militants politiques qui ont contribué efficacement à détruire le régime en place - qui ne trouve aucun défenseur en février 1917 - et ont été assassinés le plus souvent peu après. C'est un des grands intérêts de son œuvre : si le caractère du petit peuple russe ne réussit pas complètement à emporter l'adhésion par sa recherche excessive du pittoresque, les cercles de réflexion aristocratiques ou bourgeois sont globalement bien rendus.
Dans le contexte de guerre, l'évocation de la vie de l'arrière se perd un peu dans des chroniques familiales un peu artificielles, complexes, qui tendent à reconstituer ce petit peuple russe disparu à l'évidence idéalisé - même quand il ne paraît pas a priori à son avantage -. Certains portraits demeurent toutefois irrésistibles, comme celui du paysan demi-intellectuel tolstoïen, qui « partageait ses sophismes de lycéen contestataire sur le christianisme primitif, qui imposerait le refus de toute hiérarchie religieuse, et en politique de toute guerre », mais qui est précisément déjà en rupture volontaire. Sinon, il retrouve un ton juste dès qu'il évoque le problème quotidien, central des questions de ravitaillement ; il est vrai que les meneurs bolcheviques ont réussi à mobiliser les ouvriers menacés de disette, et ont conduit en quelques mois, et sur quelques années, à une situation bien pire de véritable famine : la Révolution aboutit à des millions de morts de faim, en attendant celles à venir provoquées par la collectivisation sous Staline, une décennie plus tard.
Evidemment, on partage le regret rétrospectif de l'auteur : un Nicolas II énergique, mieux informé, aurait contenu l'agitation, ce qui aurait évité à la Russie et au monde les affres du Communisme. Mais au final, c'eût été un homme différent. L'impératrice est caricaturée à l'excès ; certes, son équilibre mental est discuté, mais son rôle de mauvais démon du tsar est exagéré ; au contraire, sa volonté de partager la mentalité populaire russe aurait pu être vue comme une volonté touchante d'intégration de la part d'une Allemande d'origine ; après tout Raspoutine, son conseiller occulte, qui la ridiculisait quelque temps peut-être, incarne fort bien la paysannerie superstitieuse, et avait déconseillé absolument l'entrée en guerre fatale au régime en août 1914.
Les opérations militaires, la vie au front sont particulièrement bien rendues, dans leur dimension générale, le niveau des états-majors, des officiers de terrain et des soldats. Soljénitsyne dénonce des erreurs connues dans la conduite russe de la guerre, des offensives mal dirigées avec des pertes énormes, mais soutient que l'effondrement du Front en 1917 est la conséquence directe du sabotage léniniste, voulu par les Allemands. Si la thèse peut paraître excessive, car après trois ans de défaites ou de demi-victoires au mieux très provisoires et sanglantes, l'armée russe était effectivement épuisée - plus que la française touchée pourtant par les mutineries de la fin du printemps 1917 -, le rôle destructeur de la Révolution intérieure est indiscutable. On sent l'expérience du terrain de Soljénitsyne, ses souvenirs d'artilleur - avec des matériels pas fondamentalement différents d'une guerre à l'autre -, et ses pages sur le premier conflit mondial constituent un apport trop peu connu au genre passé de mode des romans de guerre.
Lire Soljénitsyne permet véritablement de comprendre la perversité extrême du communisme, et son talent d'écrivain possède en outre le don exceptionnel de rendre supportable la lecture d'un catalogue d'absurdités et de monstruosités... On en parle encore trop peu en France, qui possède encore un grand nombre de partis qui se réclament explicitement du communisme - au moins un post-stalinien et trois trotskystes -, ou implicitement, comme les Verts et les socialistes, presque toujours favorables aux délinquants, réputés socialement proches des prolétaires - point de vue bien sûr insultant pour les nombreux travailleurs pauvres et honnêtes -.
Nicolas Bertrand Écrits De Paris février 2012
Re: Communisme : le devoir de mémoire
Publié : 18/06/2013 - 17:27
par Pat
La Maison de la Terreur, repaire des totalitarismes
À Budapest, la Maison de la Terreur rappelle aux visiteurs comment et pourquoi s'instaure un totalitarisme. À méditer...
Le visiteur français qui parcourt aujourd'hui les rues de Budapest, admire les mosaïques de la basilique Saint-Etienne ou se détend aux bains Széchenyi, oublierait presque - n'était quelques monuments frappés des symboles marxistes - que voici 25 ans à peine, le pays appartenait au bloc soviétique.
La Maison de la Terreur (Terror Háza) le lui rappelle opportunément. Ce musée est installé au 60 avenue Andrássy, dans un bâtiment de sinistre renommée qui abrita sous l'occupation allemande le parti des Croix fléchées, collaborationniste, avant de devenir le quartier général de la police politique communiste (AVO, puis AVH). Les murs du grand hall central du musée sont tapissés de milliers de portraits de victimes du régime. De salle en salle sont décrites, films d'archives à l'appui, les souffrances subies par les Hongrois sous les totalitarismes nazi et marxiste. À la fin du parcours, le visiteur descend par un ascenseur dans les caves, où des centaines de personnes furent torturées : les cellules et salles d'interrogatoire, détruites par les communistes afin d'effacer les traces de leurs forfaits, y ont été reconstituées à partir des témoignages.
Jusqu'à l'occupation du pays par les troupes allemandes le 19 mars 1944, la Hongrie, sous le régent Miklos Horthy, avait pu conserver un gouvernement et un parlement légitimes. Après cette date, le pays perd sa souveraineté pour près de 40 ans. Les nazis mettent alors en place un gouvernement fantoche et Horthy - hostile à la déportation des juifs - est contraint à l'abdication en octobre 1944.
Plus de 700 000 Hongrois au goulag
En mars 1945, les Soviétiques chassent les troupes allemandes du pays. Aux élections parlementaires organisées la même année, 17 % des voix seulement vont cependant aux communistes, contre 57 % au parti des Petits propriétaires, qui s'oppose à eux. Mais le ministère de l'Intérieur et la toute-puissante police secrète du régime, appuyés par les Soviétiques, se chargent d'éliminer tous ceux qui pourraient s'opposer à la prise de pouvoir des staliniens. Anciens ministres, députés, professeurs, militaires, clercs sont déportés. Un putsch contraint le premier ministre à démissionner, le parlement est dissous et de nouvelles élections - truquées - permettent aux rouges de former un gouvernement. « La torture et la terreur devinrent des événements de la vie quotidienne... », rapporte une notice publiée par le musée. « L'empire du goulag soviétique d'une immense extension, qui couvrait toute l'Union Soviétique, avala plus de 700 000 Hongrois. »
S'ensuivent l'abrogation de la propriété privée, la nationalisation de l'Industrie, des propriétés agricoles, de l'Education... Les résistances sont écrasées : entre 1945 et 1956, date de l'insurrection de Budapest, 1500 personnes sont accusées de conspiration contre l’État, et 400 000 paysans de crime contre l'approvisionnement public...
La résistance du cardinal Mindszenty
Très vite, les églises - à commencer par l’Église catholique, à laquelle appartiennent 70 % des Hongrois -, considérées comme réactionnaires, sont elles aussi persécutées, et contraintes de signer des « accords » avec l’État marxiste.
Dès 1945, les mesures coercitives se succèdent : confiscation des terres de l’Église, interdictions des associations religieuses, puis du catéchisme, nationalisation de 6 500 écoles religieuses en 1948. Les parents dont les enfants reçoivent un enseignement religieux sont harcelés, les étudiants inscrits dans les établissements religieux, discriminés. Prêtres, moines, religieuses, pasteurs, rabbins sont jetés en prison ou doivent quitter la Hongrie, tandis que l'Office d’État aux Affaires Religieuses, instauré en 1951, contrôle les nominations des nouveaux responsables. Les fidèles sont poursuivis : à Gyöngyös, trente lycéens âgés de 16 à 17 ans sont arrêtés, ainsi que leur professeur, le Père Kis. Ce dernier et trois adolescents sont exécutés, leurs camarades condamnés à la prison et aux travaux forcés... En juillet 1951, la répression porte ses fruits : l’Église hongroise est forcée de confier des postes importants à des « prêtres de paix » choisis par le Parti, et l'épiscopat fait serment d’allégeance à la République Populaire.
Le Parti se heurte toutefois à la résistance déterminée du cardinal József Mindszenty, nommé par le pape à la tête de l’Église de Hongrie en 1945. Arrêté en décembre 1948 torturé pendant 33 jours et nuits jusqu'à ce qu’il signe une confession de ses « crimes », il est condamné à la prison à vie. Libéré au lendemain de l'insurrection hongroise de 1956, il se réfugie lors de l'intervention soviétique qui écrase la révolte et rétablit le régime communiste, à l’ambassade des États-Unis où il passe les 15 années suivantes avant d'émigrer en 1971, sous la pression du Vatican et du gouvernement hongrois. Sa cause de béatification est actuellement à l’étude.
« Les Nazis et les Communistes (...) annonçaient qu'un nouveau type d'homme devait être créé pour bâtir un nouveau monde et un paradis sur Terre, c'est pourquoi ils avaient le droit a détruire tout et tout ceux qui se mettaient en travers de leur chemin vers ce but suprême, écrivent encore les auteurs de la brochure. Ces dictatures persécutaient la religion, les fidèles et le églises parce que leur enseignement était en opposition totale avec les idéologies nazies et communistes qu'elles voulaient élever au rang de nouvelle religion. »
Au fait, quelle est la nouvelle religion de notre ministre de l’Éducation, Vincent Peillon ?
Hervé Bizien monde & vie 11 juin 2013
Re: Communisme : le devoir de mémoire
Publié : 18/09/2013 - 16:39
par Pat
Les collaborateurs Maurice Thorez et Jacques Duclos perdent une rue chacunLors du conseil municipal du lundi 16 septembre à Orange, la mairie a voté le changement de nom de 2 rues : la rue Maurice Thorez devient la rue Honoré d’ESTIENNE d’ORVES et la rue Jacques Duclos devient la rue Pierre BROSSOLETTE. Extrait de la délibération :
"2013 est l’année de commémoration nationale de la Résistance et du C.N.R. (Conseil National de la Résistance), qui célèbre son 70ème anniversaire.
A cette occasion, Mme HALOUI, Conseillère Municipale, a sollicité la Ville lors du Conseil Municipal du 27 Mai 2013, en question orale, afin qu’une voie soit dénommée Rue du Conseil National de la Résistance.
La Ville est favorable à cette requête, mais souhaite rendre cet hommage à la résistance française, non en honorant un sigle, mais en choisissant deux personnalités emblématiques de ce que fût, dès le début cette résistance. Le choix s’est porté sur messieurs Honoré d’Estienne d’Orves et Pierre Brossolette.
Néanmoins, afin de pouvoir procéder à ces dénominations, il convient de débaptiser deux rues portant des noms de personnalités contemporaines de la seconde guerre mondiale, dont l’attitude entre 1939 et 1941 n’a pas été conforme à l’esprit et aux actes de la résistance. Ces deux rues sont situées dans le quartier La Tourre.
La première porte le nom de Maurice Thorez.
Maurice Thorez a moins de 40 ans au moment de la déclaration de guerre. Il est mobilisé et rejoint son régiment le 3 Septembre 1939 à Arras. Il déserte un mois plus tard seulement en Octobre 1939 sur ordre du secrétaire de l’Internationale Communiste, Dimitrov, en raison du pacte germano-soviétique. Il s’installe alors à Moscou, le 8 Novembre 1939. Il y passe toute la guerre. Le 20 Janvier 1944, il est reçu par la délégation de la France libre à Moscou. Il prétend à cette occasion être resté « à son poste de combat », en France, jusqu’en Mai 1943 et demande à rejoindre Alger. Charles De Gaulle répond quelques semaines plus tard que la condamnation de Maurice Thorez pour désertion garde force de loi. Le 6 Novembre 1944 quelques jours avant le voyage de Charles de Gaulle à Moscou, Maurice Thorez bénéficie d’une grâce individuelle et rentre en France le 27 Novembre. Il reprend immédiatement la tête du Parti Communiste.
La seconde rue porte le nom de Jacques Duclos.
Agé de plus de 40 ans au début de la guerre, Jacques Duclos n’est pas mobilisé, mais il quitte la France dès la dissolution du Parti Communiste, en Septembre 1939, en raison du pacte germano-soviétique, et s’installe à Bruxelles, au siège de l’Internationale. Il y demeure sur ordre de Moscou jusqu’en Juin 1940, date à laquelle il rentre en France pour tenter d’obtenir de l’occupant nazi la reparution de l’Humanité. Les Allemands sont favorables à cette demande qui est finalement refusée sur pression du Gouvernement du Maréchal Pétain. Il reprend à Benoît Frachon la tête du PC en France et dirige les éditions clandestines du Parti Communiste, dont le ton est essentiellement anti-impérialiste, anti-anglais, anti-Pétain, anti-De Gaulle et anti-Blum. Il faut attendre Juin 1941, l’invasion de l’URSS par les nazis et la rupture du pacte germano-soviétique, pour que Jacques Duclos réserve enfin ses attaques à l’Allemagne.
Dans son édition clandestine du 1er Juillet 1940, l’Humanité publie une condamnation de l’appel du 18 Juin : « Le Général De Gaulle et autres agents de la finance anglaise voudraient faire se battre les Français pour la City. ». Le 1er Mai 1941, elle flétrit dans un même élan les Etats-Unis, l’Angleterre et Charles De Gaulle, qualifiés de « ploutocrates », d’ « impérialistes », de « réactionnaires ».
A cet effet, il est nécessaire de modifier la délibération du Conseil Municipal en date du 4 Novembre 1980 n° 311 - visée en Préfecture de Vaucluse le 10 Novembre 1980, décidant le classement et la dénomination des voies de la Résidence « La Tourre », pour les deux appellations énoncées ci-dessus, et, de les remplacer comme suit :
Rue Honoré d’Estienne d’Orves - Verrières-le-Buisson, 5 Juin 1901 – Suresnes, 29 Août 1941 - (ex Rue Maurice Thorez).
Cet officier de marine rejoint Londres dès l’été 40. Il part en mission clandestine en France en décembre 1940. Dénoncé par un de ses hommes, il est arrêté en janvier 1941. Condamné à mort, il est fusillé, avec deux autres personnes, en août 1941, en représailles de l’assassinat d’un officier d’intendance allemand par un militant communiste. Honoré d’Estienne d’Orves était un homme de droite, sympathisant de l’Action française. Nationaliste, il est allé au bout de son devoir et de son amour pour la France.
Rue Pierre Brossolette – Paris, 25 Juin 1903 – Paris, 22 Mars 1944 - (ex Rue Jacques Duclos).
Cet agrégé d’histoire est décoré pour son courage au feu avant la défaite de 40. Il entre en résistance dès le début de l’occupation allemande. Il crée de nombreux réseaux, va à Londres et en revient à de multiples reprises pour des missions dangereuses. Arrêté en février 1944, il n’est pas immédiatement identifié. C’est chose faite en mars et il est alors transféré au siège de la gestapo à Paris. Torturé, il parvient à se jeter par la fenêtre de la salle d’interrogatoire.
Il meurt dans la nuit de ses blessures.
Pierre Brossolette était un homme de gauche, franc-maçon, membre de la ligue contre l’Antisémitisme, militant de la SFIO, ancien candidat Front Populaire aux législatives de 1936. Socialiste, il est allé au bout de ses convictions et de son idée de la France."
http://lesalonbeige.blogs.com/my_weblog ... es-colla...
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Re: Communisme : le devoir de mémoire
Publié : 24/11/2013 - 9:48
par Pat
Le mythe du programme du CNRIl sert encore de socle au monopole de la sécurité sociale. Enfonçons donc le clou aujourd'hui encore de ce mensonge communiste, que nous évoquions dans notre précédente chronique. (1)⇓
Vu en effet sous l'angle de l'Histoire on ferait injure au souvenir des patriotes de la résistance en présentant le document "Les Jours Heureux", pompeusement et tardivement appelé "programme du CNR", comme l'émanation de leur volonté, représentant effectivement leur combat commun.
Ce texte, gros tract de 6 pages, est daté de mars 1944. Il ne reflète certainement pas l'intention de Jean Moulin, arrêté en juin 1943. Il s'écarte très largement, et plus encore il rejette, les conclusions libérales des travaux très sérieux du Comité général d'études de 9 membres que l'unificateur de la résistance intérieure avait mis en place. Il n'exprime donc en aucun cas le point de vue d'ensemble des combattants et des réseaux clandestins luttant contre l'occupant sur le territoire français.
La première, la plus éclatante raison devrait sauter aux yeux.
Quelque 3 à 5 % de la population de l'Hexagone sur les quatre années noires peuvent être considérés comme ayant participé à cet immense combat. (2)⇓ Ces hommes et ces femmes se réclamaient pour la plupart d'une aspiration nationale et non partisane. (3)⇓
Il s'agissait donc pour eux de libérer leur pays tout entier. Comment le mettre en doute ? À leurs yeux n'en étaient écartées qu'une poignée de traîtres et une très petite minorité d'égarés. Cette perspective ne pouvait donc coïncider avec ce que les politiques désignent sous le nom de "programme". (4)⇓
La deuxième objection regarde bien évidemment l'expression du débat interne, au moment considéré, entre les divers réseaux, de toutes obédiences, au-delà même de leur unification dans l'action.
On a beaucoup évoqué, dans les 25 dernières années encore, et notamment depuis le procès de Lyon en 1987 (5)⇓ le tragique rendez-vous de Caluire de juin 1943. Sans insister inutilement sur le rôle très suspects du couple des militants staliniens Aubrac (6)⇓ on admettra que le secret en fut partagé par trop de gens. Dès lors la fuite de son information au bénéfice des structures de répression ne saurait surprendre quiconque a pu mesurer les difficultés inhérentes à toute action clandestine, et les règles de sécurité qu'elles impliquent. Un réseau urbain tient ainsi rarement plus de six mois.
À débattre sur un programme dans un tel contexte on risque de se diviser gravement. On doit aussi malheureusement évoquer le développement d'une sordide guerre civile qui se radicalisera progressivement, à partir de janvier 1943 et des chaînes de représailles locales. En ce sens le document "Les Jours Heureux" s'inscrit de façon très réaliste dans cette atmosphère. On ne doit pas s'étonner ce soi-disant "programme du CNR" de 6 pages accorde plus d'importance à la vengeance qu'à ce qu'on appelle aujourd’hui la retraite par répartition. Le terme, qui ne veut rien dire, n'est pas employé en ce temps-là. Et le mécanisme lui-même remonte au gouvernement de l'amiral Darlan et à la charte du travail de 1941. Il sera simplement confirmé par les fameuses ordonnances de 1945, dont on prétend aujourd'hui qu'elles auraient fondé un modèle social français intangible et indépassable. Soulignons d'ailleurs que ni en 1941 ni en 1945 on n'envisage la "généralisation de la sécurité sociale" (7)⇓ mais simplement une protection accordée aux travailleurs les plus démunis. Cette idée de généralisation remonte à la loi d'Ambroise Croizat de 1946. Supposée entrer en en vigueur le 1er juillet elle se heurtera dès le 11 juillet à la grève des cadres Elle ne s'imposera dans la pratique qu'avec le plan Juppé de 1995-1997, soit un demi-siècle plus tard. (8)⇓
On ne peut pas confondre par conséquent un texte de combat, très court et très vague avec un projet de société.
Les rédacteurs du texte étaient quatre communistes (9)⇓ et non seize représentants de toutes les tendances de la résistance.
Ces gens n'ont pas pu consulter les réseaux, et ils se sont évidemment gardés d'une telle démarche, se contentant de deux ou trois réunions dans une ferme de la région parisienne entre janvier et mars, autour d'un brouillon rédigé par Villon. Dans la plus pure tradition marxiste, léniniste et stalinienne ils appellent à l'action concrète, "dialectique", contre l'ennemi qu'ils désignent à ce moment précis. Il faut lire la presse communiste pour le comprendre. Quand L'Huma parle en 1944 de "la haine devoir national", "à chaque Parisien son Boche", il ne s'agit pas d'une figure de style. Le financement public de la protection sociale passe, pour le moins, au second rang. Il n'en sera question que beaucoup plus tard, de manière toujours superficielle et démagogique du reste.
Thorez l'a dit une fois pour toutes, il suffit de "faire payer les riches".
Que ferait-on sans eux n'est-il pas vrai ?
JG Malliarakis http://www.insolent.fr/2013/11/le-mythe ... u-cnr.htmlApostilles1) cf. L' Insolent du 21 novembre ."Les jours heureux du parti communiste" ⇑
2) Le rapport Kaltenbrunner de 1943 évalue à 80 000 personnes en zone sud et 25 000 en zone nord les effectifs de l'Armée secrète. Il la prend très au sérieux et lui accorde une importance très supérieure à la place qu'elle occupe dans L'Histoire de la seconde guerre mondiale de sir Basil Lidell Hart qui fait ordinairement référence. ⇑
3) Ainsi, quand Daniel Cordier rencontre Jean Moulin, dont il va devenir le plus proche collaborateur, il vient lui-même de l'Action française, et ne s'en cache pas, cependant que le créateur des Mouvements unis de résistance, fondateur et premier président du CNR appartenait au grand orient et avait soutenu le front populaire. ⇑
4) Rappelons ainsi, à l'intention des quelques personnes sincères qui s'en réclament aujourd'hui encore, que le général De Gaulle a toujours exprimé sa propre réticence sinon son évident mépris pour ce concept qu'il jugeait, à juste titre, politicien.⇑
5)Compte tenu de son importance historique exceptionnelle la chaîne franco-allemande Arte fut autorisée à en diffuser les images.⇑
6) cf. dans L'Insolent du 17 avril 2012⇑
7) c'est cela et pas autre chose que dénoncent les adversaires du monopole. ⇑

cf. L'Insolent du 6 novembre "Un combat de trop de la Sécu monopoliste ?"⇑
9) cf. L'Humanité le 19 novembre.
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Re: Communisme : le devoir de mémoire
Publié : 15/12/2013 - 16:27
par Pat
Procès des crimes communistes Entre utopie et réalitéRelativement passé sous silence par les médias, le procès des anciens dirigeants khmers rouges toujours vivants, qui doit normalement se tenir dans le courant de l’année 2007, n’en est pas moins important, dans la mesure où c’est la première fois depuis les procès de Nuremberg que sera donnée à juger une des “expériences” communistes les plus meurtrière de l’histoire du XXe siècle. En quatre ans, de 1975 à 1979, le Parti communiste du Cambodge ou Parti du Kampuchéa démocratique, appuyé sur sa terrible organisation, l’Angkar, assassina plus du quart de la population cambodgienne, soit près de deux millions de morts.
On se souviendra de ce qu’il advint, dans les années 1990, de la tentative de faire juger Alphonse Boudarel, ressortissant français exerçant les fonctions de commissaire politique et de commandant adjoint dans les rangs du Viêt-Minh, entre les mois d’octobre 1952 et août 1954, dans un camp d’internement du Nord-Vietnam au sein duquel il aurait persécuté des prisonniers politiques. La Cour de cassation, saisie à l’époque, avait jugé que les faits reprochés à l’ancien supplétif étaient amnistiés parce qu’ils étaient postérieurs à la Seconde Guerre mondiale et ne pouvaient donc recevoir la qualification de crimes contre l’humanité. Si la question des procès des crimes communistes s’était également posée suite à la publication, en 1997, du retentissant Livre noir du communisme par Stéphane Courtois, force est de constater qu’elle est restée depuis au stade de la pétition de principe ou du voeu pieux.
Deux régimes criminelsÉtablir le parallèle, pourtant saisissant, entre les crimes nazis et les crimes communistes a toujours relevé de l’hérésie, la singularité de la Shoah, génocide de race, ne pouvant être banalisée et mise sur un pied d’égalité avec un “simple” génocide de classes. L’historien américain Charles S. Maier explique ce phénomène par le fait que la terreur des régimes communistes, bien que plus meurtrière que la terreur nazie (près de cent millions de morts !), était beaucoup plus aléatoire et conjoncturelle que cette dernière, enfermée, quant à elle, dans une logique systématique et planifiée d’extermination. En ce sens, les crimes communistes s’inscriraient dans une “mémoire froide” éphémère alors que le souvenir des crimes nazis serait entretenu par une “mémoire chaude” plus persistante, parce que, précisément, ces crimes étaient plus ciblés.
Si l’explication peut sembler valable, il n’en reste pas moins, d’un point de vue plus prosaïque, que depuis les accords de Yalta de février 1945, jusqu’à la chute du Mur de Berlin et l’effondrement du régime soviétique de Russie qui s’ensuivit, la “guerre froide” autant que la “transition démocratique” des pays de l’Est ont toujours empêché de poser clairement le problème d’un “Nuremberg” des crimes communistes, l’Est et l’Ouest ayant toujours eu intérêt (pour des raisons de politique intérieure ou extérieure) à l’ignorer.
Un procès retardéFort de ces éléments, on comprend mieux pourquoi la mise en place du procès des anciens responsables du régime Khmer rouge qui doit se tenir à Phnom Penh rencontre des difficultés de tous ordres, juridiques comme politiques.
Tout d’abord, ce procès vise des personnes à la santé fragile dont la moyenne d’âge est de quatre-vingts ans. C’est dire que, depuis le renversement du régime de Pol Pot (décédé en 1998), la communauté internationale n’a pas fait montre d’un empressement forcené pour déférer les coupables devant un tribunal.
Ensuite, parce que ce procès concerne des crimes ayant été commis avant l’institution de la Cour pénale internationale en 2002, c’est à un tribunal spécial composé de juges étrangers et cambodgiens qu’il reviendra de connaître des crimes des anciens dignitaires Khmers. Il faut savoir que ce tribunal, instauré après moult tractations sous l’égide des Nations unies, est fortement contesté par le gouvernement cambodgien qui y voit une atteinte à sa souveraineté. Bien entendu, il s’agit d’un prétexte pour contenir la compétence d’un tribunal qui devra se garder d’aller trop loin dans ses investigations. Le Premier ministre en exercice, Hun Sen, ayant été chef de régiment dans le régime Khmer rouge, ainsi que bon nombre de responsables impliqués dans les crimes de ce régime et faisant partie de l’actuelle administration ne sont évidemment pas prêts à coopérer aussi facilement et sans conditions.
Des paramètres géopolitiques rendent également difficile la tenue du procès. Les États-Unis, certains pays occidentaux et la Chine, quelques années après la chute du régime, ont continué malgré tout à marquer leur soutien aux Khmers rouges, les uns pour résister à l’URSS (qui soutenait le Vietnam libérateur du Cambodge en 1979), la Chine parce qu’elle a toujours été présente aux côtés des Khmers rouges de Pol Pot ou de Khieu Samphan son successeur en 1987. Finalement, pas grand monde ne souhaite ce procès des anciens Khmers rouges et la discrétion qui entoure l’organisation de celui-ci démontre, s’il en est besoin, que les victimes des crimes communistes demeureront les oubliés éternels de la Justice universelle.
Aristide Leucate L’Action Française 2000 du 19 avril au 2 mai 2007aleucate@yahoo.frhttp://aucoeurdunationalisme.blogspot.fr/
Re: Communisme : le devoir de mémoire
Publié : 25/12/2013 - 17:30
par Pat
Ce que les communistes apportent à HidalgoDans les urnes, seuls, ils ne comptent presque plus. Et pourtant la combinaison marche encore, plus de 30 ans après l'élection de Mitterrand. On croit à la rupture entre la gauche et l'extrême gauche. On annonce chaque jour une bonne grosse vanne du clown Mélenchon contre le capitaine de pédalo. Mais le fait est là. Immuable. Sans l'appoint des voix et sans le renfort des idées communistes, la campagne parisienne de Mme Hidalgo ne pourrait ramener une municipalité de gauche à l'Hôtel de Ville.
Cette réalité d'un autre âge semble échapper aux états-majors de ce qui nous tient lieu de "droite". Il nous semble donc nécessaire de la rappeler.
Soulignons aussi par qui elle est portée et vers quoi elle tend. Il ne s'agit plus des vieux crocodiles édentés trop visiblement hérités du stalinisme, d'anciens correspondants de la Stasi trop repérables, ni même pour certains d'entre eux d'apparatchiks héréditaires.
À Paris désormais, le principal représentant de cette alliance socialo-communiste, véritable numéro 2 du futur exécutif, si la gauche l'emporte aux municipales des 23 et 30 mars 2014, s'appelle Ian Brossat. En octobre ce jeune cadre du parti communiste annonçait qu'il demanderait au Conseil de Paris la création d'un village d'insertion rom dans le 16e arrondissement. Et pour montrer qu'il ne s'agissait pas d'un canular il n'hésitait pas à théoriser sa position : "L'effort de solidarité doit être mieux partagé. Il n'y a pas de raison que les seules communes de Seine-Saint-Denis soient concernées alors que 10 000 des 17 000 Roms présents en France vivent en Ile-de-France". (1)⇓
On doit bien comprendre qu'en réalité l'opération "dialectique" tend à détourner la crainte sécuritaire et l'exaspération des Parisiens en ressentiment contre "les riches" d'un arrondissement unique qui, de toutes manières, "vote mal" et risque d'ailleurs de voter encore plus mal.
Comme on le voit un vent de fraîcheur s'annonce sur les réalisations à venir d'une municipalité parisienne en plein renouvellement.
Hidalgo a prospéré pendant 12 longues années dans le sillage, confortable pour elle, de Delanoë. La voilà qui représente le changement.
Le peuple de Paris n'existe plus au sens du XIXe siècle : dès lors on en inventera un autre, on imposera des contingents artificiels, mobilisables, subventionnés, disponibles, malléables, etc. Gare à ceux qui s'y opposeraient, gare aux défenseurs de la famille gare aux fidèles de la Madeleine. Que tous se sachent tenus en laisse, pris en étau, entre une répression idéologique et médiatique pour tétaniser les uns et la frappe de quelques groupes chargés d'écraser les autres, plus récalcitrants.
Mais dira-t-on, en gros si 22 % des Français seulement, semblent se dire satisfaits de Hollande, et c'est déjà beaucoup, moins nombreux encore sont ceux qui attendent des solutions de l'extrême gauche. De la CGT, ou de la FSU dans le secteur éducatif, ne viennent en apparence que des blocages, des chantages à la grève thrombose. Et d'ailleurs ces "mouvements sociaux", comme les appellent pudiquement les annonces de la RATP, déclinent d'année en année.
Eh bien justement, sur votre feuille d'impôts apparaissent les résultats des manipulations électorales destinées à camoufler ces reculs.
Ainsi les appareils syndicaux ne représentent plus rien; ils ne vivent plus que des retombées de budgets administratifs. On les subventionnera donc encore plus.
À la droite on va jusqu'à imposer des candidats de complaisance, sans conviction. On a même inventé une fausse alternative à Hidalgo qui, grosso modo, s'emploierait, comme d'habitude, en cas de victoire improbable, à ne rien changer, à maintenir les lieux en état jusqu'au retour de la gauche.
C'est ainsi que le système fonctionne. Il durera aussi longtemps que l'on n'aura pas mis un terme à la connivence et à l'imposture conjointe remontant au soi-disant "programme du CNR" de 1944, resucée du manifeste de la Montagne de 1849 et autres vieilleries, origines oubliées du prétendu "modèle français".
JG MalliarakisApostilles1) cf. Le Point du 13 octobre 2013 : "Paris : Ian Brossat veut un village de Roms dans le 16e."
http://www.insolent.fr/2013/12/ce-que-l ... dalgo.htmlhttp://aucoeurdunationalisme.blogspot.fr/
Re: Communisme : le devoir de mémoire
Publié : 26/12/2013 - 18:04
par Pat
Programmes de gauche et hotte du Père NoëlToute politique, toute volonté de réforme en France se heurte à un mur. Largement mythique, il a été maçonné à partir d'un dogme : le tout petit document de 6 pages, rédigé par quatre staliniens en 1944, Pierre Villon tenant la plume, pour servir de programme commun socialo-communiste. Appelé au départ "les Jours Heureux" la Mémoire a entériné faussement ce tract comme "programme du CNR". Sous cette appellation certains l'invoquent aujourd'hui encore, de préférence sans l'avoir jamais lu.
Il ne semble donc pas inutile de revenir, dans le cadre de cette chronique, sur sa dissection, sur sa genèse et sa fonction mensongère.
Si l'on observe l'histoire de la gauche française, elle n'aura produit en effet, en deux siècles d'agitation, que quatre "programmes communs". À la lecture, ils se révèlent moins dissemblables que ce que l'on pourrait croire. Guère de vrais changements depuis le manifeste de la Montagne de 1849 jusqu'au programme commun de 1972, en passant par le programme du rassemblement populaire de janvier 1936 et le fameux texte des "Jours Heureux" de mars 1944.
On notera à ce sujet une remarque édifiante de Claire Andrieu : "Dans les premiers jours de septembre 1944, les Français libérés découvrirent l'existence d'un « programme du CNR »." (1)⇓
Le CNR était passé le 11 septembre 1944 sous le contrôle de Saillant. Compagnon de route du parti communiste, (2)⇓ ce dirigeant cégétiste sera en 1946 l'un des instrument de son basculement complet de la centrale dans la dépendance du parti. Il sera le cofondateur avec son homologue russe Kouzntesov de la fameuse Fédération syndicale mondiale d'obédience soviétique… (3)⇓
C'est en 1942 en effet que l'unificateur de la résistance intérieure Jean Moulin désira faire formuler par un comité des experts les perspectives de gouvernement de la France libérée. Ce groupe de travail clandestin recruta essentiellement 9 membres. Presque tous allaient jouer un rôle important dans l'après-guerre, sous les Quatrième et Cinquième républiques. Citons ainsi Alexandre Parodi, Pierre Lefaucheux qui dirigera la régie Renault, Michel Debré, le professeur de droit Paul Bastid ou René Courtin, futur administrateur du Monde.
Cette équipe ne comportait aucun communiste. Elle produisit notamment un Rapport sur la politique économique d'après-guerre synthétisé en novembre 1943 par Courtin. Seul ce texte de 113 pages pourrait à la rigueur être tenu pour un "programme" de la Résistance intérieure, puisqu’il avait été communiqué pour accord à tous les mouvements. Mais ce fut pour le court-circuiter que les communistes conçurent le document de 6 pages auquel on ose faire encore référence aujourd'hui.
Jean Moulin avait été arrêté en juin 1943 dans des conditions dont les historiens débattent encore aujourd'hui. L'une des clefs de l'énigme repose à la fois sur sa relation aux communistes et sur le revirement tactique de la politique de Staline à partir de 1943. Celle-ci consistera dès lors à se débarrasser de l'étiquette sulfureuse du Komintern et à se délester d'une bonne partie de ses anciens alliés "antifascistes", anciens compagnons de route recrutés à la faveur de la guerre d'Espagne. Le plus significatif d'entre eux, Willy Münzenberg, avait été assassiné par les agents du NKVD pendant la période d'alliance soviéto-allemande. (4)⇓
Certes, longtemps encore, le PCF cherchera à "plumer la volaille" socialiste en acceptant tactiquement de lui proposer un "programme commun" etc. Et il y parviendra au début de la Quatrième république ! Ne perdons jamais de vue que jamais les Français n'ont vraiment voté en majorité pour les marxistes, malgré les poussées de socialismes étatistes dont la plus forte se manifeste en 1945, avec 49,6 % pour l'addition socialo-communiste aux législatives du 21 octobre 1945, mais quand même une majorité de 50,4 % en faveur de leurs adversaires, démocrates-chrétiens, radicaux et libéraux.
Dès les élections suivantes, le 2 juin 1946, le pourcentage socialo-communiste passe à 47 %. Il ne cessera de diminuer. En un quart de siècle, des législatives de 1945 à l'élection présidentielle de 1969 la gauche marxisante était donc passée d'une influence de 49,6 % à 31 % (Duclos + Defferre-Mendès + Rocard + Krivine). Et le bloc socialo-communiste s'est largement fissuré.
On comprend mieux pourquoi en 1971 Mitterrand a dû reconstruire un "nouveau" parti socialiste : celui dont Hollande fait figure d'héritier. Il avait été conçu dans une perspective d'alliance avec les "stals", lesquels s'effondrèrent dans les années qui suivront.
Le prix à payer se soldera, dès l'année suivante, par le "programme commun". Ce document, qui semble extravagant lorsqu'on le relit de nos jours, avait été rédigé et négocié en 1972 sous l'influence de Chevènement. Il commencera à être appliqué, et il aura largement contribué à ruiner la France, à partir de 1981.
Le PCF continuera, du point de vue électoral, sa descente aux enfers. Mais du point de vue programmatique et syndicaliste, il ne se porte pas aussi mal qu'il le mériterait.
Les survivants impuni du stalinisme peuvent donc remercier les deux Pères Noël et autres rédacteurs de "programmes communs". Et chacun doit mesurer aujourd'hui que le traineau de ces bonshommes rouges, à la source de ce que l'on veut figer aujourd'hui comme un "modèle français", ne venait pas de Finlande.
JG Malliarakis http://www.insolent.fr/2013/12/programm ... -noel.htmlApostilles
(1) cf. livre collectif sous la direction de cette historienne "Les Nationalisations de la Libération" Presses de la FNSP, 1987, page 53 ⇑
(2) cf. L'Humanité du 24 mai 1947 :"à Lyon devant 50 000 manifestants, Louis Saillant déplore le renvoi des ministres communistes."⇑
(3) cf. L'Huma du 26 septembre 1945.⇑
(4) cf. le chapitre que nous lui consacrons dans notre "Alliance Staline-Hitler"⇑
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Re: Communisme : le devoir de mémoire
Publié : 27/12/2013 - 22:33
par Pat
Communisme municipal, communautarisme et terrorismeEn 2008 l'actuel maire communiste de Bagnolet Marc Everbecq avait été élu au second tour avec 53 % des suffrages exprimés et 50 % d'abstention. Dans cette ville de 32 000 habitants, à l'époque, sa liste avait recueilli 4 160 voix. Présentée par le PCF elle se vit attribuer 30 sièges contre 6 à la liste des socialistes conduite par Tony di Martino et 3 à l'UMP.
Depuis 5 ans cette équipe dirige donc la ville, avec sa langue de bois et ses magouilles d'urbanisme collectiviste gris, que dénoncent vainement ses adversaires et quelques architectes courageux. Ceux-ci ont pu mettre en évidence une réduction des espaces verts pour satisfaire les intérêts des promoteurs. (1)⇓
Ses budgets bâclés sont votés dans un climat autoritaire de désinformation que met en cause une opposition malheureusement impuissante. (2)⇓
C'est dans ce contexte que le communisme municipal a pris une décision à première vue stupéfiante. Le 11 décembre en effet le conseil municipal votait la qualité de citoyen d’honneur de Georges Ibrahim Abdallah.
Après 30 ans de détention il est fortement question d’expulser de France ce personnage. Né en 1951, ce militant communiste est considéré comme le chef de la Fraction armée révolutionnaire libanaise. Il avait été condamné par la justice française en 1986 à la réclusion à la perpétuité pour des actes indiscutablement terroristes.
Rappelons brièvement ses exploits et ceux de son équipe. Il a été jugé responsable d'attentats meurtriers sur notre sol contre des diplomates américains et israéliens. Ceci enchante à l'évidence les partisans de la guerre à outrance au Proche-Orient. Or deux artificiers français l'ont payé de leur vie en août 1982, etc. (3)⇓
Jusqu’ici deux modestes bourgades avaient impunément précédé Bagnolet dans ce qu'on peut tenir pour une provocation. Ainsi, le 19 mai 2012, André Delcourt, maire communiste de Calonne-Ricouart, Pas-de-Calais 5 800 habitants, l’avait nommé, déjà, "citoyen d’honneur". Un mois plus tard, dans le même département, le 19 juin 2012, Christian Champiré, maire communiste de Grenay, 6 700 habitants dans la banlieue de Lens et les membres du conseil municipal le nommaient à leur tour "citoyen d’honneur" de leur commune.
Marc Everbecq, en Seine-Saint-Denis, vient donc de faire franchir à cette campagne un cran supplémentaire. Il l'a fait délibérément dans le but de recueillir pour son parti les votes communautaires, à défaut des suffrages populaires.
Cette décision a été soutenue, en effet, de bout en bout par une structure parfaitement révélatrice des forces communautaristes sur lesquelles s'appuient désormais les tenants du communisme municipal : le "Groupe des associations de Bagnolet".
Une visite de la page facebook de ce collectif permet de mieux comprendre comment tout cela fonctionne dans les municipalités de gauche où sévissent encore les communistes, aux marges de la démocratie. (4)⇓
"Les associations" sont, comme il se doit subventionnées. Cela se revendique désormais, et cela se pratique, comme une sorte de droit. Elles font la claque en séances publiques lors des conseils municipaux, comme dans les assemblées révolutionnaires, etc.
Les sympathisants du terroriste le présentent comme un héros et comme un ardent défenseur de la "cause palestinienne".
Si ces gens réfléchissaient sincèrement, nous leur poserions une "simple question". Citons celle que l'excellent blogue de l'Institut d'Histoire sociale pose à ce sujet à tous ces activistes et soutiens du marxiste-léniniste Georges Ibrahim Abdallah : pensent-ils sérieusement que leurs méthodes terroristes ont vraiment fait progresser ladite "cause palestinienne" ? (5)⇓
Mais il ne s'agit pas de cela. Il s'agit pour leurs inspirateurs et commanditaires de rassembler coûte que coûte tout ce qui peut sauver l'implantation du stalinisme en France.
JG Malliarakishttp://www.insolent.fr/2013/12/communis ... risme.htmlApostilles 1 cf. sur Bagnolet-webtv⇑
http://www.youtube.com/watch?v=-hcaxzFAVMA 2 cf. l'intervention de Tony di Martino qui décrypte le budget 2013 de Bagnolet lors de la séance du conseil municipal le 15 avril 2013 ⇑
3 cf. Hervé Roubaix sur Dreuz.fr ⇑http://www.dreuz.info/2013/12/la-mairie-de-bagnolet-nomme-oussama-ben-laden-citoyen-dhonneur/?utm_source=feedburner&utm_medium=email&utm_campaign=Feed%20%3A+drzz%20%2FPxvu+%28Dreuz%20%29#sthash.Dwydtjo4.dpuf
4 sur Facebook. ⇑https://www.facebook.com/LeGroupeDAssociationsDeBagnolet?fref=ts
5 cf. Blog-Actu du site de l'Institut d'Histoire sociale le 26 décembre.⇑https://www.facebook.com/LeGroupeDAssociationsDeBagnolet?fref=ts
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Re: Communisme : le devoir de mémoire
Publié : 07/01/2014 - 18:54
par Pat
Les revenants de l'Allemagne de l'est relèvent la têteL’une des difficultés de l'exercice politique européen résulte du décalage des calendriers. Les différents États-Membres de l’Union à 28 sont convenus, tous, de professer la démocratie, tous, de prendre en commun un certain nombre de grandes décisions. Mais ils font voter les citoyens en pagaille. Pis encore : ils ne considèrent pas de la même manière l’échéance électorale qu'on nous présente pour centrale de la vie institutionnelle du Continent : la désignation des eurodéputés.
Et cela change avec les années : ainsi les Français ont-ils élu en mai 2012 le président que le monde leur envie, cependant que les Allemands n’ont renouvelé leur Bundestag qu’en septembre 2013. De la sorte l’élection européenne de l’année 2014 donnera lieu en France à une sorte de vote de confiance, ou plutôt de défiance à l’égard du gouvernement et du chef de l’État. En même temps, on considérera l'épisode comme celui du vote défouloir. On ne se préoccupe guère, à Paris, d’une assemblée dont les débats restent ignorés de l’opinion. Cette élection servira de voiture-balai de la classe politique.
Outre-Rhin, en revanche la formation de gouvernement de grande coalition déporte en partie le débat vers les forces marginales. Ceux de nos cousins germains qui se détournent des deux gros partis associés, plus ou moins aseptisés, opteront pour les forces les plus marquées, écartées du pouvoir. Les unes se situent à droite : or, elles n'accèdent pas au parlement du fait de la barre des 5 %. L'autre siège à gauche, point de vue d'où elle critique de façon radicale le gouvernement. Avec 63 députés il s'agit du troisième parti siégeant au Bundestag : Die Linke. Ce parti a été constitué à partir des survivants impunis du parti communiste est-allemand. Et au fil des ans s'y sont agrégés quelques mécontents de la social-démocratie.
Un mot pour souligner que l’addition du parti libéral FDP et du parti souverainiste AfD représentait 9,3 % des voix en septembre. Or, cette force virtuelle ne cherche pas à s’unir. Leurs états-majors demeurent profondément divisés sur la question de la monnaie européenne. Les déclarations du nouveau chef du FDP Christian Lindner (1)⇓ ne laissent à ce sujet aucun doute. La défaite du 22 septembre est considérée comme accidentelle, liée à la fois aux personnalités dirigeantes du parti MM. Rössler et Westerwelle et à la poussée historique de l’allié CDU-CSU, tiré par la personnalité de la chancelière. La perspective de reconquête des 0,3 % qui ont manqué en 2013 ne paraît pas insurmontable. Idem chez les souverainistes de l’AfD. Ils pensent, eux aussi, profiter du vote défouloir. À ce détail près, que la crise de l’euro s’est, au moins provisoirement, calmée.
C’est donc bien à l’autre bout du spectre politique allemand que se jouera la partie décisive.
En mai 2012, alors au printemps de son ascension en Grèce, Alexis Tsipras faisait, entre deux baisemains à Michelle Obama, un déplacement à Paris chez son "ami" Mélenchon, et surtout à Berlin. Le 22 mai il développait son propre programme en 6 points dans la capitale allemande. Il était exhibé aux côtés du Néerlandais Tiny Kox, président du groupe de la "gauche unitaire européenne" et de Klaus Ernst ancien socialiste rallié à Die Linke pour s’être opposé aux programmes de réformes Agenda 2010 de Gerhard Schröder. Le processus était lancé sur toute l'Europe.
Tsipras, rassembleur dans son pays de tous les groupes gauchistes, maoïstes, trotskistes, etc. va servir en mai 2014 de tête d'affiche. Et le drame serait qu'il dépasse en nombre de voix, à l'occasion de ce scrutin, la droite locale, rendant intenable la situation du gouvernement, créant une nouvelle crise, etc.
Or, le personnage central du dispositif se révélait en la personne de Gregor Gysi.
Gysi avait été désigné comme dernier président du parti est-allemand en décembre 1989. Il apparut ainsi au moment de l’effondrement du régime communiste, et à la suite de la démission d’Egon Krenz. Il prétendait alors construire une nouvelle forme de socialisme.
Par la suite, plusieurs procédures, et notamment une commission d’enquête du Bundestag en 1998, établirent qu’il avait collaboré avec la Stasi sous le nom de code de Notar, ayant reçu à ce titre une rémunération, etc. Mais, pas plus que d’autres dirigeants de l’extrême gauche allemande, aucune de ces polémiques accablantes n’aboutirent à l’écarter de la vie politique ni même à le priver de son siège parlementaire.
Il y 20 ans en dépit de quelques manifestations sur le thème "Berlin reste rouge" “Berlin bleibt rot” les premiers scores du parti semblaient présager d’une mort certaine : 2,4 % des voix aux premières élections de l'Allemagne unifiée.
Au plan régional, les scores demeurent très contrastés. Ils restent inexistants dans des Länder tels que la Bavière, le Bade-Wurtemberg ou le Schleswig-Holstein, autour de 2 %. Les chiffres significatifs se réalisent en Sarre (2)⇓ avec 16,1 % et, surtout dans les Länder de l’est: Brandebourg 27,2 % Saxe-Anhalt 23,7 % Saxe 20,6 % Thuringe Mecklembourg 18,4 % ; dans le Land réunifié de Berlin il atteint tout de même encore 11,6 % en 2011.
Au plan national Die Linke avait atteint une pique de 11,9 % en 2009, au plus fort de la crise. Puis il a relativement reculé en 2013, passant à 8,6 % soit quatre fois son score initial. Le parti conserve 64 sièges sur les 630 du parlement.
En janvier Gregor Gyzi infléchira encore la plateforme de Die Linke dans un sens plus néo-communiste encore, à l'échelle de l'Europe.
Les élections européennes lui ont offert l'occasion d'une progression constante. En 1994 : 4,7 %, 1999 : 5,8 %, 2004 : 6,1 % 2009 : 7,5%.
Les anciens de Berlin-est, correctement nettoyés, ripolinés, restaurés, se relèvent ainsi lentement, presque sûrement, effaçant les souvenirs compromettants, jouant sur la simple pusillanimité de leurs adversaires conformistes et sur la naïveté de leurs partenaires.
Au printemps prochain, les revenants impunis de l'Allemagne de l'est entendent encore redresser la tête. Ils se serviront du gauchiste grec Tsipras comme tête d’affiche, avec Gregor Gysi comme tête pensante.
JG Malliarakis http://www.insolent.fr/2014/01/les-reve ... -tete.htmlApostilles1) publiées dans Die Welt le 4 janvier 2014.⇑
2) Le petit Land de Sarre était l'ancien fief d'Oskar Lafontaine qui se rallia au parti est-allemand pour constituer "Die Linke" selon la recette bien connue du pâté d'alouette composé désormais d'un cheval est-allemand et d'une alouette sarroise.⇑
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Re: Communisme : le devoir de mémoire
Publié : 12/01/2014 - 19:28
par Pat
Pour les nostalgiques du gauchismeLes services de Mme Filippetti, ont donc annoncé pour 2014 la célébration nationale du cinquantenaire de la mort de Maurice Thorez, en octobre 1964. Merveilleuse occasion de revenir ici pendant plusieurs mois sur un passé que l’on cherche à enfouir. Quand on consulte, en effet, les vieilles collections de L'Humanité on y découvre pas mal de choses. La Mémoire sélective, médiatique et cybernétique tend à les effacer. Plus exactement, le processus ordinaire consiste à les enfoncer sous plusieurs couches de bulles journalistiques insignifiantes : ces derniers jours nous en ont encore donné un stupéfiant florilège.
Dans L’Huma, comme partout, l'année commence par des vœux. Ils apparaissent en première page de l'organe central du parti communiste français. Leur caractère formel n'échappe pas à la règle…
En ce début d’année 1964, Maurice Thorez porte encore le titre de secrétaire général. En réalité, il passe de longs mois sur la Côte d’Azur ou en Union Soviétique. C’est au cours de son dernier voyage vers le grand frère qu’il disparaîtra. Il ne sera nommé président du parti qu’en mai. Le XVIIe congrès qui avalisera cette décision votera de nouveaux statuts qui, pas plus que les précédents, ne prévoient même pas l’utilisation d’un tel titre, essentiellement "bourgeois".
En première page de L’Huma datée du premier jour de l’année publie les vœux que le chef du PCF adresse au parti frère : c'est au parti est-allemand qu'il les adresse en la personne de Walter Ullbricht.
Waldeck Rochet, secrétaire général adjoint, – en attente que ce titre soit confirmé par le XVIIe Congrès qu’il organise en compagnie de Georges Marchais – adresse les siens à Fidel Castro :
Titre du journal : "La révolution cubaine a cinq ans."
Un télégramme du Parti Communiste Français à Fidel Castro
À l'occasion de l'anniversaire de la révolution cubaine, Waldeck Rochet secrétaire général adjoint du Parti Communiste Français a adressé à Fiel Castro le télégramme suivant…
Au camarade Fidel Castro secrétaire général du Parti Uni de la Révolution Socialiste de Cuba
(…) Très fraternellement
En page 3 le même numéro de L’Humanité a inséré un article. Il est intitulé : "La première révolution authentique de l'Amérique Latine. Pas gentil pour les [nombreux] libertadores et autres caudillos du sous-continent, ce qualificatif, cependant, dit bien ce qu’il veut dire en termes marxistes. On y lit en effet que Castro aurait réalisé "une réforme agraire véritable". Par conséquent tous les hommes de gauche se sentent "solidaires de la révolution cubaine". (1)⇓
L’année précédente, le dictateur cubain avait prononcé, le 23 mai 1963, un important discours au cours d’un meeting d'amitié soviéto-cubain. Les révolutionnaires latino-américains devaient à travers lui se sentir : "reconnaissants à l'Union soviétique d'avoir su défendre avec fermeté et sagesse la révolution cubaine au moment de la grave crise de l'automne 1962… L'histoire ne connaît pas d'exemple de solidarité semblable… C'est ce qu'on appelle l'internationalisme…"
À l’époque, aucun détail n’étant jamais laissé au hasard dans la presse stalinienne, le PCF se réfère donc à deux pays communistes : l’Allemagne de l’Est et Cuba. Le premier ne s’effondrera qu’en 1989. Le second tient malheureusement toujours.
La photo que nous avons mis, pour les nostalgiques, en illustration de cette chronique nous montre Fidel Castro en URSS, aux côtés de Nikita Serguéïevitch Khrouchtchev, quelques jours plus tard..
Le 1er janvier 1965, on ne met plus en première page l’Allemagne de l’est, ni aucun autre pays, sauf Cuba. "Notre" Waldeck Rochet, devenu secrétaire général, adresse à nouveau les siens à Fidel Castro. Le journal les publie sous le titre : "La révolution cubaine a six ans." (2)⇓
Mais dans L'Huma, à l'époque, il n’y a guère que la date qui change. Qu'écrit-on alors au Dealer Maximo ? Citons à nouveau :
Un message du Parti Communiste Français au Parti Uni de la Révolution Socialiste
Au camarade Fidel Castro
Secrétaire général du Parti Uni de la Révolution Socialiste
Cuba
À l'occasion du VIe anniversaire de la victoire de la Révolution cubaine, le Parti Communiste Français vous adresse le témoignage de sa solidarité fraternelle et les vœux de la classe ouvrière et du peuple français pour que votre pays remporte de nouveaux succès dans la voie socialiste qu'il a choisie.
Soyez assuré que les travailleurs français, qui luttent pour l’instauration d'une démocratie réelle dans leur pays comme étape vers le socialisme, entendent renforcer leur vigilance à l'égard des entreprises agressives de l'impérialisme américain et leur solidarité envers la Révolution cubaine. Ils saluent chacune de vos victoires, chacun de vos progrès économiques, sociaux et culturels.
Notre Parti agit pour que soient développées les relations commerciales, culturelles et scientifiques entre nos deux pays et l'amitié et la solidarité entre nos deux peuples.
Pour vous-même, camarade Fidel Castro, pour votre parti, pour le peuple cubain, recevez donc nos vœux fraternels et l'assurance de notre indéfectible solidarité.
Waldeck Rochet
Secrétaire général du Parti Communiste Français
Aujourd’hui certes "Fidel Castro", ne semble plus apparaître que "tel un vampire à la pleine lune". L’excellente chronique des événements courants à laquelle j’emprunte cette formule illustre cependant son article non pas du pathétique cliché du jour publié par The Guardian (3)⇓ le 9 janvier, mais, tourné vers l'avenir, de la photo des dirigeants futurs qu’a déjà désignés Raul Castro. (4)⇓
Posons donc ici une simple question : si en 1964-1965, il y a donc 50 ans, la gauche française se disait prête à saluer les progrès de l’île communiste, quand a-t-elle seulement pris acte des désastres difficilement réparables que le tropical-socialisme a infligé à un pays qui, avant 1959, était un des plus brillants du Nouveau Monde ?
JG Malliarakishttp://www.insolent.fr/2014/01/pour-les ... hisme.htmlApostilles1) cf. L'Humanité du 1er janvier 1964 ⇑
2) cf. L'Humanité du 1er janvier 1965 ⇑
3) cf. The Guardian du 9 janvier ⇑
4) cf. Blog Actu de l’Institut d’Histoire sociale le 10 janvier ⇑
http://aucoeurdunationalisme.blogspot.fr/
Re: Communisme : le devoir de mémoire
Publié : 17/01/2014 - 10:45
par Pat
On ne nomme pas la CGT : nommons laCe 15 janvier, au lendemain de l'annonce du "tournant hollandais" un dirigeant du Medef s'adressait à un public d'investisseurs français. Il faisait comprendre à ses auditeurs attentifs que, "sans naïveté", son organisation représentative des grosses entreprises, allait jouer le jeu et prendre au mot le p. de la r.
Il souligna un certain nombre de revendications de bon sens que l'on ne peut que partager. Globalement la simplification de la réglementation, des 3 200 pages de droit du travail, et l'allégement d'ensemble des 147 taxations qui étouffent l'économie française relèvent des nécessités de salut public.
On doit déplorer évidemment qu'une fois de plus, les travailleurs indépendants, artisans, commerçants, professionnels libéraux, exploitants agricoles et petites entreprises restent en marge des préoccupations du nouveau cours proposé par le pouvoir. S'il s'agit de relancer l'emploi ce ne sont pas les grands groupes industriels, même aidés par l'État qui résoudront le problème du chômage.
Mais on doit se préparer aussi à une situation en voie d'évolution.
Jusqu'aux municipales, où il a conclu des alliances de terrain avec les socialistes locaux, le parti communiste en tant que tel devrait laisser un demi-répit au gouvernement. En cela on doit prendre conscience du désaccord avec le matamore Mélenchon. Celui-ci ne dispose que d'une très faible implantation locale et les adhérents de petit son "parti de gauche" restent assez marginalisés dans les bastions industriels.
Le 13 janvier le camarade Pierre Laurent secrétaire national du PCF l'annonçait sans feinte. Son mot d'ordre : "Construisons une autre voie, une autre politique alternative de gauche". Ceci veut dire : réfléchissons ensemble aux bases de la lutte politique et sociale qui suivra les "élections pièges à sots". Au "pacte de responsabilité" il oppose un concept de "pacte de solidarité" et il annonce des "États généraux de la justice fiscale" —‑ mais attention : "avant l'été". Cela laissera donc même le temps pour la campagne du parlement européen.
Ce qui a toujours préoccupé les staliniens s'appelle une fois encore "plumer la volaille socialiste" ... celle de leurs voisins idéologiques, alliés circonstanciels mais aussi, depuis 1920, ennemis permanents. Le but de l'exercice consiste à attirer, piéger et avaler l'aile gauche du Parti socialiste.
Comme d'habitude cela commence par des déclarations de Mme Marie-Noëlle Lienemann :
"La sénatrice socialiste, écrit L'Humanité du 13 janvier, avec d'autres représentants de l'aile gauche du PS, a exprimé sa circonspection."
La gauche de la gauche déplore "une petite musique, un vocabulaire" qui "nous a un peu inquiétés", a abondé Emmanuel Maurel au nom du courant "Maintenant la gauche" (...)
"Nous allons être vigilants sur le Pacte de responsabilité", a renchéri Marie-Noëlle Lienemann, en s'interrogeant notamment sur "quel échelon, les branches ou les entreprises" il sera discuté. "Qu'est-ce qu'on met dans la discussion sur les contreparties ?", notamment en termes d'emplois, salaires, précarité, innovation (...) Et enfin, quelles sont les sanctions qui pourraient être appliquées si les entreprises ne jouent pas le jeu ? "S'il y a des aides publiques, elles doivent être remboursées si les engagements ne sont pas tenus", etc.
Mais toutes ces réserves politiques seront complétées par une contestation de la CGT et par un blocage généralisé des syndicats.
Le camarade Lepaon secrétaire général de la CGT se tiendra en travers des tentatives de concertation.
Déjà le 25 novembre 2013, les quatre centrales syndicales CGT, CFDT, FSU et UNSA avaient annoncé une riche doctrine revendicative. Elle s'exprime en termes clairement fiscalistes qui laissent peu de place aux espoirs d'une évolution sans heurts.
Retenons la partie fiscale de ce beau programme :
En matière de fiscalité : nos organisations syndicales considèrent indispensable de réhabiliter l’impôt, outil de la solidarité nationale, notamment pour répondre aux besoins de la population. Cela implique d’abord de privilégier l’impôt direct sur l’impôt indirect. Cela nécessite aussi de renforcer la progressivité de l’impôt direct. Cela passe par :
- Un nouveau barème de l’impôt sur le revenu : augmenter le nombre de tranches, revoir les taux ;
- Une évaluation des niches (dépenses fiscales) et la suppression de celles qui ne démontrent pas leur efficacité dans l’emploi, environnement…
- Une réforme de la fiscalité locale pour mieux prendre en compte les revenus des occupants et la réalité de l’habitat.
- La mise en place d’une véritable fiscalité écologique pour financer les investissements notamment en faveur des économies d’énergie et de ressources naturelles, en en atténuant le poids sur les ménages à bas et moyens revenus (tout particulièrement avec des mesures spécifiques en faveur des transports).
- Un renforcement des moyens de lutte contre la fraude et l’évasion fiscale.
Dès l'annonce des velléités de réforme de Hollande, le 14 janvier ceci était rappelé, dans L'Huma, comme il se doit ...
JG Malliarakis http://www.insolent.fr/2014/01/on-ne-no ... ns-la.htmlhttp://aucoeurdunationalisme.blogspot.fr/