Communisme : le devoir de mémoire

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Pat
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Re: Communisme : le devoir de mémoire

Messagepar Pat » 13/04/2011 - 13:51

La destruction des Allemands ethniques et des prisonniers de guerre allemands en Yougoslavie, 1945-1953

Par les médias européens et américains, on peut souvent avoir l’impression que la Seconde guerre mondiale doit être périodiquement ressortie pour donner une crédibilité à des demandes financières d’un groupe ethnique spécifique, aux dépens des autres. Les morts civils des perdants de la guerre sont, pour la plupart, passés sous silence. L’historiographie standard de la Seconde guerre est couramment basée sur une distinction nette et polémique entre les « mauvais » fascistes qui ont perdu et les « bons » antifascistes qui ont gagné, et peu de spécialistes sont prêts à enquêter dans l’ambigüité grise se trouvant entre les deux. Même maintenant que les événements de cette guerre s’éloignent dans le temps, ils semblent devenir politiquement plus utiles et plus opportuns en tant que mythes.

Les pertes militaires et civiles allemandes pendant et surtout après la Seconde guerre mondiale sont encore enveloppées dans un voile de silence, du moins dans les mass médias, même si un impressionnant corpus de littérature spécialisée existe sur ce sujet. Ce silence, dû en grande partie à la négligence académique, a des raisons profondes et mérite une enquête érudite plus attentive. Pourquoi, par exemple, les pertes civiles allemandes, et particulièrement le nombre stupéfiant de pertes parmi les Allemands ethniques dans l’après-guerre, sont-elles abordées aussi sommairement, quand elles le sont, dans les manuels scolaires d’histoire ? Les mass médias – télévision, journaux, films et magazines – se penchent rarement, ou pas du tout, sur le sort des millions de civils allemands en Europe centrale et orientale pendant et après la Seconde guerre mondiale [1].

Le traitement des Allemands ethniques civils – ou Volksdeutsche – en Yougoslavie peut être considéré comme un cas classique de « nettoyage ethnique » à grande échelle [2]. Un examen attentif de ces tueries de masse présente une myriade de problèmes historiques et légaux, particulièrement quand on considère la loi internationale moderne, incluant le Tribunal des Crimes de Guerre de la Haye qui s’est occupé des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité dans la guerre des Balkans de 1991-1995. Pourtant le triste sort des Allemands ethniques de Yougoslavie pendant et après la Seconde guerre mondiale ne devrait pas être une moindre préoccupation pour les historiens, en particulier parce qu’une compréhension de ce chapitre de l’histoire apporte un éclairage révélateur sur la désagrégation violente de la Yougoslavie communiste 45 ans plus tard. Une meilleure compréhension du sort des Allemands ethniques de la Yougoslavie devrait encourager le scepticisme concernant l’application loyale et juste de la loi internationale dans la pratique. Pourquoi les souffrances et le triste sort de certaines nations ou de certains groupes ethniques sont-ils ignorés, alors que les souffrances d’autres nations et groupes reçoivent l’attention entière et sympathique des médias et des politiciens ?

Au début de la Seconde guerre mondiale en 1939, plus d’un million et demi d’Allemands ethniques vivaient dans l’Europe du Sud-est, c’est-à-dire en Yougoslavie, en Hongrie, et en Roumanie. Parce qu’ils vivaient surtout près et au long du fleuve Danube, ces gens étaient connus sous le nom populaire de « Souabes du Danube » ou Donauschwaben. La plupart étaient les descendants des colons qui vinrent dans cette région fertile aux XVIIe et XVIIIe siècles à la suite de la libération de la Hongrie du règne turc.

Pendant des siècles, le Saint Empire Romain et ensuite l’Empire des Habsbourg luttèrent contre la domination turque dans les Balkans, et résistèrent à l’« islamisation » de l’Europe. Dans cette lutte, les Allemands du Danube étaient vus comme un rempart de la civilisation occidentale, et étaient tenus en haute estime dans l’empire autrichien (et plus tard, austro-hongrois) à cause de leur productivité agricole et de leurs prouesses militaires. Mais le Saint Empire Romain et l’empire des Habsbourg étaient des entités multiculturelles et multinationales, dans lesquelles des groupes ethniques divers vécurent pendant des siècles dans une harmonie relative.

Après la fin de la Première guerre mondiale, en 1918, qui provoqua l’effondrement de l’empire austro-hongrois des Habsbourg, et après le traité de Versailles imposé en 1919, le statut juridique des Donauschwaben allemands devint flottant. Quand le régime national-socialiste fut établi en Allemagne en 1933, les Donauschwaben étaient parmi les plus de douze millions d’Allemands ethniques qui vivaient en Europe centrale et orientale en-dehors des frontières du Reich allemand. Beaucoup de ces gens furent inclus dans le Reich avec l’incorporation de l’Autriche et de la région des Sudètes en 1938, de la Tchécoslovaquie en 1939, et de portions de la Pologne à la fin de 1939. La « question allemande », c’est-à-dire la lutte pour l’autodétermination des Allemands ethniques en-dehors des frontières du Reich allemand, fut un facteur majeur dans l’éclatement de la Seconde guerre mondiale. Même après 1939, plus de trois millions d’Allemands ethniques restèrent en-dehors des frontières du Reich élargi, notamment en Roumanie, en Yougoslavie, en Hongrie et en Union Soviétique.

Dans la première Yougoslavie – un Etat monarchique créé en 1919 en résultat des efforts des puissances alliées victorieuses –, la plupart des Allemands ethniques du pays étaient concentrés dans l’est de la Croatie et dans le nord de la Serbie (notamment dans la région de Voïvodine), avec quelques villes et villages allemands en Slovénie. D’autres Allemands ethniques vivaient dans l’ouest de la Roumanie et le sud-est de la Hongrie.

Le premier Etat yougoslave multiethnique de 1919-1941 avait une population de quelque 14 millions de gens de diverses cultures et religions. A la veille de la Seconde guerre mondiale, il incluait près de six millions de Serbes, environ trois millions de Croates, plus d’un million de Slovènes, quelque deux millions de Bosniaques musulmans et d’Albanais ethniques, approximativement un demi-million d’Allemands ethniques, et un autre demi-million de Hongrois ethniques. Après l’effondrement de la Yougoslavie en avril 1941, accéléré par une rapide avance militaire allemande, approximativement 200.000 Allemands ethniques devinrent citoyens de l’Etat Indépendant de Croatie nouvellement établi, un pays dont les autorités militaires et civiles restèrent loyalement alliées à l’Allemagne du Troisième Reich jusqu’à la dernière semaine de la guerre en Europe [3]. La plupart des Allemands ethniques restants de l’ancienne Yougoslavie – approximativement 300.000 dans la région de Voïvodine – entrèrent dans la juridiction de la Hongrie, qui incorpora cette région pendant la guerre (après 1945 cette région fut rattachée à la partie serbe de la Yougoslavie).

Le sort des Allemands ethniques devint sinistre pendant les derniers mois de la Seconde guerre mondiale, et spécialement après la fondation de la seconde Yougoslavie, un Etat communiste multiethnique dirigé par le maréchal Josip Broz Tito. A la fin d’octobre 1944, les forces de guérilla de Tito, aidées par l’avance soviétique et généreusement assistées par les fournitures aériennes occidentales, prirent le contrôle de Belgrade, la capitale serbe qui servit aussi de capitale pour la Yougoslavie. L’un des premiers actes légaux du nouveau régime fut le décret du 21 novembre 1944, sur « La décision concernant le transfert des biens de l’ennemi dans la propriété de l’Etat ». Il déclarait « ennemis du peuple » les citoyens d’origine allemande, et les privait de droits civiques. Le décret ordonnait aussi la confiscation par le gouvernement de tous les biens, sans compensation, des Allemands ethniques de Yougoslavie [4]. Une loi additionnelle, promulguée à Belgrade le 6 février 1945, retira la citoyenneté yougoslave aux Allemands ethniques du pays [5].

A la fin de 1944 – alors que les forces communistes avaient pris le contrôle de l’est des Balkans, c’est-à-dire de la Bulgarie, de la Serbie et de la Macédoine – l’Etat de Croatie, allié aux Allemands, tenait encore bon. Cependant, au début de 1945, les troupes allemandes, en même temps que les troupes et les civils croates, commencèrent à faire retraite vers le sud de l’Autriche. Pendant les derniers mois de la guerre, la majorité des civils allemands ethniques de Yougoslavie rejoignirent aussi ce grand trek. La crainte des réfugiés devant la torture et la mort des mains des communistes était bien fondée, étant donné l’horrible traitement appliqué par les forces soviétiques aux Allemands et à d’autres en Prusse orientale et dans d’autres parties de l’Europe de l’Est. A la fin de la guerre en mai 1945, les autorités allemandes avaient évacué 220.000 Allemands ethniques de Yougoslavie vers l’Allemagne et l’Autriche. Pourtant beaucoup restèrent dans leurs patries ancestrales ravagées par la guerre, attendant probablement un miracle.

Après la fin des combats en Europe le 8 mai 1945, plus de 200.000 Allemands ethniques qui étaient restés en arrière en Yougoslavie devinrent effectivement les captifs du nouveau régime communiste. Quelque 63.635 civils allemands ethniques yougoslaves (femmes, hommes et enfants) périrent sous le règne communiste entre 1945 et 1950 – c’est-à-dire environ 18% de la population civile allemande ethnique demeurant encore dans la nouvelle Yougoslavie. La plupart moururent d’épuisement par le travail forcé, par le « nettoyage ethnique », ou de maladie et de malnutrition [6]. Une grande partie du crédit pour le « miracle économique » tellement vanté de la Yougoslavie titiste, il faut le noter, doit aller aux dizaines de milliers de travailleurs forcés allemands qui, à la fin des années 1940, aidèrent à reconstruire le pays appauvri.

Les biens des Allemands ethniques de Yougoslavie confisqués après la Seconde guerre mondiale se montaient à 97.490 petits commerces, usines, magasins, fermes et affaires diverses. Les biens immobiliers et terres cultivées confisqués des Allemands ethniques de Yougoslavie se montaient à 637.939 hectares (environ un million d’acres), et devinrent propriété de l’Etat. D’après un calcul de 1982, la valeur des biens confisqués aux Allemands ethniques de Yougoslavie se montait à 15 milliards de marks, ou environ sept milliards de dollars US. En prenant en compte l’inflation, cela correspondrait aujourd’hui à douze milliards de dollars US. De 1948 à 1985, plus de 87.000 Allemands ethniques qui résidaient encore en Yougoslavie s’installèrent en Allemagne et devinrent automatiquement citoyens allemands [7].

Tout cela constitua une « solution finale de la question allemande » en Yougoslavie.

De nombreux survivants ont fourni des récits détaillés et illustrés du sort sinistre des civils allemands ethniques, en particulier des femmes et des enfants, qui restèrent captifs en Yougoslavie communiste. Un témoin notable est le défunt père Wendelin Gruber, qui servit de chapelain et de guide spirituel pour de nombreux compagnons de captivité [8]. Ces nombreux récits survivants de tortures et de morts infligées aux civils et soldats allemands capturés par les autorités communistes s’ajoutent à la chronique de l’oppression communiste dans le monde [9].

Du million et demi d’Allemands ethniques qui vivaient dans le bassin du Danube en 1939-1941, quelque 93.000 servirent durant la Seconde guerre mondiale dans les forces armées de la Hongrie, de la Croatie et de la Roumanie – des pays de l’Axe qui étaient alliés à l’Allemagne – ou dans les forces armées allemandes régulières. Les Allemands ethniques de Hongrie, de Croatie et de Roumanie qui servirent dans les formations militaires de ces pays demeurèrent citoyens de ces Etats respectifs [10].

De plus, de nombreux Allemands ethniques de la région danubienne servirent dans la division Waffen-SS « Prinz Eugen », qui totalisa quelque 10.000 hommes pendant son existence durant la guerre (cette formation fut nommée en l’honneur du prince Eugène de Savoie, qui avait remporté de grandes victoires contre les forces turques à la fin du XVIIe siècle et au début du XVIIIe) [11]. S’engager dans la division « Prinz Eugen » conférait automatiquement la citoyenneté allemande à la recrue.

Des 26.000 Allemands ethniques danubiens qui perdirent la vie en servant dans diverses formations militaires, la moitié périrent après la fin de la guerre dans des camps yougoslaves. Les pertes de la division « Prinz Eugen » furent particulièrement élevées, le gros de la division se rendant après le 8 mai 1945. Quelque 1.700 de ces prisonniers furent tués dans le village de Brezice près de la frontière croato-slovène, et la moitié restante périt dans le travail forcé dans les mines de zinc de la Yougoslavie près de la ville de Bor, en Serbie [12].

En plus du « nettoyage ethnique » des civils et soldats allemands du Danube, quelque 70.000 Allemands qui avaient servi dans les forces régulières de la Wehrmacht périrent en captivité en Yougoslavie. La plupart d’entre eux moururent en résultat de représailles, ou comme travailleurs forcés dans les mines, en construisant des routes, dans des chantiers navals, etc. C’étaient principalement des soldats du « Groupe d’Armées E » qui s’étaient rendus aux autorités militaires britanniques dans le sud de l’Autriche au moment de l’armistice du 8 mai 1945. Les autorités britanniques livrèrent environ 150.000 de ces prisonniers de guerre allemands aux partisans yougoslaves communistes sous prétexte d’un rapatriement ultérieur en Allemagne.

La plupart de ces anciens soldats réguliers de la Wehrmacht périrent dans la Yougoslavie d’après-guerre en trois phases. Pendant la première phase, plus de 7.000 soldats allemands capturés moururent dans les « marches d’expiation » (Suhnemärsche) organisées par les communistes, faisant 1.300 kilomètres depuis la frontière sud de l’Autriche jusqu’à la frontière nord de la Grèce. Pendant la seconde phase, à la fin de l’été 1945, de nombreux soldats allemands en captivité furent sommairement exécutés ou jetés vivants dans des grandes carrières de karst le long de la côte de Dalmatie, en Croatie. Dans la troisième phase, de 1945 à 1955, 50.000 autres périrent comme travailleurs forcés, de malnutrition et d’épuisement [13].

Le nombre total des pertes allemandes en captivité yougoslave après la fin de la guerre – incluant les civils et soldats « allemands du Danube » ethniques, ainsi que les Allemands « du Reich » [Reichsdeutsche] – peut donc être estimé au bas mot à 120.000 tués, affamés, tués au travail, ou disparus. Quelle est l’importance de ces chiffres ? Quelles leçons peut-on tirer en faisant état de ces pertes allemandes d’après-guerre ?

Il est important de souligner que le triste sort des civils allemands des Balkans n’est qu’une petite partie de la topographie alliée de la mort. Sept à huit millions d’Allemands – personnel militaire ou civils – moururent pendant et après la Seconde guerre mondiale. La moitié d’entre eux périrent dans les derniers mois de la guerre, ou après la reddition sans conditions de l’Allemagne le 8 mai 1945. Les pertes allemandes, à la fois civiles et militaires, furent sensiblement plus élevées pendant la « paix » que pendant la « guerre ».

Pendant les mois avant et après la fin de la Seconde guerre mondiale, les Allemands ethniques furent tués, torturés et dépossédés dans toute l’Europe orientale et centrale, notamment en Silésie, en Prusse orientale, en Poméranie, dans les Sudètes, et dans la région du « Wartheland ». En tout 12 à 15 millions d’Allemands s’enfuirent ou furent chassés de leurs foyers pendant ce qui est peut-être le plus grand « nettoyage ethnique » de l’histoire. Sur ce nombre, plus de deux millions furent tués ou perdirent la vie d’une autre manière [14].

Les tristes événements dans la Yougoslavie d’après-guerre sont rarement abordés par les médias des pays qui émergèrent des ruines de la Yougoslavie communiste, même si, d’une manière remarquable, il y a aujourd’hui dans ces pays une plus grande liberté d’expression et de recherche historique que dans des pays d’Europe occidentale comme l’Allemagne et la France. Les élites de Croatie, de Serbie et de Bosnie, largement composées d’anciens communistes, semblent partager un intérêt commun à refouler leur passé parfois trouble et criminel concernant le traitement des civils allemands dans l’après-guerre.

L’éclatement de la Yougoslavie en 1990-91, les événements qui y conduisirent, et la guerre et les atrocités qui suivirent, ne peuvent être compris que dans un cadre historique plus large. Comme nous l’avons déjà noté, le « nettoyage ethnique » n’a rien de nouveau. Même si l’on considère l’ancien dirigeant serbe yougoslave Slobodan Milosevic et les autres prévenus jugés par le Tribunal International des Crimes de Guerre de La Haye comme de vils criminels, leurs crimes sont très petits comparés à ceux du fondateur de la Yougoslavie communiste, Josip Broz Tito. Tito mena le « nettoyage ethnique » et les tueries de masse sur une bien plus grande échelle, contre les Croates, les Allemands et les Serbes, et avec l’approbation des gouvernements britannique et américains. Son règne en Yougoslavie (1945-1980), qui coïncida avec l’ère de la « Guerre froide », fut généralement soutenu par les puissances occidentales, qui considéraient son régime comme un facteur de stabilité dans cette région souvent instable de l’Europe [15].

Le triste sort pendant la guerre et après-guerre des Allemands des Balkans fournit aussi des leçons sur le sort des Etats multiethniques et multiculturels. Le sort des deux Yougoslavies – 1919-1941 et 1944-1991 – souligne la faiblesse inhérente des Etats multiethniques. Deux fois durant le XXe siècle, la Yougoslavie multiculturelle éclata dans un carnage inutile et une spirale de haines entre ses groupes ethniques constituants. On peut affirmer, par conséquent, que pour des nations et des cultures différentes, sans même parler de races différentes, il vaut mieux vivre à part, séparés par des murs, plutôt que prétendre vivre dans une fausse unité cachant des animosités attendant d’exploser, et laissant derrière elles des ressentiments durables.

Peu de gens pouvaient prévoir les sauvages haines et tueries interethniques qui balayèrent les Balkans après l’effondrement de la Yougoslavie en 1991, et ceci entre des peuples d’origine anthropologique relativement similaire, bien qu’ayant des passés culturels différents. On ne peut que s’interroger avec inquiétude sur l’avenir des Etats-Unis et de l’Europe occidentale, où des tensions interraciales croissantes entre les populations natives et les masses d’immigrants du Tiers Monde laissent présager un désastre avec des conséquences bien plus sanglantes.

La Yougoslavie multiculturelle, dans sa première tout comme dans sa seconde incarnation, fut avant tout la création, respectivement, des dirigeants français, britanniques et américains qui réalisèrent le règlement de Versailles en 1919, et des dirigeants britanniques, soviétiques et américains qui se rencontrèrent à Yalta et à Postdam en 1945. Les figures politiques qui créèrent la Yougoslavie ne représentaient pas les nations de la région, et comprenaient très mal les perceptions de soi et les affinités ethnoculturelles des différents peuples de la région.

Bien que les morts, les souffrances et les dépossessions des Allemands ethniques des Balkans pendant et après la Seconde guerre mondiale sont bien documentées par les autorités allemandes et les spécialistes indépendants, elles continuent à être largement ignorées dans les grands médias des Etats-Unis et de l’Europe. Pourquoi ? On peut penser que si ces pertes allemandes étaient plus largement discutées et mieux connues, elles stimuleraient probablement une vision alternative sur la Seconde guerre mondiale, et en fait sur l’histoire du XXe siècle. Une connaissance meilleure et plus répandue des pertes civiles allemandes pendant et après la Seconde guerre mondiale pourrait bien encourager une discussion plus profonde sur la dynamique des sociétés contemporaines. Celle-ci, à son tour, pourrait affecter significativement la perception de soi de millions de gens, obligeant nombre d’entre eux à rejeter des idées et des mythes qui ont été la mode dominante pendant plus d’un demi-siècle. Un débat ouvert sur les causes et les conséquences de la Seconde guerre mondiale ternirait aussi la réputation de nombreux spécialistes et faiseurs d’opinion aux Etats-Unis et en Europe. Il est probable qu’une plus grande connaissance des souffrances des civils allemands pendant et après la Seconde guerre mondiale, et les implications de celle-ci, pourrait fondamentalement changer les politiques des Etats-Unis et d’autres grandes puissances.
Tomislav Sunic http://www.voxnr.com/

notes :
1. Mads Ole Balling, Von Reval bis Bukarest (Copenhagen: Hermann-Niermann-Stiftung 1991), vol. I and vol. II.

2. L. Barwich, F. Binder, M. Eisele, F. Hoffmann, F. Kühbauch, E. Lung, V. Oberkersch, J. Pertschi, H. Rakusch, M. Reinsprecht, I. Senz, H. Sonnleitner, G. Tscherny, R. Vetter, G. Wildmann, and oth-ers, Weissbuch der Deutschen aus Jugoslawien: Erlebnisberichte 1944-48 (Munich: Universitäts Verlag, Donauschwäbische Kulturstif-tung, 1992, 1993), vol. I, vol. II.

3. Sur les forces armées de la Croatie pendant la Seconde guerre mondiale, et leur destruction après 1945 par les communistes yougoslaves, voir Christophe Dol-beau, Les Forces armées croates, 1941-1945 (Lyon [BP 5005, 69245 Lyon cedex 05, France]: 2002).
Sur l’attitude souvent critique des officiels militaires et diplomatiques allemands envers le régime allié oustachi de l’Etat Independent de Croatie (« NDH »), voir Klaus Schmider, Partisanenkrieg in Jugo-slawien 1941-1944 (Hamburg: Verlag E.S. Mittler & Sohn, 2002). Ce livre inclut une impressionnante bibliographie, et cite des documents allemands jusqu’ici non-publiés. Malheureusement, l’auteur ne fournit pas de données précises concernant le nombre de soldats allemands (incluant des civils et des soldats croates) qui se rendirent aux forces britanniques dans le sud de l’Autriche, and qui furent ensuite livrés aux autorités communistes yougoslaves. Le nombre de captifs croates qui périrent après 1945 dans la Yougoslavie communiste demeure un sujet chargé d’émotion en Croatie, avec d’importantes implications pour la politique intérieure et étrangère du pays.

4. Anton Scherer, Manfred Straka, Kratka povijest podunavskih Nijemaca/ Abriss zur Geschichte der Donauschwaben (Graz: Leopold Stocker Verlag/ Zagreb: Pan Liber, 1999), esp. p. 131; Georg Wild-mann, and others, Genocide of the Ethnic Germans in Yugoslavia 1944-1948 (Santa Ana, Calif.: Danube Swabian Association of the USA, 2001), p. 31.

5. A. Scherer, M. Straka, Kratka povijest podunavskih Nijemaca/ Abriss zur Geschichte der Donauschwaben (1999), pp. 132-140.

6. Georg Wildmann, and others, Verbrechen an den Deutschen in Jugo-slawien, 1944-48 (Munich: Donauschwäbische Kulturstiftung, 1998), esp. pp. 312-313. A servi de base au livre en langue anglaise : Georg Wildmann, and others, Genocide of the Ethnic Germans in Yugoslavia 1944-1948 ( Santa Ana, Calif.: Danube Swabian Association of the USA, 2001).

7. G. Wildmann, and others, Verbrechen an den Deutschen in Jugo-slawien, 1944-48, esp. p. 274.

8. Wendelin Gruber, In the Claws of the Red Dragon: Ten Years Under Tito's Heel (Toronto: St. Michaelswerk, 1988). Traduit de l’allemand en anglais Frank Schmidt.
En 1993, le père Gruber souffrant exile au Paraguay revint en Croatie pour passer ses dernières années dans un monastère jésuite à Zagreb. Je parlai avec lui peu avant sa mort le 14 août 2002, à l’âge de 89 ans.

9. Stéphane Courtois, and others, The Black Book of Communism: Crimes, Terror, Repression (Cambridge: Harvard Univ. Press, 1999).

10. G. Wildmann, and others, Verbrechen an den Deutschen in Jugo-slawien (cited above), p. 22.

11. Armin Preuss, Prinz Eugen: Der edle Ritter (Berlin: Grundlagen Verlag, 1996).

12. Otto Kumm, Geschichte der 7. SS-Freiwilligen Gebirgs-Division “Prinz Eugen” (Coburg: Nation Europa, 1995).

13. Roland Kaltenegger, Titos Kriegsgefangene: Folterlager, Hun-germärsche und Schauprozesse (Graz : Leopold Stocker Verlag, 2001).

14. Alfred-Maurice de Zayas, Nemesis at Potsdam: The Expulsion of the Germans From the East. (Lincoln: Univ. of Nebraska, 1989 [3rd rev. ed.]); Alfred-Maurice de Zayas, The German Expellees: Victims in War and Peace (New York: St. Martin’s Press, 1993); Alfred-Maurice de Zayas, A Terrible Revenge: The “Ethnic Cleansing” of the East European Germans, 1944-1950 (New York: St. Martin’s Press, 1994); Ralph F. Keeling, Gruesome Harvest: The Allies’ Postwar War Against the German People (Institute for Historical Review, 1992).

15. Tomislav Sunic, Titoism and Dissidence: Studies in the History and Dissolution of Communist Yugoslavia (Frankfurt, New York: Peter Lang, 1995)

Tomislav Sunic est détenteur d’un doctorat en sciences politiques de l’Université de Californie, Santa Barbara. Il est écrivain, traducteur et ancien professeur de sciences politiques aux USA. Tom Sunic vit actuellement avec sa famille en Croatie. Une interview de lui, « Reexamining Assumptions », a paru dans le numéro de mars-avril 2002 du Journal of Historical Review ( LIEN). Son livre le plus récent est Homo americanus: Child of the Postmodern Age (2007), qui peut être obtenu via Amazon books ( LIEN). Pour plus d’autres articles de lui, voir son site web ( LIEN).

Cet article est une adaptation du discours du Dr. Sunic le 22 juin 2002, à la 14ème Conférence de l’IHR, à Irvine en Californie.
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Messagepar Pat » 26/04/2011 - 13:23

La grande manip antifasciste de Münzenberg

Willi Münzenberg, né en 1889, milita dans sa jeunesse au sein du vieux parti social-démocrate. En contact avec Lénine et les bolcheviks à Zurich dès 1916, il se ralliera en 1918 au mouvement que l'on appelle alors spartakiste.

En 1920 il représente les jeunesses internationales au Deuxième Congrès de l'IC.

En 1921, alors âgé de 32 ans, il se rend à Moscou. (1)

Dès 1922, lors du Quatrième congrès de l'IC il est en mesure de quantifier à hauteur de 40 millions les "êtres humains exposés directement" et de 3 millions de morts les conséquences de la famine en URSS. Le nombre réel de décès semble plus proche de 5 millions. Mais son rôle de propagandiste habile et acharné consistera à s'impliquer dans une "commission internationale de secours aux affamés", dissimulant les responsabilités et entravant la mise en cause du système affameur.

À partir de 1924 et jusqu'en 1933, de retour en Allemagne, il siège au Reichstag élu sur les listes du KPD, parti communiste allemand.

Lorsque le brillant essayiste Philippe Muray le décrit comme un "compagnon de route du bolchevisme", et le plus talentueux de l'espèce, une telle litote introduit donc un grave contresens. Simple et naïf "compagnon de route" ? Non : agent du Komintern stalinien et du NKVD.

Plus réaliste, Stephen Koch souligne au contraire (2) que Münzenberg met tout simplement en œuvre les directives de Staline : "Son objectif était de susciter chez les Occidentaux non communistes et bien pensants le préjugé politique qui allait dominer toute l’époque : la conviction que toute opinion favorable à la politique étrangère de l’union soviétique était fondée sur les principes de l’honnêteté la plus élémentaire."

Créateur de multiples organisations, comme la "ligue contre l'Impérialisme" il apparaît dès 1926 comme l'inspirateur de la fameuse campagne en faveur de Sacco et Vanzetti. Mais divers témoignages permettent de le situer, comme apparatchik stalinien, au centre de la manipulation d'ensemble.

L'écrivain alors communiste Manès Sperber qui collabora avec lui de 1927 à 1937 décrit de la sorte son rôle : "Münzenberg poussait des écrivains, des philosophes, des artistes de tout genre à témoigner, par leur signature, qu'ils se plaçaient au premier rang de combattants radicaux […] constituant ainsi des caravanes d'intellectuels qui n'attendaient qu'un signe de lui pour se mettre en route; il choisissait aussi la direction." (3)

Comme on ne prête qu'aux riches on lui a aussi attribué l'inspiration de l'école de Francfort, le recrutement de Kim Philby, le traitement d'André Breton pape infaillible du surréalisme, etc.

Mais son indiscutable et majeure invention s'identifie à "l'antifascisme". Non qu'en Italie les militants communistes ne se soient trouvés en opposition au gouvernement de Mussolini et souvent en prison ou en exil. Mais d'une part les relations inter-étatiques entre Rome et Moscou ont parfaitement fonctionné jusqu'en 1941. D'autre part jamais jusqu'au milieu des années 1930 les communistes n'ont accepté d'opérer de différence entre leurs adversaires, leurs rivaux, et les "sociaux-traîtres". "Feu sur le Blum" écrit le poète Aragon. Et surtout la confusion entre les diverses formes de ce qu'on désigne du terme générique de "fascismes" n'a été mise en œuvre que très tardivement, et artificiellement, par la propagande soviétique. Que M. Poutine affuble, aujourd'hui encore l'Allemagne hitlérienne de cette épithète, (4) qui devient, dans le cas précis dérisoire, en dit long sur cette imprégnation.

L'idée géniale d'un front commun antifasciste va fonctionner à plein régime à l'occasion de la guerre d'Espagne, entre 1936 et 1938, lorsque les relations germano-soviétiques paraissent glaciales.

En réalité, le point essentiel découle de la ligne définie en 1920. Celle-ci dominera presque constamment la politique extérieure de Moscou. Elle inspire donc sans mystère la conduite du Komintern, en vertu de l'obligation statutaire de "solidarité internationale". Vis-à-vis de l'Allemagne, elle avait donné naissance au traité de Rapallo de 1922, par lequel la Reichswehr allait recevoir un soutien permanent de l'Urss, en matériel et en formation de ses cadres. Cet accord sera complété en 1926 par un traité d'amitié. Or à partir de 1933 le gouvernement de Berlin prendra, seul, et de manière provisoire, l'initiative d'un relatif refroidissement de ces relations. Jamais le Kremlin, de son côté n'a varié dans sa remise en cause du traité de Versailles, ce que ses stratèges appellent "la paix des Alliés" et ce que les hitlériens et les nationalistes allemands dénoncent comme le "diktat".

En 1933 le procès de Leipzig consécutif à l'incendie du Reichstag avait donné à Münzenberg l'opportunité d'exprimer tout son talent. Il orchestre une campagne visant à décrédibiliser l'enquête menée de façon expéditive sous la houlette de Goering, ministre de l'Intérieur de Prusse. L'incendiaire Van der Lubbe, militant d'extrême gauche hollandais, est ainsi présenté tour à tour comme un "nazi puisqu'homosexuel" ou malheureux fantoche conduit sur les lieux de son forfait par des provocateurs policiers. Le procès tournera à la confusion de la dictature allemande, et permettra au dirigeant communiste bulgare Dimitrov, accusé de complicité, de quitter le pays. En fait, protégé par le Guépéou, il sait que sa propre libération a été négociée en coulisse avec la Gestapo, et il se montre étonnamment combattif lors des audiences. (5)

En 1935 à Paris, Münzenberg organise encore "en sous-main" (6) à la demande d'André Malraux le "Congrès des écrivains pour la défense de la culture". Il fait venir de Moscou, le temps d'une intervention, Isaac Babel. Celui-ci sera arrêté après son retour, et assassiné par la police en 1940.

Durant la guerre civile espagnole, à partir de 1936, certes l'Internationale communiste s'engage aux côtés des républicains. Mais en fait elle soutient les Rouges comme la corde soutient le pendu. Et la grande épuration des "antifascistes" commence dès cette époque. Elle se prolongera pendant 15 ans, selon les pays, à partir de la guerre, pendant les luttes secrètes au sein de la résistance ou après le partage de Yalta et Potsdam de 1945, qui transforment la libération en occupation soviétique de l'Europe centrale et orientale.

À partir de 1939 l'activité de propagande en direction des bonnes consciences ne sert donc plus à rien. Dès le mémorandum de Lord Halifax, lui-même consécutif à la délimitation de la frontière des Sudètes, en octobre 1938 la Grande-Bretagne se prépare au conflit. Au Kremlin, on souhaite que celui-ci abatte l'immense puissance maritime qui domine alors le quart des terres émergées. Certes les radicaux socialistes français, conduits par Daladier président du Conseil, imaginent encore de finasser. La diplomatie de la Wilhelmstraße et les discours du chancelier ménagent ces interlocuteurs, tels des petits cochons roses qui ne voient pas le danger du grand méchant loup.

Dès lors le grand manipulateur de l'antifascisme Mûnzenberg n'apparaît plus comme un rouage nécessaire. Il devient désormais encombrant. Et au lendemain du pacte du 23 août 1939, il se rebellera. Voici ce qu'il écrit le 6 octobre en direction des communistes français, qui eux-mêmes appliquent sans broncher les directives soviétiques et, au lendemain du partage de la Pologne du 28 septembre demandent dès le 1er octobre la "paix immédiate".

"Vous cherchez des arguments pour expliquer les changements à Moscou et leur donner une signification "socialiste" ? écrit-il. Il n'y en a pas (...) le grand fauteur de guerre se trouve aujourd'hui à Moscou et s'appelle Staline". (7)

En 1940 on retrouvera son cadavre dans la campagne française.

JG Malliarakis http://www.insolent.fr/

Apostilles

1) Cf. Jean-Louis Panné "Boris Souvarine" Ed. Robert Laffont 1993 page 115
2) Cf. Il lui consacre un livre essentiel : "La fin de l'innocence" (The End of Innocence, The Free Press, New-York, 1994, La fin de l'innocence, les intellectuels d'Occident et la tentation stalinienne : 30 ans de guerre secrète, Grasset, Paris, 1995) Lire à ce sujet la notice http://www.denistouret.net/textes/Koch.html que Denis Touret consacre à l'auteur.
3) Cf. Wikipedia
4) Cf. par exemple sa tribune libre au Figaro en mai 2005 pour le 60e anniversaire de la victoire alliée.
5) Cf. Panné page 213
6) Cf. Panné page 221
7) Cité par Alexandra Viatteau "Staline assassine la Pologne" (ed. Seuil 1999 coll. Archives du communisme) pp 308-309 et par le "Dossier Münzenberg" (Revue "Communisme" Nos 38-39 1994).

"L'Alliance Staline Hitler"

Sous ce titre paraîtra un ouvrage de l'auteur de ces lignes retraçant le contexte de la politique soviétique pendant toute l'entre deux guerres. Il comprend en annexe, et expliquant, plus de 80 documents diplomatiques, caractéristiques de cette alliance. Il sera en vente à partir du 15 mai au prix de 29 euros.

Les lecteurs de L'Insolent peuvent y souscrire jusqu'au 30 avril au prix de 20 euros, soit en passant par la page spéciale sur le site des Éditions du Trident http://www.editions-du-trident.fr/ash.htm, soit en adressant directement un chèque de 20 euros aux Éditions du Trident 39 rue du Cherche Midi 75006 Paris. Tel 06 72 87 31 59.
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Re: Communisme : le devoir de mémoire

Messagepar Pat » 04/05/2011 - 12:38

Staline le monstre froid

Le Figaro Magazine - 05/02/2011
Successeur de Lénine, Joseph Staline a régné sans partage sur l'Union soviétique de 1929 à 1953. Bolchevique de la première heure, ce dictateur est responsable d'innombrables crimes contre l'humanité.
S'il n'était pas mort, Georges Frêche aurait-il été jusqu'au bout de son projet ? Aux statues qu'il avait fait installer à Montpellier (Jaurès, de Gaulle, Churchill, Roosevelt et Lénine), il voulait ajouter Staline. L'ancien maire de la ville, capable de toutes les provocations, brandissait un argument : « Sans lui, on n'aurait pas gagné la Seconde Guerre mondiale. » Du vivant du dictateur soviétique, c'est pour cette raison que l'Occident faisait silence sur ses crimes : 7 millions de déportés de 1929 à 1953, 6 millions de morts de famine entre 1931 et 1933 et 1 million en 1947, 1,8 million de morts en camp de 1929 à 1953, et 1 million de fusillés de 1929 à 1953, dont 750 000 en 1937-1938...
Il y a huit ans, Simon Sebag Montefiore, un historien britannique, spécialiste de la Russie, avait publié à Londres une remarquable biographie de Staline. Traduite en 25 langues, parue en français en 2005, cette somme - ouvrage de référence, mais d'une lecture aisée - est désormais disponible au format de poche. Edvard Radzinsky, un homme de théâtre et de télévision russe, est aussi l'auteur de best-sellers historiques. On lui doit notamment un Nicolas II (2002) et un Alexandre II (2009) qui ont été publiés en français. A partir de divers fonds d'archives et de témoignages de proches et de survivants, il a écrit un livre qui constitue une introduction à la vie de ce monstre froid que fut Joseph Staline.
Né le 6 décembre 1878 (il se rajeunira d'un an dans ses biographies officielles), Joseph Djougachvili, surnommé Sosso par sa mère, est originaire de Gori, en Géorgie. Son père est un cordonnier alcoolique et violent, qui bat sa femme : on murmure qu'elle se console avec le parrain du garçon, qui serait son vrai père. Entré à 16 ans au séminaire de Tiflis, le jeune Joseph se montre d'abord bon élève. Cinq ans plus tard, devenu athée et marxiste, il refuse de passer ses examens. Exclu du séminaire, Joseph Djougachvili ne sera pas prêtre, mais il adorera une divinité : la révolution.
Sous le pseudonyme de Koba, il entame une carrière d'agitateur, organisant des grèves et n'hésitant pas à braquer des banques afin de renflouer les caisses du Parti social-démocrate, auquel il a adhéré dans la fraction bolchevique. En 1905, en Finlande, il fait la connaissance de Lénine. L'année suivante, il est l'instigateur de l'assassinat du gouverneur militaire du Caucase. En 1907, à la suite d'un nouveau hold-up, il est arrêté. Condamné à l'exil intérieur, il s'évade et rejoint sa femme à Bakou. Epousée trois ans plus tôt, elle ne résistera pas à une épidémie de choléra, en 1909, mort qui affectera sincèrement Koba et le poussera un peu plus dans l'engagement radical. Cinq fois arrêté, cinq fois évadé de Sibérie, ce révolutionnaire professionnel, membre du Comité central du parti, adopte un nouveau surnom : Staline, « l'homme de fer ».
De nouveau déporté en 1913, il se trouve en Sibérie quand éclate la révolution de février 1917. Libéré, Staline gagne Saint-Pétersbourg où il se range dans le sillage de Lénine, sans jouer toutefois de rôle important au moment de la révolution d'Octobre. En 1918, chargé de réquisitionner du blé, il fait incendier les villages récalcitrants et fusiller leurs habitants. La même année, la Géorgie et la Transcaucasie ayant pris leur indépendance à la faveur de la révolution, il en assure la reconquête militaire.
En 1922, quand Lénine est frappé d'une attaque cérébrale, Staline se présente comme le dépositaire de sa pensée. Lorsque le fondateur du bolchevisme disparaît, en 1924, une lutte au couteau s'engage pour sa succession. Associé à Kamenev et Zinoviev, Staline évince d'abord Trotski. Un an plus tard, il écarte à leur tour Zinoviev et Kamenev. En 1929, ayant placé ses vassaux au Politburo, il est le maître du Kremlin, tout en devenant le dirigeant du mouvement communiste international. Parfait léniniste, Staline va gouverner selon les principes de son mentor : parti unique, chef unique, liquidation des opposants. A l'occasion de son cinquantième anniversaire, celui qu'on va appeler le « Petit Père des peuples » institue le culte de la personnalité. « Devenu tsar, écrit Edvard Radzinsky, il a décidé d'être en même temps un dieu. Ainsi se crée la Sainte-Trinité bolchevique : Marx, Lénine et lui. Les dieux de la terre. »
La suite, on la connaît : systématisant le caractère totalitaire du parti-État communiste, le tyran, dont les historiens soulignent le sadisme personnel, met au point une mécanique politique et policière qui va broyer des millions d'êtres. Répression de masse, dékoulakisation, camps de concentration, travail forcé, purges : l'Union soviétique est une vaste prison où tous ont peur de tous.
Allié à l'Allemagne nazie en 1939, Staline est surpris, en 1941, quand la Wehrmacht attaque. Devant la déroute de l'Armée rouge, il doit faire appel au patriotisme russe, et même sortir quelques popes du goulag, afin de mobiliser son peuple. Après la guerre, la terreur reprend de plus belle, se teintant d'antisémitisme lors du complot des blouses blanches. Il faut lire les pages hallucinantes où Simon Sebag Montefiore décrit la mort du dictateur, en 1953, et les règlements de compte au sein de sa garde rapprochée dont faisait partie Khrouchtchev, qui lui succédera. « Ils avaient tous du sang sur les mains », souligne l'auteur.
Georges Frêche avait raison : c'est avec Staline que l'Ouest a gagné la guerre contre Hitler. Il oubliait cependant de préciser que cette victoire, si nécessaire, avait été remportée, à l'Est, par un autre criminel contre l'humanité. Ce sont les paradoxes de l'Histoire.
Jean Sévillia http://www.jeansevillia.com
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Re: Communisme : le devoir de mémoire

Messagepar Tireur_isolé » 04/05/2011 - 13:10

Allié à l'Allemagne nazie en 1939, Staline est surpris, en 1941, quand la Wehrmacht attaque.



*
_ Surpris, non, il était informé, il savait que l'alliance serait rompue, par Hitler ou par... lui, mais il avait besoin de temps pour refaire l'Armée rouge, bouffer l'Europe pour la vouer au communisme. De plus la guerre lui permettait de faire disparaitre les peuples qu'il haïssait, tatars, mongols, turkmènes, etc...
Il est bon de se rappeler les centaines de bataillons sans arme qui partaient sur le front avec pour consignes de s'équiper sur les cadavres !

D'un témoignage digne de foi, les premières lignes étaient exclusivement composées d'asiates, sauvages illettrés, abrutis d'alcool, pillant, violant plus que délivrant ! Les prisonniers de guerre de la zone-est, Poméranie, Haute-Silésie, Lituanie, Biélorussie, Pologne ont eu plus à payer aux troupes russes qu'aux allemands... :affraid:

Les prisonniers français libérés ne comprendront pas pourquoi ils devront passer par l'Est, la Mer Noire, Marseille pour rejoindre la France.
Les américains rapatriaient les prisonniers libérés vers l'ouest. Ainsi des prisonniers ayant attendu les troupes us sont arrivés plus tôt à Paris que ceux partis avec les libérateurs communistes...
ENFANTS, PROFITEZ DE LA GUERRE !
LA PAIX SERA TERRIBLE !!!
_____________________________
encore un carreau d'cassé, v'là le vitrier qui passe,
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Re: Communisme : le devoir de mémoire

Messagepar Pat » 07/05/2011 - 21:48

Le crépuscule du trotskysme “français”

Pour Altermedia France, Yann Kermadec

Avec le retrait de la vie politique d’Olivier Besancenot, le NPA vient de perdre un des derniers éléments qui empêchaient son effondrement complet. Formé en 2009 avec pour objectif de déborder le strict cadre trotskyste pour contre balancer un Parti Socialiste essouflé, le NPA a été laminé par l’alliance entre le PCF et le Parti de Gauche de Jean luc Mélenchon. Ce qui devait être une fructueuse auberge espagnole gauchiste a fait long feu : elle a perdu 30% de ses adhérents en à peine deux ans. Le NPA rejoint ainsi Lutte Ouvrière qui déjà du temps d’Arlette Laguiller avait entamé son déclin aux scrutins, gages d’apports financiers non négligeables. Quant au Parti Ouvrier Indépendant de Gluckstein, il n’a jamais réussi à exister mais se maintient par une organisation de type bolchevique.

C’est donc à l’écroulement de l’extrême gauche classique que l’on assiste pour le plus grand profit du socialo-communisme encravaté et bateleur d’estrade d’un Mélenchon. Un courant dont l’électorat se résume à la fonction publique syndiquée, attachée à ses privilèges et déterminée à les garantir avant les départ en retraite massifs qui s’opèrent pour nombre de baby boomers élevés au lait de Mai 68 et du mitterrandisme. Fait remarquable, la plus violente crise économique depuis la seconde guerre mondiale n’a pas profité à l’extrême gauche. L’électoral se reportant sur le Front National ou l’abstention. Là encore, c’est un signe fort de la faillite générale de la gauche radicale.

Certes, on aura encore ici ou là des groupuscules proches du NPA, mais l’histoire a prouvé que le militantisme de terrain ne se traduit pas automatiquement par de gros scores électoraux. Si le NPA est un des partis les plus militants, il n’a jamais pu trouver sa place dans un système politique refusant la proportionnelle, contraignant ceux qui veulent se hisser aux responsabilités à d’innombrables copinages. Un choix assumé par le PCF depuis longtemps, lui dont il ne reste en somme que l’appareil politique.

Cependant qu’on ne s’illusionne pas sur la force du Front de Gauche. Il est essentiellement un parti corporatiste et défenseur acharné du capitalisme d’État derrière ses envolées crypto-marxistes. Jean Luc Mélenchon n’est pas un perdreau de l’année : il a derrière lui trois décennies au Parti Socialiste et le 21 avril 2002 était encore aux côtés de Jospin alors qu’il espérait demeurer ministre. Un rêve que cet ancien sénateur et membre du Grand Orient de France n’a pas abandonné. On devrait rapidement être fixé sur le personnage quand Dominique Strauss Kahn déclarera sa candidature, ce qui selon le journal financier anglo-saxon The Economist devrait intervenir d’ici à la fin du mois de mai, ou début juin.

À la différence du Front National, l’extrême gauche française n’a jamais pu capitaliser sur son non exercice du pouvoir. Avec la déroute de ses formations et le succès du jeu de Mélenchon et du PCF pour la neutraliser au profit du Parti Socialiste, c’est certainement la fin d’un cycle. L’usure du pouvoir d’un gouvernement socialiste pourrait cependant permettre à ces formations de retrouver de l’air pour continuer à exister mais sans renouer avec les 10 ou 15% que le trotskysme comptabilisait il y a encore peu de temps.

Mais enfin nous ne bouderons pas notre plaisir de ne plus voir Besancenot et son éternelle tête d’écolier insolent sur nos écrans… http://fr.altermedia.info/
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Re: Communisme : le devoir de mémoire

Messagepar Bayard » 08/05/2011 - 1:04

Tireur_isolé a écrit :
Allié à l'Allemagne nazie en 1939, Staline est surpris, en 1941, quand la Wehrmacht attaque.



*
_ Surpris, non, il était informé, il savait que l'alliance serait rompue, par Hitler ou par... lui, mais il avait besoin de temps pour refaire l'Armée rouge, bouffer l'Europe pour la vouer au communisme. De plus la guerre lui permettait de faire disparaitre les peuples qu'il haïssait, tatars, mongols, turkmènes, etc...
Il est bon de se rappeler les centaines de bataillons sans arme qui partaient sur le front avec pour consignes de s'équiper sur les cadavres !

D'un témoignage digne de foi, les premières lignes étaient exclusivement composées d'asiates, sauvages illettrés, abrutis d'alcool, pillant, violant plus que délivrant ! Les prisonniers de guerre de la zone-est, Poméranie, Haute-Silésie, Lituanie, Biélorussie, Pologne ont eu plus à payer aux troupes russes qu'aux allemands... :affraid:

Les prisonniers français libérés ne comprendront pas pourquoi ils devront passer par l'Est, la Mer Noire, Marseille pour rejoindre la France.
Les américains rapatriaient les prisonniers libérés vers l'ouest. Ainsi des prisonniers ayant attendu les troupes us sont arrivés plus tôt à Paris que ceux partis avec les libérateurs communistes...


Feu mon grand-oncle a été libéré par les soviets et m'a maintes fois tenus de tels propos: pillage, exécutions sommaires, viols systématiques sur les populations civiles allemandes et polonaises. Mon grand-oncle a eu la malchance d'être envoyé comme prisonnier de guerre dans la région de Dantzig/Gdansk et a eu à visiter les camps soviétiques (sur un groupe de 19 français, 2 survécurent dont mon brave grand-oncle qui était viscéralement anticommuniste ensuite).

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Re: Communisme : le devoir de mémoire

Messagepar Pat » 14/05/2011 - 13:51

Mitterrand sans héritier avait un précurseur

En ce trentième anniversaire du règne mitterrandien, certains s'interrogent, ayant aboli la loi salique, sur l'héritier légitime du sphinx. Évoquons ici son prédécesseur. Aussi néfaste, quoique la Troisième république ait mis ses échecs à la merci des crises ministérielles qui le renversèrent, on citera sans hésiter Herriot. Entre eux le relais avait passé par le dernier grand radical socialiste de la Quatrième république, Henri Queuille.

Il s'agit donc d'Édouard Herriot (1872-1957). Dès 1922, cet homme comprend tout le bénéfice qu'il va pouvoir tirer de la remise en cause de la ligne dominante au sein de son parti. Les radicaux étaient alors influencés par les frères Sarraut, l'un ministre (Albert), le second (Maurice) dirigeant la Dépêche de Toulouse. Or, en ce temps-là, un hétéroclite conglomérat appelé “bloc national” détenait la majorité parlementaire, avec leur concours, depuis 1919. Albert Sarraut siégeait au gouvernement depuis 1920 en qualité de Ministre des Colonies. Le mot d'ordre avait été formulé sans périphrase : “le communisme voilà l'ennemi”. Et la France ne reconnaissait pas la dictature soviétique.

Pour des raisons analogues à celles de Mitterrand en 1965, Herriot avait compris, au contraire, combien la force, alors scissionniste, des admirateurs de Lénine pouvait manquer à la construction d'une majorité de gauche.

Or, pour faire l'unité de la gauche, la règle d'or consiste à diviser la droite et à instrumentaliser ses extrêmes. Il fallait obtenir qu'on “flétrît les Camelots du Roy”, ce que la Chambre fit en 1923, marginalisant Léon Daudet, député de Paris, et les quelques 15 monarchistes élus en 1919, au scrutin proportionnel, sur les listes du bloc. On rétablira aussi le scrutin uninominal à deux tours. Plus tard, en 1926, on obtiendra même de l'Église romaine qu'elle “mette à l'index” l'Action française.

Herriot n'hésita pas à aller plus loin en se faisant aussi l'apologiste du régime moscovite. Il n'éprouvait probablement pas plus que Mitterrand de sympathie pour le communisme, il voulait simplement, comme lui, le pouvoir, enrobant de littérature son accompagnement de la décadence et de la gabegie.

Il publia donc d'abord dès 1922 un ouvrage à la gloire de la “Russie nouvelle” où, certes, en bon radical il sut faire semblant de s'ouvrir aux arguments des adversaires du bolchevisme, mentionnant même sans en développer les causes et les conséquences, pourtant prévisibles, du traité de Rapallo. N'oublions pas que le contentieux franco-bolchévique ne portait pas seulement alors sur les emprunts russes, il résultait aussi de la lutte ouverte du Komintern contre “la paix des Alliés”. Pendant cette même année 1922, le IVe congrès de l'Internationale communiste insistait tout particulièrement sur les méfaits de l'impérialisme français en Europe centrale et orientale.

Plus tard le maire de Lyon arriva donc, à la tête du cartel des gauches, au pouvoir de juin 1924 à avril 1925, avec un très bref cabinet en juillet 1926. De juin à décembre 1932, l'union des gauches ayant à nouveau repris le dessus il dirigea encore le gouvernement. Mais à l'époque le caractère désastreux d'une gestion était vite sanctionné par une presse libre et par le régime parlementaire. Notre homme parlera du “mur d'argent”. Son continuateur trouvera d'autres formulations habiles pour justifier son propre échec.

Heureusement, Herriot ne demeura pas 14 ans au pouvoir.

Le programme de Mitterrand ne fut d'ailleurs pas appliqué aussi longtemps que son porte parole s'incrusta lui-même à l'Élysée. Dès 1983, le président se trouva contraint, par la déroute financière, de débarquer le catastrophique gouvernement Mauroy. Puis, il naviguera par deux fois au milieu des récifs, et des murènes, de la cohabitation inventée en 1986, puis à partir de 1993 après la plus sévère déconfiture de la gauche dans l'Histoire des élections républicaines. Simplement hélas, pour le malheur du pays et la continuité de son déclin, les 12 années de présidence Chirac, encore lui-même un rejeton du radical socialisme et un disciple de Queuille le système continua, enlisé dans son absence de vraies réformes [et en 2007 une majorité de Français crurent voter pour la rupture].

Si l'on revient à la carrière de Herriot on mesurera que son ombre persistera à planer sur la vie politique française, en partie dans le domaine des relations internationales. Dernier président de la chambre en 1939, il interviendra encore jusqu'en 1954 où on le fit prononcer un discours contre la Communauté européenne de défense où gaullistes et communistes s'étaient alors alliés, une fois de plus, pour faire échouer le projet.

Cette continuité aussi mérite examen.

Qu'écrivait donc le vieux Normalien radical socialiste dès 1922, au retour de son voyage dans le paradis des idées de gauche ? Nous devons extraire de tout un fatras d'enfumage, parfois intéressant et habile d'ailleurs, les deux vraies phrases clefs :

Page 288 “L'ancienne Russie est morte, morte à jamais”.

Page 297 “Il faut travailler à réconcilier la République russe et la République française”. Phrase finale du livre… (1)

Il œuvra en effet tout au long de sa vie à ce rapprochement.

Et notamment en 1933 il se rendit en URSS pour un voyage aux doubles perspectives. Il servit à la fois de propagande extérieure en faveur du régime stalinien et il contribua à préparer la grand idée stratégique de la Troisième république qui se traduisit en 1935 par la signature du pacte franco-soviétique. Cette intention d'alliance de revers supposait que l'on abandonnât, d'une manière ou d'une autre, la Pologne stigmatisée dans tout un secteur de l'opinion comme réactionnaire.

À noter en effet que dans le système démocratique français, depuis le jacobinisme de 1792, il faut toujours présenter l'allié comme bénéficiant d'un régime politique enviable. Les motivations géopolitiques ou strictement mercantilistes doivent toujours être camouflées. Le régime républicain se présente comme le pouvoir du peuple, mais il craint le peuple. Il se réclame du gouvernement d'opinion, mais il la méprise.

Dès lors on ne recule devant aucun mensonge et voici ce que, maire de Lyon revenu dans sa bonne ville, le maître à ne pas penser du système déclara en septembre 1933 à l'agence Havas lorsqu'on lui pose la question de la famine en Ukraine :

“Certes là-bas, la courbe de la consommation croît rapidement pour certaines denrées alimentaires, le lait notamment. Quant à l'Ukraine, dont on parle parfois, mais c'est la Beauce ! Je me suis fait conduire dans un village indiqué comme très éprouvé. J'ai vu là des jardins, des vergers, des moissons faites avec un outillage mû électriquement. Une population laborieuse, mais pas misérable, de beaux enfants, bien portants.

“Non, poursuit-il avec emphase, voyez-vous tous ces problèmes ont été étudiés des deux côtés avec passion. Mais si l'on observe avec calme et impartialité, on est obligé de reconnaître que la Russie est un pays qui tend vers une puissance qui sera de l'ordre des États-Unis”.

Ce qui l'intéresse semble bien plus la puissance que la prospérité. Finalement l'URSS n'atteindra jamais le niveau de vie prophétisé plusieurs fois par de faux témoins comme Herriot et même sa force ne reposera que sur un leurre et sur une forme moderne de l'esclavage.

Mitterrand quant à lui le savait pour ne pas se risquer à de telles divagations mensongères. Il en fabriqua d'autres, lui aussi “avec calme et impartialité”.

La négation de la famine ukrainienne ne saurait être tenue pour un point de détail. Plusieurs millions de prétendus “koulaks” et d'enfants moururent dans les campagnes entre 1929 et 1933 (2). Guillaume Malaurie, 50 ans plus tard, rappellera que le public auquel s'adressait Herriot avait été alerté sur cette affaire à peine un mois auparavant : “C'est le témoignage d'une Ukrainienne naturalisée américaine, Martha Stebalo, qui, après un séjour en URSS sensibilisera quelque peu l'opinion française. Publié par Le Matin en août 1933, son récit décrit des populations rurales hagardes, mâchonnant des tiges de maïs, l'écorce des arbres ou de la sciure mélangée aux herbes sauvages”. (…) Refusant la fatalité ambiante, M. Stebalo demande aux survivants si l'État a pris des mesures. ‘Non', lui retorque-t-on, ce sont les autorités elles-mêmes qui manifestent le plus d'acharnement à nous détruire, c'est une famine organisée”. (3)

Or, nous devons retenir l'explication de l'attitude française officieuse dans cette affaire que donne par ailleurs Guillaume Malaurie : “depuis la fin du XIXe siècle, la Russie représenta l'alliée privilégiée de la France contre son rival prussien”. (4) Mais Herriot n'avait-il pas considéré jusque-là que la vieille Russie “était morte à jamais” ?

Tous les détails du voyage du dirigeant radical socialiste et négociateur du futur pacte d'alliance, signé en 1935, avec le Kremlin accablent d'ailleurs en lui le propagandiste au bénéfice de ses interlocuteurs. Ils expriment hélas aussi une certaine forme de la frivolité des dirigeants parisiens. Il était arrivé le 26 juillet à Odessa et, pendant 5 jours traversa l'URSS sur une distance de 3 000 km. Il séjournera dans la capitale du 2 au 9 septembre. Et à son retour on apprendra que “le gouvernement soviétique a décidé de faire réunir en un seul film sonore tous les films pris au cours du voyage de M. Herriot. Le film sera sonorisé en français en russe et en anglais”. (5)

On ne doit jamais lésiner pour enfumer à l'opinion.

JG Malliarakis http://www.insolent.fr/

Apostilles

1) Cette conclusion du livre est datée du 15 novembre 1922 ed. Ferenczi, Paris.
2) cf. Miron Dolot “Les affamés” 332 pages, 1986,ed. Ramsay
3) cf. “Le génocide la faim” in Le Monde du 29 août 1983.
4) dans sa préface à la traduction française du livre “Les affamés” page 10.
5) cf. Le Temps du 14 septembre 1933.
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Re: Communisme : le devoir de mémoire

Messagepar Pat » 28/05/2011 - 19:51

Le Vatican contre le Kremlin

Le Figaro Magazine - 13/03/2010

Philippe Chenaux raconte soixante-dix ans de confrontation entre l'Église catholique et le communisme, en Europe, de Benoît XV à Jean-Paul II et de Lénine à la chute du système soviétique.

Le 6 juin prochain, la cérémonie de béatification du père Jerzy Popieluszko aura lieu à Varsovie. En 1984, alors que la Pologne était encore communiste, ce prêtre avait été enlevé, puis torturé à mort, par la police politique. Ses « messes pour la patrie », célébrées après le coup de force du général Jaruzelski contre le syndicat Solidarnosc, en 1981, rassemblaient des milliers de fidèles : le pouvoir avait décidé de le faire taire. La béatification de celui qui rejoint l'interminable liste des martyrs du communisme aura lieu, symboliquement, sur la place où Jean-Paul II avait célébré la messe lors de sa première visite dans le pays, en 1979.

Le père Popieluszko, s'il vivait, aurait aujourd'hui 62 ans : le face-à-face entre l'Église et le communisme, en Europe, ne relève donc pas d'un passé lointain. Cette histoire, toutefois, a connu des phases différentes, et ne s'est pas traduite que par un bras de fer : des deux côtés, catholique comme marxiste, il y a eu aussi des tentatives de séduction. C'est ce que raconte, dans une lumineuse synthèse, l'historien suisse Philippe Chenaux, à qui l'on devait déjà une excellente biographie de Pie XII (Cerf, 2003). Professeur d'histoire de l'Église à l'université du Latran, à Rome, l'auteur est un chercheur : il s'appuie sur les archives, et non sur des partis pris. Schématiquement, il distingue trois grandes périodes. De 1917 à 1945, confrontée à deux grands systèmes totalitaires (le bolchevisme et le nazisme), l'Église refuse de choisir « entre Charybde et Scylla » ; de 1945 à 1958, elle est, en partie malgré elle, assimilée au camp occidental en lutte contre l'empire soviétique ; de 1959 à 1989, elle contribue à la chute de cet empire.

« Là où règne le pouvoir des bolcheviks, l'Église chrétienne est persécutée avec plus de férocité qu'aux trois premiers siècles de la chrétienté. » Cet avertissement est lancé par l'archevêque (orthodoxe) d'Omsk, le 7 février 1919, dans un télégramme envoyé au pape. Le 2 avril suivant, ayant entendu cet appel au secours, Benoît XV demande à Lénine, par l'entremise de son secrétaire d'État, le cardinal Gasparri, de mettre fin aux persécutions antireligieuses : « L'humanité et la religion vous en seront reconnaissants. » La réponse, écrit Chenaux, sera « aussi irrévérencieuse dans la forme que ferme sur le fond ». Aussi étrange que cela paraisse, le Saint-Siège mettra du temps à mesurer la violence du nouveau régime.

Au nom de la politique concordataire qui était alors la règle au Vatican, Rome cherche d'abord un accord avec les soviets. Lénine, comprenant l'intérêt d'un compromis en vue de la normalisation internationale de son régime, n'y fait pas obstacle. Ainsi une convention sera-t-elle conclue entre le Saint-Siège et l'Union soviétique, au sujet de l'aide aux victimes de la famine russe : signé le 12 mars 1922, l'accord Pizzardo-Vorovskij reconnaît aux prêtres catholiques la liberté de se déplacer en Russie, clause essentielle aux yeux de Pie XI, nouvellement élu. La mission catholique se soldera néanmoins par un échec.

Dès 1929, l'offensive antireligieuse s'intensifie. Cette période voyant aussi la montée du nazisme, il est envisagé de publier une encyclique qui condamnerait à la fois le communisme et le nationalisme raciste. Finalement, deux documents paraîtront presque en même temps. Le 14 mars 1937, Mit brennender Sorge condamne le régime nazi et, le 19 mars suivant, Divini Redemptoris dénonce le communisme comme « intrinsèquement pervers ».[btr]

Philipe Chenaux, qui fait justice de la légende d'un Pie XII admirateur d'Hitler, montre que, pendant la Seconde Guerre mondiale, la neutralité apparente de l'Église dissimule un jeu officieux : le rapprochement du Saint-Siège et des Etats-Unis. À l'issue du conflit, alors que Staline étend son emprise sur l'Europe de l'Est et que Mao contrôle la Chine, le Vatican représente une pièce importante sur l'échiquier de la guerre froide. En réponse au poids des partis communistes français et italien, Pie XII pousse à la formation d'une Europe dont la démocratie chrétienne (Schuman, De Gasperi, Adenauer) prendrait la barre.

Jean XXIII, élu en 1958, et son successeur, Paul VI, pape en 1963, se voulant hommes de dialogue, pratiquent l'ouverture à l'Est. Le concile Vatican II, en dépit de la demande présentée par 200 évêques, se refuse à renouveler la condamnation du communisme. Une omission peu appréciée par les « Églises du silence », qui ont eu l'impression d'être lâchées par Rome, au profit d'une stratégie dont les bénéfices seront maigres.

À la Libération, la France avait déjà subi la crise du progressisme chrétien, avec ses prêtres-ouvriers adeptes de « la main tendue » aux communistes. Après le concile, par milliers, des militants catholiques cèdent à la tentation : Chenaux parle d'un « moment gauchiste » de l'Église. En 1990, le cardinal Decourtray, archevêque de Lyon, en fera l'aveu rétrospectif, regrettant « une certaine connivence » de sa génération de prêtres avec l'idéologie marxiste.

Tout change en 1978 avec l'élection de Jean-Paul II, pape slave qui a expérimenté de l'intérieur la réalité du communisme. En ébranlant le régime en Pologne, par le moyen de son soutien à Solidarnosc, le pape déclenche une vague qui déferlera sur tout le système soviétique.

Chenaux reprend la formule de Maritain, qui qualifiait le marxisme d'« hérésie chrétienne ». Le communisme soviétique, en effet, avec ses dogmes, ses rites et son clergé, avait tout d'une contre-Église. Aujourd'hui, en Europe, le catholicisme doit affronter le vide du consumérisme libéral-libertaire, ou la concurrence de l'islam. À tous égards, c'est une autre histoire qui a commencé.

Jean Sévillia http://www.jeansevillia.com/

L'Église catholique et le communisme en Europe (1917-1989), de Philippe Chenaux, Cerf, « Histoire ».
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Re: Communisme : le devoir de mémoire

Messagepar Pat » 30/05/2011 - 11:05

Une page d’histoire inconnue : les massacres des Italiens de 1943-1945

Perpétrés à l'automne 1943 et surtout au printemps 1945, avec entre ces deux dates des épisodes sporadiques de violence incontrôlée, les massacres à l'encontre dès populations italiennes par les partisans titistes Slovènes et croates restent une très sombre page d'histoire quasiment inconnue en France. En Italie même, une chape de plomb et de silence les recouvrit pendant une trentaine d'années et il fallut attendre encore plus longtemps pour les voir étudiés de manière scientifique et pour qu'ils fussent reconnus officiellement.

Les territoires où se déroulèrent ces massacres sont le Frioul-Vénétie Julienne, qui borde l'actuelle Slovénie, l'Istrie — cette péninsule située en face de la lagune vénitienne et qui a la forme d'un triangle renversé, pointe en bas — et la Dalmatie, aujourd'hui partie intégrante de la Croatie. Ces régions ont traditionnellement constitué une frontière entre culture latino-vénitienne et civilisation slave. Après avoir appartenu longtemps à la République de Venise, elles firent partie, de 1797 à 1918, de l'empire austro-hongrois. Au XIXe siècle, marqué par un irrédentisme italien dans ces régions, on constatait déjà un écart social et culturel considérable entre la communauté italienne et les Slaves. Au début du XXe siècle, alors que la première était prospère, comptant dans ses rangs des armateurs et des commerçants, des médecins, des magistrats, des enseignants, chez les Slaves, souvent paysans, les analphabètes étaient encore nombreux. La consistance effective des différentes minorités donnait déjà lieu à des batailles de chiffres. C'est ainsi que le recensement autrichien de 1900 avait enregistré 42,8 % d'Italiens, 48.1 % de Slaves, plus quelques “autres”, à savoir des personnes nées dans le royaume d'Italie et venues s'installer dans ces territoires de l'Est. Mais selon un recensement italien de 1921, la situation était bien différente : la population italienne représentait 58,2 % des habitants, les Slaves seulement 37,6 %. Au lendemain de la Grande Guerre, le traité de Versailles restitua à l'Italie le Trentin-Haut-Adige et, pour le point d'histoire qui nous occupe, ratifia l'annexion de la Vénétie Julienne. Le traité de Rapallo du 12 novembre 1920 ajouta la ville de Zara (Zadar) en Dalmatie et quatre îles situées au large de la côte adriatique. Enfin, le pacte de Rome du 27 janvier 1924 permit à l'Italie de récupérer Fiume (Rijeka), qui avait été le théâtre, de septembre 1919 à décembre 1920, d'une aventure politico-militaire conduite par le « voyant borgne » Gabriele D'Annunzio.

Les différences sociales et culturelles évoquées plus haut étaient déjà, en elles-mêmes, porteuses de conflits. Il faut ajouter à ces facteurs le changement d'administration qui eut lieu à partir de 1918. Les Slaves regrettèrent très vite l'administration autrichienne, efficace, honnête et dotée d'une expérience pluriséculaire pour faire cohabiter des minorités disparates. L'administration italienne, elle, se montra trop souvent brouillonne, inefficace et corrompue. En 1920, la « Maison nationale Slovène » de Trieste fut incendiée par une escouade fasciste. Quant au nouveau régime, force est de reconnaître qu'il prit bientôt envers les Slaves des mesures vexatoires qui n'étaient pas propres à calmer les esprits : italianisation forcée des patronymes et des toponymes, fermeture des écoles Slovènes et croates, interdiction de parler en public une langue “étrangère”. Ces pratiques durèrent malheureusement, semble-t-il, tout au long du régime fasciste : c'est ainsi qu'à la fin de la guerre, après un bombardement allié sur la ville de Muggia, près de Trieste, les autorités de la RSI interdirent aux familles des victimes slaves de chanter, durant l'office religieux, des cantiques en Slovène.

Pour autant, rien de tout cela ne saurait justifier les massacres véritablement abominables des partisans titistes, massacres commis avec la complicité passive et parfois même active des communistes italiens.

Après la capitulation et l'armistice signé par Badoglio avec les Alliés le 8 septembre 1943, le Mouvement pour la libération de la Yougoslavie dirigé par le Croate Josip Broz dit Tito déclara l'annexion du « littoral slovène » de l'Îstrie et du « littoral croate ». Dès le lendemain, les troupes allemandes prirent le contrôle de Trieste, puis de Pola (ville située tout en bas de la péninsule de l'Istrie), enfin de Fiume, laissant dégarni le reste de la Vénétie Julienne. Dès le 13 septembre, à Pisino, le Conseil de libération croate pour l'Istrie proclama le rattachement de celle-ci à la Croatie. La première grande vague de massacres eut lieu durant les trente-cinq jours qui suivirent, période pendant laquelle Trieste et l'Istrie restèrent aux mains des partisans titistes. Elle fit, sans que l'on puisse être aujourd'hui encore plus précis, entre 600 et 1 500 victimes.

Ce furent les premiers massacres dits, en italien, « des foibe ». Le mot foiba (fojba en serbo-croate) est une corruption dialectale du latin fovea, qui signifie «-”fosse”. Les foibe sont des puits naturels, des gouffres en forme d'entonnoirs renversés' formés par l'érosion. Ce sont en quelque sorte ce que les géologues appellent des dolines, des dépressions fermées dans les régions à relief karstique. Il se trouve que l'Istrie est, comme disent les géologues, une énorme éponge pétrifiée, qui compte de très nombreux gouffres. C'est précisément à l'époque dont il est question ici qu'est apparu en italien le verbe infoibare pour désigner la liquidation d'un groupe de personnes par précipitation dans ces gouffres, après ou sans exécution par balles.

Tous les témoignages relatifs à ces massacres — qui, interrompus en octobre 1943 grâce à la reprise en main de la région par les troupes allemandes, recommencèrent de plus belle, et sur une plus grande échelle, du 1er mai au 12 juin 1945, jour de l'arrivée des Alliés — concordent sur l'incroyable barbarie des actes commis. Les victimes, essentiellement des membres de l'élite sociale et de la classe moyenne, étaient généralement arrêtées de nuit. Quand la sauvagerie était à son comble, on leur liait les mains avec du fil de fer et on les menait au bord d'un gouffre pour les y jeter vivantes. Les femmes étaient systématiquement violées au préalable. Quant aux hommes, certains furent éviscérés ou émasculés avant d'être jetés dans les gouffres. Mais dans la plupart des cas, les prisonniers étaient d'abord abattus par balles avant d'être précipités dans les foibe. Les mines de bauxite et les carrières, également nombreuses dans la région, remplissaient le même office sinistre. En raison de l'horreur suscitée par cette façon particulière de tuer, on considéra longtemps que la plupart des victimes des tueurs titistes avaient été jetées dans les gouffres. En fait, un nombre plus élevé mourut dans les camps et prisons yougoslaves, ou bien d'épuisement durant les marches de transfert. En Dalmatie, les bourreaux profitèrent de la proximité de la mer pour innover dans la méthode. C'est ainsi qu'à Zara occupé par les titistes le 1er novembre 1944 les Italiens visés moururent par noyade : on les jetait à l'eau lestés de lourdes pierres.

Alors que la première vague de massacres, en 1943, avait revêtu, sous certains aspects, le caractère d'une jacquerie extrême et avait visé surtout des responsables et des membres du parti fasciste, la deuxième vague, celle de 1945, fut plus systématiquement anti-italienne. À la fin de la guerre, il s'agissait pour les titistes d'arrêter et d'éliminer tous ceux qui pouvaient s'opposer à la future annexion de la Vénétie Julienne à la Yougoslavie. Cela incluait donc aussi l'élimination de représentants non communistes du Comité de libération nationale (CLN), l'organe central de la Résistance en Italie. C'est pourquoi les titistes prirent soin d'éliminer des responsables démocrates-chrétiens, des membres du Parti d'Action (centre-gauche) et des socialistes. À l'occasion, Slovènes et Croates eux-mêmes n'étaient pas épargnés, quand ils s'avéraient potentiellement gênants : c'est pourquoi de nombreux prêtres catholiques d'origine slave furent liquidés. Durant toute cette période et dans ces régions, l'attitude du Parti communiste italien fut impitoyable mais cohérente : sous la direction du célèbre Palmiro Togliatti, elle fut conforme à l'internationalisme le plus strict et à la haine de classe la plus inexpiable. Rentré en Italie le 27 mars 1944 au terme d'un long périple qui l'avait conduit de Moscou à Naples, Togliatti rencontre à la mi-octobre, à Rome, trois émissaires de Tito. Il accepte de fait la position yougoslave sur la question territoriale et l'intégration des formations partisanes italiennes de Vénétie Julienne dans l'armée de Tito. Un épisode bien connu en Italie a illustré cette collusion des communistes italiens avec les titistes. Il s'agit du massacre commis dans le village de Porzus, près d'Udine, par un groupe de combattants communistes intégrés au IXe corps d'armée slovène et commandés par Mario Toffanin.

Ces hommes arrêtèrent et exécutèrent par balles, le 7 février 1945 et dans les jours qui suivirent, vingt-deux membres de la Résistance appartenant à la brigade Osoppo, brigade composée notamment de militants catholiques. On compta parmi les victimes le frère du futur écrivain et cinéaste communiste Pier Paolo Pasolini. Les communistes leur reprochaient, entre autres choses, d'avoir entamé des tractations avec la fameuse Décima Mas du commandant Borghese et avec la division de chasseurs alpins “Tagliamento” pour empêcher l'annexion par la Yougoslavie des territoires de l'Est. Réfugié en Slovénie après la guerre, Toffanin fut condamné par contumace, en 1954, à la réclusion à perpétuité. Il ne profita pas de la dernière amnistie, promulguée en 1975, ni même de la grâce que lui accorda en juillet 1978 le président de la République, le socialiste Sandro Pertini, car il devait encore purger des peines pour des délits non politiques, ce qui situe le personnage. Comme d'ailleurs les criminels de guerre croates et Slovènes impliqués dans ces massacres, Toffanin ne fut jamais inquiété. Il mourut tranquillement en Slovénie le 22 janvier 1999.

En ce qui concerne les seuls massacres de 1945, les chiffres fournis en 2002 par l'auteur le plus fiable sur le sujet, Gianni Oliva, étaient les suivants : 994 victimes exhumées, 326 victimes établies mais non retrouvées, 5 643 victimes présumées en fonction de signalements locaux ou d'autres sources (état civil, etc.), 3 174 personnes déportées qui trouvèrent la mort dans les camps ; soit un total de 10 137 victimes. Entre 1945 et 1947, 90 % de la population concernée choisirent l'exode. En fin de compte, au sortir de la guerre, Trieste et la Vénétie Julienne restèrent à l'Italie, mais celle-ci dut céder Gorizia, toute l'Istrie ainsi que le littoral dalmate, avec Fiume et Zara.

L'Italie officielle d'après 1945, issue de la Résistance, eut le plus grand mal à reconnaître la tragédie des territoires de l'Est. Il fallut attendre 1982 pour voir les gouffres de Basovizza et de Monrupino, situés tous deux près de Trieste (et les seuls à faire partie aujourd'hui du territoire italien), être classés « monuments d'intérêt national ». Après 1989 et le délitement de l'URSS, les choses changèrent cependant. Le 3 novembre 1991, le président de la République, le démocrate-chrétien Francesco Cossiga, vint s'incliner devant l'entrée du gouffre de Basovizza. Peu à peu, on érigea des stèles commémoratives ; des places, avenues ou rues furent rebaptisées, notamment à Trieste, pour rendre hommage aux suppliciés. Et après les ouvrages consacrés aux massacres par les associations de réfugiés, ouvrages toujours taxés de partialité, on vit paraître, chez de grands éditeurs, des études véritablement scientifiques.

À partir de l'année 2005, le 10 février, jour anniversaire de la signature du traité de Paris (10 février 1947) qui ratifia les annexions yougoslaves, a été déclaré « Jour du souvenir » en Italie. Et l'aveu décisif vint le 10 février 2007, avec le discours à Rome du président de la République, Giorgio Napolitano, élu à ce poste honorifique en mai 2006 après avoir exercé d'importantes fonctions au sein du PCI. Ce jour-là, l'ancien (?) communiste devenu le garant de l'unité nationale parla, à propos des massacres de l'Est, d'une « conspiration du silence », puis évoqua « la phase moins dramatique mais encore plus amère et démoralisante de l'oubli ». Il appela la nation à « assumer la responsabilité d'avoir nié, ou d'avoir eu tendance à ignorer la vérité à cause de préjugés idéologiques et par aveuglement politique, et de l'avoir refoulée pour des calculs diplomatiques et des convenances internationales ». L'aveu, bien que très tardif, avait du moins le mérite de la clarté.

Philippe BAILLET. RIVAROL du 3 décembre 2010
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Re: Communisme : le devoir de mémoire

Messagepar Pat » 05/06/2011 - 18:34

Les manuscrits censurés de Lénine

Plus de 3 700 documents de Lénine sont restés censurés jusqu'en 1999. Ils donnaient une trop mauvaise image du régime...
Rapidement, après la mort de Lénine en 1924, on prépare l'édition de ses oeuvres complètes. C'est un processus qui va prendre des dizaines d'années. Les premières éditions, incomplètes, datent des années 1930-1940. En 1958, sous Krouchtchev, est lancée la cinquième et plus grande édition, achevée en 1965 : 55 volumes des œuvres dites complètes.
Or, à leur grande surprise, les archivistes découvrent, après l'écroulement du régime soviétique, des milliers de documents de Lénine qui avaient été écartés des œuvres complètes. Pour quelles raisons ? Une note confidentielle, rédigée en décembre 1991, quelques jours avant la démission de Gorbatchev, en livre une explication. Le directeur de l'Institut du marxisme-léninisme, où étaient pieusement conservés les 30 820 textes autographes du fondateur, y expose pourquoi 3 724 documents, non seulement n'avaient pas été publiés, mais ne devaient pas l'être « dans la situation présente et à l'avenir ».
Trois considérations principales étaient mises en avant. D'abord, une partie de ces documents montre à quel point Lénine « avait encouragé la subversion révolutionnaire et la violence visant à déstabiliser toute une série d'états indépendants », et « tenté d'instrumentaliser des tensions nationales ou ethniques ». Il s'agit là de documents portant notamment sur la soviétisation des pays baltes (en 1918-1919) et sur la politique internationale.
Ont ensuite été écartés des documents où Lénine prône trop ouvertement « une politique de terreur, de répression et d'épuration sur une grande échelle à l'encontre des couches les plus diverses de la société, et à des moments où aucune menace ne pèse sur le régime », par exemple, au début de la NEP (Nouvelle Politique économique), en 1921.
Enfin, troisième type de documents, ceux qui révèlent des « aspects contradictoires » de Lénine - un euphémisme pour désigner la mentalité policière et conspiratrice de Lénine. En URSS même, on a donc considéré certains de ces textes trop durs, trop « extrémistes ».
En 1999 paraît à Moscou un volume entier de textes de Lénine qui n'étaient jamais entrés dans les Œuvres complètes. Parmi les 420 documents inédits publiés, figure le télégramme suivant, envoyé le 11 août 1918 par Lénine à trois dirigeants bolcheviques de la région de Penza, les « camarades » Kouraiev, Minkin et Bosh.
« Camarades, le soulèvement koulak dans vos cinq cantons doit être écrasé sans pitié. Les intérêts de la révolution tout entière l'exigent, car partout la lutte finale avec les koulaks est désormais engagée. Il faut
1) Pendre (et je dis pendre de façon que les gens le voient) pas moins de cent koulaks, richards, vampires connus.
2) Publier leurs noms.
3) S'emparer de tout leur grain.
4) Identifier les otages comme nous l'avons indiqué dans notre télégramme hier. Faites cela de façon qu'à des centaines de verstes à la ronde le peuple voie, tremble, sache et s'écrie : ils étranglent et continueront à étrangler les koulaks-vampires. Télégraphiez que vous avez reçu et mis à exécution ces instructions.
» Votre Lénine.
» PS : Trouvez des gens plus durs.
»
À la date du 12 août 1918 figurent trois nouveaux télégrammes envoyés par Lénine, cette fois individuellement à chacun des « camarades de Penza ». Ceux-ci ont répondu trop « mollement » au goût de Lénine, qui revient à la charge :
« Bien reçu votre télégramme. Extrêmement étonné de l'absence de toute information concrète concernant la répression du soulèvement koulak des cinq cantons insurgés. Je ne veux pas croire que vous ayez pu faire preuve de nonchalance ou de faiblesse dans l'écrasement des koulaks et la confiscation exemplaire de tout le patrimoine et notamment des céréales des koulaks insurgés. Lénine. »
N. W. L'HISTOIRE OCTOBRE 2007
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Re: Communisme : le devoir de mémoire

Messagepar Pat » 06/06/2011 - 23:50

Staline et Trotsky…

Préparant un cours de Première sur « les totalitarismes », je constate que les manuels scolaires ont parfois un certain retard sur la recherche historique, à moins qu’il ne s’agisse de mauvaise foi… En effet, et quasi-systématiquement, ils évoquent le stalinisme en omettant de signaler que ce terme n’a jamais été, à l’époque, revendiqué ni par l’Union Soviétique ni par les partis communistes de l’époque, tous ralliés dès 1927 à l’autorité de Staline après l’éviction de Trotsky. En fait, il semble bien qu’il s’agisse de dédouaner le communisme de cet héritage encombrant et de faire « comme si » la « dictature du prolétariat » assumée par Staline du milieu des années 20 à 1953, n’était pas une forme possible de l’idéologie et de la pratique communistes.

Dans certains manuels (mais pas dans tous, je tiens à le préciser), le déni de réalité va si loin que l’on évoque le pouvoir de Staline sans même expliquer d’où il vient et de qui il le récupère : ainsi Lénine, dont on semble oublier qu’il a forgé, dès novembre 1917 avec l’aide de Trotsky et de quelques autres de sinistre mémoire, la « matrice totalitaire », est « oublié » ou dégagé de toute responsabilité dans ce drame russe. Les manuels font « comme si » le pouvoir stalinien n’était que la perversion d’une « heureuse révolution » ou d’une « idée généreuse » que Trotsky aurait tellement mieux incarné s’il n’avait été chassé par le méchant Staline… Or, j’explique souvent à mes élèves que, d’une certaine manière, Trotsky serait une sorte de Robespierre qui a échoué face à un Danton qui aurait réussi, ici Staline.

En fait, il subsiste dans nos milieux enseignants et intellectuels, ainsi que le signalaient Raymond Aron ou Stéphane Courtois, des reliquats de l’esprit qui s’autoproclame « révolutionnaire » (à défaut de vouloir concrètement changer les choses, d’ailleurs…) et qui a cru trouver dans la révolution bolchevique la suite, l’aboutissement, la réussite, de celle incarnée en 1793-94 par les Montagnards, voyant en Trotsky, après Lénine le fondateur, celui qui va répandre les idéaux révolutionnaires à travers le monde. Mais Staline, souvent présenté à tort comme un homme peu intelligent, est le plus rusé des deux, le meilleur manœuvrier, se servant de l’appareil du Parti comme d’un véritable cheval de Troie pour s’installer au Kremlin.

Ainsi, je ne parle pas, dans le cours que je prépare, de « stalinisme » en tant qu’idéologie particulière, mais de « communisme incarné par Staline », ce qui n’a ni le même sens ni la même portée, mais me semble plus proche de la vérité et, surtout, du « ressenti » des acteurs et des spectateurs de l’époque.

D’ailleurs, Lénine et Trotsky me semblent encore plus coupables des horreurs du totalitarisme que Staline, qui n’a fait que s’installer dans ce fauteuil de bronze et d’acier forgé par ses compagnons et prédécesseurs, et qui a utilisé et perfectionné ce que d’autres avaient construit « au nom de la Révolution ». Il suffit de relire, pour s’en convaincre, les décrets signés par Lénine dès la fin de l’année 1917 pour constater que Staline en est un fils, pas forcément spirituel mais sûrement assez « digne » du père fondateur…

Il est aussi un élément que j’évoque, c’est l’ambiguïté de Trotsky face à Staline dans les années 30 : en effet, alors que Trotsky déteste Staline et le combat, il ne va jamais au-delà de certaines limites en arguant qu’existe le risque d’une contre-révolution qui, en somme, serait pire que le règne de Staline. Mais, agissant ainsi, Trotsky ne se fait-il pas l’allié involontaire de Staline qui, comme le laisse entendre George Orwell dans « 1984 », est nécessaire pour cristalliser la haine contre les « traîtres » et, en somme, légitimer la terreur au sein de la société ? D’ailleurs, la date de l’exécution par Ramon Mercader de Trotsky est-elle surprenante ? Après tout, en 1940, Staline ne s’est-il pas trouvé de nouveaux ennemis et un nouvel allié, temporaire, qui lui permettent de sortir de ce « huis-clos » russe qu’imposaient la paix et un relatif isolement sur la scène internationale ? Les « ennemis intérieurs » (au sein du communisme) apparaissent, à ce moment-là, moins nécessaires pour assurer la cohésion et la stabilité du régime, et Trotsky perd de son « utilité »…

Les totalitarismes n’ont pas encore livré tous leurs secrets ou leurs mystères et, si leur « magie » (noire, très noire…) ne semble plus opérer, ils ont pourtant encore beaucoup, me semble-t-il, à nous apprendre sur les sociétés humaines et, plus largement, sur les hommes eux-mêmes… http://jpchauvin.typepad.fr/
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Re: Communisme : le devoir de mémoire

Messagepar Pat » 13/06/2011 - 13:13

Du marxisme comme catastrophe

Le 19 mai, le philosophe André Senik donnait une conférence à l'Institut d'Histoire sociale de Nanterre” [1]. Il reprenait ce soir-là le propos de son livre “Marx, les Juifs et les droits de l'homme” [2] et il en explicitait peut-être plus radicalement encore l'originalité et la profondeur.

Ce travail fait suite à un débat d'une grande richesse qui l'avait opposé en février 2006 [3], en toute amitié, à propos des responsabilités respectives de Marx et Lénine dans les crimes du communisme à l'historien Stéphane Courtois. Ayant dirigé le fameux “Livre Noir”, indispensable ouvrage désormais mondialement connu, ce dernier s'explique notamment sur le fait, qu'à ses yeux, comme à ceux d'un Boris Souvarine par exemple, on peut se contenter de mettre en accusation le léninisme. À ce sujet, il invoque d'abord un argument d'opportunité. Mais il en mobilise aussi un autre bien plus fort et que l'honnêteté intellectuelle doit respecter : Marx, en effet, n'a “personnellement ordonné d'assassiner personne.”

Pourquoi se demandera-t-on, concentrer la nouvelle critique du marxisme sur cet écrit de jeunesse, rédigé en 1843 et consacré à la “Question juive” [4] telle qu'on l'envisageait en Allemagne depuis 1815. Il s'agissait alors de savoir si la législation napoléonienne de 1811, consécutive à la réunion du Sanhédrin, et qui avait accordé les droits civiques aux Juifs, devait être rétablie.

Bruno Bauer, l'ami de Marx répond : “non !, parce qu'ils ne peuvent pas devenir citoyens”. Il considère d'ailleurs comme excessif l'article des Droits de l'Homme sur la liberté du culte car elle lui semble accorder la priorité au groupe religieux. Marx lui donne raison sur le particularisme juif. Mais il va plus loin, car selon lui les Juifs se comporteraient en agents de l'aliénation humaine. Se situant au delà de l'antijudaïsme chrétien (”ils n'ont pas reconnu le Christ”) et de l'antisémitisme anticlérical (contre le “monothéisme”), il dénonce leur pratique sociale. Il les dépeint porteurs de l'idée de propriété privée, ce qui lui semble un rôle particulièrement néfaste. Certes, les Droits de l'Homme leur conviennent idéalement. De la sorte, ils nous révèlent combien la déclaration de 1789 ne traduit pas l'émancipation humaine mais le sordide intérêt individuel.

“L'Humanité” en veut à André Senik, et même elle l'accable, pour être passé à côté du sens profond de ce “très beau texte”.

Voici ce que le journal communiste imprime :

Ce livre est un cas d’école, montrant à quel point l’anticommunisme peut brouiller la compréhension d’un livre magnifique, en l’occurrence la Question juive, de Marx. L’auteur, ancien communiste devenu néoconservateur rageur, y voit une manifestation d’antisémitisme et affirme que la critique marxienne des droits de l’homme et du citoyen, proclamés en 1789, mènerait au totalitarisme et que “Staline est dans Marx”. Or c’est là une double erreur que l’érudition de l’ouvrage et quelques passages intéressants ne sauraient masquer.
Et la conclusion tombe ainsi, péremptoire :
Rien, donc, ne saurait justifier qu’on trouve dans sa pensée l’origine d’une quelconque “catastrophe communiste”. Par contre, ce livre illustre à l’excès l’aveuglement intellectuel auquel la passion anticommuniste mène.” [5]

Curieuse critique, et ceci à double titre.

D'abord si cet écrit marxiste méritait tant d'éloges pourquoi les communistes l'ont-ils si souvent négligé ?

On a souvent argué des origines de l'ermite du British Museum. André Senik rappelle que les quatre grands parents du fondateur du matérialisme historique professaient eux-mêmes la religion mosaïque. Or, dans toute son œuvre Karl Marx ne mentionne aucune relation avec le peuple dont il est issu. Son ami Engels lui-même n'osera la mentionner qu'après sa mort.

En fait, si, un siècle plus tard, sa famille eût été frappée par les lois raciales dites de Nuremberg, elle avait rompu toute attache avec le judaïsme.

Nous ajouterons pour notre part la remarque suivante : la plupart de ses disciples, et en premier lieu le maître lui-même ne parle des religions que d'une manière complètement extérieure et, en général très mal documentée. Quoiqu'il comptât plusieurs rabbins dans sa parentèle connue, il ignore tout de la foi de ses ancêtres. Il en travestit complètement la nature. Et, d'une manière générale, hormis le paganisme romain, il se révèle incapable d'évoquer le fait religieux sinon sous les traits de la caricature. Ainsi le judaïsme se trouve-t-il réduit au petit “marchandage” (”Schacher”), sur la base de clichés complètement éculés.

On se trouve donc en présence, ici, d'un déni d'autant plus dérangeant que son livre La Question Juive, s'il portait toute autre signature serait considéré comme un livre radicalement, et même grossièrement antisémite. Dans son essai notre conférencier cite de nombreux aphorismes qui laisseraient pantois tous ceux pour qui, selon Bernanos “Hitler a déshonoré l'antisémitisme”, au point que nous préférons ne pas les reproduire ici pour éviter de tomber paradoxalement sous le coup de l'odieuse Loi Gayssot. On constatera au besoin que jusqu'au 22 juin 1941 ni les communistes français, ni l'URSS ne semblent avoir trouvé matière à critique dans les législations raciales. Bien au contraire le premier acte soviétique concret ouvrant la voie, en 1939, à ce qui fonctionnera comme “L'Alliance Staline Hitler” [6] consista en un changement du ministre des Affaires étrangères à Moscou et à la mise à pied de Litvinov, exclusivement en raison de ses origines, et à son remplacement par le bureaucrate Molotov.

On objectera que, par ailleurs, Marx se prononce en tant que “démocrate”. Certes, mais Senik confirme que cette adhésion va, en fait, à la conception totalitaire de la démocratie, à la Terreur, à Robespierre auquel il ne reproche que d'avoir maintenu les racines théoriques de la liberté individuelle qu'il abolissait dans la pratique. Ajoutons que les expériences effectives de la démocratie, au sens où nous l'entendons aujourd'hui, se réduisaient à bien peu de choses en 1843.

D'autre part, et surtout, dans le livre qu'il consacre au cas précis des droits civiques à accorder aux Juifs, il donne sa définition de ce qu'il appelle “l'aliénation” à laquelle il oppose “l'émancipation”.

On peut considérer ce texte comme la première affirmation d'une pensée spécifiquement marxiste. Il sera confirmé en 1845 par “La Sainte Famille”. À noter l'absence de la question du prolétariat, outil de l'émancipation, et celle de l'exploitation supposée définir le capitalisme.

Or, non seulement il ne reviendra pas sur de telles conceptions archaïques pendant les 40 années de la suite de son œuvre, mais celles-ci se révèlent totalement liberticides. Être émancipé revient à ses yeux à vivre pour les autres, en fonction de la société, en rupture avec toute considération du petit intérêt personnel sordide. En ce sens, il caractérise au contraire la “judéité” comme synonyme de “l'aliénation” parce que la religion de ce peuple se réduirait, à en croire Karl Marx, à la liberté du petit commerce. Ce cliché enfantin et nauséabond ne lui répugne pas.

À très juste titre, par conséquent Staline doit être considéré comme son héritier en ligne directe. Et notre critique cite de manière pertinente un texte magnifique, lui, de Vassili Grossman définissant la liberté :

Autrefois, dit Ivan Grigoriévitch, je pensais que la Liberté, c’était la Liberté de parole, la Liberté de la Presse, la Liberté de conscience. Mais la Liberté s’étend à toute la vie de tous les hommes. La liberté c’est le droit de semer ce que l’on veut, de faire des chaussures et des manteaux, c’est le droit pour celui qui a semé de faire du pain, de le vendre ou de ne pas le vendre. C’est le droit pour le serrurier, le fondeur d’acier ou l’artiste de vivre et de travailler comme ils l’entendent et non comme on le leur ordonne…. Mais ici, ajoute-t-il en parlant de l'URSS sous Khrouchtchev,“il n'y a pas de liberté, ni pour celui qui écrit, ni pour celui qui fait du pain, ni pour celui qui fait des bottes”. [7]

André Senik souligne quant à lui que “dans la pensée de Marx, si je veux écrire un bouquin il faut que j'aie l'accord de la société”. Oui, par conséquent la doctrine de Marx préfigure la pratique de Staline et celle de tous leurs successeurs.

JG Malliarakis http://www.insolent.fr/

Apostilles

[1] Les enregistrements “directs” des conférences et débat de l'Institut d'Histoire sociale peuvent être écoutées, en différé de quelques jours !, sur le site http://www.souvarine.fr
[2] “Marx, les juifs et les droits de l’homme”, d’André Senik. Éditions Denoël, 2011, 20 euros
[3] On utilisera l'édition 10/18 N°412 parue en 1968. Il en existe une édition bilingue de “Zur Judenfrage”. Il convient de la recommander aux germanistes, en raison notamment des nombreuses ambiguïtés de vocabulaire, portant sur des termes essentiels. Elle a été publiée Aubier Montaigne en 1971. À noter que les Éditions sociales, du parti communiste, ne semblent pas avoir proposé ce “très beau texte”.
[4] Ce débat a été publié dans le numéro 27 des “Cahiers d'Histoire sociale” pages 11-30.
[5] article publié dans “L'Humanité” le 1er Avril 2011 sous la signature de M. Yvon Quiniou, Philosophe, sous le titre “Ce qu’il ne faut pas dire sur Marx et l’émancipation” .
[6] cf. “Alliance Staline Hitler” les documents de la Wilhelmstrasse pp. 137 et suivantes
[7] cf. “Tout Passe” roman de Vassili Grossman, publié en français en 1983 à L'Age d'Homme.
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Re: Communisme : le devoir de mémoire

Messagepar Pat » 15/06/2011 - 14:18

Marx critique de Proudhon Lettre à J.-B. Schweitzer (Londres, 24 janvier 1865)

Karl Marx

Monsieur,

[…] J’ai reçu hier la lettre dans laquelle vous me demandez un jugement détaillé sur Proudhon. Le temps me manque pour répondre à votre désir. Et puis je n’ai sous la main aucun de ses écrits. Cependant pour vous montrer ma bonne volonté, je vous envoie, à la hâte, ces quelques notes. Vous pourrez les compléter, ajouter ou retrancher, bref en faire ce que bon vous semblera.

Je ne me souviens plus des premiers essais de Proudhon. Son travail d’écolier sur la Langue universelle témoigne du sans-gêne avec lequel il s’attaquait à des problèmes pour la solution desquels les connaissances les plus élémentaires lui faisaient défaut.

Sa première œuvre : Qu’est-ce que la propriété ? est sans conteste la meilleure. Elle fait époque, si ce n’est par la nouveauté du contenu, du moins par la manière neuve et hardie de dire des choses connues. Les socialistes français, dont il connaissait les écrits, avaient naturellement non seulement critiqué de divers points de vue la propriété, mais encore l’avaient utopiquement supprimée. Dans son livre, Proudhon est à Saint-Simon et à Fourier à peu près ce que Feuerbach est à Hegel. Comparé à Hegel, Feuerbach est bien pauvre. Pourtant, après Hegel il fit époque, parce qu’il mettait l’accent sur des points désagréables pour la conscience chrétienne et importants pour le progrès de la critique philosophique, mais laissés par Hegel dans un clair-obscur mystique.

Le style de cet écrit de Proudhon est encore, si je puis dire, fortement musclé, et c’est le style qui, à mon avis, en fait le grand mérite. On voit que, lors même qu’il se borne à reproduire de l’ancien, Proudhon découvre que ce qu’il dit est neuf pour lui et qu’il le sert pour tel.

L’audace provoquante avec laquelle il porte la main sur le « sanctuaire » économique, les paradoxes spirituels avec lesquels il se moque du plat sens commun bourgeois, sa critique corrosive, son amère ironie, avec çà et là un sentiment de révolte profond et vrai contre les infamies de l’ordre des choses établies, son sérieux révolutionnaire, voilà ce qui explique l’effet « électrique », l’effet de choc que produisit Qu’est-ce que la propriété ? dès sa parution. Dans une histoire rigoureusement scientifique de l’économie politique, cet écrit mériterait à peine une mention. Mais ces écrits à sensation jouent leur rôle dans les sciences tout aussi bien que dans la littérature. Prenez, par exemple, l’Essai sur la population de Malthus. La première édition est tout bonnement un pamphlet sensationnel et, par-dessus le marché un plagiat d’un bout à l’autre. Et pourtant quel choc cette pasquinade du genre humain n’a-t-elle pas provoqué !

Si j’avais sous les yeux le livre de Proudhon, il me serait facile par quelques exemples de montrer sa première manière. Dans les chapitres que lui-même considérait les plus importants, il imite la méthode de Kant traitant des antinomies - Kant était à ce moment le seul philosophe allemand qu’il connût en traduction; il donne l’impression que pour lui comme pour Kant, les antinomies ne se résolvent qu’« au-delà » de l’entendement humain, c’est-à-dire que son entendement à lui est incapable de les résoudre.

Mais en dépit de ses allures d’iconoclaste, déjà dans Qu’est ce que la propriété ?, on trouve cette contradiction que Proudhon, d’un côté, fait le procès à la société du point de vue et avec les yeux d’un petit paysan (plus tard d’un petit-bourgeois) français, et de l’autre côté, lui applique l’étalon que lui ont transmis les socialistes.

D’ailleurs, le titre même du livre en indiquait l’insuffisance. La question était trop mal posée pour qu’on pût y répondre correctement. Les « rapports de propriété » antiques avaient été remplacés par la propriété féodale, celle-ci par la propriété bourgeoise. Ainsi l’histoire elle-même avait soumis à sa critique les rapports de propriété passés. Ce qu’il s’agissait pour Proudhon de traiter c’était la propriété bourgeoise actuelle. A la question de savoir ce qu’était cette propriété, on ne pouvait répondre que par une analyse critique de l’économie politique, embrassant l’ensemble de ces rapports de propriété, non pas dans leur expression juridique de rapports de volonté, mais dans la forme réelle, c’est-à-dire de rapports de production. Comme Proudhon intègre l’ensemble de ces rapports économiques à la notion juridique de la propriété, il ne pouvait aller au-delà de la réponse donnée par Brissot, dès avant 1789, dans un écrit du même genre, dans les mêmes termes : « La propriété c’est le vol. »

La conclusion que l’on en tire, dans le meilleur des cas, c’est que les notions juridiques du bourgeois sur le vol s’appliquent tout aussi bien à ses profits honnêtes. D’un autre côté, comme le vol, en tant que violation de la propriété, présuppose la propriété, Proudhon s’est embrouillé dans toutes sortes de divagations confuses sur la vraie propriété bourgeoise.

Pendant mon séjour à Paris, en 1844, j’entrai en relations personnelles avec Proudhon. Je rappelle cette circonstance parce que jusqu’à un certain point je suis responsable de sa « sophistication », mot qu’emploient les anglais pour désigner la falsification d’une marchandise. Dans de longues discussions, souvent prolongées toute la nuit, je l’infectais, à son grand préjudice, d’hégélianisme qu’il ne pouvait pas étudier à fond, ne sachant pas l’allemand. Ce que j’avais commencé, M. Karl Grün, après mon expulsion de France, le continua. Et encore ce professeur de philosophie allemande avait sur moi cet avantage de ne rien entendre à ce qu’il enseignait.

Peu de temps avant la publication de son second ouvrage important : Philosophie de la misère, etc., Proudhon me l’annonça dans une lettre très détaillée, où entre autres choses se trouvent ces paroles – « J’attends votre férule critique. » Mais bientôt celle-ci tomba sur lui (dans ma Misère de la philosophie, etc., Paris, 1847), d’une façon qui brisa à tout jamais notre amitié.

De ce qui précède, vous pouvez voir que sa Philosophie de la misère ou système des contradictions économiques devait, enfin, donner la réponse à la question : Qu’est-ce que la propriété ? En effet, Proudhon n’avait commencé ses études économiques qu’après la publication de ce premier livre; il avait découvert que, pour résoudre la question posée par lui, il fallait répondre non par des invectives, mais par une analyse de l’économie politique moderne. En même temps, il essaya d’exposer le système des catégories économiques au moyen de la dialectique. La contradiction hégélienne devait remplacer l’insoluble antinomie de Kant, comme moyen de développement.

Pour la critique de ses deux gros volumes, je dois vous renvoyer à ma réplique. J’ai montré, entre autres, comme il a peu pénétré les secrets de la dialectique scientifique, combien, d’autre part, il partage les illusions de la philosophie « spéculative » : au lieu de considérer les catégories économiques comme des expressions théoriques de rapports de production historiques correspondant à un degré déterminé du développement de la production matérielle, son imagination les transforme en idées éternelles, préexistantes à toute réalité, et de cette manière, par un détour, il se retrouve à son point de départ, le point de vue de l’économie bourgeoise.

Puis je montre combien défectueuse et rudimentaire est sa connaissance de l’économie politique, dont il entreprenait cependant la critique, et comment avec les utopistes il se met à la recherche d’une prétendue « science », d’où on ferait surgir une formule toute prête et a priori pour la « solution de la question sociale », au lieu de puiser la science dans la connaissance critique du mouvement historique, mouvement qui lui-même produit les conditions matérielles de l’émancipation. Ce que je démontre surtout, c’est que Proudhon n’a que des idées imparfaites, confuses et fausses sur la base de toute économie politique, la valeur d’échange, circonstance qui l’amène à voir les fondements d’une nouvelle science dans une interprétation utopique de la théorie de la valeur de Ricardo. Enfin, je résume mon jugement sur son point de vue général en ces mots : « Chaque rapport économique a un bon et un mauvais côté : c’est le seul point dans lequel M. Proudhon ne se dément pas. Le bon côté, il le voit exposé par les économistes; le mauvais côté, il le voit dénoncé par les socialistes. Il emprunte aux économistes la nécessité des rapports éternels, il emprunte aux socialistes l’illusion de ne voir dans la misère que la misère (au lieu d’y voir le côté révolutionnaire, subversif, qui renversera la société ancienne). Il est d’accord avec les uns et les autres en voulant s’en référer à l’autorité de la science. La science, pour lui, se réduit aux minces proportions d’une formule scientifique; il est l’homme à la recherche des formules. C’est ainsi que M. Proudhon se flatte d’avoir donné la critique et de l’économie politique et du communisme : il est au-dessous de l’une et de l’autre. Au-dessous des économistes, puisque comme philosophe, qui a sous la main une formule magique, il a cru pouvoir se dispenser d’entrer dans des détails purement économiques; au-dessous des socialistes, puisqu’il n’a ni assez de courage, ni assez de lumières pour s’élever, ne serait-ce que spéculativement au-dessus de l’horizon bourgeois. […] Il veut planer en homme de science au-dessus des bourgeois, et des prolétaires; il n’est que le petit bourgeois, ballotté constamment entre le Capital et le Travail, entre l’économie politique et le communisme. »

Quelque dur que paraisse ce jugement, je suis obligé de le maintenir encore aujourd’hui, mot pour mot. Mais il importe de ne pas oublier qu’au moment où je déclarai et prouvai théoriquement que le livre de Proudhon n’était que le code du socialisme des petits-bourgeois, ce même Proudhon fut anathématisé comme ultra et archi-révolutionnaire à la fois par des économistes et des socialistes. C’est pourquoi plus tard je n’ai jamais mêlé ma voix a ceux qui jetaient les hauts cris sur sa « trahison » de la révolution. Ce n’était pas sa faute si, mal compris à l’origine par d’autres comme par lui-même, il n’a pas répondu à des espérances que rien ne justifiait.

Philosophie de la misère, mise en regard de Qu’est-ce que la propriété ? fait ressortir très défavorablement tous les défauts de la manière d’exposer de Proudhon. Le style est souvent ce que les Français appellent ampoulé. Un galimatias prétentieux et spéculatif, qui se donne pour de la philosophie allemande, se rencontre partout où la perspicacité gauloise fait défaut. Ce qu’il vous corne aux oreilles, sur un ton de saltimbanque et de fanfaron suffisant, c’est un ennuyeux radotage sur la « science » dont il fait par ailleurs illégitimement étalage. A la place de la chaleur vraie et naturelle qui éclaire son premier livre, ici en maint endroit Proudhon déclame systématiquement, et s’échauffe à froid. Ajoutez à cela le gauche et désagréable pédantisme de l’autodidacte qui fait l’érudit, de l’ex-ouvrier qui a perdu sa fierté de se savoir penseur indépendant et original, et qui maintenant, en parvenu de la science, croit devoir se pavaner et se vanter de ce qu’il n’est pas et de ce qu’il n’a pas. Puis il y a ses sentiments de petit-bourgeois qui le poussent à attaquer d’une manière inconvenante et brutale, mais qui n’est ni pénétrante, ni profonde, ni même juste, un homme tel que Cabet, respectable à cause de son attitude pratique envers le prolétariat français, tandis qu’il fait l’aimable avec un Dunoyer (conseiller d’État, il est vrai), qui n’a d’autre importance que d’avoir prêché avec un sérieux comique, tout au long (le trois gros volumes insupportablement ennuyeux, un rigorisme ainsi caractérisé par Helvétius : « On veut que les malheureux soient satisfaits ».

De fait, la révolution de février survint fort mal à propos pour Proudhon qui, tout juste quelques semaines auparavant, venait de prouver de façon irréfutable que l’« ère des révolutions » était passée à jamais. Cependant son attitude à l’Assemblée nationale ne mérite que des éloges, bien qu’elle prouve son peu d’intelligence de la situation. Après l’insurrection de juin cette attitude était un acte de grand courage. Elle eut de plus cette conséquence heureuse que M. Thiers, dans sa réponse aux propositions de Proudhon, publiée par la suite en brochure, dévoila à toute l’Europe sur quel piédestal, au niveau des enfants qui fréquentent le catéchisme, se dressait ce pilier intellectuel de la bourgeoisie française. Opposé à Thiers, Proudhon prit en effet les proportions d’un colosse antédiluvien. Les derniers « exploits » économiques de Proudhon furent sa découverte du « Crédit gratuit » et de la « Banque du peuple » qui devait le réaliser. Dans mon ouvrage Zür Kritik der politischen Oekonomie (Contribution à la critique de l’économie politique) Berlin 1859 (pp. 59-64), on trouve la preuve que la base théorique de ces idées proudhoniennes résulte d’une complète ignorance des premiers éléments de l’économie politique bourgeoise : le rapport entre la marchandise et l’argent; tandis que leur superstructure pratique n’était que la reproduction de projets bien antérieurs et bien mieux élaborés.

Il n’est pas douteux, il est même tout à fait évident que le système de crédit qui a servi par exemple en Angleterre, au commencement du XVIIIe et plus récemment du XIXe siècle, à transférer les richesses d’une classe à une autre pourrait servir aussi, dans certaines conditions politiques et économiques, à accélérer l’émancipation de la classe ouvrière. Mais considérer le capital portant intérêts comme la forme principale du capital, mais vouloir faire une application particulière du crédit, de l’abolition prétendue de l’intérêt, la base de la transformation sociale - voilà une fantaisie tout ce qu’il y a de plus philistin. Aussi la trouve-t-on déjà élucubrée con amore chez les porte-parole économiques de la petite bourgeoisie anglaise du XVIIe siècle. La polémique de Proudhon contre Bastiat au sujet du capital portant intérêts (1850) est de beaucoup au-dessous de Philosophie de la misère. Il réussit à se faire battre même par Bastiat et pousse de hauts cris, d’une manière burlesque, toutes les fois que son adversaire lui porte un coup.

Il y a quelques années, Proudhon écrivit une dissertation sur les impôts, sur un sujet mis au concours, à ce que je crois, par le gouvernement du canton de Vaud. Ici s’évanouit la dernière lueur de génie : il ne reste que le petit-bourgeois tout pur.

Les écrits politiques et philosophiques de Proudhon ont tous le même caractère double et contradictoire que nous avons trouvé dans ses travaux économiques. De plus, ils n’ont qu’une importance locale limitée à la France. Toutefois, ses attaques contre la religion et l’Église avaient un grand mérite en France à une époque où les socialistes français se targuaient de leurs sentiments religieux comme d’une supériorité sur le voltairianisme du XVIIIe siècle et sur l’athéisme allemand du XIXe siècle. Si Pierre le Grand abattit la barbarie russe par la barbarie, Proudhon fit de son mieux pour terrasser la phrase française par la phrase.

Ce que l’on ne peut plus considérer comme de mauvais écrits seulement, mais tout bonnement comme des vilenies - correspondant toutefois parfaitement au point de vue petit-bourgeois - c’est le livre sur le coup d’État, où il coquette avec L. Bonaparte, s’efforçant en réalité de le rendre acceptable aux ouvriers français, et son dernier ouvrage contre la Pologne, où, en l’honneur du tsar, il fait montre d’un cynisme de crétin.

On a souvent comparé Proudhon à Jean-Jacques Rousseau. Rien ne saurait être plus faux. Il ressemble plutôt à Nicolas Linguet, dont la Théorie des lois civiles est d’ailleurs une oeuvre de génie.

La nature de Proudhon le portait à la dialectique. Mais n’ayant jamais compris la dialectique vraiment scientifique, il ne parvint qu’au sophisme. En fait, c’était lié à son point de vue petit-bourgeois. Le petit-bourgeois, tout comme notre historien Raumer, se compose de « d’un côté » et de « de l’autre côté ». Même tiraillement opposé dans ses intérêts matériels et par conséquent ses vues religieuses, scientifiques et artistiques, sa morale, enfin son être tout entier. Il est la contradiction faite homme.

S’il est, de plus, comme Proudhon, un homme d’esprit, il saura bientôt jongler avec ses propres contradictions et les élaborer selon les circonstances en paradoxes frappants, tapageurs, parfois scandaleux, parfois brillants. Charlatanisme scientifique et accommodements politiques sont inséparables d’un pareil point de vue. Il ne reste plus qu’un seul mobile, la vanité de l’individu, et, comme pour tous les vaniteux, il ne s’agit plus que de l’effet du moment, du succès du jour. De la sorte, s’éteint nécessairement le simple tact moral qui préserva un Rousseau, par exemple, de toute compromission, même apparente, avec les pouvoirs existants.

Peut-être la postérité dira, pour caractériser la toute récente phase de l’histoire française, que Louis Bonaparte en fut le Napoléon et Proudhon le Rousseau-Voltaire.

Vous m’avez confié le rôle de juge… Si peu de temps après la mort de l’homme : à vous maintenant d’en prendre la responsabilité.

Votre tout dévoué,

Karl MARX.
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Re: Communisme : le devoir de mémoire

Messagepar Pat » 17/06/2011 - 12:43

LES PROMOTEURS DU COMMUNISME - HENRI CURIEL (1)

Le communisme est une idéologie dévastatrice qui a fait bien plus de victimes que le nazisme dont on nous rebat les oreilles à tout propos et hors de propos. Ses victimes se comptaient déjà par millions alors même que la révolution de 1917 ne faisait que commencer. Pourtant, en dépit de ses crimes immenses et avérés, on ne voit aucune repentance à l’horizon et même, être ou avoir été communiste se porte très bien. Et n’est frappé d’aucune infamie. Au contraire, il paraîtrait que ce serait la marque d’un réel progressisme et d’une grande ouverture d’esprit. Pensez, faire éclater le carcan des nations obsolètes et moisies pour penser et agir « internationaliste », vouloir répandre la peste rouge sur toute la planète, ça vous a une de ces gueules !

Ceux qui ont introduit le communisme dans divers pays ne doivent pas tomber dans l’oubli. Ce serait trop facile. Nous allons donc nous pencher sur un certain nombre de ces personnages et je suis sûre que nous allons en dégager quelques traits communs. Il se trouve qu’au hasard de mes lectures, je suis tombée sur Henri Curiel. Nous allons donc commencer par lui. Tout en sachant que je ne vais pas à chaque fois raconter toute leur vie, ce serait fastidieux. Juste les grandes lignes pour vous les (re)situer, ce sera suffisant.

Henri Curiel naît en Egypte, au Caire, en septembre 1914. Il est issu d'une famille juive francophone de nationalité italienne quoique ne parlant pas la langue. Il prendra la nationalité égyptienne lors de l'abolition des capitulations, bien qu’il n’ait jamais parlé couramment l’arabe non plus. Le pays est alors sous occupation britannique.

Laissons Gilles Perrault nous raconter la suite :

« Chassés d’Espagne par l’Inquisition, passés probablement par le Portugal et l’Italie, les Curiel auraient débarqué en Egypte dans le sillage de Bonaparte. Le grand-père d’Henri était usurier. Son père, élargissant les opérations sans guère en modifier la nature, accède à la dignité de banquier. La famille habite dans l’île très chic de Zamalek une immense maison meublée moitié Louis XVI, moitié modern style. Sans être austère, le train de vie se veut à l’écart de l’ostentatoire : dix domestiques seulement. Chaque jour, table ouverte pour les amis qui passent et s’assoient sans façon. Ils sont toujours une dizaine et, sauf exception rarissime, appartiennent à la communauté juive.

Le passeport italien (ou grec, français, anglais, etc.) est de pure commodité : il permet de bénéficier du régime capitulaire et de jouir du privilège de juridiction. Ces « étrangers » dont des générations d’ancêtres reposent dans les cimetières du Caire ont des intérêts en Egypte et aucun intérêt pour elle. Leur patrie d’élection, c’est la France. (…)

Son exquise sensibilité lui vaut le surnom de « Lilas foudroyé ». Une dégaine d’épouvantail à moineaux : 50 kg pour 1,82 m. Il sombre dans un état pré-tuberculeux. Les piqûres prescrites lui sont administrées par une jeune infirmière de son milieu qui a des préoccupations sociales. Elle le convainc d’aller soigner avec elle les paysans qui travaillent sur la propriété des Curiel (100 hectares dans le delta du Nil ; la plupart des familles de fellahs vivent sur 2 ou 3 ares). Aux côtés de Rosette Aladjem, qui deviendra sa femme, Henri Curiel découvre l’insondable misère du peuple égyptien. »

Donc, à ce stade, découvrant la misère des fellahs, et déjà bien nourri de lectures marxistes, il entre en politique. Moi, je note qu’il a trouvé plus facile d’entrer en politique que d’offrir la propriété des Curiel dans le delta du Nil aux pauvres fellahs. Eux auraient sans doute préféré. Là, pour le coup, c’aurait été du communisme appliqué et pas seulement théorisé. Du vrai, quoi.

En 1943, il fonde le Mouvement égyptien de libération nationale (MELN). Mais il n’est pas tout seul à vouloir libérer les gueux. Voilà que deux autres mouvements se mettent sur les rangs. Vous allez rire : il s’agit d’Iskra d’Hillel Schwartz et de Libération du Peuple de Marcel Israël. On restait en famille, tous issus de la bourgeoisie juive dorée sur tranche, n’empêche que c’était de la concurrence. En plus de ça, par malchance, il y avait peu d’ouvriers dans le pays à cette époque. Surtout des paysans, qui ne réagissaient pas terriblement au « travail de masse »

Une fusion des principaux mouvements intervient quand même en mai 1947, mais elle est de courte durée.

En août 1950, Henri Curiel est fichu à la porte de l’Egypte par le roi Farouk. Commence alors une errance en Italie d’abord puis en France où il s’abouche avec le PC français.

Je vous conseille de lire la suite en lien. Sachez simplement qu’il sera loin de rester inactif. Il tentera de jouer un rôle de médiateur dans le conflit israélo-palestinien. Comme le souligne sans malice Wikipédia, « Henri Curiel possède de nombreuses relations, tant en France qu'à l'étranger. Son statut d'ancien gaulliste, de juif égyptien et son action politique lui permettent de jouer un rôle d'intermédiaire. Il permet ainsi la rencontre entre Abraham Serfaty (Maroc) et Ilan Halévy (membre du gouvernement de l'Autorité palestinienne). » Juifs tous les trois, cela devait effectivement faciliter la médiation.

Il créera par ailleurs le réseau « Solidarité » dont Gilles Perrault nous dit ceci : « De par sa formation intellectuelle et grâce à ses immenses lectures, il est dépositaire de l’expérience révolutionnaire accumulée en Europe. Il côtoie depuis des années des militants qui ont appris la clandestinité sous l’occupation nazie ou dans l’aide au FLN. Pourquoi ne pas mettre ces acquis au service des mouvements de libération nationale d’un tiers-monde dont il connaît depuis l’Egypte les difficultés à organiser la lutte ?

Ce sera Solidarité. Une centrale de prestation de services. Quelques dizaines de militants, pour la plupart français, venus de tous les milieux et de toutes les sensibilités (pasteurs protestants, syndicalistes, prêtres catholiques, membres du Parti communiste agissant à titre individuel, etc.), se mettent avec modestie au service d’autres militants venus du monde entier. Il ne s’agit point de jouer les guides politiques, mais plus simplement d’enseigner les techniques salvatrices. Repérage et rupture d’une filature ; impression de tracts et de brochures grâce à un matériel léger ; fabrication de faux papiers ; chiffrement et écriture invisible ; soins médicaux et premiers secours ; éventuellement, maniement d’armes et utilisation des explosifs ; cartographie et topographie… (…) Axée sur le tiers-monde, l’aide fut naturellement étendue aux réseaux antifascistes existant dans l’Espagne de Franco, le Portugal de Salazar et de Caetano, la Grèce des colonels, le Chili de Pinochet. »

Vous ne serez pas surpris d’apprendre que toutes ces activités ne lui créèrent pas que des amis. Le 4 mai 1978, Henri Curiel était abattu devant chez lui. Ses assassins courent toujours. http://france-licratisee.hautetfort.com/

Source : http://www.monde-diplomatique.fr/1998/04/PERRAULT/10239
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Re: Communisme : le devoir de mémoire

Messagepar Pat » 17/06/2011 - 13:39

LES PROMOTEURS DU COMMUNISME – GEORGES ADDA (2)

Continuons notre petit tour d’horizon. Comme la Tunisie est à l’ordre du jour, intéressons-nous aux débuts du communisme dans ce pays.

Le Parti communiste tunisien (PCT) est fondé en 1920, à l'époque du protectorat français. Ce n’est pas à proprement parler Georges Adda qui va le créer, car il avait quatre ans à l’époque. Mais puisque le portail des juifs tunisiens, http://www.harissa.com proclame fièrement ce qui suit, nous n’allons pas être plus royalistes que le roi. Voici donc ce qu’on peut lire sur leur site : « GEORGES ADDA, MILITANT FONDATEUR DU PARTI COMMUNISTE TUNISIEN ».

En tout cas, s’être engagé au parti semble avoir été un brevet de longue vie, car Mohamed Nafaâ qui en sera le premier secrétaire de 1946 à 1981, a vécu de 1917 à 2007 et son compagnon de combat, Georges Adda, a fait mieux encore: né en 1916 à Tunis, il est mort en 2008, toujours à Tunis, à l’âge de 92 ans.

Dès ses 18 ans, en 1934, il adhère au PCT dont il deviendra très vite l’un des principaux dirigeants. Nous sommes dans le contexte (en URSS) de la collectivisation forcée des terres agricoles assorties de la persécution et des massacres dirigés contre les koulaks (entre autres). Des millions de victimes qui ne serviront même pas : la Russie premier exportateur de céréales au monde sous les tsars, devient définitivement un pays importateur sous l’appellation URSS. Une belle réussite.

Adda sera notamment responsable des jeunesses communistes du pays dès 1936 et milite ardemment pour les « droits de l’homme ». Le parti communiste n’est pas particulièrement apprécié du protectorat français, pas plus que les mouvements militant pour l’indépendance du pays, si bien qu’il connaît à diverses reprises la prison et la résidence surveillée : de septembre 1935 à avril 1936, d’avril 1940 à novembre 1943, de 1952 à 1955.

Arrive finalement l’indépendance de la Tunisie, en 1956. Il est toujours membre de la direction du PCT jusqu’en 1957, puis directeur de son hebdomadaire en langue française, L'Avenir de la Tunisie. Le PCT sera interdit en 1963 par Bourguiba puis autorisé à nouveau à partir de 1981, par le même. Bien vidé de sa substance, il n’était plus guère dangereux. On pouvait donc le laisser batifoler.

Georges Adda se présentait lui-même comme un juif tunisien antisioniste, militant pour la cause palestinienne. Ce qui fait qu’il ne fut que très médiocrement regretté par le CRIF et consorts.

Il a écrit dans Jeune Afrique, le 15 octobre 2006, le texte suivant qui vous permettra de mieux comprendre pourquoi :
« Je viens de loin. Les Berbères, mes ancêtres, ont connu les Phéniciens, les Romains, les Vandales, les Arabes, les Normands, les Turcs et les Français qui ont successivement occupé mon pays, devenu indépendant il y a seulement un demi-siècle. Certains de ces Berbères se sont convertis à la religion de Moïse et leurs enfants ont résisté aux harcèlements des chrétiens, puis à ceux des soldats d’Okba Ibn Nafaa, en gardant leurs traditions (coutumes, cuisine, musique), et ils ont adopté l’arabe, qui est devenu la langue de tous.
Ainsi, la Tunisie est mon pays, et le peuple tunisien est mon peuple, mais mes convictions ne sont pas celles de ma mère et de mon père. Toutes les femmes et tous les hommes qui subissent les injustices politiques et sociales sont mes sœurs et frères. Pour la libération de mon pays, j’ai connu prisons, camps de concentration et déportation des colonialistes français. Aujourd’hui, je me dois d’apporter mon soutien au peuple palestinien martyr. S’agissant de la Palestine, il faut d’abord s’entendre sur la signification de certaines expressions telles que « communauté internationale », « légalité internationale », « droit international », etc. Ainsi, en novembre 1947, la résolution de l’ONU par laquelle les Palestiniens ont été dépouillés de leur pays devient entre les mains des deux superpuissances et des sionistes « légalité internationale » et « droit international ». Alors qu’en réalité des Palestiniens ont été victimes de la « communauté internationale ». Pour les étrangers, venus de pays lointains, cette résolution serait la réparation de la destruction du Temple, de la prétendue diaspora des enfants de Canaan, des pogroms quotidiens et les bourreaux étaient et resteront exclusivement européens.
Voici ce que déclarait à cette date Arek Edelman, qui avait été en 1943 le chef de l’insurrection du ghetto de Varsovie : « Si Israël a été créé, c’est grâce à un accord entre la Grande-Bretagne, les États-Unis et l’URSS. Pas pour expier les six millions de Juifs assassinés en Europe, mais pour se partager des comptoirs au Moyen-Orient. »
La communication, c’est-à-dire le travail de convaincre, est aujourd’hui une arme essentielle. Or, en ce domaine, les responsables palestiniens et arabes enregistrent un réel déficit. Il nous faut rappeler certaines vérités qui seront autant de points forts de notre communication. Les sionistes sont venus en Palestine en prétendant être les descendants du peuple de Canaan. Or ceux qui se réclament de Moïse sont, en réalité, issus d’anciens peuples et de régions diverses bien déterminées, très éloignées de Jérusalem et du Jourdain.
Léon Poliakov a, dans son Histoire de l’antisémitisme (Paris, Calmann-Lévy, 1961), démoli les théories sionistes qui reposent sur la soi-disant « diaspora » et sur le retour à la terre des prétendus ancêtres cananéens. De son côté, le sociologue et historien Paul Sebag, dans son Histoire des juifs de Tunisie (L’Harmattan, Paris, 1991), écrit : « Dans l’Afrique romaine, comme dans les autres provinces de l’Empire romain, il y eut très tôt d’autres juifs que des juifs de souche, dont les ancêtres étaient venus de Judée à des dates diverses. Des hommes et des femmes de toutes races et de toutes conditions se sont convertis au judaïsme, qui fit preuve aux premiers siècles de l’ère chrétienne d’une grande force de pénétration.
Lors de la conquête arabe de l’Afrique du Nord, une partie des Berbères professaient le judaïsme. Dans sa grande Histoire des Berbères, Ibn Khaldoun nous donne les noms des tribus berbères judaïsées et précise les régions où elles étaient établies, de l’est à l’ouest du Maghreb, citant entre autres les Nefoussa au sud de l’Ifriqiya les Jarâwa dans les montagnes de l’Aurès. »
Arthur Koestler a écrit en 1976 La Treizième Tribu (Calmann-Lévy, Paris, 1976) où il relate l’histoire de ses ancêtres khazars : « Le pays des Khazars, peuple d’ethnie turque, occupait une position stratégique entre la Caspienne et la mer Noire sur les grandes voies de passage où se confrontaient les grandes puissances orientales de l’époque... Cela voudrait dire que les ancêtres de ces juifs ne venaient pas des bords du Jourdain, mais des plaines de la Volga, non pas de Canaan, mais du Caucase, où l’on a vu le berceau de la race aryenne ; génétiquement, ils seraient apparentés aux Huns, aux Ouïgours, aux Magyars, plutôt qu’à la semence d’Abraham, d’Isaac ou de Jacob.
S’il en était bien ainsi, le mot “antisémitisme” n’aurait aucun sens, il témoignerait d’un malentendu également partagé par les bourreaux et par les victimes. » Le politologue italien Loris Gallico a publié une longue étude intitulée Un popolo introvabile (« Un peuple introuvable ») en 1984, où il écrit : « Il n’est plus possible de contester le fait que la majeure partie des juifs de l’Europe centro-orientale ait comme origine la dispersion et le mélange des Khazars avec d’autres populations. » Le chancelier autrichien Bruno Kreisky a donné le coup de grâce à l’idéologie sioniste en déclarant dans le Nouvel Observateur en 1981 : « Cette blague du peuple juif est un des grands mensonges de la vie... Parler de peuple juif n’a pas de sens... Sans Hitler, Israël comme pays n’aurait jamais existé... » Je ne peux terminer sans mentionner l’historien français Marc Ferro, qui dans son livre Les Tabous de l’Histoire (Nil, Paris, 2002), a consacré tout un chapitre sous le titre « Les Juifs sont-ils des sémites ? » pour mettre en pièces toute « l’architecture » sioniste et balayer les contrevérités concernant le « peuple juif », la « nation juive », la « race juive ».
On le voit, on peut constituer une énorme anthologie rassemblant des chercheurs, des historiens, des politologues qui ont invalidé les théories des sionistes, tels Alfred M. Lilienthal, Norton Mezvinsky et Maxime Rodinson, etc.
Par ailleurs, en cherchant un peu, on trouvera un très grand nombre de femmes et d’hommes qui, eux aussi, condamnent le sionisme, ou qui n’ont rien à voir avec lui.
On les trouvera dans tous les pays, ils sont de toutes les confessions et de toutes les convictions politiques et philosophiques, car la lutte antisioniste ne doit pas être une affaire judéo-juive, ni judéo-palestinienne ou judéo-arabe. La lutte contre le sionisme doit se développer dans chaque peuple et à l’intérieur de chaque peuple.
Après avoir cherché une terre dite « promise » entre l’Ouganda et l’Argentine, Theodor Herzl a jeté son dévolu sur la Palestine, l’ancienne Canaan des rois David et Salomon. Et pour convaincre les grandes puissances occidentales, il lance, le 14 février 1897, son livre L’État des Juifs. On peut y lire : « Pour l’Europe, nous constituerons là-bas (en Palestine) un morceau du rempart contre l’Asie, nous serons la sentinelle avancée de la civilisation contre la barbarie. » Mais la barbarie se trouvait bien loin des bords du Jourdain. Elle se trouvait dans la Russie de Pouchkine et de Tolstoï, dans la Pologne de Chopin où les pogroms étaient quotidiens, au cœur de l’Europe dans l’Allemagne de Goethe et de Beethoven, avec les camps de la mort et les fours crématoires où ont été exterminés entre 1933 et 1945, par des Européens, plus de 5 millions de Polonais, de Russes, d’Allemands, de Français, de Hongrois, etc., eux aussi tous européens, de religions hébraïque et chrétienne.
Nous devons rappeler ces données aux étrangers qui sont venus, il y a plus d’un demi-siècle, occuper la Palestine, ainsi qu’aux opinions publiques européenne et américaine.
Il faut aussi rappeler que les survivants de cette apocalypse et leurs descendants ont des droits imprescriptibles. Ils ont d’abord le droit au retour dans leur Europe natale. Ils ont droit au dédommagement sur leurs terres natales. Il faut encore rappeler sans relâche qu’on n’a jamais vu un Palestinien ou un Arabe pousser un homme de religion hébraïque ou d’origine cultuelle hébraïque dans un four crématoire. Comme il faut toujours rappeler qu’en 1941, en pleine tourmente, un roi arabe, le roi du Maroc Mohammed V, dont le pays était occupé par l’armée française, a refusé d’appliquer dans son pays les lois antijuives en criant au général Charles Noguès : « Ne touchez pas à mes juifs ! »
Il nous faut donc, sans aucune gêne, parler du génocide qui a bouleversé l’Europe.
Le jour où nous enlèverons ce génocide des mains des sionistes - qui en font un fonds de commerce - pour le faire entrer dans le patrimoine de l’Humanité, le peuple palestinien remportera une très grande victoire. Un dernier mot. Les Palestiniens ont une arme : le regard du dominé, du spolié. Je crois que, sur la terre palestinienne, les sionistes ne craignent plus beaucoup les engins explosifs ou les tirs de roquettes. En revanche, ils craignent de plus en plus les regards qui les entourent de toutes parts, qui les poursuivent, qui les encerclent, les étouffent et les asphyxient. Ces regards les font continuellement trembler. Ils dorment entourés des regards des opprimés qui n’aspirent avec raison qu’à la libération de leur pays. » http://france-licratisee.hautetfort.com/


http://www.harissa.com/harissatheque/GEORGEADDA.htm

http://webcache.googleusercontent.com/search?hl=fr&rl...
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Messagepar Pat » 18/06/2011 - 22:19

LES PROMOTEURS DU COMMUNISME – LEON SULTAN, EDMOND AMRAN EL MALEH ET ABRAHAM SARFATI (3)

Poursuivons notre petit voyage aux origines du communisme dans divers pays et puisque nous étions sur le continent africain (Egypte, Tunisie), restons-y. Cette fois, ce sera au tour du Maroc. Le parti communiste y est officiellement créé en 1943 par un juif, Léon Sultan, qui, trouvant la mort en 1945, n’aura pas le temps de laisser son empreinte. On peut juste trouver, le concernant :

« Léon Sultan (?-1945). D’origine algérienne, installé au Maroc. Avocat, dirigeant communautaire, et militant sioniste et communiste, il collabora au journal du Parti. Défenseur des nationalistes marocains, il participa à la résistance contre le régime de Vichy. Premier secrétaire général du Parti communiste marocain, il aligna ses positions sur celles du Parti communiste français. Engagé volontaire en Europe, il fut gravement blessé et mourut à Casablanca. Après sa disparition, le Parti communiste, sous la direction de Ali Yata, prendra la tête de la lutte pour l’Indépendance. »

Outre Ali Yata, deux autres personnages vont marquer le communisme marocain, Edmond Amran El Maleh et Abraham Sarfati. Je vais me borner à reproduire l’article qui parut à leur décès car, chose curieuse, tous deux meurent à la fin de 2010, chacun à un âge bien avancé. Ces gens, pour ne parler que d’eux, n’ont jamais renié leur adhésion à une idéologie sanglante qui mit des peuples entiers à genoux et fit des dizaines de millions de victimes. On ne leur en a pourtant jamais fait grief et jamais on ne leur a demandé de repentance. Pourquoi?

« Hommage à Edmond Amran El Maleh, et Abraham Sarfati, l’honneur du judaïsme marocain

Deux personnalités éminentes du combat propalestinien, qui représentaient l’honneur du judaïsme marocain, l’écrivain Edmond Amran El Maleh, et l’ingénieur Abraham Sarfati viennent de décéder en mois d’une semaine, à trois jours d’intervalle, endeuillant le Maroc, le judaïsme marocain et le combat palestinien.

Edmond Amran El Maleh, militant de la première heure de la cause de l’Indépendance du Maroc, est décédé lundi 15 novembre à l’hôpital militaire Mohammed V de Rabat à l’âge de 93 ans. Né en 1917 à Safi (Maroc), au sein d’une famille juive originaire d’Essaouira, Edmond Amran El Maleh a longtemps été le responsable du Parti Communiste Marocain, du temps de la clandestinité, à l’époque du combat pour l’indépendance du Royaume du protectorat français.

A l’indépendance du Maroc, il cessera toute activité politique, quittant le Maroc en 1965 pour s’exiler, volontairement, en France, l’année où s’impose la dictature d’Hassan II. A Paris où il demeurera pendant près de trente ans, Edmond Amran El Maleh, enseignera la philosophie, parallèlement à des activités journalistiques.

À partir de 1980, à 63 ans, il se met à écrire une série de romans et un recueil de nouvelles. Ses écrits sont tous imprégnés d’une mémoire juive et arabe qui célèbre la symbiose culturelle d’un Maroc arabe, berbère et juif.

Il a reçu, en 1996, le Grand Prix du Maroc pour l’ensemble de son œuvre. «Écrivant en français, je savais que je n’écrivais pas en français. Il y avait cette singulière greffe d’une langue sur l’autre, ma langue maternelle l’arabe, ce feu intérieur», soutiendra Edmond Amran El Maleh dans la revue « Le Magazine littéraire » en mars 1999.

Juif marocain, défenseur résolu de la cause palestinienne, à l’instar du mathématicien Sion Assidon et de l’ingénieur Abraham Sarfati, qui connaîtront la prison, Edmond Amran El Maleh appartient à cette catégorie de personnes qui font honneur au judaïsme marocain en ce qu’ils n’ont jamais renié leurs convictions, en dépit des contraintes et des tentatives de séduction.

Sa notoriété intellectuelle, grande, ne lui vaudra toutefois pas les feux de la rampe, en raison précisément de ses positions pro palestiniennes. Un hommage sera rendu mardi à ce grand intellectuel et homme de gauche au cimetière juif de Rabat, avant d’être inhumé le même jour, selon ses voeux, à Essaouira (sud-ouest).

Abraham Sarfati, le plus célèbre des opposants marocains au régime du roi Hassan II, est décédé, lui, le 18 novembre 2010, dans une clinique de Marrakech.

Né à Casablanca, au Maroc, en 1926, dans une famille juive de la petite bourgeoisie de Tanger, il sort diplômé de l’École Nationale Supérieure des Mines de Paris, en 1949.

Son parcours militant commence très tôt. Il adhère en février 1944 aux Jeunesses communistes marocaines, puis rejoint à son arrivée en France en 1945 le Parti communiste français. À son retour au Maroc en 1949, il adhère au Parti communiste marocain. Son combat anticolonialiste lui vaut d’être arrêté et emprisonné par les autorités françaises en 1950, puis assigné à résidence en France jusqu’en 1956.

Il exerce des responsabilités importantes au lendemain de l’indépendance du Maroc. En tant que chargé de mission auprès du ministre de l’Économie (1957-1960), il est l’un des promoteurs de la nouvelle politique minière de Maroc indépendant. De 1960 à 1968, il est directeur de la Recherche-développement à l’Office chérifien des phosphates. Abraham Sarfaty est révoqué de son poste pour s’être montré solidaire d’une grève de mineurs. De 1968 à 1972, il enseigne à l’École d’ingénieurs de Mohammedia. Parallèlement, il anime la revue Souffles dirigée par Abdelatif Laâbi.

Il payera un lourd tribu à son combat pour la démocratie au Maroc: 15 mois de clandestinité, 17 ans de prison et 8 ans de bannissement.

Juif anti-sioniste, Abraham Sarfati reconnaît l’État d’Israël, mais exige l’abolition de la loi dite «du retour» et milite pour la création d’un État palestinien. En 1967, il ne se reconnaît plus dans le nationalisme israélien et s’indigne du sort fait aux Palestiniens.

En 1970, il rompt avec un Parti communiste trop doctrinaire à ses yeux et s’engage plus à gauche en participant à la fondation de l’organisation d’extrême gauche Ila Al Amam (En avant), en 1970. En janvier 1972, il est arrêté une première fois et sauvagement torturé. Des manifestations étudiantes en sa faveur pousse les autorités à le relâcher. À nouveau menacé, il entre en clandestinité en mars 1972. Une enseignante française, Christine Daure, l’aide à se cacher.

En 1974, il est arrêté après plusieurs mois de clandestinité. En octobre 1977, lors du grand procès de Casablanca, il est l’un des cinq condamnés à perpétuité. Il est accusé officiellement de « complot contre la sûreté de l’État », mais la lourdeur de la peine provient de son parti pris contre l’annexion du Sahara occidental, même si ce reproche ne figure pas dans l’acte d’accusation. Il passe 17 ans à la prison de Kenitra où il obtient, grâce à l’intervention de Danièle Mitterrand, d’épouser Christine Daure qui l’a toujours soutenu.

La pression internationale est telle, en sa faveur, qu’il est libéré en septembre 1991, mais aussitôt banni du Maroc. Il trouvera refuge en France avec son épouse, Christine Daure-Serfaty. De 1992 à 1995, il enseigne à l’Université de Paris-VIII (département de Sciences Politiques) sur le thème «Identités et démocratie dans le monde arabe».

Il est autorisé à renter au Maroc, en septembre 2000, et son passeport marocain lui est restitué. Il s’installe à Mohammedia avec son épouse, dans une villa mise à sa disposition et perçoit une retraite. En septembre 2000, il est nommé conseiller auprès de l’Office national marocain de recherche et d’exploitation pétrolière (Onarep). Abraham Sarfaty n’en transige pas moins sur les principes, face aux atteintes à la liberté de la presse, il demande en décembre 2000, la démission du Premier ministre Abderrahmane Youssouffi.” http://france-licratisee.hautetfort.com

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Re: Communisme : le devoir de mémoire

Messagepar Pat » 12/07/2011 - 20:19

LES PROMOTEURS DU COMMUNISME – SAM KAHN – JOE SLOVO (4)

Le parti communiste d’Afrique du Sud (South African Communist Party ou SACP) a été créé en 1921. Il est issu de l'union entre la ligue internationale socialiste, la fédération sociale-démocrate du Cap, le parti communiste du Cap, la société juive et socialiste du Cap, la société juive et socialiste de Johannesburg, le club marxiste de Durban et quelques entités locales. Le premier secrétaire général en sera le syndicaliste William Andrews. Les débuts du SACP sont laborieux puisqu’en 1935, il ne comptait plus que 150 membres.

A cette époque, il y avait environ trois millions de blancs dans le pays, dont à peu près 110 000 juifs. Il n’en demeure pas moins que, quoique numériquement très minoritaire, cette communauté sera particulièrement représentée dans les instances dirigeantes et parmi les militants du parti. Divers ouvrages le démontrent clairement, généralement écrits par des auteurs juifs. Ils sont répertoriés dans le lien suivant (en anglais) qui fournit toutes les indications voulues :

http://webcache.googleusercontent.com/search?hl=fr&q=...

A partir de 1938, l’homme fort du SACP est Sam Kahn, qui parvient à se faire élire au conseil municipal du Cap et au parlement sud-africain. Né en 1911, Kahn quittera définitivement l’Afrique du Sud en 1960 pour s’installer au Royaume-Uni. Entre-temps, le parti avait été interdit en 1950 et s’était aussitôt engagé dans la clandestinité aux côtés du congrès national africain (ANC) qu'il avait réussi à infiltrer. Alors que l'ANC était exclusivement noir à l'origine, il va s'ouvrir désormais largement aux communistes quelle que soit leur origine raciale.

Et ces nouveaux venus seront nombreux, figurant tant au comité exécutif de l'ANC que du SACP. Une figure dominante va bientôt s’imposer : Joe Slovo. De son vrai nom Yossel Mashel Slovo, ce dernier naît en 1926 dans une famille juive de Lituanie qui émigre en Afrique du Sud en 1934. Il rejoint le SACP en 1942, dès l’âge de 16 ans et poursuit ensuite (parallèlement) des études de droit durant lesquelles il se retrouve condisciple de Nelson Mandela et Harry Schwarz* Il épouse en 1949 une activiste communiste, juive également, Ruth First, qui se trouve être la fille du trésorier du parti, Julius First. Les parents First, originaires de Lettonie, avaient émigré en 1906 et activement contribué à la création du SACP.

« En exil, les liens entre l'ANC et le SACP se renforcèrent d'autant plus que les pays du bloc de l'Est étaient les principaux fournisseurs d'armes de l'ANC et finançaient l'entraînement des recrues pour la guérilla. Joe Slovo et son épouse Ruth First se chargeaient pendant ce temps de la propagande notamment basée sur l'idéologie du combat révolutionnaire dans lequel l'ANC s'était engagé », nous dit Wikipédia.

Je vous passe le détail des années tumultueuses depuis la fin de la guerre jusqu’à l’arrivée (enfin) au pouvoir : activisme, arrestations, séjours à l’étranger, etc. Slovo se retrouve secrétaire général du parti en 1984, fonction qu’il assumera jusqu’en 1991. Il participera ensuite aux négociations entre le gouvernement et l’ANC, allié aux communistes. La triple alliance forgée dans le combat contre l'apartheid entre l'ANC, le parti communiste et la centrale syndicale COSATU se maintiendra après la victoire électorale de l'ANC aux élections du 27 avril 1994. Joe Slovo entrera dans le premier gouvernement formé par Mandela bien que la rupture avec le capitalisme et l'économie de marché, prônés par le SACP, ait été abandonnée par l'ANC. Il mourra l’année suivante, en 1995.

Ce marxiste pur sucre était aussi parfaitement antisioniste et il écrira les lignes suivantes dans son autobiographie restée inachevée, à propos d’une visite d’un kibboutz qu’il avait faite en Palestine après la guerre :

"Within a few years the wars of consolidation and expansion began. Ironically enough, the horrors of the Holocaust became the rationalization for the preparation by Zionists of acts of genocide against the indigenous people of Palestine. Those of us who, in the years that were to follow, raised our voices publicly against the violent apartheid of the Israeli state were vilified by the Zionist press. It is ironic, too, that the Jew-haters in South Africa – those who worked and prayed for a Hitler victory – have been linked in close embrace with the rulers of Israel in a new axis based on racism."

* Autre figure importante de la gauche sud-africaine : Harry Heinz Schwarz naît en 1924 dans une famille juive socialiste de Cologne qui émigre en Afrique du sud en 1934. Malgré la pauvreté de sa famille, il devient juriste. Et mènera ensuite une très longue carrière tant professionnelle que politique qui le verra, des décennies durant, s’opposer au gouvernement d’Afrique du Sud. Il sera l’un des principaux leaders anti-apartheid. Il terminera sa carrière par un poste d’ambassadeur aux Etats-Unis, de 1991 à 1994. Il est mort en 2010.
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Re: Communisme : le devoir de mémoire

Messagepar Pat » 13/07/2011 - 21:50

LES PROMOTEURS DU COMMUNISME - CHARLES RUTHENBERG – MAX SHACHTMAN (5)

Les mouvements anarchistes et socialistes qui ont préparé la voie au communisme proprement dit n’ont jamais eu beaucoup d’audience aux Etats-Unis. Il n’empêche qu’ils ont tenté leur chance avec conviction et ont même bénéficié de bien des sympathies dans la « communauté ». N’oublions pas de citer les très célèbres Alexander Berkman et Emma Goldman, une pétroleuse de la plus belle eau, qui dirigèrent de concert le mouvement anarchiste américain jusque dans les années 1930-40.

Et n’oublions pas davantage que les financiers de Wall Street et d’ailleurs - comme Jacob Schiff ou Olaf Aschberg - financèrent largement la révolution bolchevique. Trotski vint à New York au début de l’année 1917 faire la tournée de ses généreux mécènes et ne repartit pas les mains vides.

Mais finalement, si les financiers voulaient bien profiter d’un nouveau et immense marché, une fois le tsar déboulonné et les petits copains installés à sa place, ils ne tenaient pas tant que ça à voir le paradis rouge s’installer à domicile. Ils préféraient de loin voir leurs amis exercer leurs talents dans le vieux monde.

Le parti communiste américain (Communist Party of the United States of America, CPUSA).fut créé en septembre 1919 à Chicago par des militants du parti socialiste. La Troisième internationale venait de se créer et Lénine battait le rappel des partis frères.

Nous allons laisser de côté les nombreuses péripéties qui émaillèrent cette naissance pour nous intéresser au premier chef à celui qui est considéré comme le créateur du CPUSA et qui fut son premier secrétaire général: Charles Ruthenberg, qui naît en 1882 dans une famille juive d’origine allemande. Il entre au parti socialiste américain en 1909 où il ne tarde pas à prendre des responsabilités et où il se signale par sa radicalité.

La rupture avec les socialistes et la décision de sauter le pas vont intervenir en septembre 1919 à la suite de nombreux conflits et échauffourées diverses dans le milieu ouvrier. Le parti communiste est créé dans la foulée.

Dès le départ, il sera secrètement financé par l’URSS. Wikipédia nous dit que « La documentation des anciens États soviétiques, ouverte depuis 1991, confirme le rôle de l'argent soviétique dans les activités internes et externes du CPUSA. Les fonds servirent au traitement d'organisateurs salariés, à la publication de journaux imprimés et d'autres activités de propagande, et servit à influer sur des syndicats, des fraternités étudiantes et des associations éducatives. Parfois, ces fonds étaient donnés avec un blanc-seing, mais souvent, le Kominterm imposait qu'ils fussent employés à l'un ou l'autre usage. Bien que le CPUSA ait décliné en influence et en activité dès les années 1950, les documents récemment déclassifiés révèlent la présence de transferts soviétiques jusqu'en 1987. »

Ruthenberg dirigea les premières années du parti et mourut prématurément en 1927 à Chicago d’un problème d’appendicite. Ses cendres furent placées dans le mur du Kremlin, un honneur réservé aux meilleurs.
Max Shachtman incarne quant à lui la génération suivante. Il naît en 1904 en Pologne dans une famille juive qui émigre aux Etats-Unis dès 1905. Il s’intéresse très tôt au marxisme et adhère à l’une des branches du communisme dès 1921. Dans un premier temps il s’occupe des jeunesses communistes. Il devient également journaliste.

En 1928, quoique membre du comité central, il est expulsé du parti communiste, avec d’autres, en raison de leurs sympathies affichées pour Trotski, la bête noire de Staline. Il crée alors la Ligue communiste d’Amérique (Communist League of America - CLA).

Les contacts vont dès lors se multiplier avec les trotskistes d’autres pays. Et les disputes également. Des fractions se créent, des tensions se creusent, des egos s’affrontent.

Les Etats-Unis vont être, comme bien d’autres pays, le théâtre des luttes plus ou moins souterraines entre staliniens et trotskistes, qu’il serait parfaitement fastidieux de détailler ici. Shachtman sera le principal représentant des trotskistes américains jusqu’à une brouille avec le grand homme (grand assassin, plutôt) en 1938, deux ans avant son exécution à Mexico par le truchement d’un funeste coup de piolet.

Shachtman a encore une longue carrière d’activiste de gauche devant lui, quoique virant vers la fin du côté de la social-démocratie. Il meurt en 1972.
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Messagepar Pat » 14/07/2011 - 20:45

LES PROMOTEURS DU COMMUNISME – FABIO GROBART (6)

Fabio Grobart, de son véritable nom Abraham Simjovitch, naît à Bialystock, Pologne, en 1905 dans une famille juive. Dès 1922, il rejoint les jeunesses communistes polonaises. Son activisme lui vaudra de sérieux ennuis qui le conduiront à souhaiter changer d’air. Direction … Cuba*.Il n’y perdra pas son temps puisque dès 1925 – il a 20 ans – il fonde avec trois autres juifs ashkenazes : Goldberg, Vasserman et Garbich, sur ordre du Komintern, le parti communiste cubain.

Le spécialiste de l’histoire juive Moisés Asis nous le dit en ces termes : « By 1925, there were 8,000 Jews in Cuba (some 2,700 sephardic, 5,200 ashkenazic, and 100 Americans). Four ashkenazic Jews were in the small group that founded the first Communist Party of Cuba in 1925: Grimberg, Vasserman, Simjovich aka Grobart, and Gurbich. They opposed the religious and community life of the other Jews.”

A partir de ce moment-là, il sera l’ incontestable « idéologue » du parti et le mentor de Fidel Castro qu’il est censé avoir lui-même recruté en 1948. On lui attribue généreusement – car on ne prête qu’aux riches – un rôle majeur, quoique plutôt occulte, dans la révolution cubaine de 1959 et les événements qui la précédèrent. Les quelques décennies entre 1925 et 1959 furent officiellement occupées par lui à des activités syndicales et à des voyages en Europe de l’est, sous diverses identités et à des fins tout aussi diverses.

Bref, il fut l’éminence grise du pouvoir communiste cubain jusqu’à sa mort à Cuba, en 1994. A l’âge respectable de 89 ans, soit notablement plus que celui auquel parvinrent généralement les innombrables victimes de la terreur castriste. Le New York Times rapportera en ces termes des plus softs son décès, le 24 octobre 1994:

« Fabio Grobart, a founder of Cuba's Communist Party, has died, state news organizations reported. He was 89 years old. The report from the state news agency A.I.N. did not say when he died or the cause of death, but it said he was buried on Saturday. Mr.Grobart, who emigrated from Poland to Cuba when he was 19, was a founding member of the Cuban Communist Party in 1925. At one time he owned a tailor shop in Havana. In the years after the 1959 revolution that brought Fidel Castro to power, Mr. Grobart served on the party's Central Committee and as a member of Parliament.”

Pour compléter ce portrait sommaire, voyons cette présentation, parue dans Libération, du livre de Serge Raffy, Castro, l'infidèle, paru en 2003 (Fayard) :

« Le scanner est sans pitié. Ainsi en est-il de celui que Serge Raffy fait subir à Fidel Castro. Le résultat de l'examen est accablant. Il surprendra même ceux qui n'ont jamais participé au culte du caudillo des Caraïbes et qui se sont toujours méfiés des images d'Epinal «made in La Havane». Il en est une, en particulier, que pulvérise l'enquête du journaliste Raffy : celle du révolutionnaire romantique, poussé presque malgré lui vers le communisme, après sa prise du pouvoir en 1959, par l'intransigeance absolue des Etats-Unis. Une vraie imposture. Non seulement parce que Castro a très vite accordé fort peu d'importance à la vie des autres mais surtout parce que, depuis 1952, sinon 1948, l'agitateur étudiant Castro, peu regardant sur ses alliances conjoncturelles mais qui ne manque jamais une occasion de proclamer son anticommunisme, émarge au réseau «Caraïbes» mis en place par les services secrets soviétiques.

Il a été recruté par la «tête» du réseau, Abraham Semjovitch, un juif polonais connu à Cuba sous le nom de Fabio Grobart. Sa mission : brûler les étapes classiques de la prise du pouvoir en suscitant des mouvements révolutionnaires en marge des partis communistes traditionnels (trop surveillés et pas assez audacieux), capables de s'imposer par la force et par la ruse. Ce sera le rôle du M26, le Mouvement du 26 juillet, ainsi nommé en souvenir de la calamiteuse attaque de la Moncada, en 1953, devenue par la grâce de la propagande castriste un haut fait militaire.

La chronologie de l'année 1959, qui débute par la fuite de Batista et l'entrée des «barbudos» de la Sierra Maestra dans La Havane, ne dément pas, loin de là, ce qui précède : après avoir nommé un gouvernement «démocratique» où sont représentées toutes les sensibilités de l'opposition à Batista, Fidel Castro dissout dès le mois de février l'Assemblée nationale, se proclame Premier ministre ; et trois mois plus tard, il impose la collectivisation des terres sous le contrôle de l'armée. De quoi satisfaire Fabio Grobart et un certain Nikolaï Leonov, un autre agent du KGB, très lié au frère omniprésent de Fidel, Raoul, dépêché à Prague dès 1953 aux fins de formation à la clandestinité. Cette accélération de la révolution en direction d'un soviétisme tropical, le rôle accru des communistes cubains dans des instances paragouvernementales quasi clandestines et l'autoritarisme croissant dont fait preuve Castro lui-même, ne sont pas du goût de certains de ses compagnons de la première heure.

Le plus prestigieux d'entre eux, affirme Serge Raffy, détails et témoignages à la clé, sera éliminé sur ordre de Fidel et de Raoul, ce dernier définitivement spécialisé dans les basses besognes. Il s'agit de Camilo Cienfuegos, chef de l'Armée rebelle ; cette figure légendaire de la révolution, presque aussi populaire que Castro mais tellement plus «cubain» donc spontané, va périr le 28 octobre 1959 dans le mitraillage de son avion par un pilote qui croyait «descendre» un appareil ennemi. Un autre héros emblématique de la «longue marche» castriste, Huber Matos, sera, lui, condamné à vingt ans de prison en décembre 1959 à la suite d'un procès dont Staline n'aurait pas désavoué la mise en scène. La même scène se rejouera trente ans plus tard lorsqu'il s'agira de faire fusiller un autre «héros de la révolution» qui s'était ensuite illustré dans les combats d'Angola, où Castro avait engagé son peuple en tant que supplétif de l'Union soviétique, le général Ochoa. »

* Les premiers juifs y arrivèrent à l’époque de Christophe Colomb, fuyant l’inquisition. D’autres arrivèrent au 19e siècle en provenance d’Europe de l’est. Puis d’autres encore à partir de 1910, de Turquie cette fois. A la seconde guerre mondiale arrivèrent d’autres juifs, qui furent bien accueillis, dont des diamantaires d’Anvers (c’est vrai qu’ils sont toujours bien accueillis, ceux-là). Hélas, ils repartiront en 1946.

En 1945, il y avait 15 000 juifs à La Havane, essentiellement des commerçants. Au début des années 60, soit à la révolution – ils voulaient bien la faire mais pas la subir – 90% d’entre eux repartiront aux USA et en Israël. Sans rancune …
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Messagepar Pat » 25/07/2011 - 12:27

LES PROMOTEURS DU COMMUNISME – VOLODIA TEITELBOIM (7)

Après Cuba, poursuivons notre périple au Chili. Volodia Teitelboim naît en 1916 à Chillàn dans une famille d’immigrants ukrainiens juifs. A 16 ans, il s’inscrit aux jeunesses communistes chiliennes. Nous sommes donc en 1932 (année de l’Holodomor en Ukraine). Il poursuit ses études de droit en même temps que son militantisme. Wikipédia nous dit que « Pendant les années 40, Teitelboim est frappé comme tous les militants du Parti communiste chilien de persécution et contraint à l’exil ». Présenté de cette façon, on a vraiment l’impression que c’est dégueulasse de frapper de persécution des gens qui ne songent pourtant qu’au bonheur de l’humanité, vous ne trouvez pas ? Surtout que dans les années 40, ça faisait déjà vingt cinq ans qu’ils s’efforçaient de les rendre vachement heureux.

Mais après la pluie, le beau temps, et de retour d’exil les choses vont s’arranger pour lui puisqu’il est élu sénateur de Santiago en 1965. Fonction qu’il gardera jusqu’au coup d’Etat de septembre 1973 qui voit l’abominable Pinochet arriver au pouvoir. Car là, on nous précise bien que c’est un affreux dictateur, ce qui est normal puisqu’il n’était pas communiste. Certes, il y a eu des exactions durant le règne de Pinochet, mais pourtant elles n’arrivaient pas à la cheville de celles qui s’étaient passées bien plus à l’est, sur le vieux continent. Et sur lesquelles on observe une retenue de rosière.

Pendant ces sombres années d’obscurantisme, Teitelboim justement, s’installe à Moscou, où les droits de l’homme étaient tellement mieux respectés, nous le savons tous, et il en profite pour préparer son programme. Il a bien raison car, de retour au Chili, il est élu en 1989 président du parti communiste chilien. Il le restera jusqu'en 1994.

Il écrivait, également, et a reçu le prix national de littérature du Chili en 2002. Teitelboim mourra le 31 janvier 2008 – il avait 92 ans – et aura droit à un vibrant hommage en France, de la part du PCF. Qui en ces temps de morosité, n’a plus tellement d’occasions de commémorer grand-chose.

Rien à voir avec ce qui précède, mais une correspondante très avisée me rappelle à propos de l’article d’hier Encore un d’attrapé, ceci :

Salomon Morel et autres :

Il vaut la peine de rappeler à ce sujet votre propre article publié en 2007 sur John Sacks et son livre “Oeil pour Oeil” :
http://france-licratisee.hautetfort.com/tag/eye

livre le plus complet écrit par un juif sur ces criminels juifs nommés par Staline à tous les postes importants de l'administration de la Pologne et surtout dans ses “Services de Sécurité”(police stalinienne UB )et à la tête des camps de concentration post deuxième guerre mondiale .http://france-licratisee.hautetfort.com
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Re: Communisme : le devoir de mémoire

Messagepar Pat » 26/07/2011 - 22:13

LES PROMOTEURS DU COMMUNISME – 9

Revenons à notre série sur les promoteurs du communisme. Changeons de continent et rendons-nous dans la vaste Chine. Les personnages que nous allons évoquer ne sont pas à proprement parler des promoteurs, mais plutôt des propagandistes zélés du régime communiste chinois. En réalité, ils en firent quand même la promotion dans les milieux occidentaux, c’était même leur tâche principale. Ils sont abondamment dépeints un peu partout comme des « idéalistes », ce qui permet de passer rapidement sur les horreurs sans nom perpétrées par les maoïstes. Horreurs excusables puisque commises en vue d’un intérêt supérieur inaccessible à l’entendement des incultes. Jamais ces personnages ne firent repentance pour leur allégeance aveugle à un régime sanglant et totalitaire. Et d’ailleurs, nul n’eut jamais l’idée saugrenue de la leur demander.

En fait, il y eut bien au moins deux promoteurs juifs du communisme en Chine, qui exercèrent leurs talents avant ceux qui seront présentés ici. J’en parle dans Révolutionnaires juifs et je ne vais pas détailler à nouveau leurs actions. Il s’agit de Mikhail Borodine, qui « travailla » en Chine dès 1923. Les bolcheviks, alors assez isolés diplomatiquement, lorgnaient sur l’énorme potentiel que représentait une Chine en pleine déliquescence. Borodine réorganisa le parti Kuomintang (KMT) dont un certain Mao Tsé Toung dirigeait le secteur propagande. L’autre promoteur s’appelle Manfred Stern. Il arriva en Chine en 1932, comme conseiller militaire du Komintern auprès de Mao qui venait d’établir sa république soviétique chinoise du Jiangxi. Il s’agissait d’éliminer les opposants, accusés d’ « opportunisme » (!!!) ou de « koulakisme ». 20% de la population de la république, soit 700 000 personnes, furent supprimées durant les trois années de la république, qui correspondent au séjour de Stern, qui repartit ensuite exercer ses nombreux talents … en Espagne, en 1935.

Revenons à nos propagandistes, dont voici le premier :
ISRAËL EPSTEIN - 9

Il naît en 1915 en Pologne dans une famille juive d’activistes socialistes. Il dira du reste bien plus tard, en 2003 : « The earliest influence on me came from my socialist parents ». Son père avait connu la prison tsariste pour avoir mené des grèves et sa mère avait été exilée en Sibérie. Au début de la première guerre mondiale, son père est envoyé au Japon pour y travailler. Sa famille l’y rejoint, mais ils n’y resteront finalement pas. Tous gagnent la Chine en 1917 et s’installent à Tientsin, grande ville du nord, en 1920.

A l’âge de 15 ans, il débute dans le journalisme politique pour un journal chinois de langue anglaise, couvrant notamment l’invasion japonaise de la Chine. Il sera correspondant de divers médias occidentaux avant de partir s’installer temporairement aux USA en 1945. Dès avant cette date, il avait pris des contacts avec les milieux communistes qui avaient toute sa sympathie. Il avait notamment rencontré Mao, Chou En Lai et autres révolutionnaires, en 1944. Il dira plus tard que ces conversations avec Mao avaient « changé sa vie ». Il sera dès lors un admirateur inconditionnel du dictateur rouge dont il conservait un portrait dans sa chambre à coucher.

En 1951, à la demande des officiels communistes, il rentre en Chine pour participer à la création et pour diriger un magazine à la gloire du régime, China Reconstructs, rebaptisé par la suite China Today. L’objectif est d’assurer la promotion du régime et de présenter au reste du monde une vitrine acceptable.

Il occupera cette fonction jusqu’à l’âge de sa retraite, en 1985. C’est durant cette période qu’il devient citoyen chinois en 1957 et officiellement membre du parti communiste du pays en 1964. Un honneur rarement accordé à un étranger d’origine.

C’est également durant cette période qu’il va effectuer ses fameux voyages au Tibet, en 1955, 1965 et 1976. À la suite desquels il publiera en 1983 un livre fortement controversé, Tibet Transformed.

Entretemps, de 1968 à 1973, un épisode très fâcheux était intervenu. En pleine révolution dite culturelle, il avait été accusé de complot contre Chou En Lai et emprisonné. Mais les choses s’étaient tassées, il avait été relâché – cinq ans après, quand même - avec les excuses de Chou et ses privilèges lui avaient été restitués. Nul doute que son utilité pour le régime, en raison de ses contacts avec l’occident, n’aient donné à réfléchir en haut lieu.

Revenons au Tibet. Il s’y rend donc à nouveau en 1976, après son élargissement. Le Tibet se trouvait depuis les années 1950 sous la poigne de fer de Pékin et il fallait adoucir l’image pour l’étranger. D’où le bouquin d’Epstein. Pour être « transformé », il l’était, le Tibet. De fond en comble, même. L’objectif du livre était de montrer que si Pékin avait envoyé ses troupes, c’était pour le bien du peuple tibétain, un bien que les dirigeants communistes connaissaient bien mieux que ces semi-sauvages inexplicablement attachés à leurs lamas. Le livre fut dénoncé par les opposants aux communistes comme un grossier tissu de mensonges.

Le livre parut en 1983, et il reçut sa récompense la même année : il fut admis comme membre de la Conférence consultative politique du peuple chinois, un corps consultatif.

Peu rancunier, malgré son emprisonnement de cinq années, il demeura indéfectiblement attaché aux « idéaux » communistes jusqu’à sa mort, survenue en 2005 à Pékin. Ce qui nous fait quand même 90 ans de soutien indéfectible.

Il avait reçu de nombreux honneurs durant sa longue vie, de la part des dirigeants successifs, le président Hu Jintao se déplaçant même pour l’aider à souffler ses 90 bougies. Il en reçut encore dans la mort puisque ses funérailles eurent lieu au cimetière Babaoshan des Révolutionnaires à Pékin, le 3 juin 2005, en présence du président chinois, du premier ministre et de tout le gratin chinois reconnaissant.

Juste avant son décès, il avait publié, en 2005, My China Eye : Memoirs of a Jew and a Journalist.

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Re: Communisme : le devoir de mémoire

Messagepar Pat » 26/07/2011 - 22:14

LES PROMOTEURS DU COMMUNISME – 10

Poursuivons notre voyage en Chine, avec un contemporain d’Israël Epstein :
SIDNEY SHAPIRO - 10

Il est en effet né la même année que lui, en 1915, mais à New York, et pareillement dans une famille juive. Il aura bien d’autres points communs avec lui et surtout, celui d’avoir également consacré sa vie au soutien du régime communiste chinois et à sa propagande à l’étranger.

Ses premiers contacts avec la Chine datent de la seconde guerre mondiale, à laquelle il participe dans les rangs de l’armée américaine. Il débute alors son apprentissage du chinois dans l’éventualité d’un atterrissage dans la Chine alors occupée par les Japonais. Cet atterrissage ne se produira jamais, mais il continuera d’apprendre la langue, tout en poursuivant des études de droit. Après la guerre, en 1947, on le retrouve à Shanghaï, ville où vit une importante colonie juive. C’est là qu’il rencontre sa future femme, une actrice chinoise aux sympathies communistes prononcées, nommée Fengzi. Ce qui ne l’empêcha pas plus tard (Fengzi) d’écoper de 10 années de « rééducation » durant la révolution culturelle, car l’épouse de Mao avait quelques comptes à régler. En attendant ces années noires, le duo va essayer de rejoindre l’armée rebelle de Mao, n’y parviendra pas et assistera finalement à son arrivée triomphale à Pékin.

Officiellement, Shapiro travailla durant cinquante années au Foreign Languages Press (FLP), organisme dépendant de l’Etat. Il y était traducteur d’ouvrages chinois. Mais il était surtout – comment aurait-il pu travailler dans un organisme d’Etat, sinon ? – un ardent propagandiste du régime à l’étranger. Ceci apparaît nettement dans son autobiographie intitulée An American in China, parue en 1979, où il relate, à côté de son histoire personnelle, la longue marche vers le pouvoir du régime communiste chinois, en suivant scrupuleusement la vulgate du parti. Il a écrit plusieurs autres ouvrages, dont Jews in Old China et I Chose China.

Il fut l’un des rares étrangers, comme Epstein, à recevoir la citoyenneté chinoise, en 1963, avant la révolution culturelle. Et l’un des rares également, toujours comme Epstein, à devenir membre de la Conférence consultative politique du peuple chinois.

Sa longévité est étonnante. Agé de quasi 96 ans, il est toujours de ce monde, vivant à Pékin. Il serait même le plus âgé des juifs vivant en Chine à l’heure actuelle.

Et il a reçu les mêmes honneurs qu’Epstein pour ses 90 ans, qu’ils ont d’ailleurs fêté ensemble. Le communisme, ça conserve. A certaines conditions.

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Re: Communisme : le devoir de mémoire

Messagepar Pat » 24/08/2011 - 14:54

Les Khmers rouges

Le 27 juin 2011 s'est ouvert le procès de quatre des principaux dirigeants khmers rouges, responsables d'un des pires génocides du XXe siècle, perpétré contre leur propre peuple au nom d'une idéologie communiste.
Nuon Chea, Khieu Samphân, Ieng Sary et Ieng Thirith vont être - enfin - jugés. Ces quatre dirigeants Khmers rouges avaient appartenu, dès 1951, au « Cercle marxiste », formé en France par des étudiants cambodgiens et qui, dirigé par Ieng Sary, comptait aussi parmi ses membres Saloth Sâr, qui allait plus tard devenir le numéro 1 du régime Khmer rouge sous le pseudonyme de Pol Pot. Comme Ieng Sary, Saloth Sâr avait adhéré à l'époque au Parti communiste français, qui peut s'enorgueillir de compter parmi ses grands anciens deux des plus grands criminels de la seconde moitié du XXe siècle...
Après l'indépendance, en 1953, les dirigeants du Parti communiste du Kampuchéa - Saloth Sâr, Nuon Chea, Son Sen -, rentrèrent au Cambodge, où le pouvoir revint au roi Norodome Sihanouk, qui fut renversé en 1970 par son Premier ministre Lon Nol avec la bénédiction des Américains. Poussé par le Vietnam du Nord et par la Chine, Sihanouk s'allia alors avec les Khmers rouges pour constituer un gouvernement en exil dans lequel figuraient plusieurs ministres communistes, dont Khieu Samphân.
Alors que les bombardements aveugles et massifs opérés par les Américains sur la partie du Cambodge occupée par les Nord-Vietnamiens grossissaient les maquis, les Khmers rouges mirent en place à partir de 1972 une politique de collectivisation des terres et commencèrent à s'éloigner des Vietnamiens. En 1973, ils organisèrent des purges et des massacres qui poussèrent 60 000 personnes à fuir les zones qu'ils contrôlaient et des milliers d'autres à se rebeller, mais la répression fut féroce.
En 1975, les Américains se retirèrent du Cambodge, abandonnant à son sort le gouvernement de Lon Nol, et les troupes khmères rouges investirent le 17 avril la capitale, Phnom Penh, dont la population entière - malades des hôpitaux compris - fut évacuée, à pied, conformément au projet de Pol Pot (Saloth Sâr) prévoyant de vider les villes. Deux millions de personnes partirent en abandonnant tous leurs biens, et l'opération causa plus de 10000 morts. Les autres villes du pays subirent le même sort.
Angkar, le Big Brother cambodgien
Le régime qui se met alors en place évoque le roman d'Orwell, 1984. Big Brother, ici, s'appelle Angkar (l'Organisation), dont on parle comme d'une personne. Angkar règne par la terreur, les purges et la chasse aux « espions », le bourrage de crâne, à base de séances d'auto-critique, et par la faim. Les cadres du Parti eux-mêmes n'y échappent pas. Laurence Picq, une maoïste française ayant épousé un communiste khmer travaillait pour un ministère et faisait partie de la poignée d'habitants qui restait à Phnom Penh. Dans son livre Au-delà du ciel, elle raconte : « Puissance anonyme et sans visage, Angkar était omniprésente, aveuglément suivie et idolâtrée. Elle demandait à être servie inconditionnellement et en retour elle pourvoyait à tout ; Elle avait banni toutes les religions et croyances mais elle s'imposait comme un nouveau Dieu. (...) L'isolement et le cloisonnement renforçaient considérablement le travail idéologique d'Angkar. À cela s'ajoutait le fait que chacun était tenaillé en permanence par la faim, ce sur quoi Angkar jouait avec beaucoup de finesse. »
Le, sort des populations déportées dans les campagnes ou dans les camps de concentration est encore pire. Les familles sont dispersées. L'économie est en ruine et les coopératives rurales ne nourrissent pas la population. Laurence Picq décrit ainsi le paysage qu'elle découvre à l'occasion d'un voyage : « Je regardai se dérouler le paysage. Point de vie, point de cultures, des rizières en friche depuis des années... Une désolation infinie. Où était le miracle de la collectivisation ? La nature maîtrisée ? Les foules heureuses de citadins convertis ? Il était flagrant que le pouvoir central n'avait pas su s'imposer. Phnom Penh, la tête, n'avait ni corps, ni bras, ni jambes ! Tout n 'avait été qu'illusion et comédie ! »
En réalité, le pouvoir ne s'était que trop bien imposé et l'on avait affaire à une tragédie. Dans un livre récemment paru, Les Larmes interdites, Navy Soth, Cambodgienne réfugiée en France et partie civile au procès en cours, âgée de 3 ans lors de la chute de Phnom Penh, raconte ces quatre années d'enfer, au cours desquelles ont péri son père et quatre de ses frères et sœurs : le long chemin pour rejoindre un camp, la vie privée interdite, la mort omniprésente, le départ de son père sans que ses enfants aient eu le droit de l'embrasser, ni de pleurer, pour ne pas manifester des sentiments « bourgeois »
Dans les centres de rééducation où sont déportés les victimes des purges, les conditions de vie sont abominables, la torture et les exécutions couramment pratiquées, et l'espérance de vie ne dépasse pas trois mois.
Le bilan de ce génocide communiste s'élève au moins à 1,7 million de morts et probablement plus de 2 millions, en quatre ans, sur une population de moins de 8 mimons d'habitants.
Encore la tragédie ne finit-elle pas en 1979 avec l'invasion vietnamienne, accueillie comme une délivrance. Les Khmers rouges, de nouveau alliés avec Sihanouk, entretiendront une guérilla contre le gouvernement pro-vietnamien, avec le soutien, non seulement de la Chine,- mais de la Thaïlande, des États-Unis et de l'ONU (le Viet Nâm ayant pour sa part l'appui des Russes). La paix ne reviendra qu'en 1991, avec la signature des accords de Paris, plaçant le Cambodge sous l'autorité de l'ONU en attendant l'organisation d'élections libres.
Quant à Pol Pot, responsable de l'assassinat de l'ancien ministre communiste de la Défense, Son Sen en 1997, il sera arrêté par l'un des plus cruels dirigeants khmers rouges, Ta Mok, dit « le boucher ». Condamné à la prison à perpétuité, il mourra d'une crise cardiaque - dit-on - le 15 avril 1998.
Jean-Pierre Nomen monde & vie . 16 juillet 2011
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Re: Communisme : le devoir de mémoire

Messagepar Pat » 28/08/2011 - 0:02

Natalia Narochnitskaya : « La rhétorique occidentale de la démocratisation est une résurgence de la pensée trotskiste »

La rhétorique états-unienne de la démocratisation globale cache des ambitions stratégiques anciennes. Washington poursuit les objectifs de l’Empire britannique dans sa manière de contrôler l’Europe, de nuire à la Russie et de dominer le monde assure Natalia Narochnitskaya, vice-présidente de la Commission des Affaires étrangère de la Douma, dans un entretien au Réseau Voltaire.
Natalia Narochnitskaya est historienne, membre de l’Institut d’histoire de l’Académie des sciences de la Fédération de Russie. Elle est députée du parti Rodina à la Douma où elle occupe les fonctions de vice-présidente de la Commission des Affaires étrangères. Elle siège également à l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe. Enfin, elle édite la revue Russian Analytica.


Réseau Voltaire : L’administration Bush a réorienté l’essentiel des ressources budgétaires fédérales pour développer ses forces armées au détriment des dépenses sociales. La Stratégie de sécurité publiée par la Maison-Blanche érige le terrorisme international en ennemi principal. Pourtant, au même moment, dans un article publié par Foreign Affairs, le Council of Foreign Relations évoque la possibilité d’une première frappe nucléaire US contre la Russie. Selon vous, à quel ennemi les États-Unis doivent-ils faire face ?
Natalia Narochnitskaya : Le plus grand ennemi des États-Unis, c’est leur pseudo-universalisme politique. Renouant avec une longue tradition, ils se présentent comme « la Nation rédemptrice » (Redeemer Nation). Dèja à l’issue de la Première Guerre mondiale, le président Woodrow Wilson avait choqué le président de la Conférence de Versailles, le Français George Clemenceau, en affirmant que les États-Unis avaient eu l’honneur de sauver le monde.
Comme à l’époque de la IIIe Internationale communiste, ils rêvent d’imposer un modèle au monde, sans égard pour les autres formes de civilisation. Loin de chercher l’harmonie dans la diversité, ils pensent l’humanité en termes simplistes. Ils ignorent le doute cartésien et les angoisses d’Hamlet pour se contenter de Mickey Mouse.
Condoleezza Rice s’exprime avec la même assurance que Nikita Kroutchev à la tribune du Comité central du Parti communiste de l’Union soviétique. Elle ignore les échecs économiques et militaires de son pays pour promettre au monde un avenir qu’elle estime radieux. Pourtant leur système est en faillite. Ils impriment des montagnes de papier-monnaie pour combler des déficits abyssaux. Par le biais du dollar, ils font payer leurs dépenses à leurs alliés comme jadis l’Empire romain collectait un tribu dans ses provinces. Leurs armées essuyent des défaites quotidiennes en Afghanistan et en Irak. Tandis que Cuba, le Venezuela et la Bolivie s’insurgent victorieusement contre leur impérialisme en Amérique latine. Leur impérialisme est trop lourd, il s’essoufle, mais ils sont les derniers à en avoir conscience.

Réseau Voltaire : Ce comportement des États-Unis, bien qu’enraciné dans la doctrine de la Destinée manifeste, n’est-il pas nouveau par bien des côtés ? Doit-on y voir l’influence de politiciens et de journalistes issus de l’extrême gauche comme Paul Wolfowitz ou Richard Perle ?
Natalia Narochnitskaya : Vous avez raison. Il ne s’agit pas seulement d’un entrisme des trotskistes au Parti républicain, mais d’une continuation du marxisme scientifique par les néo-conservateurs. Les mêmes structures de pensée persistent. C’est d’ailleurs pourquoi nos aparatchiks se sont si bien adaptés à leurs nouveaux parrains états-uniens. Ils se sentent spontanément à l’aise avec cette rhétorique.
Pendant la guerre idéologique [la Guerre froide], nous devions apprendre un catéchisme. À la question « Dans quelle époque vivons-nous ? », nous devions répondre « Dans une période de transition du capitalisme au communisme ». Aujourd’hui les dirigeants et les journalistes occidentaux pensent et parlent avec le même simplisme. Ils ont juste remplacé des slogans par d’autres. Si vous leur demandez « Dans quelle époque vivons-nous ? », ils vous répondrons avec le même automatisme « Dans une période de transition du totalitarisme à la démocratie ».
Cet universalisme de pacotille, qu’il s’exprime en termes marxistes scientifiques ou néo-conservateurs, va de pair avec un super-globalisme. Toutes les différences doivent disparaître et le monde doit être gouverné par un organe unique.

Réseau Voltaire : Vous appartenez à un parti politique, Rodina, que la presse occidentale dénigre volontiers en le qualifiant de « nationaliste » et l’on présente aujourd’hui votre pays comme un obstacle à la démocratisation des nouveaux États d’Europe orientale et d’Asie centrale. Quelle est votre conception de l’universalisme ?
Natalia Narochnitskaya : Reconnaître les aspirations communes du genre humain, ce n’est pas nier les cultures. La Fédération de Russie doit contester cette philosophie politique. Et nous sommes légitimes à proposer une cohabitation des identités.
Notre fédération est eurasienne. Notre emblème est l’aigle à deux têtes. Depuis des siècles, nous sommes à la fois Européens et Asiatiques, Russes et Tatars, chrétiens et musulmans. Nous sommes aujourd’hui majoritairement des Russes orthodoxes, mais aux temps médiévaux nous étions des Asiatiques convertis. Ceci n’est pas une réponse dilatoire, mais une réalité indiscutée qui a formé notre identité.
Lorsque les Tatars et les Caucasiens nous défendirent, leurs chefs furent annoblis. Ils n’étaient pas traités comme des colonisés, mais étaient les égaux des aristocrates russes. Ils avaient même des serfs russes. Les Anglo-Saxons n’ont jamais été capables de concevoir cela. Vous imaginez des Lords indiens avec des domestiques anglais ?

Réseau Voltaire : Si le projet anglo-saxon de démocratisation globale n’est pour vous qu’une imposture, comment analysez-vous la politique étrangère des États-Unis ?
Natalia Narochnitskaya : La politique étrangère des États-Unis est anglo-saxonne. Elle poursuit, sous une forme modernisée, la politique de l’Empire britannique. C’est un expansionnisme obsédé par la question des détroits. Une première ligne de pénétration part des Balkans à l’Ukraine pour le contrôle de la mer Egée et de la mer Noire. Une seconde ligne part de l’Égypte à l’Afghanistan pour le contrôle de la mer Rouge, du Golfe persique et de la mer Caspienne. Il n’y a rien de nouveau dans cette stratégie, sinon l’enjeu pétrolier qui l’a relancée.

Réseau Voltaire : Comment expliquez-vous que l’Union européenne se soit ralliée à cette stratégie qui sert uniquement les intérêts anglo-saxons ?
Natalia Narochnitskaya : C’est un aveuglement collectif. Les Européens n’ont rien à gagner et tout à perdre dans ce schéma. Le seul moyen pour l’Europe occidentale de continuer à jouer un rôle politique de premier plan sur la scène mondiale, c’est de s’allier à la Russie. C’est d’autant plus facile que nous sommes beaucoup plus proches culturellement les uns des autres que vous ne l’êtes des Anglo-saxons.

Réseau Voltaire : Certes. Cependant, les Européens n’ont rien à gagner non plus à quitter la suzeraineté d’un impérialisme pour tomber sous la coupe d’un autre.
Natalia Narochnitskaya : Vous vous méprenez. Nous ne sommes pas une autre puissance belliciste. Nous ne cherchons de confrontation avec personne, et surtout pas avec les États-Unis. Comme vous, nous voulons être libres de nos décisions et avoir de bonnes relations avec les États-uniens.
Au demeurant, notre intérêt est d’être pacifique. Notre économie ne réclame pas que nous fassions la guerre. Et dans la situation actuelle, une puissance forte et paisible sera toujours plus attractive qu’une autre belliqueuse. Le monde est interdépendant et le moment est venu de retrouver un équilibre des puissances.

Réseau Voltaire : Permettez-moi de revenir à la question de l’adoption par les Européens de la politique étrangère anglo-saxonne. Comment analysez-vous l’engagement de l’OTAN en Yougoslavie ?
Natalia Narochnitskaya : La politique anglo-saxonne sur le continent européen est un va et vient perpétuel entre la France et l’Allemagne. Elle s’est toujours appuyée alternativement sur l’une et l’autre pour combattre la Russie et les a poussé au conflit l’une contre l’autre pour les affaiblir. La politique de l’OTAN est basée sur l’alliance des Anglo-saxons avec l’Allemagne. Les adhésions à l’OTAN se font selon la carte des ambitions de l’Empereur Guillaume II [Madame Narotchnitskaya sort alors une carte allemande de 1911 que nous n’avons malheureuseement pas pu photographier]. C’est la continuation de la politique de Benjamin Disraeli lors du Congrès de Berlin, en 1878. À l’époque, les Anglais nous avaient obligés à réviser le traité de San Stefano. Ils avaient artificiellement créé des États balkaniques pour satisfaire l’Allemagne. Ils avaient séparés des populations mélangées pour créer des États éthniques et ils avaient en outre décidé de créer une colonie juive en Palestine. De la même manière l’OTAN a pulvérisé la Yougoslavie pour en finir avec les vestiges du bloc soviétique. Elle a créé artificellement des États ethniques. Elle vient de recréer le Monténégro de 1878 et bientôt le Kosovo.
Dans cette stratégie, l’Allemagne n’est qu’un jouet, un État à souveraineté limitée. Il existe en effet un Traité germano-états-unien imposé à l’Allemagne de l’Ouest pendant la période d’occupation et qui n’a pas été abrogé lors de la réunification. Celui-ci comprend des clauses secrètes subordonnant la politique étrangère et de défense de l’Allemagne au bon vouloir de Washington. Ces clauses n’ont été publiquement appliquées que lors de la Guerre du Kippour. Les Etats-Unis avaient installé un pont aérien pour soutenir Israël contre les Arabes. Ils avaient utilisé pour cela leurs bases aériennes en Allemagne. Lorsque Walter Scheel s’y est opposé en faisant valoir la neutralité allemande dans ce conflit, Henry Kissinger l’a remis à sa place. Et l’Allemagne a cédé.

Réseau Voltaire : Pensez-vous que la Fédération de Russie puisse ébranler la domination anglo-saxonne sur le monde ?
Natalia Narochnitskaya : Pour reprendre la célèbre formule du Prince Alexandre Gortchakov, « La Russie se recueille ». Nous modernisons notre société. Nous relevons notre économie. Nous nous préparons.
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Re: Communisme : le devoir de mémoire

Messagepar Pat » 19/09/2011 - 12:45

Impunité du stalinisme comme d’habitude

Cette année les flonflons de la fête de L'Huma nous auront au moins appris quelque chose. Une réalité pas très nouvelle, certes. On pourrait la mettre en parallèle avec un événement beaucoup plus modeste. Car c'est lui j'aurais la faiblesse de placer en première perspective, avant les grands discours et les petites phrases des dirigeants des partis de gauche en quête de voix.

En effet ce 18 septembre, en la pagode de Créteil, une émouvante cérémonie bouddhique était organisée en souvenir de Vann Nath. À 66 ans, ce témoin central du procès des Khmers rouges s’est éteint le 5 septembre, dans une clinique de Phnom Penh.

"Son âme s’est envolée avec la bénédiction d’une pluie de mousson" note Mme Anne-Laure Porée seule journaliste à "couvrir" ce qui devait être le Nuremberg du communisme et qui se déroule dans l'indifférence générale. (1) La gestion de tout cela par ce qu'on appelle "la communauté internationale" ne saurait nous "décevoir", puisque nous savons ne plus rien en attendre. Elle ne nous "surprend" donc, littéralement, même plus.

Que les choses à ce sujet soient dites nettement.

En juillet trois chroniques de L'Insolent ont été consacrées à cette question (2).

Il se trouve que je ne gère pas les commentaires de leurs versions vocales installées sur le site de Lumière 101. Mais je les lis et l'un d'eux m'a laissé perplexe. Il y est question de pardon au nom de l'Évangile.

Or, précisément, si l'Évangile nous recommande de pardonner à celui qui nous en fait la demande, ni les khmers rouges, ni ceux qui les ont soutenus n'ont jamais reconnu ni leurs crimes ni leurs mensonges propagandistes (3). Au contraire ils s'emploient, depuis plus de 30 ans, à brouiller les pistes.

Tout cela fait donc parfaitement l'affaire des anciens communistes cambodgiens qui gouvernent aujourd'hui le pays derrière le premier ministre Han Sun, lui même imposé par les Vietnamiens.

Osons dire que tout cela a été programmé sciemment.

Cette imposture dure depuis qu'en 1979, les staliniens prosoviétiques du Vietnam sont parvenus à liquider l'appareil plus ou moins gauchiste et prochinois qui s'était emparé du pouvoir. Produit et bénéficiaire lui-même de cette opération le chef inamovible de ce gouvernement capte les soutiens, les complaisances et les subsides occidentaux. Cela lui permet de saboter méthodiquement tout ce qui pourrait faire apparaître la vérité sur les crimes du régime abominable de Pol Pot, fondés sur une application fanatique des équations marxistes apprises auprès du parti communiste français.

Un premier procès visait, indépendamment des chefs, le seul tortionnaire Duch et son centre S21. Vann Nath principal témoin à charge fut entendu lors d'une audience unique. Il n'aura même pas pu entendre la sentence de son bourreau. Quant au second procès, celui des dirigeants, ouvert le 27 juin, il se déroule depuis mollement dans un silence mondiale. Les Khieu Sampan, Ieng Sary et consorts y ergotent sur des règles de droit et de procédure qui finissent par se retourner en leur faveur, puisque l'on a attendu plus de 30 ans pour les juger.

On éprouve presque l'envie de dire "comme d'habitude".

Alors pourquoi faire un parallèle avec ce qui s'est déroulé à l'opposé de la région parisienne, dans le parc de La Courneuve.

D'abord parce que la fête du quotidien communiste avait abrité en leur temps les stands des camarades Khmers rouges, jusqu'à leur rupture de 1977 avec Hanoï, provoquée par un antagonisme territorial entre deux dictatures sœurs.

Personne n'a demandé sur place aux dirigeants du PCF ce que leur suggérait cette question. Comme d'habitude.

Les protestations de la droite brillent par leur évanescence. Tellement plus important en effet de se préoccuper de sauver les banques. Comme d'habitude.

Les intellectuels de gauche ou ce qu'il en reste, fonctionnaires de la Ville de Paris, bureaucrates de l'Inculture ou inspecteurs d'Académie ont montré une fois de plus combien leurs indignations restaient hémiplégiques, frappant toujours d'un seul côté. Comme d'habitude.

Mais cette année, il fallait se montrer à La Courneuve en vue d'obtenir les résidus des gens qui avaient voté Marie-Jo Buffet. en 2012, cela pesait encore un bon 2 % de l'électorat. On dit leur blason en voie d'être redoré grâce à une alouette qui, mélanchonnée dans le cheval, est supposée produire un pâté plus consommable. Seul l'emballage change. Comme d'habitude.

On a vu s'affirmer les convergences. Comme d'habitude. Et même plus que d'habitude.

On appris ce que l'on soupçonnait déjà : Arnaud Montebourg, venu en fin d'après-midi le 17, "est particulièrement le bienvenu", déclare le camarade Mélenchon. Et l'intressé répond, en pointant le livre programme du Front de gauche. "Il y a des choses ici qui devraient être dans le programme socialiste, Nous nous battons pour les mêmes choses, moi depuis l'intérieur, lui depuis l'extérieur." (4)

Si Mme Aubry n'a jamais fait mystère de son désir indéfectible d'alliance "avec toute la gauche", y compris les communistes, on ne s'étonne pas qu'elle se soit rendue à La Courneuve.

Comme d'habitude. Mme Royal, en perte de vitesse, n'hésite pas elle aussi à renouer avec la vieille connivence.

C'est bien connu : "La Fête de L'Huma tout le monde y va, sauf els candidats au goulag".

Même l'exilé le plus aimé des Français Yannick Noah a prouvé qu'il peut se rendre en Seine-Saint-Denis pour une cause fiscalement juste.

Ceux qui douteraient encore de la philosophie véritable de la camarade Duflot ne doivent plus voir en elle une écologiste mais une petite bolchotte aussi inguérissable qu'intarissable. Et de se congratuler avec le secrétaire général du parti, l'apparatchik héréditaire Laurent fils de Laurent. Dans un roman russe on l'appellerait Lavrenti Lavrentovitch, ou bien Piotr Pavlovicth. Mais il ne s'agit pas de littérature slave, il s'agit de la bonne vieille filiation jacobine franco-française, de cette tambouille politicienne qui veut nous faire oublier les crimes de ses alliés, et les interminables errements de ses combinaisons putrides. Comme d'habitude.

La réaction de dégoût, qu'inspirent à notre peuple, aussi bien ces spectacles, que la réapparition télévisuelle du sauveur supposé de la finance internationale (5), pourrait seule donner quelque espoir d'un redressement possible. JG Malliarakis http://www.insolent.fr/

Apostilles :

Anne-Laure Porée tient une chronique du Procès des Khmers rouges.

cf. L'Insolent du 18 juillet "Les Khmers rouges comme gentils libérateurs" [et sa version vocale] ; du 19 juillet "Les connivences parisiennes des Khmers rouges" [et sa version vocale] et du 20 juillet "Soudain le 5 septembre 1977" [et sa version vocale].

cf. l'article d'Anne-Laure Porée du 13 février 2009 pulié en Suisse"Les Khmers rouges n’ont jamais reconnu leurs fautes"

Cf. Le Point.fr du 17/09/2011 à 20:41.

À ce sujet il me plaît de reproduire ici le communiqué de Jacques Myard en date du 18 Septembre 2011 : "L'apparition de DSK JT de TF1 de 20 H ce jour est parfaitement grotesque. Ce monde médiatique exploite sans vergogne le voyeurisme et le scandale à des fins d'audience, cet entretien n'a aucun intérêt pour la révélation de la vérité. Il serait souhaitable que les Français se détournent de ce cirque à grand spectacle." Mission accomplie
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