Communisme : le devoir de mémoire

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Pat
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Re: Communisme : le devoir de mémoire

Messagepar Pat » 27/09/2010 - 17:42

Libéralisme - Etatisme -Communisme

Autant de formes de tromperies qui ne changent rien à la condition prolétarienne
Il va sans dire que les travailleurs de France, transformé du jour au lendemain en prolétaires par la Loi LE CHAPELIER, ne mirent pas longtemps à ressentir à quel point la fameuse "Liberté du travail" avait fait d'eux moins que des esclaves.
En état de Légitime défense et, en dépit des interdictions de décret du 14 juin 1791, ils cherchèrent à se grouper.
Après les décades de luttes farouches et sanglantes, ils obtinrent - enfin - par la loi du 21 mars 1884, le droit de se syndiquer.
Mais, si cette loi permettait - partiellement du moins - une relative et progressive amélioration des effets de la dissociation révolutionnaire du Travail et du Capital, elle n'apportait - par contre - aucune solution à ses causes.
...Elle codifiait même la distinction des classes.
Les ouvriers avaient leurs syndicats ?
Les patrons eurent les leurs !...
...Et la luttes continua de plus belle !... Le prolétariat
aussi !... Il faut, du reste, bien comprendre que la démocratie électorale a tout intérêt à voir durer ce combat.
La lutte des classes est, en effet, la véritable "tarte à la crème" des politiciens et des syndicalistes du système : les uns prospèrent dans la "défense de la classe ouvrière", les autres, dans celle des "bourgeois" !
Mais, à vrai dire, "bourgeois" et "ouvriers" y perdent : les premiers, tout ou partie de leur tranquillité et de leurs avantages par suite des grèves, "lock out", ingérences étatiques et syndicalistes diverses ; les seconds plus encore, hélas !
Puisque ce combat permanent - à côté des quelques gains obtenus - risque toujours d'aller pour eux jusqu'à la perte, pure et simple, de leur pain quotidien par le chômage ou par la faillite de leur entreprise.
Devant cet état de chose catastrophique pour les travailleurs, certains penseurs et philosophes en sont venus à la conclusion qu'en supprimant le Capital on supprimait, du même coup, l'exploitation des travailleurs, ainsi que la ruineuse lutte des classes. Ces penseurs ont, par conséquent, préconisé le collectivisme marxiste.
Sans vouloir entrer dans de vaine polémique, on est bien obligé de reconnaître - si l'on veut rester objectif - que cette formule économique et sociale, peut-être flatteuse et théoriquement satisfaisante pour l'esprit, a totalement échouée dans la pratique. En effet, et loin de supprimer le prolétariat là où elle a su politiquement s'imposer, elle n'a fait - au contraire - que de l'étendre à tous !...
Pour nous, c'est ce qui la condamne irrémédiablement.
En outre, loin de faire disparaître le Capitalisme, elle à instauré un exclusif supercapitalisme d'Etat, finalement bien plus implacable, bien plus anonyme, bien plus "aliénant" encore que le Capitalise privé.
En fait, l'expérience collectiviste - là où elle a été tentée - a surtout démontré d'une part, que le Capital (quelle que soit sa forme) est l'élément complémentaire obligatoire du Travail et, d'autre part, que le prolétaire vivant dans une économie libérale n'a rien à envier au prolétaire intégré à une économie marxiste.
...Une seule chose diffère réellement entre ces deux systèmes. Dans le premier cas, la lutte des classes continue à commettre ses ravages alors que, dans le second, où le seul et unique syndicat autorisé est le syndicat officiel et où les grèves sont - de ce fait - farouchement interdite par l'Etat-Patron, il découle de source que la lutte des classes y est (théoriquement du moins) éteinte...faute de combattants !
Et c'est pourquoi il n'est pas tellement bizarre de voir tant patrons et du supercapitaliste "privé" apporter leur appui financier aux idées, aux journaux, aux groupements marxistes.
Pensez donc, un régime où il suffit d'être à la bonne place dans le Supercapitalisme d'Etat...pour ne plus avoir à se soucier des récriminations ouvrières et syndicales !...Quelle aubaine !...
Toutefois, certains théoriciens, un peu effarouchés tout de même par les excès du Collectivisme marxiste ou léniniste, préconisent un statut intermédiaire entre le libéralisme économique et la société communiste.
Dans ce système les petites et les moyennes entreprises demeurent – provisoirement du moins - entre les mains de leurs propriétaires. Les très grosses sont, progressivement absorbées, soit par la Banque et la Finance, soit par l'Etat.
Cette théorie présuppose - évidemment - que l'Etat soit un génie omniscient et omnicompétent dans des domaines aussi divers que l'extraction du charbon, la gestion d'un hôtel et la conduite d'un autobus, par exemple.
Comme - bien entendu - il n'en est rien, l'expérience prouve surabondamment que les entreprises contrôlées par l'Etat laissent le plus souvent des pertes - parfois énormes - en sont, pour le moins, d'une rentabilité nettement inférieur à celle de la moyenne des entreprises privées.
D'autre part, les travailleurs des entreprises étatisées demeurent - la plupart du temps - des prolétaires eux aussi, prolétaires qui ne doivent du reste pas être beaucoup plus satisfaits de leur sort que ceux du secteur privé... et qui le sont même, sans doute, beaucoup moins, si l'on juge par les meetings protestataires, les défilés récriminatoires et les grèves de contestation.
Une gestion aussi catastrophique entraînant fatalement des déficits, la seule manière de combler ces derniers, consiste évidemment pour l'Etat à avoir recours à l'impôt !... Et c'est ce qui permet au téléspectateur français - par exemple - de payer deux fois, sous forme de redevance annuelle et sous forme d'impôt direct supplémentaire, pour des émissions q'il n'a - finalement - pas pu voir ... pour cause de grève !.
Pour nous résumer, il est donc possible de dire que le libéralisme économique engendre l'étatisme, lequel conduit tout droit au Socialisme et au Communisme ... sans qu'aucun d'eux ne libère le Travail de sa condition prolétarienne !.
Quelle est - par conséquent - la seule condition qui pourrait permettre d'atteindre ce but ?
C'est, évidemment, celle qui donnerait au Travail la possibilité de devenir, à son tour, "propriétaire de quelque chose" dans la communauté de production, tout comme le Capital est déjà propriétaire de ses actions, de ses locaux, de ses machines et de ses matières premières.
Or, il se trouve que chaque travailleur est déjà - dans la pratique - propriétaire d'un bien qui lui est propre : son métier. Il suffit donc que cette propriété soit officiellement reconnue et légalisée pour le faire sortir du prolétariat.
Mais, il va sans dire, que le droit à la "Propriété du Métier" n'a jamais été reconnu aux travailleurs, ni par la révolution bourgeoise, ni par la révolution marxiste, ce qui n'a rien de surprenant du reste puisque ces prétendues révolutions n'ont jamais été autre chose - en fait - que le masque derrière lequel se cache le supercapitalisme "privé" et "socialiste".
ASC – royalismesocial.com
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Messagepar Prodeo » 27/09/2010 - 23:25

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Merci Pat !
Avec cet article, nous comprenons mieux pourquoi les ouvriers se sentent intimement trompés par la gauche et rejoignent peu à peu la droite de conviction et son parti le plus représentatif : le Front national (en attendant le retour du roi qui leur permettrait de se regrouper en corporations de métiers et d'intérêts communs).

:wink:
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« Vae caecis ducentibus, vae caecis sequentibus !
[Malheur aux aveugles qui mènent ! Malheur aux aveugles qui suivent !] » Saint Augustin.
« On sait par quelle fatalité les grands talents sont, pour l’ordinaire, plus rivaux qu’amis ; ils croissent et brillent séparés, de peur de se faire ombrage : les moutons s’attroupent, et les lions s’isolent. » Comte A. de Rivarol.

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Messagepar Prodeo » 13/10/2010 - 19:53

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Pour tous les amoureux de l'Indochine française :

http://www.indochine-souvenir.com/

:wink:
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« Vae caecis ducentibus, vae caecis sequentibus !

[Malheur aux aveugles qui mènent ! Malheur aux aveugles qui suivent !] » Saint Augustin.

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Re: Communisme : le devoir de mémoire

Messagepar Pat » 22/10/2010 - 10:45

Retour sur la Guerre froide

L'ouverture partielle des archives soviétiques, la déclassification d'archives occidentales apportent un nouvel éclairage sur l'histoire secrète des relations Est-Ouest. Un transfuge francophile, un agent soviétique en exil et un journaliste enquêtant sur la CIA nous révèlent un passé effarant.

La détermination d'un seul homme a-t-elle suffi à ébranler l'URSS au point d'en provoquer l'écroulement ? La question se pose s'agissant de Vladimir Vetrov, lieutenant-colonel du KGB, fusillé à Moscou le 23 janvier 1985 pour haute trahison. Un quart de siècle après, l'homme et le rôle qu'il tint demeurent également mal connus, même si l'on commence à prendre la mesure de leur importance. Un film récent, L'Affaire Farewell, a popularisé le personnage et donné envie d'en savoir davantage sur lui. Il le mérite.

L'homme qui mit l'URSS à genoux
Pour mieux comprendre, une seule source fiable : le livre qu'un journaliste russe, Sergueï Kostine, lui consacra en 1996, aujourd'hui repris en collaboration avec le Français Éric Raynaud sous un nouveau titre, Adieu Farewell, qui tente de reconstituer les faits et leur déroulement de la manière la plus exacte possible, sinon toujours la plus crédible.

Automne 1980 : depuis quelques mois, la tension monte entre l'Est et l'Ouest au point de faire craindre un conflit. Un succès de la Gauche à la prochaine présidentielle française amènerait les communistes au gouvernement, hypothèse qui plonge les Américains dans l'inquiétude. C'est dans ce contexte qu'advient un événement improbable mais déterminant lorsque la DST est, depuis Moscou, approchée par le colonel Vetrov. Le personnage ne lui est pas inconnu. Identifié pour ses activités d'espionnage technologique sous couverture diplomatique, Vetrov était en poste à Paris dans les années soixante.

À l'époque, ce francophile qui avait pris goût au capitalisme avait failli se laisser retourner mais le patriotisme, l'angoisse pour les parents laissés là-bas l'avaient emporté. Depuis, la DST n'avait plus de nouvelles. Pendant un an, Vetrov, prenant des risques considérables va, chaque semaine, livrer les secrets de l'espionnage technologique du KGB, sur lequel repose l'essentiel de l'économie soviétique et, surtout, la capacité de l'URSS à rester dans la course aux armements. Leur exploitation suffira à mettre le régime communiste dans une situation intenable. Chacun connaît la suite.

Le défaut du plan, et Vetrov, excellent professionnel, le connaît, c'est qu'exploiter les renseignements équivaut à condamner la source. Tôt ou tard, ses collègues comprendront qui est Farewell. Pourtant, Vetrov refuse tout : l'argent, les papiers français pour son fils et lui, l'exfiltration qu'il sait irréalisable, la DST ne pouvant l'aider si loin de ses bases. Pourquoi joue-t-il ainsi sa vie ? Amour de la France, haine du régime communiste, désir d'offrir à son fils et à son pays la liberté, besoin de se venger du KGB qui n'a pas su reconnaître ses talents exceptionnels ? Nul ne le saura jamais.

Le fait est que cet agent brillant relégué au fond d'un bureau va détruire le système, et mettre l'URSS à genoux. Il en mourra, évidemment, au terme de péripéties qui contribuent à brouiller un peu plus son image. Ce n'est pas sa correspondance avec sa famille durant son emprisonnement qui aidera à comprendre, Vetrov la savait lue ; ni les interrogatoires de son procès. Quant à sa "confession", rédigée avant son exécution, elle disait si nettement ce qu'il pensait du modèle socialiste que le KGB renonça à la rendre publique...
Le KGB n'était pas invincible

La tentative d'analyse psychologique est d'ailleurs la partie la plus faible d'un livre qui se lit comme le plus haletant des romans d'espionnage. Traître ou héros, pauvre type vindicatif qui noyait ses échecs dans l'alcool ou génie méconnu de la guerre secrète, le colonel Vetrov, entre ombre et lumière, prend une dimension singulière. Le fait est que nous lui devons beaucoup.
À son traitant français qui lui demandait pourquoi il faisait cela, Vetrov dit un jour : « Parce qu'ils sont dangereux, et ils sont dangereux parce qu'ils sont c... ! ».
Opinion autorisée que ne réfute pas un autre ancien du KGB, le colonel Vassili Mitrokhine.

À l'époque où Vetrov livrait à la France de quoi faire sauter l'URSS, Mitrokhine s'employait à une besogne moins urgente mais qui lui aurait coûté tout aussi cher s'il s'était fait prendre : responsable des archives de l'espionnage soviétique, et conscient que l'on faisait disparaître les dossiers les plus sensibles, il entreprit, en effet, de recopier systématiquement les documents qui, de 1917 aux années quatre-vingt, apportaient la preuve des crimes et des manipulations du régime.

En 1991, époque moins dangereuse, Mitrokhine, contre l'asile politique, livra cette énorme documentation aux Britanniques, permettant d'éclairer certains pans obscurs de l'histoire contemporaine mais aussi de faire arrêter de très nombreux collaborateurs du Renseignement soviétique. Il y eut quelques scandales retentissants quand il s'agissait d'hommes politiques ou de célébrités. Même s'il ne faut pas exclure que "les archives Mitrokhine" publiées sous un titre accrocheur, Le KGB contre l'Ouest, comportent un certain nombre de faux destinés à désinformer ou intoxiquer l'opinion internationale, elles restent, dix ans après leur divulgation, un document indispensable pour mieux comprendre, de l'intérieur, ce que furent l'Union soviétique, ses dirigeants, ses ambitions, et le mal qu'ils firent.

D'abord à la Russie. En quoi une conversation entre Mitrokhine et l'un de ses camarades est révélatrice de l'écoeurement généralisé des mieux informés : « Tout cela vous donne honte d'être russe... » « Non, cela donne honte d'être soviétique. » L'on comprend mieux pourquoi les meilleurs firent en sorte de n'avoir plus honte.

La CIA non plus
Le travail de Vetrov comme celui de Mitrokhine démontre que le KGB, pour très efficace et dangereux qu'il fût, n'était cependant pas le monstre invincible et tout puissant que ses adversaires avaient fini par imaginer. La CIA, dont les Russes avaient une peur équivalente, ne l'était pas davantage. Tant s'en faut !

L'incapacité du Renseignement américain à anticiper les attentats du 11 Septembre a mis en évidence les faiblesses du service, attribuées à une mauvaise reconversion de l'espionnage des USA, incapable de s'adapter au monde et aux périls de l'après-Guerre froide. Une enquête du journaliste Tim Weiner, Des cendres en héritage, l'histoire de la CIA, oblige à reconsidérer la question et démontre que les faiblesses découvertes en 2001 existaient depuis le début ; en soixante ans, l'essentiel du travail de l'agence fut de dissimuler aux présidents américains, au Congrès et à l'opinion son manque d'efficacité, ses erreurs cataclysmiques et le prix à payer pour tout cela.

Créée, non sans peine car elle entrait en contradiction avec les principes fondamentaux de la déclaration d'indépendance, en 1947 afin de lutter contre l'URSS, la CIA se fixa pour but de détruire le communisme, obtint pour y parvenir des sommes colossales dont elle ne justifiait pas l'utilisation, et ne prit jamais les mesures nécessaires pour arriver à ses fins. Parfaitement ignorante des réalités du monde extérieur, ne jurant que par l'action, le plus souvent improvisée, sans agent capable de pratiquer une langue étrangère, l'agence déstabilisa des puissances amies et provoqua des désastres sur tous les fronts, qu'elle camoufla supérieurement en réussites.

La survie du monde libre confiée à des "clowns"
Le lecteur reste accablé en songeant que la survie du monde libre reposait en partie sur ceux que Nixon qualifiait aimablement de "clowns" ... Des clowns dangereux, cependant, à l'instar de leurs confrères du KGB. Il faut n'avoir pas lu Weiner pour se demander pourquoi Vetrov s'adressa aux Français plutôt qu'aux Américains. Découvrir cet angoissant envers de l'histoire contemporaine est indispensable. Sans toutefois perdre de vue que l'auteur, très américain, ne comprend pas toujours les situations qu'il décrit. Cela explique pourquoi il est porté à excuser les coups tordus de l'agence lorsqu'ils visaient des monarchies, des pouvoirs nationalistes ou catholiques. En cela, l'analyse de l'assassinat du président vietnamien Ngo Din Diem est très révélatrice. Une réalité à ne jamais perdre de vue s'agissant des États-Unis.
Anne Bernet L’ACTION FRANÇAISE 2000 n° 2788 – du 18 février au 3 mars 2010
✓ Sergueï Kostine et Éric Raynaud : Adieu Farewell ; Robert Laffont, 425 p., 22 euros.
✓ Christopher Andrew et Vassili Mitrokhine : Le KGB contre l'Ouest ; Fayard, 980 p., 30 euros.
✓ Tim Weiner : Des cendres en héritage, l'histoire de la CIA ; Fallois, 540 p., 23 euros.
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Re: Communisme : le devoir de mémoire

Messagepar Pat » 23/10/2010 - 22:00

Les origines du communisme expliquent bien des choses

Article publié dans L'Insolent du 30 septembre 2010.

Dans quelques jours sortira de presse une réédition (1) que je crois capitale. Il s'agit en effet d'une "Histoire du communisme" publiée sous ce titre en 1848. Autrement dit, on y découvre le Communisme avant Marx. Ceci nous montre ce que va devenir à nouveau la même utopie. On se complaît à penser désormais que "Marx est mort". Pourtant nombre de bons esprits cherchent à le réhabiliter. Et, sous divers faux nez, ils tenteront de le faire de plus en plus impunément.
Pour plusieurs générations, et depuis un siècle, le mot communisme n'a eu de sens que pour désigner les disciples du prophète du British Museum. Plus précisément encore, parmi eux, il désigne ceux qui, à la suite de Lénine et de Trotski, ont choisi la violence "accoucheuse de l'Histoire". Tous les sympathisants de cette interprétation du marxisme professent, comme chacun devrait le savoir, un profond mépris pour la sociale démocratie. (2)
La même année, où le livre de Sudre était publié (3) paraissait le fameux Manifeste communiste. Il était écrit par Marx et Engels, à la demande d'une petite organisation révolutionnaire. Celle-ci s'appelait initialement la ligue des Justes. Or cette quasi secte prétendra dès lors rompre avec la grande tradition de l'utopie communiste, celle que Marx appelle dédaigneusement "socialisme utopique".
On sait la suite. Ou plutôt on croit la connaître. Car l'expérimentation marxiste puis léniniste ne fait que confirmer toute l'Histoire de l'Utopie ; elle n'en forme que la continuation.
Alfred Sudre en suit la trame, à partir du Platon de "La République", admirateur des institutions de Sparte et de la Crète. Dès l'échec de sa propre théorie, lui-même la remet en cause.
Il examine ensuite toutes les hérésies, folies, et autres aventures sectaires du Moyen Âge et de la Renaissance. Certaines, à tort, et Alfred Sudre le démontre, ont été accusées, – y compris les chrétiens de l'Antiquité tardive, certains ordres monastiques, et aussi les cathares, – de vouloir l'abolition de la propriété privée. D'autres ont bel et bien préfiguré le bolchevisme. Ainsi les anabaptistes de Münzer, responsables de la terrible Guerre des paysans qui ravagea l'Allemagne du sud au XVIe siècle, propageront leur pestilence jusqu'en Amérique.
De même, l'Utopie de Thomas More, apparue en 1516 en Angleterre, contient en germe toutes les idées subversives ultérieures. Marx ne leur donnera qu'un vernis de théorie économique. Son apparente pertinence se veut tirée des fondateurs classiques de cette discipline : Adam Smith et David Ricardo. Le co-auteur du Manifeste lui-même reconnaît que sa pensée tend à associer l'économie anglaise, la philosophie dialectique allemande et ce qu'il considère comme le socialisme français.
Ce mot de "socialisme" est en effet apparu en France au XIXe siècle. Il revient à Pierre Leroux, auquel Alfred Sudre consacre son dernier chapitre de lui avoir donné en 1834 sa signification contemporaine.
Les représentants de celui-ci se trouvent particulièrement actifs, aux côtés de "communistes" et utopistes plus caractérisés, comme Cabet et Fourrier dans les milieux révolutionnaires français. Et ces derniers vont, précisément en cette même année 1848, où toute l'Europe est secouée d'une vague de révolutions, les unes nationales, les autres républicaines, mettre l'accent, d'une façon toute particulière sur la dimension sociale des événements. Ce dernier point, combiné avec d'autres intentions philosophiques, conférera au marxisme tel que nous l'avons connu, tel qu'il subsiste malheureusement encore dans une partie résiduelle de l'intelligentsia, son apparence d'originalité
De nos jours, 20 après l'effondrement du "communisme", le sens que le XXe siècle donnait à ce mot se trouve peu à peu oublié. Cette chose, ce fait sociologique que Jules Monnerot décrira en 1949 comme "l'entreprise" (4) marxiste-léniniste, ose dire de la dictature de son "parti" qu'elle correspond à celle du "prolétariat".
Il peut donc sembler à certains que rien de bien nouveau ne soit apparu dans la sphère des idées.
Auteur de cette "Histoire du communisme" avant Marx, Alfred Sudre montre à vrai dire la permanence, depuis l'Antiquité grecque et le Moyen Âge européen de deux familles de doctrines sociales dans l'Histoire des idées. Elles se sont affrontées, de tous temps, depuis "la République" de Platon.
Face à ceux qui, très majoritaires, reconnaissent le droit de propriété, s'affirment les partisans de la communauté. Les intéressées apprécieront beaucoup, de nos jours, que cette dernière doctrine consistât le plus souvent en la mise en commun, par les hommes, des biens mais aussi des femmes, considérées comme leur appartenant.
Parmi les mérites de cet ouvrage, on lui doit aussi un chapitre particulièrement passionnant, résumant les aspects les plus radicaux de l'œuvre de Pierre-Joseph Proudhon pour qui j'ai toujours éprouvé une grande tendresse. Alfred Sudre nous permet de retrouver des citations réjouissantes. Quand il aborde le point de vue de l'économiste, Proudhon devient lumineux, presque irréfutable.
Ici j'en choisirais une seule (5):
"Le communisme, pour subsister, supprime tant de mots, tant d'idées, tant de faits, que les sujets formés par ses soins n'auront plus le besoin de parler, de penser, ni d'agir : ce seront des huîtres attachées côte à côte, sans activité ni sentiment, sur le rocher de la fraternité. Quelle philosophie intelligente et progressive que le communisme !"…
mais je ne voudrais pas déflorer ce que le livre souligne par ailleurs.

Jean-Gilles Malliarakis http://www.editions-du-trident.fr/sudre.htm
____________
1. Son sous-titre original le présente comme une "réfutation historique des utopies socialistes". 459 pages au prix franco de port de 25 euros.
2. On retrouve la trace d'un tel dédain à l'époque de la refondation du "nouveau" parti socialiste (c'est-à-dire de l'actuel), de son congrès fondateur d'Epinay, et du programme commun de 1972 rédigé par Jean-Pierre Chevènement. À noter que dès 1976, ce dernier osera assurer que "si le Général [De Gaulle] était vivant, il soutiendrait le programme commun de la gauche."
3. Très rapidement épuisé, cet ouvrage reçut en mai 1849 le prix Montyon décerné l'Académie française et fit l'objet cette année-là d'une seconde édition aux dépens de Victor Lecou, rue de Bouloi, imprimé par Gustave Gratiot, rue de la Monnaie. Quoique réimprimé depuis, dans divers pays non-francophones, par procédé "anastatique", il avait été, durant des décennies, superbement ignoré de l'édition et plus encore des bibliographies parisiennes.
4. cf. sa Sociologie du communisme" où, caractérisant cette aventure révolutionnaire il y voit (Tome Ier) "L'islam du XXe siècle"
5. cf. "Histoire du communisme avant Marx" par Alfred Sudre page 356.
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Re: Communisme : le devoir de mémoire

Messagepar Pat » 24/10/2010 - 18:58

UN PASSAGE DE CARL SCHMITT SUR MAO

Le texte suivant est un ensemble d’extraits des pp. 262 et suivantes de la traduction de la Théorie du partisan publiée chez Flammarion dans la collection Champs.

« [262] Le plus grand praticien de la guerre subversive de notre temps en est aussi le théoricien le plus célèbre : Mao Tsé-Toung. Certains de ses écrits sont aujourd’hui “inscrits au programme des écoles de guerre occidentales” (Hans Henle). Il commença dès 1927 à recueillir des expériences dans l’action communiste et profita de l’invasion japonaise de 1932 pour développer systématiquement toutes les méthodes modernes de la guerre civile, nationale et internationale. La “longue marche” qui, débutant en novembre 1934, le mena de la Chine du Sud à la frontière mongole, plus de 12 000 kilomètres avec des pertes effroyables, fut une suite d’exploits et d’expériences de partisans qui aboutit à unifier le parti communiste chinois en un parti de paysans et de soldats dont le partisan est la pièce maîtresse. (…)

Les formules de Mao Tsé-Toung les plus importantes relativement à notre sujet se trouvent dans un écrit [263] de 1938, Questions de stratégie dans la guerre des partisans antijaponaise. Mais il faudra aussi se référer à d’autres textes de Mao pour compléter le tableau de la stratégie de ce nouveau Clausewitz. Il s’agit effectivement d’un développement conséquent, conscient et systématique des concepts de l’officier d’état-major prussien. À cette différence près que Clausewitz, le contemporain de Napoléon Ier, ne pouvait deviner encore le degré de totalité qui va de soi de nos jours. La comparaison suivante nous fournira le portrait caractéristique de Mao Tsé-Toung : “Dans notre guerre le peuple en arme et les partisans d’une part, l’Armée rouge d’autre part sont les deux mains de l’homme ; ou, pour parler concrètement : l’esprit de la population est l’esprit d’une nation en armes. Et c’est de cela que l’ennemi a peur.”

La “nation en armes” : on sait que ce fut également le mot d’ordre des officiers de métier de l’état-major prussien qui organisèrent la guerre contre Napoléon. Clausewitz était du nombre. Nous avons vu que les puissantes énergies nationales d’une certaine élite cultivée furent, à l’époque, drainées par l’armée régulière. Les esprits militaires les plus extrémistes de cette époque font, eux aussi, la distinction entre la guerre et la paix. Clausewitz lui-même, officier de métier d’une armée régulière, n’aurait pu mener jusqu’à son terme la logique du partisan aussi systématiquement que l’ont fait Lénine et Mao, portés en ceci par leur métier de révolutionnaires. Mais chez Mao, il y a en plus un facteur concret relatif au partisan qui le fait toucher de plus près le fond de la question et qui lui offre la possibilité d’atteindre son expression parfaite dans la [264] pensée. En un mot : la révolution de Mao a un meilleur fondement tellurique que celle de Lénine. L’avant-garde bolchévique qui, en octobre 1917, prit le pouvoir en Russie sous le commandement de Lénine est très différente des communistes chinois qui prirent la Chine en main en 1949 après une guerre de plus de vingt ans ; les différences portent aussi bien sur la structure interne des groupes que sur leur relation au pays et au peuple dont ils s’emparèrent. En regard de cette redoutable réalité née d’un phénomène partisan tellurique, la controverse idéologique au sujet de l’authenticité du marxisme ou du léninisme professés par Mao devient presque aussi secondaire que la question de savoir si d’anciens philosophes chinois n’ont pas dit maintes choses semblables à ce que dit Mao. (…)
[265] Dans la situation concrète qui est celle de Mao, divers types d’hostilité se rejoignent pour se hausser au niveau de l’hostilité absolue. Hostilité de race tournée contre l’exploiteur colonialiste blanc ; hostilité de classe tournée contre la bourgeoisie capitaliste ; hostilité nationale opposée à l’envahisseur japonais de même race ; hostilité à l’égard du frère de la même nation, grandie au long des guerres civiles acharnées et interminables ; tout ceci, loin de se paralyser ou de se relativiser mutuellement, ainsi qu’on aurait pu le penser, s’est confirmé et intensifié dans cette situation concrète. Durant la Seconde Guerre mondiale, Staline a réussi à renforcer l’alliance de l’esprit partisan tellurique issu du sol national avec l’hostilité de classe du [266] communisme international. Mao avait en ceci de nombreuses années d’avance sur lui. Et dans sa conscience théorique aussi, il a développé la formule de la guerre, continuation de la politique, bien a......... http://sebastien.derouen.over-blog.com/ ... 50331.html
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Re: Communisme : le devoir de mémoire

Messagepar Pat » 27/10/2010 - 19:34

Critique des Droits de l’Homme et du Citoyen : Extrait de « La Question Juive »

On distingue les *droits de l’homme [1] comme tels des *droits du citoyen. Quel est cet *homme distinct du *citoyen ? Nul autre que le membre de la société civile. Pourquoi le membre de la société civile est-il nommé « homme », homme tout court ; pourquoi ses droits sont-ils dits droits de l’homme ? Comment expliquons-nous ce fait ? Par la relation entre l’État politique et la société civile, par la nature de l’émancipation politique.

Avant tout, nous constatons que ce que l’on appelle les « droits de l’homme », les *droits de l’homme distingués des *droits du citoyen, ne sont autres que les droits du membre de la société civile, c’est-à-dire de l’homme égoïste, de l’homme séparé de l’homme et de la communauté. Laissons parler la constitution la plus radicale, la constitution de de 1793 :

*Déclaration des droits de l’homme et du citoyen.
Art. 2. « Ces droits, etc. (les droits naturels et imprescriptibles) sont : l’égalité, la liberté, la sûreté, la propriété. »
En quoi consiste la *liberté ?
Art. 6. « La liberté est le pouvoir qui appartient à l’homme de faire tout ce qui ne nuit pas aux droits d’autrui », ou, d’après la Déclaration des droits de l’homme de 1791 : « *La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui. »

Ainsi, La liberté est le droit de faire tout ce qui ne nuit pas à autrui. Les limites dans lesquelles chacun peut se mouvoir sans préjudice pour autrui sont fixées par la loi, comme les limites de deux champs le sont par le piquet d’une clôture. Il s’agit de la liberté de l’homme comme monade isolée et repliée sur elle-même. Pourquoi, d’après Bauer, le juif est-il inapte à obtenir les droits de l’homme ? « Tant qu’il reste juif, la nature bornée qui fait de lui un Juif l’emportera sur la nature humaine qui devrait l’unir aux autres hommes, et le séparera des non-juifs. » Or le droit humain de la liberté n’est pas fondé sur l’union de l’homme avec l’homme, mais au contraire sur la séparation de l’homme d’avec l’homme. C’est le droit de cette séparation, le droit de l’individu borné, enfermé en lui-même [2].

L’application pratique du droit de l’homme à la liberté, c’est le droit de l’homme à la propriété privée.

En quoi consiste le droit de l’homme à la propriété privée ?

Art. 16. (Constitution de 1793) : « Le droit de propriété est celui qui appartient à tout citoyen de jouir et de disposer à son gré de ses biens, de ses revenus, du fruit de son travail et de son industrie. »

Par conséquent, le droit de l’homme à la propriété privée, c’est le droit de jouir de sa fortune et d’en disposer à son gré, sans se soucier d’autrui, indépendamment de la société : c’est le droit de l’intérêt personnel. Cette liberté individuelle, tout comme sa mise en pratique constituent la base de la société civile. Elle laisse chaque homme trouver dans autrui non la réalisation, mais plutôt la limite de sa liberté. Mais ce qu’elle proclame avant tout, c’est le droit, pour l’homme, de *jouir et de disposer à son gré de ses biens, de ses revenus, du fruit de son travail et de son industrie.

Restent les autres droits de l’homme, l’*égalité et la *sûreté.

L’*égalité, dépourvue ici de signification politique, n’est rien d’autre que l’égalité de la *liberté définie plus haut, à savoir : chaque homme est considéré au même titre comme une monade repliée sur elle-même. La Constitution de 1795 définit la notion de cette égalité conformément à sa signification :
Art. 3. « L’égalité consiste en ce que la loi est la même pour tous, soit qu’elle protège, soit qu’elle punisse ».
Et la sûreté ?
Art. 8. (Constitution de 1793) : « La sûreté consiste dans la protection accordée par la société à chacun de ses membres pour la conservation de sa personne, de ses droits et de ses propriétés. »

La sûreté est la notion sociale la plus haute de la société civile, la notion de police d’après laquelle la société toute entière n’existe que pour garantir à chacun de ses membres la conservation de sa personne, de ses droits, de ses propriétés. C’est en ce sens que Hegel nomme la société civile « l’État du besoin et de la raison ».

Par la notion de sûreté, la société civile ne s’élève pas au-dessus de son égoïsme. La sûreté, c’est plutôt l’assurance de son égoïsme.

Ainsi, aucun des prétendus droits de l’homme ne s’étend au-delà de l’homme égoïste, au-delà de l’homme comme membre de la société civile, à savoir un individu replié sur lui-même, sur son intérêt privé et son caprice privé, l’individu séparé de la communauté. Bien que l’homme ait été considéré, dans ces droits-là, comme un être générique, c’est au contraire la vie générique elle-même, la société, qui apparaît comme un cadre extérieur aux individus, une entrave à leur indépendance originelle. Le seul lien qui les unisse, c’est la nécessité naturelle, le besoin et l’intérêt privé, la conservation de leurs propriétés et de leur personne égoïste.

Il est déjà mystérieux qu’un peuple, qui commence à peine à s’affranchir, à renverser toutes les barrières séparant les divers membres du peuple, à fonder une communauté politique, que ce peuple proclame solennellement les droits de l’homme égoïste, séparé de son prochain et de la communauté (*Déclaration de 1791), et renouvelle même cette proclamation à un moment où l’on réclame impérieusement le dévouement le plus héroïque, seul capable de sauver la nation, au moment où le sacrifice de tous les intérêts de la société civile est mis à l’ordre du jour, et où l’égoïsme doit être puni comme un crime (*Déclaration des droits de l’homme, etc., de 1793). Ce fait devient encore plus mystérieux quand nous voyons que les émancipateurs politiques réduisent la citoyenneté, la communauté politique, à un simple moyen pour conserver ces prétendus droits de l’homme, que le citoyen est donc déclaré le serviteur de l’*homme égoïste, que la sphère où l’homme se comporte en être communautaire est rabaissée à un rang inférieur à la sphère où il se comporte en être fragmentaire, et qu’enfin ce n’est pas l’homme comme *citoyen, mais l’homme comme *bourgeois qui est pris pour l’homme proprement dit, pour l’homme vrai.

« *Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptible de l’homme ». (Déclar., etc., 1791, art. 2.)
« Le gouvernement est institué pour garantir à l’homme la jouissance de ses droits naturels et imprescriptibles. » (Déclar., etc., 1793, art. 1.)

Ainsi, au moment même où son enthousiasme juvénile est porté au paroxysme sous la poussée des circonstances, la vie politique déclare n’être qu’un simple moyen, dont le but est la vie de la société civile. Sa pratique révolutionnaire est, certes, en contradiction flagrante avec sa théorie. Tandis que, par exemple, la sûreté est déclarée un des droits de l’homme, la violation du secret de la correspondance est publiquement mise à l’ordre du jour. Tandis que la « *liberté indéfinie de la presse » est garantie (Déclar. de 1793, art. 122) comme la conséquence du droit de la liberté individuelle, elle est complètement anéantie, car « *la liberté de la presse ne doit pas être permise lorsqu’elle compromet la liberté publique ». (Robespierre jeune ; Histoire parlementaire de la Révolution française, par Buchez et Roux, tome XXVIII, p. 159.) ; en d’autres termes, le droit de l’homme à la liberté cesse d’être un droit, quand il entre en conflit avec la vie politique, alors qu’en théorie la vie politique n’est que la garantie des droits de l’homme, des droits de l’homme individuel, et doit donc être suspendue dès qu’elle est contraire à son but, à ces même droits de l’homme. Toutefois, la pratique n’est que l’exception et c’est la théorie qui est la règle. Quand bien même on voudrait considérer la pratique révolutionnaire comme la position exacte de ce rapport, il resterait toujours à résoudre une énigme : pourquoi, dans la conscience des émancipateurs politiques, cette relation est-elle mise sens dessus dessous, et pourquoi la fin apparaît-elle comme le moyen et le moyen comme la fin ? Cette illusion d’optique de leur conscience serait toujours aussi énigmatique, à ceci près qu’il s’agirait alors d’une énigme psychologique, donc théorique.

L’énigme est facile à résoudre.

L’émancipation politique est en même temps la désagrégation de l’ancienne société sur laquelle repose l’État devenu étranger au peuple - le pouvoir souverain. La révolution politique, c’est la révolution de la société civile [3]. Quel était le caractère de l’ancienne société ? Un seul mot la caractérise. La féodalité. L’ancienne société civile avait directement un caractère politique, c’est-à-dire que les éléments de la vie civile tels que la propriété, ou la famille, ou le mode de travail, étaient promus, sous les formes de la seigneurie, des ordres et des corporations, éléments de la vie dans l’État. Ils déterminaient, sous cette forme, le rapport de l’individu particulier au tout de l’État, c’est-à-dire son rapport politique, c’est-à-dire le rapport qui le sépare et l’exclut des autres éléments de la société. En effet, cette organisation de la vie du peuple n’éleva pas la propriété et le travail au rang d’éléments sociaux mais acheva plutôt de les séparer du corps de l’État pour en faire des sociétés particulières au sein de la société. Néanmoins, les fonctions et les conditions vitales de la société civile restaient encore politiques tout au moins au sens de la féodalité, c’est-à-dire qu’elles isolaient l’individu de ce tout qu’est l’État ; elles transformaient le rapport particulier entre sa corporation et l’État total en une relation générale de l’individu avec la vie du peuple, de même qu’elles changeaient son activité et sa situation civiles déterminées en une activité et une situation générales. En conséquence de cette organisation, l’unité de l’État, aussi bien que la conscience, la volonté et l’activité de l’unité politique, le pouvoir d’État général, apparaissent aussi nécessairement comme l’affaire particulière d’un souverain séparé du peuple et entouré de ses serviteurs.

La révolution politique qui renversa ce pouvoir souverain et promut les affaires de l’État au rang d’affaires du peuple, qui constitua l’État politique en affaire générale, c’est-à-dire en État réel, brisa nécessairement tous les ordres, corporations, jurandes, privilèges, qui étaient autant d’expression de la séparation du peuple d’avec la communauté. Ainsi la révolution politique supprima le caractère politique de la société civile. Elle fit éclater la société civile en ses éléments simples, d’une part les individus, d’autre part les éléments matériels et spirituels qui forment la substance vitale de la situation civile de ces individus. Elle déchaîna l’esprit politique qui semblait s’être fragmenté, décomposé, dispersé, dans les divers culs-de-sac de la société féodale ; elle réunit les fragments épars de l’esprit politique, le libéra de la confusion avec la vie civile et le constitua en sphère de la communauté, de l’affaire générale du peuple dans l’indépendance idéale par rapport à ces éléments particuliers de la vie civile. Telles activités déterminées, telles situations spécifiques de la vie déclinèrent jusqu’à n’avoir plus qu’une importance purement individuelle. Elles ne formèrent plus la relation générale des individus au tout de l’État. L’affaire publique comme telle devint au contraire l’affaire générale de chaque individu, et la fonction politique la fonction générale de chacun.

Toutefois le parachèvement de l’idéalisme de l’État fut en même temps le parachèvement du matérialisme de la société civile. En secouant le joug politique, on se délivra du même coup des liens qui entravaient l’esprit égoïste de la société civile. L’émancipation politique fut, en même temps, l’acte par lequel la société civile s’émancipa de la politique, de l’apparence même d’un contenu général.

La société féodale se trouvait dissoute dans son fondement, dans l’homme ; mais dans cet homme qui était réellement le fondement de cette société, dans l’homme égoïste.

Cet homme, le membre de la société civile, est bien la base, la condition de l’État politique, et celui-ci le reconnaît comme telle dans les droits de l’homme.

En fait, la liberté de l’homme égoïste et la reconnaissance de cette liberté, c’est plutôt la reconnaissance du mouvement effréné des éléments spirituels et matériels, qui constituent le contenu de sa vie.

C’est pourquoi l’homme ne fut pas libéré de la religion ; il obtint la liberté des cultes. Il ne fut pas libéré de la propriété ; il obtint la liberté de la propriété. Il ne fut pas libéré de l’égoïsme du métier ; il obtint la liberté du métier.

La constitution de l’État politique et la désagrégation de la société civile en individus indépendants - dont le rapport a pour base le droit, tout comme le rapport des hommes, sous les ordres et les corporations, fut le privilège - s’accomplissent en un seul et même acte. Mais l’homme en tant que membre de la société civile, l’homme non politique, apparaît nécessairement comme l’homme naturel. Les *droits de l’homme apparaissent comme des *droits naturels, car l’activité consciente se concentre sur l’acte politique. L’homme égoïste est le résultat passif, tout trouvé, de la société dissoute, objet de la certitude immédiate, donc objet naturel. La révolution politique dissout la vie civile en ses éléments constitutifs sans révolutionner ces éléments eux-mêmes et sans les soumettre à la critique. Elle se rapporte à la société civile, au monde des besoins, du travail, des intérêts privés, du droit privé, comme au fondement de son existence, comme à un principe exempt de toute justification, donc comme à sa base naturelle. Voilà enfin l’homme, membre de la société civile, qui s’affirme comme l’homme proprement dit, comme l’*homme distinct du *citoyen, car il est l’homme dans son existence immédiate, sensible et individuelle, tandis que l’homme politique n’est que l’homme abstrait, artificiel, l’homme comme personne allégorique, morale. L’homme réel n’est reconnu que sous l’aspect de l’individu égoïste et l’homme vrai que sous l’aspect du *citoyen abstrait [4].

Voici comment Rousseau décrit, en termes justes, l’homme politique en tant qu’abstraction : « *Celui qui ose entreprendre d’instituer un peuple doit se sentir en état de changer, pour ainsi dire, la nature humaine, de transformer chaque individu, qui par lui-même est un tout parfait et solidaire, en partie d’un plus grand tout, dont cet individu reçoive, en quelque sorte, sa vie et son être, de substituer une existence partielle et morale à l’existence physique et indépendante. Il faut qu’il ôte à l’homme ses forces propres pour lui en donner qui lui soient étrangères et dont il ne puisse faire usage sans le secours d’autrui. » (Contrat social, livre II).

Toute émancipation signifie réduction du monde humain, des rapports sociaux à l’homme lui-même.

L’émancipation politique est la réduction de l’homme, d’une part au membre de la société civile, à l’individu égoïste et indépendant, d’autre part au citoyen, à la personne morale.

C’est seulement lorsque l’homme individuel, réel, aura recouvré en lui-même le citoyen abstrait et qu’il sera devenu en tant qu’individu un être générique dans sa vie empirique, dans son travail individuel, dans ses rapports individuels ; lorsque l’homme aura reconnu et organisé ses *forces propres comme forces sociales et ne retranchera donc plus de lui la force sociale sous l’aspect de la force politique ; c’est alors que l’émancipation humaine sera accomplie.

Karl Marx http://infokiosques.net
P.S.
____________
Traduction et notes : Maximilien Rubel, 1982.
[1] Nde : * = « en français dans le texte original »
[2] Le ghetto n’est pas particulier aux juifs, car nous vivons tous dans un ghetto, telles des monades « libres », c’est-à-dire des être autorisés à jouir du droit à l’isolement. Juif, chrétien, athée ou croyant, l’individu-monade est un être égoïste du fait même de son appartenance à la société civile, jouissant du statut des droits de l’homme. La morale de l’émancipation politique est la négation de l’éthique de l’émancipation humaine, et, inversement, celle-ci transcende celle-là.
[3] Faut-il encore traduire bürgerliche Gesellschaft par « société civile » ? Ne sommes-nous pas, déjà, dans une société livrée à la domination de la nouvelle classe, la classe des « bourgeois », donc dans la société bourgeoise ? Nous ne le pensons pas, mais il est clair que Marx définit dans cette page un processus de métamorphose sociologique : l’envahissement de la société civile par les intérêts d’une nouvelle classe, la bourgeoisie.

[4] Nde : pour expliciter la distinction opérée par Marx entre l’homme réel et l’homme vrai, on peut se référer à l’analyse de ce texte par Kostas Papaïoannou (dans De la critique du ciel à la critique de la terre, éditions Allia, p.38-39) : « Cet homme individuel [l’homme des droits de l’homme] empêtré dans le "matérialisme de la société civile" représente l’unique réalité, mais cette réalité n’a aucune vérité parce que cet homme atomisé, réduit à une simple "monade", s’est détaché et s’est séparé de son être véritable "communautaire" et "générique". Aussi apparaît-il comme un élément purement "matériel" et "passif" puisque "l’activité consciente est concentrée sur l’acte politique". C’est le citoyen qui représente désormais la vérité de l’homme, mais cette vérité est absolument irréelle : le citoyen lui-même est un être "artificiel, produit par l’abstraction" [abstrahierte]. » Ainsi, la démocratie bourgeoise ne vient pas abolir la séparation chrétienne entre l’homme et son être générique (Dieu), mais au contraire la reproduit : « la vie dans la société bourgeoise condamne l’homme à renoncer à son "être générique", à "se séparer de son être communautaire" [Gemeinwesen] pour mener une existence mutilée de Teilwesen, d’homme réduit à une parcelle de lui-même, d’individu "égoïste", mû uniquement par "l’intérêt privé et l’arbitraire privé". Incapables de réaliser leur "être générique" et "communautaire"dans leur "réalité individuelle" au sein d’une société où règne "l’égoïsme" et "la guerre de tous contre tous", les hommes projettent leur "vraie vie" dans la sphère politique qui représente désormais le "ciel de l’universalité" vis-à-vis de la "réalité terrestre" des intérêts privés. »
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Re: Communisme : le devoir de mémoire

Messagepar Pat » 03/11/2010 - 22:28

La diplomatie de Staline

L'histoire de notre siècle est enseignée du point de vue américain. Il en va ainsi de la Seconde Guerre mondiale, de la Guerre Froide et de la Guerre du Golfe. Dans l'optique américaine, le XXe siècle est le "siècle américain", où doit s'instaurer et se maintenir un ordre mondial conforme aux intérêts américains, qui est simultanément la "fin de l'histoire", le terminus de l'aventure humaine, la synthèse définitive de la dialectique de l'histoire. Francis Fukuyama, à la veille de la guerre du Golfe, affirmait qu'avec la chute du Rideau de fer et la fin de "l'hégélianisme de gauche" que représentait l'URSS, un seul modèle, celui du libéralisme américain, allait subsister pour les siècles des siècles. Sans que plus un seul challengeur ne se pointe à l'horizon. D'où la mission américaine était de réagir rapidement, en mobilisant le maximum de moyens, contre toute velleité de construire un ordre politique alternatif.

Quelques années avant Fukuyama, un auteur germano-américain, Theodore H. von Laue, prétendait que la seule véritable révolution dans le monde et dans l'histoire était celle de l'occidentalisation et que toutes les révolutions politiques non occidentalistes, tous les régimes basés sur d'autres principes que ceux en vogue en Amérique, étaient des reliquats du passé, que seuls pouvaient aduler des réactionnaires pervers que la puissance américaine, économique et militaire, allait allègrement balayer pour faire place nette à un hyper-libéralisme de mouture anglo-saxonne, débarrassé de tout concurrent.

Si l'hitlérisme est généralement considéré comme une force réactionnaire perverse que l'Amérique a contribué à éliminer d'Europe, on connaît moins les raisons qui ont poussé Truman et les protagonistes atlantistes de la Guerre Froide à lutter contre le stalinisme et à en faire également un croquemitaine idéologique, considéré explicitement par von Laue comme "réactionnaire" en dépit de son étiquette "progressiste". Cette ambiguïté envers Staline s'explique par l'alliance américano-soviétique pendant la Seconde Guerre mondiale, où Staline était sympathiquement surnommé Uncle Joe. Pourtant, depuis quelques années, de nombreux historiens révisent intelligemment les poncifs que quarante-cinq ans d'atlantisme forcené ont véhiculé dans nos médias et nos livres d'histoire.

L'Allemand Dirk Bavendamm a démontré dans deux ouvrages méticuleux et précis quelles étaient les responsabilités de Roosevelt dans le déclenchement des conflits américano-japonais et américano-allemand et aussi quelle était la duplicité du Président américain à l'égard de ses alliés russes. Valentin Faline, ancien ambassadeur d'URSS à Bonn, vient de sortir en Allemagne un ouvrage de souvenirs historiques et de réflexions historiographiques, où ce brillant diplomate russe affirme que la Guerre Froide a commencé dès le débarquement anglo-américain de juin 1944 sur les plages de Normandie : en déployant leur armada naval et aérien, les puissances occidentales menaient déjà une guerre contre l'Union Soviétique et non plus contre la seule Allemagne moribonde.

Staline, diplomate traditionnel

Une lecture attentive de plusieurs ouvrages récents consacrés aux multiples aspects de la résistance allemande contre le régime hitlérien nous oblige à renoncer définitivement à interpréter l'histoire de la Seconde Guerre mondiale et de l'alliance anglo-américano-soviétique selon le mode devenu conventionnel. L'hostilité à Staline après 1945 provient surtout du fait que Staline entendait pratiquer une diplomatie générale basée sur les relations bilatérales entre les nations, sans que celles-ci ne soient chapeautées par une instance universelle comme l'ONU. Ensuite, après avoir appris que les deux puissances anglo-saxonnes avaient décidé seules à Casablanca de faire la guerre à outrance au Reich, de déclencher la guerre totale et d'exiger la capitulation sans condition de l'Allemagne nationale-socialiste, Staline s'est senti exclu par ses alliés. Furieux, il a concentré sa colère dans cette phrase bien ciselée, en apparence anodine, mais très significative : "Les Hitlers vont et viennent, le peuple et l'État allemands demeurent".

Staline ne concevait pas le national-socialisme hitlérien comme le mal absolu ou même comme une essence impassable, mais comme un accident de l'histoire, une vicissitude contrariante pour la Russie éternelle, que les armes soviétiques allaient tout simplement s'efforcer d'éliminer. Mais, dans la logique diplomatique traditionnelle, qui est restée celle de Staline en dépit de l'idéologie messianique marxiste, les nations ne périssent pas : on ne peut donc pas exiger de capitulation inconditionnelle et il faut toujours laisser la porte ouverte à des négociations. En pleine guerre, les alliances peuvent changer du tout au tout, comme le montre à l'envi l'histoire européenne. Staline se borne à réclamer l'ouverture d'un second front, pour soulager les armées soviétiques et épargner le sang russe : mais ce front n'arrive que très tard, ce qui permet à Valentin Faline d'expliquer ce retard comme le premier acte de la Guerre Froide entre les puissances maritimes anglo-saxonnes et la puissance continentale soviétique.

Cette réticence stalinienne s'explique aussi par le contexte qui précéda immédiatement l'épilogue de la longue bataille de Stalingrad et le débarquement des Anglo-Saxons en Normandie. Quand les armées de Hitler et de ses alliés slovaques, finlandais, roumains et hongrois entrent en URSS le 22 juin 1941, les Soviétiques, officiellement, estiment que les clauses du Pacte Molotov/Ribbentrop ont été trahies et, en automne 1942, après la gigantesque offensive victorieuse des armées allemandes en direction du Caucase, Moscou est contrainte de sonder son adversaire en vue d'une éventuelle paix séparée : Staline veut en revenir aux termes du Pacte et compte sur l'appui des Japonais pour reconstituer, sur la masse continentale eurasiatique, ce "char à quatres chevaux" que lui avait proposé Ribbentrop en septembre 1940 (ou Pacte Quadripartite entre le Reich, l'Italie, l'URSS et le Japon). Staline veut une paix nulle : la Wehrmacht se retire au-delà de la frontière fixée de commun accord en 1939 et l'URSS panse ses plaies.

Plusieurs agents participent à ces négociations, demeurées largement secrètes. Parmi eux, Peter Kleist, attaché à la fois au Cabinet de Ribbentrop et au Bureau Rosenberg. Kleist, nationaliste allemand de tradition russophile en souvenir des amitiés entre la Prusse et les Tsars, va négocier à Stockholm, où le jeu diplomatique sera serré et complexe. Dans la capitale suédoise, les Russes sont ouverts à toutes les suggestions ; parmi eux, l'ambassadrice Kollontaï et le diplomate Semionov. Kleist agit au nom du Cabinet Ribbentrop et de l'Abwehr de Canaris (et non pas du Bureau Rosenberg qui envisageait une balkanisation de l'URSS et la création d'un puissant État ukrainien pour faire pièce à la "Moscovie"). Le deuxième protagoniste dans le camp allemand fut Edgar Klaus, un Israëlite de Riga qui fait la liaison entre les Soviétiques et l'Abwehr (il n'a pas de relations directes avec les instances proprement nationales-socialistes).

Aux origines de l'attentat du 20 juillet 1944

Dans ce jeu plus ou moins triangulaire, les Soviétiques veulent le retour au statu quo ante de 1939. Hitler refuse toutes les suggestions de Kleist et croit pouvoir gagner définitivement la bataille en prenant Stalingrad, clef de la Volga, du Caucase et de la Caspienne. Kleist, qui sait qu'une cessation des hostilités avec la Russie permettrait à l'Allemagne de rester dominante en Europe et de diriger toutes ses forces contre les Britanniques et les Américains, prend alors langue avec les éléments moteurs de la résistance anti-hitlérienne, alors qu'il est personnellement inféodé aux instances nationales-socialistes ! Kleist contacte donc Adam von Trott zu Solz et l'ex-ambassadeur du Reich à Moscou, von der Schulenburg.

Il ne s'adresse pas aux communistes et estime, sans doute avec Canaris, que les négociations avec Staline permettront de réaliser l'Europe de Coudenhove-Kalergi (sans l'Angleterre et sans la Russie), dont rêvaient aussi les Catholiques. Mais les Soviétiques ne s'adressent pas non plus à leurs alliés théoriques et privilégiés, les communistes allemands : ils parient sur la vieille garde aristocratique, où demeure le souvenir de l'alliance des Prussiens et des Russes contre Napoléon, de même que celui de la neutralité tacite des Allemands lors de la guerre de Crimée. Comme Hitler refuse toute négociation, Staline, la résistance aristocratique, l'Abwehr et même une partie de sa garde prétorienne, la SS, décident qu'il doit disparaître. C'est là qu'il faut voir l'origine du complot qui allait conduire à l'attentat du 20 juillet 1944.

Mais après l'hiver 42-43, les Soviétiques reprennent pied à Stalingrad et détruisent le fer de lance de la Wehrmacht, la VIe Armée qui encerclait la métropole de la Volga. La carte allemande des Soviétiques sera alors constituée par le Comité Allemagne Libre, avec le maréchal von Paulus et des officiers comme von Seydlitz-Kurzbach, tous prisonniers de guerre. Staline n'a toujours pas confiance dans les communistes allemands, dont il a fait éliminer les idéologues irréalistes et les maximalistes révolutionnaires trotskistes, qui ont toujours ignoré délibérément, par aveuglement idéologique, la notion de patrie et les continuités historiques pluriséculaires.

Finalement, le dictateur géorgien ne garde en réserve, à toutes fins utiles, que Pieck, un militant qui ne s'est jamais trop posé de questions. Pieck fera carrière dans la future RDA. Staline n'envisage même pas un régime communiste pour l'Allemagne post-hitlérienne : il veut un "ordre démocratique fort", avec un pouvoir exécutif plus prépondérant que sous la République de Weimar. Ce vœu politique de Staline correspond parfaitement à son premier choix : parier sur les élites militaires, diplomatiques et politiques conservatrices, issues en majorité de l'aristocratie et de l'Obrigkeitsstaat prussien. La démocratie allemande, qui devait venir après Hitler selon Staline, serait d'idéologie conservatrice, avec une fluidité démocratique contrôlée, canalisée et encadrée par un système d'éducation politique strict.

Les Britanniques et les Américains sont surpris : ils avaient cru que l'Uncle Joe allait avaliser sans réticence leur politique maximaliste, en rupture totale avec les usages diplomatiques en vigueur en Europe. Mais Staline, comme le Pape et Bell, l'Evêque de Chichester, s'oppose au principe radicalement révolutionnaire de la reddition inconditionnelle que Churchill et Roosevelt veulent imposer au Reich (qui demeurera, pense Staline, en tant que principe politique en dépit de la présence éphémère d'un Hitler). Si Roosevelt, en faisant appel à la dictature médiatique qu'il tient bien en mains aux États-Unis, parvient à réduire au silence ses adversaires, toutes idéologies confondues, Churchill a plus de difficulté en Angleterre. Son principal adversaire est ce Bell, Évêque de Chichester.

Pour ce dernier, il n'est pas question de réduire l'Allemagne à néant, car l'Allemagne est la patrie de Luther et du protestantisme. Au jusqu'au-boutisme churchillien, Bell oppose la notion d'une solidarité protestante et alerte ses homologues néerlandais, danois, norvégiens et suédois, de même que ses interlocuteurs au sein de la résistance allemande (Bonhoeffer, Schönfeld, von Moltke), pour faire pièce au bellicisme outrancier de Churchill, qui s'exprima par les bombardements massifs d'objectifs civils, y compris dans les petites villes sans infrastructure industrielle importante. Pour Bell, l'avenir de l'Allemagne n'est ni le nazisme ni le communisme mais un "ordre libéral et démocratique". Cette solution, préconisée par l'Évêque de Chichester, n'est évidemment pas acceptable pour le nationalisme allemand traditionnel : il constitue un retour subtil à la Kleinstaaterei, à la mosaïque d'États, de principautés et de duchés, que les visions de List, de Wagner, etc., et la poigne de Bismarck avaient effacé du centre de notre continent.

"L'ordre démocratique fort" suggéré par Staline est plus acceptable pour les nationalistes allemands, dont l'objectif a toujours été de créer des institutions et une paedia fortes pour protéger le peuple allemand, la substance ethnique germanique, de ses propres faiblesses politiques, de son absence de sens de la décision, de son particularisme atavique et de ses tourments moraux incapacitants. Aujourd'hui, effectivement, maints observateurs nationalistes constatent que le fédéralisme de la constitution de 1949 s'inscrit peut-être bel et bien dans une tradition juridico-constitutionnelle allemande, mais que la forme qu'il a prise, au cours de l'histoire de la RFA, révèle sa nature d'octroi. Un octroi des puissances anglo-saxonnes...

Face aux adversaires de la capitulation inconditionnelle au sein de la grande coalition anti-hitlérienne, la résistance allemande demeure dans l'ambiguïté : Beck et von Hassell sont pro-occidentaux et veulent poursuivre la croisade anti-bolchevique, mais dans un sens chrétien ; Goerdeler et von der Schulenburg sont en faveur d'une paix séparée avec Staline. Claus von Stauffenberg, auteur de l'attentat du 20 juillet 1944 contre Hitler, provient des cercles poético-ésotériques de Munich, où le poète Stefan George joua un rôle prépondérant. Stauffenberg est un idéaliste, un "chevalier de l'Allemagne secrète" : il refuse de dialoguer avec le Comité Allemagne Libre de von Paulus et von Seydlitz-Kurzbach : "on ne peut pas accorder foi à des proclamations faites derrière des barbelés".

Les Notes caucasiennes d'Ernst Jünger

Les partisans d'une paix séparé avec Staline, adversaires de l'ouverture d'un front à l'Est, ont été immédiatement attentifs aux propositions de paix soviétiques émises par les agents en place à Stockholm. Les partisans d'une "partie nulle" à l'Est sont idéologiquement des "anti-occidentaux", issus des cercles conservateurs russophiles (comme le Juni-Klub ou les Jungkonservativen dans le sillage de Moeller van den Bruck) ou des ligues nationales-révolutionnaires dérivées du Wandervögel ou du nationalisme soldatique. Leur espoir est de voir la Wehrmacht se retirer en bon ordre des terres conquises en URSS et se replier en-deçà de la ligne de démarcation d'octobre 1939 en Pologne. C'est en ce sens que les exégètes contemporains de l'œuvre d'Ernst Jünger interprètent son fameux texte de guerre, intitulé Notes caucasiennes.

Ernst Jünger y perçoit les difficultés de stabiliser un front dans les immenses steppes d'au-delà du Don, où le gigantisme du territoire interdit un maillage militaire hermétique comme dans un paysage centre-européen ou picard-champenois, travaillé et retravaillé par des générations et des générations de petits paysans opiniâtres qui ont maillé le territoire d'enclos, de propriétés, de haies et de constructions d'une rare densité, permettant aux armées de s'accrocher sur le terrain, de se dissimuler et de tendre des embuscades.

Il est très vraisemblable que Jünger ait plaidé pour le retrait de la Wehrmacht, espérant, dans la logique nationale-révolutionnaire, qui avait été la sienne dans les années 20 et 30, et où la russophilie politico-diplomatique était bien présente, que les forces russes et allemandes, réconciliées, allaient interdire à tout jamais l'accès de la "forteresse Europe", voire de la "forteresse Eurasie", aux puissances thalassocratiques, qui pratiquent systématiquement ce que Haushofer nommait la politique de l'anaconda, pour étouffer toutes les velleités d'indépendance sur les franges littorales du Grand Continent (Europe, Inde, Pays arabes, etc.).

Ernst Jünger rédige ses notes caucasiennes au moment où Stalingrad tombe et où la VIe Armée est anéantie dans le sang, l'horreur et la neige. Mais malgré la victoire de Stalingrad, qui permet aux Soviétiques de barrer la route du Caucase et de la Caspienne aux Allemands et d'empêcher toute manœuvre en amont du fleuve, Staline poursuit ses pourparlers en espérant encore jouer une "partie nulle". Les Soviétiques ne mettent un terme à leurs approches qu'après les entrevues de Téhéran (28 novembre - 1 décembre 1943). À ce moment-là, Jünger semble s'être retiré de la résistance. Dans son célèbre interview au Spiegel en 1982, immédiatement après avoir reçu le Prix Goethe à Francfort, il déclare : "Les attentats renforcent les régimes qu'ils veulent abattre, surtout s'ils ratent".

Jünger, sans doute comme Rommel, refusait la logique de l'attentat. Ce qui ne fut pas le cas de Claus von Stauffenberg. Les décisions prises par les Alliés occidentaux et les Soviétiques à Téhéran rendent impossibles un retour à la case départ, c'est-à-dire à la ligne de démarcation d'octobre 1939 en Pologne. Soviétiques et Anglo-Saxons se mettent d'accord pour "déménager l'armoire Pologne" vers l'Ouest et lui octroyer une zone d'occupation permanente en Silésie et en Poméranie. Dans de telles conditions, les nationalistes allemands ne pouvaient plus négocier et Staline était d'office embarqué dans la logique jusqu'au-boutiste de Roosevelt, alors qu'il l'avait refusée au départ. Le peuple russe paiera très cher ce changement de politique, favorable aux Américains.

Réunification et "ordre démocratique fort"

Après 1945, en constatant que la logique de la Guerre Froide vise un encerclement et un containment de l'Union Soviétique pour l'empêcher de déboucher sur les mers chaudes, Staline réitère ses offres à l'Allemagne exsangue et divisée : la réunification et la neutralisation, c'est-à-dire la liberté de se donner le régime politique de son choix, notamment un "ordre démocratique fort". Ce sera l'objet des notes de Staline de 1952. Le décès prématuré du Vojd soviétique en 1953 ne permet pas à l'URSS de continuer à jouer cette carte allemande.

Khrouchtchev dénonce le stalinisme, embraye sur la logique des blocs que refusait Staline et ne revient à l'anti-américanisme qu'au moment de l'affaire de Berlin (1961) et de la crise de Cuba (1962). On ne reparlera des notes de Staline qu'à la veille de la perestroïka, pendant les manifestations pacifistes de 1980-83, où plus d'une voix allemande a réclamé l'avènement d'une neutralité en dehors de toute logique de bloc. Certains émissaires de Gorbatchev en parlaient encore après 1985, notamment le germaniste Vyateslav Dachitchev, qui prit la parole partout en Allemagne, y compris dans quelques cercles ultra-nationalistes.

À la lumière de cette nouvelle histoire de la résistance allemande et du bellicisme américain, nous devons appréhender d'un regard nouveau le stalinisme et l'anti-stalinisme. Ce dernier, par exemple, sert à répandre une mythologie politique bricolée et artificielle, dont l'objectif ultime est de rejeter toute forme de concert international reposant sur des relations bilatérales, d'imposer une logique des blocs ou une logique mondialiste par le truchement de cet instrument rooseveltien qu'est l'ONU (Corée, Congo, Irak : toujours sans la Russie !), de stigmatiser d'avance tout rapport bilatéral entre une puissance européenne moyenne et la Russie soviétique (l'Allemagne de 1952 et la France de De Gaulle après les événements d'Algérie). L'anti-stalinisme est une variante du discours mondialiste. La diplomatie stalinienne, elle, était à sa façon, et dans un contexte très particulier, conservatrice des traditions diplomatiques européennes.

Robert Steuckers, Nouvelles de Synergies Européennes n°17, 1996 . VOULOIR
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Messagepar Pat » 05/11/2010 - 20:11

Les « droits de l’homme» au Vietnam : une machine de guerre contre l’Église

L'Église catholique au Vietnam est, depuis 1954 au nord, depuis 1975 au sud, une Église persécutée. La persécution prend diverses formes : des camps de rééducation (qui existent toujours) ; des restrictions draconiennes, étouffantes, pour la presse et l'édition catholiques ; des quotas imposés pour les admissions au séminaire et dans les ordinations ; un contrôle idéologique des nominations épiscopales, et aussi des limitations et restrictions imposées au culte catholique dans ses manifestations extérieures : processions, pèlerinages, enterrements.

Cette persécution peut prendre des formes violentes. Églises d'Asie (EDA), le bulletin de l'agence d'information des Missions Étrangères de Paris, nous apprend qu'un fidèle de la paroisse de Côn Dàu, est mort le 13 juillet dernier, après avoir été matraqué par les forces de police. Ce catholique, Nguyên Nam, jeune père de famille, avait fait partie, le 4 mai précédent, du service d'organisation d'un cortège funéraire qui avait donné lieu à de graves incidents. La police avait cherché à interdire l'entrée du cimetière au cortège funéraire, il s'en était suivi un affrontement violent et des dizaines d'arrestations.

Le conflit entre les autorités et la paroisse de Côn Dàu est ancien. Il a pour origine un projet immobilier de la municipalité qui a décrété zone constructible un vaste espace - plus de 100 ha au total - pour lequel des investisseurs étrangers se sont déjà portés acquéreurs. La zone convoitée comprend l'église de Côn Dàu et son cimetière, qui seraient rasés, et aussi des habitations et des terres cultivées. Les résidents de l'endroit ne veulent pas être expulsés.

Autre conflit récent : celui qui a opposé l'archevêque de Hanoï, Mgr Joseph Ngo Quang Kiet, et le gouvernement. L'archevêque, défenseur des libertés de l'Église, a dû démissionner, officiellement pour raisons de santé - il n'a que 58 ans. Il a été remplacé par un autre évêque, considéré comme plus conciliant à l'égard du régime. L'historien italien Sandra Magister, sur son site Chiesa.espresso, rapporte le fait suivant, très significatif : « Dans sa “Lettre d'adieu” au diocèse de Hanoi, qu'il a quitté le 12 mai, [Mgr] Kiet précisait qu'il avait renoncé au diocèse “pour le plus grand bien de l'Église et, plus concrètement, pour celui de notre diocèse de Hanoi”. Dans le même texte, l'archevêque démissionnaire rappelle qu'il a vécu des “moments de tempête” où “notre vie était menacée”, Et il considère son départ comme “conforme à la volonté de Dieu”, sûr que “ce sera un bien pour moi et pour vous”. Mais - et le fait mérite d'être souligné - dans sa lettre, Kiet ne fait aucunement allusion aux raisons de santé communément avancées pour expliquer qu'il ait renoncé à diriger un diocèse aussi important que celui de Hanoï. »

La persécution de l'Église catholique par les régimes communistes trouve sa justification dans la théorie marxiste selon laquelle la religion est l'« opium du peuple », une « superstructure » qu'il faut éliminer pour pouvoir véritablement changer la société. La religion fait partie des aliénations à combattre et à éradiquer.

La tartufferie des droits de l'homme

Mais les autorités vietnamiennes se rendent compte que cette dialectique, brutale, ne suffit plus pour légitimer leurs. actions contre l'Église. À Hanoï, une nouvelle revue officielle vient de paraître, à l'initiative du gouvernement vietnamien. C'est un magazine qui s'intitule Les Droits de l'homme du Vietnam. Le premier numéro est paru le 14 juillet dernier. Le vice-Premier ministre du Vietnam, Pham Gia Khiem, membre du Bureau politique du Parti communiste Vietnamien (PCV), a fait savoir que cette nouvelle publication avait pour but de contrecarrer les « forces hostiles [qui] ne cessent de profiter des questions de démocratie, de droits de l'homme, de religion ou de nationalité pour calomnier, dénaturer et s'immiscer dans les affaires du pays ».

Un autre dignitaire du régime, le général Nguyên Van Huong, membre du Comité central du PCV et secrétaire d'État au ministère de la Sécurité publique, trace, dans le n° 1 de la revue indiquée, la ligne idéologique. Au Vietnam, écrit-il, « le peuple jouit d'une totale liberté de croyance et de religion ».

Mais il ne s'agit pas de n'importe quelle religion. La « religion authentique », écrit le général, est celle qui apprend aux hommes « la véritable solidarité » et les « droits du peuple ».

Autant dire que la religion catholique ne peut être acceptée que si elle est soumise aux impératifs et objectifs du Parti communiste vietnamien. Le secrétaire d'État écrit à propos de la liberté religieuse : « nous empêchons que des intrigants l'utilisent à des fins politiques pour saboter l'union nationale ».

Les 6 millions de catholiques vietnamiens sont prévenus : au nom des droits de l'homme, et de l'« union nationale », le gouvernement communiste continuera à les contrôler, à les limiter dans l'exercice de leur culte et à les persécuter.

Yves Chiron Present du 14 août 2010
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Messagepar Pat » 06/11/2010 - 22:03

La mission eurasiste et la russie soviétique : Staline et Brejnev

L'idée eurasiste, qui fut intellectuellement et politiquement marginale, fut néanmoins partiellement réalisée sous le régime communiste, surtout à partir de l'ère stalinienne. Les eurasistes eux-mêmes, surtout Georges Vernadsky, auteur d'une célèbre Histoire de la Russie traduite en plusieurs langues ouest-européennes, ont vu dans l'impérialité stalinienne une forme de développement naturel de l'État russe, accompagné par des phénomènes modernes tels l'industrialisation, la centralisation et l'expansion, tous nécessaires pour faire entrer la Russie dans la nouvelle phase du devenir géopolitique et géo-économique de l'histoire planétaire. Dès la seconde moitié des années 30, et surtout après 1937, le régime stalinien récupère ou tente de récupérer les dimensions nationales, patriotiques et impériales qui avaient été évacuées et occultées au cours de la période immédiatement post-révolutionnaire. Staline élimine tous les réprésentants de la vieille garde orthodoxe marxiste-léniniste, cosmopolite et utopiste. L'anarchie et l'amoralisme révolutionnaires sont remplacés par la notion d'Ordre et par une éthique résolument créatrice et ascétique. Ce n'est pas un hasard si le chef des “fascistes russes” de Kharbine (Mandchourie), Rodzaëvsky, a fini par reconnaître la mission "fasciste" (de facto) de Staline, devenu le Chef (Vojd) du peuple russe.
Pour d'autres historiens russes, comme A. Dikii, l'idéologie conservatrice-révolutionnaire fait un pas de plus en Russie après la seconde guerre mondiale : on parle parfois de la "révolution invisible" du Maréchal Joukov. Les militaires russes avaient découvert chez leurs adversaires allemands des énergies de nature géopolitique et idéologiques, qui ont réveillé des forces intérieures dans le nationalisme russo-soviétique et provoqué une prise de conscience plus claire des intérêts continentaux. Quant à l'esthétique dans l'URSS de la fin des années 40, elle est nationaliste, russophile, quelque fois chauviniste et xénophobe. Elle se rapproche du style du IIIe Reich allemand et s'éloigne des formes avant-gardistes, internationalistes et pseudo-prolétariennes des années 20. Pendant l'ère stalinienne, le motif esthétique majeur était étatiste, politique, impérial, nationaliste et anti-bourgeois, et non pas ceux de la scolastique abstraire du marxisme pur.

Mais au sens proprement ethnique du terme, le nationalisme soviétique de Staline n'était pas russe, il était plutôt "impérial", eurasiatique, continental, ce qui faisait de lui un modèle finalement assez proche de celui que proposaient les eurasistes. Vers la fin des années 40, Staline met un terme à la propagande agressive contre l'Église orthodoxe et manifeste à l'égard des pontifes de l'Église russe sinon une sympathie ouverte du moins une tolérance et une compréhension inattendue de la part d'un pouvoir soviétique et officiellement matérialiste. Il fait dissoudre une organisation, celle des "athéistes militants", dirigée par Emilian Yaroslavsky-Goubelman, qui, lui, est expédié au Goulag.

Le renouveau conservateur-révolutionnaire est stoppé à la mort de Staline, alors que l'idéologie officielle de l'URSS était en train de devenir véritablement impériale, eurasiste voire antisémite. Staline tentait de pratiquer un "sionisme" a sa manière, après avoir créé de toutes pièces une "république autonome juive" dans le Birobidjan, aux confins de la Mongolie. Ses intentions auraient-elles été d'y envoyer tous les Juifs de nationalité soviétique et de pratiquer une sorte d'apartheid très radical ? Quoi qu'il en soit, les tendances à l'œuvre à la fin de l'ère stalinienne sont diamétralement opposées à celles du marxisme pur, du pathos révolutionnaire de 1917 et du premier soviétisme des années 20.

Khrouchtchev, aussitôt arrivé au pouvoir, ébranle l'édifice construit par Staline en dénonçant le "culte de la personnalité" et en jetant le doute sur toute son œuvre historique. Sous Khrouchtchev, le pouvoir soviétique tentera de retourner à l'esprit du marxisme, désormais déclaré "perverti par le stalinisme". Les milieux de l'intelligentsia soviétique commencent à pratiquer en retour en arrière et à réanimer l'esprit in-ternationaliste, la propagande anti-religieuse reprend. Les pratiques tacites d'eurasisme déclinent au point d'atteindre le dégré d'intensité le plus bas de toute l'histoire soviétique. Le pouvoir khrouchtchevien s'intéresse davantage à une géopolitique océanique, d'où l'affaire de Cuba, les interventions en Amérique latine et en Afrique. Pendant l'ère khrouchtchévienne, nous voyons également se former le premier noyau de la dissidence occidentaliste, quasi atlantiste.

Brejnev a tenté de revenir au modèle stalinien (donc virtuellement eurasiste) mais dans une forme ap-pauvrie, sénile, mécaniquement ritualisée, entropique. La participation de l'URSS brejnevienne dans les conflits eurasiatiques (Vietnam, Proche-Orient, etc.) et surtout l'entrée des troupes soviétiques en Afghanistan constituaient autant de signes patents d'une conscience géopolitique eurasienne timidement revivifiée. Le marxisme de l'époque de Brejnev était devenu pur rituel, pur logomachie, très superficiel. Clairement, le brejnevisme est une inertie idéologique et géopolitique, un avatar appauvri du stalinisme eurasiatique.
Dans toute l'histoire soviétique, depuis la Révolution d'octobre jusqu'à la perestroïka, les tendances eurasistes, donc conservatrices-révolutionnaires, ont toujours été présentes dans l'histoire soviétique, mais c'est pendant l'ère stalinienne qu'elles se sont profilées le plus clairement. Mais malgré cet eurasisme tacite de l'ère stalinienne, les théories eurasistes n'ont trouvé aucune cristallisation intellectuelle, idéologique ou philosophique. Les grands mouvements géopolitiques ou les principales mutations idéologiques qui se produisaient dans les coulisses du Kremlin se manifestaient à l'extérieur par des détails infimes, que seul l'œil averti pouvait rapidement distinguer : on plaçait tout-à-coup l'accent sur tel ou tel événement historique ou telle ou telle hypothèse scientifique, indiquant par là même que l'on changeait de cap, que l'on prenait une autre orientation politique.

La "kremlinologie" était une véritable science "conspirative" reposant sur le repérage et l'interprétation de détails et de symptômes presque invisibles. C'est la raison pour laquelle on ne peut reconstituer l'histoire du développement des tendances conservatrices-révolutionnaires en URSS qu'en étudiant cette matière si complexe et si difficile que sont les évolutions idéologiques secrètes des chefs du dernier empire eurasien, jusqu'aux transformations récentes survenues en Russie. On ne peut parler que de tendances conservatrices-révolutionnaires factuelles, sans qu'il n'y ait jamais eu de formulation théorique tangible. Quoi qu'il en soit, ces tendances étaient bien réelles et très importantes : il s'agissait de l'idéologie personnelle et parallèle de groupes actifs parmi les dirigeants de l'Union Soviétique, dont le pouvoir politique à l'intérieur du pays était quasi absolu et prépondérant sur la scène internationale.

Ajoutons que les doctrines stratégiques et militaires de l'URSS d'après 1945 ont toujours été eurasistes dans le fond, parce que l'ennemi principal des Soviets était les États-Unis, donc la plus grande puissance thalassocratique et océanique, incarnant de façon exemplaire les principes de la puissance maritime. Le Pacte de Varsovie lui-même était continental et eurasien dans son organisation militaire tandis que l'OTAN, avec le poids des puissances maritimes (États-Unis, Angleterre), était océano-centré. Cet océano-centrage fait que les pays de culture anglo-saxonne sont les pays où le capitalisme règne dans ses formes les plus pures et les plus aliénantes, et où les linéaments de "révolution conservatrice" sont les plus faibles et les plus marginaux. Or c'est contre ce capitalisme aliénant, destructurant toutes les communautés, que les différentes RC européennes se sont dressées, ont désigné comme ennemi principal. La RC russe ne faisait pas exception.

extraits de Panorama de la “Révolution conservatrice” en Russie Alexandre Douguine, Vouloir n°129-136, 1996. http://vouloir.hautetfort.com
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Messagepar Pat » 22/11/2010 - 15:19

Les Trotskistes

Lectures politiquement incorrectes.

Les Trotskistes, qui en parlait ? Pour ainsi dire personne.

L’aveu tardif de Lionel Jospin a bouleversé les choses. En quelques mois, plusieurs ouvrages ont surgi sur ce sujet. Je citerai ici Les Trotskistes, de Christophe Nick(1) ; Les Trostskismes, de Daniel Bensaïd(2) ; Les Taupes rouges, de Louis-Marie Enoch et Xavier Cheneseau(3). Entre autres, pour parler ici de L’Histoire de l’extrême-gauche trotskiste, de 1929 à nos jours, de Frédéric Charpier(4).

Sur un sujet très complexe, ce livre a le mérite d’être très très vivant et de fourmiller d’anecdotes, ce qui n’est pas toujours le cas chez les auteurs de gauche et d’extrême-gauche.

Dans ce milieu trotskiste très complexe, une chose doit, à mon avis, retenir en premier lieu l’attention : la multiplication des exclusions et des scissions. « À peine balbutiant », écrit Charpier, « le trotskisme français se divise en deux factions rivales »(5). Nous sommes en 1929-1930, Naville Rosmer et Rosenthal s’opposent à propos de Raymond Molinier.

Dans les années qui vont suivre, jusqu’à aujourd’hui, les rivalités, les déchirements, les scissions ne vont pas cesser. C’est ce que rappelle utilement l’auteur. Ce phénomène continue : on a pu le vérifier lors des Présidentielles, avec la rivalité entre Lutte Ouvrière et la LCR.

Manifestations et entrisme

Toutes ces divergences, comme le montre Charpier, n’ont toutefois pas empêché ces formations, très minoritaires quant au nombre des militants, d’exercer une grande activité dans la rue et d’y encadrer nombre de manifestations. Tout un chapitre, intitulé L’ge d’or du gauchismeedécrit ces péripéties dans la période de 1968, en particulier celle de la LCR de Krivine. Elles vont se prolonger au début des années 1970.

L’entrisme est une autre forme d’activité. elle va particulièrement marquer l’OCI de Roussel, dit "Lambert".

Charpier souligne notamment un phénomène beaucoup moins connu que le rôle occulte de Jospin : l’entrisme à l’intérieur de la bureaucratie soviétique : « L’OCI fait preuve », écrit-il, « d’une incontestable persévérance dans son combat contre la bureaucratie soviétique. Une obstination que certains imputent à sa stalinophobie, d’autres à son antisoviétisme, et qui, pour elle, n’est que la manifestation de son antistalinisme »(6).

Rappelons que le candidat de Lambert, Glücstein, n’a obtenu qu’un score très faible aux Présidentielles. Mais ce groupe insignifiant quant aux suffrages, est solidement implanté à Fon à la Sécurité sociale et au Grand Orient.

Un patient travail d’infiltration, auquel ce qu’on appelle "l’extrême-droite" est, à ce jour, absolument inapte.
Roland Gaucher http://www.voxnr.com
Notes

(1) Fayard.
(2) PUF.
(3) Manitoba.
(4) Editions I, 22 euros.
(5) O. c. p 26.
(6) O. c. p 27.
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Messagepar Pat » 29/11/2010 - 19:20

On entend trop peu le mot communisme

Depuis le 23 novembre, les agressions nord-coréennes sont évoquées régulièrement dans les gros moyens de la désinformation. Or une chose me frappe, de manière sans doute fort subjective. On ne remarque pas beaucoup l'évocation du caractère communiste, qu'on pourrait qualifier d'archaïque, du régime des Kim, au pouvoir à Pyong-Yang. Le mot est systématiquement esquivé. Tentons de corriger ici cette dommageable discrétion.

L'occultation de la dimension communiste du problème rend incompréhensible aux générations postérieures à 1953 la division de ce beau royaume du Matin calme en deux. On parle ainsi de sa "voisine" du sud comme s'il s'agissait de la Bretagne à côté de la Normandie, séparées par le Couesnon. Et naturellement cela conduit l'auditeur français de nos radios d'État, à renvoyer dos à dos les deux pays, qui n'en forment qu'un seul, divisé artificiellement en deux États.

Communiste cette agression d'un caractère sauvage et archaïque.

Communiste cette dictature figée dans le monde de la guerre froide, communiste cette armée d'un million d'hommes, communiste aussi le député français Candelier qui intervenait en sa faveur à l'Assemblée nationale.

Communiste cette ignoble dynastie Kim seule échappatoire au maintien de la nomenklatura locale.

Communiste la famine qui s'est abattue sur le peuple coréen au nord, à l'exception de sa bureaucratie et de ses dirigeants trop nourris de crème glacée.

La voisine du sud, elle, produit des voitures, des appareils électroniques de toutes sortes. Son niveau de vie équivaut aujourd'hui à celui de la France, tout en venant de très bas. Son cinéma produit "Poetry", un film bouleversant, que certains classeront peut-être à gauche puisqu'il interroge notre société de consommation.

La fracture entre les deux s'est aggravée, année après année, confirmation expérimentale indiscutable de l'infériorité économique du système communiste, de la supériorité de Bastiat sur Marx.

Communiste, c'est-à-dire archaïque, l'imprégnation générale de notre presse, de plus en plus vulgaire, de plus en plus destructrice du langage, de la prononciation la plus élémentaire du français.

Communiste le discours imbécile sur "la" retraite dont on prétend à la fois maintenir le principe de "répartition" et s'étonner que ses gestionnaires, tristes bureaucrates, je veux bien le concéder, en ajustent précisément le curseur en fonction de la démographie et de l'âge du capitaine.

Communiste encore, ce pathétique défilé de 3 200 cégétistes impavides au 23 novembre à Paris place de la Bourse où paradaient le camarade chef Thibault de la CGT et la camarade ex-chef Marie-Joe Buffet du PCF, associés aujourd'hui comme hier Frachon et Thorez, Séguy et Waldeck Rochet, Krasucki et Marchais.

Communiste toute la rhétorique antilibérale montée en mayonnaise depuis les émeutes de 1999 à Seattle où Bové portait les couleurs du jacobinisme français pour le compte des amis Fidel Castro.

Communiste, oui, tout ce discours qui croit judicieux de diaboliser ce qu'il appelle la "mondialisation libérale", comme dans les années 1930 il inventa de mobiliser "l'antifascisme", pour le seul profit d'un Joseph Staline bien décidé lui-même à pactiser avec Hitler ce qu'il fit le 23 août 1939.

Communiste l'utopie d'une économie dirigée par le Plan plutôt que par le Marché, c'est-à-dire en dernier ressort par le consommateur.

Communiste, l'enseignement de l'histoire, ceux qui cherchent à dresser les enfants déracinés contre le pays qui les accueille.

Communiste l'urbanisme planificateur de la misère et de la grisaille responsable de la faillite de nos banlieues.

Communiste le crime totalitaire du XXe siècle.

Tant qu'on n’aura pas compris cela, on s'apprête à commettre les mêmes erreurs, au profit sans doute d'autres menaces terroristes comme celle qui se réclame aujourd'hui du djihad islamique, bien décidé à détruire l'Europe.

Communiste enfin le soutien accordé par les revenants du bloc de l'est à l'islamo-terrorisme international.

On entend habituellement trop peu le mot communisme. Employons-le en voyant là où se révèle, en vérité, la trace ensanglantée du monstre.

JG Malliarakis http://www.insolent.fr/
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Re: Communisme : le devoir de mémoire

Messagepar Pat » 29/11/2010 - 20:30

Et la “tchéka” du PCF ?

Et la “tchéka” du PCF de 1920 à 1941 ?

Une des rares études sérieuses sur la face cachée du PCF qui s'arrête en 1943. Dommage car l'élimination physique des adversaires de la direction du “parti des travailleurs”, qualifié de traîtres comme les trotskistes, au sein de la résistance que le PCF rejoint en août 1941, continuera avec le paroxysme de l'”épuration sauvage”. De plus, cet apparat servira le NKVD et la GPU contre les cibles désignées par Moscou (Russes blancs, agent de Komintern en fuite (Igance Reiss, Willy Münzenberg), etc.)

La “tchéka” du PCF (1941-43)

Le PCF entretenait pendant l’Occupation une police politique - le détachement Valmy - chargée de l’assassinat des “renégats” et du châtiment des “traîtres”. Nul autre groupe d’action n’était aussi proche de la direction du Parti communiste clandestin dont il constituait le bras armé. Sur ordre de Jacques Duclos, ces “cadres spéciaux” organisèrent à Paris des attentats spectaculaires, dont celui du cinéma Rex, et exécutèrent ou tentèrent d’assassiner plusieurs dizaines de personnes. La découverte et le dépouillement d’archives totalement inédites par deux historiens passionnés mettent en lumière l’existence de cette “Guépéou” du Parti. Leurs recherches ont permis de pénétrer les rouages méconnus du PC clandestin et, pour la première fois, de suivre au quotidien les policiers des RG dans la chasse implacable qu’ils menèrent contre ceux qu’ils appelaient ” le groupe punitif communo-terroriste “. Une enquête historique qui se lit comme un roman et tord le cou à quelques épisodes légendaires de la Résistance communiste.

Un des secrets les mieux gardés du Parti communiste français

Scandale ! Le Parti communiste français, sur les ordres de Jacques Duclos, entretenait pendant la Seconde Guerre une police politique – le détachement Valmy ou, comme ils se désignaient eux-mêmes non sans fierté, « la Guépéou du Parti » – chargée de l’assassinat des « renégats » et du châtiment des « traîtres ». Cette découverte explosive est le fruit de l’exploitation méticuleuse d’archives totalement inédites.

Le récit de Jean-Marc Berlière et Franck Liaigre nous permet de pénétrer les rouages méconnus du PC clandestin, de mettre en lumière les responsabilités, les erreurs, les mécanismes de décision et le cheminement des ordres meurtriers, d’être témoins des exécutions, des attentats ; mais aussi, et pour la première fois, de suivre au quotidien les policiers des brigades spéciales des Renseignements généraux de la Préfecture de police dans la chasse implacable qu’ils menèrent contre le détachement Valmy jusqu’à son démantèlement en 1943.

Cette enquête historique, richement illustrée de fac-similés d’archives, se lit comme un roman. Elle tort le cou à nombre de légendes, et met en lumière mensonges, fables et omissions colportés pendant plus de soixante ans. Elle donne à voir une autre image de la Résistance communiste, différente des mythes construits depuis la Libération.
Liquider les traîtres : La face cachée du PCF, 1941-1943, Franck Liaigre et Jean-Marc Berlière, Robert Laffont, 2007, 510 pages, 22€.

http://www.fonjallaz.net/
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Re: Communisme : le devoir de mémoire

Messagepar Pat » 03/12/2010 - 22:05

La gauche guidant le peuple

Le Figaro Hors-Série, « 8 mai 1945, la victoire finale » - 01/05/2005

Quand les communistes français profitent du rôle joué par l’URSS dans la victoire contre le nazisme pour développer un véritable terrorisme intellectuel.

Le 6 juin 1944, les Anglo-américains débarquent en Normandie. Le 15 août, c’est en Provence que les Alliés prennent pied sur le continent. Le 25 août, Paris est libéré. Au même moment, sur le front Est, les troupes du Reich reculent. Le 1er août, alors que les Allemands commencent à évacuer Varsovie, l’armée secrète polonaise se soulève. Ce sont les SS qui sont chargés de réprimer l’insurrection. L’armée rouge n’est qu’à 20 km de la ville, mais elle ne bouge pas. Les plans de Staline sont formels : il faut laisser les nazis écraser les patriotes polonais, ce qui épargnera aux Soviétiques de le faire. Le 28 août, les derniers résistants se réfugient dans les égouts de Varsovie, où ils tiendront un mois encore. A Paris, à la mi-septembre, l’IFOP (institut de sondage fondé juste avant la guerre) reprend ses activités. Une de ses premières enquêtes, publiée dans le courant du mois, révèle que pour 61 % des Français, l’URSS est la puissance qui a le plus contribué à la défaite allemande, 29 % attribuant ce mérite aux Etats-Unis...

Un an plus tard, en octobre 1945, lors des premières élections législatives d’après-guerre, le parti communiste remporte plus de 26 % des suffrages, devançant les démocrates-chrétiens du MRP et les socialistes de la SFIO. En 1946, ce score monte à 28 % des voix. De 1945 à 1947, les communistes siègent au gouvernement. Le PCF, auréolé de sa participation à la Résistance (« le parti des 75 000 fusillés », chiffre mythologique, supérieur au nombre total des fusillés sous l’Occupation), atteint alors son apogée. Son prestige s’augmente du crédit accordé à l’URSS, ce pays ami dont l’opinion pense qu’il a joué le plus grand rôle dans la défaite de Hitler.

Un trou de mémoire collectif engloutit ce qui s’est passé quelques années auparavant. En août 1939, les communistes français ont approuvé le pacte germano-soviétique, et pendant que Maurice Thorez, le secrétaire général du PCF, désertait son régiment pour rejoindre l’URSS, le gouvernement Daladier a interdit le Parti et l’Humanité. Six jours après l’entrée des Allemands dans Paris, les communistes ont sollicité l’autorisation de faire reparaître leur quotidien auprès de la Propagandastaffel. C’est en 1941 seulement, quand Hitler a attaqué l’URSS, qu’ils sont entrés dans la Résistance. A la Libération, qui oserait rappeler ces faits ? Thorez a été amnistié, l’entente Hitler-Staline est occultée, et les 4 500 officiers polonais dont les dépouilles ont été exhumées par les Russes à Katyn, selon la version officielle, ont été tués par les nazis.

Tragique ambiguïté de 1945. La victoire sur l’Allemagne nationale-socialiste, victoire indispensable, victoire vitale, a été remportée grâce au concours de l’Union soviétique. Stratégiquement, il n’existait pas d’autre solution. Mais voilà l’URSS rangée dans le camp de la liberté, et le silence de se faire sur la nature totalitaire de son régime. Comparer le nazisme et le communisme est interdit : s’y risquer, c’est être suspecté de sympathie rétrospective pour Hitler.

Le résistant Jean Paulhan est un des premiers à en faire l’expérience. Membre du Conseil national des écrivains, il en démissionne, effrayé par la tournure prise par l’épuration. Dès février 1945, le journal communiste Le patriote lance l’accusation : « Monsieur Jean Paulhan, trahissant les Lettres françaises qu’il avait servies durant l’occupation nazie, se met au service de la pensée fascisante. »

« L’antifascisme : avec ce mot, tout est dit de ce qui va faire le rayonnement du communisme dans l’après-guerre », écrira François Furet dans Le passé d’une illusion. La technique, pour autant, date de l’avant-guerre. Dans les années 30, l’anticléricalisme étant passé de mode, l’antifascisme est le creuset de toutes les gauches. Il sert de dénominateur commun à l’alliance ébauchée, le 12 février 1934, lors de la première manifestation réunissant communistes et socialistes, alliance concrétisée, en juillet 1934, par la signature d’un pacte d’unité d’action entre le parti communiste et la SFIO. C’est aussi l’antifascisme qui prépare la coalition formée entre communistes, socialistes et radicaux, un an plus tard, en vue des élections de 1936 qui donneront la victoire au Front populaire.

Pour les communistes, ces retrouvailles avec les socialistes obéissent à un choix tactique opéré à Moscou. Après l’écrasement des communistes allemands par les nazis, échec d’une stratégie qui consistait, pour Staline, à laisser Hitler démolir la République de Weimar dans l’espoir que les communistes ramassent le pouvoir, le Kremlin, abandonnant la ligne « classe contre classe », donne consigne aux partis affiliés à la IIIe Internationale de s’allier aux socialistes, afin de former, au nom de la défense de la paix, un front commun contre le fascisme. A Paris, Willi Münzenberg, un agent du Komintern, chef d’orchestre de la propagande pour l’Europe de l’Ouest et l’Allemagne, met cette tactique en oeuvre, pendant qu’Eugen Fried, un Tchèque qui est le véritable chef clandestin du PCF, veille à son application. Il s’agit de faire passer la cause de la paix par la défense de l’URSS, donc du communisme : être pour la paix, c’est être contre Hitler ; être contre Hitler, c’est être pour Staline ; a contrario, être contre Staline, c’est donc être pour Hitler.

Après-guerre, les communistes resservent cette thématique antifasciste. Le communisme incarne le bien absolu, et le nazisme le mal absolu. A gauche, ceux qui veulent servir la « classe ouvrière » doivent suivre les communistes (le Bien). A droite, l’hostilité à l’encontre du Bien (le communisme) trahit une connivence implicite avec le Mal (le nazisme). La droite libérale et la droite nationale sont complices dans l’anticommunisme ; la droite nationale est en réalité fasciste ; or le paradigme du fascisme est le nazisme. Donc un libéral peut glisser vers le fascisme, car l’anticommunisme conduit au nazisme.

Immense sophisme, mais d’une puissance d’attraction considérable : qui ne serait pas révulsé par Hitler ? Afin de donner consistance au danger fasciste, il faut donc inventer des fascistes. De Gaulle fonde le Rassemblement du peuple français ? C’est un fasciste. Certains prétendent que l’URSS abrite des camps de concentration ? Ce sont des fascistes. Raymond Aron dénonce le communisme international ? C’est un fasciste.

Les accords de Yalta, en 1945, ont prévu en Europe de l’Est des élections libres qui n’auront jamais lieu : la nuit du stalinisme tombe sur les démocraties populaires. « De Stettin, dans la Baltique, à Trieste, dans l’Adriatique, un rideau de fer est descendu à travers le continent », constate Churchill le 5 mars 1946. La guerre froide commence, mais la propagande communiste invente un ennemi fictif : l’impérialisme américain. Et ceux qui se hasardent à mettre en garde contre l’adversaire réel tombent sous le coup de l’accusation suprême, colportée non seulement par les communistes mais par leurs compagnons de route : « L’anticommunisme est la force de cristallisation nécessaire et suffisante d’une reprise du fascisme », affirme Emmanuel Mounier en 1946.

Le terrorisme intellectuel culmine en 1949, lors du procès Kravchenko. Dans son livre J’ai choisi la liberté, ce citoyen soviétique, réfugié politique aux Etats-Unis, a exposé la nature totalitaire du régime soviétique. A Paris, un procès l’oppose aux dirigeants des Lettres françaises, hebdomadaire communiste qui l’accuse d’être un faussaire. Kravchenko produit des témoins qui sont tous des rescapés des camps soviétiques, et parfois, comme Marguerite Buber-Neumann, doublement rescapés, puisque cette dernière est passée directement du goulag à Ravensbrück, livrée par Staline à Hitler après le pacte germano-soviétique. Devant le récit de leurs souffrances, l’avocat des Lettres françaises n’a qu’un commentaire : « La propagande nazie continue ». « Un anticommuniste est un chien », s’écriera encore Jean-Paul Sartre en 1961.

Pour que la vérité sur le système soviétique se fasse jour, il faudra attendre longtemps encore. Mais d’ailleurs, a-t-elle jamais été vraiment faite ?

Jean Sévillia http://www.jeansevillia.com/
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Re: Communisme : le devoir de mémoire

Messagepar Pat » 25/12/2010 - 16:32

Actualité de la subversion soviétique

Comme je l'ai annoncé sur le groupe et la page Facebook de Criticus, j'ai réalisé la « playlist » ci-dessous à partir de vidéos trouvées chez Franck Boizard. Il s'agit d'une conférence donnée en 1983 à Los Angeles par Yuri Bezmenov, alias Tomas Schuman, un ancien propagandiste du KGB en Inde passé à l'Ouest dans les années 1970.Il y explique le processus de subversion mené par l'URSS durant la Guerre froide pour démoraliser, puis déstabiliser les Occidentaux.

http://embedr.com/playlist/yuri-bezmeno ... on-process

On apprend d'abord que 10 à 15 % seulement des activités du KGB correspondaient à des activités d'espionnage proprement dit. Le reste, la grande majorité donc, concernait la propagande soviétique destinée à subvertir les démocraties libérales occidentales.

Dans le cadre de la Guerre froide, le Bloc soviétique, pour Bezmenov, n'était pas assez fort pour attaquer de manière frontale le camp occidental. Appliquant les principes de plusieurs arts martiaux, il s'agissait ainsi pour le KGB d'accompagner les démocraties dans leur mouvement, en encourageant les individus ou les groupes capables de subvertir la société. La première tâche du KGB consistait donc à cibler, dans chaque pays, les personnes capables d'influencer la société dans un sens défavorable.

On pense par exemple à Catherine Ashton, aujourd'hui Haut représentant de l'Union européenne pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité‎, et qui était trésorière dans les années 1970 du Mouvement pour le désarmement nucléaire, financé par l'URSS, qui voyait là le moyen d'affaiblir militairement le Bloc de l'Ouest.

Cette première phase d'instrumentalisation de personnalités influentes est la phase de la démoralisation. Durant selon Bezmenov de 15 à 20 ans, c'est-à-dire le temps nécessaire à l'endoctrinement d'une génération, elle vise à faire douter l'adversaire du bien-fondé de ses valeurs, et donc de la nécessité qu'il y aurait à les défendre.


Qui, lisant ces lignes, ne pensera pas à l'un ou même à plusieurs de ses professeurs d'histoire du secondaire, présentant systématiquement l'histoire de l'Occident de manière négative, qu'il s'agisse de l'esclavage, de la colonisation, de la Shoah ?

Une fois la population de l'adversaire démoralisée, Bezmenov affirme que le processus de subversion passe à la déstabilisation, qui doit durer entre 2 et 5 ans.

L'URSS est disparue avant que cette phase n'arrive à son terme. Néanmoins, comment ne pas penser à Action Directe en France, aux Brigate Rosse en Italie, ou à la Rotte Armee Fraktion en Allemagne de l'Ouest comme signes manifestes de cette tentative de déstabilisation ?

La suite logique de cette déstabilisation est la crise. Durant de deux à six mois, elle voit le pouvoir légitime vaciller, et devenir vulnérable aux groupes d'individus capables d'imposer un gouvernement insurrectionnel de type marxiste.

Alors qu'aux stades précédents du processus de subversion, la réponse était surtout culturelle (répondre au dénigrement de l'Occident par une réaffirmation de son identité et de ses valeurs), elle devient militaire au stade de la crise. C'est ce qui s'est produit au Chili, et de manière heureuse, en 1973 : un coup d'État militaire rétablissant d'abord l'ordre, puis, de manière graduelle, les libertés publiques.

Si, toutefois, la phase de crise s'est déroulée dans un sens favorable aux menées soviétiques, on passe alors à la phase terminale, celle de la « normalisation ».

Il s'agit de la mise en place d'une « démocratie populaire », imposée par les armes.

Bezmenov évoque le cas de l'intervention américaine à Grenade, la même année que la conférence, pour éviter que cette île caribéenne ne tombe dans l'escarcelle soviétique.

L'ironie, à ce stade, est que les « idiots utiles », ceux qui ont activement participé à la démoralisation et la déstabilisation de la démocratie libérale, sont les premiers exécutés. Dressés à la rébellion, ils deviennent en effet dangereux pour le nouveau pouvoir. Les marins anarchistes de Cronstadt en ont fait la cruelle expérience en 1921.

On songe alors : pourquoi ne pas alerter, en amont, ces « idiots utiles » du péril qui les guette ? Réponse de Bezmenov : c'est inutile, car le réel est impuissant contre l'idéologie. Même en fournissant des exemples de ce qui attend les « idiots utiles » du communisme, ces derniers sont incapables de voir, donc d'accepter la réalité.

Bezmenov va même plus loin. Dans la septième vidéo, il se saisit d'une craie pour écrire au tableau : 2 x 2 = 4. C'est assurément vrai, mais personne ne mourra jamais pour défendre cette vérité. Seule une religion ou, dans le cas du communisme, un millénarisme de substitution, peut conduire des hommes à se sacrifier pour elle.

Ainsi est résumée l'aporie du scientisme occidental, incapable de maintenir chez les individus l'instinct de survie nécessaire à la perpétuation de la civilisation.

Ainsi, également, apparaît la brûlante actualité de cette conférence. Comme l'a noté Franck Boizard, les islamistes récoltent aujourd'hui les fruits de la subversion des sociétés occidentales opérée par les communistes.

D'abord parce que les « idiots utiles » de l'islamisation, dont beaucoup sont de gauche ou d'extrême-gauche, sont incapables de voir la réalité du danger islamique.

Ensuite parce que, dans l'essentiel de la population occidentale, a été brisé le ressort de la religion, qui aurait pu immuniser les individus contre ce fléau. À l'inverse, les islamistes, parce qu'ils croient en une transcendance, progressent.

Ne croyant pas que le peuple d'Israël soit le « peuple élu », ni même que l'un de ses ressortissants ait pu être le fils de Dieu, je ne peux qu'être embarrassé par cette observation. Néanmoins, je sais, pour l'avoir déjà écrit, que seul le Christ, ou tout du moins la foi en Lui, sauvera l'Occident de la barbarie islamique. Alors, bien qu'oscillant depuis toujours entre l'agnosticisme et le déisme, je me suis résolu à attendre la Grâce.

Roman Bernard http://criticusleblog.blogspot.com
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Messagepar Pat » 03/01/2011 - 20:39

12 mars 1921 Lénine lance la Nouvelle Politique Économique (NEP)

Le 12 mars 1921, Lénine surprend les communistes de son parti en annonçant une Nouvelle Politique Économique (en russe : NEP).

Échec du communisme de guerre

Après son coup de force d'Octobre 1917, Lénine a dû lutter tout à la fois contre les partisans du tsar déchu, les nationalistes, les démocrates et les socialistes. Il a pour cela instauré dès 1918 un communisme de guerre.

Supprimant la monnaie et le commerce intérieur, il a imposé des réquisitions en nature aux paysans. Il s'en est suivi une famine de plusieurs millions de morts et une chute sans précédent de l'activité économique. La révolte gronde chez les soldats fidèles aux bolcheviques.

Le 28 février 1921, les marins de la citadelle de Cronstadt se révoltent au nom de la démocratie et du socialisme. Ils sont massacrés par l'Armée rouge de Trotski.

Lénine lâche du lest

Dans son rapport de mars 1921 au Xe Congrès du PC, Lénine avoue : «Les faits sont là. La Russie est menacée de famine. Tout le système du communisme de guerre est entré en collision avec les intérêts de la paysannerie (…). Nous nous sommes trop avancés dans la nationalisation du commerce et de l'industrie, dans le blocage des échanges locaux. Est-il possible de rétablir dans une certaine mesure la liberté du commerce ? Oui, c'est possible. C'est une question de mesure. Nous pouvons revenir quelque peu sur nos pas sans détruire pour cela la dictature du prolétariat.»

En dépit de l'opposition de Trotski, son principal adjoint, le dictateur sacrifie le dogme marxiste en donnant un peu de liberté aux paysans, aux commerçants et aux petits entrepreneurs.

Mais il s'en tient à une libéralisation des rouages économiques et maintient intacts les rouages de la dictature. Il n'était que temps…

Le 16 mars 1921, le Xe Congrès du Parti communiste russe adopte le rapport de Lénine.

L'État reste propriétaire de la terre et des moyens de production, il garde le contrôle des banques, des transports et du commerce extérieur ; il regroupe les grandes industries nationalisées au sein de trusts d'État systématiquement favorisés par les investissements publics.

A côté de ce secteur étatique, la NEP autorise l'ouverture d'un secteur privé en rétablissant la liberté du commerce intérieur. Les paysans sont les premiers bénéficiaires de la réforme. La fin des réquisitions et le remplacement des impôts forcés par un impôt unique en nature, fixé chaque année, les encouragent à écouler leurs surplus.

En outre, un code agraire édicté l'année suivante, en 1922, permet aux communes rurales de redistribuer les terres et d'en déterminer le mode d'exploitation (location, fermage, métayage) en vue d'un rendement optimal.

Toujours dans le dessein d'améliorer les conditions de vie de la population, l'industrie lourde cède le pas à l'industrie légère. Le 7 juillet 1921, les entreprises de moins de vingt ouvriers sont dénationalisées.

Les révolutionnaires font même appel aux capitalistes honnis en instaurant le 13 mars 1922 des sociétés mixtes au capital fourni pour moitié par l'État et pour moitié par des groupes occidentaux (beaucoup d'Américains y répondent favorablement).

Un peu plus tard, le secteur public lui-même renonce à l'égalité des salaires dans les grandes usines et restaure une hiérarchie fondée sur la compétence.

En restaurant partiellement l'économie de marché, la NEP va sauver le pouvoir léniniste. Sa réussite sera spectaculaire. Paysans, commerçants et petits entrepreneurs reprennent goût au travail et aux échanges. Le chômage est résorbé. Qui plus est, les communistes russes gagnent la confiance des capitalistes américains. Capitaux et techniciens occidentaux s'investissent dans la «patrie du communisme réel» pour reconstruire les infrastructures.

Dès 1926, la production industrielle dépasse de 8% le niveau d'avant guerre. La production agricole rattrappe à son tour ce niveau en 1928 !

Retour en arrière avec Staline

Beaucoup de bolcheviques, dont Trotski, en viennent cependant à craindre que la NEP, par son succès même, ne favorise dans les villes et les campagnes l'avènement d'une nouvelle bourgeoisie qui, avide de liberté, pourrait un jour renverser le régime communisme !

Il est vrai que les «koulaks» (surnom donné aux paysans aisés) représentent bientôt le quart de la population agricole. En ville, les «nepmen», surnom donné aux entrepreneurs qui ont su tirer parti de la NEP, sapent par leur existence même les fondements de la «dictature du prolétariat».

Staline, devenu le maître tout-puissant de l'URSS, se rallie aux partisans du retour aux grands principes. Il lance le 1er octobre 1928 un premier plan quinquennal (1928-1933) en vue d'abattre définitivement le capitalisme.

Le plan prévoit la mainmise de l'État sur toutes les activités économiques, y compris l'agriculture. C'est ainsi que doivent être collectivisées les terres sous la forme de coopératives géantes : les kolkhozes, et de grandes fermes modèles : les sovkhozes. Le 6 janvier 1930, un décret officialise la fin de la NEP (Nouvelle Politique Économique).

La collectivisation brutale des terres va entraîner une nouvelle baisse de la production et, plus gravement, d'épouvantables famines.

Alban Dignat. http://www.herodote.net
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Re: Communisme : le devoir de mémoire

Messagepar Pat » 14/01/2011 - 16:23

KOINON l’essence du communisme

L’essence du communisme

Présentation du texte « Koinon »
Le texte présenté ici du philosophe existentiel Heidegger de façon inédite en français est vraiment extraordinaire au sens plein du terme. Il s’intitule « Koinon » du mot grec qui veut dire  « communauté » Aucun autre texte, à notre connaissance, ne pénètre aussi profondément l’essence du régime communiste. Il montre comment le communisme a pu naître de la démocratie, ce qui surprend toujours l’amateur d’histoire. Il montre les racines communes au totalitarisme et à la démocratie, ce qui a permis un jour à Heidegger de dire : l’Union soviétique et les Etats-Unis sont métaphysiquement semblables, formule qui dans un premier temps peut scandaliser.
 Politiquement, sociologiquement, idéologiquement, l’URSS n’a jamais été semblable à l’Amérique et Heidegger le sait autant que nous. Mais métaphysiquement, il en est autrement. Qu’est ce que la métaphysique ? C’est la question qui porte sur l’être de tout ce qui existe (tout ce qui existe s’appelle « l’étant »). L’essence de l’histoire du monde moderne actuel, son être, est, selon Heidegger, la poursuite de la puissance pour la puissance dans un monde déserté par la Divinité. Dans ce monde, le « moi » est devenu l’idole suprême et la volonté de puissance du moi est donc ce qui est déterminant. Dans un tel monde, la politique, liée à la puissance prend un rôle envahissant.
 La puissance ne tolère le monde (réduit à l’état d’objet) que s’il est utilisable pour elle. Il en est de même de l’homme. La mobilisation implique que tous soient interchangeables d’où l’importance de l’idéal égalitaire : il permet de détruire ce qui empêche les hommes d’être interchangeables : les identités nationales, religieuses, ethniques, voire familiales ou sexuelle (le différence entre l’homme et la femme) sont autant d’obstacles.
 La politique prétend être l’incarnation suprême du destin des hommes, dans la mesure où elle est l’outil privilégié de la puissance. Cet état de chose est caché aux hommes à qui l’on fait croire que c’est le peuple qui est souverain. Comme l’écrit Heidegger : «  en réalité, la puissance n’est dans les mains de personne mais on prétend qu’elle est dans les mains de tous.
On croit naïvement que le dictateur totalitaire agit selon son bon plaisir : c’est faux. Il exécute les exigences de sa puissance. »
 C’est ce qui explique que les relations entre les dirigeants communistes ne sont pas fraternelles, ce que prétend l’idéologie. Chacun craint la perte du pouvoir et la peur règne dans la nomenklatura. L’homme, y compris le chef, n’est que l’exécutant de la prise du pouvoir par l’être de l’étant qui est volonté de puissance pour la puissance.

 D’où cette phrase terrible de Heidegger : « ce serait sous-estimer le communisme que de le concevoir comme un désir humain de vengeance, de bonheur ou de violence pure. La réalité est bien plus inquiétante car le communisme n’a en fait rien d’humain ». Toute résistance à la puissance doit être éliminée d’où la violence du régime : c’est la le fondement métaphysique de cette violence. Le discours idéologique masque l’essence de cette réalité. Or c’est un discours qui se veut « démocratique ». Le processus censé libéré l’homme mais qui en réalité assujettit l’homme à la puissance est celui de la « révolution ».
 Le nazisme comme totalitarisme n’est pas différent du communisme sauf que l’idéologie de justification est différente. Il n’utilise pas le mot de « démocratie » mais trouve pourtant bien sa légitimité dans la volonté du peuple, d’où l’importance des plébiscites. D’ailleurs Hitler, à l’inverse des communistes soviétiques à l’issue de la Révolution de 1917, a été élu démocratiquement et il s’en flatte.
 Là où les choses deviennent plus délicates, c’est que Heidegger montre que les démocraties occidentales ne sont pas indemnes face à cette machination de la puissance comme essence de l’histoire moderne. C’est tout l’Occident qui se fonde, même sans le savoir, sur une métaphysique qui fait du Sujet le centre du monde. Cela remonte à Descartes pour qui « je pense donc je suis ». Pour Heidegger, c’est parce que je suis d’abord, que je pense ensuite. L’être est primordial. La pensée humaine n’existe que parce qu’il y a de l’être.
 La démocratie, bien sûr, se dit non totalitaire car pluraliste. Mais elle prétend incarner la moralité, au dessus même du droit naturel. L’acceptation d’un droit naturel est une limite imposée à la démocratie par une tradition chrétienne laïcisée.
 Celle-ci ne connaît en principe d’autre autorité que la volonté du peuple. Comme l’écrit Heidegger : «  on fait comme si la puissance était dans les mains du peuple. Cette apparence est nécessaire au déploiement de la puissance politique. L’apparence politique est cultivée par les gouvernants comme par les gouvernés. » Ce mensonge est plus patent dans les dictatures dites « démocratiques » ou se réclamant du peuple (dictatures du  XXème siècle) que dans les démocraties mais il existe aussi dans celle-ci.
 Les démocraties ne vont pas, contrairement au communisme jusqu’au bout de cette logique de la puissance. C’est pourquoi elles préservent certaines libertés. Mais leurs dirigeants sont soumis à la logique de la recherche de la puissance en soi, d’où la décadence des idéologies. La puissance en soi s’exprime plus par l’argent que par le pouvoir physique. L’acquisition de la puissance pour la puissance par l’argent nécessite la mobilisation des hommes dans des processus de massification : production de masse, consommation de masse, mass media. Le processus est très différent de celui du régime communiste mais on saisit bien les ressemblances déjà remarquées dans les années 1950-1960 par ce libéral lucide et sceptique qu’était Raymond Aron, à la suite de Tocqueville.
 Dans un tel schéma métaphysique, le souci de l’homme est largement évacué. Non pas que l’on ne fasse pas « d’humanitaire », car l’humanitaire améliore l’image et conforte la puissance, mais l’homme est réduit à une matière première de l’économie, à une « ressource humaine » au service du « dispositif utilitaire » que Heidegger appelle le « Gestell ».
 
Le Gestell est ainsi structuré :     

argent (relativisme des valeurs)

Idolâtrie du Moi    ← Gestell → massification des hommes

Technique
 
Heidegger ne veut pas dire que le moi, l’argent, la technique, la masse, sont sans importance mais que le moi s’est substitué à la Divinité, l’argent aux valeurs transcendantales (vrai, beau et bien), la masse aux personnes humaines et la technique à l’art d’habiter la terre. Nous sommes donc dans « l’oubli de l’être » qui conduit les hommes à mener des vies « inauthentiques ».
 A ce monde dominé par le Gestell dont l’être est la puissance pour la puissance, Heidegger oppose un nouveau commencement où l’homme occidental surmontera la métaphysique « moderne ». Ce nouveau commencement se caractérise par un retour du Sacré. L’homme n’est plus conçu comme « ressource humaine » c’est-à-dire la première des matières premières, conception utilitaire dérivée de l’homme vu comme « animal rationnel ».
 Cet humanisme actuel ramène en effet l’homme à un animal dont il faut satisfaire les besoins par le calcul qui permet de maîtriser le monde : telle est la conception du monde moderne (et pas seulement des communistes qui sont une fraction de ce monde moderne). Pour Heidegger, l’homme dans son essence est bien plus que cela car il prend ses distances par rapport aux choses et se situe dans l’histoire contrairement à l’animal. Il est donc créateur et en cela plus proche de la Divinité que de l’animal.
 L’homme conscient de son essence d’existant tragique (existant donc créateur, tragique car mortel) est donc apte à être selon Heidegger « le berger de l’être », plutôt que le maître de l’étant (l’exploitant de tout ce qui existe considéré comme un stock). Il ménagera alors le « quadriparti », c’est-à-dire le monde dans ses quatre dimensions issues d’Aristote : les racines , l’idéal, la Divinité et l’homme. On sera alors sorti non seulement du communisme mais de la métaphysique dite moderne qui aura permis son existence et sur laquelle repose la pseudo-démocratie dans laquelle nous vivons.
 Yvan BLOT

Koinon

La Seconde guerre mondiale a des traits bizarres. Certains le nient, la disent normale car simplement « moderne ». « Moderne » n’a rien à voir avec normal. Évoquer la modernité pour expliquer et justifier quelque chose est le plus sûr moyen d’abandonner pensée et méditation. La guerre moderne ne se distingue plus de la paix en cela qu’elle est totale. Son but n’est pas la paix avec l’adversaire (voir les guerres d’avant la Révolution française), mais la destruction de l’adversaire.
 Au plan philosophique, cette situation nouvelle correspond à l’avènement de la puissance pour la puissance, actrice désormais déterminante du jeu mondial. La puissance est aujourd’hui l’être de l’étant. En tant qu’êtreétant, la puissance a accaparé la moralité comme moyen. La sauvegarde des valeurs ou l’intérêt du peuple sont ravalés à l’état de prétextes au service de la puissance. Si l’on ne s’y plie pas, c’est que la propagande fonctionne mal. de l’
 La puissance use des dehors du droit, mais, en même temps, ne tolère aucun obstacle et ses fins peuvent donc évoluer au gré de ses caprices. La puissance ne tolère l’étant que s’il est exploitable, donc planifiable et bâtissable. L’homme aussi doit être exploitable et son humanité peut alors s’avérer gênante. La mobilisation implique donc que tous les hommes soient interchangeables. Lorsque la puissance se fait l’être de l’étant, l’homme devient une matière première, une « ressource ».
 La puissance s’accomplit par l’art de faire – ou « machination », (Machenschaft). La puissance a besoin d’un certain type humain pour accomplir sa domination. Plus l’art de faire domine l’exercice de l’être, plus l’étant prend l’avantage sur l’être. Avantage pratique et succès épisodique sont les signes de la domination de l’étant, laquelle ne supporte aucune résistance. L’être, quant à lui, glisse alors dans le néant. La puissance mondiale qui ne poursuit en fait que des intérêts, met toujours des idéaux en avant. Or, la puissance ne se connaît aucune finalité.
 La politique ne ressortit plus à la vie humaine, mais détermine tout l’étant. Les démocraties parlementaires le dénoncent au nom de la séparation des pouvoirs, prétendant ainsi incarner la moralité. Mais elles n’ont pas conscience de l’identité de toute puissance moderne au regard de la métaphysique. La démocratie se réclame d’un idéal défini par le « peuple ». On y fait comme si la puissance était dans les mains du peuple. Ce leurre est nécessaire au déploiement de la puissance politique. Le leurre démocratique est cultivé par les gouvernants comme par les gouvernés. La puissance, dès lors, n’est aux mains de personne, mais on la dit entre les mains de tous. Bien sûr, ce voile jeté sur la détention de la puissance se rencontre d’abord dans le despotisme et la dictature. On croit que le dictateur agit selon son bon plaisir. C’est faux. Il obéit aux exigences de sa puissance. La dictature se ferme et doit tout ramener à une conformation unique. Elle a besoin d’uniformiser tous les individus au sein du collectif pour les besoins de sa puissance planificatrice.
 La prise du pouvoir par la puissance grâce à un art de faire que rien ne détermine est l’essence métaphysique du communisme. Il ne s’agit pas là de ses aspects politiques, sociologiques ou idéologiques. C’est le communisme au regard de l’histoire de l’être. Le communisme se définit usuellement comme la communauté des égaux. Il s’agit d’intégrer chacun dans l’uniformité moyenne de tous. Politiquement, cela s’accomplit par la révolution qui transmue la société bourgeoise en société sans classes. On étatise les banques, on partage les propriétés foncières, dissout les monastères et l’on remplace la culture générale par la spécialisation. On libère ainsi l’homme masse qui prend le pouvoir à travers le parti unique. Le comportement des individus est unifié et arasé. Telle est la prise du pouvoir par le « peuple ». Le prolétariat ainsi « libéré » n’a plu d’autre fin que de servir au pouvoir, mais il n’en a pas conscience. Il est prisonnier d’une vision du monde – « Weltanschauung » – qui exige la conscience de classe, l’obéissance au parti, la promotion du progrès, la création de la culture. Par une manière de maléfice s’imposent l’uniformité et l’égalité.
 Le prolétariat au pouvoir n’a en réalité aucun pouvoir. Comme il faut bien qu’il y ait des hommes de pouvoir qui gèrent le pouvoir, ils sont peu nombreux et ne peuvent faire ce qu’ils veulent. C’est une erreur de croire qu’ils gouvernent selon leur bon plaisir. La puissance exige leur soumission à un collectif anonyme. La relation entre les dirigeants n’est pas une fraternité, mais une méfiance froide où chacun épie chacun, craignant en permanence la perte du pouvoir. La peur règne chez la nomenklatura. La puissance n’appartient ni au peuple, ni aux individus, ni à l’élite politique. La puissance s’exerce dans l’art de faire – ou « machination ». Le communisme est l’exercice de la puissance sur l’étant, la puissance s’exerçant par la « machination » comme institution de la puissance sans limites sur l’étant, lui-même réduit à son utilité à la « machination » elle-même.
 Ce serait méjuger le communisme que de le concevoir comme un désir humain de vengeance, de bonheur ou de violence pure. Le communisme n’a en fait rien d’humain. L’homme n’y est plus que l’exécutant de la prise du pouvoir sur l’étant. La « machination » – comme essence de l’être – s’est emparée de l’étant, mais le communisme a besoin d’une façade trompeuse qui masque sa constitution métaphysique véritable – son être. Toute résistance est éliminée. Tous les liens avec tout antécédent doivent être détruits. Toute dérobade doit être impossible. Ces anéantissements sont exigés par la conquête de puissance, essence même de l’art de faire – ou « machination ». L’essence de l’histoire doit changer, y procède l’anéantissement de l’âge ancien au profit de l’ère nouvelle. Tout savoir est au service de la « machination », est fermé sur lui-même. Qu’il soit théorique ou pratique, il est l’instrument d’une pensée constructiviste qui est la forme la plus pure du communisme – prise du pouvoir de cet art de faire, ou « machination » qui met à son service le calcul utilitaire.
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Re: Communisme : le devoir de mémoire

Messagepar Pat » 16/01/2011 - 21:01

Guérilla dans les forêts de Lituanie

En été 1944, l’URSS occupa une seconde fois la Lituanie. Comme en 1941, commencèrent en 1945 des déportations massives de Lituaniens en Sibérie et dans d’autres régions de l’est de l’URSS, qui ont duré 7 ans. Dès 1944, une collectivisation forcée massive de la propriété privée commença. Une résistance organisée s’opposa à l’occupation, à la terreur et à la collectivisation. Durant toute la période de résistance, environ 100.000 combattants ont participé à la lutte armée. L’ampleur de la lutte a été influencée aussi par les espoirs qu’un conflit entre l’URSS et les pays occidentaux se déclencherait très vite, et ces derniers, en particulier les États-Unis, viendraient en aide à la Lituanie. Mais ces espoirs n’étaient pas réels. Les partisans ont dû lutter contre l’armée soviétique régulière. De plus, le NKVD organisait des provocations et infiltrait en masse ses agents dans les troupes des combattants. Après 1949, la résistance armée commença à s’affaiblir, cependant, elle se poursuivra jusqu’en 1953 dans ces conditions particulièrement difficiles. La résistance armée ayant eu lieu en Lituanie durant toute la décennie qui a suivi la Seconde Guerre mondiale a été probablement la plus longue en Europe, et elle a été nommée à juste titre "la guerre après la guerre". Bien que cette résistance ait été et reste inconnue en Europe occidentale, l’idée "qu’elle était justement la plus grande contribution à la civilisation du XXe siècle de l’Europe" a retenti dans les publications. Jonas Žemaitis-Vytautas, Adolfas Ramanauskas-Vanagas et Juozas Lukša-Daumantas, leaders et héros de la résistance, occupent aujourd’hui une des places les plus importantes dans le panthéon de la mémoire historique de la Lituanie.

Jusque dans les années 50, les Soviétiques ont dû mener une longue guerre anti-partisans dans les régions « libérées » de l’Ouest

Parmi les premiers mouvements de résistance antisoviétiques dans les régions d’Europe orientale occupées par l’Armée rouge, on compte surtout l’UPA ukrainienne, de loin la plus forte sur les plan du nombre et de l’armement. Mais le mouvement de résistance armée le plus solidement organisée fut sans conteste le Mouvement de résistance unitaire et démocratique de Lituanie.

L’organisation de ce mouvement ne fut certes pas une évidence. Pour l’observateur extérieur, tout mouvement de résistance apparaît comme un organe de combat cohérent, mené par une direction unique. En vérité, unité et cohérence sont des vertus bien difficiles à incarner dans les conditions d’illégalité et de persécution permanente. Les Lituaniens, eux, ont réussi le miracle de donner cohérence et unité à leur mouvement de résistance antisoviétique en 1947, après trois ans de travail préparatoire.

La direction de leur mouvement de résistance était entre les mains d’un Comité Supérieur pour la Libération de la Lituanie, dont la délégation extérieure avait son siège aux États-Unis et représentait simultanément les émigrés lituaniens. À l’intérieur du mouvement, les « combattants de la liberté », sous le commandement des forces armées de guérilleros, constituaient la troupe active, dont les effectifs comprenaient au départ 50.000 combattants ; à la fin de l’année 1948, on les estimaient encore à 20.000. Ces forces étaient subdivisées en unités d’arrondissement et en groupes, et disposaient de juridictions militaires et de cours martiales propres. C’était comme si l’armée lituanienne du Général Vincas Vitkauskas, trahie et livrée à l’Armée rouge le 15 juin 1940, était ressuscitée dans les forêts du pays, avec ses uniformes traditionnels, bien armée et disciplinée.

Les troupes soviétiques perdront 80.000 combattants

Après les Lituaniens, les Allemands constituaient le groupe national le plus important dans la composition de cette armée lituanienne de libération : leur nombre est estimé à quelque 5.000 hommes dont, apparemment, plus de 1.000 officiers, selon l’étude d’Ingo Petersen intitulée Die Waldwölfe. Unter baltischen Freiheitkämpfern 1947-1950 (Les loups de la forêt – parmi les combattants baltes de la liberté 1947-1950) et publié chez K. W. Schütz à Preussich Oldendorf en 1973. Outre des volontaires allemands, on trouvait dans les rangs lituaniens des Russes et des Biélorusses. Avec les Polonais de l’Armija Krajowa, les rapports étaient mauvais car ils avaient délibérément tué des Lituaniens affirmant leur appartenance ethnique.

Au cours des deux premières années de la seconde occupation soviétique, commencée à l’automne 1944, les partisans nationaux lituaniens ont déployé une activité très intense. Dans cette période, des combats de grande ampleur ont eu lieu, ainsi que des attaques armées, menées par des forces nombreuses, parfois de la taille d’un régiment complet doté d’artillerie légère. Lors de ces opérations, les Soviétiques avouent eux-mêmes avoir perdu 80.000 hommes ; les chiffres avancés par les Lituaniens sont plus impressionnants : on parle de plus de 180.000 soldats de l’Armée rouge perdus. Presque l’entièreté des premiers effectifs d’occupation a été détruite. Résultat de cet hécatombe : les fonctionnaires soviétiques ont été saisis d’angoisse, ce qui a entrainé de nombreuses mutations et démobilisations.

Dans un premier temps, les Soviétiques ont tenté de maîtriser la situation en optant pour un combat ouvert et frontal : ils ont dès lors renforcé leurs garnisons en les dotant d’unités mobiles, des commandos d’extermination relevant du NKVD. Les pertes lituaniennes, dues à l’action de ces unités spéciales soviétiques fortes de 80.000 hommes, se seraient élevées à 12.000 hommes, selon les chiffres avancés par l’Armée rouge. Les Lituaniens, eux, estiment avoir perdu 25.000 combattants. En dépit de ces pertes énormes, et bien que l’Armée rouge n’hésita pas à détruire d’énormes zones forestières, les Soviétiques ne parvinrent pas à briser la pugnacité des partisans lituaniens.

Vu la situation, les Soviétiques décident de changer de stratégie en 1947 et d’appliquer des méthodes indirectes, plus efficaces. C’est de cette époque que date le fameux ordre que donna le Politburo au commandant en chef des troupes de sécurité soviétiques, le Général Victor Abakoumov : le Département IX de l’Armée de la Baltique devait, si les troupes d’occupation étaient mises en danger mortel, procéder à la déportation de la population civile voire à sa liquidation physique. Si, jusqu’alors, les Soviétiques ne procédaient qu’à des arrestations individuelles au sein de certaines catégories de personnes, à partir de 1947, ils commencèrent à déporter des Lituaniens en masse, surtout dans les régions où la résistance était bien ancrée comme celles autour des villes de Vilnius et Siauliai.

Dans la région de Vilnius, 70.000 personnes furent déportées vers l’intérieur des terres russes, rien que pendant l’été 1948 ; le nombre total de Lituaniens déportés s’élève à 500.000 personnes, ce qui équivaut à environ 20% de la population de 1945. Simultanément, des groupes de colons russes tentèrent de s’installer dans les régions évacuées ; ils étaient bien armés et se montraient assez agressifs. Jusqu’en 1952, la résistance armée a réussi à les chasser des villages et des fermes isolées et abandonnées qu’ils occupaient. Il a fallu attendre l’ère Brejnev pour qu’un nombre appréciable de Russes puisse s’installer en Lituanie.

Ces attaques violentes eurent de l’effet. Les Lituaniens ont été contraints, dès 1949, à modifier les buts de leurs manœuvres et à changer de tactique. Si, jusqu’alors, le principal objectif du mouvement de résistance avait été de lutter activement contre l’occupant, il devint après 1949 de protéger la population lituanienne, de maintenir intacte sa substance, gravement menacée par les mesures prises par les Soviétiques. L’organisation s’est ainsi transformée : de formation de combat qu’elle était, elle se transforma en réseau de renseignement. L’époque des grands combats était passée mais le mouvement de résistance, en prenant à son compte de nouvelles formes de combat, réussit à infiltrer jusqu’aux plus hautes instances du pouvoir soviétique et de l’Armée rouge. Le mouvement disposait d’informations de premier plan qui lui permettait d’avertir à temps des personnes menacées et d’exercer une action dissolvante qui a contribué, en fin de compte, à mettre un terme, d’abord politique, à l’occupation soviétique.

Le combat armé entre 1949 et 1953 avait pour principale caractéristique que l’occupant, qui disposait d’un potentiel quasi inépuisable d’hommes, de matériel et d’armements, devait toujours engager des troupes fraiches dans la région pour combler les pertes dues à la lutte contre la résistance lituanienne. Il n’était pas rare de voir des combats s’engager avec, d’un côté, une trentaine de partisans lituaniens, et 800 agents du NKVD, de l’autre. Dans ce type de combat, les pertes étaient souvent d’un Lituanien contre 15 voire 30 agents du NKVD, comme en l’apprend en lisant les mémoires d’un Lituanien exilé, N. E. Suduvis (pseudonyme), publiées sous le titre de Seul, tout seul – Résistance sur le littoral baltique (New Rochelle, États-Unis, 1964).

Moscou a dû recourir à un autre moyen : détruire les forêts de Lituanie, où se cachaient les partisans nationalistes. À plusieurs reprises, les régions forestières furent soumises à des bombardements intensifs, utilisant des bombes incendiaires réduisant en cendres d’énormes territoires boisés. Vers 1953, il restait environ 2.000 partisans nationalistes lituaniens en mesure de combattre ; pour leur ôter toute base logistique, les Soviétiques déportèrent 200.000 ruraux hors du pays ; dix divisions de l’Armée rouge durent protéger le transport de cette masse en wagons à bestiaux, pour éviter que les combattants ne les libèrent en cours de route. À la fin de cette période de combat, vers l’automne 1954, 120.000 hommes du NKVD, accompagnés de chiens pisteurs, firent littéralement la chasse aux 700 à 800 partisans qui subsistaient vaille que vaille. De plus, des agents spéciaux furent infiltrés dans les unités de partisans, avec pour mission de révéler les cachettes, afin que le NKVD puissent faire usage de gaz anesthésiants et d’autres substances toxiques contre les derniers combattants, qui résistèrent véritablement jusqu’au dernier homme.

Mais le combat n’était pas encore fini….

Jusque dans les années 60, les combats se poursuivirent de manière sporadique au niveau local, principalement avec la participation de petites troupes d’assaut qui frappaient des objectifs limités et précis, perpétrant des attaques ciblées et des actions de sabotage avant de disparaître sans laisser de traces. Par vengeance, le NKVD rasa des villages entiers, incendiant des maisons abritant femmes, enfants et vieillards. Souvent, les agents spéciaux du NKVD revêtaient des uniformes lituaniens et abattaient de la manière la plus bestiale des Lituaniens innocents pour mettre ces massacres sur le compte des résistants.

Le 17 mars 1965, l’un des derniers combattants armés de la résistance lituanienne, Antanas Kraujelis, fut trahi et encerclé dans son abri souterrain. Sa situation était désespérée : il se tua afin d’échapper à la captivité. Le responsable de cette action, le Major du KGB Nakhman Douchanski s’est réfugié en Israël en 1989 ; il fut jugé par contumace mais l’État hébreu ne l’extrada pas et il mourut en exil. Le 6 juillet 1965, Pranas Koncius tombe les armes à la main. Le dernier combattant à être demeuré armé dans les forêts jusqu’en 1971 fut Benediktas Mikulis. En 1980, il fut condamné à de nombreuses années de prison. Le Commissaire du peuple à la justice de l’époque, Pranas Kuris, est devenu juge lituanien à la Cour Européenne des Droits de l’Homme en 1994, par la grâce de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe. Durant l’hiver 1986, le dernier combattant lituanien de la liberté, Stasys Guiga, meurt d’une grave maladie dans une cachette secrète, poursuivi par toute une armée de sicaires, jamais découvert et invaincu.
Christian NEKVEDAVICIUS (article paru dans Junge Freiheit, Berlin, n°4/2010 ; tr. fr. : RS).
http://vouloir.hautetfort.com
◙ Lecture complémentaire sur notre blog : billet sur la figure du partisan.

• Bibliographie en français :

* L'opposition en URSS 1917-1967 : Les armées blanches - Trotski - Boukharine - Vlassov - Les partisans nationalistes - Les croyants - L'intelligentsia, Roland Gaucher, Albin Michel, 1967, 430 p., 1967.
* Les Français dans l'histoire de la Lituanie, Gilles Dutertre, L'Harmattan, 2009.

• Films : Vent d'Est de Robert Enrico (1991, sorti en 1993, sorti en DVD) évoque la question de partisans après-guerre à travers une histoire méconnue. Vienui vieni (Utterly Alone, 2004) de Jonas Vaitkus.
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Dominique
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Re: Communisme : le devoir de mémoire

Messagepar Dominique » 15/02/2011 - 23:38

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J'ajoute cette vidéo intitulée "La barbarie du communisme" que les Français diffusent sur Facebook, tant ce parti attire la haine, comme tous les partis anti-France :

http://www.youtube.com/watch?v=OzBaqG2VPoM

Ce parti, qui n'est pas démocratique, devrait être interdit vu que la Constitution, dans son article 4, édicte que :
"Les partis et groupements politiques concourent à l'expression du suffrage. Ils se forment et exercent leur activité librement. Ils doivent respecter les principes de la souveraineté nationale et de la démocratie."

Bilan total du communisme : cent millions de morts !

Ainsi constatons-nous que l'athéisme aura été plus meutrier que n'importe quelle religion.
"Une fois encore, l’Histoire que l’on voudrait nous faire oublier est là pour nous rappeler que, sans racines et sans mémoire, on ne peut construire l’avenir." (Louis XX, le 3 juillet 2008)
http://lafrancecouronnee.xooit.fr

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Re: Communisme : le devoir de mémoire

Messagepar Miroir » 16/02/2011 - 9:09

Dominique a écrit :Ainsi constatons-nous que l'athéisme aura été plus meutrier que n'importe quelle religion.

Quel rapport?
Le communisme se prétend athée mais a toutes les caractéristiques d'une religion.
Ne te laisse pas prendre par la propagande communiste, tu peux regarder au-delà des apparences.
Errare humanum est, perseverare diabolicum.

"Ce qui doit tomber, il ne faut pas le retenir. Il faut encore le pousser." Nietzsche

"Le problème de la plupart des gens n'est pas qu'ils se fixent des objectifs trop hauts,
c'est qu'ils se fixent des objectifs trop bas et qu'ils les atteignent." Léonard de Vinci

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Re: Communisme : le devoir de mémoire

Messagepar Tireur_isolé » 16/02/2011 - 14:38

*
_ Le communisme
est une religion, celle de la bêtise, du culte de la personnalité, celle de l'écrasement de l'individu...
:evil:
ENFANTS, PROFITEZ DE LA GUERRE !
LA PAIX SERA TERRIBLE !!!
_____________________________
encore un carreau d'cassé, v'là le vitrier qui passe,
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Re: Communisme : le devoir de mémoire

Messagepar Pat » 26/03/2011 - 0:24

Budapest, octobre-novembre 1956, Une révolution anti-marchande et anti-étatique pour un communisme authentique

- Mémoire ouvrière radicale- Budapest, octobre 1956… Ce n’était qu’un combat, continuons ce début…

Organisée spontanément par un petit groupe d’étudiants et d’ouvriers hongrois, une banale manifestation de solidarité avec les ouvriers polonais mit soudainement le feu aux poudres sociales en cette fin du mois d’octobre. Mais qui étaient donc - en l’âme de leur colère profonde - ces insurgés progressivement incontrôlables? A écouter l’imbécillité de la droite du capital, il se serait agi d’adeptes de la libre entreprise du calcul, simplement soucieux d’instaurer la démocratie de la marchandise à l’occidentale, assoiffés de capitalisme libéral, développé et diffus. A entendre les idioties de la gauche du capital et plus particulièrement les souteneurs du capitalisme étatique, concentré et vétuste qui d’ailleurs n’alléguaient pas vraiment le contraire, les inspirateurs de la Commune de Budapest devaient être regardés comme de simples émeutiers ultra-réactionnaires et para-fascistes.

En réalité, il convient avant tout de dissiper le brouillard pathogène de la propagande marchande dont la crétinerie démocratique du libre échange de l’avoir et du paraître se sert de tous les côtés pour dissimuler la réalité radicale et explosive de la révolution hongroise. Il s’agit de montrer les exactes tendances communistes vraies de cette révolution humaine contre le capitalisme d’État bolchévico-stalinien travaillant justement, dans les larmes, le sang et la fabulation sous faux-drapeau communiste.

La révolution des conseils ouvriers qui prend forme à Budapest après celle de Berlin en 1953, vient pleinement confirmer la pertinence historique d’un projet révolutionnaire, à la fois radical et total, voulant renouer avec le fil du temps millénaire de la communauté de l’être et aspirant à éradiquer toutes les impostures politistes de la société de la possession, de la frustration et de l’angoisse…Les événements de Budapest, modèles vivants de déclenchement d’une révolution anti-marchande et anti-étatique, constituèrent la première révolution sociale d’après guerre en désignant de manière vivante la perspective du communisme authentique opposé à toutes les idéologies léninistes et social-démocrates, toutes variantes passées, présentes et futures comprises.

Comme dans toutes les Communes antérieures, Paris, Kronstadt ou Barcelone, l’insurrection hongroise opère spontanément en tant qu’auto-mouvement subversif des masses asservies cherchant justement à ne plus l’être. Le pouvoir capitaliste monolithique du parti-État se défait là en quelques jours devant un ensemble séditieux de mouvements sauvages, autonomes, centrifuges, tumultueux et anti-hiérarchiques.

Cette révolution communiste à multiples foyers de base se développe en refus de toute avant-garde et contre l’idée même d’une discipline et d’un assujettissement à d’hypothétiques « professionnels » de la révolution. De la sorte, la Commune de Budapest réhabilite les formes anti-domesticatoires de toute lutte radicale effective pour la communauté du vivre humain. Celles de la grève générale maximaliste et illimitée telle qu’elle implique la création de conseils révolutionnaires autonomes opérant sur la base d’une centralisation fédéraliste et d’une auto-organisation directe et permanente destinée à balayer les lois de l’argent et du marché. La Commune de Budapest met également en pièces le mythe du soi-disant parti révolutionnaire défendu par toutes les sectes de la socialisation marchande qui, de l’extrême droite à l’extrême gauche du capital, rêvent pour dissimuler les angoisses d’impuissance de leur pathologie cheffiste, d’une organisation autoritariste et concentrée qui destine les décisions à une élite savante et limitée à laquelle bien entendu chaque abruti orgueilleux de l’anti-pensée et de l’anti-jouir s’imagine prédestiné.

L’insurrection du prolétariat hongrois illustre exactement la dialectique d’auto-mouvement des mouvements révolutionnaires en démontrant parfaitement toute l’importance de l’analyse si chère à Marx d’auto-émancipation radicale du prolétariat. Et c’est ici que se situe le cœur du projet communiste. N’en déplaise à tous les falsificateurs marxistes qui ont conduit Marx à déclarer précisément et si pertinemment qu’il n’était pas marxiste, la conscience révolutionnaire du prolétariat qui se nie comme prolétariat, loin d’émerger à partir d’un savoir particulier réservé à un gratin de paumés narcissiques spécifiques, est d’abord le produit matériel et tangible d’une expérience vibrante et communautaire de combat pour l’abolition de l’ordre établi du salariat et de l’Etat.

À partir du 25 octobre 1956, les conseils ouvriers se multiplient et emplissent la vie de la Hongrie, le pouvoir de leur progressive hégémonie anti-étatique devient le seul pouvoir réel en dehors de l’armée rouge du capitalisme étatique. En substance, l’activité spontanée et radicale des insurgés illustre la force de leur créativité anti-politique et débouche sur l’émergence d’une puissance sociale radicalement nouvelle qui tend partout à substituer sa logique humaine à celle de l’économie politique de l’in-humain.

Qui dit communisme dit jaillissement de conseils insurrectionnels tel que cela témoigne à la fois du contrôle de tout mandatement et de la claire volonté d’empêcher toute tendance aliénatoire à l’autonomisation du pouvoir. L’adoption du mandat impératif constitue là un des piliers vivants des conseils communistes pour l’émancipation humaine. Il s’efforce de prévenir la disjonction entre une minorité dirigeante et une majorité exécutante. A l’opposé du mandat représentatif de la collectivité marchande et étatique, il instaure la révocabilité permanente de tout mandataire. Ainsi, le représentant est tenu d’appliquer les consignes de ceux qui l’ont élu pendant que le mandat représentatif confère une indépendance totale à celui-ci, qui, une fois élu, devient une simple voix dans le délire commercial de la nation trafiquante et non plus celle de ses mandants.

Le 28 octobre, le conseil ouvrier de Szeged adoptait la revendication d’auto-organisation ouvrière. De nombreux conseils ouvriers suivirent le même cheminement. Le 2 novembre, la Fédération de la jeunesse annonçait : « Nous ne rendrons jamais la terre aux gros propriétaires fonciers ni les usines aux capitalistes. ». Sans nul doute, la révolution hongroise s’est indubitablement montré comme un anticapitalisme réel pour retrouver la réalité du communisme authentique qui s’attaque aux rapports de production de la marchandise en tant que telle, en sachant que l’étatisation des moyens de production de l’exploitation n’est pas autre chose que de la servitude étatique. Le régime capitaliste lenino-trotsko-staliniste avait là au moins permis de faire comprendre une chose essentielle aux prolétaires hongrois. L’exploitation ne vient pas de la propriété privé du capital, mais plus généralement de la marchandisation de l’humain. L’étatisation des moyens de production – ou leur nationalisation – ne saurait en aucun cas conférer un caractère socialiste à la production. Une telle mystification avait seulement abouti à masquer la réalité d’un système capitaliste d’exploitation monumental qu’en 1956 les insurgés hongrois entreprirent alors de réduire en cendres…

Évidemment, la cogestion yaltaiste de l’économie monde de la marchandise par le Kremlin et Wall-street, à l’heure des complicités géo-politiques de la cinématographie de la crise de Suez, allait conduire à l’écrasement sanglant de la Commune de Budapest…Mais par delà ses limites, ses faiblesses et ses contradictions qui n’étaient finalement que celles d’une époque où le devenir de l’histoire était encore marqué par le développement industriel encore possible de la production commerciale de la vie fausse, la colère ouvrière des barricadiers de Budapest a su signaler la direction du sens qui pose que l’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes…Ce qu’énonce bien en tous ses contrastes et paradoxes, l’Appel du Conseil central ouvrier de Budapest du 27 novembre qui nous rappelle ici que l’essentiel consiste d’abord à balayer tous ceux qui n’entendent qu’améliorer et humaniser la pourriture du marché de l’oubli de l’être…

Ce qui est déterminant dans un mouvement, ce n’est pas tant ce qui le plombe momentanément que ce qui par delà et du sein même de ce qui le bloque et l’aveugle, tend à simultanément mettre en mouvement son arrachement et son échappement vers l’au-delà des illusions de l’empire de la soumission en l’internement au travail, à l’argent et à l’État…

L’Internationale, Octobre-novembre 2010…

Appel du Conseil central ouvrier de Budapest

Camarades ouvriers

Le Conseil Central Ouvrier des usines et des arrondissements du Grand-Budapest désigné directement par la base vous adresse un appel et des informations dans le but de resserrer encore nos rangs et de les rendre plus unis et plus forts.

On sait que le Conseil Central Ouvrier du Grand-Budapest a été créé sur l’initiative des grandes entreprises, le 14 novembre dernier, afin de coordonner le mouvement des conseils ouvriers des usines et de se faire le porte-parole commun de leurs aspirations. Depuis sa création, le conseil central a, contre tout opportunisme, présenté aux instances les plus diverses les souhaits des ouvriers du Grand-Budapest et, bien que les résultats ne soient pas suffisants, loin de là, nous pouvons néanmoins affirmer qu’au cours de ces discussions nous n’avons à aucun moment abandonné les objectifs essentiels au niveau national de notre retentissante révolution du 23 octobre.

Ainsi que nous l’avons toujours fait, nous affirmons une fois de plus que nous avons reçu notre mandat de la classe ouvrière. Fidèles à cette mission, nous défendons, fût-ce au prix de notre vie, nos usines et notre patrie contre toute tentative de manoeuvre capitaliste. Nous proclamons en même temps notre volonté d’édifier un ordre social et économique nouveau dans une Hongrie indépendante et à la manière hongroise. Nous n’abandonnerons aucune des exigences de la révolution. Nous considérons que la production est la base de la société. Nous sommes des ouvriers et nous voulons produire ce qui est nécessaire. Voilà pourquoi nous avons convié au Palais des Sports de Budapest, pour le 21 novembre dernier, les représentants de la province, des départements, afin que, à la réunion d’un conseil ouvrier national, nous discutions des questions les plus importantes qui nous préoccupent et notamment de la possibilité d’une reprise de la production.

Quoique nous ayons fait part à l’avance de nos intentions au gouvernement et que nous ayons même invité celui-ci à envoyer un représentant, le gouvernements a interdit notre réunion. Cette mesure inattendue a envenimé la situation. Dès que l’interdiction a été connue, les ouvriers des usines de Budapest ainsi que les travailleurs des Transports ont cessé le travail et ont commencé une grève de protestation massive, sans avoir reçu aucune directive du conseil central.

Malgré tout, nous avons établi des rapports avec les délégués de province. Nous avons voté une résolution stipulant qu’en dépit de la grève de protestation de 48 heures, nous étions prêts à reprendre la production dans tout le pays sans pour autant renoncer à notre combat de gréviste, à la condition expresse que le gouvernement reconnaisse le conseil ouvrier national comme seul organisme représentatif de la classe ouvrière et qu’il accepte sans délai de reconnaître nos exigences. Celles-ci ont été définies par nous, le 14 novembre, conformément aux objectifs essentiels de la révolution.

Un comité ouvrier représentant notre Conseil et complété par un membre de la délégation des mineurs de Pécskomio a eu un entretien à ce sujet avec János Kádár, président du Conseil des Ministres, dans la nuit du 22 au 23 novembre.

Le 23 novembre au matin, József Balaázs, l’un des membres de notre délégation, a annoncé personnellement à la radio le résultat de ces entretiens. Le président du Conseil des Ministres avait été contraint de reconnaître le Conseil Central Ouvrier du Grand-Budapest comme représentatif pour poursuivre les pourparlers et avait promis de soumettre au Conseil des Ministres les prétentions qui lui étaient présentées. Il avait enfin assuré que le conseil ouvrier aurait la possibilité de donner des informations sur les résultats obtenus au cours des conversations entre le Conseil et le gouvernement. Force nous est de proclamer que toutes ces promesses ne constituent pas grand chose. Néanmoins, nous avons décidé de reprendre la production, car nous n’avions en vue que les seuls intérêts réels de la population.

Nous ne nous laisserons pas berner

Nous sommes persuadés du succès final de notre combat et nous essayons de prendre des mesures qui ne se retournent pas contre nous.

Le 23 novembre, une information a été publiée selon laquelle Imre Nagy et autres personnalités politiques qui se trouvaient à l’ambassade de Yougoslavie auraient quitté les bâtiments de l’ambassade, après l’accord avec le gouvernement hongrois qui leur aurait fourni des garanties suffisantes. Le même jour, la radio de Budapest a annoncé qu’Imre Nagy et les personnalités qui se trouvaient à l’ambassade de Yougoslavie avaient demandé le droit d’asile à la République Populaire de Roumanie. Etant donné que cette nouvelle a provoqué une grande inquiétude parmi les ouvriers, le Conseil Central Ouvrier du Grand-Budapest a nommé une commission ayant pour mission de demander au gouvernement hongrois, et au Haut Commandement des forces soviétiques stationnées en Hongrie, ainsi qu’à l’ambassade de Roumanie l’endroit précis où se trouvait Imre Nagy. Une fois cet endroit connu, la commission aurait à demander la possibilité de négocier personnellement avec Imre Nagy.

Il ne fait pas de doute que cet événement important n’a fait qu’augmenter la méfiance vis-à-vis du gouvernement. Toutefois, ainsi que nous l’avons déjà dit, uniquement dans l’intérêt du peuple hongrois nous prenons position en faveur de la continuation de la production. En même temps, nous adressons un appel à toutes les usines du pays pour les inviter à faire de même après examen approfondi de la situation.

Les usines se trouvent entre nos mains, entre les mains des conseils ouvriers.

Afin d’augmenter encore nos forces nous pensons que, en vue de mesures et actions unies, la réalisation des tâches suivantes s’impose :

1) Dans tout arrondissement et dans tout département où un conseil ouvrier d’arrondissement ou de département n’a pas encore été constitué, ces organismes sont à former d’urgence au moyen de désignations directement organisées à la base. Les usines importantes et d’abord celles qui se trouvent dans les villes centrales des départements devront prendre l’initiative de constituer des conseils centraux.

2) Tout conseil central d’arrondissement et de département doit se mettre immédiatement en rapport avec le Conseil Central Ouvrier du Grand-Budapest (15-17, rue Akacfa, téléphone 422-130). Le responsable du conseil central ouvrier est Sándor Rácz, responsable du conseil ouvrier de l’usine Standard (Beloiannis) ; son adjoint est György Kalocsai, délégué du conseil ouvrier des Huileries Végétables de Csepel ; son secrétaire est István Babai, responsable du conseil ouvrier de la Compagnie des Tramways de Budapest.

3) L’une des tâches les plus importantes des membres des conseils ouvriers d’usines consiste à s’occuper, non seulement de l’organisation de la production, mais aussi à organiser d’urgence les conseils ouvriers définitifs. En composant nos délégations, nous devons montrer la même énergie pour combattre l’agitation de la dictature rákosiste que celle de la rénovation capitaliste. Les conseils doivent être composés d’ouvriers exemplaires au passé irréprochable. Au sein des conseils, les ouvriers conscients devront s’employer à toujours posséder une influence déterminante.

En ce qui concerne les attributions des conseils ouvriers, nous ne saurions être d’accord avec les ordonnances du Conseil du Présidium Suprême promulguées à ce sujet. Nous maintenons que des conseils ouvriers doivent être formés dans toutes les compagnies de transports (chemins de fer, tramways municipaux, compagnies d’autobus), ainsi que dans toutes les entreprises où l’ensemble des travailleurs l’exige. Lors de l’entretien du 26 de ce mois, le président du Conseil des Ministres a promis de soumettre notre position au Conseil des Ministres. En attendant, nous invitons les conseils ouvriers créés dans de telles compagnies à poursuivre inlassablement leur activité. Par ailleurs, nous ne saurions être davantage d’accord avec le décret du Conseil du Présidium Suprême qui définit la compétence des Conseils Révolutionnaires créés dans les ministères et les grandes administrations.

Nous voulons, en effet, un renforcement considérable et continu de l’autorité de ces conseils. Pour ce qui est de la personne des responsables, nous pensons que ces derniers doivent être désignés par les conseils eux-mêmes après déclaration de candidature. L’entrée en fonction d’un responsable ne devrait pas être subordonnée à l’accord du ministre ou du ministère. Nous invitions les conseils ouvriers à mettre tout en œuvre pour la réalisation de notre position ; à ne pas accepter des dirigeants imposés aux usines, qui dans le passé ont fait la preuve de leur incompétence et de leur éloignement de la classe ouvrière. Il faudra se méfier des arrivistes au passé douteux.

4) Par la suite, il est très important que la désignation des nouveaux comités d’usine soit assurée par les conseils ouvriers représentant la volonté authentique de la classe ouvrière. Les « syndicats libres » dont le nombre augmente sans cesse actuellement, tentent de s’assurer une popularité en formulant des revendications de salaires excentriques. Il convient de préciser que les dirigeants de ces « syndicats libres » n’ont pas été choisis par les ouvriers, mais désignés à l’époque rákosiste, époque à laquelle ils se sont sans cesse compromis.

Les syndicats essaient actuellement de présenter les conseils ouvriers, comme s’ils avaient été constitués grâce à la lutte des syndicats. Il est bien sûr superflu de préciser que c’est là une affirmation gratuite. Seuls les ouvriers ont combattu pour la création des conseils ouvriers et la lutte de ces conseils a été la plupart du temps entravée par les syndicats qui se sont bien gardés de les aider.

Nous pensons que les ouvriers ont besoin d’organisations qui défendent leurs intérêts, de coordinations et de comités d’usine. Mais uniquement de celles dont les directions sont désignés par la base avec des méthodes d’auto-organisation claires, de façon que leurs délégués soient des représentants consciencieux de la classe ouvrière. Voilà pourquoi il importe que les comités d’usine soient désignés de la façon la plus directe et transparente possible, une fois les conseils ouvriers définitivement constitués, afin que la composition personnelle de ces comités fournisse toutes les garanties pour la réalisation des objectifs de la révolution.

Nous sommes hostiles au maintien des permanents syndicaux rétribués. En effet, l’activité aussi bien au sein d’un comité d’usine qu’au sein d’un conseil ouvrier doit être une contribution sociale bénévole.

Nous ne voulons pas vivre de la révolution et nous ne tolérerons pas que qui ce soit essaie d’en vivre.

Nous estimons que l’adhésion aux syndicats doit être libre d’autant plus qu’on ne saurait préserver d’une autre manière les syndicats du danger de la bureaucratisation et de la distance avec le peuple.

Nous protestons contre la thèse des « syndicats libres » récemment constitués d’après laquelle les conseils ouvriers devraient être uniquement des organisations économiques. Nous pouvons affirmer que les véritables intérêts de la classe ouvrière sont représentés en Hongrie par les conseils ouvriers et que, d’autre part, il n’existe pas actuellement un pouvoir de réalité plus sérieux et plus puissant que le leur. Nous devrons œuvrer de toutes nos forces au constant renforcement du pouvoir ouvrier.

5) Les conseils ouvriers d’arrondissement et de département devront rentrer immédiatement en contact avec l’organisme distributeur compétent de la Croix-Rouge. Ils devront envoyer leurs délégués à son siège central afin d’assurer une répartition équitable des denrées et des médicaments. Il est important que des hommes expérimentés figurent parmi les délégués.

6) Dans le but d’empêcher tout accaparement, les conseils d’arrondissement et de département devront organiser le contrôle solidaire de la distribution et des halles centrales, afin que les travailleurs empêchent la spéculation. Ces observateurs devront se présenter régulièrement dans les lieux de stockage des produits, clouer au pilori les auteurs de malversation et, en outre, signaler publiquement tout abus.

7) Les conseils d’arrondissement et de département devront faire tout leur possible pour informer l’ensemble de la population. Toutes les fois que la chose sera faisable, ils demanderont que leur soit réservée une place dans la presse locale. Par ailleurs, ils devront fournir constamment des informations objectives aux travailleurs des usines et des entreprises. Pour cette raison, les conseils centraux des grandes usines doivent faire le nécessaire pour que cet appel soit distribué dans tous les ateliers. Ces revendications ayant été formulées à plusieurs reprises, le président du Conseil des Ministres s’est engagé à soumettre, le 27 courant, au Conseil des Ministres, notre réclamation au sujet de la création d’un quotidien. Cette demande une fois aboutie, le problème de l’information serait résolu.

Pour conclure,

Nous dirons qu’aujourd’hui il est nécessaire que les conseils ouvriers, avec une unité et une intransigeance complètes servent – même avec la reprise de la production – la cause de la révolution sociale du 23 octobre. Nous avons fait le premier pas …Désormais, le gouvernement va devoir répondre. Tout cela peut durer plusieurs mois. Il nous faudra veiller avec vigilance, pendant tout ce temps-là, car la clique compromise de Rákosi et Géró essaie de pêcher en eaux troubles et de restaurer son régime. Nos rangs se renforcent de jour en jour. Nous avons derrière nous des écrivains lucides qui ont joué un rôle important dans la préparation de la révolution, des artistes, desa musiciens et le Conseil Révolutionnaire des Intellectuels Hongrois qui groupe toutes les organisations d’intellectuels. Une unité révolutionnaire nationale, encore jamais vue, qui rassemble tous les Hongrois solidaires, se constitue actuellement à la suite de nos combats. Regroupons-nous encore davantage, resserrons encore nos contacts entre conseils ouvriers et continuons à combattre avec une vigilance révolutionnaire pour notre objectif intangible, une Hongrie vraiment socialiste, indépendante et auto-organisée, édifiée selon l’histoire de nos caractéristiques nationales.
Budapest, le 27 novembre 1956

Pour une étude détaillée des événements de l'automne 1956, on consultera avec profit :
Henri-Christian Giraud, Le Printemps en octobre. Une histoire de la révolution hongroise, Éditions du Rocher, 814 p., 24 euros. Gustave Lefrançais http://www.esprit-europeen.fr
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Re: Communisme : le devoir de mémoire

Messagepar Pat » 26/03/2011 - 23:30

L'institution imaginaire de la société - 1. Le marxisme, bilan provisoire (C. Castoriadis)

L’institution imaginaire de la société est un livre publié par Cornelius Castoriadis dans les années 70, mais qui regroupait un ensemble de textes rédigés pour l’essentiel dans les années 60. S’inscrivant typiquement dans la perception platonicienne selon laquelle le monde par nous perçu est une image trompeuse, il vise à décoder les conditions qui permettent à une société d’accoucher progressivement d’un imaginaire purement construit, qui ne reflète en rien l’image trompeuse, mais ouvre la porte à une véritable libération de l’esprit. C’est un texte important de la critique néomarxiste, qui peut intéresser tous ceux qui veulent sincèrement défendre la cause de la liberté, marxistes ou non-marxistes.

On peut diviser ce texte en cinq parties, qui constituent en fait autant de petits essais presque autonomes :
- Le marxisme, bilan provisoire,
- Théorie et projet révolutionnaire,
- L’institution et l’imaginaire (premier abord),
- Le social-historique,
- L’individu et la chose.

Ci-dessous, une fiche de lecture détaillée sur la première partie : le marxisme, bilan provisoire – un texte rédigé à une autre époque, avant la chute de l’URSS, mais dont les ressorts fondamentaux restent tout à fait actuels. Suivront quatre autres fiches, sur les quatre parties suivantes.

Castoriadis commence par démolir consciencieusement le marxisme de son temps. C’est, dit-il, devenu une idéologie, au sens péjoratif que Marx lui-même donnait à ce terme : un système de pensée qui n’est plus fait pour aider à la compréhension du monde, pour le dévoiler, mais au contraire pour le travestir. Les diverses « sectes » issues de l’explosion du marxisme entre idéologie principale (communisme soviétique) et dissidences (communismes non soviétiques) ne font que bâtir inlassablement des infra-idéologies aussi mensongères que leur adversaire « orthodoxe », ou réputé tel. La réduction du marxisme à une méthode, à la manière de Lukacs en 1919, ne paraît elle non plus guère possible – tout simplement parce qu’en la matière, la méthode ne peut être séparée du contenu qu’elle sert à manipuler : les catégories du marxisme sont en elles-mêmes le produit d’une vision matérialiste du monde. En fait, il faut même prendre le contrepied de Lukacs : rester marxiste, c’est remettre en cause la méthode au vu du contenu que l’Histoire lui a donné.

L’expérience du capitalisme, dit Castoriadis dans les années 60, laisse penser qu’est caduque l’analyse marxiste selon laquelle les contradictions internes du capitalisme seraient insurmontables. L’examen des faits montre que Marx a commis une erreur : il n’a pas tenu compte de l’impact des luttes ouvrières sur le capitalisme, et ce faisant, il a négligé la possibilité pour le capitalisme de devenir son propre outil de réadaptation permanente. Cette erreur de Marx provient de sa conviction selon laquelle dans l’économie capitaliste, les hommes et les classes sociales seraient radicalement réifiés. Ce n’est pas ce que l’on observe : la réification est bien une tendance essentielle du capitalisme, mais elle ne peut jamais se réaliser entièrement. Le capitalisme fonctionne justement en n’allant jamais jusqu’au bout de sa propre tendance. Il met la vie non économique sous l’étouffoir de l’économie régnante, mais cet étouffoir n’étouffe jamais complètement. En conséquence, la pensée de Marx est mise en question. L’idée selon laquelle le progrès technologique va nécessairement faire exploser le cadre capitaliste dont il est originellement issu peut s’avérer fausse, puisque des forces extra-économiques vont continuer à agir, que Marx avait crues caduques. Le capitalisme s’avère en pratique un système souple, qui sait prendre appui sur ses propres contradictions pour se réformer. L’idée selon laquelle il ne serait construit que par le jeu mécanique des dynamiques économiques n’a pas été vérifiée en pratique.

Il faut donc sortir de la vision mécaniste induite par le matérialisme historique. Ce qui ne veut pas dire que tout Marx est faux, évidemment, mais simplement que tout le Vrai n’est pas dans Marx. Le facteur technique joue évidemment un rôle dans le devenir historique, mais il n’est pas autonome de sphères elles-mêmes susceptibles d’évoluer en partie de manière autonome à l’égard de l’économie matérielle.

Dans ces conditions, l’articulation marxiste entre infrastructure et superstructure est à réviser. L’idée que la vérité historique se situe entièrement dans la dynamique de l’infrastructure ne traduit, à tout prendre, qu’un préjugé matérialiste. L’infrastructure de l’industrie automobile est, à l’époque, la même en Angleterre et en France. Et pourtant, la situation diffère radicalement en termes de rapports de classe entre les deux pays, dans cette industrie. Pourquoi ? Parce que l’Histoire des populations concernées n’est pas la même, et parce qu’elle a produit une donne non entièrement incluse dans les données matérielles.

Les catégories mêmes dans lesquelles la société se pense sont le produit de l’évolution historique, et les conditions matérielles seront réinterprétées radicalement en fonction de ces catégories. Ainsi, l’application à Marx des fondamentaux de la critique marxiste permet, à plus d’un siècle de distance, de comprendre en quoi le matérialisme lui-même fut le produit d’une évolution historique donnée. Le marxisme « orthodoxe » n’apparaît plus, pour Castoriadis, dans les années 1960, que comme la formulation rigoureuse d’un ensemble de prédicats inconscients à travers une structure logique cohérente. En réalité, le matérialisme historique n’est, avec le recul, qu’une tentative pour rétablir un cadre de cohérence à une conception dominée par la préoccupation matérialiste de croissance des forces productives. Pure illusion : en réalité, les catégories technico-économiques n’ont pas toujours été déterminantes dans l’Histoire. Au fond, le marxiste « orthodoxe » qui réduit tout à la question des forces productives s’avère donc être une incarnation beaucoup plus poussée du capitalisme que n’importe quel patron, puisqu’il avoue, dans son obsession anticapitaliste, ne pas pouvoir penser le monde hors des catégories du capital et du travail.

En remettant en cause le matérialisme historique, Castoriadis le sait, il déconstruit l’idée selon laquelle la lutte des classes serait nécessairement le moteur de l’Histoire. Cette idée « orthodoxe » renvoyait en effet à une certaine conception du processus par lequel se forment les contenus idéologiques. Dès lors que l’on remet en cause le caractère mécanique du lien entre infrastructure matérielle et idéologie, on remet en cause l’idée que la lutte entre conservatisme et progressisme se confond totalement avec l’opposition de classe. On admet qu’une politique capitaliste peut être intelligente, en ce sens qu’elle peut modifier le devenir historique, par-delà les contraintes matérielles. Donc, pour dire les choses simplement, on sort du marxisme « classique ». On invente autre chose.

Lorsque nous pensons l’Histoire, dit Castoriadis, nous la pensons nécessairement en étant dans et de l’Histoire. Nous la pensons en étant dedans : dans les catégories que l’Histoire a construites, et qui structurent notre pensée. Nous la pensons en faisant partie d’elle : notre pensée est orientée vers un projet, qui est lui-même une page de l’Histoire. Marx lui-même en était bien conscient, et en ce sens, il encourage les penseurs contemporains à s’affranchir de sa vision, à prendre appui sur elle pour aller vers cet autre chose nécessaire, qui prendra en compte les enseignements du XX° siècle.

Ainsi, le prolétariat était, dans le cadre du matérialisme historique, la classe qui allait réaliser totalement l’humanité en perdant tout intérêt particulier. Mais si l’on sort du matérialisme historique, si l’on admet que le XX° siècle a démontré qu’il n’était pas une méthode, mais un système de prédicats non sus, alors le prolétariat cesse d’être une humanité sans intérêt particulier, puisque les intérêts non matériels existent. Il ne peut donc réaliser l’humanité totalement. Le sens de l’Histoire tel qu’il est compris par les marxistes « orthodoxes » en sort pulvérisé.

Si l’on admet que la finalité de l’Histoire n’est pas prédéterminée par les donnes matérielles, si l’on sort du système de pensée matérialiste qui fait de l’accroissement des forces productives la finalité logique de l’action humaine, alors soudain, l’Histoire change de sens. Aristote est supérieur à Spinoza. Une seule ligne de Platon nous fait plus réfléchir que des centaines de bouquins contemporains. Si la finalité de l’Histoire est l’accomplissement de la pensée pour elle-même, nous sommes peut-être en régression.

Ce simple exemple pour prouver qu’il faut abandonner tout fantasme théologico-philosophique d’unification totale de notre vue sur l’Histoire. Nous devons admettre que l’Histoire est un processus que nous ne pouvons cartographier entièrement. Nous devons l’aborder aspect par aspect, sans préjuger de notre capacité à construire des cohérences. La visée de vérité n’est pas impossible, mais elle doit être comprise comme une quête toujours recommencée.

La compréhension marxiste de l’Histoire est un prolongement de la vision hégélienne. Il s’agit de la construction de la Raison, incarnée chez Marx par le prolétariat, comprise chez Hegel comme l’avènement de l’Etat. Castoriadis énonce que ces conceptions théologico-philosophiques doivent être critiquées en elles-mêmes, non parce qu’elles sont inutiles (elles permettent de formuler une base de travail), mais parce qu’elles sont tout simplement en partie fausses. Elles présupposent la possibilité d’un déterminisme total du système historique, déterminisme qui, comme il a été dit précédemment, est inaccessible à notre esprit. Nous observons que des systèmes de signification se mettent en place dans l’Histoire, nous admettons que des réseaux de cause les ont engendrés et sont en retour modifiés par eux, mais la cartographie de l’ensemble de ces mécanismes nous dépasse complètement – et nous devons l’admettre.

Nous comprenons bien qu’il existe des dynamiques fortes et structurantes – par exemple, nous voyons qu’une classe en ascendance fabrique des individus forts et décidés, et qu’une classe en décadence fabrique des individus mous et indécis, et nous devinons aussi qu’un individu fort et décidé surgi, par hasard, d’une classe en décadence, ne pourrait rien faire d’autre que s’inscrire en faux contre sa propre classe sociale, tôt ou tard. Mais nous sommes bien incapables d’énoncer une loi qui permette de dire exactement comment cet individu s’inscrira en faux, de quelle manière exacte son décalage va jouer sur sa trajectoire. Et ce qui est vrai des individus l’est encore plus des groupes. Il y a des tendances générales, voilà à quoi se résument nos possibilités d’observation et de déduction.

Cet aveu de modestie implique que l’on sorte de la dialectique fermée propre à l’hégélianisme, et à son rejeton le marxisme. Nous devons admettre que le monde n’est pas réductible à la rationalité que nous pouvons percevoir. Nous devons sortir du faux débat entre spiritualisme et matérialisme, pour énoncer qu’aucun objet n’est réductible à notre raison, que le monde n’est pas enclos dans notre perception, et qu’il n’y a pas de projection imageante de notre espace mental qui permette d’établir l’espace réel dans sa complétude. Nous devons sortir d’une vision de la théorie comme système fermé, vision qui a fini, dit Castoriadis en 1970, par faire du marxisme l’idéologie de la bureaucratie – tout simplement parce que la pensée comme système interdit l’activité théorique. Elle est retour le sens le plus profond de la « culture dominante », culture des classes dominantes, c'est-à-dire la négation de l’activité des hommes comme source de signification, et la prétention du théoricien contemplatif à produire un système idéologique en caution du système social.

Il faut, dit Castoriadis, sortir de cette vision idéologique, pour briser le règne des bureaucraties. Le marxisme, dans sa dimension révolutionnaire, a voulu faire de la contestation de l’ordre social bourgeois le point de départ d’un monde nouveau, ouvert, non prédéterminé. L’enjeu, c’est de retrouver cette partie proprement révolutionnaire de Marx – celle où il fallait inventer l’avenir. Et pour cela, il faut renvoyer à sa juste place la dimension purement méthodologique et déterministe de son œuvre – celle qui, à travers le matérialisme dialectique, n’a fait que reformuler le capitalisme sous une forme originale (et le capitalisme d’Etat soviétique l’a bien démontré !). Cela ne signifie pas qu’il faille refuser cette deuxième dimension – elle reste utile à plus d’un titre. Mais elle doit être vue pour ce qu’elle est : un outil, qui n’a d’utilité que mis au service de la dimension authentiquement révolutionnaire. Le but, c’est d’incorporer la pensée dans l’acte politique, de dépasser par l’action l’impasse où la philosophie classique s’est trouvée enfermée dans sa forme la plus élaborée, l’hégélianisme.

Ce qui est intéressant, pour nous, lecteurs de l’an 2009, dans ce texte de Castoriadis, c’est qu’il contient une vérité essentielle, et pourtant très difficile à comprendre : la libération de l’esprit ouvre la porte à la libération tout court, à condition de renoncer à théoriser la liberté. C'est-à-dire que le travail de l’intellectuel, paradoxalement, n’est pas d’établir le sens de l’Histoire (tâche absurde), mais d’établir qu’il n’y en a pas – ou plus exactement : qu’il n’y en a pas hors de celui construit par l’action.

A l’heure où on se dispute au sein du mouvement national français sur ce que doit être l’avenir, il est donc intéressant de lire ou relire ce vieux marxiste de Castoriadis – qui nous dit que l’avenir ne doit rien être, que la question est de savoir ce que nous voulons qu’il soit. Et il est d’autant plus intéressant de le relire, qu’il nous dit aussi, comme on va le voir dans les notes de lecture suivantes, comment savoir ce que nous voulons.
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Re: Communisme : le devoir de mémoire

Messagepar Pat » 28/03/2011 - 14:27

Le Marxisme

Que reste-t-il du marxisme après la disparition de la plupart des pays communistes. Le dernier grand pays dit communiste a accepté une économie de marché et est devenu sans doute le pays le plus capitaliste. L'effondrement du capitalisme tant annoncé par les marxistes n'est pas encore pour demain. Le sens de l'Histoire selon eux devait pourtant y aboutir. Le marxisme porte sur lui la responsabilité des anciennes dictatures communistes. Mais avant d'être la pensée officielle des régimes communistes le marxisme a avant tout été une analyse économique, historique, sociologique et politique du système capitaliste (le mode de production capitaliste MPC). Il a été pour beaucoup une pensée de combat contre le capitalisme haï. Il y a certes une part de haine dans le marxisme. Un nombre incalculable d'intellectuels a été réceptif à ce courant. « Le marxisme est l'horizon indépassable dé notre temps » (Sartre). Les brochures du parti socialiste ont utilisé pendant longtemps une vulgate marxiste ce que déplorait Raymond Aron, libéral qui avait fait profession d'anti-marxisme.

Dans toute pensée, il y a toujours une intentionnalité. Le projet marxiste a donc été d'instaurer une société sans classes où les hommes seraient égaux (même et surtout économiquement). Cette idée d'égalité n'est pas nouvelle. Est-ce une trace du christianisme pour qui les hommes sont égaux devant Dieu.

Le libéralisme dont l'idéologie est celle des droits de l'homme a décrété les hommes égaux en droit sur terre. Le communisme a voulu aller encore plus loin pour vouloir établir une société où les hommes seraient égaux sur le plan économique et où les classes n'existeraient plus (Le Grand soir).

Pour le marxisme, qu'est-ce qui fait que les hommes ne sont pas égaux. Pour cette doctrine, il y a la primauté de l'économie sur la société : l'être économique détermine l'être social. Les hommes ne sont donc pas égaux du fait de l'existence des classes, ce qui crée un rapport de domination les uns sur les autres. Il y a d'un côté les oppresseurs et de l'autre les opprimés. Pour Marx en plus de l'existence des classes il y a une lutte des classes. « L'Histoire de toute société jusqu'à nos jours est l'histoire de lutte de classes ». C'est le thème du manifeste du parti communiste. Ces classes résultent la division du travail. Le moteur de l'histoire est posé comme étant de tous temps celui de la lutte des classes, ce qui donne une interprétation de l'histoire parmi d'autres. La vision marxiste de l'histoire s'appelle le matérialisme historique. On retrouve le fameux moteur à deux temps explicatif : infrastructure, superstructure. L'infrastructure étant l'ensemble des forces de production. La superstructure est l'ensemble des institutions (administratives, juridiques, policières et militaires…) qui encadrent et renforcent l'infrastructure.

La conscience des hommes est déterminée par leur être social. La superstructure n'est que l'expression du mode de production. Au cours de l'histoire le mode de production a été esclavagiste, féodal puis capitaliste. Le marxisme a voulu établir un nouveau mode de production socialiste où la propriété privée des moyens de production n'existerait plus. Il faut reconnaître même si cela a été un crève-cœur pour les communistes que ce système n'était guère efficace comparé au système capitaliste.

Marx jeune, était un hégélien de gauche et il a repris la dialectique hégélienne pour décrire l'histoire et ses antagonismes sociaux qui la font avancer. L'idée de classe sociale n'était pas nouvelle et existait déjà chez les classiques anglais (Smith, Ricardo, Mill…). Les deux principales sources d'inspiration de Marx sont sur le plan philosophique Hegel et sa dialectique plus généralement la philosophie allemande et sur le plan économique les classiques anglais ce qui a fait dire a l'économiste américain Samuelson que Marx était un ricardien attardé.

Pour dénoncer l'exploitation de l'homme par l'homme il faut définir ce qu'est la valeur d'un bien. Marx reprend la définition des classiques anglais. La valeur d'un bien est le travail, le temps de travail socialement nécessaire. Le travail se mesure en temps. Toute la difficulté que n'a pas résolu Marx fut le passage de la valeur au prix puisque l'on constate des prix et non des temps de travail. Seules les marchandises reproductibles ont une valeur. Marx fait la distinction entre valeur d'usage et valeur d'échange. La valeur d'usage revient a son utilité. La valeur d'échange est la proportion dans laquelle s'échangent des valeurs d'usage. Cette proportion est celle du temps de travail socialement nécessaire.

Une marchandise aura donc comme valeur :

C + V+PL

C : Temps de travail mort (machines, matières premières…)

V : Temps de travail vivant

PL : Plus-Value

Le capitaliste s'approprie la plus-value, concept clef du marxisme. Il y a donc une aliénation économique du travailleur en plus de l'aliénation sociale du fait de travailler pour un autre avec travail en général non choisi.

Dans le marxisme il y a donc exploitation de l'homme par l'homme.

Le taux de profit est P= PL / C+V P = PL : C+V

Le salaire se définit comme l'expression monétaire de la valeur de la force de travail. La force de travail contient un élément social et historique donc le salaire aussi.

La plus-value est la différence entre la valeur créée par cette force de travail et ce qu'a coûté cette dernière.

Pour Marx le capitalisme est rarement à l'équilibre. Il génère des crises. Le marxisme sur ce point rejoint la pensée keynésienne et le rejet de la loi Say « l'offre crée sa propre demande, la monnaie n'est plus qu'un voile ».

Pour les néo-classique (ou libéraux) il ne peut y avoir de crises. Dans la pensée économique, il y a donc trois grands courants : la pensée libérale, la pensée keynésienne et le marxisme. Une des idées les plus controversées du marxisme est la baisse tendancielle du taux de profit.

Taux de profit PL : C+V = PL/V : C/V+1

PLV = Taux d'exploitation, le rapport C/V est la composition organique du capital. Or la tendance à accumuler fait augmenter C/V et donc baisser le taux de profit. On notera au passage l'utilisation rudimentaire des mathématiques dans DAS KAPITAL. Il y a bien sur plusieurs façons d'empêcher la baisse du taux de profit, entre les délocalisations.

En conclusion, nous n'avons pas voulu résumer en quelques lignes la théorie marxiste absolument immense avec en plus les commentateurs et les prolongements. Il faut lui reconnaître une certaine cohérence. Elle a été un outil intellectuel de combat contre le capitalisme d'ailleurs beaucoup plus solide que ne le préconisait cette théorie. À de nombreuses reprises on a annoncé l'effondrement du capitalisme qui a montré une prodigieuse faculté d'adaptation. Sans prétendre être un discours de vérité économique le marxisme propose une vision globale de l'économie de la société et de l'Histoire.

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Re: Communisme : le devoir de mémoire

Messagepar Pat » 08/04/2011 - 17:08

À propos du génocide ukrainien de 1932-33

Le gouvernement ukrainien vient de faire une œuvre utile de mémoire : une exposition sur le génocide de 1932-33 vient d’être inaugurée le 24. Nous avions déjà évoqué ce génocide dans le n°46 du Libre Arverne mais désormais le bilan est à revoir à la hausse. Ce n’est pas 6 millions mais 10 millions d’Ukrainiens qui sont morts de faim dans ce qui a été le génocide le plus terrible du 20e siècle. Les preuves sont accablantes : rapports secrets des autorités, témoignages, photos d’enfants squelettiques et de rues jonchées de cadavres… Nous ne reviendrons pas sur les éléments donnés dans le numéro précédemment cité, ni sur le génocide de 1937-38 qui sera abordé dans le numéro 242. Nous avions vu dans le n°46 le rôle de Kaganovitch et l’une des raisons de ce génocide : obtenir un maximum de devises pour le financement de l’Opération Orage, le plan de conquête de l’Europe dont la date de déclenchement sera fixée finalement au 6 juillet 1941… Le financement de l’Opération Orage n’était pas la seule raison du génocide ukrainien : il y avait également celui de « l’industrialisation » du pays et bien évidemment la haine atavique qu’éprouvent les Juifs pour les peuples chrétiens et paysans comme les Ukrainiens, voués par le Talmud à l’extermination.

Les instances juives internationales ont collaboré avec le communisme, et ce en plein génocide ukrainien, de manière systématique et totale. Les B’naï B’rith, la plus puissante organisation juive internationale, se sont faits les apologistes et les principaux soutiens de l’URSS, spécialement dans sa politique ukrainienne. Alors que le génocide bat son plein, les B’naï B’rith ne trouvèrent comme reproche à l’URSS que la baisse de la pratique religieuse juive (article Les Juifs en Crimée, février 1932) mais signale avec ravissement la sur-représentation des Juifs dans les instances dirigeantes du communisme ukrainien… Par le biais du Joint Distribution Committee, la communauté juive américaine finança à hauteur de 17,3 millions de dollars la création de 180 villages juifs en Ukraine et en Crimée sur des terres volées aux paysans chrétiens. On comprend mieux quand on sait que Lazare Kaganovitch était très lié à Etienne Mercier (de la banque Rothschild), l’un des meneurs du Mouvement Synarchique d’Empire (financé par les aciéries Lambert-Ribot), la banque Lazard et la banque Worms. Nous avons vu également que c’est le 5 janvier 1930 que le génocide ukrainien fut voté par le Politburo. C’est Kaganovitch qui s’en charge personnellement. Le 22 octobre 1932, il est mandaté par le Politburo avec son coreligionnaire Molotov pour piller la région. Il s’installe le 2 novembre à Rostov et donne ses directives : « l’extermination des saboteurs ». Les « saboteurs » en question sont le peuple ukrainien dans son intégralité. Molotov envoie un rapport à Moscou : les Ukrainiens vont mourir de faim, mais le plan de collecte sera appliqué impitoyablement. N’ayant plus rien à manger, les paysans essayent de partir vers les villes. Ils seront impitoyablement refoulés et exterminés. L’exposition regorge de témoignages de ce genre. Katerina Martchenko, née dans le village de Klichyntsi, dans la région de Tcherkassy, au bord du Dniepr, qui a fait une glorieuse Seconde Guerre Mondiale dans les rangs de l’Armée Rouge, déclare : « Ce qui nous a sauvé, ma mère, mon frère et moi, mais aussi d’autres habitants du village, c’était la rivière. Nous allions pêcher en cachette. Ils n’avaient pas pu réquisitionner les poissons ! ». Plus loin : « Mon village comptait 1.200 maisons, soit environ 7.000 âmes, et 2.000 personnes ont péri lors de la famine qui a duré environ un an ». L’horreur de cette famine planifiée ressort dans ce témoignage : « Nous empruntions un raccourci pour aller à l’école. Un matin, ma mère nous a dit : « Vous passerez désormais par la rue principale. Il y a des cannibales, des ogres ». Un grand-père, rendu fou par la faim, avait tué et mangé son petit-fils. C’est son fils, et père de l’enfant, qui en rentrant de la ferme l’avait surpris en train de manger et il l’avait tué de rage ».

Pour receler le blé volé, Kaganovitch s’adressa à ses frères de sang : les banques internationales américaines, qui – grâce à ces stocks achetés à des prix dérisoires – purent torpiller les cours agricoles et ainsi maintenir dans la ruine les paysans américains et canadiens, déjà très pénalisés par la Crise de 1929 (provoquée par les mêmes banques). En France, c’est Louis Louis-Dreyfus, le grand-père de l’actuel patron de l’Olympique de Marseille, qui vendit le grain volé de la bouche des enfants d’Ukraine. Normal quand on sait que le Louis-Dreyfus en question était l’un des bailleurs de fonds de l’Humanité, enrichi dans la boucherie de la guerre 14-18 (fourniture des armées, grâce à Clemenceau, dont la famille avait des juifs à tous les niveaux comme les immeubles avaient le gaz à tous les étages, la guerre se prolongea un an pour plus de profits… et plus de morts goïm, double bonus). Cargill eut également sa part du gâteau, le trust américain ayant fait « cadeau » à la France du sieur Mendès-France, l’homme qui livra l’Indochine au génocide. Regarde qui m’embauche et je te dirais qui je suis…

Nous avons vu dans le n°46 que la politique allemande en Ukraine avait été sabotée par le communiste infiltré Koch, nommé par le « rouge-brun » Bormann, adversaire juré de la croisade anti-bolchevik. Il était notoire que Alfred Rosenberg, dont l’influence au sein du parti nazi était des plus marginales, défendait l’idée d’une Ukraine libre. Par contre, il est moins connu que Heydrich défendait également cette idée (tout comme il défendait l’idée d’un état juif, étant personnellement sensible à cette question en tant que vierteljude) : il créa ainsi à Prague une université ukrainienne selon les vœux du patriote ukrainien Wolodymir Kubijovytsch, président de l’UCC (Comité National Ukrainien). Les génocides ukrainiens auront une incidence sur la Seconde Guerre Mondiale. 80 % des Juifs d’Ukraine furent évacués par l’Armée Rouge, mais 20 % ne purent ou ne voulurent partir. Le peuple ukrainien se vengea sur eux, les massacrant massivement avant même que le premier allemand n’arrive dans les villes. Ceux qui échappèrent aux Ukrainiens furent souvent liquidés en représailles par les Einseitzkommandos qui appliquèrent le « un pour un » : pour chaque cadavre découvert dans les charniers du NKVD, un juif sera tué. Privés de justice, les Ukrainiens n’eurent pour seul recours que la vengeance et celle-ci prit, comme nombre de vengeances, un tour sinistre. Dans les camps nazis, les Ukrainiens se portèrent volontaires pour les postes de « kapos » et malheur au Juif qui tombait entre leurs mains : il allait payer pour ses frères d’URSS… Combien d’Ukrainiens en accablant de coups un pauvre hère en tenue rayée qui, 9 fois sur 10, n’avait jamais entendu parler de l’Ukraine, pensaient ainsi venger une sœur, un père, un cousin, un fils mort de faim… Vengeance inutile, car ayant eu pour résultat l’exact contraire de ce que recherchaient les Ukrainiens : leurs bourreaux devenaient aux yeux du monde des victimes.

Le gouvernement se trompe sur un point. Le peuple russe est totalement innocent de cette affaire (puisqu’il n’a jamais dirigé l’URSS) et le ponctionner sous prétexte qu’il serait l’héritier de l’URSS serait injuste. Il faut ponctionner l’état qui se rapproche le plus de la composition ethnique des bourreaux du peuple ukrainien. Cet état existe : c’est Israël. Israël doit payer pour ce qui est sans doute le crime le plus abominable du 20e siècle, l’Holocauste par haine anti-chrétienne et ce à au moins 3 reprises de tout un peuple, sans distinction d’âge, de classe sociale ou de sexe. Le montant des réparations est facile à calculer : pour 6 millions de Juifs, Israël a touché 120 milliards de dollars de l’Allemagne. Donc, pour les Ukrainiens exterminés lors des trois génocides, à savoir 10 millions de morts en 1933, 3 millions en 1937 et 3 millions en 1945, Israël doit verser 320 milliards de dollars au gouvernement ukrainien, mais également donner l’équivalent de 8/3 de tout ce qu’elle a reçu de l’Allemagne en usines, brevets, navires et autre… Il faut également, et c’est la moindre des choses, expulser de l’université et de l’éducation nationale les négationnistes du génocide ukrainien, à commencer par « l’historienne » Lacroix-Riz et ses complices, confisquer les journaux, maisons d’édition et tout autre support culturel ayant édité ses « travaux », confisquer également les entreprises s’étant enrichies directement ou indirectement avec le génocide ukrainien et interdire les organisations qui y ont collaboré, ne serait-ce que par apologie du régime qui l’a provoqué…
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