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Publié : 09/10/2007 - 15:10
par Harou
Pianoforte a écrit :Harou a écrit :Pat, merci pour tous ces articles. C'est vachement intéressant je trouve. Perso j'apprends et réapprends des trucs. Et j'aime apprendre !
(peut-être que je vais suivre ton exemple avec un topic sur le national-socialisme... - faut que je réfléchisse - pour montrer ce qu'est le socialisme de Royal et Sarko)
Lis "les espérances planétariennes" d'Hervé" Ryssen, tu verras que nous sommes de retour dans l'ère bolchévique, et pour cause.
Le National-socialisme n'était pas internationaliste. 
Ca je sais, mais je trouve troublants les rapprochements que l'on peut faire avec l'ideologie nazi de Hitler et l'idéologie du système français. Le premier avait tendance à vouloir la supériorité de la race blanche, le second la supériorité de la race de l'hémisphère sud. Mais on ne va pas faire trop de hors sujet, je créé un topic sur le national socialisme. Comme ça nous pourrons discuter sans gener le travail épatant de Pat (oh! le jeu de mots!)
Publié : 09/10/2007 - 15:15
par Pat
PROLETAIRES DE TOUS LES PAYS ...
Par suite de la concurrence croissante des bourgeois, entre eux et des crises commerciales qui en résultent, les salaires deviennent de plus en plus instables; le perfectionnement constant et toujours plus rapide de la machine rend la condition de l'ouvrier de plus en plus précaire; les collisions individuelles entre l'ouvrier et le bourgeois prennent de plus en plus le caractère de collisions entre deux classes. Les ouvriers commencent par se coaliser contre les bourgeois pour la défense de leurs salaires. Ils vont jusqu'à former des associations permanentes, pour être prêts en vue de rébellions éventuelles. Ça et là, la lutte éclate en émeute.
... Ainsi, le développement de la grande industrie sape, sous les pieds de la bourgeoisie, le terrain même sur lequel elle a établi son système de production et d'appropriation. Avant tout, la bourgeoisie produit ses propres fossoyeurs. Sa chute et la victoire du prolétariat sont également inévitables.
Pratiquement, les communistes sont donc la fraction la plus résolue des partis ouvriers de tous les pays, la fraction qui entraîne toutes les autres; théoriquement ils ont sur le reste du prolétariat l'avantage d'une intelligence claire des conditions. de la marche et des fins générales du mouvement prolétarien.
Le but immédiat des communistes est le même que celui de tous les partis ouvriers: constitution des prolétaires en classe. renversement de la domination bourgeoise. conquête du pouvoir politique par le prolétariat.
Les conceptions théoriques des communistes ne reposent nullement sur des idées, des principes inventés ou découverts par tel ou tel réformateur du monde.
Elles ne sont que l'expression générale des conditions réelles d'une lutte de classes existantes. d'un mouvement historique qui s'opère sous nos yeux.
Les communistes ne s'abaissent pas à dissimuler leurs opinions et leurs projets. Ils proclament ouvertement que leurs buts ne peuvent être atteints que par le renversement violent de tout l'ordre social passé. Que les classes dirigeantes tremblent à l'idée d'une révolution communiste! Les prolétaires n'y ont rien à perdre que leurs chaînes. Ils ont un monde à y gagner.
" PROLETAIRES DE TOUS LES PAYS. UNISSEZ-VOUS!»
Publié : 11/10/2007 - 20:12
par Pat
P.C.F.-C.G.T. : MÊME COMBAT
" IL FAUT DIRIGER LES SYNDICATS, C'EST LE PARTI QUI DIRIGE LES SYNDICATS.
IL NE FAUT PAS LE CRIER, IL FAUT LE DIRE. IL FAUT LE FAIRE ... EN GAGNANT PAR NOTRE ACTIVITÉ, PAR NOTRE CRITIQUE OBJECTIVE, LA DIRECTION DES SYNDICATS ".
M. THOREZ, Œuvres, Livre 2, tome IV, page 200.
" IL FAUT SAVOIR CONSENTIR À TOUS LES SACRIFICES, USER MÊME DE TOUS LES STRATAGÈMES, USER DE RUSES, ADOPTER DES PROCÉDÉS ILLÉGAUX, SE TAIRE PARFOIS, PARFOIS VOILER LA VÉRITÉ, À SEULE FIN D'ENTRER DANS LES SYNDICATS, D'Y RESTER ET D'Y ACCOMPLIR MALGRÉ TOUT LA TACHE COMMUNISTE, AGIR DE MÊME EST NATURELLEMENT TRÈS DIFFICILE DANS LES PAYS D'EUROPE OCCIDENTALE PÉNÉTRÉE DE PRÉJUGÉS CONSTITUTIONNELS, DÉMOCRATICO-BOURGEOIS, LÉGALISTES, MAIS IL FAUT Y RÉUSSIR ET Y PROCÉDER SYSTÉMATIQUEMENT ".
LÉNINE, La maladie infantile du communisme, avril/mai 1920.
" POUR OBTENIR DES RÉSULTATS SATISFAISANTS, LES COMMUNISTES DOIVENT INTERVENIR DANS LES SYNDICATS COMME UN DÉTACHEMENT ORGANISÉ ET DISCIPLINÉ ET DÉFENDRE UNANIMEMENT LES DÉCISIONS DU COMITÉ DU PARTI ",
Benoît FRACHON, Les communistes et les syndicats, 1932.
"LE SEUL MOYEN QU'ONT LES TRAVAILLEURS DE PESER VRAIMENT DE TOUT LEUR POIDS À L'HEURE DES DÉCISIONS CAPITALES, C'EST DE CONCENTRER LEURS SUFFRAGES LE 12 MARS SUR LES CANDIDATS DU PARTI COMMUNISTE FRANÇAIS ",
Georges SÉGUY (alors S.G. de la C.G.T.), l'HUMANITÉ, 8 février 1978.
« IL EST BON POUR LA CAUSE DES TRAVAILLEURS QUE LE PARTI COMMUNISTE, PAR SES EXPLICATIONS, PAR SES INITIATIVES DANS LES ENTREPRISES, CONTRIBUE À MOBILISER LES TRAVAILLEURS ET QU'IL AIDE AU SUCCÈS DES LUTTES. COMME IL EST BON, PROFITABLE, QU'IL LUI ASSURE ÉGALEMENT LE SOUTIEN POPULAIRE ET LUI APPORTE LE CONCOURS DE SON INFLUENCE, DE SES MOYENS D'ACTION, D'INFORMATION, DE SES ÉLUS"
Cahiers du communisme, février/mars 1967
Nous pourrions bien sûr nous arrêter là, ces citations se suffisent par elles mêmes. Elles sont parfaitement éloquentes. Et pourtant, il faut s'efforcer de comprendre - d'une part, pourquoi, et d'autre part, comment -l'organisation syndicale dans l'entreprise est noyautée et tenue en main.
L'organisation syndicale dont il s'agit, c'est la C.G.T., le Parti, c'est le P.C.F
Comme il s'agit de comprendre qui est notre adversaire, quelle est sa nature sur le damier de l'entreprise, c'est donc bien du syndicat qu'il faut nous préocuper et du syndicat marxiste.
L'enjeu, c'est la compréhension du fait que cette organisation de masse qu'est la C.G.T. n'est que le relais, le reflet fidèle, le double, le calque des positions du Parti qui « dirige les syndicats », comme le disait si bien Maurice THOREZ ).
En quoi la prise en main du syndicat dans l'entreprise, son noyautage et sa direction par le Parti, sont-ils conforme aux orientations marxistes-léninistes?
Un peu d'histoire: en 1920, se tient à TOURS un congrès fondamental qui va avoir des répercussions sur la vie syndicale dont les conséquences se font encore sentir aujourd'hui. Quel était l'enjeu du Congrès de TOURS?
C était, pour le Parti socialiste, de discuter de son adhésion à la troisième Internationale communiste que venait de créer LÉNINE. La discussion tournait autour de ce thème: Si le Parti adoptait les 21 conditions posées par LÉNINE, il adhérait par le fait même à l'Internationale communiste. Et donc intégrait désormais dans sa doctrine ce dogme que le syndicalisme était un appendice du Parti. En effet, c'est bien la 9e des 21 conditions de LÉNINE qui fait l'objet d'un débat très violent au Congrès de TOURS et qui va entraîner la scission entre socialistes et communistes.
Quelle est donc cette fameuse 9e condition? Elle est ainsi formulée :
« TOUT PARTI DÉSIREUX D'APPARTENIR À L'INTERNATIONALE COMMUNISTE DOIT POURSUIVRE UNE PROPAGANDE PERSÉVÉRANTE ET SYSTÉMATIQUE AU SEIN DES SYNDICATS. DES NOYAUX DOIVENT ÉTRE FORMÉS DONT LE TRAVAIL OPINIÂTRE ET CONSTANT CONQUERRA LES SYNDICATS AU COMMUNISME ».
Le clivage se fait entre Léon BLUM et ses amis qui refusent cette 9e condition et ceux par contre, légèrement majoritaires, qui acceptent les 21 conditions dont la 9e, c'est-à-dire qui acceptent de rayer d'un trait de plume l'indépendance du mouvement syndical par rapport au parti politique, en l'occurence le Parti d'obédience marxiste-léniniste, puisque LÉNINE le dit lui-même: « Les Partis doivent noyauter le syndicat qui devient le bras séculier du Parti dans l'entreprise ».
Une légère majorité se rallie à l'Internationale, accepte donc la 9e condition et prendra le nom de Section française de l'Internationale communiste, puis de Parti communiste français.
LENINE À L'USINE Serge BAKOU U.N.I
Publié : 13/10/2007 - 18:59
par Pat
(Le chrétien)..." devrait considérer comme une honte le fait de se laisser dépasser par les ennemis de Dieu en ardeur au travail, esprit d'entreprise et même se sacrifice. "
Pie XII, Radio-Message de Noël 1957.
LA PENSÉE RÉVOLUTIONNAIRE DE DESCARTES À THOREZ
« Nous sommes, nous communistes, les disciples de Marx et Engels, de Lénine, de Staline... des partisans convaincus du matérialisme dialectique, théorie d'avant-garde du prolétariat révolutionnaire.
Nous sommes les héritiers authentiques et les continuateurs de la pensée révolutionnaire des matérialistes français du XVIIIe siècle, des grands Encyclopédistes, eux mêmes fils spirituels de cet autre philosophe français Descartes.
Les communistes donnent une explication rationnelle scientifique du monde et de son évolution ».
M. THOREZ - Discours du 28 Oct. 1937 (Editions du Comité populaire de propagande, p. 13)
« Cependant, à côté et à la suite de la philosophie française du XVIIIe siècle, la philosophie allemande moderne était née et avait trouvé son achèvement en Hegel. Son plus grand mérite fut de revenir à la DIALECTIQUE comme à la forme suprême de la pensée. »
F. ENGELS Socialisme utopique et socialisme scientifique in Marx et le Marxisme - Editions Sociales, Paris, p. 58.
« Notre doctrine n'est pas un dogme, mais une RÈGLE D'ACTION » ont toujours dit Marx et Engels, se moquant, à juste titre, des « formules » apprises par cœur et répétées telles quelles, capables tout au plus d'indiquer LES BUTS GÉNÉRAUX NÉCESSAIREMENT MODIFIABLES PAR LE CARACTÈRE CONCRET, ÉCONOMIQUE ET POLITIQUE DE CHAQUE PHASE DU PROCESSUS HISTORIQUE. »
LÉNINE - Œuvres Complètes, 1. XXIV p. Partie - p. 26-37 Edit. russe .
« Le marxisme doit tenir compte de la VÉRITÉ VIVANTE, des faits précis, de l'ACTUALITÉ et non se cramponner à la théorie d'hier qui, comme toute théorie, est capable tout au plus d'indiquer l'essentiel et le général, d'approximer seulement la complexité du réel.
« La théorie, mon ami, est grise, ce qui est vert c'est « l'arbre éternel de la vie. » (Faust, de Gœthe).
LÉNINE - Œuvres Complètes, 1. XXIV, ibid.
LA LUTTE DES CLASSES
« Les contradictions ne peuvent jamais être estompées pour longtemps. Elles se règlent par la LUTTE. »
MARX-ENGELS - Archives 1. 1. - p. 371 .
« C'est Marx qui démontra que, jusqu'à nos jours, toute l'histoire est une histoire de lutte de classes, qu'il ne s'agit dans toutes les luttes politiques, multiples et complexes, que de la domination sociale et politique de telle ou telle classe, que pour la classe ancienne, il s'agit de maintenir cette domination et pour les classes qui s'élèvent de dominer le pouvoir. »
F. ENGELS, « Almanach populaire de M.Bracke » (1878) in : Karl Marx, homme, penseur et révolutionnaire Editions sociales - Paris, 1928, p.20.
« Toute l'histoire a été une histoire de lutte de classes ... mais cette lutte a actuellement atteint une étape où la classe exploitée et opprimée (le prolétariat) ne peut plus se libérer de la classe qui l'exploite et l'opprime sans libérer, en même temps et pour toujours, la société tout entière de l'exploitation, de l'oppression et des luttes de classes. »
Karl MARX et F. ENGELS, Manifeste du Parti Communiste, 2" Préface, 1883.
LA LUTTE DANS LA FAMILLE
« Sur quelle base repose la famille bourgeoise d'à présent? Sur le capital, le profit individuel. La famille, dans sa plénitude, n'existe que pour la bourgeoisie; mais elle a pour corollaire la suppression forcée de toute famille pour le prolétaire et la prostitution publique.
La famille bourgeoise s'évanouit naturellement avec l'évanouissement de son corollaire, et l'une et l'autre disparaissent avec la disparition du capital.
Nous reprochez-vous de vouloir ABOLIR L'EXPLOITATION DES ENFANTS PAR LEURS PARENTS?
Ce crime-là, nous l'avouons. »
K. MARX et F. ENGELS, Manifeste du Parti Communiste, Editions Sociales, Paris, 1951. (Texte conforme à l'édition du centenaire.)
Cette exploitation des « contradictions internes » dans la famille s'est réalisée dans tous les pays communistes, et spécialement en Chine . Ce qui ne veut pas dire que le marxisme n'utilisera pas les vertus familiales quand elles serviront la Révolution.
LA REVOLUTION PERMANENTE
« Pour le réformiste, la réforme est tout... Pour le révolutionnaire, au contraire, le principal c'est le travail révolutionnaire et non la réforme; pour lui, la réforme n'est que le produit accessoire de la Révolution. C'est pourquoi, avec la tactique révolutionnaire, dans les conditions d'existence du pouvoir bourgeois, une réforme devient naturellement un instrument de renforcement de la Révolution, un point d'appui pour LE DÉVELOPPEMENT CONTINU DU MOUVEMENT RÉVOLUTIONNAIRE. »
STALINE - Des principes du Léninisme, p. 100 .
« La transformation de la guerre des peuples en guerre civile est l'unique travail socialiste à l'époque du choc impérialiste entre les bourgeoisies armées de toutes les nations.
A bas les niaiseries sentimentales et les soupirs imbéciles après la paix à tout prix! Levons l'étendard de la guerre civile. »
LÉNINE - Œuvres Complètes, t. XII, p. 12 et 17 .
« Les communistes ne s'abaissent pas à dissimuler leurs opinions et leurs projets. Ils proclament ouvertement que leurs buts ne peuvent être atteints que par le renversement violent de tout l'ordre social passé. Que les classes dirigeantes tremblent à l'idée d'une Révolution communiste! Les prolétaires n'y ont rien à perdre que leurs chaînes. Ils ont un monde à y gagner.
« Prolétaires de tous les pays, unissez-vous. »
Karl MARX et F. ENGELS, Manifeste du Parti Communiste, Editions Sociales, Paris, 1951. (Texte conforme à l'édition du centenaire.)
« En somme, les communistes appuient en tous pays tout mouvement révolutionnaire contre l'ordre social et politique existant. »
Karl MARX et F. ENGELS - Ibid.
« La victoire du socialisme dans un seul pays n'est pas Ime fin en soi. La Révolution victorieuse dans un pays ne doit pas se considérer comme une grandeur se suffisant à elle-même, mais comme un auxiliaire, comme un moyen pour accélérer la victoire du prolétariat dans tous les pays. Car la victoire de la Révolution dans un seul pays, la Russie en l'occurrence, n'est pas seulement le fruit du développement inégal et de la désagrégation progressive de l'impérialisme. Elle est, en même temps, le commencement et les prémices de LA RÉVOLUTION MONDIAILE. »
J. STALINE - Les Questions du Léninisme, t. I, pp. 111 et s. Editions Sociales, Paris, 1947.
« Notre Révolution est différente des autres révolutions de l'histoire. La révolution bourgeoise, par exemple, est généralement achevée par la prise du pouvoir d'Etat. Mais pour le prolétariat, la libération et la victoire politique signifient seulement le commencement de la Révolution. »
LIOU-CHAO-TCHI, Pour être un bon communiste, p. 49, Editions Sociales, Paris, 1955.
« Nous, Communistes, nous devons montrer le plus grand courage et incarner la volonté révolutionnaire de l'humanité. »
LIOU-CHAO-TCHI - Opus. cit., p. 51.
EDUQUER LES FORCES REVOLUTIONNAIRES
« Les partisans des réformes et améliorations seront toujours dupés par les défenseurs du passé, tant qu'ils n'auront pas compris que toute vieille institution, si barbarre et pourrie qu'elle paraisse, est maintenue par les forces de telles ou telles classes dominantes. Et pour briser la résistance de ces classes, il n'y a qu'un moyen, trouver dans la société qui nous entoure, puis éduquer et ORGANISER POUR LA LUTTE, les forces qui peuvent - et doivent de par leur situation sociale, balayer le passé et créer du nouveau. »
LÉNINE - Karl Marx et sa doctrine, Article de « Prosvechtchénié » (l'Education), p. 45, N° 3 - Mars 1913 - Editions Sociales, Paris, 1953.
« La tâche pratique la plus urgente est de créer une organisation de révolutionnaires capables d'assurer à la lutte politique un caractère énergique, ferme et suivi. »
LÉNINE - Œuvres Complètes, t. IV, p. 506.
NECESSITE DE L'IDEOLOGIE
« Seul un parti guidé par une théorie d'avant-garde peut remplir le rôle de combattant d'avant-garde. »
LÉNINE - Œuvres Complètes, t. IV, p. 433, Editions Sociales, Paris
« SANS THÉORIE RÉVOLUTIONNAIRE, PAS DE MOUVEMENT RÉVOLUTIONNAIRE, on ne saurait trop insister sur cette vérité à une époque où l'engouement pour les formes les plus étroites de l'action pratique va de pair avec la propagande de l'opportunisme. »
LÉNINE - Œuvres Complètes, t. IV, p. 432, Editions Sociales, Paris .
« Comme vous le savez, camarades, toutes les actions de l'homme sont guidées par son idéologie. Tout homme possède d'ailleurs une conception de la vie et du monde qui est le guide général de ses idées et de ses actes. En poursuivant notre éducation idéologique, nous devrons donc avant tout, nous, communistes, définir clairement NOTRE CONCEPTION DE LA VIE ET DU MONDE, puisque toutes nos idées et toutes nos activités s'y rattachent. »
LIOU-CHAO-TCHI - Opus. cil., p. ·12 .
« Il importe d'obtenir que tous les communistes élèvent avec persévérance leur niveau idéologique, assimilent le marxisme-léninisme. L'amélioration du travail idéologique, de l'ÉDUCATION POLITIQUE des communistes, est une condition très importante de la consolidation continue des partis communistes et ouvriers, du renforcement de leurs liaisons avec les larges masses populaires, de la réalisation victorieuse des tâches historiques d'importance mondiale qui se posent devant eux. »
Editorial de Paix et Démocratie du 11-9-1953.
On voit le souci de synthèse des marxistes. L'idéologie doit inspirer toute la vie, apporter une vue générale qui permet de résoudre tous les problèmes dans celle perspective. Et pourtant l'audace des affirmations masque seule la fragilité rationnelle de leurs fondements.
EDUCATION IDEOLOGIQUE - La « prise de conscience du monde moderne », de la « lutte» à organiser entre les « contradictions » qu'il contient .
« Qu'est-ce qu'on entend... par éducation idéologique ? Je considère quant à moi qu'il s'agit essentiellement d'une LUTTE dans nos esprits: LUTTE entre l'idéologie du prolétariat et les autres idéologies, LUTTE entre la conception communiste de la vie et du monde d'une part, et toutes les autres conceptions de la vie et du monde d'autre part, LUTTE enfin entre deux concepts: les intérêts et les visées personnels des membres du Parti, les intérêts et les buts du Parti et du peuple. »
LIOU-CHAO-TCHI - Opus. cif., p. 41.
« Si on veut parler du mouvement spontané, c'est bien dans le mouvement gréviste qu'il faut le voir avant tout. On sait qu'il prit en 1896 un caractère général en Russie - mais on sait aussi que ces grèves spontanées sont souvent accompagnées de « destructions spontanées de machines » et autres exemples ... Cela nous prouve que le « spontané » n'est au fond que la forme embryonnaire du CONSCIENT. Les émeutes primitives exprimaient déjà un certain éveil de conscience ... pourtant c'était bien plus une manifestation de désespoir et de vengeance qu'une lutte.
Les grèves de la fin du siècle révèlent beaucoup plus d'éclairs de CONSCIENCE - les grèves systématiques représentaient déjà des embryons - rien que des embryons de la lutte de classe.
Prises en elles-mêmes, elles étaient encore une lutte trade-unioniste ou économique, non encore social-démocrate (4) révolutionnaire. Elles marquaient l'éveil de l'antagonisme entre ouvriers et patrons, mais les ouvriers n'avaient et ne pouvaient pas avoir encore la CONSCIENCE de l'opposition irréductible de leurs intérêts avec tout l'ordre politique et social contemporain, c'est-à-dire LA CONSCIENCE SOCIAL-DÉMOCRATE, et c'est dans ce sens que les grèves de la fin du siècle restaient un mouvement purement spontané. Les ouvriers ne pouvaient pas posséder encore LA CONSCIENCE SOCIAL-DÉMOCRATE qui ne pouvait leur être apportée que de l'extérieur.
L'histoire de tous les pays atteste que, livrée à ses seules forces, la classe ouvrière ne peut arriver qu'à la conscience trade-unioniste, c'est-à-dire qu'il faut s'unir en syndicats, mener la lutte contre les patrons, etc ...
LA CONSCIENCE SOCIALISTE ou RÉVOLUTIONNAIRE ne pouvait venir que de la classe bourgeoise, des INTELLECTUELS, des fondateurs du SOCIALISME SCIENTIFIQUE: Marx et Engels étaient des intellectuels bourgeois. »
LÉNINE - Œuvres Complètes, t. IV, pp. 437 et 438, Editions Sociales, Paris .
_______________A suivre______________________________________________________________________________________
Publié : 15/10/2007 - 19:44
par Pat
« Cela nous montre que toute soumission à la spontanéité du mouvement ouvrier, toute restriction du rôle de l'élément CONSCIENT, du rôle de la sociale-démocratie (des INTELLECTUELS socialistes) signifie .par là même, qu'on le veuille ou non, un renforcement de l'influence de l'IDEOLOGIE bourgeoise sur les ouvriers.
Tous ceux qui parlent de « surestimation de l'IDEOLOGIE », d'exagération de l'élément CONSCIENT se figurent que le mouvement ouvrier est par lui-même en état de s'élaborer - et s'élabore en réalité - une idéologie indépendante, à condition seulement que les ouvriers prennent eux-mêmes leur sort en mains sans se soucier de leurs dirigeants ... Mais c'est une erreur profonde. »
LÉNINE - Œuvres Complètes, t. IV, pp. 443, 444, 445 - Editions Sociales, Paris .
« La CONSCIENCE SOCIALISTE contemporaine ne peut se constituer que sur la base d'une profonde CONNAISSANCE SCIENTIFIQUE. Le porteur de la science n'est pas le prolétariat, mais la catégorie des INTELLECTUELS bourgeois. C'est en effet dans le cerveau de certains individus de cette catégorie, qu'est né le socialisme contemporain et c'est par eux qu'il a été communiqué aux prolétaires intellectuellement les plus développés qui l'introduisirent ensuite dans la lutte de classe partout où les conditions le permettaient. Ainsi donc LA CONSCIENCE SOCIALISTE est un élément importé du dehors et non quelque chose qui surgit spontanément. »
KAUTSKY cité par LÉNINE, Œuvres Complètes, t. IV, p. 446, Editions Sociales, Paris .
« En fait, l'ouvrier arriéré s'en tient à la lutte économique; l'ouvrier révolutionnaire (dont le nombre ne cesse de croître), repoussera avec indignation tous les raisonnements sur la lutte pour les revendications promettant des résultats tangibles » - « car il comprendra que ce ne sont que des variations sur la vieille chanson du kopeck d'augmentation par rouble. » (5)
LÉNINE - Œuvres Complètes, t.IV, pp. 476-477, Editions Sociales, Paris.
« Le Parti Communiste est une fraction de la classe ouvrière. C'est la portion la plus avancée, LA PLUS CONSCIENTE et partant, LA PLUS .RÉVOLUTIONNAIRE. »
LÉNINE - Œuvres Complètes, t. XXVI, p. 636, Editions Sociales, Paris .
« Et voilà que la sociale-démocratie s'est chargée de guider ce mouvement inconscient, spontané, inorganisé. Elle s'est efforcée de DÉVELOPPER LA CONSCIENCE DES OUVRIERS, de COORDONNER LA LUTTE EPARSE, décousue, qu'engendraient les différents groupes isolés, de les FONDRE DANS UNE LUTTE DE CLASSE commune, afin que cette lutte fût celle de la classe ouvrière russe contre la classe des oppresseurs de la Russie, en s'attachant à CONFÉRER A CETTE LUTTE UN CARACTÈRE ORGANISÉ. »
J STALINE - Les questions du Léninisme, t. l, p. 11 et s. - Editions Sociales, Paris, 1947 .
« Notre éducation idéologique se propose de nous amener à ADOPTER CONSCIEMMENT la conception prolétarienne et communiste de la vie et du monde... »
LIOU-CHAO-TCHI - Opus. cil., p. 81.
« La doctrine triomphante de Marx, Engels, Lénine, Staline arme les partis communistes et ouvriers de la connaissance des lois du développement de la société, des lois du développement de la lutte des classes, elle leur permet de s'orienter dans une situation donnée, de prévoir le déroulement des événements et de déterminer une juste politique, elle encourage les membres du parti à lutter activement et avec abnégation pour les intérêts vitaux de la classe ouvrière et de tout le peuple travailleur.
« Sans une théorie claire et exacte, il ne peut y avoir de pratique exacte. » (Lénine). »
« Ecole Elémentaire du P.C. Français ». Cours n° 6, janvier 1955.
SOUCI TACTIQUE - Utiliser les circonstances favorables pour faire passer les idées.
« Le social-démocrate saura profiter de la moindre occasion pour exposer devant tous ses convictions socialistes ... , pour expliquer à tous l'importance historique mondiale de la lutte émancipatrice du prolétariat. »
LÉNINE - Œuvres Complètes, t. IV, pp. 483-484 - Editions Sociales, Paris .
« Les partis révolutionnaires doivent parachever leur instruction. Ils ont appris à mener l'offensive. Ils doivent comprendre maintenant qu'il est indispensable de compléter cette science de battre en retraite dans les règles. Il faut comprendre qu'il est impossible de vaincre sans avoir appris la science de l'offensive et de la retraite opérées dans les règles. »
LÉNINE - Maladie infantile du Communisme, Œuvres Complètes, t. XXV, p. 211.
« Il ne suffit pas d'être révolutionnaire, et partisan du socialisme et du communisme en général. .. Il faut savoir trouver à chaque moment donné cet anneau particulier de la chaîne qu'il importe de saisir de toutes ses forces pour tenir la chaîne entière et préparer solidement le passage à l'anneau suivant. »
LÉNINE - Œuvres Complètes, t. XXVII, Edition russe, cité par Staline, Principes du Léninisme, p. 98 .
TRAITER TOUTES LES QUESTIONS EN COMBATTANT DE LA CAUSE COMMUNISTE
« Le devoir permanent de chaque membre du Parti est d'élever en lui-même et chez ses camarades l'esprit de parti qui consiste, notamment, à traiter de toutes les questions en combattant de la cause communiste, à agir avec dévouement et sans présomption, à être fidèle au Parti en toutes circonstances, à défendre avec une FERMETÉ INTRANSIGEANTE la politique du Parti en toutes occasions, à organiser et éduquer le Parti avec initiative, à élever sans cesse son niveau théorique et politique, à organiser politiquement la classe ouvrière, en premier lieu dans les usines, à prendre une part directe à l'action et au rassemblement des forces populaires pour l'action, à rester attaché aux positions de l'internationalisme prolétarien.
« C'est le Parti qui fait du communiste un acteur conscient de l'histoire. C'est l'amour du Parti qui donne un sens à la vie de chaque communiste. »
« Ecole élémentaire du P.C. français ». Cours n° 6, janvier 1955.
LA TACTIQUE COMMUNISTE APPLIQUEE CONTRE LE CATHOLICISME
« L'anarchiste qui prêcherait la guerre contre Dieu à tout prix aiderait, en fait, les curés et la bourgeoisie. »
LÉNINE - Pages choisies, t. II, p. 315 .
« Le marxisme, c'est le matérialisme. Comme tel, il est tout aussi impitoyable envers la religion que le matérialisme des Encyclopédistes du XVIIIe siècle ou de Feuerbach. Mais le matérialisme dialectique de Marx et d'Engels va plus loin que celui des Encyclopédistes et de Feuerbach, car il s'applique à l'histoire et aux sciences sociales. Nous devons combattre la religion, c'est l'a. b. c. de tout matérialisme et, par conséquent, du marxisme. Mais le marxisme n'en reste pas à l'a. b. c. Il va plus loin. Il dit: il faut savoir combattre la religion et pour cela il faut expliquer en matérialiste les sources de la foi et de la religion dans le peuple. La lutte antireligieuse ne peut se borner à des prêches abstraits, elle doit être liée à la pratique concrète du mouvement de classe qui tend à SUPPRIMER LES RACINES SOCIALES DE LA RELIGION.
La propagande de l'athéïsme (dans le cas d'une grève par exemple) peut être inutile et nuisible, non du point de vue banal, pour ne pas effaroucher les gens arriérés, pour ne pas perdre un siège aux élections, etc., mais au point de vue du progrès réel de LA LUTTE DE CLASSE, qui, dans la société capitaliste actuelle, AMÈNERA CENT FOIS MIEUX LES OUVRIERS CHRÉTIENS A LA SOCIAL-DÉMOCRATE ET A L'ATHÉISME qu'une propagande antireligieuse toute nue ...
Le marxisme doit être matérialiste, c'est-à-dire ennemi de la religion, mais matérialiste dialectique. »
LÉNINE - Parti ouvrier et religion, Pages choisies, t. II, p. 315.
THEORIE ET ACTION - THESE ET HYPOTHESE
« Le devoir d'un parti véritablement révolutionnaire n'est pas de proclamer son refus, impossible à réaliser. de toute espèce de compromis, mais de savoir à trayers tous les compromis, dans la mesure où ceux-ci sont inéyitables, garder la fidélité à ses principes, à sa classe, à son but révolutionnaire: la préparation de la Révolution et l'éducation du peuple pour la victoire. »
LÉNINE - Œuvres Complètes, 1. XIV, p. 97.
SE MENAGER DES ETAPES
« Lors de la réforme agraire, nous avons employé la tactique qui consiste à disperser, ou si possible, à neutraliser l'ennemi: c'est la raison pour laquelle nous fixâmes à deux cents arpents les limites de la réforme agraire, qui ne s'appliqua pas ainsi à la majorité des Koulaks, ce qui en facilita l'exécution rapide. De même, au début de la reconstruction, nous accordâmes notre appui à la partie de la bourgeoisie qui y prit part provisoirement: la reprise du travail par les techniciens et intellectuels qui étaient alors bourgeois s'en trouva grandement facilitée... »
« Chaque fois que nous présentions des revendications, NOUS EXAMINIONS SOIGNEUSEMENT LES RÉPERCUSSIONS qu'on pouvait en attendre, et si cela nous paraissait posSIBLE, nous nous engagions prudemment, de façon à rendre plus difficile à l'ennemi la concentration et la mobilisation de toutes ses forces. Ensuite nous accroissions nos revendications, et quand il n'y avait pas d'autres possibilités, nous acceptions des expédients temporaires.
« C'est ainsi, par exemple, que nous demandâmes d'abord un contrôle de l'Etat sur les banques puis la nationalisation des trois plus grandes d'entre elles. De la même façon, nous demandâmes que les mines fussent gérées par l'Etat, puis, PROGRESSIVEMENT, nous développâmes nos demandes en réclamant la gestion par l'Etat des hauts-fourneaux et des industries mécaniques. Enfin nous exigeâmes la nationalisation.
« Ainsi, en quatre ou cinq étapes, réparties sur plusieurs années nous parvînmes à socialiser l'industrie. »
RAKOSI - Discours de 1952.
(5) Environ 10 %
_____________A suivre____________________________________________________________________________________________________
Publié : 18/10/2007 - 23:18
par Pat
LES CONTACTS HUMAINS
« Pour chaque camarade qui assure une responsabilité à quelque échelon que ce soit, signalons quelques défauts redoutables:
_ la tendance à vouloir tout exécuter et tout résoudre soi-même, alors que· le rôle du militant responsable est d'entraîner les autres au travail en les aidant et en les conseillant;
_ le train-train routinier, la quiétude, l'insouciance qui empêchent de voir le sérieux et l'évolution des situations, et prendre, en conséquence, les mesures indispensables;
_ la bureaucratie qui noie le travail le plus simple sous un fatras inextricable de détails, de paperasses et de difficultés d'exécution, et remplace par des lettres les cinq minutes de CONVERSATION qui régleraient la situation;
_ la lenteur qui freine le travail et empêche la réalisation des décisions du Parti. »
« Ecole élémentaire du P.C. français », Cours n° 6, janvier 1955.
FORMER DES CADRES, UNE ÉLITE
« L'organisation des révolutionnaires ne doit pas être très étendue. »
LÉNINE - Œuvres Complètes, t. IV, p. 512, Editions Sociales, Paris .
« Certes, notre mouvement est indestructible parce qu'il y a des centaines et des centaines de milliers de racines en profondeur (la Masse) - mais ce n'est pas de cela qu'il s'agit.
Car j'affirme qu'il ne saurait y avoir de mouvement révolutionnaire solide sans une organisation stable de dirigeants qui en maintiennent la CONTINUITÉ DANS LE TEMPS.
Que plus la masse entraînée spontanément dans la lutte, formant la base du mouvement et y participant, est nombreuse, plus une telle organisation est urgente et doit être solide. »
LÉNINE - Œuvres Complètes, 1. IV, p. 523, Editions Sociales, Paris .
« La lutte spontanée du prolétariat ne deviendra une véritable lutte de classe que lorsqu'elle sera dirigée par une forte organisation de révolutionnaires. »
LÉNINE - Œuvres Complètes, 1. IV, p. 532, Editions Sociales, Paris .
« On ne peut organiser des centaines de milliers d'hommes; il faut donc créer une organisation qui soit comme un FERMENT AGGLUTINANT et qui groupe autour d'elle ces centaines de milliers d'hommes au moment de la Révolution. »
PARVUS, cité par LÉNINE in : STALINE, Principes du Léninisme, p. 109-110 .
« Le parti communiste ne peut grouper que la minorité de la classe, de même que dans toute société capitaliste les ouvriers vraiment conscients ne forment que la minorité de tous les ouvriers. Aussi sommes-nous obligés de reconnaître que seule cette minorité consciente peut diriger les grandes masses ouvrières et les entraîner à sa suite. »
LÉNINE - Œuvres Complètes, t. XXV, pp. 412-413, Editions Sociales, Paris.
POLYVALENCE - Pénétrer partout, surtout aux « postes clés »
... « Il faut que nous ayons PARTOUT « nos hommes» à nous, des social-démocrates, dans les couches sociales, sur toutes les positions permettant de connaître les ressorts du mécanisme de l'Etat. Et il nous faut de tels hommes, non seulement pour la propagande et l'agitation, mais encore et surtout pour l' ORGANISATION. »
LÉNINE - Œuvres Complètes, 1. IV, p. 489, Editions Sociales, Paris .
« L'Etat-major révolutionnaire est profondément intéressé à avoir dans les institutions parlementaires de la bourgeoisie des éclaireurs qui faciliteront son œuvre de destruction. »
2e CONGRÈS DE L'INTERNATIONALE COMMUNISTE, Le P.C. et le parlementarisme, p. 66 .
« Nous devons aller dans toutes les classes sociales comme théoriciens, comme propagandistes, comme agitateurs et comme organisateurs. »
LÉNINE - Que faire? Œuvres Complètes, t. IV, p. 485 .
« La classe révolutionnaire pour accomplir sa tâche doit savoir mettre la main sur toutes les formes, et sur tous les côtés sans la moindre exception, de l'activité sociale. »
LÉNINE - Maladie infantile du Communisme, Œuvres Complètes, t. XXV, p. 281.
« Les communistes peuvent et doivent... militer dans des organisations étrangères au Parti, mais englobant de grandes masses prolétariennes, telles que les associations de mutilés de la guerre, les comités « Ne touchez pas à la Russie », en Angleterre, les Syndicats prolétariens de locataires, etc ...
Les communistes ne s'écartent jamais des organisations englobant la masse des ouvriers sans parti, même dans certains cas, quand elles revêtent un caractère manifestement réactionnaire, voire ultra-réactionnaire (syndicats jaunes, ASSOCIATIONS CHRÉTIENNES, etc.) »
RÉSOLUTION DU Ile CONGRÈS DE L'INTERNATIONALE COMMUNISME LÉNINE - Œuvres Complètes, t. XXV, p. 639 .
« Les communistes considèrent comme leur tâche principale de poursuivre au sein de ces vastes groupements, un TRAVAIL SYSTÉMATIQUE D'ORGANISATION ET D'ÉDUCATION. »
LÉNINE - Œuvres Complètes, 1. XXV, p. 633 .
« ... Il faut simplement que les membres du Parti adhérant à ces organisations où ils jouissent d'une INFLUENCE incontestable, emploient tous les moyens de PERSUASION pour que les organisations sans parti se rapprochent DANS LEUR TRAVAIL (6) du parti du prolétariat, et en acceptent de plein gré la direction politique.»
STALINE - Des principes du léninisme. Extrait de Le Parti Communiste.
« Ecole élémentaire du Parti Communiste français ». Cours n° 6. Ed. P.C.F., 44, rue Le Pelletier, Paris (9"). Janvier 1955.
UNITE D'ACTION N'EST PAS UNIFORMITE - Rester soi-même pour être efficace
« Nous ne pouvons que nous réjouir si la social-démocratie réussit à diriger chaque grève ... mais nous serions des suiveurs, si nous admettions l'identification d'une forme de lutte si primaire et tout au plus trade-unioniste avec la lutte sociale-démocrate générale et consciente ...
Donner le nom de membres à tous les ouvriers grévistes ou syndiqués est une absurdité manifeste qui menacerait de causer un double préjudice. D'une part de réduire l'étendue du mouvement syndical et d'affaiblir la solidarité des ouvriers sur cette base.
D'autre part, de permettre à la confusion et à l'hésitation de pénétrer dans le parti social-démocrate. »
LÉNINE - Un pas en avant, deux en arrière, Bureau d'Editions, 1928, pp. 85, 86, 89.
(6) « Dans leur travail. .. », .
LA CELLULE - Par sa simplicité, son unité intellectuelle, les affinités psychologues des membres, elle est la méthode la plus efficace.
« Aujourd'hui le prolétariat allemand n'a plus besoin d'organisation officielle ni publique, ni secrète, la simple réunion naturelle de camarades de classe, ayant les mêmes idées, suffit sans statuts, comités, décisions et sans autres formes palpables, à ébranler l'Empire allemand tout entier. »
F. ENGELS, Appendice au Manifeste du Parti Communiste .
« Il faut organiser des CERCLES ouvriers avec un but bien net: préparer les masses à l'insurrection, les rassembler pendant l'insurrection et commencer au mot d'ordre donné ... »
PARVUS, cité par LÉNINE in : STALINE: Principes du Léninisme, pp. 109-110 .
« Au début, la social-démocratie ne pouvait étendre son activité au sein de la masse ouvrière: aussi se contentait-elle d'agir dans des CERCLES de propagande et d'agitation. L'étude dans les cercles constituait alors sa seule forme d'activité. Ces CERCLES avaient pour objet de créer parmi les ouvriers eux-mêmes UN GROUPE CAPABLE DE DIRIGER par la suite le mouvement. Aussi, étaient-ils composés d'ouvriers avancés: une ELITE ouvrière avait seule la possibilité d'y étudier. »
J. STALINE - Les questions du Léninisme, T .1. pp. 111 et s. - Editions Sociales, Paris, 1947.
L'ETUDE INDIVIDUELLE
« Elle nécessite que chaque camarade se réserve quelques heures par semaine pour étudier.
Sous la direction de la cellule, des camarades peuvent accepter d'être les conseillers d'étude d'autres membres de la cellule, afin de leur faciliter cette tâche indispensable: l'étude. »
« Ecole élémentaire du P.C. Français» Cours n° 6 - janvier 1955.
LES PERMANENTS ET LES ANIMATEURS
« L'organisation des révolutionnaires doit englober avant tout et principalement des gens dont la profession est l'action révolutionnaire ».
LÉNINE - Œuvres Complètes, T. N, pp. 511 et 512 - Editions Sociales.
« Il nous faut former des hommes qui ne consacrent pas seulement à la Révolution leurs soirées libres, mais toute leur vie »... « Il nous faut avoir une organisation assez considérable pour permettre la division du travail. »
LÉNINE - Œuvres Complètes, T. N, p. 58 - Editions Sociales - Paris.
« Quant aux cadres et aux dirigeants du Parti, il est nécessaire à plus forte raison qu'ils deviennent les vivants représentants des intérêts généraux du Parti et du prolétariat et qu'ils fondent complètement leur intérêt et leurs buts personnels dans l'intérêt et les buts généraux du Parti et du prolétariat. » LIOU-CHAO-TCHI - Opus. cit., p. 61.
POUSSER LES MEILLEURS, LES SUSCITER, LES ANIMER
(Le P. C.) « ... se crée par la SELECTION des travailleurs les meilleurs, les plus conscients, les plus dévoués, les plus clairvoyants. »
LÉNINE - Œuvres Complètes, T. XXV, p. 208 - Editions Sociales - Paris.
« Il faut que le Parti absorbe tous LES MEILLEURS ELEMENTS de la classe ouvrière, leur expérience, leur esprit révolutionnaire, leur infini dévouement à la cause du prolétariat. »
STALINE - Des principes du Léninisme, p. 104.
« Les cadres existent. Le problème n'est pas de les inventer, mais de savoir les découvrir, les former et les promouvoir hardiment. »
« Le Parti Communiste ». Cours n° 6 de « L'école élémentaire du P. C. Français », janvier 1955. Edit. P. C. F. 44, rue Le Pelletier, Paris (9°).
« A l'heure présente nous avons encore vraiment beaucoup trop peu de héros et de dirigeants révolutionnaires ayant du prestige. Nous avons encore besoin de tremper et d'éduquer un grand nombre de héros et de très bons dirigeants communistes révolutionnaires sur tous les terrains. C'est là un point très important de notre cause qu'il ne faut absolument pas négliger. Quiconque le dédaigne ne comprend absolument rien à la façon de faire progresser la cause communiste. Nous devons donc rehausser encore, parmi les membres de notre Parti, l'ardeur et les aspirations au progrès dans la cause révolutionnaire. Dans le moment présent nous n'en faisons pas assez sous ce rapport. Cette lacune se révèle, par exemple, dans le fait que certains membres du Parti N'ÉTUDIENT PAS AVEC ASSEZ D'ASSIDUITÉ et ne marquent pas pour la politique et LA THÉORIE un intérêt assez profond. C'est pourquoi NOUS NOUS OPPOSONS A LA BRAVADE ET A LA PARADE, mais nous ne nous opposons certes pas à la véritable aspiration au progrès parmi nos membres: c'est là une des qualités les plus précieuses des membres du P.C. »
LIOU-CHAO-TCHI - Opus. Cil., p. 70.
BIEN CONNAITRE LES HOMMES
« Pour découvrir ces hommes et ces femmes, pour les placer au poste où ils peuvent le mieux servir le Parti, il faut connaître les hommes dans la vie, AVEC LEURS QUALITÉS ET LEURS DÉFAUTS, leurs difficultés familiales ou autres, leurs aptitudes et leurs goûts.
On peut ainsi savoir sur lesquels on s'appuiera pour réaliser telle ou telle tâche et la promotion des cadres du Parti se fera d'une façon intelligente et humaine. »
« Ecole élémentaire du P. C. Français» Cours n° 6, janvier 1955.
________________A suivre_______________________________________________________________
Publié : 20/10/2007 - 14:20
par Pat
LE BON COMMUNISTE
Les textes qui précèdent rappelaient:
- les aspects essentiels de la dialectique marxiste;
- le souci des maîtres marxistes de faire passer la dialectique en actes;
- les méthodes qu'ils préconisent pour cela.
Le marxisme était vu, en quelque sorte, PAR EN HAUT. Les textes qui suivent montrent avec quel soin l'organisation du Parti ne dédaigne pas d'examiner l'application de la méthode par les HOMMES.
Presque tous les passages cités sont tirés de : « POUR ÊTRE UN BON COMMUNISTE ».
C'est un petit ouvrage, très clair, essentiellement pratique, destiné à de jeunes cadres du marxisme chinois.
Il nous a semblé qu'il y avait maintes leçons à y prendre dans l'ordre des méthodes légitimement utilisables et de la psychologie d'une action efficace.
LIOU-CHAO-TCHI est Vice-Président du gouvernement central de la République populaire de Chine et secrétaire du Comité central du P. C. chinois. Il est né en 1898 et a pris part à toute l'action du Parti en Chine.
- Les sous-titres et paragraphes sont de la Cité Catholique.
I. • EN VUE DE L'ACTION
Don total des meilleurs Humble formation Réformation constante ... ... et pour tous.
LES QUALITES DES CADRES, de ceux qui « animent » le P.C.
« Cela (l'imitation de Marx, Engels, Lénine et Staline) exige une VOLONTÉ de fer, une résolution ferme dans l'âpre lutte pour la cause du prolétariat. Cela exige un DÉVOUEMENT de toute la vie à l'étude du marxisme léninisme et à sa mise en pratique au cours des luttes révolutionnaires des masses. Cela exige une FORMATION et une ÉDUCATION sous tous les aspects. »
LIOU-CHAO-TCHI - Pour être un bon communiste, p. 28, Éditions Sociales - Paris, 1955.
DÉTACHEMENT PERSONNEL POUR LE SERVICE DU PARTI
« Certes, un membre du Parti a son intérêt personnel et son développement personnel. Or, cet intérêt personnel peut, à certains moments, entrer en conflit avec l'intérêt du Parti et lui devenir antagoniste. Dans ce cas, tout membre du Parti est dans l'obligation de SACRIFIER INCONDITIONNELLEMENT SON INTÉRÊT PERSONNEL : il ne doit, sous aucun prétexte, sacrifier l'intérêt du Parti pour se conformer à son intérêt personnel. »
LIOU-CHAO-TCHI - Opus. cit., p. 60.
SOUCI DE SE TRANSFORMER SANS CESSE : lutte intérieure en .vue de résoudre ses propres contradictions (contradictions internes) :
« Un membre du Parti communiste se transforme lui-même au cours de la lutte qui le met aux prises avec la contre-Révolution sur des terrains variés ... Passer de la condition d'un apprenti à celle d'un révolutionnaire mûr et expérimenté, capable de faire face à n'importe quelle situation, exige un très long travail de formation révolutionnaire et d'éducation, c'est-à-dire un long travail de réformation. »
LIOU-CHAO-TCHI - Opus. cit., p. 13.
FORMATION MAXIMA: l'exemple des grands maîtres
... « Le but des membres du Parti en ce qui concerne la formation et l'éducation ne devrait pas être au niveau des qualités minima: il devrait être au niveau des qualités maxima. Nous avons sous les yeux, comme des exemples, comme le critère de notre éducation, les paroles et les actes, les réalisations et les vertus dont Marx, Engels, Lénine et Staline ont rempli leur vie. »
LIOU-CHAO-TCHI - Opus. cil., p. 21.
SE CORRIGER SOI-MÊME EN VUE D'UNE ENTIÈRE SOUMISSION A L'IDÉOLOGIE DU PARTI (8)
... « Nous devons essayer AVEC MODESTIE de comprendre le point de vue, la méthode et l'aspect du marxisme léninisme ... Ces notions comprises, nous devons immédiatement les appliquer à notre propre pratique, c'est-à-dire à notre vie, à nos paroles, à nos actes, à notre travail. Ces notions il nous faut y adhérer, il nous faut CORRIGER et chasser sans réserve tout ce qui, dans notre idéologie, va à leur encontre .
... C'est sur cette base que nous devons juger si notre compréhension du marxisme-léninisme est correcte, SI NOUS AVONS CORRECTEMENT APPLIQUÉ LA MÉTHODE DU MARXISME-LÉNINISME, si nous avons découvert nos imperfections et nos erreurs et si nous les avons CORRIGÉES,»
LIOU-CHAO-TCHI - Opus, cil., p, 31.
(8) Toujours la singerie de l'universalisme catholique. On croirait lire les conseils de saint IGNACE ou de saint VINCENT DE PAUL pour méditer avec fruit et s'amender!
HABITUDE DE L'AUTO-CRITIQUE
« Reconnaître ouvertement son erreur, en découvrir les causes, analyser la situation qui lui a donné naissance, examiner attentivement les moyens de corriger cette erreur, voilà la marque d'un parti sérieux, voilà ce qui s'appelle pour lui, remplir ses obligations, éduquer et instruire la CLASSE et puis les MASSES. »
LENINE - La maladie infantile du communisme, p. 44.
PAS DE POUDRE AUX YEUX
« Le militant capable est celui qui réalise. Contrôler les militants, c'est les contrôler non d'après leurs promesses et déclarations mais d'après les résultats de leur travail. Vérifier l'exécution des tâches, c'est vérifier non seulement dans les bureaux, non seulement d'après les compte-rendus officiels, mais avant tout sur les lieux de travail, d'après les résultats EFFECTIFS de l'exécution. »
STALINE - Pour une formation bolchevik.
ÉCARTER LES « TROP FORTS» ET LES BAVARDS
« Pour faciliter l'accès des meilleurs aux postes responsables (par exemple à la direction de la cellule ou au comité de section) il faut écarter démocratiquement, au cas où ils s'y trouveraient, d'une part ceux qui, se croyant supérieurs à tous les autres, veulent tout faire et découragent les bonnes volontés, d'autre part les bavards, c'est-à-dire, ceux qui font de longs et brillants discours mais ne réalisent pas dans la pratique la politique du Parti. »
« École élémentaire du P. C. Français» Cours n° 6 - janvier 1955.
PAS DE LIBÉRALISME QUANT A L'IDÉOLOGIE
« Nous n'adoptons pas une attitude libérale, mais nous poursuivons une lutte irréconciliable contre les différentes idéologies et opinions qui sont fausses dans leur principe et contre tous les phénomènes indésirables dans le Parti pour essayer sans cesse de triompher de telles erreurs et de tels phénomènes. Nous NE TRANSIGEONS PAS : nous ne permettons pas que le développement de ces erreurs et de ces phénomènes mette en péril l'intérêt du Parti. »
LIOU-CHAO-TcHI - Opus. cil., pp. 92-93.
IDÉOLOGIE OBLIGATOIRE ET OPINIONS LIBRES
... « Ce qui ne veut pas dire qu'en l'absence de divergences de principe et d'opportunisme dans le Parti, nous devions essayer de grossir subjectivement une divergence d'opinion entre camarades sur certaines affaires purement pratiques, de tenir cette divergence d'opinion pour une « divergence de principe » et de faire délibérément la « chasse » à certains camarades en tant qu' « opportunistes », en les considérant comme des « cibles » dans la lutte à l'intérieur du Parti. »
LIOU-CHAO-TCHI - Opus. cil.
II .• DANS L'ACTION
De la formation à l'action Formation et action simultanées Périls à éviter dans l'action
LES DIRIGEANTS TIENDRONT COMPTE DES PROBLÈMES PERSONNELS DES MEMBRES (9)
... « Chaque fois que ce sera possible, le Parti sauvegardera les intérêts personnels de première nécessité de ses membres: par exemple, il leur donnera l'occasion de recevoir un enseignement et d'étudier; il les aidera à résoudre leurs problèmes domestiques et leurs problèmes de santé, et si c'est nécessaire, il renoncera même à certains travaux pour le Parti afin de soulager des camarades, etc ...
Cependant, toutes ces mesures ne sont prises que dans le dessein de sauvegarder les intérêts du Parti dans son ensemble. »
LIOU-CHAO-TCHI - Opus. cit., p. 62.
(9) A l'encontre des catholiques, les marxistes ne mettent aucune CHARITÉ dans cette attitude. Ils n'y voient qu'un meilleur RENDEMENT des membres pour le Parti. Il reste vrai qu'une action pour être efficace doit tenir compte de l'aspect humain.
NE PAS PRENDRE SES DÉSIRS POUR DES RÉALITES:
ÊTRE SANS ILLUSIONS, QUOIQUE BIEN DÉCIDES
« Ici j'aurai à critiquer quelques erreurs fréquemment commises par certains jeunes camarades: leurs tentatives de s'échapper de la réalité ou de la méconnaître. Il est très bien qu'ils aient un idéal élevé. Mais ils se plaignent souvent que cet endroit-ci n'est pas bon et que cet endroit-là n'est pas meilleur, que tel genre de travail ne leur convient pas et que tel autre genre ne leur convient pas non plus. Ils sont tout le temps à la recherche de l'endroit idéal, du travail idéal qui leur donneront la possibilité de tout doucettement « changer le monde ». Cependant, ni cet endroit, ni ce travail n'existent ailleurs que dans leur pensée et leur désir. »
LIOU-CHAO-TCHI - Opus. cil., p. 53.
LAISSER DIRE ... ÊTRE PATIENT - TENIR
« Il est inévitable que chacun, au cours de la lutte à l'intérieur du Parti, reçoive des critiques, fondées ou non fondées, subisse des attaques et même parfois des injustices et des humiliations (10). Tout camarade doit en passer par là. »
LIOU-CHAO-TCHI - Opus. cil., p. 105,
(10) Étranges rapprochements de vocabulaire avec le christianisme malgré l'opposition radicale des réalités. Les humiliations n'ont aucune valeur dans le marxisme. On ne les considère toujours QU'A TRAVERS L'INTÉRÊT DU PARTI.
PAS D'INQUIETUDES VAINES
« il, est inévitable que chacun de nous commette quelques erreurs dans son travail. Si nous ne tolérons pas, si nous n'excusons pas, si nous repoussons absolument et même si nous éliminons tous les camarades qui, à un degré quelconque, reflètent les idéologies non prolétariennes de la société et commettent quelques erreurs, mais ne sont pas des éléments incorrigibles, nous ne pourrons jamais bâtir notre Parti! »
LIOU-CHAO-TCHI - Opus cil. p. 98.
Documents tirés de LE MARXSISME LÉNINISME par La CITÉ CATHOLIQUE année 1960
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Publié : 25/10/2007 - 18:16
par Pat
Les manuscrits censurés de Lénine
Plus de 3700 documents de Lénine sont restés censurés jusqu'en 1999.
Ils donnaient une trop mauvaise image du régime ...
Rapidement, après la mort de Lénine en 1924, on prépare l'édition de ses œuvres complètes.
C'est un processus qui va prendre des dizaines d'années. Les premières éditions, incomplètes, datent des années 1930-1940. En 1958, sous Krouchtchev, est lancée la cinquième et plus grande édition, achevée en 1965 : 55 volumes des œuvres dites complètes.
Or, à leur grande surprise, les archivistes découvrent, après l'écroulement du régime soviétique, des milliers de documents de Lénine qui avaient été écartés des œuvres complètes. Pour quelles raisons? Une note confidentielle, rédigée en décembre 1991, quelques jours avant la démission de Gorbatchev, en livre une explication. Le directeur de l'Institut du marxisme-léninisme, où étaient pieusement conservés les 30820 textes autographes du fondateur, y expose pourquoi 3724 documents, non seulement n'avaient pas été publiés, mais ne devaient pas l'être « dans la situation présente et à l'avenir ».
Trois considérations principales étaient mises en avant. D'abord, une partie de ces documents montre à quel point Lénine « avait encouragé la subversion révolutionnaire et la violence visant à déstabiliser toute une série d'États indépendants », et« tenté ci d'instrumentaliser des tensions nationales ou ethniques ». Il s'agit là de documents portant notamment sur la soviétisation des pays baltes (en 1918-1919) et sur la politique internationale.
Ont ensuite été écartés des documents où Lénine prône trop ouvertement « une politique de terreur, de répression et d'épuration sur une grande échelle à l'encontre des couches les plus diverses de la société, et à des moments où aucune menace ne pèse sur le régime », par exemple, au début de la NEP (Nouvelle Politique économique), en 1921.
Enfin, troisième type de documents, ceux qui révèlent des « aspects contradictoires» de Lénine - un euphémisme pour désigner la mentalité policière et conspiratrice de Lénine. En URSS même, on a donc considéré certains de ces textes trop durs, trop « extrémistes ».
En 1999 paraît à Moscou un volume entier de textes de Lénine qui n'étaient jamais entrés dans les Œuvres complètes. Parmi les 420 documents inédits publiés, figure le télégramme suivant, envoyé le 11 août 1918 par Lénine à trois dirigeants bolcheviques de la région de Penza, les « camarades » Kouraiev, Minkin et Bosh.
« Camarades, le soulèvement koulak dans vos cinq cantons doit être écrasé sans pitié. Les intérêts de la révolution tout entière l'exigent, car partout la lutte finale avec les koulaks est désormais engagée. Il faut
1) Pendre (et je dis pendre de façon que les gens le voient) pas moins de cent koulaks, richards, vampires connus.
2) Publier leurs noms.
3) S'emparer de tout leur grain.
4) Identifier les otages comme nous l'avons indiqué dans notre télégramme hier. Faites cela de façon qu'à des centaines de verstes à la ronde le peuple voie, tremble, sache et s'écrie: ils étranglent et continueront à étrangler les koulaks-vampires. Télégraphiez que vous avez reçu et mis à exécution ces instructions.
» Votre Lénine.
»PS: Trouvez des gens plus durs. »
A la date du 12 août 1918 figurent trois nouveaux télégrammes envoyés par Lénine, cette fois individuellement à chacun des «camarades de Penza ». Ceux-ci ont répondu trop « mollement » au goût de Lénine, qui revient à la charge:
« Bien reçu votre télégramme. Extrêmement étonné de l'absence de toute information concrète concernant la répression du soulèvement koulak des cinq cantons insurgés. Je ne veux pas croire que vous ayez pu faire preuve de nonchalance ou de faiblesse dans l'écrasement des koulaks et la confiscation exemplaire de tout le patrimoine et notamment des céréales des koulaks insurgés. Lénine. »
N.W
L' HISTOIRE octobre 2007
Publié : 25/10/2007 - 19:44
par ARMAGEDON
Une vraie saloperie ces "rouges" dès la création.

Publié : 26/10/2007 - 14:59
par Pat
Non, la fin ne justifie pas les moyens. Le communisme fut une doctrine qui fit feu de tout bois pour parvenir au pouvoir. Avec les résultats monstrueux que l'on sait. Il ne faudrait pas croire que le marxisme soit mort aujourd'hui. Sous ses cendres, se tapissent des, incandescences susceptibles de relancer l'incendie , Nicolas Tandler, il y a plus de vingt ans, démontait l'histrion Marchais et le casseur d'entreprises Krasucki.
Depuis, à la suite de l'effondrement de l'URSS, il avait ! pris une sorte de retraite de ses sujets favoris. L'évolution présente lui a paru justifier de reprendre ses dissections du phénomène marxiste, et de ses exécutants.
Le premier au pouvoir, le fondateur d'un totalitarisme toujours vivant, fut Lénine. On en a fait une sorte de génie, un penseur, amené à tolérer des violences « défensives» devant les « sabotages» d'affreux réactionnaires tsaristes et capitalistes. Mieux encore, eût-il vécu plus longtemps, nous dit-on, que Staline n'aurait pu devenir le maître de la Russie. C'est se moquer du monde. Oulianov dit Lénine a utilisé tous les procédés criminels pour parvenir, à la domination du peuple russe. Fausse monnaie, captations d'héritage, attaques de banques; terrorisme, furent quelques-uns des procédés qu'il développa. Ses compromissions avec la police politique en principe chargée ,de le combattre, lui et ses bolcheviqùes, s'avérèrent constantes. Enfin, il a trahi en permanence son pays, si favorable à sa famille, au profit de ses ennemis, le Japon ou l'Allemagne, se faisant payer pour ses coups de poignard dans le dos des armées russes. Cela par l'intermédiaire de financiers d'un type particulier.
Bien des faits, quoique oubliés, ont été connus. Mais dans ses Secrets de Lénine, Nicolas Tandler a reconstitué l'assassinat d'un ambassadeur allemand à Moscou,démasquant Lénine comme son commanditaire. Ce n'est pas le seul crime du potentat rouge qu'il éclaire grâce à une «revisite» du bolchevisme. Il montre également comment, si la planification de la prise du pouvoir par Lénine avait pu se dérouler sans encombre, la Grande guerre aurait eu une tout autre issue. En une époque marquée par la crainte du terrorisme, le succès d'un Lénine devrait faire réfléchir : les manipulateurs sont souvent victimes de leurs marionnettes.
Nicolas Tandler : Les secrets de Lénine - Dualpha Editions (BP 58,77522 Coulommiers Cédex), 400 pages, 32 €
National Hebdo février 2006
Publié : 27/10/2007 - 16:21
par Pat
Schéma historique du communisme
l - DU COMMUNISME DE MARX A LA « REVOLUTION D'OCTOBRE ».
Karl Marx naquit en 1818 à Trèves (Prusse Rhénane). Son père, avocat israëlite, se convertit en 1824 au protestantisme.
En 1841, ses études faites, Marx rejoignait à Berlin le cercle des « hégéliens de gauche » qui tiraient de la philosophie de Hegel des conclusions athées et révolutionnaires.
Friedrich Engels, né en 1820 à Barmen (Prusse Rhénane), adopta aussi la philosophie de Hegel. Venu à Paris pour quelques jours en 1844, il y rencontra Marx dont il devint l'ami le plus intime.
A partir de 1844-1845, années où se formèrent ses idées, Marx fut matérialiste et adepte de Ludwig Feuerbach.
Depuis 1836 Feuerbach critiquait la théologie et s'orientait vers le matérialisme, qui en 1841 l'emportait définitivement chez lui (" L'Essence du Christianisme "); en 1843 paraissaient ses « Principes de la philosophie de l'avenir ». « Il faut avoir éprouvé soi-même l'action libératrice de ce livre », écrira plus tard Engels. « Nous fûmes tous momentanément des feuerbachiens ».
Marx voyait la portée historique mondiale de l'œuvre de Feuerbach qui « fit époque », précisément dans sa rupture décisive (et logique), avec l'idéalisme de Hegel et dans son affirmation du matérialisme. Cependant il jugeait ce matérialisme insuffisant dans sa logique et dans son ampleur.
Dès cette époque, Marx et Engels prirent une part active à la vie fiévreuse des groupes révolutionnaires en France,Angleterre, Belgique, Allemagne. Dans ses articles, Marx apparaissait déjà comme un révolutionnaire qui proclame « la critique impitoyable de tout ce qui existe » .
Engels était devenu socialiste en Angleterre, où il écrivit en 1845 « La situation des classes laborieuses en Angleterre ». Marx l'était devenu à Paris, sous l'influence des socialistes français et de la vie française. Il concluait à la transformation inévitable de la société capitaliste en société socialiste dans laquelle l'Etat disparaîtrait.
De 1844 à 1848, Marx et Engels élaborèrent la théorie et la tactique du socialisme prolétarien révolutionnaire, ou communisme. « A la demande du deuxième Congrès de la « Ligue des communistes à Londres, ils rédigèrent le texte du célèbre « Manifeste du Parti Communiste » publié en février 1848. Cet ouvrage exposait avec une clarté et une précision géniales la nouvelle conception du monde, le matérialisme conséquent qui embrasse aussi le domaine de la vie sociale, la dialectique, science la plus vaste et la plus profonde de l'évolution, la théorie de la lutte des classes et du rôle révolutionnaire joué dans l'histoire mondiale par le prolétariat, créateur d'une société nouvelle, la société communiste. » (Lénine, Karl Marx 1915).
Après les événements révolutionnaires de 1848-1849, Marx, expulsé successivement de Bruxelles, de Cologne, de Paris, se fixa à Londres. A cette époque l'idéologie de Marx était encore loin d'être dominante. Elle n'était que l'une des très nombreuses fractions ou tendances du socialisme. Marx et Engels engagèrent la lutte contre le proudhonisme, critiquant les partis et les doctrines qui se manifestèrent pendant la tourmente de 1848.
En 1864 fut fondée à Londres la célèbre « Première Internationale » dont Marx fut l'âme. En combattant les théories des socialismes anglais, Marx forgea une tactique unique pour la lutte prolétarienne de la classe ouvrière dans les différents pays. Le bakouninisme fut chassé de l'Internationale.
En 1867, Marx fit paraître le premier livre de son ouvrage « Le Capital », où il prétendait dévoiler la loi économique du mouvement de la société moderne.
L'année 1871 vit le grand soulèvement ouvrier de la Commune de Paris. Marx n'y était pour rien, mais il le salua comme « le premier gouvernement de la classe ouvrière ». La Commune devint le modèle de toutes les révolutions socialistes.
« La Commune, écrivait Engels en octobre 1884, a été le tombeau du vieux socialisme français. Mais elle a été en même temps le berceau du communisme international, nouveau pour la France ».
Après l'échec de la Commune, la 1° Internationale prit fin pratiquement en 1872, et fut dissoute officiellement en 1876. Karl Marx se retira pour un temps aux Etats-Unis. Le centre de l'activité révolutionnaire se transporta en Allemagne et en Russie. L'Allemagne devint la patrie des sociaux-démocrates qui constituèrent depuis, la «Ile INTERNATIONALE ». Fondée en 1889, elle disparut pendant la guerre de 1914 et reprit son activité en 1923 au congrès de Hambourg. Le proudhonien Muehlberger, puis le positiviste Dühring réussirent, quelque temps, à se faire valoir. Mais, à partir de 1890, le marxisme l'emporta.
Même dans les pays latins, où les traditions proudhoniennes s'étaient maintenues le plus longtemps, les « partis ouvriers » édifièrent leur programme et leur tactique sur la base marxiste.
Son activité intense et ses travaux théoriques ébranlèrent définitivement la santé de Marx. La maladie l'empêcha de terminer « Le Capital ». Il mourut en 1883 et fut enterré au cimetière de Highgate à Londres.
Engels entreprit la lourde tâche de mettre au point et de faire paraître la suite du « Capital ». Il édita le deuxième livre en 1885 et le troisième livre en 1894. II écrivait à un de ses vieux amis: « J'ai toujours été « deuxième violon auprès de Marx ». Engels mourut à Londres en 1895, sans avoir eu le temps de mettre au point le quatrième livre du « Capital ».
Son éloge funèbre fut prononcé par VLADIMIR ILlTCH LÉNINE, de son vrai nom OULIANOV, Russe d'ascendance mongole, né en 1870 à Simbirsk, en Sibérie (aujourd'hui Oulianovsk). Lénine a complété au point de vue tactique la théorie de Marx, principalement de 1905 à 1917.
En 1893, Lénine s'installa à Saint-Pétersbourg. Le premier cercle marxiste y fonctionnait depuis 1883. En 1895, il en existait une vingtaine et d'autres se fondaient dans les grandes villes.
Publié : 27/10/2007 - 16:25
par Pat
Lorsque le marxisme eut supplanté les théories adverses tant soit peu cohérentes, commença à partir de 1890 la lutte du courant anti-marxiste au sein du marxisme, courant principalement composé de ceux qui cherchent à améliorer la situation de la classe ouvrière.
Lénine maintint la ligne marxiste en abattant, sur le plan idéologique, les « populistes » et les « marxistes légaux », puis un courant opportuniste: « l'économisme ». Les deux idées fondamentales de Lénine étaient:
1° L'importance de la théorie en tant que force révolutionnaire.
2° La nécessité de porter la lutte sur le plan politique et de prendre le pouvoir. Ille répète inlassablement contre les « économistes » qui ne veulent pas de la dictature du prolétariat.
Le parti dont il jeta les bases en Russie devint l'instrument de cette prise du pouvoir politique. Le premier congrès du parti se tint en 1898, le second à Londres en 1903. Les partisans de Lénine y furent appelés « bolchéviks » (c'est-à-dire majoritaires au congrès), ses adversaires « menchéviks » (minoritaires). La dictature du prolétariat y fut décidée contre l'avis des menchéviks « opportunistes »; le programme et les statuts du parti y furent arrêtés.
Pour prendre le pouvoir, Lénine misait sur la guerre étrangère et la défaite. En 1904, le Japon attaquait la flotte russe à Port-Arthur, et en 1905 la Russie était battue à Moukden et à Tsou-Shima. La révolution éclata, s'étendit à la campagne puis à l'armée et à la flotte menée par l'équipage du cuirassé « Potemkine ». Après avoir signé la paix avec le Japon, le Tsar rétablit la situation grâce, en partie, aux divisions entre bolchéviks et menchéviks, les premiers menant campagne pour renverser le tsarisme, les seconds n'ayant pas compris la nécessité d'incarner la théorie dans un pouvoir politique.
Les bolchéviks tirèrent les leçons de cet échec et profitèrent des années de réaction qui le suivirent pour compléter l'éducation du parti révolutionnaire. Lénine lutta contre deux mouvements opportunistes: les « liquidateurs » et les « otzovistes ». A ce moment commença également la lutte entre Lénine et Staline d'une part, et Trotsky, Kaménev, Zinoviev, Rykov d'autre part, qui prétendaient occuper une position « centriste» entre bolchéviks et menchéviks. A la conférence de Prague en 1912 les menchéviks furent expulsés du parti qui ajouta à son titre, entre parenthèses, le mot bolchévik. Il s'agissait de ne pas dégénérer en un parti de réformes sociales comme les partis social-démocrates d'Europe occidentale après la mort d'Engels.
(A partir de 1912 recommença l'agitation sociale en Russie, et les bolchéviks lancèrent le journal « La Pravda ».
En 1914, les bolchéviks, fidèles à leur plan de la révolution par la défaite, formulèrent le mot d'ordre de « transformation de la guerre impérialiste en guerre « civile ». En 1916, Lénine écrivait en Suisse son ouvrage « Impérialisme, stade suprême du capitalisme ». TI y exprimait une théorie nouvelle sur la possibilité de la victoire du socialisme limitée à un seul pays; la victoire simultanée du socialisme dans le monde était jugée impossible.
En 1917, la révolution éclatait, sous le coup des défaites et des privations de la guerre. En février à Pétrograd les troupes se joignaient aux ouvriers insurgés. Les Soviets, dominés par les menchéviks (Lénine émigré, Staline exilé), laissaient le pouvoir au gouvernement provisoire de Kerensky. En avril, les puissances occultes internationales s'intéressant à la victoire du marxisme, Lénine était ramené de Suisse en Russie à travers l'Allemagne en guerre dans un wagon plombé. II publiait ses « thèses d'avril », dans lesquelles il proposait de remplacer la république parlementaire (jusqu'alors préférée par les théoriciens marxistes) par la république des soviets, de demander la paix, de reconquérir contre les menchéviks la majorité dans les soviets par un travail patient d'endoctrinement des masses, de remplacer l'appellation de « Parti social-démocrate» par celle de « Parti Communiste (bolchévik) », de fonder la Ille Internationale communiste.
En mai, Lénine s'opposa au renversement immédiat du gouvernement provisoire, ce qui aurait gêné le Parti dans son action idéologique contre les menchéviks pour faire passer de son côté la majorité des soviets.
En juillet se tint le VIe congrès du Parti, qui comptait alors 240.000 adhérents. Les progrès parurent suffisants pour s'engager dans l'insurrection armée.
A cette même époque, le 13 juillet 1917, à Fatima, au cours d'une des six apparitions qui eurent lieu du 13 mai au 13 octobre, Notre-Dame du Rosaire annonçait que, si on n'écoutait pas ses demandes, la Russie répandrait ses erreurs dans le monde, provoquant des guerres et des persécutions contre l'Eglise.
En octobre les bolchéviks obtinrent la majorité dans les soviets de Moscou et de Petrograd. Le 24 octobre 1917 ils déclenchaient l'insurrection et le 25 ils ouvraient le IIè congrès des soviets de Russie, qui établissait le premier gouvernement entièrement formé de bolchéviks. D'octobre à février, le pouvoir des soviets s'étendit au pays entier. La guerre empêchait les autres pays de s'ingérer sérieusement dans les « affaires russes» et de se dresser activement contre la Révolution d'Octobre .
Publié : 27/10/2007 - 16:30
par Pat
II - LE COMMUNISME DE LA « REVOLUTION D'OCTOBRE » A LA 2" GUERRE MONDIALE.
En février 1918, la république soviétique signait avec les Allemands la paix de Brest-Litovsk. Lénine et Trotsky mettaient leur confiance dans le prochain déclenchement de la révolution allemande pour neutraliser la puissance militaire de l'Allemagne. Effectivement, la défaite militaire puis la révolution allemande de novembre libérèrent la Russie de ce danger.
Mais des armées « blanches » s'étaient formées sous les commandements des généraux Youdénitch, Dénikine, Wrangel, et de l'amiral Koltchak. Trotsky fut nommé général en chef et conduisit la lutte sur les différents fronts. La guerre fut menée avec la plus extrême férocité et dura jusqu'en 1920. Les armées blanches furent successivement battues. Koltchak fut livré aux bolchevistes par les Tchéco-Slovaques et fusillé à Omsk, en Sibérie, en 1920.
A l'intérieur s'élevèrent de nombreux noyaux d'opposition dans les différentes couches sociales; pour asseoir son pouvoir, Lénine avait besoin de la terreur. « La voie de la terreur, disait-il, est la seule qui s'ouvre à nous et nous ne pouvons l'éviter. Vous imaginez-vous que, sans la terreur révolutionnaire, brutale et sans ménagements, il nous soit possible de vaincre? »
En 1917 Lénine signa le décret qui instituait une commission extraordinaire (en russe: Tcheresvitchaïnaïa Komissia, d'où l'abréviation de Tchéka), pour combattre « la contre-révolution, le sabotage et tous manquements au « service ». Elle fut dirigée d'abord par Ouritsky, qui suppléa au manque de technique de l'organisation naissante par des exécutions en masse, et qui déchaîna dans le peuple une telle haine qu'on l'abattit d'un coup de revolver. Lénine fut aussi l'objet d'un attentat. Un Polonais, Djerjinski, fut chargé de la répression. Sur ses ordres toutes les tchékas de province durent verser un « impôt de sang » supplémentaire en réparation. Dès cette époque il n'y eut plus le moindre attentat. Les fonctions de la Tchéka étaient simplifiées par les dénonciations qui arrivaient au courrier de chaque jour.
En 1918 une insurrection des socialistes non bolchéviks, qui avaient jusqu'alors participé au gouvernement ou aux organismes officiels, donna occasion de les liquider: les bolchéviks et la Tchéka devinrent maîtres absolus de la Russie.
Un des épisodes de la Terreur fut le massacre de la famille impériale en 1918 et 1919.
Entre 1917 et 1921, d'après les statistiques officielles, la Tchéka a exécuté 1.760.000 victimes, dont 25 évêques, 1.200 prêtres, 20.000 fonctionnaires, 190.000 ouvriers, 815.000 paysans.
Pendant ce temps, une grande vague révolutionnaire, partie de Russie où fut fondée en 1919 la Ille Internationale communiste (Komintern), passait sur l'Europe et il s'en fallut de peu que le bolchévisme ne régnât jusqu'aux bords du Rhin.
En Hongrie, Bela-Kun instaura une dictature sanglante qui dura plusieurs mois.
En Allemagne des soulèvements très violents balayèrent le pays sous la direction du Parti Communiste, alors qualifié de Spartakiste, et dont les principaux chefs à Berlin étaient Karl Liebknecht et Rosa Luxembourg. A Munich, Kurt Eisner et Lévine furent successivement maîtres du pays. Dans la Ruhr, le soulèvement était dirigé par Max Holz. La révolution dura de longs mois, même plusieurs années, mais en fin de compte ne réussit pas à prendre définitivement le pouvoir. Ses chefs furent tués, fusillés, ou bien se réfugièrent en Russie où ils disparurent dans les épurations ultérieures.
En Autriche, les marxistes de la deuxième Internationale régnèrent sans conteste jusqu'à leur écrasement par le chancelier Dollfuss en 1934.
En Italie, le drapeau rouge flottait un peu partout mais le socialisme eut plutôt une forme anarchiste et syndicaliste. Il fut écrasé en 1921.
En France, les socialistes qui comptaient six fractions en 1900, deux en 1901, avaient réalisé leur unité en 1905 par la fusion des groupes de Jean Jaurès et Jules Guesde. En 1920 une scission se produisit au congrès de Tours, d'où naquit le parti communiste, section française de l'Internationale Communiste (S.F.I.C.).
Les effectifs du parti socialiste étaient passés de 3~.000 en 1918 à 168.000 en 1920. De longs débats eurent lieu sur l'alternative de reconstruire la Ile Internationale, interrompue par la guerre, ou d'adhérer à la Ille Internationale. On envoya à Moscou Marcel Cachin et L.-O. Frossard, secrétaire général du parti. Les deux délégués, enchantés de leur réception, télégraphièrent: « L'adhésion à la IIIe Internationale est nécessaire. » Ils rapportèrent un document fort intéressant, contenant les « 21 conditions » auxquelles devait se soumettre tout parti socialiste ou communiste sollicitant l'adhésion à l'Internationale, parmi lesquelles celle-ci: les partis communistes devaient procéder à des épurations périodiques de leurs organisations. Finalement l'adhésion fut votée, et les minoritaires socialistes immédiatement exclus du parti communiste.
En 1924, le parti fut réorganisé sur la base des cellules d'entreprises, se combinant avec l'ancienne organisation sur la base territoriale.
Mais, dans l'après-guerre, le Komintern ne remporta de succès complet qu'en Mongolie extérieure (1921).
En Russie régnaient la misère et la famine. « Tout le système du communisme en guerre, indiquait Lénine, était entré en collision avec les intérêts de la paysannerie. » L'Etat soviétique s'était vu obligé de prendre au paysan, par voie de prélèvement, tous ses « excédents ». La vague de mécontentement avait gagné aussi la classe ouvrière, sur laquelle influait le profond délabrement économique. Le X· congrès du Parti mit sur pied la « nouvelle politique économique » (Nep). C'était un recul momentané pour préparer l'offensive contre le capital privé dans l'économie.
Il permit au pays de supporter l'épouvantable famine provoquée par les mauvaises récoltes de 1920 et 1921. Cinq millions d'êtres périrent, des milliers d'enfants furent sans abri.
En 1922 Lénine tomba malade, puis mourut en 1924.
La lutte s'engagea entre Staline (Joseph Djougachvili, né en 1879 en Géorgie), nouveau secrétaire général du Parti, qui poursuivait « la victoire du socialisme dans un seul pays », sous les deux aspects intérieur et international, et Trotsky, Zinoviev, Kaménev, qui lui opposaient la théorie de la " révolution permanente ".
En 1927, le Comité Central exclut Trotsky et Zinoviev du Parti, ainsi qu'une centaine d'opposants. Trotsky fut exilé; il se réfugia au Turkestan, en Turquie, en France, et finalement au Mexique où il fonda la IVe Internationale.
Il y fut assassiné en 1940, vraisemblablement à l'instigation de Staline.
En 1929 une nouvelle lutte politique donnait à Staline la victoire sur Boukharine. A partir de ce moment, Staline fut le dictateur incontesté.
Il fit adopter au Parti le célèbre premier plan quinquennal de construction du socialisme, de 1928 à 1933. D'énormes usines furent construites dans le Donetz, en Oural et en Sibérie. Cette industrialisation, qui devait favoriser le socialisme, fut accompagnée de la collectivisation forcée des campagnes sous forme de kolkhozes et de sovkhozes. Cette transformation se heurta à une vive opposition des paysans qu'on réduisit par une répression terrible et des déportations en masse dans les régions glacées du Nord.
Jusqu'en 1929, le pouvoir des soviets avait appliqué une politique de « limitation » des koulaks, ou paysans propriétaires (impôts majorés, etc.). Fin 1929, il passa à la politique de « liquidation» des koulaks comme classe. « Les koulaks furent expropriés comme les capitalistes l'avaient été en 1918. Ce fut là une transformation révolutionnaire des plus profondes, équivalant par ses conséquences à la Révolution d'octobre 1917. » On vit se manifester un sérieux mécontentement de la paysannerie. Les koulaks réussirent même à provoquer parmi les paysans une action directe contre le pouvoir soviétique. Le Comité Central dut faire preuve de « la plus grande fermeté ».
Les paysans ayant réagi en massacrant leur propre bétail, la déportation et la disette de 1931-1932 firent tomber le nombre de feux paysans de 25.800.000 en 1929 à 20.600.000 en 1936.
Depuis 1923, la Tchéka était remplacée par le Guépéou.
Le rôle de celle-là avait culminé après l'évacuation de la Crimée par les débris de l'Armée Blanche. Dans cette seule péninsule, Bela Kun, un des chefs de la Tchéka, avait fait exécuter 120.000 hommes.
Il fallait supprimer le nom sanglant de Tchéka. En le faisant, le Comité Central lui vota cet ordre du jour: « Elle n'a pas tenu assises contre l'ennemi: elle l'a « anéanti. Elle n'a fait grâce à personne. Elle a réduit en « poudre quiconque était de l'autre côté de la barricade. »
Puis le Comité central promulga le règlement de l' « Administration Politique étatiste-unifiée », par abréviation O.G.P.U. (ou Guépéou). La direction en resta à Djerjinsky. Sous ses ordres travaillaient 2.500 employés dans le lugubre bâtiment de la Loubianka de Moscou.
Chacun en U.R.S.S. doit vivre avec l'idée qu'il peut chaque jour être fusillé, et le Guépéou a créé et entretenu dans tous les milieux la psychose du Guépéou.
Plus tard, il changera encore de nom et deviendra le N.K.V.D.
En 1934 l'assassinat de Kirov donne prétexte à une série de terribles « épurations ». 117 exécutions capitales sont ordonnées, 100.000 Pétersbourgeois déportés.
En 1934-35-36, trois épurations successives chassent du Parti UN MILLION D'ADHERENTS SUR TROIS.
En 1936, Maxime Gorki puis Khandjian se suicident.
Un procès public est intenté à 16 accusés dont Zinoviev et Kaménev, aussitôt exécutés. Trois mois après, un autre procès aboutit à six exécutions. En 1937 c'est le tour de 17 accusés dont Piatakov, Radek et Sokolnikov. Les arrestations en masse et les exécutions en série font revivre en pire les heures les plus sombres de la guerre civile. En juin on décapite l'Etat-Major et le pays est frappé d'épouvante. Le maréchal Toukhatchevski et huit généraux, tous « héros de la guerre civile » et plusieurs fois décorés du Drapeau Rouge, sont jugés à huis clos, sans témoins ni défense, et exécutés en quarante-huit heures. L'année 1937 est le point culminant d'une terreur sans précédent dans l'histoire. La liste des suicidés s'allonge. Des exécutions capitales sont faites sans procès.
En 1938 un nouveau procès est intenté à 21 accusés. 18 sont exécutés, dont Boukharine, Rykov, Jagoda. On apprend l'existence au Kremlin de « l'assassinat médical », ce qui jette un doute même sur les morts « naturelles ».
Vingt ans après la Révolution, il ne reste des dirigeants du Parti au temps de Lénine que Trotsky (à Mexico) et Staline. Ont disparu la plupart des proches auxiliaires de Staline, membres du Politbureau et des organismes centraux; presque tous les 80 membres du Conseil de la Guerre; 30.000 victimes dans l'armée et la flotte; tous les chefs successifs du Guépéou (Djerjinski mort de façon bizarre, Menjinski tué par Jagoda, lequel fut tué par Ejov, lequel fut tué par Béria, lequel fut « liquidé » à son tour) ; la plupart des ambassadeurs; ceux qui ont mis en œuvre les plans quinquennaux; les derniers survivants de l'Internationale Communiste; les dirigeants de toutes les républiques fédérées (42 rien que pour la Géorgie). Liouchkov, chef du Guépéou de Sibérie Orientale témoigne que 40.000 personnes ont été exécutées au cours de la période où a été votée « la Constitution la plus démocratique du Monde ». La grande majorité des membres de la commission qui a préparé cette constitution a disparu. En 1938, le « Courrier socialiste» estimait à 7 millions le nombre des détenus dans les camps de concentration. Selon les statistiques de la police, en cinq ans 37 millions de personnes ont été arrêtées.
A l'extérieur, le Komintern dirigé par le Bulgare Dimitrov inaugure en 1935 la tactique du Front Populaire (alliance du communisme et de la maçonnerie). En France, les effectifs du Parti Communiste passent de 80.000 en 1935 à 275.000 en 1936. La Révolution progresse sous la présidence de Léon Blum.
En Espagne, le Front Populaire aboutit rapidement à une sanglante guerre civile qui dure deux ans et demi, de 1936 à 1938, laissant le pays ruiné. De juillet 1936 à février 1937 sont massacrés 16.750 prêtres et 11 évêques. Pour l'ensemble de la guerre, 500.000 Espagnols sont massacrés en haine de la foi, avec des raffinements de tortures effrayants (4). « Le communisme en Espagne a cherché à détruire par le plus cruel terrorisme non pas telle église, tel couvent, mais toutes les églises, tous les « couvents et toute trace de religion, en massacrant des milliers de prêtres et un nombre plus grand de laïques « de toutes classes mis à mort en masse pour le seul fait d'être de bons chrétiens. » (5).
(4) « Peut-être ne trouverions-nous pas, dans le Martyrologe romain, une forme de martyre non employée par les communistes, sans en excepter la crucifixion... Les formes « assumées par la profanation ont été si invraisemblables qu'on ne peut pas les concevoir sans supposer une suggestion « diabolique. » (Lettre collective des évêques espagnols à ceux du monde entier à propos de la guerre d'Espagne, 1er juillet 1937).
(5) Pie XI, Divini Redemptoris, 19 mars 1937) .
La conspiration dusilence, due à la collusion avec la franc-maçonnerie, camoufle efficacement ces atrocités aux yeux du monde.
Publié : 27/10/2007 - 16:40
par Pat
III. - LE COMMUNISME DEPUIS LA 2· GUERRE MONDIALE.
La guerre mondiale fortifie la position du communisme dans tous les pays libérés.
En 1945, se tient la conférence de Yalta, en Crimée, où Roosevelt, accompagné, comme conseillers, de Harry
Dexter White et Alger Hiss, abandonne à Staline une partie de l'Europe, et lui ouvre les portes de la Chine.
Peu après, le communisme s'empare du pouvoir en Yougoslavie, en Pologne, en Bulgarie, puis en Hongrie, en Roumanie, en Tchécoslovaquie, mais échoue en Grèce. Il enregistre des succès en Corée du Nord, en Chine où la guerre civile lui donne la victoire sur le Kuomintang (1949). Il se fortifie en Indochine, en Indonésie.
Le Komintern, supprimé en 1943, se trouve remplacé en 1947 par le Kominform.
La Lituanie, la Lettonie et l'Estonie ont été annexées dès 1940, une partie de la Finlande conquise en 1941 par l'U.R.S.S. qui « épura » les populations. Ces pays furent ensuite occupés par les Allemands qui épurèrent de leur côté; puis, en 1944, les soviétiques revinrent et épurèrent à nouveau. Il en résulta que des centaines de milliers de personnes furent déportées, déplacées, réfugiées.
La Yougoslavie fut occupée par les Allemands en 1941.
Le roi Pierre II, réfugié à Londres, se faisait représenter clandestinement sur le territoire national par le général Mikhaïlovitch. A partir de la conférence de Téhéran (1943), les alliés cessaient de soutenir ce dernier au profit du mouvement de Josip Brosz Tito, qui fit en 1944 sa jonction avec les troupes soviétiques. En 1946, la Yougoslavie devint une fédération de six républiques populaires. En 1948, elle fut expulsée du Kominform pour sa politique trop indépendante.
En Bulgarie, les élections de 1919 sont marquées par une forte poussée communiste. En 1925, un attentat communiste à la cathédrale de Sofia coûte la vie à 200 personnes. En 1946, la Bulgarie devient une république populaire.
L'Albanie est occupée par l'Italie en 1939. Elle devient une république en 1946, sous la présidence d'Enver Hodja, malgré les protestations de l'ancien roi, exilé depuis 1939.
De 1948 à 1956, plus de 5.000 catholiques de tous les milieux sont morts des suites des mauvais traitements subis dans les prisons marxistes .
La Roumanie est envahie par les armées soviétiques en 1944. En 1945, Petru Groza, leader paysan communiste, constitue le gouvernement et applique la réforme agraire. Les élections de 1946 assurent le triomphe des partis d'extrême-gauche (Anna Pauker). Les mesures de répression à l'égard de l'opposition s'intensifient. En 1947, le roi Michel est contraint d'abdiquer, la république populaire est proclamée. Monseigneur Suciu et Monseigneur Aftenie meurent en prison en 1951, Monseigneur Wladimir Ghika en 1954.
Depuis la création de la Tchéco-slovaquie, la traditionnelle russophilie des Tchèques donne des inquiétudes à ses voisins. En 1934, le président Bénès reçoit la Russie (Dimitrov) à la S. D. N., inaugurant ainsi la politique d'alliance de la maçonnerie et du communisme, qui allait déclencher la guerre et livrer au communisme de nombreux pays.
En 1944, de Londres, Bénès donne l'ordre à la résistance tchèque de passer à l'action pour aider l'avance russe. En 1945, il revient dans sa patrie. En 1946, le Front National dirigé par Gottwald l'emporte aux élections, et accentue l'évolution marxiste. En 1948, la nouvelle constitution de la république populaire est proclamée.
Les évêques sont internés ou emprisonnés. Un grand nombre de prêtres ont subi le même sort; tous les ordres et toutes les congrégations religieuses sont liquidés; en 1950 on a déporté tous les religieux dans des « couvents de concentration » pour les « ramener à leur vocation primitive ».
Les relations avec le Saint-Siège sont rompues et tout contact avec lui est presque impossible. La presse catholique est supprimée; les écoles libres aussi; les organisations religieuses dissoutes. Chaque manifestation de la vie religieuse est contrôlée par l'Etat .
Les divergences qui opposèrent les alliés après l'armistice empêchèrent la rédaction des traités de paix concernant l'Allemagne et entraînèrent même, en 1948, le blocus de Berlin par l'U.R.S.S. pendant treize mois. En 1949 fut proclamée la république populaire dans l'Allemagne de l'Est, sous la présidence de Wilhelm Pieck. Otto Grotewohl forma le gouvernement et signa, en 1950, avec la Pologne un accord par lequel la ligne Oder-Neisse fut reconnue comme frontière entre les deux états .
La Pologne est partagée entre l'Allemagne et la Russie en 1939. Dès leur entrée en lutte contre l'U.R.S.S., les Allemands occupent tout le territoire de la Pologne, déportant et massacrant la population. Ils découvrent à Katyn un charnier contenant 10.000 officiers polonais assassinés par les Russes.
La résistance polonaise s'organise. En 1944, alors que les Russes avancent sur Varsovie, le général Bor-Komorowski soulève la ville. Mais les troupes soviétiques s'arrêtent devant celle-ci, attendant que l'insurrection soit écrasée après une lutte héroïque.
Un gouvernement provisoire est constitué en 1945, reconnu par les Etats-Unis et l'Angleterre, malgré les protestations du gouvernement polonais de Londres. Les élections de 1947 assurent la victoire du bloc gouvernemental, dominé par les communistes. Le nouveau régime est caractérisé par la réforme agraire, la nationalisation de l'industrie, et le déplacement vers l'ouest des frontières de la Pologne.
En 1945, le gouvernement polonais avait provoqué la rupture du Concordat avec le Saint-Siège et ouvert l'ère des persécutions.
En 1950, un « accord» est signé entre l'Episcopat et le gouvernement. Les persécutions reprennent aussitôt.
En 1953, le Cardinal Wyszinski est arrêté et les progressistes, avec à leur tête Boleslaw Piasecki, prennent en mains une université catholique, toute la presse et toutes les éditions catholiques.
En 1956, le Saint-Office met à l'index l'ouvrage de Piasecki intitulé « Problèmes essentiels » et sa revue « Dzis i Jutro ».
A la suite de la « déstalinisation » et des mouvements populaires en Pologne, le cardinal Wyszinski et cinq évêques polonais sont libérés .
En 1944, les armées rouges entrent à Budapest, et en 1946 la Hongrie devient une république. De 1946 à 1952, 3.147 écoles catholiques sont supprimées par ordre du ministre de l'instruction publique. Les mesures coercitives de l'Etat atteignent 119 congrégations religieuses. En 1950, 1.100 membres de divers ordres religieux sont arrêtés et déportés, 67 congrégations religieuses supprimées. Toutes les imprimeries catholiques sont supprimées.
En 1948, le cardinal primat Mindszenty est emprisonné. Huit ans après, en 1956, il est déclaré innocent et libéré à l'occasion d'une révolte du peuple contre le régime communiste, que les troupes soviétiques noient ensuite dans le sang.
Le parti comInuniste chinois, né en 1921, pactisa d'abord avec le Kuomintang. En 1927, il rompît avec Tchang-Kaï-Chek dont l'évolution politique s'écartait trop de la ligne soviétique. Mais, dépourvu d'armée, il dut se réfugier dans la clandestinité. Ses membres constituèrent plusieurs noyaux dans les régions montagneuses de la Chine du Sud, y formèrent, en 1930, la première république communiste chinoise. Mais, encerclés, ils décidèrent, en 1935, de se joindre, dans la Chine du Nord, à un autre centre communiste dans le Chensi, au voisinage de la frontière soviétique. Cette « Longue Marche » de 8.000 kilomètres dura une année. Les 140.000 combattants qui l'entreprirent sous la conduite de Mao-Tse-toung, étaient réduits à l'arrivée à 40.000 hommes. La seconde république communiste chinoise s'organisa à Yenan.
Le parti communiste profite de la longue guerre contre le Japon pour se développer et s'organiser puissamment. Maître de la Chine du Nord dès 1947, il oblige, en 1949, Tchang-Kaï-Chek, lâché par les Américains, à se réfugier e Formose. La république populaire est proclamée. En 1950, les communistes s'emparent de Haï-Nan. Ils entreprennent la réforme agraire, accompagnée de la terreur ét d'une épidémie de suicides. On a cité le chiffre de 40 millions de morts en trois ans, dont 10 millions de suicidés.
En 1954, il reste en Chine 5 évêques étrangers (sur 114 en 1949), dont 3 en prison; 73 prêtres (sur 3.015), dont 3 en prison; 48 religieuses (sur 3.000). Tous les autres ont été expulsés ou sont morts pour la Foi. Quant au clergé chinois, on compte 23 évêques (sur 30), dont 3 en prison, 1000 prêtres en « liberté limitée », 300 en exil, 600 sans nouvelles. 500 en prison. 4.000 religieuses sur 5.000 ont été dispersées.
7 évêques, 300 prêtres ou religieuses, tant chinois qu'étrangers, sont morts en prison, fusillés ou torturés .
La Corée fut divisée en deux zones par le 38" parallèle à la suite des accords de Yalta (1944). En 1950, cinq divisions de la république populaire de la Corée du Nord franchissent le 38e parallèle et s'emparent de Séoul et d'une grande partie de la zone sud. Les Américains de Mac-Arthur débarquent à Fusan, avancent en Corée du Nord et approchent de la frontière mandchoue. La Chine entre en action en 1951, et reprend Séoul. Mac-Arthur réoccupe à nouveau Séoul, mais il est remplacé par Ridgeway, et les opérations se réduisent à une guerre de position. Les pourparlers laborieux de Pan-Mun-Jom aboutissent, en 1953, à l'armistice et à l'échange des prisonniers.
En Indochine, dès 1940, les partis nationalistes, notamment le Vi et-Minh, créèrent un mouvement d'indépendance, et, en 1945, fut proclamée une république, le Viet-Nam, groupant les trois KY (Annam, Tonkin, Cochinchine). En 1946, les Français ayant repris pied en Indochine signèrent avec Ho-Chi-Minh un accord reconnaissant un Vi et-Nam indépendant, dans le cadre de l'Union française. L'accord fut rompu par l'attaque des VietNamiens contre les Français au Tonkin. Les accords de 1949 aboutissent au retour en Indochine de Bao-Daï, ancien empereur d'Annam, comme chef de l'Etat associé du Viet-Nam.
En 1949, la Chine, puis l'U.R.S.S. reconnaissent Ho-Chi-Minh comme chef de la république populaire du VietNam, et lui fournissent des instructeurs et du matériel. En 1950, nos troupes évacuent Cao-Bang, Langson et plusieurs postes.
En 1954, nous perdons la bataille de Dien-Bien-Phu et nous devons abandonner l'Indochine du Nord. 900.000 catholiques se réfugient dans le sud pour fuir le régime communiste.
Dans tous les pays occupés par les communistes, de nombreux réfugiés ont abandonné leurs foyers: en Europe 27 millions, en Corée 3 millions, en Chine 30 millions. En Grèce, la guerre civile contre le communisme a provoqué l'expatriation de 700.000 personnes. 400.000 Finlandais ont abandonné les provinces de Carélie, cédées à la Russie.
En Russie, comme conséquence de la tension croissante avec l'Occident, Staline renforça, après guerre, les mesures de rigueur. Désireux de s'appuyer sur les Etats arabes contre les nations occidentales, il entama une action contre Ies Juifs de l'Union soviétique, en même temps qu'il semblait décidé à ressusciter les grands procès d'avantguerre en faisant arrêter un groupe de sommités médicales accusées de complot et d'assassinat de hautes personnalités, notamment de Jdanov (en 1948). La mort inopinée de Staline (1953) provoqua une lutte d'influence entre hauts dignitaires, notamment Malenkov et Béria, ministre de la police, qui fut exécuté. Ecarté à son tour, Malenkov laissa la place à Krouchtchev. Ce dernier tente par la « déstalinisation» d'innocenter le marxisme des atrocités commises par les soviétiques. Cependant, il n'annonce pas la fermeture prochaine des camps de travail forcé, dont la guerre a permis une connaissance détaillée. En particulier, les témoignages des 14.000 Polonais internés par les Russes en 1939, dispersés dans les camps soviétiques et libérés en 1941 à la suite de l'accord Sikorski-Staline pour constituer l'armée Anders, qui s'est battue en Italie, ont permis, complétés depuis par le témoignage d'autres rescapés, d'établir l'existence sur le territoire soviétique de plus de trois cents camps de travail forcé, peuplés de 15 à 20 millions d'esclaves et contrôlés par le MVD (Ministère de la Police). Le taux de mortalité moyen y est de 12 % par an, c'est-à-dire que la durée moyenne de la vie y est de huit ans. Le recrutement permanent des esclaves est exécuté par l'OSSO (Ossoboï Soviechtchanie), section du ministère de la police. L'administration est faite par le Goulag, abréviation de « Glavnole Lepravlenie Laguereï » (administration des camps de travail forcé), qui est égaIement une section du ministère de la police.
Par la publication du règlement, qui en a été faite, on sait que des camps de travail forcé ont été également établis en Chine.
Pour l'ensemble de l'Eglise du silence, en 1956, 76 % des évêques ont été emprisonnés, déportés ou exilés, 8 % sont morts en prison .
Telles sont, rapidement esquissées, les étapes du communisme dans le monde.
La suite de guerres civiles et étrangères, les massacres sans nombre, les déportations, la misère et le désespoir qu'elle a provoqués ne sont-ils pas la preuve par les faits de la satanique malfaisance de la Révolution marxiste?
Sources LE MARXISME LÉNINISME : La CITÉ CATHOLIQUE
Publié : 31/10/2007 - 18:21
par Pat
Radicale différence du "prolétariat" et de la bourgeoisie "
Marx a baptisé la Révolution française une révolution bourgeoise (ou « la » révolution bourgeoise). Ces contingences historiques qu'on nomme des faits décident de l'acception de ce genre de mots; entre l'étymologie et la sémantique intervient l'histoire. Quand nous nommons bourgeoise(s), la partie ou plus exactement les parties du tiers état au profit desquelles avait joué, en gros, et tous comptes faits, les séquences historiques généralement connues sous le nom de « révolution française », nous nous faisons comprendre. L'emploi éventuel par nous de ce mot ( bourgeois) n'entraîne pas, la suite le montrera suffisamment, une adhésion aux thèses et à la sémantique historique de Marx.
Lorsqu'une économie à prépondérance urbaine remplace l'économie domaniale de l'époque des grandes invasions, ou tout au moins l'englobe, la société médiévale - nous sommes aux trois premiers siècles du dernier millénaire de l'ère chrétienne - est une société fortement ordonnée (dans la pensée qu'elle a d'elle-même et quels que soient les désordres de fait). Cette société est dominée par des représentations dont les membres de la classe sacerdotale, les hiérarchies ecclésiastiques, séculières et régulières, sont à la fois les dispensateurs et les conservateurs. Le clergé veille au salut des fidèles. La noblesse fait la politique - ou ce à quoi s'est réduite l'activité que les Grecs nommaient jadis ainsi, c'est-à-dire essentiellement la guerre contre les envahisseurs ou entre soi, guerres coupées de périodes où les mêmes fins sont, selon une parole célèbre, poursuivies par d'autres moyens. Ce qui n'est ni clergé ni noblesse se nommera tiers état. Nous voyons apparaître dans les États généraux français du XIIIe et du début du XIVe siècle, et auparavant en Angleterre et en Allemagne, des « bourgeois », des habitants des petites agglomérations urbaines - petites, alors, elles le sont toutes - des bourgeois qui ont reçu de leurs congénères mandat de les représenter. Pour combattre les grandes invasions; il avait fallu, massivement sous les premiers Carolingiens, rétribuer en terres les chevaliers. Quand le commerce refleurit avec la vie urbaine, au reflux définitif des dernières grandes invasions, celles des Sarrasins et des Hongrois, l'économie monétaire reprend l'empire qu'elle avait eu. L'administration des royaumes occidentaux n'est pas alors, bureaucratiquement et fiscalement, centralisée. Les monarques ne disposent pas d'impôts permanents et d'armées permanentes en dehors de leur suite militaire féodale. En vertu du devoir d'auxilium, ils vont, chaque fois qu'ils en ont besoin, demander de l'argent à leurs bourgeois dont les cités existent souvent par privilège royal (le roi les a soustraites à l'autorité épiscopale ou seigneuriale). Ces bourgeois sont les hommes des villes, dont « l'air libère », ils seront les hommes de l'économie monétaire, de la richesse mobilière. Le clergé prie et connaît. La noblesse fait la guerre et domine. Les marchands des villes achètent et vendent. Le genre de vie de la noblesse, et le fait que le clergé maintient à l'usage de la société dans son ensemble la distinction latine des sordidi artes et des liberales artes, et surtout, dans une société chrétienne ne reconnaissant ni une autre religion, ni l'athéisme, l'interdiction ecclésiastique du commerce de l'argent, permettent d'expliquer un fait qui pourrait surprendre, et de répondre à la question : pourquoi (sur le continent d'ailleurs plus qu'en Angleterre) l'essor économique de l'Occident, consécutif aux grandes découvertes et aux grandes inventions des XVe et XVIe siècles, a-t-il profité à la " bourgeoisie " et non à la noblesse?
Les États-Cités de l'Italie, de l'Allemagne et de la Flandre médiévales, du fait de l'urbanisation plus précoce et des courants commerciaux plus intenses auxquels ils donnèrent l'impulsion, et qu'ils maintinrent, virent se former un patriciat de commerçants, d'industriels et de banquiers, qui furent les modèles de leurs successeurs dans les grandes monarchies baroques des siècles suivants. Les grandes explorations, les grandes découvertes et les grandes inventions de la fin du XVe et du XVIe siècle purent être exploitée comme on sait, grâce aux techniques industrielles (construction et conduites de vaisseaux), financières (bilans, comptabilité en partie double) et commerciales acquises déjà aux siècles précédents dan les États-Cités d'Italie, de la Hanse et de Flandre. La position géographique du Portugal, de l'Espagne, de la France et de l'Angleterre, jointe à l'appui de pouvoirs centraux capables de dispose de ressources étendues, déplace en direction de l'Occident l'esse économique européen. Mais alors, en dehors des entreprises proprement royales, comme il y en eut en Espagne, la classe qui est le siège de l'activité commerciale, industrielle, financière, celle qui, par la fortune mobilière dans une Europe qui s'urbanise de plus en plus, peut commanditer des expéditions, investir des capitaux frêter des bateaux, exploiter des mines, cette classe, sur le continent, ne connaît en fait, de la part des couches supérieures, clergé et noblesse, nul frein à son activité. Elle ne peut déroger, n'étant pas noble. La méfiance de l'Église envers le commerce de l'argent, la bassesse qu'implique, au regard des idées médiévales régnantes, une conception " économiste " du monde, les devoirs d'état des classes dominantes qui se traduisent par des préjugés d'état envers les autres classes (que traduit le verbe déroger) font que la partie ainsi définie du tiers état, que Marx nomme d'une manière trop extensive la bourgeoisie, s'est développée en dehors des normes féodales. La prépondérance désormais passée de l'économie domaniale survivra longtemps dans le monde du rang social, qui demeure le monde de la direction politique. En fait, jusqu'au XVIIIe siècle, la plus grande source de richesse est la terre, comme le signifie encore le dogme des physiocrates. La noblesse française (I,5 % de la population) détient le cinquième des terres du royaume. La puissance foncière du clergé pris globalement est encore plus forte. Le système médiéval avait été désintégré : le clergé se divisait en haut clergé qui ne se distinguait pas socialement de la noblesse (les I39 évêques de France sont nobles en I789) et en bas clergé qui ne croit plus à son appartenance à l'ancienne première caste (après l'abbé Raynal, les Sieyès et les Fouché, les Grégoire sortiront de là). La noblesse, en noblesse de cour, acculée à la ruine par la domestication qu'elle subissait depuis le règne de Louis XIV, qui la coupait de plus en plus de sa base terrienne (il fallait résider à la cour), en noblesse de robe et en petite noblesse rurale. Des tarifs des droits féodaux qui constituaient une part importante des revenus de la noblesse de cour, la fixation remontait parfois jusqu'au haut Moyen Age, et ne tenait pas compte de la diminution du pouvoir d'achat de l'argent depuis ces époques, et de l'augmentation corrélative du coût de la vie. Ce qui fait que les hobereaux vivaient mal de leurs terres d'étendue modeste, et que les grands domaines de la haute noblesse n'empêchaient pas que ceux qui en étaient propriétaires se ruinent. Il y a une troisième branche de la noblesse, branche située hiérarchiquement au-dessous, la noblesse de robe: la noblesse sans épithète a pour origine une aristocratie guerrière, une classe militaire. La noblesse de robe provient d'un mode d'anoblissement qui ne remonte pas loin au-delà du XVIIe siècle. Sous les rois des premières races, les travaux d'administration étaient faits par des ecclésiastiques. Le clergé, la " caste sacerdotale " avait le monopole du savoir. Les premiers légistes royaux qui se sont illustrés en France, ceux de Philippe le Bel, sont des défroqués quand ils ne sont pas des clercs. Depuis le début du XIVe siècle, on voit des roturiers, honorés et rendus puissants par la confiance du roi, prendre part à ses Conseils, être ses principaux agents d'exécution.
Jusqu'au règne de Louis XIV, ces légistes et ces financiers, ces « commis» seront anoblis; un minimum de circulation des élites permet au pouvoir monarchique de recruter dans la société, les compétences administratives, législatives et gestionnaires. Mais à l'époque (XVIe, XVIIe, XVIIIe siècles) où justement l'occupation dominante change, où le commerce, l'industrie, l'administration, les activités scientifiques et bientôt techniques, viennent concurrencer la science de la divinité et du salut, et l'art de la guerre, le mécanisme de recrutement des élites par l'anoblissement s'enraye. Le XVIIIe siècle_nous ne voyons pas le moyen d'éviter de répéter ici ce que chacun sait _ est le siècle des contre-offensives nobiliaires. Les anoblissements ne sont plus pour la monarchie qu'une ressource fiscale, les nouveaux nobles sont tenus à l'écart par les anciens, et rapidement, y croient de moins en moins eux-mêmes. Philippe d'Orléans, puis Louis XV et Louis XVI ne s'entourent point comme Louis XIV de grands commis. Certes, Louis XVI sut distinguer un Turgot _ d'ailleurs de vieille noblesse _ et faire de cet intendant de Limoges un ministre des Finances, un Lemercier de la Rivière intendant des Antilles, un Lavoisier, fermier général. Un Necker même ... Certes, dès la fin du règne de Louis XV on peut estimer que la fusion des deux noblesses, de robe et d'épée, est accomplie que les mêmes familles fournissent des généraux, des présidents de Parlement, des conseillers d'État. Le bilan de la monarchie française n'est pas négatif. Il faut pourtant formuler une réserve grave d'une portée mortelle : de tels choix, toujours révocables, son suspendus à la faveur royale: ils n'ont pas de base institutionnelle L'opinion publique, d'ailleurs souvent abusée, craint de voir du jour au lendemain ses favoris écartés par d'incompréhensible intrigues de cour, et cette crainte n'est pas vaine.
Cependant, les activités industrielles, commerciales, bancaires, financières, administratives, sont en train de devenir des activité dominantes: ce sont celles de cette partie du tiers état qu'on peut nommer en précisant quelque peu l'expression marxiste, la bourgeoisie supérieure. Cette bourgeoisie supérieure possède de plus en plus l'art de conduire, sur le plan de la politique intérieure tout au moins, la société occidentale, ce qui est devenu la société occidentale.
À suivre
Publié : 01/11/2007 - 15:11
par Pat
Radicale différence du "prolétariat" et de la bourgeoisie " Suite
Marx n'a étudié à fond qu'une seule révolution, la Révolution française, et c'est ce qu'il appelle la « bourgeoisie » qui lui fournit le modèle de la classe révolutionnaire qui réalise une révolution à son profit. Il ne faut pas oublier que Marx a subi l'influence des historiens français « bourgeois », ceux que, même en France, on nomme ainsi, et dont la réputation fleurit sous le règne de Louis-Philippe. L'Histoire de la Révolution française depuis 1789 jusqu'au 18-Brumaire, de Thiers, en dix volumes, fut publiée de 1823 à 1827. C'est en 1824 que paraît l'Histoire de la Révolution française de 1789 à 1814, de François Mignet. C'est en 1833 et 1834 que paraît la première édition en quinze volumes de l'Histoire de France d'Henri Martin. Les Lettres sur l'Histoire de France, d'Augustin Thierry, sont de 1827, et Dix ans d'études historiques, du même, de 1834. Ces historiens que Marx a lus, en tout ou en partie, ont ceci de commun qu'on peut nommer le messianisme « bourgeois ». Pour eux, l'accession au rôle de classe dominante de la bourgeoisie censitaire et intellectuelle, était ou devait être comme un point d'aboutissement de l'histoire de France, laquelle est donc conçue comme une montée à travers des vicissitudes qui sont proprement l'histoire de cette classe. Marx prend là l'idée d'une classe montante, qui pendant le temps de son ascension, et de plus en plus jusqu'au point culminant, incarne les intérêts généraux de la société, l'espoir d'un avenir meilleur. Les bourgeois, jusqu'à cette ligne d'arrivée, sont alors pour l'hégélien Marx les fondés de pouvoir de l'histoire, les agents privilégiés du processus historique. C'est par eux que les choses s'accomplissent. L'universalisme de la philosophie des " droits de l'homme " est justifié en ce sens que contre la noblesse et le clergé, cette aile marchante du tiers état représente l'avenir, le permet et le promet. Marx, de naissance rhénan (on sait que les droits féodaux avaient subi sous la révolution et l'empire le même sort qu'en France, en Rhénanie, où Napoléon avait fait régner la loi française) et nourri dans l'admiration de là " philosophie " du XVIIIe siècle par un père agnostique (déjudaïsé et en apparence seulement converti au protestantisme), incorpore à sa doctrine la critique du clergé et de la noblesse immanente à cette philosophie. Mais son historicisme et son hégélianisme font qu'il considérera la " victoire de la bourgeoisie ", non comme une sorte d'absolu, et apparemment de terminus, à la manière de Guizot, Mignet, Thiers, Henri Martin, mais comme vraie et valable pour un temps. Au monde historique de la noblesse et du clergé, le monde que substitue la bourgeoisie est le monde du capital, où le caractère privé de la propriété des moyens de production et d'échange, Voue les uns, le petit nombre, au profit, à la richesse, les autres, un nombre grandissant, à être exploité. Marx sait que la majorité de la population européenne au méridien du XIXe siècle est encore rurale. Mais il est touché par l'esprit de l'économie politique dans la première moitié du XIXe siècle. A la suite de Sismondi (et de son disciple Buret), de Pecqueur, de Vidal et de Victor Considérant, rectifiés l'un par l'autre, Marx pense que la concentration économique joue dans le sens d'une réduction progressive de la classe paysanne, et d'une manière générale des classes intermédiaires placées entre sa " bourgeoisie " et son " prolétariat ". Charles Andler , qui a mis en lumière dans son commentaire au Manifeste communiste de Marx tout (ou presque tout) ce que Marx doit à Saint-Simon ( à l' " Exposition de la doctrine", à Saint-Amand Bazard), à Pecqueur et à Vidal, à Sismondi et à Buret, à Fourier et à Considérant, assez curieusement oublie, au profit de ces influences socialistes (sauf Sismondi), les influences bourgeoises. Il n'est pourtant pas possible de comprendre Marx si l'on en fait abstraction. C'est grâce à l'histoire de l' " aile marchante du tiers état ", de la " bourgeoisie " que Marx se représente, se figure l'ascension par la production et l'économie, et la victoire, à la suite d'une révolution, de ce qu'il appellera une classe. Cette « bourgeoisie» est pour Marx le modèle de la classe révolutionnaire. C'est d'après elle qu'il concevra le rôle futur du prolétariat, lequel doit d'abord s'élever dans et par la production, puis triompher de la " bourgeoisie " en conclusion d'un « processus révolutionnaire». Cette vision future, dogmatique et activiste, de la mission du prolétariat sera organisée et limitée, inspirée aussi par le souvenir plus ou moins transfiguré de l'ascension et des triomphes révolutionnaires de la « bourgeoisie ». A partir de réflexions sur Thiers, Mignet, Henri Martin, Augustin Thierry, s'élève une vaste construction mentale, une ample et séduisante argumentation qui ne reposent que sur une analogie projetée, au sens psychanalytique du terme. Cette analogie peut-elle supporter un examen de type logique et expérimental ? Il semble bien que non. Prenons cette bourgeoisie au XVIIIe siècle et jetons un regard sur le chemin historique qu'elle a parcouru. Sous Louis XIV, des bourgeois (vite anoblis, mais là n'est pas la question) agissant et pensant au nom du roi avaient jeté les bases de l'État bureaucratique-centralisé moderne, dirigé les finances et l'administration. Des hommes d'une espèce sociale voisine, d'abord dans des États-Cités du Moyen Age et de la Renaissance, puis dans les contrées à vocation maritime, Pays-Bas, Angleterre, France, avaient créé le capitalisme (comptabilité, rationalisation, bureaucratie, organisation de l'entreprise). A la fin du XVIIIe siècle en France, les grandes industries sidérurgiques et houillères existent déjà. Dietrich est propriétaire d'établissements à Niederbronn, à Rothau, à Jaegerthal, à Reischoffen (comme on voit, en Lorraine avec les Wendel, des nobles peuvent être maîtres de forge - c'est l'exception - sans déroger). Les grands banquiers de la période suivante sont tous des bourgeois. La contre-offensive nobiliaire du XVIIIe siècle qui, en dépit de velléités contraires, se servit en définitive du pouvoir monarchique et ainsi, à terme, le ruina, nuit à la fois à l'expansion économique et à la circulation des élites; la collectivité et l'État sont privés des capacités qui pourraient résoudre les problèmes dans lesquels, du fait que ces capacités sont refoulées, ils se perdront. Le dynamisme de ces capacités est contenu par un système social et politique qui s' avère de moins en moins apte à résoudre les problèmes techniques qui lui sont posés, problèmes de finances, d'économie, d'organisation. Formés par les occupations dominantes des bourgeois, les bourgeois sont presque les seuls à pouvoir résoudre ces problèmes. La monarchie n'impose ni la réforme fiscale de Machault, ni les réformes des Parlements de Maupéou et de Lamoignon. Du passage au ministère de Turgot, qui eût pu à temps éviter la fatale convocation des États généraux si on lui eût permis de procéder aux réformes de structure qu'il projetait, ne restait plus, unique témoin de tout ce qui aurait pu être, que l'abolition de la corvée royale. Parmi les déterminantes de la Révolution française apparaît la discordance entre la compétence réelle, sinon de la « bourgeoisie » qui (après tout, n'est jamais qu'un concept, et encore, mal formé) du moins d'hommes qui faisaient partie de l'aile marchante du tiers état, et le rôle qui leur était ou plutôt qui ne leur était pas donné. Pour comble, l'édit royal de 1781 réserva les grades supérieurs de l'armée, le droit de devenir officiers, à ceux-là exclusivement qui auront fait la preuve de quatre quartiers de noblesse. La circulation des élites était bloquée dans le militaire comme dans le civil. Mais le contraste entre ce que cette « bourgeoisie » aurait pu être et ce que le système politique et social abusif d'ancien régime lui permet d'être révèle que les résultats de ce que Marx nommera la « révolution bourgeoise» ne seront que la consécration par le droit d'un état de fait et d'une exigence de la réalité. Quand ainsi, ai-je jadis écrit, la bourgeoisie épouse la puissance politique, ce fut comme la régularisation d'une ancienne liaison - veteris consuetudinis - à maintes reprises malencontreusement interrompue. Et comme les villes sont encore très loin d'être aussi peuplées qu'elles le seront deux siècles, ou seulement un siècle plus tard, quand cette bourgeoisie, (et c'est essentiellement cela que les adeptes du matérialisme historique nomment la révolution: un déplacement de propriété) livrera à une partie des paysans une forte fraction des biens du clergé et de la noblesse, elle assurera ainsi, dès la période révolutionnaire, par un transfert de propriété sur lequel même la Restauration pour l'essentiel ne reviendra pas, les bases économiques rurales de son pouvoir futur. Ce que Marx nomme la bourgeoisie, constituait en France dès la fin du XVIIIe siècle, les cadres mêmes de la société en tant que cette société était virtuellement dynamique, cadres du commerce, de l'industrie, de l'appareil d'État. Et dans les guerres de la Révolution et de l'Empire, les roturiers envahiront les hauts grades, les illustreront, feront de l'armée de Napoléon: la première armée du monde. Ainsi on comprend que des hommes de la bourgeoisie - et tel est le sens des doléances « philosophiques qui vont s'amplifiant du milieu du XVIIIe siècle à l'explosion révolutionnaire - aient dénoncé, de manières diverses (et d'ailleurs contradictoires entre elles), l'état de choses existant. L'Esprit de Lois est de 1748. L'Histoire Philosophique des Établissements et du Commerce des Européens dans les deux Indes, de l'abbé Raynal, est de 1770. Entre les deux se situent Le Code de la Nature, de l'abbé Morelly (1755), le livre d'Helvétius, De l'Esprit (1758) et Le Contrat social (1762). Les " bourgeois ", qui firent le succès de ces différent ouvrages où des remèdes fort éloignés les uns des autres et souvent même incompatibles étaient proposés, souffrent de plus en plus impatiemment une superstructure politique, un système de gouvernement mal appliqués et qui en vertu d'idées et de conceptions anciennes, pour comble mises en cause et moquées par le scepticisme même des privilégiés qui en bénéficient, entravent l'essor de leur classe, en gênent les entreprises, maintiennent une réglementation que cette « aile marchante du tiers état » brisera aussitôt qu'elle le pourra. Un des premiers actes de l'Assemblée Constituante, la loi d'Allarde, le 2 mars 1791, supprime les corporations, les jurandes et les maîtrises; elle est bientôt suivie de la loi Le Chapelier qui le 14 juin 1791 dissoudra et interdira les coalitions. On peut dire que la " bourgeoisie " avait " appris " le pouvoir avant de l'avoir pris. Les séquences d'événements historiques connues sous le nom de Révolution française, et qu'on peut faire tenir dans une parenthèse (1789-1815), offrent une ligne de repère chronologiquement commode, mais sociologiquement fallacieuse. Lorsque les personne, qui s'adonnaient aux occupations dominantes ont fini, avec des à-coups et des récurrences, par constituer sans conteste la " classe " dominante, englobant les débris des anciennes élites qu'elles supplantaient, cette « révolution » aura pris bien plus d'un siècle, elle achève de se consommer sous le Second Empire et la lIIe République ...
À suivre...
Publié : 01/11/2007 - 18:49
par Pat
Radicale différence du "prolétariat" et de la " bourgeoisie " Suite
On voit ce qu'entendait Sieyes disant : " Qu'est-ce que le tiers état ? Rien. Que doit-il être? Tout. " Mais ce qu'on voit aussi, c'est que le prolétariat industriel tel qu'il existait en Europe occidentale dans les années 1830, 1840 et 1850, n'offrait avec la bourgeoisie en question, cette aile compétente et dynamique du tiers état français, aucune analogie utile. Les prolétaires réels n'exercent pas alors l'occupation dominante, la bourgeoisie continue à l'exercer.
On ne saurait confondre sans s'égarer dans un labyrinthe d'irréalités, occupation indispensable et occupation dominante. L'occupation indispensable est l'occupation sans laquelle une société ne vivrait pas, l'occupation dominante, celle qui permet à la catégorie qui l'exerce d'être une catégorie dominante. Dans le haut Moyen Age occidental, l' occupation indispensable par excellence est la culture du sol, l'élevage (sans laquelle l'humanité européenne ne vivrait pas, ne se reproduirait pas), l'occupation ou plutôt les occupations dominantes, sont le savoir, ou si l'on préfère les techniques mentales relatives au salut religieux, et la guerre; les techniques du gouvernement, de l'administration, de la gestion se développent autour de ces deux. occupations dominantes; les grandes compétences administratives se développeront d'abord dans l'Église, et l'absence de cloison étanche entre le sacerdoce et la royauté dans une société réellement chrétienne, fait, depuis le ministérialisme des Carolingiens, d'évêques, de prêtres et de clercs, les ancêtres historiques des « grands commis ». Et l'Église elle aussi ne s'interdit pas de recruter dans le peuple; elle seule, au Moyen Age et sous l'Ancien Régime (l'armée aussi dans une mesure bien moindre), ne se recrute pas selon l'hérédité.
Le prolétariat industriel du XIXe siècle est indispensable à la vie que l'humanité européo-américaine se fait alors à elle-même, mais l'occupation de prolétaire n'est pas au XIXe siècle une occupation dominante. Le moyen terme entre le prolétariat philosophiquement nécessité, ou idée de prolétariat, et le prolétariat historiquement constaté, ou prolétariat industriel des années 1830, 1840 et 1850, Marx se le représente selon le modèle d'une classe montante qui porte en elle l'avenir de l'humanité, la suite, et qui supplantera les classes déclinantes à la suite d'un processus révolutionnaire. Ce modèle ne prend consistance dans la pensée de Marx que par référence au rôle historique de la bourgeoisie française tel qu'il apparaît à la lecture de Thiers, de Mignet et d'Henri Martin. Il y a un malheur, c'est que ce moyen terme entre le « prolétariat philosophique » et le prolétariat historique est mal choisi, ce modèle n'en est pas un. Tout repose sur une comparaison « inconstructible » qui s'évanouit à l'examen.
La bourgeoisie ne put exercer des fonctions pour lesquelles elle était la plus qualifiée, ou la seule qualifiée du fait des contre-offensives nobiliaires et de la conscience qu' avait Louis XVI d'être inséparable de l'ancien ordre dont il se sentait le centre et comme l'expression incarnée. Manifestement Louis XVI ne concevait hors de cet ordre ni l'institution monarchique ni son rôle de roi. L'absence d' analogie entre la bourgeoisie française de l'Ancien Régime et la classe ouvrière d'Europe occidentale après 1830 est totale.
Si l'on se borne au domaine de l'observation des faits, on doit admettre que la classe ouvrière, constituée de ruraux désencadrés descendant vers les points géographiques où ils avaient le maximum de chances de vendre leur force de travail, n'avait à aucun degré subi la préparation économique, politique et sociale qu'avait derrière elle la bourgeoisie, et que l'analogie entre deux « classes montantes » triomphant de la classe déclinante au terme d'un processus révolutionnaire, analogie qui sous-tend toute la pensée de Marx, ne soutient pas la critique, et, devant l'observation historique s'évanouit. Si j'ai pu comparer l'accession de cette bourgeoisie au pouvoir, à la régularisation d'une vieille liaison (orageuse certes, et fort traversée) on n'en saurait dire autant à aucun degré du prolétariat industriel historique des années 1840. La bourgeoisie française avait préalablement fait ses preuves comme classe dirigeante. Le parallélisme inavoué et implicite qu'il y a chez Marx entre la bourgeoisie, classe révolutionnaire d'hier, et le prolétariat, classe révolutionnaire d'aujourd'hui et de demain, est un pseudo-parallélisme ; il est, nous l'avons marqué, inconstructible. En témoigne le fait que l'expression caractéristique de Marx et du marxisme: dictature du prolétariat est une contradiction in adjecto. Étymologiquement, le prolétaire est l'homme qui ne compte dans la société que par ses enfants. C'est un homme libre dont le seul mérite perceptible est d'avoir fait souche, d'être de la graine (au sens presque littéral) de citoyen. Historiquement, le prolétaire c'est dans les années I840 un homme réduit à exercer « un métier de machine » parce qu'il n'est d'abord en possession d'aucun savoir, d'aucune technique, L'abolition des corporations, des maîtrises et des jurandes, le retard des techniques agricoles, l'augmentation de la démographie, autant de facteurs qui jetaient sur le marché du travail des hommes qui n'avaient guère à y vendre que leur force brute. « Dictature » qu'est-ce, sinon « gouvernement », prononcé sur un ton Impérieux ? (Marx n'a pas songé à la dictature romaine, magistrature républicaine par excellence, du moins dans la « haute république », conçue pour les situations d'exception et assortie d'une reddition de compte, en sortie de charge.) Or le gouvernement, ou direction d'une collectivité, peut être considéré comme une fonction, dont l'organe, dans toutes les sociétés différenciées (à l'opposé de ce qui se passe dans le segment de horde des Bochimans et des Bergdama errant sur les terres de parcours stérile qu'une civilisation destinée à quadriller sans lacunes toute la planète leur laisse encore), se compose d'un tissu social spécialisé non remplaçable pour la même fonction par un tissu social indifférencié, ou autrement différencié; ou plutôt, non immédiatement remplaçable. Bref, le métier de classe dirigeante s'apprend. Il est brutalement impossible de remplacer au pied levé un inspecteur des finances, un officier, un chef de service quelconque, par un manoeuvre. Dans les cas historiques réels où nous voyons des révolutionnaires prendre le pouvoir, il s'agit, pour parler le langage marxiste qui est le plus répandu aujourd'hui, ou bien de transfuges de la classe dirigeante (comme Tchitchérine ou Krassine) ou bien de demi-transfuges, comme la majorité des révolutionnaires professionnels bolcheviks, venus de l'intelligentsia, laquelle constituait, pour la révolution bolchevik, l'homologue réel de l'aile marchante du tiers état (la « bourgeoisie » dans la Révolution française). En ce sens, la révolution bolchevik est caractérisée beaucoup moins par le prolétariat que par les intellectuels, c'est-à-dire des hommes qui ont en moyenne une mentalité de maîtres d'école. Étrangers au libéralisme lié à la haute culture, ils se préparent à appliquer in anima vili les leçons apprises. Ils n'ont pas derrière eux notre XVIIIe siècle , philanthrope »), ce qui fait que la deuxième décennie révolutionnaire, celle de Staline, sera encore plus sanglante que la première, celle de Lénine. Ces intellectuels bolcheviks étaient des étudiants qui n'avaient pas fini leurs études, parce que la société qui avait rendu possibles ces études ne donnait pas une issue, à leurs yeux satisfaisante, à ces études. Ces étudiants qui n'avaient pas fini leurs études étaient donc des membres virtuels de la classe dirigeante, des oligarques en puissance, ou des hommes que quelque caractère marginal, social ou psychologique écartaient de l'oligarchie (juifs, allogènes) . Ce sont ces hommes-là qui, comme révolutionnaires " représentant le prolétariat " (sic), prendront le pouvoir. Ils croyaient représenter le prolétariat. Un tel concept de « représentation » n' étant pas justiciable de l'expérience, la durée de leur pouvoir les convainquit qu'il en était bien ainsi. Aussi bien n' y avait-il pas d'autres critères. Marx est le modèle de ces hommes à presque tous les égards.
Il peut y avoir des analogies, des différences aussi, entre le schéma historique de la réussite de cette catégorie sociale, l'intelligentsia et le schéma historique de la réussite de la bourgeoisie dans le cas français. Mais pour trouver ce minimum d'analogie, il faut renoncer à l'idée de la révolution prolétarienne. En fait, les bourgeois de la Révolution française ont plus changé la condition de leurs paysans, que les bolcheviks n'ont changé la condition de leurs prolétaires. La condition ouvrière n'a changé en Russie que comme elle a changé ailleurs dans le même temps. Comme elle a changé ailleurs? Non pas même autant qu'elle a changé ailleurs. Le règne « juridique » du prolétariat ne s'accompagne pas pour lui-même d'un niveau de, vie égal à celui dont il jouit sous le « joug capitaliste », aux États-Unis et en Europe occidentale. Si la Révolution française est une révolution bourgeoise, la révolution russe est non une révolution prolétarienne, mais une révolution des intellectuels (suivant la définition de Pareto) : « ceux qui veulent soumettre la pratique aux conclusions qu'ils tirent logiquement de certains de leurs principes ». Dans la mesure où les nouveaux gouvernants révolutionnaires sont réellement des prolétaires, des membres des classes inférieures, pour se mesurer aux réalités du pouvoir, il convient qu'ils apprennent sur le tas, comme le dit avec une éloquence brutale la lexicologie gréviste. On a coutume de dire que de tels hommes - il y en a relativement très peu - sont issus, sont sortis. du prolétariat. Il convient effectivement de prendre le mot sortir dans les deux sens, et d'entendre par là, et que le prolétariat est le lieu social d'origine de ces hommes, et que ces hommes en sont effectivement sortis, qu'ils n'y appartiennent plus, puisque le prolétariat sous l'angle de l'observation ne peut être décrit que comme un genre de vie. Ce genre de vie, les hiérarques en question ne l'ont plus. Il n'y a pas de prolétaire au Kremlin. Comme au Moyen Age l'air de la ville rendait libre, au XXe siècle, l'air du Kremlin déprolétarise. Les bolcheviks n'ont pas désaffecté le palais impérial, ils l'ont occupé. Il n'est dictature que de dictateurs et prolétariat que de prolétaires. Aujourd'hui, des politiciens professionnels, les dirigeants chevronnés du parti communiste français par exemple, se targuent encore d'une sorte d'essence ouvrière; en fait, et dans les cas les plus favorables, ils peuvent exciper d'un court passage sur le carreau des mines, ou dans un atelier, mais ce sont des anciens ouvriers, des ouvriers honoraires, et leur représentativité ouvrière est un phénomène psychologique en tant qu'ils y croient, un phénomène sociologique, en tant que d'autres, amis et ennemis, acceptent d'y croire, mais c'est le contraire d'un fait historique. Qu'on les juge des parvenus cyniques ou des religionnaires qui haïssent le positivisme et, en un sens, comme M. Royer-Collard, « méprisent les faits », ce sont des autodidactes qui ont appris le métier de gouvernant, et qui, dans les parties techniques, sont nécessairement « handicapés » par rapport à ceux qui ont commencé à l'apprendre dès l'âge tendre, et qui ont été formés et contraints par des maîtres, par un système d'éducation éprouvé (quels qu'en soient les défauts). Dans aucun cas il n'y a de dictature du prolétariat, dans tous les cas l'expression en question n'exprime qu'une contradiction in adjecto. Dictature du prolétariat, État prolétarien: énoncés inconstructibles usités principalement pour leur valeur affective, leur capacité de mettre à feu des sensibilités.
Et l'objection ou la réponse: que sans appartenir au prolétariat, puisqu'ils en sont sortis, les gouvernants communistes n'en gouvernent pas moins pour le prolétariat, cet argument pour être un lieu commun n'en est pas moins un sophisme. C'est là confondre l'expression juridique, la formule politique, et la réalité. C'est oublier que tout gouvernement moderne affiche dans sa formule politique qu'il gouverne pour le peuple. Qu'on imagine le contraire, un régime proclamant qu'il gouvernera contre le peuple! Dans le climat mental de notre XXe siècle, c'est proprement inconcevable. Quelle que soit la formule politique, le point de vue logique et expérimental en politicologie (on disait autrefois en politique) consiste à soumettre les gouvernants d'un régime quelconque à des observations extérieures autant que possible de type logique et expérimental. Une modalité jusqu'ici constante d'une telle description est que, du fait de la fonction exercée, les gouvernants présentent une différence spécifique par rapport aux gouvernés.
À suivre
Publié : 01/11/2007 - 22:57
par Pat
Radicale différence du " prolétariat " et de la " bourgeoisie " suite et fin
En août 1917, Lénine, réfugié en Finlande, écrivait l'État et la Révolution. Il est difficile de voir dans cette rhapsodie révolutionnaire autre chose que l'enrobage théorique et, comme disent les pharmaciens d'aujourd'hui, le conditionnement du mot d'ordre « Tout le pouvoir aux Soviets », mot d'ordre conditionnel et tactique comme la suite des événements de la seule année 1917, et comme l'ensemble de l'histoire de Lénine le fait assez voir. A ce mot d'ordre, Lénine s'était opposé pendant la révolution de 1905, et il devait s'en défaire en automne 1917, quitte à y revenir pour un temps, suivant les exigences éminemment variables de la tactique. Dans l'écrit en question, Lénine affirme avec solennité les propositions suivantes, que nous ne reproduisons ici que parce qu'il s'agit d'un point de doctrine :
" La culture capitaliste a créé la grande production, les usines, les chemins de fer, la poste (sic) , le téléphone, etc. Or, sur cette base, l'immense majorité des fonctions du vieux « pouvoir de l'État » ce sont tellement simplifiées, et peuvent être réduites à des opérations si simples d'enregistrement, d'inscription, de contrôle, qu'elles seront parfaitement à la portée de tous les hommes pourvus d'un minimum d'instruction, qu'elles pourront être parfaitement accomplies moyennant le salaire normal d'un ouvrier ... de sorte que l'on peut et que l'on doit, enlever à ces fonctions jusqu'à l'ombre de tout caractère privilégié, hiérarchique. »
On a reconnu, on peut ici la saluer au passage, la mutation historique prédite par Friedrich Engels dans L'Origine de la Famille, de la Propriété privée et de l'État, et qu'il nomme le dépérissement de l'État. L'histoire à l'hégélienne procédant par bonds et par succession de contraires, il n'est pas interdit de s'attendre à ce que le maximum d'étatisme annonce le maximum de liberté ... auquel cas la révolution russe est peut-être bien ce que les communistes disent qu'elle est. Selon les perspectives actuelles, dans la phase historique où nous sommes, les exigences de compétences requises aux postes déterminants d'une société ultra-développée, ou seulement développée, rendent nécessaire un haut degré de spécialisation des individus, c'est-à-dire une différenciation sociale, où des individus, suivant leurs aptitudes, viennent se situer sur une échelle. Pour que cette échelle ne signifie pas avant tout, pour l'échelon supérieur, commandement, pour l'échelon inférieur, obéissance, ce qu'il faudrait, ce n'est pas, ou plus exactement ce n'est pas avant tout et surtout, une institution, une organisation, c'est une mutation de l'esprit, comme en ont apporté les grandes religions. Non pas, pour chacun et pour tous, une ascension physique, une augmentation de l'homme exprimable en termes matériels, mais une mutation dans les jugements de valeur, un déplacement de centre de gravité psychologique.
Sources : Sociologie de la révolution Jules Monnerot
Publié : 01/11/2007 - 23:59
par Pat
Quand le PC voulait « stopper l’immigration officielle et clandestine »…
Article d' Arnaud Folch du 19 octobre 2007
Transmis, hier, par un ami. C’est une lettre de Georges Marchais, alors secrétaire général du PC, reproduite dans « L’Humanité » du 6 janvier 1981. Elle est adressée au recteur de la mosquée de Paris, qui venait de s’indigner contre la destruction au bulldozer (le 24 décembre 1980, veille de Noël !) d’un foyer de 300 travailleurs maliens par le maire communiste de Vitry, Paul Mercieca. Extraits : - « Je vous le déclare nettement : oui, la vérité des faits me conduit à approuver, sans réserve, la riposte de mon ami Paul Mercieca. (…) Plus généralement, j’approuve son refus de laisser s’accroître dans sa commune le nombre, déjà élevé, de travailleurs immigrés » ; - En raison de la « la présence en France de près de quatre millions et demi de travailleurs immigrés et de membres de leur familles, la poursuite de l’immigration pose aujourd’hui de graves problèmes. Il faut les regarder en face et prendre rapidement les mesures indispensables. » - « La cote d’alerte est atteinte. (…) C’est pourquoi nous disons : il faut arrêter l’immigration, sous peine de jeter de nouveaux travailleurs au chômage. » - « Je précise bien : il faut stopper l’immigration officielle et clandestine. » - « Il faut résoudre l’important problème posé dans la vie locale française par l’immigration ». - « Se trouvent entassés dans ce qu’il faut bien appeler des ghettos, des travailleurs et des familles aux traditions, aux langues, aux façons de vivre différentes. Cela crée des tensions, et parfois des heurts entre immigrés des divers pays. Cela rend difficiles leurs relations avec les Français. » - « Quand la concentration devient très importante (…), la crise du logement s’aggrave ; les HLM font cruellement défaut et de nombreuses familles françaises ne peuvent y accéder. Les charges d’aide sociale nécessaires pour les familles immigrés plongées dans la misère deviennent insupportables pour les budgets des communes ». A méditer. A commenter. Et à faire circuler…
http://www.jdb-brennus.com/70-index.html
Publié : 02/11/2007 - 1:49
par thomas
Il est aussi bon de rappeler qu'aucun communiste n'est devenu résistant pour défendre la France , mais seulement pour soutenir l'URSS lorsque l'Allemagne entra en guerre .
Au début , tant que l'alliance tenait entre les deux nations , tous les communistes soutenaient le nouveau régime , c'est à dire celui de vichy . L'invasion de la France était pour eux une aubaine car les allemands étaient alliés avec les rouges .
C'est seulement quand le fuhrer attaqua l'urss que bon nombre devinrent résistants , c'est à dire les mêmes qui la veille soutenaient le régime du maréchal .
Publié : 03/11/2007 - 17:14
par MD12
Publié : 04/11/2007 - 23:28
par Pat
Les secrets de LA BANQUE SOVIÉTIQUE EN FRANCE de Jean Montaldo 1979
En désignant la Banque Commerciale pour l'Europe du Nord/Eurobank comme la banque soviétique à Paris, j'emploie des termes littéralement exacts.
Certes, sur le plan juridique et administratif, la B.C.E.N. a un statut français. Nos lois obligent les banques étrangères à se doter d'un P.-D.G. français - dérisoire garantie du caractère « national» de leurs activités. Ainsi à la B.C.E.N., dont le président en titre depuis 1965 s'appelle Guy de Boysson, les capitaux soviétiques se montent à 99,7 % des actions, souscrites par deux banques moscovites: la Banque d'Etat (Gosbank) et la Banque pour le Commerce Extérieur (Vneshtorgbank) de l'U.R.S.S.
Le 0,3 % reste entre les mains de Français qui offrent toute garantie aux yeux de Moscou.
La B.C.E.N./Eurobank est, en conséquence, bien plus étrangère que toutes les autres banques étrangères et privées implantées en France. Elle est, en vérité, la banque d'un Etat étranger - qui a le double avantage de se présenter, grâce à son nom anodin, comme étant à la fois française et privée.
Lorsqu'on parle de la Banque Morgan ou de la Banque de Bilbao, de la Banque Borges e Irmao ou de la Lloyds, de la Citibank ou de la Barclays, on sait d'emblée qu'il s'agit de banques, filiales, agences, ayant leurs racines ailleurs. Et, pourtant, elles sont, par la diversification de leurs capitaux, incomparablement plus françaises que la B.C.E.N. et, de par leur indépendance envers tout pouvoir étatique, infiniment plus libres qu'elle.
L'U.R.S.S. jouit du privilège exorbitant d'avoir chez nous une banque d'Etat déguisée « aux couleurs de la France ».
Si le président-directeur général de la banque soviétique à Paris est M. Guy de Boysson, ancien député communiste, son vrai maître est le vice-président-directeur général, M. Vladimir Ponomarev. Bien que petit-cousin de M. Boris Ponomarev, membre du Comité central du parti communiste de l'Union soviétique, suppléant au Politbureau et chargé des rapports avec les partis frères d'Europe occidentale·, il est surveillé dans tous ses actes, au même titre que les autres dirigeants, cadres et employés de la banque, par un directeur nommé à cet effet. Ces dernières années ce rôle était dévolu à M Mikhailov. né en 1911 à Moscou, arrivé à la B.C.E.N en 1972 (il y fut nommé directeur en 1975), après avoir servi à la Moscow Narodny Bank de Londres, sa sœur jumelle.
M. Ponomarev ne dispose d'aucune autonomie d'action: noté . en permanence par le K.G.B., il exécute au doigt et à l'œil les instructions de Moscou. Voici en quels termes on le convoque à l'ambassade d'U.R.S.S. :
POUR M. PONOMAREV
DATE: 12.10.78-HEURE: 12.35
EN VOTRE ABSENCE, L'AMBASSADE SOVIÉTIQUE A TÉLÉPHONÉ.
vous DEMANDE DE VENIR A L'AMBASSADE LE 17 OCTOBRE A 17 H 30 POSTE 291
S'adressant au vice-président-directeur général de la banque soviétique, l'anonyme qui laisse ce message de caserne ne « rappellera pas» et ne veut pas qu'on « le rappelle ».
Bref, la B.C.E.N./Eurobank est une banque soviétique, à capitaux soviétiques, dirigée par des fonctionnaires soviétiques, opérant pour le compte exclusif des Soviétiques. Elle est la première, par le total de son bilan, au classement officiel des banques étrangères en France. .
J'étudierai ici ses activités et les rapports singuliers qui la lient au Parti communiste français et à la C.G.T.
Ceux-ci clament à tout vent leur indépendance envers le Kremlin: leurs déclarations, mille fois répétées, fourmillent de protestations en ce sens.
Je prouve ici que MM. Marchais et Séguy abandonnent leurs caisses entre les mains de Soviétiques: comment pourraient-ils les confier à des banquiers avec lesquels ils auraient de vrais différends idéologiques et politiques?
En matière d'argent, plus qu'en toute autre, la confiance absolue est indispensable. Le P.C.F. et la C.G.T. donnent à Moscou le droit de connaître, d'encaisser et de manipuler leurs fonds. C'est la meilleure démonstration d'une intimité qu'ils n'osent plus avouer.
Francs, roubles et roublards
Le 26 octobre 1978, aux 77, 79 et 81 boulevard Haussmann, siège de la B.C.E.N.jEurobank, la banque soviétique à Paris dont j'examine les écritures.
Trois immeubles 1900 à façade rajeunie, volets et portes métalliques à l'épreuve des balles. Si par ses dispositifs de défense la banque soviétique se distingue déjà de ses concurrentes, la différence apparaît encore plus grande dans la tenue de ses quelque 3500 « comptes numériques », nationaux et étrangers, réputés les mieux gardés en France.
Ce club très fermé auquel les petits et moyens épargnants n'ont guère accès, se distingue par son homogénéité: il rassemble la fine fleur du communisme militant: intellectuel, syndical, affairiste, diplomatique et policier. J'en donne ci-dessous la référence exacte: une loi fait du secret bancaire une obligation pour les banquiers concernés, mais une autre exige du journaliste la preuve de ce qu'il révèle. Il n'est tenu au secret qu'en matière de Défense nationale et de protection des mineurs ...
Tous les clients - banques, sociétés commerciales, personnes physiques et morales, etc. - sont soumis au paiement de « commissions» variables.
Tous, à l'exception de sept privilégiés jouissant de l'extraordinaire avantage, vu les montants faramineux des sommes qu'ils manipulent, de la mention « GRATUIT»
- Secours populaire
- Kanapa
- G. Gosnat
- Aeroflot
- Sovexportfilm
- Agence Tass
- lntourist
Pour les banquiers russes, le P.C.F. et ses fondés de pouvoir sont assimilés aux institutions officielles de l'Union soviétique ...
L'apparatchik le plus puissant et le plus discret
C'est ainsi depuis 1920, date de la fondation du Parti communiste français. Après Prague, après Soljénitsyne, après les irrécusables révélations sur le Goulag, le style des rapports entre Moscou et certains P.C. étrangers a dû changer. La proclamation d'une foi monolithique envers l'U.R.S.S. n'est plus possible. Une propagande pro-soviétique sans nuances se heurterait, chez nous, en 1979, au scepticisme général: les circonstances obligent les communistes à exprimer, de loin en loin, de timides critiques touchant la répression en U.R.S.S. Les Soviétiques sont des politiciens trop avertis pour ne pas le comprendre. Ils préféreraient, naturellement, la stricte obéissance d'antan. Mais, en hommes réalistes, ils mesurent mieux que personne la disproportion, favorable à leurs intérêts, existant entre le soutien inconditionnel! qu'apporte le P.C.F. à la politique étrangère de Moscou et ses rares réserves relatives au régime intérieur de l'U.R.S.S.
Pour le Kremlin, l'appui à ses agissements sur l'échiquier mondial passe avant toute autre considération. L'expansionnisme soviétique a besoin d'agents qui l'exaltent: il tolère, en échange, des notes discordantes à l'égard de la vie en U.R.S.S.
La propagande communiste ne s'appesantit plus sur les vertus et les beautés du socialisme à la Brejnev, elle vante en priorité les mérites de l'U.R.S.S., « défenseur de la paix, de l'amitié et de la libération des peuples opprimés par l'impérialisme capitaliste ». Ce slogan garde quelque crédibilité auprès des Français non communistes peu enclins à accepter, pour eux, une société collectiviste.
La presse communiste française divulgue inlassablement l'image d'Epinal où les Etats-Unis, l'Allemagne fédérale, la France, le Japon et maintenant la Chine, incarnent les méchants, tandis que l'U.R.S.S. et ses amis: le Vietnam, Cuba, l'Ethiopie, l'Afghanistan, personnifient le bien. Cette fidélité de fond à la politique soviétique vaut quelques sacrifices de forme; cet immense service que rendent à l'U.R.S.S., le P.C.F., sa presse et les syndicats sous sa coupe, vaut tous les crédits, tous les prêts, tous les découverts et toutes les facilités que Moscou octroie, par l'intermédiaire de la B.C.E.N. à la C.G.T. à L'Humanité, aux éditions du Parti et aux sociétés commerciales qui alimentent sa trésorerie.
Les Soviétiques disposent d'ailleurs, pour « tenir» à merci le P.C.F., d'un indéracinable garde-fou: M. Georges Gosnat. L'insignifiante liberté de critique des journaux communistes envers l'U.R.S.S. s'arrête là où commence son pouvoir. Trésorier en titre du Parti, il est, en outre, le responsable de son « Bureau de presse, information et propagande ». Cette accumulation en fait l'apparatchick le plus puissant, mais aussi le plus discret du P.C.F., celui qui, en ouvrant ou en fermant la main, insuffle la vie ou inflige la mort à ses organes écrits. Charnière entre le P.C.F. et les banquiers soviétiques, des dizaines et des dizaines de milliards ont transité, depuis trente ans, par son compte personnel à la B.C.E.N. Les banquiers russes ne se sont jamais plaints de lui.
Comment croire que cet homme, que les maîtres successifs de l'U.R.S.S. - Staline, Malenkov, Khrouchtchev, Brejnev - ont trouvé impeccable dans le maniement des fonds déposés à leur banque parisienne, détournera un jour contre Moscou les millions mis à sa disposition?
Successeur de Maurice Thorez
Georges Gosnat est le fils de Venise Gosnat, ouvrier qui avait rallié le P.C.F. dès sa fondation. A la naissance de Georges, en 1914, son père travaille dans une industrie militaire à Bourges. En 1924, il la quitte et vient s'installer à Ivry qui est déjà un bastion communiste dans la banlieue parisienne. D'abord concierge, ensuite gérant d'un groupe d'immeubles municipaux à Ivry, la ville où Maurice Thorez est élu député en 1929, il sait se faire apprécier comme communiste discipliné appliquant à la lettre le précepte imprescriptible dans tout P.C. : « Consacrer à la Révolution tout son temps, et pas seulement ses soirées libres. » En 1929, il est chargé d'organiser l'appareil secret du Parti. Quand, à la même époque, Thorez entre dans la clandestinité, c'est lui qui l'héberge.
Le petit Georges sera digne de son père. Diplômé de l'Ecole supérieure de commerce de Paris, il se prépare à prendre sa succession et à faire grandir le nom des Gosnat dans le Parti.
Lorsque le père est élu, en 1945, maire-adjoint d'Ivry et nommé membre de la Commission centrale de contrôle financier près le Comité central, le fils a déjà fait ses preuves à France-Navigation, la première grande société commerciale du P. C.F. Au temps de la guerre civile espagnole (1936-1939) il y a milité au côté de Michel Feintuch, plus connu sous le nom de Jean Jérome, que M. Roger Garaudy, ancien membre du Bureau politique, identifie comme « l'éminence grise du Parti », « son trésorier occulte ( ... ), surveillant les caisses et les hommes pour le compte du Kremlin ». J'ai raconté dans Les Finances du P.C.F. l'histoire exceptionnelle du tandem Jérome Gosnat que l'on retrouve, dès cette époque, dans le sillage de la B.C.E.N.
Il faut ajouter à ce récit le premier voyage à Moscou du jeune Gosnat, en 1938. Il n'y a pas vu l'atroce réalité des purges staliniennes. Cécité qui sera récompensée. Il est depuis lors à la charnière des liens personnels et directs entre l'état-major du P.C.F. et Moscou. Quarante années de bons et loyaux services qui ont fait de lui le seul responsable inamovible à la tête du Parti. Il y bénéficie d'un statut spécial.
Si l'on prend la liste des membres du Bureau politique élus aux congrès successifs de 1947 et 1950, on constate que, sur une quinzaine, seul M. Etienne Fajon (qui sera probablement mis à la retraite au prochain congrès de 1979) demeure en fonction. En revanche, M. Gosnat reste en place sous tous les règnes: Maurice Thorez, Waldeck Rochet, Georges Marchais. Quand, en 1939, le secrétaire général Maurice Thorez déserte l'armée pour rejoindre Moscou, c'est Venise Gosnat qui est chargé de sauver les archives du secrétaire général. Quant au fils, qui sert comme lieutenant, il est fait prisonnier en 1940 et passe le reste de la guerre dans un camp d'officiers à Lübeck, ville qui sera libérée par l'Armée rouge. A la Libération, il reprend ses activités. Député aux deux Assemblées constituantes (1945-1946), il se lie d'amitié avec M. Guy de Boysson. Ils feront carrière ensemble, l'un dans la banque du Kremlin, l'autre dans l'administration du Parti qui en dépend.
Première urgence: se doter d'une couverture. Pour M. de Boysson, né d'une famille dont les vingt et une branches occupent aujourd'hui les pages 565 et 566 du Bottin mondain, c'est chose faite. Pour M. Gosnat, ce sera un parachutage en Charente-Maritime où il est élu député en 1946, et son entrée dans le gouvernement, la même année. Il est, dans le cabinet Bidault, sous-secrétaire au ministère de l'Armement dont le titulaire est le communiste Charles Tillon. A trente-deux ans, il est le plus jeune des dix membres communistes de cette équipe gouvernementale.
La Défense nationale n'est pas son fort: il n'y brille pas par une activité débordante. On sait cependant dans les hautes sphères du Parti qu'il n'a pas été promu pour faire des étincelles à la direction des affaires de l'Etat, mais seulement pour qu'il ait un titre respectable. On y sait aussi qu'il passe l'essentiel de son temps à s'occuper des questions financières et commerciales du P.CF.
Arrivent l'année 1947 et le début de la guerre froide. Conséquence politique: les communistes sortent du gouvernement. Conséquence économique: une restructuration des liens financiers entre Moscou et le P.CF. s'impose. France-Navigation est vendu. Désormais, les affaires financières du Parti sont divisées en deux secteurs: l'un, occulte, aux mains de Jean Jérome; l'autre, visible, sous la responsabilité de Georges Gosnat qui est le trésorier provisoire jusqu'en 1954. A cette date, il entre de plain-pied au Comité central et devient trésorier en titre.
La diversification des affaires économiques du P.C.F. fait vite apparaître un écart important entre le secteur strictement commercial (toute une gamme de sociétés monopolistes que l'on commence à développer, avec des bénéfices) et le secteur propagande (presse édition) traditionnellement déficitaire. Il se révèle donc indispensable que le trésorier surveille aussi bien l'un que l'autre, quitte à donner au second des avertissements ou à y prononcer des bannissements, ne serait-ce que pour conserver la confiance de Moscou et de sa banque.
Ex-rédacteur en chef de L'Humanité, député et membre du Comité central, Pierre Hervé a raconté, quand il rompit avec le Parti, comment il apprit en 1952 la suppression de l'hebdomadaire Action, apparemment indépendant du P.CF., mais en fait financé par lui:
Un jour, je fus convoqué au siège du Comité central, où j'appris de Gosnat - le trésorier du Parti - qu'Action devait suspendre sa publication dès la semaine suivante. Comme j'essayais de discuter, Gosnat me dit qu'il était simplement chargé de me demander la liste des collaborateurs du journal en vue de leur réaffectation éventuelle. La décision avait été prise. Alors que j'étais rédacteur en chef du journal, je n'avais même pas été consulté. (Lettre à Sartre, 1956, p. 21-22.)
Cette concentration du pouvoir économique entre les mains de M. Gosnat a été complétée par une promotion à caractère politique: quand le légendaire « fils du peuple », Maurice Thorez, meurt en juillet 1964, c'est lui qui lui succède comme député d'Ivry, la ville des premiers exploits de son père qui lui enseigna les vertus de l'argent comme « nerf de la Révolution ». Ivry, où on le voit moins qu'à la banque soviétique où d'ailleurs sa fille est employée. Elle entretient, comme son père, les meilleurs rapports avec le sous-directeur adjoint, Edmond Laroze, beau-frère de M. Marcel Trigon, ex-employé de la B.C.E.N., devenu membre du Comité central du P.C.F., maire d'Arcueil et... suppléant de M. Georges Marchais à l'Assemblée nationale.
___________________A suivre__________________________________________________
Publié : 05/11/2007 - 19:35
par Pat
Les secrets.......suite Les dénégations de M. Gosnat
La B.C.E.N. est pour moi une vieille connaissance. Après l'avoir présentée dans mon ouvrage Les Finances du P.C.F. , j'ai fait d'autres révélations à son sujet dans La France Communiste . J'y soulignais son rôle déterminant comme moteur de l'empire économique et commercial du P.C. français au service et sous la coupe de Moscou. La presse, les hommes politiques, les spécialistes ont abondamment puisé dans mes enquêtes mais ils n'ont pas toujours compris l'importance des liens entre la banque soviétique et les communistes. De leur côté, M. Georges Marchais et ses camarades feignent toujours l'indignation quand on soulève la question de leurs rapports avec Moscou.
Le député Georges Gosnat, trésorier du P.C.F. depuis une trentaine d'années, s'évertue, lui, à banaliser les attaches entre le P.C. et la banque soviétique:
_ Je ne dis pas, précise-t-il, après avoir dénié à la B.C.E.N. tout rôle centralisateur dans le financement du Parti, que telle ou telle société n'a pas de rapport avec cette banque, mais cela ne concerne pas le financement proprement dit du Parti. En réalité, nous avons plusieurs banques, telles que la Société Générale, ou le Crédit Lyonnais. Le Parti doit avoir actuellement des centaines de comptes dans je ne sais combien de banques différentes ... .
Ce démenti est à ranger dans la liste interminable des dénégations fausses et outrées que le P.C.F. entretient sciemment depuis sa création.
Puisque la «B.C.E.N. n'a pas de rôle centralisateur dans le financement du Parti », comment se fait-il que tous les journaux communistes, tous les principaux organismes du P.C.F., toutes ses associations et sociétés parallèles, la C.G.T. et la plupart de ses syndicats accumulent leurs comptes à la banque soviétique et fassent tout pour le dissimuler? On ne trouve rien d'équivalent à la Société Générale ou au Crédit Lyonnais.
Ce 26 octobre 1978, j'extrais des écritures contenant des centaines d'autres noms et chiffres, reproduits en partie, p. 86 et suiv., les comptes suivants de la C.G.T. :
• 2 comptes confédéraux, 213, rue Lafayette, Paris Xe nO 05101-2 et 08634-9
• 45 comptes de publications et propagande:
- «Centre d'Etudes et de Recherches Economiques et Sociales» (C.E.R.E.S.) 10 rue de Vézelay, Paris VIIIe (1) n° 050089
- La Vie Ouvrière - n° 05051-9
- L'Avenir Social- n° 06983-2
- L'Echo des Métallos - n° 07993-0
- Editions Contact - n° 07843-7
• 3 comptes de groupements communistes officiellement liés à la C.G.T:
- Fédération sportive et gymnique du travail- n° 5136-8
- Tourisme et Travail- n° 07811-4
- Travail et Culture - n° 04411-5
• 22 fédérations nationales (agriculteurs; travailleurs du bois; céramique; chemins de fer; travailleurs de l'Etat; habillement et chapellerie; industries alimentaires; industries chimiques; industries d'énergie; industries d'habillement; industries du papier; industries du verre; métallurgie; moyens de transport; ports et docks; services publics-santé; personnel S.E.I.T.A.; spectacle; travailleurs du sous-sol; textiles; fonctionnaires, etc.) (2.)
28 Unions départementales, syndicales et locales.
• 5 Bourses du travail.
• 15 Intersyndicales, groupements généraux et sections syndicales.
1. Adresse de la Fédération des Travailleurs de la Métallurgie-C.G.T. Est, en fait, un « centre» communiste, à ne pas confondre avec le C.E.R.E.S. socialiste.
2. Respectivement comptes n° 05252-3; 08539-0; 08541-6; 05069-1; 05041-0; 05336-4 et 08894-9; 05167-3; 05138-4; 05047-7; 05774-6; 05178-0 et 08785-9; 05187-0; 05057-6; 05134-3; 05113-7; 05250-7; 06465-0; 05450-3; 05022-0; 05053-5; 05148-3, etc.
• 64 Syndicats nationaux et de base.
• 35 comptes de Comités d'entreprise, parmi les plus importants de France: (Citroën, S.N.E.C.M.A., S.N.LA.S., Dassault, L.M.T., Alsthom, A.B.G., Grands Magasins du Printemps, etc.).
• 26 autres organismes.
Total des dépôts: quelque 50 millions lourds, 5 milliards de centimes répartis sur plus de 200 comptes C.G.T.
Bref, sans entamer davantage le chapitre des syndicats, sociétés commerciales et organisations latérales dont l'action s'imbrique avec celle du P.C.P. proprement dit, et pour nous en tenir exclusivement à celui-ci et ses émanations avouées ou dissimulées, je dénombre:
• 31 organes de presse.
. 41 maisons d'édition, bureaux d'information, de publicité, de propagande, etc.
• 13 prête-noms.
• 55 associations, fédérations, œuvres, unions, conseils.
• 19 comités, centres de formation et de propagande.
. 60 sociétés (estimation minimale) pour le commerce, l'imprimerie, la librairie, etc.
Au total, pour le P.C. en tant que tel: 219 comptes et un avoir (crédit + débit) de plusieurs dizaines de millions lourds
Quatre Soviétiques pour gérer le trésor du P.C.F. et de la C.G.T.
Analysons de plus près encore la déclaration de M. Gosnat. Glissant sur l'existence à la B.C.E.N. d'un compte millionnaire libellé à son nom mais appartenant au P .C.F. qui lui a délégué sa signature le député-trésorier se borne à dire:
« Nous avons plusieurs banques (...). Le Parti doit avoir actuellement des centaines de comptes dans je ne sais combien de banques différentes. »
Poussons la logique jusqu'au bout. En s'en tenant, ce 26 octobre, au seul compte (268 millions et quelques centimes) que le P.C.F. détient à la banque soviétique, par Gosnat interposé; en considérant que le Parti possède autant d'argent dans « des centaines de comptes », d'on ne sait « combien de banques différentes », on en conclut qu'il est (comme je l'ai démontré dans Les Finances du P.C.F.) non simplement le plus fortuné de France, mais plus riche que Crésus.
Le Parti dispose, il est vrai, de comptes-dépôts un peu partout en Prance : je l'ai vérifié.
Leur volume (que M. Gosnat se garde de donner) ne se compare nullement à celui du trésor géré boulevard Haussmann. M. Vladimir Ponomarev veille sur ce pactole, assisté par plusieurs compatriotes dont les directeurs Victor Krivocheev, Vladislav Soudakov et Sergueï Vanine. Il s'agit bien de fonctionnaires soviétiques, en poste boulevard Haussmann, et traités comme tels par le service du personnel de l'Eurobank. Le 7 décembre 1978, celui-ci effectuait par « paiements simples» (" référence: SEC JC P. 285 ") les règlements des taxes d'habitation les concernant. Pour M. Ponomarev (2247 F) et M. Soudakov (1213 F). au Trésorier principal de Neuilly-sur-Seine; pour MM. Krivocheev et Vanine, au Trésorier principal du XVIe arrondissement (2e division). Quatre appartements de fonction, dans des immeubles de comtesses et de comtes ... et dans les quartiers les plus chics. Le personnel français de la banque n'a évidemment pas droit aux mêmes avantages, privilèges des patrons que les responsables du Parti doivent voir régulièrement.
En réalité, la B.C.E.N., qui microfilme tous ses documents à l'intention de Moscou, a dans les finances du P.C.F. et de son empire le rôle centralisateur que M. Gosnat rechigne à avouer répugnance incompréhensible si la banque soviétique était une banque « comme les autres ».
Des milliards de dettes envers Moscou
La presse et l'édition communistes sont des grands clients de la B.C.E.N. Elles traversent depuis quelques années une crise insurmontable, leur coût dépassant de loin leurs possibilités de tirage et de support commercial. Pour pallier la faiblesse financière chronique de ce réseau de propagande, la banque soviétique lui accorde des facilités qu'il ne trouverait nulle part ailleurs et l'aide à tenir artificiellement en vie, malgré son manque de lecteurs et de publicité.
Un tableau établi le 1er août 1978 (référence M.T.B./M.P.A.) ayant trait aux « opérations du service clientèle» et aux " encours des principaux clients " nous apprend que les dépôts (" ressources-comptes à vue; comptes à terme ») de L'Humanité (compte n° 5024-6) se montent à 1 622000 F. Sur ce total la banque elle-même lui a prêté, sous forme d'« effets commerciaux» à « court terme », 1500000 F (150 millions de centimes).
De son côté, le C.D.L.P. (Centre de Diffusion du Livre et de la Presse - compte n° 05131-9), qui coordonne les activités des maisons d'édition du Parti, dessert l'immense réseau des librairies communistes, organise la « Cité du livre » à la fête de L'Humanité et monopolise les marchés des Comités d'entreprise et des 1 813 municipalités communistes, a comme « ressources» 452000 F, mais on lui a consenti un «concours financier» de 2 millions (200 millions de centimes).
La Société de Gestion Poissonnière (compte n° 06667-1 : 0,00 F) bénéficie d'un « concours financier » de 1 229 000 F. Elle gère les biens et immeubles de L'Humanité et d'autres publications du P.C.F.
L'Agence Centrale de Publicité - A.C.P. (compte n° 08217-3), dont les «ressources» se montent à 957000 F, jouit d'un « concours» de 1 392000 F. C'est elle qui régit la publicité de tous les organes de la C.G.T. et du P.C.F.
Le G.LE.L.D. - Groupement d'Intérêt Economique du Livre et du Disque - l'une des principales entreprises commerciales du P.C.F. ne présente aucun avoir à son compte n0 8772-7, mais le « concours financier » que lui accorde la B.C.E.N. est de 1314000 F.
Le Livre Club Diderot fonctionne sur un «concours financier» de 5 943 000 F alors que son compte n° 08834-5 est crédité d'à peine 265000 F.
La C.A.L. - Culture, Arts et Lettres - n'y va pas de main morte: elle a obtenu un « concours» de 2 651000 F, tandis que le total de ses «ressources-compte à vue, compte- à terme », sous le n° 08838-6 - s'illustre par un zéro total.
Le G.E.L.C. - Groupement Editions Livres Collectivités (compte n° 8843-6) est dans un rapport moins disproportionné: 1631000 F en caisse pour 2253000 F de dettes envers la B.C.E.N. (le 26 octobre le débit du C.E.L.C. est passé à 1672 393,76 F).
Le Club Messidor compte n° 8951-7 : 0,00 F contre 1 175 000 F de «concours financier » pour l'épauler dans son activité musicale.
Au vu de ces chiffres énormes, on ne peut s'empêcher de conclure que la banque soviétique tient à bout de bras la presse et l'édition communistes. Sans inclure ici quelques autres prêts, on atteint déjà un total de 19457000 F, soit près de 2 milliards de centimes en concours financier.
Comment croire, dans ces conditions, à leur indépendance?
Comment croire qu'elles pourraient s'insurger sans être étouffées par leur bailleur de fonds? Les actionnaires soviétiques de la B.C.E.N., la Gosbang et la Veshtorgbank de Moscou et leurs mandataires en France, MM. Vladimir Ponomarev, Sergueï Vanine, Victor Krivocheev, Vladislav Soudakov n'ouvriraient certainement pas de lignes de crédit aussi faramineuses à des entreprises de presse et d'édition vraiment libres de critiquer le régime soviétique. Ils savent que cet argent est placé à perte: c'est un investissement idéologique qu'ils stopperaient le jour même où cette chaîne de presse et de propagande déplairait à Moscou. M. Pierre Daix ne me démentira pas: il a raconté dans son livre, J'ai cru au matin, comment les Soviétiques ont asphyxié son hebdomadaire, Les Lettres Françaises, qui s'étaient permis trop d'écarts envers la ligne.
Serait-ce pour la même raison que, aujourd'hui, des organes du Parti un tantinet frondeurs -- L'Avant-Garde et Clarté (1) semblent abandonnés à leur pauvre sort par le trésorier? Je lis dans le compte rendu du Comité de direction du département clientèle de la B.C.E.N. en date du 21 décembre 1978 (référence SP/HD):
Avant-Garde/Journal Clarté (B.P.).
Rappelons que le compte de l'Avant-Garde est toujours frappé de différentes saisies-arrêt.
Ses dirigeants nous ont informés que des mesures sont prises avec les différents créanciers pour obtenir les mainlevées.
En ce qui concerne le compte du journal Clarté qui fonctionne sous les mêmes signatures, indiquons que n'avons pas convenance pour l'instant, à délivrer un carnet de chèques. A suivre...
Quand la presse communiste aura changé de banquier on pourra commencer à croire qu'elle se met « aux couleurs de la France ».
Les documents de la B.C.E.N. font craindre que ces temps ne soient pas pour demain.
(1). L'Avant-Garde : hebdomadaire du Mouvement des Jeunesses Communistes de France (M.J.C.F.). Clarté.' organe théorique, politique. idéologique et culturel de l'Union des Etudiants Communistes (U.E.C.).
____________________________A suivre ...____________________________________________________________
Publié : 05/11/2007 - 20:08
par Pat
Le P.C.F. ne peut pas quitter la B.C.E.N.
Le manque de curiosité de ses interlocuteurs et de ses adversaires a conduit le P.C.F. et ses responsables à trop de désinvolture. Est-il concevable que le total gigantesque que je viens de révéler soit considéré par le trésorier du Parti comme une quantité négligeable parmi des «centaines de comptes» dispersés en «je ne sais combien de banques»?
M. Gosnat, ajoutait, candidement, à la fin de la déclaration citée:
D'ailleurs le P.C. ne peut pas quitter la B.C.E.N. Une telle décision serait prise pour une manœuvre politique.
Pour une fois, je suis d'accord. Le Parti « ne peut pas quitter la B.C.E.N. ». En effet, «une telle décision serait prise pour une manœuvre politique ». Pas par les Français, mais bien par les Russes. Ils y verraient le signe d'une indépendance qu'ils ne sauraient accepter, n'en déplaise à leur client Jean Elleinstein, auquel nous devons ces deux envolées généralement prises pour argent, comptant par certains rnédias :
_ 6 novembre 1978 (1) : « Quant à l'allégeance à Moscou, je crois qu'il est quand même très clair que le Parti communiste français, avec des lenteurs, des contradictions, des hésitations, n'en est pas moins sur la voie d'une indépendance totale par rapport au Parti communiste de l'Union soviétique ( ... ) »
_ Septembre 1976(2) : « Il [le P.C.] est indépendant du point de vue financier de toute influence étrangère ou nationale, capitaliste ou socialiste. »
Les saints innocents militent au P .C.F.
(1). A l'émission Questionnaire (Télévision-Fe chaîne) de Jean-Louis Servan-Schreiber.
(2). Dans son livre, Le P.c. Editions Grasset, p. 91
Le Parti cache sa banque aux militants
Le Parti communiste ne propose pas à ses adhérents et amis de verser leurs cotisations, oboles, abonnements, etc., à la banque soviétique qui pompe son argent. A l'instar des autres partis politiques, il utilise les comptes chèques postaux mais, à leur différence, il ne s'en sert que comme paravent et relais vers une banque non française. Il est le seul parti à livrer sa trésorerie, et les secrets de son activité, à des fonctionnaires étrangers.
Que dirait M. Marchais, tellement patriote, chauvin à ses heures, si un parti de la majorité ou le Parti socialiste remettait ses finances et tous les détails de ses opérations entre les mains d'agents de la Maison Blanche ou de la Deutsche Bank ouest-allemande? Car MM. Vladimir Ponomarev, Victor Krivocheev, Vladislav Soudakov et Serguei Vanine n'agissent pas à titre privé. Ils ont été officiellement désignés par Moscou pour superviser et rapporter ce qui se passe dans SA banque française. Le Kremlin a donc tout naturellement une vue d'ensemble, quotidienne et exclusive, des moindres faits et gestes du P.C.F. et de ses annexes: syndicats, organisations de masse, compagnons de route, etc.
Ce n'est pas par hasard que j'ai commencé à écrire ce livre le 26 octobre 1978.
La veille, le Bureau politique du P.C.F. avait atteint le comble du cynisme dans une très longue déclaration relative au financement des partis (1).
Présentée sous forme de « réponse du P.C.F. à M. Barre », elle analyse in extenso, entre autres sujets, les initiatives du président Giscard d'Estaing en vue d'un financement des partis sur les fonds publics.
Inquiet devant la perspective d'avoir à prouver la « transparence » - expression du président de la République - de ses opérations financières, le Bureau politique invoque pour s'y opposer « le respect de l'indépendance des partis, absolument contraire au financement public ». Il ajoute: Il est au contraire normal que ce financement relève de la responsabilité exclusive des adhérents et des sympathisants de chaque parti et qu'il soit placé sous leur contrôle. »
C'est ce que je fais: je place sous le contrôle effectif des adhérents et sympathisants du P.C.F. les secrets du financement du Parti.
Plus loin, le P.C.F. « se déclare prêt à se soumettre au contrôle d'une commission parlementaire d'enquête composée à la proportionnelle des suffrages recueillis, sur l'activité financière de tous les partis politiques ».
Excellente idée. J'espère que cette honorable commission finira par voir le jour et que, pour lui faciliter la tâche, le P.C. acceptera de la conduire à la banque soviétique. En attendant, je livre ma documentation à la réflexion des militants communistes qui ont « le droit », comme le dit si bien le Bureau politique, de « connaître les ressources et les dépenses de l'organisation à laquelle ils appartiennent ».
(1) L 'Humanité. 27 octobre 1978.
La première banque étrangère en France
Il est indispensable de retracer les grandes étapes de la vie de la B.C.E.N. et d'examiner son fonctionnement.
Nous l'avons déjà vu et nous y reviendrons: elle est aujourd'hui, par son capital, le volume de ses transactions, l'étendue de ses opérations, la première des banques à capitaux étrangers installées, en France. Elle dépasse, depuis longtemps, sur notre territoire, ses rivales américaines, dont Morgan Guaranty Trust et les deux agences parisiennes des deux premières banques mondiales, la Bank of America et la Citibank. Elle entretient d'ailleurs les meilleurs rapports avec ces géants du capitalisme. Dans leur long « compte rendu de voyage aux U.S.A. », (du 8 au 12 mai 1978), référencé PL/CD/fa, MM. Lacoste (directeur) et Delaye (du département trésorerie change-section Deutsche Mark), racontent le 26 mai 1978 leur visite au siège central - New York - de Morgan Garant y Trust Company:
Très amical accueil de la part de M. Viermertz [vice-président] qui, après avoir été le chef cambiste de Morgan à Paris pendant cinq ans, et directeur ensuite de la Banque Al Saoudi à Londres, nous a fait une analyse économique et monétaire d'une grande rigueur ( ... ).
En conclusion de fort intéressantes informations, sur lesquelles je reviendrai, les émissaires de la banque soviétique s'expriment en termes particulièrement affectueux envers ces hyper-patrons des multinationales américaines que L'Humanité, France Nouvelle, La Vie Ouvrière et tant d'autres de leurs « fidèles clients » ont l'habitude de traîner dans la boue:
Nos rapports sont bien sûr excellents avec Morgan/Paris et autres sièges en Europe, mais il conviendrait pourtant de resserrer nos liens avec Morgan/New York par une série d'appels téléphoniques plutôt que par télex.
Le téléphone laisse moins de traces que les télex de la concertation, entre banquiers russes et américains, sur le dos du prolétariat mondial.
Même en cas de victoire de la gauche, aux dernières élections législatives, la B.C.E.N. et la Morgan ne risquaient pas grand-chose d'un gouvernement ayant des ministres communistes. Le Programme commun - je l'avais déjà souligné à l'époque - ne prévoyait nulle mesure de nationalisation des banques à capitaux étrangers: il aurait déplu à l'U.R.S.S. qu'on la prive de sa banque.
Le soutien continu de Moscou
En cinq ans, de 1973 à 1978, le « capital social» de la B.C.E.N. est passé de 150 millions à 350 millions de francs lourds. Augmentation plus qu'exceptionnelle due, selon le dernier rapport du Conseil d'administration (assemblée générale ordinaire du 24 mai 1978), au «soutien continu que n'ont cessé d'apporter à la Banque Commerciale pour l'Europe du Nord ses principaux actionnaires, la Banque d'Etat de l'U.R.S.S. et la Banque pour le Commerce Extérieur de l'U.R.S.S. ».
Ce «soutien », le Conseil entend qu'il soit réaffirmé aux « nombreux correspondants» de la banque dans « le monde entier» et à sa «fidèle clientèle ».
Caution essentielle pour :
1. consolider et étendre son empire financier et commercial (auquel le P.C.F. est d'ailleurs associé, par personnes interposées), basé pour une large part sur la monopolisation des gigantesques marchés entre l'Est et l'Ouest. D'où la nécessité tactique pour la B.C.E.N./Eurobank de transmettre aux sismographes de ses « correspondants» capitalistes la donnée indiscutable confirmant qu'elle demeure, par la grâce de Moscou, l'épicentre de cette fructueuse activité fondée sur l'utilisation des méthodes les plus sauvagement capitalistes;
2. galvaniser la fierté, la confiance d'une « clientèle» d'autant plus «fidèle» qu'elle est, en grande partie, totalement acquise à l'U.R.S.S. dont la banque - leur banque - réussit ainsi, d'année en année, à se maintenir en tête des établissements étrangers installés à Paris.
D'un traité sur les banques étrangères en France (1) dû à l'Université de Paris 1 (Panthéon-Sorbonne, série « Droit privé»), je retiens ce constat:
Par le total de son bilan, la première banque étrangère en France n'est ni américaine ni anglaise, mais soviétique: il s'agit de la Banque Commerciale pour l'Europe du Nord ( ... ).
Plus loin, évoquant « la pluralité des justifications mises en avant pour ce qui est de la présence des banques de l'Europe de l'Est, comme la B.C.E.N., dans les pays occidentaux », les auteurs de ce document ajoutent:
Le directeur de cette banque n'estime pas que l'existence d'institutions comme la sienne soit vitale pour le commerce entre l'Est et l'Ouest, affirmation qui semble démentie par l'analyse du bilan de cette banque effectuée par un fonctionnaire français, lequel fait remarquer l'importance des opérations financières auxquelles elle procède; un juriste international pense que ces banques ne sont que des moyens, pour l'Europe de l'Est, d'obtenir des devises, alors qu'un banquier français estime qu'elles viennent plutôt se familiariser avec les coutumes financières en vigueur en Occident.
Et avec celles de nos communistes qui, pour liquider le capitalisme libéral, emploient toutes les armes que leur offre le capitalisme libéral.
1. J. Stouffiet, Ch. Campet, M. Koszul, P. Moran et M. Sarmet, préface de Henri Fournier' Panthéon 6405, Presses universitaires de France.
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Publié : 05/11/2007 - 20:39
par Pat
1948 : un ministre socialiste prouve déjà la collusion du Parti communiste avec la B.C.E.N.
Un bilan éloquent
Le bilan? Le dernier connu (année 1977) s'établit à 14,2 milliards de francs lourds (1420 milliards d'A.F.). La Banque d'Etat et la Banque pour le Commerce Extérieur de l'U.R.S.S. ont renoncé, comme toujours, à encaisser le dividende. Sacrifice d'autant plus méritoire que les «bénéfices après impôts, amortissements et provisions» réalisés par la banque ces dernières années sont somptueux:
1973 28623000 F
1974 27037000 F
1975 40187000 F
1976 38845000 F
1977 35356000 F
Total: 170048000 F
Soit plus de 17 milliards de centimes.
Malgré la crise économique, la banque soviétique de Paris se porte bien. Dans la catégorie des « banques de dépôts sous contrôle étranger », elle est suivie par la Barclays dont le dernier bilan est de 4,5 milliards de francs. Je ne peux la comparer à la Citibank ou à la Morgan qui ne sont que des « agences de banques ayant leur siège à l'étranger ».
La B.C.E.N. jouit d'un avantage initial: à la différence des autres banques, elle n'a pratiquement aucun frais de démarchage, de publicité, de relations publiques pour le recrutement en France de ses clients. Le P.C.F., la c.G.T. et les Comités d'entreprise contrôlés par eux constituent au départ une masse de manœuvre impressionnante et attirante. Les grands capitalistes ont vite compris l'intérêt d'une alliance ( bancaire) avec le diable qui tient les cordons de la bourse du parti-syndicat...
Née de Russes blancs
La B.C.E.N. a été, dès sa création, une excellente affaire. Pour les Russes et pour les communistes français.
La légende ne peut ajouter grand-chose à son histoire. riche et peu banale.
Elle est fondée à Paris par des Russes blancs immigrés qui y placent leurs fonds, vite épuisés (on ne s'improvise pas financier), au cours des années qui suivent la Révolution de 1917. Cette ruine permet aux bolcheviques de s'emparer de la banque: en 1924, ils en rachètent les actions. Notre gouvernement (c'était l'époque du « Cartel des gauches ») voit l'opération d'un œil favorable: elle peut rendre l'espoir au million et demi ie Français porteurs d'emprunt russe. Les Soviétiques jouent de l'illusion que la normalisation des rapports entre les deux pays aboutira au remboursement des épargnants français spoliés par la Révolution.
La B.C.E.N. a une sœur à Londres, la Moscow Narodny Bank, créée elle aussi par des Russes, en 1916, et reprise en 1919 par le gouvernement de Moscou. Les deux banques ont une première mission précise: racheter les créances sur rU.R.S.S. détenues par des négociants européens lui ayant vendu des marchandises à crédit. La récupération de ces titres non honorés restaurera la confiance des Occidentaux qui, au bout de quelques années de paiements réguliers et d'opérations rigoureusement menées par la B.C.E.N. et la Moscow Narodny Bank, ne craindront plus les mauvaises surprises.
Après avoir franchi avec succès cette première étape, la B.C.E.N. étend ses activités et devient le poste de commande financier du P.C.F., de ses organisations, de ses multiples sociétés commerciales et des syndicats pro-soviétiques C'est la deuxième mISSiOn, toujours en vigueur aujourd'hui, que l'Etat soviétique lui confie.
Le 7 janvier 1918, moins de trois mois après le coup d'Etat qui les a portés au pouvoir, Lénine et Trotski avaient signé le décret suivant :
Considérant que la République des Soviets est fondée sur le principe de la solidarité internationale du prolétariat et de la fraternité entre les travailleurs de tous les pays et que le combat contre la guerre et rimpérialisme ne peut conduire à la victoire que s'il est mené sur le plan international, le conseil des ministres du peuple juge nécessaire de prêter aide et assistance par tous les moyens à l'aile gauche internationale du mouvement ouvrier dans tous les pays, sans considérer si ces pays sont en guerre avec la Russie soviétique, ou ses alliés, ou neutres.
Pour cette raison, le conseil des commissaires du peuple décide d'attribuer deux millions de roubles à titre de soutien au mouvement révolutionnaire international et de les mettre à la disposition des représentants à l'étranger du commissariat aux affaires extérieures.
Ancien compagnon de Lénine, Boris Souvarine écrit, à propos de la période où la B.e.E.N. commence à présider aux destinées économiques du P.C.F. :
Au cours de ces quatre années, plus de 25 millions ont été engloutis par « l'appareil» pseudo-communiste, aux camouflages multiples. Or les cotisations n'en représentent pas la vingtième partie. La disproportion entre les ressources propres du Parti et l'aide extérieure est monstrueuse ... Plus le Parti reçoit de l'argent, moins il a de membres. Plus il est riche, plus sa pensée est pauvre. Le Parti ne vit plus que des ballons d'oxygène de l'Etat soviétique ( ... )
( ... ) En partant pour Moscou en avrill924,je savais par l'administrateur de L'Humanité, Justinart, que sur les quelque 300000 francs de souscriptions publiées dans le journal, il n'y avait qu'une trentaine de mille francs réellement reçus.
J'ai expliqué dans Les Finances du p.eF. comment le Parti blanchit, grâce aux souscriptions et quêtes, les rentrées inavouables. Vieux système. Ille considère, à juste titre, comme imparable. Quel ministre des Finances, quel directeur de la Banque de France, oserait déclencher un contrôle sérieux des fonds qui, à la B.C.E.N., concernent directement ou par la bande le P.C.F. et ses filiales? Quel inspecteur oserait vérifier les opérations des clients inscrits dans les séries des comptes 3000 à 9000, 20000, 30000, 40000, 91000 à 95000? Ce serait, pense-t-on, provoquer la colère de Moscou et fomenter des complications diplomatiques.
Pendant sa longue histoire, la B.C.E.N. n'a servi qu'une seule fois les desseins du gouvernement français: lors de la guerre d'Espagne, elle fut officiellement autorisée à relayer l'U.R.S.S. et le régime républicain. Ce qui lui permit d'encaisser de substantiels bénéfices comme intermédiaire du trafic d'armes vers la zone rouge.
Fermée sous l'occupation allemande, elle rouvre ses portes en 1946 et reprend l'administration des affaires du P.C.F. et de la C.G.T. Bien que la règle du secret, si bien observée durant la longue période antérieure, soit toujours obligatoire dans leurs rangs, les communistes ne peuvent, cette fois, empêcher les fuites.
Une enquête serrée du ministère de l'Intérieur aboutit à la mise au jour de preuves stupéfiantes. Mes propres découvertes en 1978, trente ans plus tard, confirment que rien n'a changé.
1948 : Jules Moch lève le voile
« L'affaire» débute le 10 octobre 1948. Ministre de l'Intérieur du gouvernement Queuille, Jules Moch fait, à la conférence nationale d'information du Parti socialiste, une déclaration fracassante.
On est alors en pleine « guerre froide »; la lave stalinienne recouvre toute l'Europe de l'Est. Derrière le rideau de fer les procès politiques font rage. Quand la Yougoslavie est jugée hérétique par Staline, tous les P.c. européens suivent Moscou et obéissent inconditionnellement aux consignes du Kominform (1). Aussi l'auditoire socialiste frémit quand Jules Moch révèle:
« Par note, peu de temps avant de mourir, Jdanov a intimé l'ordre au Parti communiste français de saboter par tous les moyens l'aide Marshall, même si, sur le plan international, la tension paraissait diminuer entre l'U.R.S.S. et les Etats-Unis. »
Fils d'instituteur, entré au Parti bolchevik dès 1915, membre du Comité central du Parti communiste de l'U.R.S.S. à partir de 1927, Andreï Alexandrovitch Jdanov a vu son rôle grandir à l'époque des procès de Moscou. Stalinien rigoureux, il est entré au Politburo en 1939. Après avoir aidé Staline à préparer son pacte avec Hitler (août 1939), il commande l'armée rouge dans Leningrad assiégée (1942/1943). Théoricien du «réalisme socialiste », c'est lui qui lance en 1946 une grande campagne pour le redressement de la « ligne idéologique» du Parti dans la science, la littérature et l'art. Son discours du 24 juin 1947 « Sur la littérature, la philosophie et la musique» (édité et présenté en France par Louis Aragon) a un retentissement mondial et provoque d'épouvantables épurations. Jusqu'à sa mort suspecte, le 31 août 1948, il anime le Kominform.
Jules Moch: « L'ordre a été immédiatement répercuté sur la C.G.T. de commencer les opérations dès le mois de septembre. » Quelques jours après, un rapport est fait au Kominform: " Tant sur le plan du Parti communiste que sur celui de la c.G.T., tout est prêt pour fin septembre". »
Tandis que les militants socialistes crient à la « trahison », le ministre conclut ainsi son acte d'accusation:
« Une conférence des membres du Kominform eut lieu pendant la réunion de l'O.N.U. Ordre a été donné aux Français de tout faire pour empêcher la possibilité d'une guerre contre l'U.R.S.S. Tout doit être fait pour empêcher toute préparation militaire de la France. Moyen essentiel: assurer par les grèves la chute verticale de l'économie française pour créer à Paris la situation de Prague. On garantit la prise en charge par le Kominform des frais de la grève des mineurs et des dockers.
« Les contacts se multiplient entre dirigeants russes du Kominform et dirigeants du Parti communiste français ( ... ) »
A cette époque, en effet, des grèves éclatent un peu partout et prennent un caractère nettement insurrectionnel. Le 4 mai 1947, le chef du gouvernement, le socialiste Paul Ramadier, a démis d'office les ministres communistes. Le P.C.F., qui représente 28,6 % des suffrages, s'emploie, avec la C.G.T., à désorganiser la production.
Le Kominform téléguide les opérations. Pour briser la reconstruction européenne, entreprise grâce au plan américain Marshall, il use de tous les moyens, y compris une puissante aide économique aux P.C. occidentaux.
Le 13 octobre 1948, un journal du soir titre, en gros caractères:
« Jules Moch a précisé: 120 millions ont déjà été versés pour financer les grèves et de mystérieux trafics permettent aux équipes d'agitateurs venant de l'étranger de se relayer en France. »
Quelques jours après, le ministre parle à la radio. Il révèle:
« Profitant des revendications économiques, les dirigeants de la C.G.T. communisée ont déclenché les grèves tournantes et prolongé celle des mines, non pas dans l'intérêt des travailleurs, mais pour exécuter avec une aveugle obéissance les instructions émanant du Kominform et de l'Europe orientale tendant à transformer les travailleurs français en pions sur un échiquier étranger, à lutter contre le plan Marshall, contre l'aide américaine baptisée conquête impérialiste ou militaire, bref à détourner les Etats-Unis d'aider l'Europe en provoquant par des désordres multiples, la chute verticale de notre économie. »
Des propos aussi graves soulèvent une tempête. Mais montrant une surprenante discrétion, le P.C.F. ne réagit que par un démenti rituel de l'Humanité:
Les affirmations du ministre de l'Intérieur relèvent de la plus haute fantaisie.
1. Kominform: « Bureau International d'Information et de Coordination» des Partis communistes, résurgence de l'ex-Komintern. Créé en septembre 1947, il eut d'abord son siège à Belgrade puis, à partir de juillet, et après la rupture avec Tito, à Bucarest.
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