Communisme : le devoir de mémoire
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Force et faiblesse du socialisme : Réponse à Mitterrand par Louis Salleron
L'ACADI, - association de cadres dirigeants de l'industrie pour le progrès social et économique, 16, rue de Monceau, 75008 Paris, que préside M. J.-A. Varoquaux et dont le vice-président est M. M. de Longevialle, - avait invité, le 26 avril 1976, M. François Mitterrand à lui exposer ses vues sur le socialisme. Intéressé par ces vues, Louis Salleron proposa à l'ACADI de lui communiquer les réflexions qu'elles lui inspiraient. La parole lui fut donnée le 30 septembre. C'est son exposé, inédit, que nous publions.
RÉSUMÉ. - Le socialisme est essentiellement négatif. Il est l'anticapitalisme. Il naît, vit et meurt avec le capitalisme dont il n'est que le parasite - du moins tant qu'il se veut " à visage humain ", c'est-à-dire respectueux des libertés personnelles. Si au contraire il entend rester logique avec lui-méme, c'est-à-dire cohérent avec les conséquences nécessaires de l'abolition de la propriété privée, il débouche dans le communisme dont l'autre nom est le totalitarisme étatique. Par la contrainte du Pouvoir, le communisme redonne à l'Economie le moteur que celle-ci trouve normalement dans la contrainte de la liberté. Le socialisme libéral de M. Mitterrand n'est pas une « alternative » au libéralisme socialiste de M. Giscard d'Estaing. Seule une restauration de la vérité politique peut assurer demain à l'activité économique la place subordonnée: où la création des richesses concourra au bien commun.
Que ce soit pour le louer ou pour le blâmer, il est difficile de parler du socialisme tant sont nombreux et divers les courants de pensée et d'action que recouvre ce vocable.
Cependant la tâche nous est aujourd'hui facilitée par un exposé qu'en a fait M. François Mitterrand le 26 avril 1976 à l'ACADI et que le bulletin de l'Association a publié dans son numéro 312, de mai-juin 1976. Certes on pourra dire qu'il ne s'agit là que du socialisme français et peut-être même de celui de M. Mitterrand; on pourra dire aussi que le sujet précis de sa conférence n'est que, selon son titre, « L'entreprise et ses dirigeants dans la cité socialiste » ; mais d'une part la conférence déborde largement son titre et d'autre part c'est bien le socialisme tel qu'il existe en France dans son contexte actuel qui intéresse nos concitoyens. Du reste, c'est M. Mitterrand lui-même qui, dès le début, situe son sujet : je pense, dit-il, « que le titre donné à cet exposé « l'Entreprise et ses dirigeants dans la Cité socialiste » ne peut être au fond que la conclusion d'un entretien plus général et qu'il me faut préalablement répondre à cette question toute simple : qu'est-ce que le socialisme? »
A cette question simple, on eût aimé une réponse simple. Elle n'est hélas! pas donnée. " A mes yeux, continue M. Mitterrand, le socialisme est la seule réponse possible, raisonnable et prometteuse aux problèmes posés par la société industrielle. " Le socialisme est peut-être une réponse à ces problèmes mais il n'est pas une réponse à la question : qu'est-ce que le socialisme? A nous donc de trouver la réponse, en suivant l'exposé de M. Mitterrand.
L'idéal serait de reproduire ici l'intégralité des propos de M. Mitterrand en les commentant d'un bout à l'autre. Ce n'est pas possible; il y faudrait cent pages. Nous nous contenterons d'en extraire deux idées directrices qui nous paraissent capitales.
Socialisme et capitalisme
La première, c'est que le socialisme se conçoit par opposition au capitalisme.
M. Mitterrand parle de « ce capitalisme qui s'est développé, en se transformant depuis maintenant près de deux siècles et qui donne sa signification au socialisme ».
Il parle encore de la libération de l'homme, qui ne peut passer que par la libération économique, « ce qui veut dire que le premier souci d'un socialiste est de s'intéresser, et de s'attaquer aux structures de l'économie capitaliste ».
Voilà qui n'a l'air de rien, ou qui a l'air extrêmement banal (et qui l'est, en effet), mais qui est essentiel. Le socialisme, s'il est quelque chose de positif (ce qui reste à voir), est d'abord et avant tout négatif. Il est l'anti-capitalisme. C'est peut-être sa seule définition - une définition négative donc et sur laquelle s'accorderaient vraisemblablement tous les socialistes, comme nous sommes, en ce point d'accord avec eux.
Il y a là quelque chose d'extrêmement frappant et qui, dès le XIX' siècle, avait frappé Proudhon. Celui-ci reprochait au socialisme d'être une pure négativité. D'où son mépris pour ce socialisme qu'il déclarait « vide d'idées, impuissant, immoral, propre seulement à faire des dupes et des escrocs » et sur lequel il portait ce jugement sans appel : « Ce socialisme n'est rien, n'a jamais tien été, ne sera jamais rien. »
Si nous disons que cet aspect négatif du socialisme est capital, c'est qu'il explique aussi bien le vague de sa doctrine, quand il se veut doctrine, que l'extrême diversité de son contenu, quand il se veut programme d'action. Une fois perdue la référence au capitalisme, qu'il entend détruire, il se perd lui-même au moment de construire. Nous ne pouvons que redire à son sujet ce que nous en disions naguère : « Le socialisme n'existe qu'en symbiose avec le capitalisme. Il naît avec lui, vit avec lui, meurt avec lui. On ne peut pas le penser, il ne s'est en tout cas jamais pensé lui-même comme doté d'une existence propre. Son existence, c'est d'être le « socialisme éternel », au sens où Trotsky ne conçoit la révolution que comme « la révolution permanente. » (1)
(1) Où en est le socialisme? conférence faite au OEPEC (Centre d'Etudes Politiques et Civiques), le ,15 décembre 1961.
ITINÉRAIRES décembre 1976
______________ À suivre___________________________________________________________________
L'ACADI, - association de cadres dirigeants de l'industrie pour le progrès social et économique, 16, rue de Monceau, 75008 Paris, que préside M. J.-A. Varoquaux et dont le vice-président est M. M. de Longevialle, - avait invité, le 26 avril 1976, M. François Mitterrand à lui exposer ses vues sur le socialisme. Intéressé par ces vues, Louis Salleron proposa à l'ACADI de lui communiquer les réflexions qu'elles lui inspiraient. La parole lui fut donnée le 30 septembre. C'est son exposé, inédit, que nous publions.
RÉSUMÉ. - Le socialisme est essentiellement négatif. Il est l'anticapitalisme. Il naît, vit et meurt avec le capitalisme dont il n'est que le parasite - du moins tant qu'il se veut " à visage humain ", c'est-à-dire respectueux des libertés personnelles. Si au contraire il entend rester logique avec lui-méme, c'est-à-dire cohérent avec les conséquences nécessaires de l'abolition de la propriété privée, il débouche dans le communisme dont l'autre nom est le totalitarisme étatique. Par la contrainte du Pouvoir, le communisme redonne à l'Economie le moteur que celle-ci trouve normalement dans la contrainte de la liberté. Le socialisme libéral de M. Mitterrand n'est pas une « alternative » au libéralisme socialiste de M. Giscard d'Estaing. Seule une restauration de la vérité politique peut assurer demain à l'activité économique la place subordonnée: où la création des richesses concourra au bien commun.
Que ce soit pour le louer ou pour le blâmer, il est difficile de parler du socialisme tant sont nombreux et divers les courants de pensée et d'action que recouvre ce vocable.
Cependant la tâche nous est aujourd'hui facilitée par un exposé qu'en a fait M. François Mitterrand le 26 avril 1976 à l'ACADI et que le bulletin de l'Association a publié dans son numéro 312, de mai-juin 1976. Certes on pourra dire qu'il ne s'agit là que du socialisme français et peut-être même de celui de M. Mitterrand; on pourra dire aussi que le sujet précis de sa conférence n'est que, selon son titre, « L'entreprise et ses dirigeants dans la cité socialiste » ; mais d'une part la conférence déborde largement son titre et d'autre part c'est bien le socialisme tel qu'il existe en France dans son contexte actuel qui intéresse nos concitoyens. Du reste, c'est M. Mitterrand lui-même qui, dès le début, situe son sujet : je pense, dit-il, « que le titre donné à cet exposé « l'Entreprise et ses dirigeants dans la Cité socialiste » ne peut être au fond que la conclusion d'un entretien plus général et qu'il me faut préalablement répondre à cette question toute simple : qu'est-ce que le socialisme? »
A cette question simple, on eût aimé une réponse simple. Elle n'est hélas! pas donnée. " A mes yeux, continue M. Mitterrand, le socialisme est la seule réponse possible, raisonnable et prometteuse aux problèmes posés par la société industrielle. " Le socialisme est peut-être une réponse à ces problèmes mais il n'est pas une réponse à la question : qu'est-ce que le socialisme? A nous donc de trouver la réponse, en suivant l'exposé de M. Mitterrand.
L'idéal serait de reproduire ici l'intégralité des propos de M. Mitterrand en les commentant d'un bout à l'autre. Ce n'est pas possible; il y faudrait cent pages. Nous nous contenterons d'en extraire deux idées directrices qui nous paraissent capitales.
Socialisme et capitalisme
La première, c'est que le socialisme se conçoit par opposition au capitalisme.
M. Mitterrand parle de « ce capitalisme qui s'est développé, en se transformant depuis maintenant près de deux siècles et qui donne sa signification au socialisme ».
Il parle encore de la libération de l'homme, qui ne peut passer que par la libération économique, « ce qui veut dire que le premier souci d'un socialiste est de s'intéresser, et de s'attaquer aux structures de l'économie capitaliste ».
Voilà qui n'a l'air de rien, ou qui a l'air extrêmement banal (et qui l'est, en effet), mais qui est essentiel. Le socialisme, s'il est quelque chose de positif (ce qui reste à voir), est d'abord et avant tout négatif. Il est l'anti-capitalisme. C'est peut-être sa seule définition - une définition négative donc et sur laquelle s'accorderaient vraisemblablement tous les socialistes, comme nous sommes, en ce point d'accord avec eux.
Il y a là quelque chose d'extrêmement frappant et qui, dès le XIX' siècle, avait frappé Proudhon. Celui-ci reprochait au socialisme d'être une pure négativité. D'où son mépris pour ce socialisme qu'il déclarait « vide d'idées, impuissant, immoral, propre seulement à faire des dupes et des escrocs » et sur lequel il portait ce jugement sans appel : « Ce socialisme n'est rien, n'a jamais tien été, ne sera jamais rien. »
Si nous disons que cet aspect négatif du socialisme est capital, c'est qu'il explique aussi bien le vague de sa doctrine, quand il se veut doctrine, que l'extrême diversité de son contenu, quand il se veut programme d'action. Une fois perdue la référence au capitalisme, qu'il entend détruire, il se perd lui-même au moment de construire. Nous ne pouvons que redire à son sujet ce que nous en disions naguère : « Le socialisme n'existe qu'en symbiose avec le capitalisme. Il naît avec lui, vit avec lui, meurt avec lui. On ne peut pas le penser, il ne s'est en tout cas jamais pensé lui-même comme doté d'une existence propre. Son existence, c'est d'être le « socialisme éternel », au sens où Trotsky ne conçoit la révolution que comme « la révolution permanente. » (1)
(1) Où en est le socialisme? conférence faite au OEPEC (Centre d'Etudes Politiques et Civiques), le ,15 décembre 1961.
ITINÉRAIRES décembre 1976
______________ À suivre___________________________________________________________________
Dernière édition par Pat le 24/04/2008 - 16:49, édité 1 fois.
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Réponse suite Diversité des socialismes
La seconde idée de M. Mitterrand, sur laquelle nous sommes également pleinement d'accord, c'est que les révolutions socialistes sont extrêmement diverses parce qu'elles " obéissent nécessairement aux caractéristiques nationales, et plus encore sans doute économiques, du lieu et du temps ".
M. Mitterrand évoque ici rapidement l'U.R.S.S., la Suède, les « expériences partielles » de l'Allemagne de l'Ouest, de la Grande-Bretagne et de la Yougoslavie, le Tiers-Monde et la Chine.
Sans doute pourrait-on lui objecter, et à nous-mêmes, que le capitalisme n'avait guère de quoi susciter des révolutions socialistes sur la plus grande partie de la planète où il n'existait pas, ou n'existait guère. M. Mitterrand répondrait probablement que le capitalisme était le maître suprême de ces régions. La réponse paraît faible. Les masses ne se soulèvent pas contre une domination qu'elles ignorent et qui n'affecte qu'une partie infime d'elles-mêmes. On pourrait faire une réponse plus juste. C'est que quand survient, pour une raison ou une autre, un climat révolutionnaire, la révolution emprunte les noms et les images des modèles existants. Dans la dernière guerre, c'est l'Europe qui a été la grande vaincue, et c'est l'Amérique qui a été la grande victorieuse. Pour des raisons diverses, les Etats-Unis ont voulu que l'U.R.S.S. mette la main sur la moitié de l'Europe et ils ont voulu que toutes les colonies des nations européennes accèdent à l'indépendance. L'U.R.S.S. a été, tout naturellement, le fer de lance de cette révolution mondiale qui la comblait d'aise.
Le socialisme devenait ainsi le drapeau de dizaines de régimes nouveaux qui composent maintenant le Tiers-Monde. On notera d'ailleurs que la révolution soviétique elle-même n'a été anti-capitaliste qu'à travers la théorie marxiste. La Russie des Tsars avait bien un capitalisme naissant, d'ailleurs très dynamique, mais ses institutions, ses mœurs, ses populations étaient beaucoup plus médiévales et féodales que capitalistes.
Le socialisme a pour doctrine l'anti-capitalisme, parce qu'il est né, sous sa forme moderne, dans les pays européens où se produisait le développement économique de type capitaliste; mais c'est le seul prestige de l'Occident européen qui a donné le nom de socialisme à tous les mouvements révolutionnaires qui ont suivi l'effondrement de l'Europe. La puissance de l'idéologie marxiste d'abord, l'histoire ensuite, expliquent l'extension et les formes infiniment variées du socialisme.
Le socialisme français
" Face à ces différentes interprétations du socialisme, s'interroge M. Mitterrand qu'est-ce que le socialisme français? "
Nous y voilà.
En nous présentant le socialisme « français », M.Mitterrand nous donne une vision du socialisme : celle de l'anticapitalisme qui convient le mieux à la société française actuelle. Il s'agit du socialisme stricto sensu, c'est-à-dire celui du parti socialiste - en tant qu'il se distingue de celui du parti communiste.
L'histoire des relations entre le " socialisme " et le « communisme» est, en France (et ailleurs), celle d'une querelle permanente marquée, tantôt par l'union, tantôt par la séparation. Après la dernière guerre, ce fut la séparation, « sur la base d'un choix de politique étrangère ». Où se trouvait la liberté? Où, la solidarité primordiale ? « Les socialistes choisirent l'Ouest, les Communistes l'Est. » Depuis quelques années, c'est la réconciliation.
Quelles sont les idées propres du socialisme français?
Pour les trouver, M. Mitterrand nous renvoie à trois documents. Le premier, c'est le programme du parti socialiste, adopté en mars 1972 à Suresnes. Le second c'est le Programme Commun de la Gauche (juin 1972). Le troisième, c'est celui qui fut adopté lors des « Assises du Socialisme », à la fin de 1974.
Retenons cette triple référence pour une analyse détaillée du socialisme français, mais ne nous y attachons pas ici puisque M. Mitterrand n'en fait pas le thème de sa conférence. Recueillons plutôt, là encore, deux idées majeures gu'on trouve dans cette conférence:
1°) Le grand capitalisme moderne - Pour M. Mitterrand, ce qui caradérise le capitalisme moderne, c'est sa concentration. L'observation n'est pas originale. Elle a été vraie de tout temps; elle est simplement de plus en plus vraie. Cette concentration se vérifie au niveau national et au niveau international. Elle se traduit, dans les deux cas, par un pouvoir excessif accordé aux possesseurs du capital dans la société, au détriment de l'intérêt voire de la liberté d'action de la nation.
De quoi s'agit-il en somme? Des rapports entre le pouvoir économique et le pouvoir politique., M. Mitterrand pense que le pouvoir politique doit toujours être premier. Nous le pensons autant et probablement plus que lui. Le pouvoir économique doit toujours être subordonné, parce que le bien commun est du domaine politique.
Comment assurer la prédominance du pouvoir politique? M. Mitterrand répond : par la planification et par les nationalisations. .
En ce qui concerne la planification, il ne s'agit que de s'entendre. Nul ne met en doute que le pouvoir politique doive être le régulateur suprême de l'activité économique. Mais de quelle manière? C'est toute la question. Les épithètes « souple » et « rigide » peuvent qualifier les tendances d'une planification. Il faut ensuite en préciser le contenu. M. Mitterrand semble incliner à la planification souple. On ne saurait trop l'en féliciter. Mais il est vague sur la question et tout porte à croire que son absence de doctrine sur la distinction nécessaire à faire entre les deux domaines politique et économique le conduirait à la planification la plus rigide et la plus bureaucratique. Sa conception des nationalisations le prouve.
En ce qui concerne, en effet, les nationalisations, M.Mitterrand va très loin, toujours faute de doctrine et faute d'une conception exacte tant de la réalité politique que de la réalité économique. Selon lui, « il convient que la collectivité nationale se rende maîtresse d'un certain nombre de pôles dominants dont le premier est le crédit ». Le contexte de son exposé montre qu'il entend par là la nationalisation complète du crédit. Dans ces conditions, inutile d'aller plus loin. L'appropriation publique du crédit n'est pas seulement le socialisme, c'est le communisme. Car il n'y a plus aucune liberté économique quand la monnaie et les finances appartiennent en totalité au Pouvoir politique. C'est la confusion intégrale du domaine politique et du domaine économique, qui est contraire à la nature de la société.
On voit bien que M. Mitterrand n'y réfléchit pas, car il envisage la nationalisation d'un certain nombre d'entreprises, soit en raison de « l'aspect monopolistique de certaines d'entre elles ~, soit en raison de « la nature des produits » qu'elles fabriquent.
Répétons que si le crédit est nationalisé, il est absolument inutile de nationaliser les entreprises puisqu'elles dépendent alors totalement du pouvoir politique.
Considérons toutefois les entreprises elles-mêmes. Que faut-il entendre par leur " aspect monopolistique "? Probablement leur caractère de monopole, plus ou moins achevé, c'est-à-dire finalement la maîtrise d'un secteur du marché, à l'abri de la concurrence. On se trouve ici en présence du problème classique des avantages et des inconvénients du monopole par rapport à la concurrence. En principe la concurrence est plus avantageuse parce qu'elle favorise la baisse des prix, la recherche d'une meilleure productivité et l'affaiblissement du pouvoir économique en face du pouvoir politique. C'est la raison des législations anti-trustdont le modèle classique est fourni par les Etats-Unis. En quoi la nationalisation est-elle supérieure à cette législation?
_____________À suivre____________________________________________________________________
La seconde idée de M. Mitterrand, sur laquelle nous sommes également pleinement d'accord, c'est que les révolutions socialistes sont extrêmement diverses parce qu'elles " obéissent nécessairement aux caractéristiques nationales, et plus encore sans doute économiques, du lieu et du temps ".
M. Mitterrand évoque ici rapidement l'U.R.S.S., la Suède, les « expériences partielles » de l'Allemagne de l'Ouest, de la Grande-Bretagne et de la Yougoslavie, le Tiers-Monde et la Chine.
Sans doute pourrait-on lui objecter, et à nous-mêmes, que le capitalisme n'avait guère de quoi susciter des révolutions socialistes sur la plus grande partie de la planète où il n'existait pas, ou n'existait guère. M. Mitterrand répondrait probablement que le capitalisme était le maître suprême de ces régions. La réponse paraît faible. Les masses ne se soulèvent pas contre une domination qu'elles ignorent et qui n'affecte qu'une partie infime d'elles-mêmes. On pourrait faire une réponse plus juste. C'est que quand survient, pour une raison ou une autre, un climat révolutionnaire, la révolution emprunte les noms et les images des modèles existants. Dans la dernière guerre, c'est l'Europe qui a été la grande vaincue, et c'est l'Amérique qui a été la grande victorieuse. Pour des raisons diverses, les Etats-Unis ont voulu que l'U.R.S.S. mette la main sur la moitié de l'Europe et ils ont voulu que toutes les colonies des nations européennes accèdent à l'indépendance. L'U.R.S.S. a été, tout naturellement, le fer de lance de cette révolution mondiale qui la comblait d'aise.
Le socialisme devenait ainsi le drapeau de dizaines de régimes nouveaux qui composent maintenant le Tiers-Monde. On notera d'ailleurs que la révolution soviétique elle-même n'a été anti-capitaliste qu'à travers la théorie marxiste. La Russie des Tsars avait bien un capitalisme naissant, d'ailleurs très dynamique, mais ses institutions, ses mœurs, ses populations étaient beaucoup plus médiévales et féodales que capitalistes.
Le socialisme a pour doctrine l'anti-capitalisme, parce qu'il est né, sous sa forme moderne, dans les pays européens où se produisait le développement économique de type capitaliste; mais c'est le seul prestige de l'Occident européen qui a donné le nom de socialisme à tous les mouvements révolutionnaires qui ont suivi l'effondrement de l'Europe. La puissance de l'idéologie marxiste d'abord, l'histoire ensuite, expliquent l'extension et les formes infiniment variées du socialisme.
Le socialisme français
" Face à ces différentes interprétations du socialisme, s'interroge M. Mitterrand qu'est-ce que le socialisme français? "
Nous y voilà.
En nous présentant le socialisme « français », M.Mitterrand nous donne une vision du socialisme : celle de l'anticapitalisme qui convient le mieux à la société française actuelle. Il s'agit du socialisme stricto sensu, c'est-à-dire celui du parti socialiste - en tant qu'il se distingue de celui du parti communiste.
L'histoire des relations entre le " socialisme " et le « communisme» est, en France (et ailleurs), celle d'une querelle permanente marquée, tantôt par l'union, tantôt par la séparation. Après la dernière guerre, ce fut la séparation, « sur la base d'un choix de politique étrangère ». Où se trouvait la liberté? Où, la solidarité primordiale ? « Les socialistes choisirent l'Ouest, les Communistes l'Est. » Depuis quelques années, c'est la réconciliation.
Quelles sont les idées propres du socialisme français?
Pour les trouver, M. Mitterrand nous renvoie à trois documents. Le premier, c'est le programme du parti socialiste, adopté en mars 1972 à Suresnes. Le second c'est le Programme Commun de la Gauche (juin 1972). Le troisième, c'est celui qui fut adopté lors des « Assises du Socialisme », à la fin de 1974.
Retenons cette triple référence pour une analyse détaillée du socialisme français, mais ne nous y attachons pas ici puisque M. Mitterrand n'en fait pas le thème de sa conférence. Recueillons plutôt, là encore, deux idées majeures gu'on trouve dans cette conférence:
1°) Le grand capitalisme moderne - Pour M. Mitterrand, ce qui caradérise le capitalisme moderne, c'est sa concentration. L'observation n'est pas originale. Elle a été vraie de tout temps; elle est simplement de plus en plus vraie. Cette concentration se vérifie au niveau national et au niveau international. Elle se traduit, dans les deux cas, par un pouvoir excessif accordé aux possesseurs du capital dans la société, au détriment de l'intérêt voire de la liberté d'action de la nation.
De quoi s'agit-il en somme? Des rapports entre le pouvoir économique et le pouvoir politique., M. Mitterrand pense que le pouvoir politique doit toujours être premier. Nous le pensons autant et probablement plus que lui. Le pouvoir économique doit toujours être subordonné, parce que le bien commun est du domaine politique.
Comment assurer la prédominance du pouvoir politique? M. Mitterrand répond : par la planification et par les nationalisations. .
En ce qui concerne la planification, il ne s'agit que de s'entendre. Nul ne met en doute que le pouvoir politique doive être le régulateur suprême de l'activité économique. Mais de quelle manière? C'est toute la question. Les épithètes « souple » et « rigide » peuvent qualifier les tendances d'une planification. Il faut ensuite en préciser le contenu. M. Mitterrand semble incliner à la planification souple. On ne saurait trop l'en féliciter. Mais il est vague sur la question et tout porte à croire que son absence de doctrine sur la distinction nécessaire à faire entre les deux domaines politique et économique le conduirait à la planification la plus rigide et la plus bureaucratique. Sa conception des nationalisations le prouve.
En ce qui concerne, en effet, les nationalisations, M.Mitterrand va très loin, toujours faute de doctrine et faute d'une conception exacte tant de la réalité politique que de la réalité économique. Selon lui, « il convient que la collectivité nationale se rende maîtresse d'un certain nombre de pôles dominants dont le premier est le crédit ». Le contexte de son exposé montre qu'il entend par là la nationalisation complète du crédit. Dans ces conditions, inutile d'aller plus loin. L'appropriation publique du crédit n'est pas seulement le socialisme, c'est le communisme. Car il n'y a plus aucune liberté économique quand la monnaie et les finances appartiennent en totalité au Pouvoir politique. C'est la confusion intégrale du domaine politique et du domaine économique, qui est contraire à la nature de la société.
On voit bien que M. Mitterrand n'y réfléchit pas, car il envisage la nationalisation d'un certain nombre d'entreprises, soit en raison de « l'aspect monopolistique de certaines d'entre elles ~, soit en raison de « la nature des produits » qu'elles fabriquent.
Répétons que si le crédit est nationalisé, il est absolument inutile de nationaliser les entreprises puisqu'elles dépendent alors totalement du pouvoir politique.
Considérons toutefois les entreprises elles-mêmes. Que faut-il entendre par leur " aspect monopolistique "? Probablement leur caractère de monopole, plus ou moins achevé, c'est-à-dire finalement la maîtrise d'un secteur du marché, à l'abri de la concurrence. On se trouve ici en présence du problème classique des avantages et des inconvénients du monopole par rapport à la concurrence. En principe la concurrence est plus avantageuse parce qu'elle favorise la baisse des prix, la recherche d'une meilleure productivité et l'affaiblissement du pouvoir économique en face du pouvoir politique. C'est la raison des législations anti-trustdont le modèle classique est fourni par les Etats-Unis. En quoi la nationalisation est-elle supérieure à cette législation?
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Dernière édition par Pat le 24/04/2008 - 22:11, édité 2 fois.
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Réponse suite
Quant à la « nature des produits » fabriqués qui justifierait la nationalisation, M. Mitterrand est peu explicite. Il cite le cas des avions militaires et celui des ordinateurs. Dans le premier cas, C'est la Défense nationale qui serait la justification. Il est possible que l'argument soit valable; c'est une question de fait sur laquelle nous ne sommes pas en mesure de nous prononcer. Pour ce qui est des ordinateurs, nous ne voyons pas ce qu'apporte la nationalisation.
En réalité, ce à quoi pense surtout M. Mitterrand c'est au pouvoir du capitalisme international, symbolisé aujourd'hui par ce qu'on appelle les entreprises « multinationales ». Il écrit : « En effet, si le pouvoir économique au niveau international appartient au capitalisme multinational, nous constatons qu'il n'existe pas de pouvoir politique compensateur. » Il n'y a pas, dit-il, « de pouvoir politique capable de défendre les intérêts des peuples contre le pouvoir dépersonnalisé et dénationalisé du grand capitalisme ». Fort bien, mais que propose-t-il? Il songe à l'Europe, mais en parle de manière peu claire, et l'on voit que, faute de solution parfaite, il pense que les nationalisations seront un premier rempart contre le capitalisme multinational. Pourquoi? Nous n'en savons rien. Car la propriété publique n'est pas un rempart plus puissant que la propriété privée contre le capitalisme international. Si elle devait l'être, ce serait en vertu d'un pouvoir politique suffisamment fort pour mettre en échec le pouvoir économique. Mais cette force pourrait alors se manifester autrement. On ne peut s'opposer à la puissance économique internationale que par la puissance des deux pouvoirs, politique et économique, de la nation. Les moyens du combat sont multiples, mais ils sont d'abord politiques. Se fier à une formule juridique, la nationalisation, qui par elle-même tend à l'affaiblissement du pouvoir économique sans renforcer le pouvoir politique, c'est en réalité courir le risque de rendre le pouvoir politique national plus dépendant encore du pouvoir économique international.
S'il n'est pas exclu qu'en certains cas la nationalisation soit une formule défendable, voire recommandable, ces cas ne peuvent être qu'exceptionnels. D'une manière générale, la formule relève du simpliste « Il n'y a qu'à... » Des entreprises sont sous la coupe du capital étranger? Il n'y a qu'à les nationaliser. C'est une solution merveilleuse. Elle règle tous les problèmes. Malheureusement elle ne vaut que pour un temps, généralement très court.
Car la réalité sous-jacente demeure, et cette réalité est celle du rapport des forces totales en présence - forces économiques, sociales, démographiques, politiques, spirituelles. En tous ces domaines, la concurrence internationale subsiste. Si la nationalisation s'inscrit dans un système dont l'ensemble est faible, elle ne le renforcera pas et aura même toute chance de l'affaiblir encore. Si l'ensemble est fort, la nationalisation est inutile. Elle n'est tout au plus qu'un moyen parmi d'autres, normalement inférieur aux autres, lesquels forment toute la panoplie d'intervention et de protection dont un Etat doit savoir user pour accroître sa force et conserver son indépendance en demeurant dans un circuit d'échanges de capitaux, de produits et d'hommes suffisant pour qu'il ne s'asphyxie pas lui-même et ne s'expose pas à la guerre ou à la vassalité complète par l'apport à d'autres Etats.
2°) L'autogestion - Pour M. Mitterrand, l'autogestion est « la réconciliation entre le socialisme et l'individu ». La formule est plaisante car elle trahit inconsciemment le vice profond du socialisme, qui tend à dévorer l'individu. Le socialisme de M. Mitterrand veut réconcilier le socialisme avec l'individu comme le socialisme " à visage humain " veut réconcilier le socialisme avec l'homme. Quels aveux!
En quoi l'autogestion est-elle la réconciliation du socialisme et de l'individu? Pour le savoir, il faudrait savoir en quoi elle consiste. M. Mitterrand ne nous le dit pas. Il indique que, pour le moment, il ne s'agit que d'une « perspective », une « tendance », une « orientation ». Il s'agit d'accroître la responsabilité de chaque individu, par la diffusion du savoir et du pouvoir. Bravo! Mais alors qui n'est autogestionnaire? A quoi M. Mitterrand répondrait sans doute : " Bien sûr! Tout le monde est autogestionnaire, mais nous, socialistes, nous le sommes consciemment et nous luttons pour que l'autogestion devienne une réalité." Nous lui poserions alors une nouvelle question : « Sous quelle forme? » A cette question M. Mitterrand n'apporte une ébauche de réponse que sur deux points.
« A travers la recherche de la responsabilité personnelle de chacun dans l'entreprise, dit-il, dans le village ou le quartier, nous essayons de définir une approche aussi précise que possible d'une société de type autogestionnaire. » M. Mitterrand rejoint ici, timidement, la thèse chère à tous les militants de l'autogestion, à l'intérieur et à l'extérieur du parti socialiste; il n'y a pas d'autogestion possible dans l'entreprise sans autogestion dans l'ensemble de l'économie, et il n'y a pas d'autogestion possible dans l'économie sans autogestion dans l'ensemble de la société, à tous les étages. Le village, le quartier, se contente de suggérer M. Mitterrand.
Cependant, M. Mitterrand apporte une précision importante en ce qui concerne l'entreprise. « Je ne vois pas, dit-il, pourquoi un chef d'entreprise serait inamovible, alors que le maire d'une commune est soumis à la réélection tous les six ans, et pourquoi un chef d'entreprise serait à l'abri des sanctions en cas d'échec social. Ne peut-on imaginer une société dans laquelle existerait un jour une démocratie économique comparable à la démocratie politique? (. .. ) En fin de compte, je souhaite que les dirigeants soient élus, et qu'ils soient élus dans le secteur privé par une combinaison judicieuse de l'ensemble des travailleurs et des représentants du capital, et dans le secteur national par les représentants de la collectivité publique nationale et ceux des travailleurs, ces derniers devant 'rester majoritaires. »
Il y a là deux idées distinctes : celle de la sanction et celle de la désignation. En ce qui concerne la sanction, M. Mitterrand oublie qu'elle est automatique quand le chef d'entreprise en est aussi le propriétaire. S'il échoue, il se ruine. Dans le cas, toutefois, des sociétés anonymes, surtout quand elles sont le produit de combinaisons financières inextricables, les victimes sont les actionnaires et les salariés beaucoup plus que les dirigeants; l'échec social peut être aussi considéré sous l'angle d'une stagnation nuisible à tout le monde ou d'une gestion manifestement irrationnelle et vouée à la catastrophe. Une instance arbitrale de nature corporative pourrait alors être envisagée pour résoudre éventuellement des cas qui, normalement, sont résolus par la concurrence elle-même. En ce qui concerne la désignaition du chef d'entreprise, l'élection est, sauf exception, une illusion. Tout d'abord l'idée même d'élection est dénuée de signification dans le cas d'une entreprise nouvelle ou récente. L'entrepreneur est celui qui entreprend. Il crée une entreprise et s'efforce de la faire prospérer. Comment serait-il élu? Mais le cas d'une entreprise ancienne est moins différent qu'il n'en a l'air du cas d'une entreprise nouvelle parce qu'une entreprise est une création permanente, du fait du double aiguillon du progrès technique et de la concurrence. Dans le cas d'une petite ou moyenne entreprise où le patron connaît son personnel et est connu de lui, on voit mal pourquoi et comment celui-ci remplacerait celui-là par un autre. Les problèmes financiers à résoudre seraient compliqués et la seule perspective d'une élection possible créerait un trouble vraisemblablement funeste à l'entreprise. Quant aux grandes entreprises - et en l'espèce il faudrait comprendre comme telles toutes celles qui ont plus de cent salariés -, l'élection est rigoureusement impossible, pour toutes sortes de raisons dont la plus évidente est que les salariés ne sauraient qui choisir, ignorant la compétence ou même l'existence de celui qui pourrait éventuellement succéder au PDG en place.
Avant M. Mitterrand, M. Bloch-Lainé, avait déjà posé la question : « Pourquoi l'entreprise serait-elle plus allergique que la commune ou la nation à l'essence de la démocratie? » Nous répondions que si par l'essence de la démocratie il entendait le principe électif, ce qui rend l'entreprise allergique à ce principe c'est que, contrairement à la commune et à la nation, dont les éléments composants sont d'une relative stabilité, l'entreprise est l'instabilité, la fluidité, la mobilité même dans tous ses éléments (hommes, techniques, capitaux) et dans tous les éléments qui la conditionnent {concurrence, expansion, récession, etc.).
Assimiler l'entreprise à la commune ou à la nation, c'est vouloir la faire passer du domaine économique dans le domaine politique. Le pivot juridique de l'organisation économique, c'est la propriété; le pivot juridique de l'organisation politique, c'est l'élection. Il peut y avoir de l'élection dans le domaine économique, comme il peut y avoir de la propriété dans le domaine politique, mais l'ordre juridique de base est la propriété dans l'un et l'élection dans l'autre. Soumettre les entreprises au régime électoral, ce n'est pas seulement les « politiser », au sens usuel du mot, c'est aligner le pouvoir économique sur le pouvoir politique, abolir l'autonomie de l'activité économique et finalement nationaliser l'économie entière.
Inutile de dire que si un tel régime était institué, il serait purement fictif. Les votes des salariés, même s'ils étaient théoriquement libres, seraient pratiquement imposés par des forces extérieures. Les chefs réels des entreprises seraient désignés par des pouvoirs d'en haut qui, syndicaux, communaux, financiers ou autres, seraient eux-mêmes sous la coupe du pouvoir 'politique, ou admis par lui, ou en concurrence avec lui. C'est ce qui se passe en Yougoslavie.
On peut se demander pourquoi M. Mitterrand s'est rallié au mythe de l'autogestion dont il sait, aussi bien qu'un autre, qu'elle ne correspond à aucune formule réalisable. Nous pensons que c'est pour une raison simplement stratégique. Il se démarque ainsi du communisme et peut renforcer son parti en séduisant une « base » qui reste attachée à l'image traditionnelle de la démocratie. Ses bataillons électoraux seront grossis d'autant.
_____________À__SUIVRE________________________________________________
Quant à la « nature des produits » fabriqués qui justifierait la nationalisation, M. Mitterrand est peu explicite. Il cite le cas des avions militaires et celui des ordinateurs. Dans le premier cas, C'est la Défense nationale qui serait la justification. Il est possible que l'argument soit valable; c'est une question de fait sur laquelle nous ne sommes pas en mesure de nous prononcer. Pour ce qui est des ordinateurs, nous ne voyons pas ce qu'apporte la nationalisation.
En réalité, ce à quoi pense surtout M. Mitterrand c'est au pouvoir du capitalisme international, symbolisé aujourd'hui par ce qu'on appelle les entreprises « multinationales ». Il écrit : « En effet, si le pouvoir économique au niveau international appartient au capitalisme multinational, nous constatons qu'il n'existe pas de pouvoir politique compensateur. » Il n'y a pas, dit-il, « de pouvoir politique capable de défendre les intérêts des peuples contre le pouvoir dépersonnalisé et dénationalisé du grand capitalisme ». Fort bien, mais que propose-t-il? Il songe à l'Europe, mais en parle de manière peu claire, et l'on voit que, faute de solution parfaite, il pense que les nationalisations seront un premier rempart contre le capitalisme multinational. Pourquoi? Nous n'en savons rien. Car la propriété publique n'est pas un rempart plus puissant que la propriété privée contre le capitalisme international. Si elle devait l'être, ce serait en vertu d'un pouvoir politique suffisamment fort pour mettre en échec le pouvoir économique. Mais cette force pourrait alors se manifester autrement. On ne peut s'opposer à la puissance économique internationale que par la puissance des deux pouvoirs, politique et économique, de la nation. Les moyens du combat sont multiples, mais ils sont d'abord politiques. Se fier à une formule juridique, la nationalisation, qui par elle-même tend à l'affaiblissement du pouvoir économique sans renforcer le pouvoir politique, c'est en réalité courir le risque de rendre le pouvoir politique national plus dépendant encore du pouvoir économique international.
S'il n'est pas exclu qu'en certains cas la nationalisation soit une formule défendable, voire recommandable, ces cas ne peuvent être qu'exceptionnels. D'une manière générale, la formule relève du simpliste « Il n'y a qu'à... » Des entreprises sont sous la coupe du capital étranger? Il n'y a qu'à les nationaliser. C'est une solution merveilleuse. Elle règle tous les problèmes. Malheureusement elle ne vaut que pour un temps, généralement très court.
Car la réalité sous-jacente demeure, et cette réalité est celle du rapport des forces totales en présence - forces économiques, sociales, démographiques, politiques, spirituelles. En tous ces domaines, la concurrence internationale subsiste. Si la nationalisation s'inscrit dans un système dont l'ensemble est faible, elle ne le renforcera pas et aura même toute chance de l'affaiblir encore. Si l'ensemble est fort, la nationalisation est inutile. Elle n'est tout au plus qu'un moyen parmi d'autres, normalement inférieur aux autres, lesquels forment toute la panoplie d'intervention et de protection dont un Etat doit savoir user pour accroître sa force et conserver son indépendance en demeurant dans un circuit d'échanges de capitaux, de produits et d'hommes suffisant pour qu'il ne s'asphyxie pas lui-même et ne s'expose pas à la guerre ou à la vassalité complète par l'apport à d'autres Etats.
2°) L'autogestion - Pour M. Mitterrand, l'autogestion est « la réconciliation entre le socialisme et l'individu ». La formule est plaisante car elle trahit inconsciemment le vice profond du socialisme, qui tend à dévorer l'individu. Le socialisme de M. Mitterrand veut réconcilier le socialisme avec l'individu comme le socialisme " à visage humain " veut réconcilier le socialisme avec l'homme. Quels aveux!
En quoi l'autogestion est-elle la réconciliation du socialisme et de l'individu? Pour le savoir, il faudrait savoir en quoi elle consiste. M. Mitterrand ne nous le dit pas. Il indique que, pour le moment, il ne s'agit que d'une « perspective », une « tendance », une « orientation ». Il s'agit d'accroître la responsabilité de chaque individu, par la diffusion du savoir et du pouvoir. Bravo! Mais alors qui n'est autogestionnaire? A quoi M. Mitterrand répondrait sans doute : " Bien sûr! Tout le monde est autogestionnaire, mais nous, socialistes, nous le sommes consciemment et nous luttons pour que l'autogestion devienne une réalité." Nous lui poserions alors une nouvelle question : « Sous quelle forme? » A cette question M. Mitterrand n'apporte une ébauche de réponse que sur deux points.
« A travers la recherche de la responsabilité personnelle de chacun dans l'entreprise, dit-il, dans le village ou le quartier, nous essayons de définir une approche aussi précise que possible d'une société de type autogestionnaire. » M. Mitterrand rejoint ici, timidement, la thèse chère à tous les militants de l'autogestion, à l'intérieur et à l'extérieur du parti socialiste; il n'y a pas d'autogestion possible dans l'entreprise sans autogestion dans l'ensemble de l'économie, et il n'y a pas d'autogestion possible dans l'économie sans autogestion dans l'ensemble de la société, à tous les étages. Le village, le quartier, se contente de suggérer M. Mitterrand.
Cependant, M. Mitterrand apporte une précision importante en ce qui concerne l'entreprise. « Je ne vois pas, dit-il, pourquoi un chef d'entreprise serait inamovible, alors que le maire d'une commune est soumis à la réélection tous les six ans, et pourquoi un chef d'entreprise serait à l'abri des sanctions en cas d'échec social. Ne peut-on imaginer une société dans laquelle existerait un jour une démocratie économique comparable à la démocratie politique? (. .. ) En fin de compte, je souhaite que les dirigeants soient élus, et qu'ils soient élus dans le secteur privé par une combinaison judicieuse de l'ensemble des travailleurs et des représentants du capital, et dans le secteur national par les représentants de la collectivité publique nationale et ceux des travailleurs, ces derniers devant 'rester majoritaires. »
Il y a là deux idées distinctes : celle de la sanction et celle de la désignation. En ce qui concerne la sanction, M. Mitterrand oublie qu'elle est automatique quand le chef d'entreprise en est aussi le propriétaire. S'il échoue, il se ruine. Dans le cas, toutefois, des sociétés anonymes, surtout quand elles sont le produit de combinaisons financières inextricables, les victimes sont les actionnaires et les salariés beaucoup plus que les dirigeants; l'échec social peut être aussi considéré sous l'angle d'une stagnation nuisible à tout le monde ou d'une gestion manifestement irrationnelle et vouée à la catastrophe. Une instance arbitrale de nature corporative pourrait alors être envisagée pour résoudre éventuellement des cas qui, normalement, sont résolus par la concurrence elle-même. En ce qui concerne la désignaition du chef d'entreprise, l'élection est, sauf exception, une illusion. Tout d'abord l'idée même d'élection est dénuée de signification dans le cas d'une entreprise nouvelle ou récente. L'entrepreneur est celui qui entreprend. Il crée une entreprise et s'efforce de la faire prospérer. Comment serait-il élu? Mais le cas d'une entreprise ancienne est moins différent qu'il n'en a l'air du cas d'une entreprise nouvelle parce qu'une entreprise est une création permanente, du fait du double aiguillon du progrès technique et de la concurrence. Dans le cas d'une petite ou moyenne entreprise où le patron connaît son personnel et est connu de lui, on voit mal pourquoi et comment celui-ci remplacerait celui-là par un autre. Les problèmes financiers à résoudre seraient compliqués et la seule perspective d'une élection possible créerait un trouble vraisemblablement funeste à l'entreprise. Quant aux grandes entreprises - et en l'espèce il faudrait comprendre comme telles toutes celles qui ont plus de cent salariés -, l'élection est rigoureusement impossible, pour toutes sortes de raisons dont la plus évidente est que les salariés ne sauraient qui choisir, ignorant la compétence ou même l'existence de celui qui pourrait éventuellement succéder au PDG en place.
Avant M. Mitterrand, M. Bloch-Lainé, avait déjà posé la question : « Pourquoi l'entreprise serait-elle plus allergique que la commune ou la nation à l'essence de la démocratie? » Nous répondions que si par l'essence de la démocratie il entendait le principe électif, ce qui rend l'entreprise allergique à ce principe c'est que, contrairement à la commune et à la nation, dont les éléments composants sont d'une relative stabilité, l'entreprise est l'instabilité, la fluidité, la mobilité même dans tous ses éléments (hommes, techniques, capitaux) et dans tous les éléments qui la conditionnent {concurrence, expansion, récession, etc.).
Assimiler l'entreprise à la commune ou à la nation, c'est vouloir la faire passer du domaine économique dans le domaine politique. Le pivot juridique de l'organisation économique, c'est la propriété; le pivot juridique de l'organisation politique, c'est l'élection. Il peut y avoir de l'élection dans le domaine économique, comme il peut y avoir de la propriété dans le domaine politique, mais l'ordre juridique de base est la propriété dans l'un et l'élection dans l'autre. Soumettre les entreprises au régime électoral, ce n'est pas seulement les « politiser », au sens usuel du mot, c'est aligner le pouvoir économique sur le pouvoir politique, abolir l'autonomie de l'activité économique et finalement nationaliser l'économie entière.
Inutile de dire que si un tel régime était institué, il serait purement fictif. Les votes des salariés, même s'ils étaient théoriquement libres, seraient pratiquement imposés par des forces extérieures. Les chefs réels des entreprises seraient désignés par des pouvoirs d'en haut qui, syndicaux, communaux, financiers ou autres, seraient eux-mêmes sous la coupe du pouvoir 'politique, ou admis par lui, ou en concurrence avec lui. C'est ce qui se passe en Yougoslavie.
On peut se demander pourquoi M. Mitterrand s'est rallié au mythe de l'autogestion dont il sait, aussi bien qu'un autre, qu'elle ne correspond à aucune formule réalisable. Nous pensons que c'est pour une raison simplement stratégique. Il se démarque ainsi du communisme et peut renforcer son parti en séduisant une « base » qui reste attachée à l'image traditionnelle de la démocratie. Ses bataillons électoraux seront grossis d'autant.
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Dernière édition par Pat le 24/04/2008 - 16:46, édité 1 fois.
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Réponse suite Force et faiblesse du socialisme
La conférence de l'ACADI n'épuise pas, on s'en doute, les idées de M. Mitterrand sur le socialisme (1). Mais elle nous a paru caractéristique de ce qui fait la force et la faiblesse du socialisme. M. Mitterrand s'adresse à des cadres dirigeants de l'industrie qu'il sait préoccupés du progrès social tout autant que du progrès technique et économique. Il veut les convaincre ou du moins les ébranler et les séduire. Trop intelligent pour leur raconter des balivernes, il ne cherche pas à altérer le " projet socialiste ", mais il s'emploie à montrer que ce projet est viable et qu'en fin de compte il correspond à ce qu'eux-mêmes désirent réaliser. Nous ne serions pas étonnés qu'il y ait réussi pour une part, fût-ce pour une très faible part.
C'est Péguy, croyons-nous, qui disait qu'un régime ne meurt pas parce qu'il est injuste, mais parce qu'il se détend. En quoi, comment un régime politique peut-il se détendre? C'est assez mystérieux. Qu'étaient, à la veille de 1789, les troubles du royaume au regard de tout ce qu'il avait connu pendant mille ans : révoltes féodales, paysannes et urbaines, guerre de cent ans, guerre de religion, Fronde? Vingt fois la monarchie aurait dû succomber. Elle s'en était toujours tirée, plus forte même après chaque crise. Elle tomba comme une feuille morte par l'effet de ce qui apparut après coup comme une nécessité mais qui, si elle avait tenu, n'eût été qu'une péripétie mineure de la vie nationale. Eh ;bien! le régime s'était détendu.
(1) Voir notamment : Un socialisme du possible par François Mitterrand, avec la collaboration de Claude Estier, Pierre Joxe et Louis Mermaz (Seuil).
Dans la « détente» d'un régime beaucoup d'éléments interviennent. Mais le principal est d'ordre spirituel. Un ébranlement social est d'abord un ébranlement des consciences. C'est bien ce que savent les révolutionnaires qui se donnent toujours pour objectif de « conscientiser » les masses. La dureté d'une situation, son injustice même ne deviennent facteur de mutation sociale que lorsqu'elles commencent à être ressenties non seulement comme une souffrance physique, non seulement même comme une violation de la morale, mais comme un défi à la raison. Le jugement intellectuel confirme le jugement moral et lui donne un caractère explosif. L' « ordre établi » n'est plus seulement considéré comme l' « injustice établie» mais comme le « désordre établi ». Dans le vieux débat entre la justice et l'ordre il est curieux d'observer que la conscientisation a valeur d'énergie subversive dans la mesure où la revendication de la justice prend consistance de revendication de l'ordre - d'un ordre réel qui ne peut être qu'un ordre juste. La conscience intellectuelle pose le sceau de la vérité objective sur la protestation de la conscience morale.
La conscientisation des masses ne suffirait cependant pas à déterminer la mutation sociale si elle ne s'accompagnait pas de la conscientisation des élites. Elle ne créerait qu'un rapport de forces physiques où les masses auraient leur chance mais sans être assurées de l'emporter. L'Histoire est jalonnée de ces révoltes que le Pouvoir finit généralement par écraser. Si, en effet, le Pouvoir - Pouvoir politique suprême et pouvoir des élites dirigeantes - a « bonne conscience », il est normalement plus fort que le rassemblement de ceux qui veulent le renverser. Une mutation sociale exige donc la conscientisation des titulaires du Pouvoir tout autant. et sans doute davantage, que celle des masses. Si les Révolutions de 1789 et de 1917 ont réussi, c'est parce que les élites dirigeantes étaient conscientisées. On exagérerait à peine en disant qu'elles étaient les seules à l'être, car les masses ne l'étaient pas véritablement.
Nous pourrions nous étendre très longuement sur le jeu des rapports entre la justice et l'ordre, entre le Pouvoir et la Liberté. Nous pourrions marquer les différences qui existent entre la conscientisation des masses et celle des élites. A la « bonne conscience » des premières doit correspondre la « mauvaise conscience » des secondes. Mais ce que nous avons dit suffit à montrer que le principe d'une mutation sociale - révolution violente ou révolution pacifique - est toujours une mutation de la conscience quant à la justice et quant à l'ordre qui doit l'incarner. C'est pourquoi ce sont toujours les intellectuels qui sont à l'origine des révolutions. Seuls les intellectuels peuvent conscientiser tant les masses que les élites.
La force du socialisme, c'est qu'il est, de nos jours, le mot qui conscientise les masses et les élites, en véhiculant les images floues d'un ordre social plus juste que « l'ordre établi ». L'intelligentsia a convaincu l'opinion publique que le régime actuel est le capitalisme. Tous les désordres et toutes les injustices qu'on dénonce dans le régime actuel sont ceux du capitalisme. Il faut donc remplacer le capitalisme (1) par son contraire : le socialisme.
La conscience de la vérité du socialisme est diffuse dans les masses. Elle l'est aussi disons-nous, dans les élites. En ce point, cependant, il faudrait distinguer. Elle n'est générale ni chez les intellectuels ni chez les dirigeants économiques. Elle est surtout répandue dans les milieux politiques. Les politiciens au Pouvoir disent volontiers qu'ils sont les véritables socialistes. C'est une concession à la vérité socialiste. Confesser le mot, c'est déjà confesser l'idée. C'est se mettre en position d'usurpateurs. De fait, l'essentiel des réformes du « libéralisme avancé » sont de nature socialiste. C'est donc, à terme, ouvrir les portes du Pouvoir à ceux qui auront la position cohérente d'appliquer leurs propres idées.
Tout l'exposé de M. Mitterrand tend à conscientiser les cadres dirigeants de l'industrie. Il leur dit en substance : " Le socialisme répond exactement à vos aspirations. Il n'est que l'aboutissement logique de vos efforts pour que le progrès social soit en harmonie avec le progrès économique." Comme d'autre part, c'est le capitalisme international auquel il s'en prend, celui des multinationales. il suggère à ses auditeurs qu'ils sont tous dépendants d'un Pouvoir qui n'est nullement le leur. Car qu'ils soient salariés proprement dits ou qu'ils soient chefs d'entreprise, ils n'exercent qu'un pouvoir subordonné, le véritable pouvoir étant aux mains de maîtres lointains, possesseurs des capitaux et dispensateurs du crédit dont dépend la vie des entreprises. En faisant du Pouvoir économique un Pouvoir national, le socialisme libérera la nation sans toucher pratiquement à la situation des cadres dirigeants des entreprises. L'argument peut porter, tant au plan moral qu'au plan intellectuel.
(1) Nous prenons le mot « capitalisme ~ au sens simple que lui donne M. Mitterrand et qui est celui que lui donne l'opinion publique.
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La conférence de l'ACADI n'épuise pas, on s'en doute, les idées de M. Mitterrand sur le socialisme (1). Mais elle nous a paru caractéristique de ce qui fait la force et la faiblesse du socialisme. M. Mitterrand s'adresse à des cadres dirigeants de l'industrie qu'il sait préoccupés du progrès social tout autant que du progrès technique et économique. Il veut les convaincre ou du moins les ébranler et les séduire. Trop intelligent pour leur raconter des balivernes, il ne cherche pas à altérer le " projet socialiste ", mais il s'emploie à montrer que ce projet est viable et qu'en fin de compte il correspond à ce qu'eux-mêmes désirent réaliser. Nous ne serions pas étonnés qu'il y ait réussi pour une part, fût-ce pour une très faible part.
C'est Péguy, croyons-nous, qui disait qu'un régime ne meurt pas parce qu'il est injuste, mais parce qu'il se détend. En quoi, comment un régime politique peut-il se détendre? C'est assez mystérieux. Qu'étaient, à la veille de 1789, les troubles du royaume au regard de tout ce qu'il avait connu pendant mille ans : révoltes féodales, paysannes et urbaines, guerre de cent ans, guerre de religion, Fronde? Vingt fois la monarchie aurait dû succomber. Elle s'en était toujours tirée, plus forte même après chaque crise. Elle tomba comme une feuille morte par l'effet de ce qui apparut après coup comme une nécessité mais qui, si elle avait tenu, n'eût été qu'une péripétie mineure de la vie nationale. Eh ;bien! le régime s'était détendu.
(1) Voir notamment : Un socialisme du possible par François Mitterrand, avec la collaboration de Claude Estier, Pierre Joxe et Louis Mermaz (Seuil).
Dans la « détente» d'un régime beaucoup d'éléments interviennent. Mais le principal est d'ordre spirituel. Un ébranlement social est d'abord un ébranlement des consciences. C'est bien ce que savent les révolutionnaires qui se donnent toujours pour objectif de « conscientiser » les masses. La dureté d'une situation, son injustice même ne deviennent facteur de mutation sociale que lorsqu'elles commencent à être ressenties non seulement comme une souffrance physique, non seulement même comme une violation de la morale, mais comme un défi à la raison. Le jugement intellectuel confirme le jugement moral et lui donne un caractère explosif. L' « ordre établi » n'est plus seulement considéré comme l' « injustice établie» mais comme le « désordre établi ». Dans le vieux débat entre la justice et l'ordre il est curieux d'observer que la conscientisation a valeur d'énergie subversive dans la mesure où la revendication de la justice prend consistance de revendication de l'ordre - d'un ordre réel qui ne peut être qu'un ordre juste. La conscience intellectuelle pose le sceau de la vérité objective sur la protestation de la conscience morale.
La conscientisation des masses ne suffirait cependant pas à déterminer la mutation sociale si elle ne s'accompagnait pas de la conscientisation des élites. Elle ne créerait qu'un rapport de forces physiques où les masses auraient leur chance mais sans être assurées de l'emporter. L'Histoire est jalonnée de ces révoltes que le Pouvoir finit généralement par écraser. Si, en effet, le Pouvoir - Pouvoir politique suprême et pouvoir des élites dirigeantes - a « bonne conscience », il est normalement plus fort que le rassemblement de ceux qui veulent le renverser. Une mutation sociale exige donc la conscientisation des titulaires du Pouvoir tout autant. et sans doute davantage, que celle des masses. Si les Révolutions de 1789 et de 1917 ont réussi, c'est parce que les élites dirigeantes étaient conscientisées. On exagérerait à peine en disant qu'elles étaient les seules à l'être, car les masses ne l'étaient pas véritablement.
Nous pourrions nous étendre très longuement sur le jeu des rapports entre la justice et l'ordre, entre le Pouvoir et la Liberté. Nous pourrions marquer les différences qui existent entre la conscientisation des masses et celle des élites. A la « bonne conscience » des premières doit correspondre la « mauvaise conscience » des secondes. Mais ce que nous avons dit suffit à montrer que le principe d'une mutation sociale - révolution violente ou révolution pacifique - est toujours une mutation de la conscience quant à la justice et quant à l'ordre qui doit l'incarner. C'est pourquoi ce sont toujours les intellectuels qui sont à l'origine des révolutions. Seuls les intellectuels peuvent conscientiser tant les masses que les élites.
La force du socialisme, c'est qu'il est, de nos jours, le mot qui conscientise les masses et les élites, en véhiculant les images floues d'un ordre social plus juste que « l'ordre établi ». L'intelligentsia a convaincu l'opinion publique que le régime actuel est le capitalisme. Tous les désordres et toutes les injustices qu'on dénonce dans le régime actuel sont ceux du capitalisme. Il faut donc remplacer le capitalisme (1) par son contraire : le socialisme.
La conscience de la vérité du socialisme est diffuse dans les masses. Elle l'est aussi disons-nous, dans les élites. En ce point, cependant, il faudrait distinguer. Elle n'est générale ni chez les intellectuels ni chez les dirigeants économiques. Elle est surtout répandue dans les milieux politiques. Les politiciens au Pouvoir disent volontiers qu'ils sont les véritables socialistes. C'est une concession à la vérité socialiste. Confesser le mot, c'est déjà confesser l'idée. C'est se mettre en position d'usurpateurs. De fait, l'essentiel des réformes du « libéralisme avancé » sont de nature socialiste. C'est donc, à terme, ouvrir les portes du Pouvoir à ceux qui auront la position cohérente d'appliquer leurs propres idées.
Tout l'exposé de M. Mitterrand tend à conscientiser les cadres dirigeants de l'industrie. Il leur dit en substance : " Le socialisme répond exactement à vos aspirations. Il n'est que l'aboutissement logique de vos efforts pour que le progrès social soit en harmonie avec le progrès économique." Comme d'autre part, c'est le capitalisme international auquel il s'en prend, celui des multinationales. il suggère à ses auditeurs qu'ils sont tous dépendants d'un Pouvoir qui n'est nullement le leur. Car qu'ils soient salariés proprement dits ou qu'ils soient chefs d'entreprise, ils n'exercent qu'un pouvoir subordonné, le véritable pouvoir étant aux mains de maîtres lointains, possesseurs des capitaux et dispensateurs du crédit dont dépend la vie des entreprises. En faisant du Pouvoir économique un Pouvoir national, le socialisme libérera la nation sans toucher pratiquement à la situation des cadres dirigeants des entreprises. L'argument peut porter, tant au plan moral qu'au plan intellectuel.
(1) Nous prenons le mot « capitalisme ~ au sens simple que lui donne M. Mitterrand et qui est celui que lui donne l'opinion publique.
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Dernière édition par Pat le 24/04/2008 - 22:12, édité 2 fois.
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réponse suite et fin
Enfin, du fait qu'il s'oppose au communisme, le socialisme apparaît comme soucieux de la liberté. Nombre d'électeurs, convaincus que le socialisme, au sens général du mot, est dans le sens de l'histoire et qu'en conséquence son avènement, à une date ou à une autre, est inéluctable, se disent que mieux vaut renforcer le parti socialiste pour lui permettre de triompher plus aisément du communisme. Bref, paradoxalement, c'est pour sauver la liberté que des électeurs, non pleinement convaincus, voteraient pour M. Mitterrand. Le libéralisme avancé n'étant qu'un libéralisme socialiste, le socialisme libéral ne socialiserait probablement pas beaucoup plus et serait peut-être plus attentif à défendre la liberté, pour ne pas s'aliéner sa droite, ni s'aliéner à sa gauche.
Telle est la force du socialisme français, représenté par le parti socialiste et par son chef, M. Mitterrand. Cette force est grande, il ne faut pas se le dissimuler. Mais elle est balancée par une faiblesse qui n'est pas moindre et qui, à terme, nous paraît être beaucoup plus grande encore.
Quelle est essentiellement la faiblesse du socialisme?
Tout ce que nous venons de dire permet de l'apercevoir. Le socialisme est faible d'être essentiellement négatif. C'est un anti. Il est, depuis toujours, anticapitaliste et, depuis quelque temps, à un moindre degré, anticommuniste. C'est sa force, mais une force relative, contingente, dépendante. Ses critiques sont totalement ou 'Partiellement fondées mais ce ne sont que des critiques. En lui-même, il n'est rien. Il peut fournir un modèle de gouvernement dans un régime capitaliste. Il ne peut fournir un modèle de régime. Quand le capitalisme disparaît, il disparaît avec lui pour faire place au communisme. Le socialisme peut exister dans le capitalisme parce que le capitalisme est libéral et qu'il admet l'anticapitalisme. Le socialisme ne peut exister dans le communisme parce que le communisme est totalitaire et qu'il n'admet pas l'anticommunisme.
Le socialisme est fort en France, aujourd'hui, parce qu'il draine les mécontentements et les inquiétudes que suscitent le capitalisme et le communisme. Mais il n'est qu'un point d'équilibre de l'opinion. Il est la logique d'une situation, non d'un principe. Sa logique profonde est le communisme, comme il le confesse par son alliance avec celui-ci, alors que toute alliance avec le capitalisme lui semble impossible. Le jour où le capitalisme ne lui offrirait plus un point d'appui pour se spécifier par rapport au communisme, il ne pourrait résister à ce dernier qui est la conclusion logique de leurs principes communs.
« Bien que je ne sois pas personnellement marxiste, déclare curieusement M. Mitterrand, je note qu'il y a un certain nombre de théoriciens marxistes qui pensent qu'il n'est pas possible qu'une société nouvelle succède à la société ancienne sans y être déjà profondément installée. Ce fut le cas de la bourgeoisie de robe qui devait devenir ensuite la bourgeoisie d'affaires du début du XIX' siècle. Eh bien !, de la même façon, le socialisme est déjà installé pour une part dans la société capitaliste actuelle. » Je dis que cette déclaration est curieuse parce que si M. Mitterrand n'est pas marxiste je voudrais bien savoir ce qu'il est. Ses positions sont différentes de celles de ses alliés communistes en ce sens qu'il limite son accord avec eux à un programme commun destiné à assurer leur commune victoire aux élections. Il a son idéal propre qui n'est pas celui de ses alliés ; mais leur doctrine est la même. Marx disait que le communisme peut se résumer dans l'abolition de la propriété privée. Là est l'essentiel du marxisme, et sur cet essentiel le socialisme de M. Mitterrand est en plein accord avec le communisme de M. Marchais. Simplement le communisme de M. Marchais est logique et celui de M. Mitterrand ne l'est pas. Car l'abolition de la propriété a des conséquences nécessaires, que M. Marchais accepte tandis que M. Mitterrand, apparemment, ne les accepte pas. Aussi bien, quand M. Mitterrand déclare que le socialisme « est déjà installé pour une part dans la société capitaliste actuelle », il nous donne, une fois de plus, l'image exacte du véritable socialisme. Celui-ci est installé .« pour une part» dans la société capitaliste actuelle. Ayant accédé au Pouvoir, il y sera installé pour une plus grande part, mais sans le remplacer. S'il le remplaçait, ce serait le communisme.
Alfred Sauvy rappelle souvent que tout système économique a besoin d'un moteur. Le moteur du capitalisme, c'est le profit qui, à travers les multiples autorégulations de la concurrence, assure le développement de la production, de la productivité, de la consommation et des échanges, dans un équilibre général où les prix ont tendance à baisser et où la monnaie reste stable. Le moteur du communisme, c'est la volonté de l'Etat tout-puissant qui fait l'Economie de sa philosophie, laquelle est une philosophie matérialiste de puissance. Dans les deux cas,. des contraintes jouent: contrainte de la liberté ou contrainte du pouvoir. Mais quel est le moteur d'une économie socialiste ni libérale ni communiste ou, si l'on préfère, mi-libérale, mi-communiste? Est-ce le moteur de la double contrainte de la liberté et du pouvoir? Pour un temps, peut-être, tant qu'il existe à l'intérieur du système capitaliste dont il n'est alors qu'un rouage, un élément de liberté parmi d'autres, une composante en somme de la société libérale. Mais s'il continue de se développer, il affaiblit de plus en plus le moteur de la liberté, sans rien concéder au moteur du Pouvoir puisqu'il est l'instrument privilégié de la résistance au Pouvoir, lequel est à ses yeux le pouvoir capitaliste. Le« consensus », si souvent invoqué par M. Mitterrand (non pas dans son exposé à l'ACADI mais depuis lors), est un consensus oppositionnel ou utopique qui peut, dans la meilleure hypothèse, favoriser une action passagère, si le gouvernement est devenu socialiste, mais qui ne peut permettre une soumission spontanée permanente à la contrainte de l'Etat. Seul un régime communiste peut disposer du moteur de la contrainte étatique.
Telle est l'insigne et essentielle faiblesse du socialisme dès qu'il cesse d'être action critique contre le régime capitaliste -pour se vouloir projet de société politique.
Nous pourrions prendre les unes après les autres toutes les solutions socialistes que proposent M. Mitterrand et ses amis pour apporter plus d'ordre et de justice dans la société, nous verrions que généralisées ou poussées à leurs conséquences ultimes, elles aboutissent toutes à ruiner les vœux humanistes qui sont, très honorablement, les leurs. A propos des nationalisations, où M. Mitterrand voit la réponse à l'emprise des sociétés multinationales, nous avons montré que c'était une formule illusoire, car elle ne supprime pas la concurrence. Supposons toutefois que le socialisme s'attache à cette formule et qu'il la généralise pour soustraire toute l'activité économique du pays à l'emprise étrangère, il débouche dans une impossible autarcie économique et dans un nationalisme politique intransigeant. Le couple nationalisme-socialisme est la conséquence nécessaire d'un socialisme qui entend passer de la phase critique à la phase constructive. Deux formes en sont possibles : celle où le système capitaliste est partiellement préservé, et c'est le fascisme ou, mieux encore, le national-socialisme ; et celle où la propriété privée est totalement absorbée et c'est le communisme. On se souvient qu'avant la guerre le néo-socialisme, qui « épouvantait » Léon Blum, se rapprochait du fascisme. Depuis la guerre, la défaite du nazisme voue tout néo-socialisme, en Europe du moins, au communisme. Toute tierce formule se rapprocherait des deux précédentes. Or ce nationalisme socialiste ou ce socialisme nationaliste ne serait pas qu'une formule de contrainte intérieure d'un type totalitaire que refuse le socialisme, il serait encore, au plan extérieur, la promesse d'un asservissement direct ou indirect là une super-puissance de dimension continentale. Les vœux d'indépendance nationale, tout comme les vœux de liberté individuelle, s'ils sont ceux des dirigeants socialistes, sont donc contredits par la logique du socialisme.
Conclusion
L'examen des contradictions du socialisme pourrait être poursuivi en d'autres domaines - l'égalité, l'inflation, la monnaie, etc. - mais il n'apporterait rien de plus et nous avons préféré nous en tenir aux points mis en avant par M. Mitterrand dans sa conférence à l'ACADI.
Si l'on y réfléchit, on s'aperçoit que la force des convictions socialistes vient principalement d'une croyance en l'évolution irréversible de la société, du capitalisme à son contraire, le socialisme. De fait, l'évolution est impressionnante, mais elle n'a cessé de se manifester, engendrant à toute époque la même illusion. Ricardo, le théoricien par excellence du capitalisme, croyait, au début du XIX' siècle, que l'égalisation des profits par la concurrence n'assurerait pas une très longue vie au capitalisme; Marx, qui a pour lui une admiration éperdue, le considère comme le véritable fondateur du socialisme. Dans le deuxième tiers du XIX· siècle, Stuart Mill, en l'espace d'une vie, passe du libéralisme au socialisme pour des raisons analogues. Ses « Principes d'Economie politique » (1848) qui sont comme la synthèse de l'Economie classique annoncent le modèle du socialisme suédois actuel. Près d'un siècle plus tard, Schumpeter, dans « Capitalisme, Socialisme et Démocratie » (1942), chante les louanges du capitalisme, dénonce les tares du socialisme, mais confesse que l'avènement du socialisme lui paraît désormais inéluctable.
On pourrait donc dire que si la logique de l'évolution du socialisme, c'est le communisme, la logique de l'évolution du capitalisme, c'est le socialisme. Le malheur, c'est que la vie n'est pas logique. Elle ne l'est que rétrospectivement. Tout devait se passer comme tout s'est passé. Le hasard et la nécessité vous l'expliquent après coup.
Schumpeter s'est posé deux questions :
1) Le capitalisme peut-il survivre?
2) Le socialisme peut-il fonctionner ?
A la première question, il répond : non, ou du moins le capitalisme n'en a plus 'pour bien longtemps.
A la seconde, il répond : oui, mais si le socialisme ne devient pas tyrannique, il ne sera qu'un bureaucratisme étatique, rongeur des meilleures qualités de l'homme.
A toute époque donc, les théoriciens du capitalisme (optimistes à court terme et pessimistes à long terme) se sont trompés, comme se sont trompés les théoriciens du socialisme (pessimistes à court terme et optimistes à long terme).
Peut-être après un siècle et demi, bientôt deux siècles, de capitalisme en Occident et plus d'un demi-siècle de socialisme en U.R.S.S. (avec toutes ses suites, à des dates diverses dans la moitié de la planète), sommes-nous mieux placés que nos prédécesseurs pour arbitrer un débat dont les termes usuels perdent de plus en plus leur signification. Tout évolue, certes - c'est un truisme - mais rien ne permet de prédire l'avenir lié à cette évolution. L'écart entre les mots et les choses est devenu si profond qu'on ne discute plus que sur des conventions verbales dont les seules références sont un passé depuis longtemps aboli et un avenir purement mythique.
La force du socialisme c'est qu'il se situe sur la courbe de plus en plus déclinante d'un capitalisme dont l'image reste, dans les esprits, celle d'une réalité à peu près disparue. Sa faiblesse est que cette courbe est également celle de son propre déclin au moment où son mythe originel se trouve confronté à la réalité d'un communisme qui l"oblige à descendre des hauteurs de l'utopie pour s'incarner terrestrement.
Ainsi sommes-nous ramenés à la véritable dimension du problème économique actuel. S'il exige certaines solutions purement techniques, ces solutions dépendent elles-mêmes d'un ordre politique à refaire dans ses profondeurs. Quel ordre? La question ne peut être ici que posée. Mais il faudra bien y trouver une réponse, sans quoi nous savons que la matière aujourd'hui déchaînée suivra l'évolution de sa seule pesanteur. L'asservissement de l'homme est au bout.
Louis Salleron. ITINÉRAIRES décembre 1976
Enfin, du fait qu'il s'oppose au communisme, le socialisme apparaît comme soucieux de la liberté. Nombre d'électeurs, convaincus que le socialisme, au sens général du mot, est dans le sens de l'histoire et qu'en conséquence son avènement, à une date ou à une autre, est inéluctable, se disent que mieux vaut renforcer le parti socialiste pour lui permettre de triompher plus aisément du communisme. Bref, paradoxalement, c'est pour sauver la liberté que des électeurs, non pleinement convaincus, voteraient pour M. Mitterrand. Le libéralisme avancé n'étant qu'un libéralisme socialiste, le socialisme libéral ne socialiserait probablement pas beaucoup plus et serait peut-être plus attentif à défendre la liberté, pour ne pas s'aliéner sa droite, ni s'aliéner à sa gauche.
Telle est la force du socialisme français, représenté par le parti socialiste et par son chef, M. Mitterrand. Cette force est grande, il ne faut pas se le dissimuler. Mais elle est balancée par une faiblesse qui n'est pas moindre et qui, à terme, nous paraît être beaucoup plus grande encore.
Quelle est essentiellement la faiblesse du socialisme?
Tout ce que nous venons de dire permet de l'apercevoir. Le socialisme est faible d'être essentiellement négatif. C'est un anti. Il est, depuis toujours, anticapitaliste et, depuis quelque temps, à un moindre degré, anticommuniste. C'est sa force, mais une force relative, contingente, dépendante. Ses critiques sont totalement ou 'Partiellement fondées mais ce ne sont que des critiques. En lui-même, il n'est rien. Il peut fournir un modèle de gouvernement dans un régime capitaliste. Il ne peut fournir un modèle de régime. Quand le capitalisme disparaît, il disparaît avec lui pour faire place au communisme. Le socialisme peut exister dans le capitalisme parce que le capitalisme est libéral et qu'il admet l'anticapitalisme. Le socialisme ne peut exister dans le communisme parce que le communisme est totalitaire et qu'il n'admet pas l'anticommunisme.
Le socialisme est fort en France, aujourd'hui, parce qu'il draine les mécontentements et les inquiétudes que suscitent le capitalisme et le communisme. Mais il n'est qu'un point d'équilibre de l'opinion. Il est la logique d'une situation, non d'un principe. Sa logique profonde est le communisme, comme il le confesse par son alliance avec celui-ci, alors que toute alliance avec le capitalisme lui semble impossible. Le jour où le capitalisme ne lui offrirait plus un point d'appui pour se spécifier par rapport au communisme, il ne pourrait résister à ce dernier qui est la conclusion logique de leurs principes communs.
« Bien que je ne sois pas personnellement marxiste, déclare curieusement M. Mitterrand, je note qu'il y a un certain nombre de théoriciens marxistes qui pensent qu'il n'est pas possible qu'une société nouvelle succède à la société ancienne sans y être déjà profondément installée. Ce fut le cas de la bourgeoisie de robe qui devait devenir ensuite la bourgeoisie d'affaires du début du XIX' siècle. Eh bien !, de la même façon, le socialisme est déjà installé pour une part dans la société capitaliste actuelle. » Je dis que cette déclaration est curieuse parce que si M. Mitterrand n'est pas marxiste je voudrais bien savoir ce qu'il est. Ses positions sont différentes de celles de ses alliés communistes en ce sens qu'il limite son accord avec eux à un programme commun destiné à assurer leur commune victoire aux élections. Il a son idéal propre qui n'est pas celui de ses alliés ; mais leur doctrine est la même. Marx disait que le communisme peut se résumer dans l'abolition de la propriété privée. Là est l'essentiel du marxisme, et sur cet essentiel le socialisme de M. Mitterrand est en plein accord avec le communisme de M. Marchais. Simplement le communisme de M. Marchais est logique et celui de M. Mitterrand ne l'est pas. Car l'abolition de la propriété a des conséquences nécessaires, que M. Marchais accepte tandis que M. Mitterrand, apparemment, ne les accepte pas. Aussi bien, quand M. Mitterrand déclare que le socialisme « est déjà installé pour une part dans la société capitaliste actuelle », il nous donne, une fois de plus, l'image exacte du véritable socialisme. Celui-ci est installé .« pour une part» dans la société capitaliste actuelle. Ayant accédé au Pouvoir, il y sera installé pour une plus grande part, mais sans le remplacer. S'il le remplaçait, ce serait le communisme.
Alfred Sauvy rappelle souvent que tout système économique a besoin d'un moteur. Le moteur du capitalisme, c'est le profit qui, à travers les multiples autorégulations de la concurrence, assure le développement de la production, de la productivité, de la consommation et des échanges, dans un équilibre général où les prix ont tendance à baisser et où la monnaie reste stable. Le moteur du communisme, c'est la volonté de l'Etat tout-puissant qui fait l'Economie de sa philosophie, laquelle est une philosophie matérialiste de puissance. Dans les deux cas,. des contraintes jouent: contrainte de la liberté ou contrainte du pouvoir. Mais quel est le moteur d'une économie socialiste ni libérale ni communiste ou, si l'on préfère, mi-libérale, mi-communiste? Est-ce le moteur de la double contrainte de la liberté et du pouvoir? Pour un temps, peut-être, tant qu'il existe à l'intérieur du système capitaliste dont il n'est alors qu'un rouage, un élément de liberté parmi d'autres, une composante en somme de la société libérale. Mais s'il continue de se développer, il affaiblit de plus en plus le moteur de la liberté, sans rien concéder au moteur du Pouvoir puisqu'il est l'instrument privilégié de la résistance au Pouvoir, lequel est à ses yeux le pouvoir capitaliste. Le« consensus », si souvent invoqué par M. Mitterrand (non pas dans son exposé à l'ACADI mais depuis lors), est un consensus oppositionnel ou utopique qui peut, dans la meilleure hypothèse, favoriser une action passagère, si le gouvernement est devenu socialiste, mais qui ne peut permettre une soumission spontanée permanente à la contrainte de l'Etat. Seul un régime communiste peut disposer du moteur de la contrainte étatique.
Telle est l'insigne et essentielle faiblesse du socialisme dès qu'il cesse d'être action critique contre le régime capitaliste -pour se vouloir projet de société politique.
Nous pourrions prendre les unes après les autres toutes les solutions socialistes que proposent M. Mitterrand et ses amis pour apporter plus d'ordre et de justice dans la société, nous verrions que généralisées ou poussées à leurs conséquences ultimes, elles aboutissent toutes à ruiner les vœux humanistes qui sont, très honorablement, les leurs. A propos des nationalisations, où M. Mitterrand voit la réponse à l'emprise des sociétés multinationales, nous avons montré que c'était une formule illusoire, car elle ne supprime pas la concurrence. Supposons toutefois que le socialisme s'attache à cette formule et qu'il la généralise pour soustraire toute l'activité économique du pays à l'emprise étrangère, il débouche dans une impossible autarcie économique et dans un nationalisme politique intransigeant. Le couple nationalisme-socialisme est la conséquence nécessaire d'un socialisme qui entend passer de la phase critique à la phase constructive. Deux formes en sont possibles : celle où le système capitaliste est partiellement préservé, et c'est le fascisme ou, mieux encore, le national-socialisme ; et celle où la propriété privée est totalement absorbée et c'est le communisme. On se souvient qu'avant la guerre le néo-socialisme, qui « épouvantait » Léon Blum, se rapprochait du fascisme. Depuis la guerre, la défaite du nazisme voue tout néo-socialisme, en Europe du moins, au communisme. Toute tierce formule se rapprocherait des deux précédentes. Or ce nationalisme socialiste ou ce socialisme nationaliste ne serait pas qu'une formule de contrainte intérieure d'un type totalitaire que refuse le socialisme, il serait encore, au plan extérieur, la promesse d'un asservissement direct ou indirect là une super-puissance de dimension continentale. Les vœux d'indépendance nationale, tout comme les vœux de liberté individuelle, s'ils sont ceux des dirigeants socialistes, sont donc contredits par la logique du socialisme.
Conclusion
L'examen des contradictions du socialisme pourrait être poursuivi en d'autres domaines - l'égalité, l'inflation, la monnaie, etc. - mais il n'apporterait rien de plus et nous avons préféré nous en tenir aux points mis en avant par M. Mitterrand dans sa conférence à l'ACADI.
Si l'on y réfléchit, on s'aperçoit que la force des convictions socialistes vient principalement d'une croyance en l'évolution irréversible de la société, du capitalisme à son contraire, le socialisme. De fait, l'évolution est impressionnante, mais elle n'a cessé de se manifester, engendrant à toute époque la même illusion. Ricardo, le théoricien par excellence du capitalisme, croyait, au début du XIX' siècle, que l'égalisation des profits par la concurrence n'assurerait pas une très longue vie au capitalisme; Marx, qui a pour lui une admiration éperdue, le considère comme le véritable fondateur du socialisme. Dans le deuxième tiers du XIX· siècle, Stuart Mill, en l'espace d'une vie, passe du libéralisme au socialisme pour des raisons analogues. Ses « Principes d'Economie politique » (1848) qui sont comme la synthèse de l'Economie classique annoncent le modèle du socialisme suédois actuel. Près d'un siècle plus tard, Schumpeter, dans « Capitalisme, Socialisme et Démocratie » (1942), chante les louanges du capitalisme, dénonce les tares du socialisme, mais confesse que l'avènement du socialisme lui paraît désormais inéluctable.
On pourrait donc dire que si la logique de l'évolution du socialisme, c'est le communisme, la logique de l'évolution du capitalisme, c'est le socialisme. Le malheur, c'est que la vie n'est pas logique. Elle ne l'est que rétrospectivement. Tout devait se passer comme tout s'est passé. Le hasard et la nécessité vous l'expliquent après coup.
Schumpeter s'est posé deux questions :
1) Le capitalisme peut-il survivre?
2) Le socialisme peut-il fonctionner ?
A la première question, il répond : non, ou du moins le capitalisme n'en a plus 'pour bien longtemps.
A la seconde, il répond : oui, mais si le socialisme ne devient pas tyrannique, il ne sera qu'un bureaucratisme étatique, rongeur des meilleures qualités de l'homme.
A toute époque donc, les théoriciens du capitalisme (optimistes à court terme et pessimistes à long terme) se sont trompés, comme se sont trompés les théoriciens du socialisme (pessimistes à court terme et optimistes à long terme).
Peut-être après un siècle et demi, bientôt deux siècles, de capitalisme en Occident et plus d'un demi-siècle de socialisme en U.R.S.S. (avec toutes ses suites, à des dates diverses dans la moitié de la planète), sommes-nous mieux placés que nos prédécesseurs pour arbitrer un débat dont les termes usuels perdent de plus en plus leur signification. Tout évolue, certes - c'est un truisme - mais rien ne permet de prédire l'avenir lié à cette évolution. L'écart entre les mots et les choses est devenu si profond qu'on ne discute plus que sur des conventions verbales dont les seules références sont un passé depuis longtemps aboli et un avenir purement mythique.
La force du socialisme c'est qu'il se situe sur la courbe de plus en plus déclinante d'un capitalisme dont l'image reste, dans les esprits, celle d'une réalité à peu près disparue. Sa faiblesse est que cette courbe est également celle de son propre déclin au moment où son mythe originel se trouve confronté à la réalité d'un communisme qui l"oblige à descendre des hauteurs de l'utopie pour s'incarner terrestrement.
Ainsi sommes-nous ramenés à la véritable dimension du problème économique actuel. S'il exige certaines solutions purement techniques, ces solutions dépendent elles-mêmes d'un ordre politique à refaire dans ses profondeurs. Quel ordre? La question ne peut être ici que posée. Mais il faudra bien y trouver une réponse, sans quoi nous savons que la matière aujourd'hui déchaînée suivra l'évolution de sa seule pesanteur. L'asservissement de l'homme est au bout.
Louis Salleron. ITINÉRAIRES décembre 1976
Dernière édition par Pat le 24/04/2008 - 16:51, édité 1 fois.
Tibet genocide par le parti communiste Chinois
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Kevin
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"Les racines de l'apostasie moderne réside dans l'athéisme scientifique, le matérialisme dialectique, rationalisme, illuminisme, la laïcité et la franc-maçonnerie, qui est la mère de tous." - Pape Pie XII -
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Roger Holeindre : "Le communisme et ses mensonges ne sont pas morts"
• Vice-président du Front national, Roger Holeindre est également le président-fondateur du Cercle National des Combattants. Ancien engagé en Indochine puis en Algérie, grand reporter à Paris-Match, "Popeye" est l'auteur d'une vingtaine d'ouvrages politiques. Alors que cette fin 2007 marque le 90e anniversaire de la révolution bolchevique en Russie et que les miasmes du communisme continuent à empuantir l'atmosphère - voir l'hommage rendu à Guy Môquet par le président de la République , R. Holeindre a décidé de retracer l'histoire vraie et sans complaisance du Parti communiste français sous un titre qui est tout un programme:
Trahisons sur commande (451 pages, 25 € ou 29 € franco aux Editions d'Héligoland, BP n02, F-27290 Pont-Authou. Tél. : 02-32-42-16-12. Fax: 02-32-41-53-28. Site: www.editions-heligoland.fr). Préfacée par Hugues Petit, président du Conseil scientifique du Front national et conseiller régional de Rhône-Alpes, cette leçon d'histoire administrée dans un style alerte et percutant est également remarquable par l'iconographie.
RIVAROL: Pourquoi cet ouvrage, et pourquoi maintenant?
Roger HOLEINDRE: J'ai décidé d'écrire ce livre dès que Sarkozy s'est cru obligé de faire l'apologie du jeune Guy Môquet dans les écoles. Une initiative scandaleuse car, depuis l'origine, les communistes mentent aux Français. On n'a jamais réussi à rétablir la vérité auprès du grand public sur leur conduite avant l'entrée en guerre, pendant la drôle de guerre et pendant toute une partie de l'occupation allemande en France. Il est tout bonnement incroyable que le rôle du PC pendant cette période soit totalement sorti de l'histoire officielle de notre pays.
A bientôt 79 ans, ayant participé à la libération de la France, aux guerres d'Indochine et d'Algérie, j'ai estimé de mon devoir de clamer la vérité, surtout auprès des jeunes générations (mais pas seulement elles) particulièrement désinformées.
UN PC LONGTEMPS ALLIÉ DE L'ALLEMAGNE
R. : Vous dénoncez tout d'abord le mensonge des media qui ne cessent de répéter que Guy Môquet fut fusillé parce qu'il était un jeune résistant communiste ...
R. H. : Il a certes été fusillé à 17 ans par les Allemands, ce qui est dramatique, mais pas en tant que résistant puisque, comme le savent d'ailleurs vos lecteurs, il faisait partie des Jeunesses communistes, lesquelles à l'époque, sous l'impulsion des dirigeants du PC dont Jacques Duclos, sabotaient le matériel dans les usines d'armement français et prônaient l'entente avec le Ille Reich. Les communistes n'ont totalement changé de position qu'après l'invasion par la Wehrmacht de leur véritable patrie, l'URSS, en. juin 1941. Avant cette date, la direction du PCF a même fait tuer plusieurs dizaines de communistes patriotes qui avaient fait passer la France avant l'Union soviétique et qui voulaient, eux, résister, aux Allemands.
LA COLLUSION ENTRE GAULLISTES ET COMMUNISTES
R. : Pourquoi, selon vous, Sarkozy qui n'est pas connu, à la différence de Chirac, pour avoir eu des sympathies communistes ou gauchistes, participe-t-illui aussi à ce mensonge et demande-t-il à l'Education nationale de le propager auprès de tous les élèves ?
R. H. : Je pense que c'est la collusion, à une époque donnée, entre les gaullistes et les communistes qui sous- tend l'attitude actuelle de Sarkozy. Pour pouvoir écrire ce livre, j'ai consulté une documentation très importante et, au terme de mes recherches, j'ai acquis la certitude que, pendant la Seconde Guerre mondiale, les gaullistes se sont continuellement appuyés sur les communistes et réciproquement. Aussi bizarre que cela puisse paraître, les premiers n'auraient pas existé sans les seconds. N'oublions pas que De Gaulle était totalement isolé, il n'a d'ailleurs débarqué en Algérie que très tardivement, après que les Alliés eurent envahi l'Afrique du Nord. Les unités présentes en Algérie constituaient l'armée d'Afrique que Weygand avait mise sur pied sur ordre du maréchal Pétain de sorte que De Gaulle a dû s'appuyer en Algérie sur les communistes dont les trois-quarts étaient en prison ou en camps de détention en raison de leur conduite en France métropolitaine, les années précédentes, et sur l'ordre des gouvernements légaux de la République issus du Front populaire.
De plus, les services gaullistes de Londres ont fait supprimer des gens qui n'étaient pas du tout des collaborateurs, des poilus de la guerre de 1914 qui étaient souvent les responsables de très puissantes associations d'anciens combattants, qui aimaient et respectaient Pétain pour ce qu'il avait fait pour eux pendant la Grande Guerre. De même, à l'autre extrémité de l'échiquier politique, les communistes, alliés objectifs des gaullistes, faisaient massacrer tous ceux qui risqueraient de leur poser des problèmes quand le territoire serait totalement libéré. A cette époque, les communistes pensaient prendre' le pouvoir. Les législatives qui ont suivi la Libération leur ont été extrêmement favorables : plus de 120 députés. De Gaulle, chef du gouvernement provisoire, leur a par ailleurs concédé des ministères très importants comme le Travail, la Fonction publique et l'Energie, ce que nous payons encore aujourd'hui.
LES RENVERSEMENTS DIALECTIQUES DU PCF
R. : A la Libération, les communistes ne sont pas partisans de la décolonisation, contrairement à leur conduite ultérieure. Pourquoi ?
R. H. : En 1945 se pose déjà le problème de l'Algérie avec le soulèvement de Sétif. Il Y a eu également des difficultés à Madagascar. Or, à ce moment-là, les communistes qui sont dans le gouvernement provisoire dirigé par De Gaulle traitaient dans l'Humanité les insurgés algériens de... nazis! Même chose pour Madagascar.
Puis il y a l'affaire de l'Indochine. A ce moment-là, pensant prendre le pouvoir, les communistes sont hostiles à toute forme de décolonisation. Car s'ils avaient dirigé le pays, ils auraient fait comme les Soviétiques en URSS et auraient donc gardé tous les territoires sur lesquels flottait le drapeau tricolore. Il n'aurait jamais été question d'indépendance. Par exemple Maurice Thorez, ministre d'Etat, dit carrément à un responsable militaire qui se rend en Indochine: «Faites pour le mieux là-bas pour la France et si le Vietminh n'obéit pas, n'hésitez pas à donner le canon. » Lorsqu'ils sont renvoyés du pouvoir par les socialistes en 1947, les communistes n'en croient pas leurs yeux, pensant revenir dans les semaines qui suivent. Comme ce n'est pas le cas, ils virent à 180 degrés et adoptent une politique anticoloniale radicale et particulièrement atroce puisqu'elle repose sur la trahison de l'armée française au combat. Laquelle connaît la misère: pas de ravitaillement, un équipement très limité. Reprenant leur tactique de la drôle de guerre, les communistes sabotent les munitions, les armements, les transports et travaillent main dans la main avec le Vietminh.
SABOTAGES CONTRE L'ARMÉE D'INDOCHINE
R. : Pourquoi parle-t-on si peu de la guerre d'Indo et pourquoi la France l'a-t-elle perdue?
R. H. : Si cette guerre s'était faite sous pavillon américain, on aurait été inondé de films vantant les exploits militaires. On ne le sait pas assez mais l'armée d'Indochine a été une grande armée composée de gens qui pour la plupart savaient pourquoi ils étaient là. On s'est battu au début pour conserver l'empire français et lorsque l'on a su que l'Indochine se dirigeait vers l'indépendance, on a combattu pour que ce pays, à 18 000 kilomètres de la métropole, ne tombe pas aux mains des communistes, ce que personne ne veut admettre en France.
Cette guerre a eu lieu dans des conditions extrêmement difficiles : les bateaux les plus rapides mettaient 17 à 20 jours et les cargos qui transportaient les troupes et les munitions devaient voguer pendant 30 à 40 jours pour aller de Marseille à Saïgon. En avion, il fallait faire deux ou trois escales. On passait la nuit à terre. A cette époque, l'aviation n'avait pas fait les progrès mirobolants qu'on a connus depuis. L'armée d'Indochine, très pauvre, n'a tenu face aux Viets que grâce au courage et, disons~le, à l'enthousiasme des troupes d'élite. Les unités de parachutistes et de légionnaires ont été particulièrement remarquables. Il y avait parmi nous beaucoup d'enfants de la Ddass qui se sont engagés pour cinq ans en Indochine et qui ont magnifiquement tenu leur engagement jusqu'au terme de leur contrat, parfois renouvelé.
LES RAPPORTS COMPLEXES ENTRE FLN ET PCA
R. : Les communistes trahissent également pendant la guerre d'Algérie ...
R. H. : Oui, mais ce fut quand même moins dramatique parce que le Vietminh représentait une autre force militaire que le FLN. Ce qui est sûr, c'est que les troupes qui rentraient d'Indochine et qui avaient conscience d'avoir été trahies, particulièrement par les communistes, n'étaient pas du tout décidées à perdre l'Algérie. Et l'on a tout fait pour ne pas perdre. La légende veut qu'aucune armée au monde n'ait gagné la guerre contre la guérilla et contre le terrorisme. Or l'armée française a bel et bien gagné et la guerre de guérilla contre le FLN dans les djebels et la bataille d'Alger. Dire le contraire est un mensonge qui explique ce qui se passe actuellement dans les banlieues. Ces jeunes gens issus de l'immigration maghrébine ne veulent pas s'assimiler à la France car on leur raconte que leurs pères, leurs grands-pères ont écrasé l'armée française et que cette armée n'était composée que de voyous qui ne pensaient qu'à tuer, à torturer et à violer (1) !
S'agissant des communistes français, ils travaillent alors avec le PCA, le parti communiste algérien. Ce sont les Européens du PCA qui ont installé les réseaux de bombes. Yveton qui a été arrêté, condamné à mort et guillotiné sous Mitterrand, alors ministre de l'Intérieur, avait prévu rien de moins que de poser une énorme bombe contre la citerne de gaz d'Alger. Si elle avait explosé, la moitié de la ville aurait été rasée. La vérité oblige à dire qu'il n'y a jamais eu une grande entente entre le PCA et le FLN, surtout quand le PCA comprenait dans ses rangs un grand nombre d'Européens. Lesquels n'étaient pas en odeur de sainteté. Pour le réseau de bombes, le FLN s'est certes servi de quelques jeunes filles européennes qui passaient à travers les mailles du contrôle militaire mais ce n'était pas le grand amour entre les communistes et les fellaghas.
LE POURQUOI DE LA TRAHISON DE DE GAULLE
R. : Les communistes auraient-ils pu réussir dans leurs actions antinationales sans la complicité du pouvoir politique?
R. H. : Non. Le grand coupable de la perte de l'Algérie, c'est Charles De Gaulle qui, après avoir abandonné son idée de Communauté (des pays pacifiquement issus de la décolonisation) a l'ambition de devenir le chef de la « troisième force », dite des Non-Alignés, face aux Etats- Unis et à leurs alliés d'une part et face à l'URSS et à ses satellites d'autre part. Il pensait être intronisé au grand congrès d'Alger: Ben Bella devait, à la tribune de cette assemblée, appeler De Gaulle qui serait venu présider la fin du congrès des Non-Alignés et la mise en place dans le monde de cette troisième force dont il serait le responsable. Manque de chance : s'entendant contre la France, les services secrets américains et russes demandèrent à Boumédiène d'emprisonner Ben Bella, qui se retrouva en effet embastillé pour 17 ans. De Gaulle avait donc bradé l'Algérie et le Sahara pour rien ! La France avait perdu sur toute la ligne. De cette défaite majeure, nous ne sommes pas près de nous relever.
R. : Un dernier mot?
R. H. : Malgré les difficultés actuelles, le combat national doit continuer en se regroupant tous derrière Jean-Marie Le Pen. Même si l'on n'est pas d'accord avec lui à 100 %, qui peut prétendre faire mieux aujourd'hui? Nous n'avons toujours pas retrouvé le potentiel militant que nous avions avant la scission. Il importe que toutes les bonnes volontés se regroupent car il y a urgence à rétablir les vérités historiques bafouées et à redresser le pays.
Propos recueillis par Jérôme BOURBON, < jeromebourbon@yahoo.fr >.
(1) Le dernier numéro d'Etre et Durer (n° 46, octobre 2007), la revue en couleur du CNC, placé sous la responsabilité du colonel Jean Guignache, est consacré à « l'œuvre civilisatrice de la France dans son empire ». On y lit notamment de très intéressants articles sur les guerriers du Maroc, les tirailleurs sénégalais et la mission Marchand et l'allocution qu'avait prononcée Roger Holeindre lors de la convention présidentielle du FN à Lille en février 2007. Un numéro de référence de 64 pages, richement illustré et particulièrement bienvenu à l'heure où nos dirigeants font repentance sur le dos de leurs prédécesseurs et insultent le passé de notre pays et de notre armée. Peut être commandé (6 €) au CNC, 38 rue des Entrepreneurs, 75015 Paris. Tél. : 01-40-59-07-66.
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Le Communisme, parachèvement du libéralisme
De ce libéralisme qui est, répétons-le, la principe même, le fondement de la révolution, le communisme n'est que l'aboutissement. Il n'est pour reprendre nos lignes du début que l'enfant monstrueux d'un père déjà monstrueux, la forme la plus achevée de la Subversion. Sur les décombres de ia Société brisée par le libéralisme il rebatit selon le processus « Solve et Coagula» son ordre fou ou mieux encore son désordre établi, toujours changeant au gré des impulsions d'un parti dominateur qui, fondé sur la « désaliénation» ou la libération de l'individu devient une effroyable machine à broyer les hommes.
Et c'est ainsi que, faisant ce que Dieu lui-même ne peut pas faire, le parti refait le Passé. Par exemple, au fur et à mesure des éliminations internes les éditions de l'histoire officielle du PC de l'URSS grandissent les rôles de Trosky, Staline ou Kroutchev ou bien ies estompent ou alors font des héros de l'édition précédente des vipères lubriques, voire les effacent complètement de l'histoire; aucun dirigeant, ce qui est remarquable, n'ayant jusqu'ici échappé à ces incroyables manipulations.
L'individualisme libéral selon lequel l'individu doit être détaché de la famille, des corps intermédiaires, des ensembles réels, pour devenir l'unité de base de la société, voilà, eh oui, le fondement du communisme qui tire la pleine logique de cette idée.
Car, dans sa mythologie progressiste, il promet à l'individu la pleine, la totale réalisation de ses aspirations.
Il doit le libérer en effet de toute contrainte, de toute aliénation. Le paradis sur terre n'est-il pas son objectif?
Du Centre de Production humain au Crématoire, il doit assurer le meilleur des mondes, une vie toute programmée, sans danger, sans aléas. L'homme n'a plus à se fatiguer. Le parti a tout prévu. La satisfaction de tous ses besoins, de tous ses Instincts, tout est programmé, défini, réglé. Et le rêve de tous les individus fatigués de tous les pays décadents : être fonctionnaire, fonctionnarisé et fonctionnarisant, de la vie au berceau, est enfin réalisé.
Et voilà pourquoi, celui qui s'aviserait de de ne pas trouver cela merveilleux ne peut relever que du nécessaire et accueillant asile psychiatrique ou du Goulag rééducateur.
Le Communisme bien sûr est donc à combattre; mais le combattre en oubliant que c'est du libéralisme qu'il procède, que c'est le capitalisme qui l'a fait grandir et le nourrit, ne servirait à rien sinon à le conforter. Voilà pourquoi, en conclusion de nos réflexions sur la Révolution il nous paraît utile de conclure en citant le premier paragraphe de l'introduction à « La Vieillesse du Monde » le livre essentiel de Jean Madiran - (édition Martin Morin) que tous nos lecteurs, avec « le Marxisme Révolutionnaire » de Jean Ousset ont le devoir de lire et faire lire,
Le Communisme: La Vieillesse du monde
« Le communisme est la vieillesse du monde. Non pas seulement parce que son univers est triste et vieux. Mais parce qu'il pousse sur le terreau de notre tristesse et de notre vieillissement. Le communisme est la vieillesse du monde entier; la nôtre, Il est la sclérose et la retombée de notre histoire humaine; il est la vieillesse du monde contemporain, il est la vieillesse de l'humanité. Si l'avenir lui appartenait, ce serait la fin de l'histoire, dans l'échec, le néant, la mort. Ce que nous portions en nous de pire, depuis le début du monde moderne, ou depuis le début de l'humanité, il en est le collecteur, le rassembleur, l'organisateur. Il est la caricature formidable de nos injustices, de nos despotismes, de nos lâchetés; il les a, par un passage à la limite, synthétisées dans l'efficacité chimiquement pure de la tyrannie et de la destruction. Il ne nous est ni accidentel ni étranger. Il procède de nous. Il sort du monde chrétien. Il est le fruit ultime de l'apostasie des nations chrétiennes. Il est la dernière hérésie. Au-delà de l'intrinsèquement pervers enfin atteint, il n'y a plus rien »,
PRESENT : Septembre 1977
De ce libéralisme qui est, répétons-le, la principe même, le fondement de la révolution, le communisme n'est que l'aboutissement. Il n'est pour reprendre nos lignes du début que l'enfant monstrueux d'un père déjà monstrueux, la forme la plus achevée de la Subversion. Sur les décombres de ia Société brisée par le libéralisme il rebatit selon le processus « Solve et Coagula» son ordre fou ou mieux encore son désordre établi, toujours changeant au gré des impulsions d'un parti dominateur qui, fondé sur la « désaliénation» ou la libération de l'individu devient une effroyable machine à broyer les hommes.
Et c'est ainsi que, faisant ce que Dieu lui-même ne peut pas faire, le parti refait le Passé. Par exemple, au fur et à mesure des éliminations internes les éditions de l'histoire officielle du PC de l'URSS grandissent les rôles de Trosky, Staline ou Kroutchev ou bien ies estompent ou alors font des héros de l'édition précédente des vipères lubriques, voire les effacent complètement de l'histoire; aucun dirigeant, ce qui est remarquable, n'ayant jusqu'ici échappé à ces incroyables manipulations.
L'individualisme libéral selon lequel l'individu doit être détaché de la famille, des corps intermédiaires, des ensembles réels, pour devenir l'unité de base de la société, voilà, eh oui, le fondement du communisme qui tire la pleine logique de cette idée.
Car, dans sa mythologie progressiste, il promet à l'individu la pleine, la totale réalisation de ses aspirations.
Il doit le libérer en effet de toute contrainte, de toute aliénation. Le paradis sur terre n'est-il pas son objectif?
Du Centre de Production humain au Crématoire, il doit assurer le meilleur des mondes, une vie toute programmée, sans danger, sans aléas. L'homme n'a plus à se fatiguer. Le parti a tout prévu. La satisfaction de tous ses besoins, de tous ses Instincts, tout est programmé, défini, réglé. Et le rêve de tous les individus fatigués de tous les pays décadents : être fonctionnaire, fonctionnarisé et fonctionnarisant, de la vie au berceau, est enfin réalisé.
Et voilà pourquoi, celui qui s'aviserait de de ne pas trouver cela merveilleux ne peut relever que du nécessaire et accueillant asile psychiatrique ou du Goulag rééducateur.
Le Communisme bien sûr est donc à combattre; mais le combattre en oubliant que c'est du libéralisme qu'il procède, que c'est le capitalisme qui l'a fait grandir et le nourrit, ne servirait à rien sinon à le conforter. Voilà pourquoi, en conclusion de nos réflexions sur la Révolution il nous paraît utile de conclure en citant le premier paragraphe de l'introduction à « La Vieillesse du Monde » le livre essentiel de Jean Madiran - (édition Martin Morin) que tous nos lecteurs, avec « le Marxisme Révolutionnaire » de Jean Ousset ont le devoir de lire et faire lire,
Le Communisme: La Vieillesse du monde
« Le communisme est la vieillesse du monde. Non pas seulement parce que son univers est triste et vieux. Mais parce qu'il pousse sur le terreau de notre tristesse et de notre vieillissement. Le communisme est la vieillesse du monde entier; la nôtre, Il est la sclérose et la retombée de notre histoire humaine; il est la vieillesse du monde contemporain, il est la vieillesse de l'humanité. Si l'avenir lui appartenait, ce serait la fin de l'histoire, dans l'échec, le néant, la mort. Ce que nous portions en nous de pire, depuis le début du monde moderne, ou depuis le début de l'humanité, il en est le collecteur, le rassembleur, l'organisateur. Il est la caricature formidable de nos injustices, de nos despotismes, de nos lâchetés; il les a, par un passage à la limite, synthétisées dans l'efficacité chimiquement pure de la tyrannie et de la destruction. Il ne nous est ni accidentel ni étranger. Il procède de nous. Il sort du monde chrétien. Il est le fruit ultime de l'apostasie des nations chrétiennes. Il est la dernière hérésie. Au-delà de l'intrinsèquement pervers enfin atteint, il n'y a plus rien »,
PRESENT : Septembre 1977
Dernière édition par Pat le 24/04/2008 - 16:55, édité 1 fois.
Montréal, 16 décembre 2007 •
MOT POUR MOT
Chapitre V tiré de La Mentalité anticapitaliste, publié en 1956. Traduction de Hervé de Quengo.
« ANTICOMMUNISME » CONTRE CAPITALISME
par Ludwig von Mises (1881-1973)
La stabilité et l'immobilité ne se trouvent jamais et nulle part dans l'univers. Le changement et la transformation sont des traits essentiels de la vie. Tout état de choses est transitoire; toute époque est époque de transition. Il n'y a jamais dans la vie humaine ni calme ni repos. La vie est un processus et non la persistance d'un statu quo. L'esprit humain s'est pourtant toujours laissé bercer par l'image d'une existence immuable. Le but avoué des mouvements utopiques est de mettre fin à l'histoire et d'établir un calme final et permanent.
Les raisons psychologiques de cette tendance sont évidentes. Tout changement modifie les conditions extérieures de la vie et du bien-être et oblige les gens à s'adapter de nouveau à la modification de leur environnement. Il nuit aux intérêts établis et menace les méthodes traditionnelles de production et de consommation. Il gêne tous ceux qui sont intellectuellement inertes et qui craignent de modifier leur mode de pensée. Le conservatisme est contraire à la nature même de l'action humaine, mais il a toujours été le programme chéri de nombreuses personnes, des individus apathiques qui résistent obstinément à toute tentative d'améliorer leur propre situation, tentative que la minorité de personnes entreprenantes met en marche. En utilisant le terme de réactionnaires on se réfère la plupart du temps uniquement aux aristocrates et aux prêtres qui désignent leurs partis comme conservateurs. Pourtant, les exemples les plus remarquables de l'esprit réactionnaire furent fournis par d'autres groupes: par les guildes des artisans qui bloquaient l'entrée de nouveaux venus dans leur domaine d'activité; par les fermiers qui demandaient des tarifs protecteurs, des subventions et la « parité des prix »; par les salariés hostiles aux améliorations techniques, encourageant la limitation du rendement et d'autres pratiques similaires.
La vaniteuse arrogance des gens de lettres et des artistes bohèmes rejette les activités des industriels, considérées comme des affaires lucratives non intellectuelles. La vérité est que les entrepreneurs et les promoteurs font preuve de plus grandes facultés intellectuelles et de plus d'intuition que l'écrivain et le peintre moyens. L'infériorité de nombreux intellectuels autoproclamés se manifeste précisément dans le fait qu'ils n'arrivent pas à saisir quelle capacité et quel pouvoir de raisonnement sont nécessaires pour conduire avec succès une entreprise commerciale.
L'émergence d'une classe nombreuse de ce genre d'intellectuels frivoles est l'un des phénomènes les moins bien venus de l'époque du capitalisme moderne. Leur agitation affichée rebute les personnes avisées. Ils représentent une nuisance. On ne ferait directement de tort à personne en faisant quelque chose pour mettre un frein à tout leur tintouin, voire mieux, pour éliminer totalement leurs cliques et leurs coteries.
Toutefois, la liberté est indivisible. Toute tentative de restreindre la liberté de ces littérateurs et pseudo-artistes pénibles et décadents donnerait aux autorités le pouvoir de déterminer ce qui est bien et ce qui est mal. Ce serait une socialisation des entreprises intellectuelles et artistiques. Il est peu probable que cela éliminerait les individus inutiles et critiquables, mais il est certain que cela mettrait des obstacles insurmontables sur la route du génie créateur. Les pouvoirs en place n'aiment pas les nouvelles idées, les nouvelles façons de penser et les nouveaux styles artistiques. Leur suprématie conduirait à une discipline stricte: elle apporterait stagnation et déclin.
La corruption morale, la licence et la stérilité intellectuelle d'une classe de soi-disant auteurs et artistes obscènes est le tribut que l'humanité doit payer si l'on ne veut pas empêcher les pionniers créateurs d'accomplir leur oeuvre. La liberté doit être accordée à tous, même aux individus abjects, afin de ne pas gêner le petit nombre qui peut en user au bénéfice de l'humanité. La licence dont ont pu jouir quelques personnages minables du quartier Latin(a) était l'une des conditions ayant rendu possible l'avènement de quelques grands écrivains, peintres et sculpteurs. La première chose dont un génie a besoin, c'est de respirer un air libre.
Après tout, ce ne sont pas les doctrines superficielles des bohèmes qui créent le désastre, mais le fait que le public soit prêt à les accueillir favorablement. Le véritable mal, c'est la réponse à ces pseudo-philosophies en provenance des faiseurs de l'opinion publique puis plus tard en provenance des masses abusées. Les gens désirent ardemment soutenir les principes qu'ils considèrent comme étant à la mode, de peur d'apparaître rustres et ringards.
L'idéologie la plus pernicieuse des soixante dernières années fut le syndicalisme de Georges Sorel et son enthousiasme pour l'action directe(b). Créée par un intellectuel français frustré, elle s'empara rapidement des gens de lettres de tous les pays d'Europe. Ce fut un facteur déterminant dans la radicalisation de tous les mouvements subversifs. Elle influença le royalisme, le militarisme et l'antisémitisme français. Elle joua un rôle important dans l'évolution du bolchevisme russe, du fascisme italien et du jeune mouvement allemand qui conduisit finalement au développement du nazisme. Elle transforma les partis politiques, qui cherchaient alors à remporter la victoire lors des campagnes électorales, en factions comptant sur l'organisation de bandes armées. Elle porta le discrédit sur le gouvernement représentatif et sur la « sécurité bourgeoise ». Elle prêcha l'évangile de la guerre civile et de la guerre contre l'étranger. Son slogan principal était: la violence et encore la violence. L'état actuel des affaires européennes est en grande partie le résultat de la prédominance des enseignements de Sorel.
« L'infériorité de nombreux intellectuels autoproclamés se manifeste précisément dans le fait qu'ils n'arrivent pas à saisir quelle capacité et quel pouvoir de raisonnement sont nécessaires pour conduire avec succès une entreprise commerciale. »
Les intellectuels furent les premiers à saluer les idées de Sorel: ils les rendirent populaires. Mais la teneur de son idéologie était évidemment anti-intellectuelle. Elle s'opposait au raisonnement froid et à la réflexion posée. Ce qui comptait pour Sorel, c'était uniquement l'action, à savoir l'acte de violence pour la violence. Battez-vous pour un mythe, quoi qu'il puisse vouloir dire, tel était son conseil. « Quand on se place sur ce terrain des mythes, on est à l'abri de toute réfutation. »(1) Quelle merveilleuse philosophie que de détruire pour détruire. Ne parlez pas, ne raisonnez pas, tuez! Sorel rejetait « l'effort intellectuel », même celui des champions littéraires de la révolution. Le but essentiel du mythe est de conduire « les hommes à se préparer à un combat pour détruire ce qui existe »(2).
Pourtant, la responsabilité de la diffusion de la pseudo-philosophie destructionniste ne vient pas de Sorel ni de ses disciples, Lénine, Mussolini et Rosenberg, ni encore de la cohorte de littérateurs et d'artistes irresponsables. La catastrophe est survenue parce que, depuis des décennies, presque personne n'a essayé d'examiner de manière critique, et d'éradiquer, le goût de la gâchette des desperados fanatiques. Même les auteurs qui s'abstenaient d'accepter sans réserve l'idée d'une violence imprudente essayaient de trouver une interprétation bienveillante aux pires excès des dictateurs. Les premières objections timides furent émises quand – très tardivement en réalité – les instigateurs intellectuels de ces politiques commencèrent à comprendre que même le soutien enthousiaste à l'idéologie totalitaire ne leur garantissait pas l'immunité contre la torture et l'exécution.
Il existe aujourd'hui un faux front anticommuniste. Ce que ces individus, qui s'appellent eux-mêmes « anticommunistes de gauche »(c) et que les gens sérieux appellent plus correctement « anti-anticommunistes », recherchent, c'est le communisme sans les caractéristiques nécessaires et intrinsèques du communisme qui sont encore difficiles à avaler pour les Américains. Ils font une distinction illusoire entre communisme et socialisme et – assez paradoxalement – cherchent un appui à leur proposition d'un socialisme non communiste dans un ouvrage que ses auteurs ont intitulé le Manifeste communiste. Ils pensent avoir démontré le bien-fondé de leur cas en employant des noms d'emprunt pour le socialisme, comme planification ou État-providence. Ils prétendent rejeter les aspirations révolutionnaires et dictatoriales des « Rouges » et font en même temps l'éloge, dans des livres et des revues, dans les écoles et les universités, de Karl Marx, le champion de la révolution communiste et de la dictature du prolétariat, en le saluant comme l'un des plus grands économistes, philosophes et sociologues et comme le bienfaiteur et le libérateur éminent de l'humanité. Ils veulent nous faire croire que le totalitarisme non totalitaire, sorte de carré triangulaire, serait le remède miracle à tous nos maux. À chaque fois qu'ils émettent la moindre réserve sur le communisme, ils s'empressent d'insulter le capitalisme avec des termes empruntés au vocabulaire des injures de Marx et de Lénine. Ils soulignent qu'ils exècrent le capitalisme bien plus fortement que le communisme et justifient tous les actes répugnants des communistes en parlant des « horreurs innommables » du capitalisme. Bref, ils prétendent lutter contre le communisme en essayant de convertir les gens aux idées du Manifeste communiste.
Ce que ces soi-disant « anticommunistes de gauche » combattent, ce n'est pas le communisme en tant que tel, mais un système communiste dans lequel ils ne seraient pas eux-mêmes au sommet. Ce qu'ils veulent, c'est un système socialiste, c'est-à-dire communiste, où eux-mêmes, ou leurs plus proches amis, tiendraient les rênes du gouvernement. Il serait peut-être exagéré de dire qu'ils brûlent d'un désir de liquider les autres. Ils ne veulent tout simplement pas être liquidés. Dans une communauté socialiste, seuls l'autocrate suprême et ses sbires en sont assurés.
Un mouvement « anti-quelque chose » ne fait preuve que d'une attitude négative. Il n'a strictement aucune chance de réussir. Ses diatribes enflammées font en fait la publicité du programme qu'il attaque. Les gens doivent se battre pour quelque chose qu'ils veulent faire réussir, et non pas simplement pour repousser un mal, aussi grand soit-il. Ils doivent, sans réserve, soutenir le programme de l'économie de marché.
Le communisme aurait aujourd'hui, après les désillusions apportées par les actions des soviétiques et le lamentable échec de toutes les expériences socialistes, peu de chance de succès dans l'Occident s'il n'y avait pas ce faux anticommunisme.
La seule chose qui puisse empêcher les nations civilisées de l'Europe de l'Ouest, de l'Amérique et de l'Australie d'être réduites en esclavage par la barbarie de Moscou, c'est un soutien ouvert et sans réserve du capitalisme de laissez-faire.
"LA VÉRITÉ EST COMME LE FEU:ELLE EST D'UNE ÉVIDENCE AVEUGLANTE"
"LA PERFECTION N"EST PAS DE FAIRE QUELQUE CHOSE DE GRAND OU DE BEAU, MAIS DE FAIRE CE QUE VOUS ÊTES EN TRAIN DE FAIRE AVEC GRANDEUR ET BEAUTÉ."
"LA PERFECTION N"EST PAS DE FAIRE QUELQUE CHOSE DE GRAND OU DE BEAU, MAIS DE FAIRE CE QUE VOUS ÊTES EN TRAIN DE FAIRE AVEC GRANDEUR ET BEAUTÉ."
Lénine
L'ouvrage d'Hélène Carrère d'Encausse est davantage une histoire de la révolution russe qu'une biographie de Lénine. Nous avons donc sélectionné dans le texte qui suit les aspects les plus en rapport avec la vie du dirigeant bolchevik, en privilégiant les années avant 1917.
Les études
Les études du futur Lénine sont brillantes. Au lycée, son proviseur bienveillant est le père de Kerenski, Fedor Kerenski. L'année 1886 est un tournant pour la famille avec la mort du père d'une hémorragie cérébrale. C'est également l'année de l'arrestation d'Alexandre Oulianov, le frère aîné. A l'origine de l'exécution d'Alexandre, on trouve des organisations terroristes dirigées contre le tsar Alexandre III. Les comploteurs sont arrêtés avant leur tentative. Alexandre est un des principaux accusés. Malgré les démarches de sa mère pour en appeler à la clémence des juges, la peine la plus sévère est retenue dans la mesure où le fils n'a jamais voulu renier ses engagements. On se sait exactement quelle influence a eue cette tragédie familiale sur l'état d'esprit du jeune Oulianov. Celui-ci poursuit ses études jusqu'à l'entrée à l'université de Kazan. Il en sera exclu pour activisme révolutionnaire. Il semble en réalité que Lénine ait surtout souffert de la réputation de son frère aîné.
Nadejda Kroupskaïa
Comme son futur amant, Nadejda revendique des origines nobles mais pauvres. Son père était officier de carrière ; il fut accusé de mener des activités subversives et rejeté de l'armée. Sa fille se consacra très vite aux enfants et aux adultes de familles ouvrières, activité louée dans la noblesse en cette époque d'industrialisation. Oulianov et Nadejda Kroupskaïa font connaissance durant cette période. Les deux existences seront définitivement mêlées à Munich où Kroupskaïa, accompagné de sa mère, rejoint Lénine. Le couple n'eut pas d'enfant à leur grand regret. Plus que chagrinés, ils proposèrent durant leur séjour polonais d'adopter un enfant des Zinoviev. Lénine eut une maîtresse en la personne d'Inessa Stephan-Wild, devenue Armand par mariage, née à Paris en 1874 d'une mère anglaise et d'un père français. Elle partit rejoindre une partie de sa famille en Russie et devint gouvernante dans une riche famille avant d'épouser le fils d'un grand commerçant russe. Elle se détacha de cette vie bourgeoise pour embrasser les idées révolutionnaires et rencontra Lénine à Paris en 1910. La liaison fut connue de Nadejda qui proposa de se retirer avant de se lier d'amitié pour Inessa. Lénine décida de rompre en 1913. Par la présence des femmes à ses côtés, Lénine a été débarrassé des contingences matérielles durant la plus grande partie de son existence. La mère de Nadejda resta au foyer jusqu'à sa mort en 1915. Ses relations avec son gendre étaient ambivalentes : du respect modéré par le fait que Lénine ne travaillait pas au sens traditionnel du terme.
Sibérie
C'est en faisant passer à l'étranger de petits pamphlets que Vladimir entre dans le collimateur des autorités. C'est la raison pour laquelle, il est relégué en Sibérie en février 1897. Son exil a été dans l'ensemble confortable. Lénine a mis à profit cette période pour lire. Trois ans plus tard, en 1900, Vladimir Ilitch Oulianov quitte la Sibérie. C'est à ce moment qu'il décide de se faire appeler Lénine, pseudonyme choisi par référence au fleuve Léna qui coule paresseusement dans la région où a vécu l'exilé. Lorsqu'il part à l'étranger (Allemagne, Suisse), Lénine ambitionne de rencontrer les grandes figures de la social-démocratie et d'agiter ses idées via des écrits. Le journal l'Iskra, imprimé à Munich puis à Londres, est un instrument de propagande pour les idées de Lénine.
Relations avec Trotski
Lénine rencontre Lev Davidovitch Bronstein avec son départ en Angleterre en 1902. Le futur dirigeant bolchevik a déjà choisi le pseudo de Trotski en référence à un gardien de prison d'Odessa, ville où il a passé deux ans. Au départ, les relations entre les deux hommes ne sont pas bonnes. Ainsi dans les combats idéologiques au sein de la social-démocratie russe, Trotski s'oppose à la raideur de Lénine taxé de "Robespierre en puissance". En 1912, au moment de la scission du parti social-démocrate, l'opposition entre les deux hommes est radicale : "Lénine accuse son adversaire d'osciller d'une tendance à l'autre et d'être politiquement inconséquent. Trotski souligne à l'envi que Lenine a fait du retard de la Russie son fond de commerce. L'alliance entre les deux hommes va devenir inévitable en 1917.
Staline
La première fois que Lénine et Staline se rencontrent, c'est en décembre 1905, lors d'une conférence bolchevique panrusse qui se réunit à Tammerfors en Finlande. Au sujet de la première impression que lui procure Lénine, Staline déclare alors : "J'espérais voir l'aigle des montagnes de notre parti, comme un grand homme non seulement politiquement, mais aussi physiquement... Quelle ne fut pas ma désillusion en voyant l'individu le plus ordinaire, au-dessous de la taille moyenne, ne se distinguant en rien des mortels ordinaires...". Dès 1912, Staline est en odeur de sainteté auprès de son leader. A la conférence de Prague où est élu un comité central, Staline est coopté et nommé membre du bureau russe. Lénine le charge de rédiger un texte sur les rapports entre nationalités. Lénine écrit à ce sujet à Gorki : "Nous avons ici un merveilleux Géorgien qui est en train d'écrire un long article "éclairant" la solution prolétarienne de la question nationale." Staline se servira plus tard de ces louanges.Durant les mois où il est écarté du pouvoir pour cause de maladie, Staline lui rend souvent visite et reçoit des instructions. Ensuite vient la rupture sur la question nationale où Staline est jugé trop brutal. Lénine se tourne alors vers Trotski. Staline essaye de maintenir Lénine à l'écart. Un incident éclate entre Kroupskaïa et Staline (1922). "Apprenant que Staline avait écrit à Trotski le 21 décembre, une courte lettre dictée à Kroupskaïa, Staline téléphona le lendemain à celle-ci pour lui reprocher d'enfreindre les ordres de la Faculté. Mais ce coup de téléphone fut proprement stalinien, autrement dit d'une brutalité et d'une insolence telles que Kroupskaïa s'en plaignit...".
Passage à vide
A deux reprises, en 1905, Lénine sombre dans des états dépressifs si impressionnants qu'il a fallu l'éloigner de toute activité politique en lui organisant de longues vacances. Dans une lettre de 1917 à sa sœur Maria, Lénine évoquait justement ses "nerfs irrémédiablement mauvais". On trouve en outre dans ses papiers mention de nombreuses consultations de neurologues. Peut-on établir un rapport entre ces fragilités et l'attaque cérébrale dont il a été victime à la fin de sa vie. A partir de 1908, déçu par l'échec de la révolution de 1905, Lénine commence une période d'errance : Genève puis Paris à la fin de 1908 et enfin Cracovie. Au début de la première guerre mondiale, Lénine retourne en Suisse. La vie matérielle du dirigeant à Paris ne fut pas - comme cela a été affirmé - misérable. Les domiciles parisiens de Lénine se situent rue Bonnier et rue Marie-Rose ; ils n'étaient ni minuscules, ni sordides. De surcroît, Kroupskaïa et sa mère libèrent Lénine des corvées. Lénine se rend à la bibliothèque nationale avec son vélo pour se ressourcer en entretenir ses polémiques avec son ami Bogdanov. Au moment de la première révolution russe, Lénine quitte Zurich le 27 mars 1917. "Le couple Lénine est accompagné de nombreux fidèles, au premier rang desquels figurent Inessa Armand, mais aussi Zinoviev avec sa famille, Radek, qui va découvrir la Russie pour la première fois..." Le départ est mouvementé entre des manifestants qui entonnent l'Internationale et d'autres qui se montrent hostiles.
Expropriations pour le parti bolchevik
Le système des "expropriations" permet au Parti de trouver des ressources. Il consiste à extorquer des fonds d'une manière pour le moins expéditive. Lénine est ainsi mêlé à une affaire d'héritage, celui du neveu d'un riche industriel rallié au Parti : Nikolaï Pavlovitch Schmidt. Il donnait de l'argent aux Bolcheviks avant la révolution et fut arrêté et exécuté par les autorités de la Russie impériale. Il eut cependant le temps de léguer sa fortune aux Bolcheviks. Pour éviter que le pactole ne leur échappe, le Parti fait pression et mène une politique matrimoniale auprès des sœurs.
Intransigeance jusqu'à la fin
Une fois le pouvoir conquis, Lénine se montre un dirigeant intransigeant avec toute opposition. La brutale dissolution de l'assemblée Constituante et l'instrumentalisation de la violence le démontrent.Lénine est cependant peu à peu écarté du pouvoir à la suite d'attaques successives dont la plus remarquable est celle de mai 1922. Un médecin diagnostique : "une grave perturbation du fonctionnement des réseaux sanguins dans le cerveau". A son retour fin 1922, Lénine est diminué. Le 16 décembre, une nouvelle attaque le laisse paralysé. En 1923, son état continue de se dégrader jusqu'à complète paralysie. Or Lénine poursuit son rôle de dirigeant et rédige son testament à un moment où son état mental est sans doute altéré. Lénine demande par exemple qu'une série d'opposants politiques soient ostracisés. Il se rend compte de la dérive bureaucratique de son pays mais ne propose par de réels remèdes. Il perçoit combien a été sous-estimée la fierté nationale de certains peuples. Et puis il y a le fameux testament qui est en réalité une "lettre au congrès" datée des 23 et 24 décembre où Lénine porte des jugements sur six grands dirigeants qu'il voit sans doute en position de lui succéder. Les critiques pleuvent sur Staline et il semble bien que Lénine lui préfère Trotski ce que confirme une note du 4 janvier 1923 qui dit : "Staline est trop grossier, et ce défaut, supportable dans nos rapports entre communistes, devient intolérable dans la fonction de secrétaire général". Lénine ne pourra empêcher de son vivant Staline de l'emporter sur Trotski.
D'après Hélène Carrère d'Encausse.
L'ouvrage d'Hélène Carrère d'Encausse est davantage une histoire de la révolution russe qu'une biographie de Lénine. Nous avons donc sélectionné dans le texte qui suit les aspects les plus en rapport avec la vie du dirigeant bolchevik, en privilégiant les années avant 1917.
Les études
Les études du futur Lénine sont brillantes. Au lycée, son proviseur bienveillant est le père de Kerenski, Fedor Kerenski. L'année 1886 est un tournant pour la famille avec la mort du père d'une hémorragie cérébrale. C'est également l'année de l'arrestation d'Alexandre Oulianov, le frère aîné. A l'origine de l'exécution d'Alexandre, on trouve des organisations terroristes dirigées contre le tsar Alexandre III. Les comploteurs sont arrêtés avant leur tentative. Alexandre est un des principaux accusés. Malgré les démarches de sa mère pour en appeler à la clémence des juges, la peine la plus sévère est retenue dans la mesure où le fils n'a jamais voulu renier ses engagements. On se sait exactement quelle influence a eue cette tragédie familiale sur l'état d'esprit du jeune Oulianov. Celui-ci poursuit ses études jusqu'à l'entrée à l'université de Kazan. Il en sera exclu pour activisme révolutionnaire. Il semble en réalité que Lénine ait surtout souffert de la réputation de son frère aîné.
Nadejda Kroupskaïa
Comme son futur amant, Nadejda revendique des origines nobles mais pauvres. Son père était officier de carrière ; il fut accusé de mener des activités subversives et rejeté de l'armée. Sa fille se consacra très vite aux enfants et aux adultes de familles ouvrières, activité louée dans la noblesse en cette époque d'industrialisation. Oulianov et Nadejda Kroupskaïa font connaissance durant cette période. Les deux existences seront définitivement mêlées à Munich où Kroupskaïa, accompagné de sa mère, rejoint Lénine. Le couple n'eut pas d'enfant à leur grand regret. Plus que chagrinés, ils proposèrent durant leur séjour polonais d'adopter un enfant des Zinoviev. Lénine eut une maîtresse en la personne d'Inessa Stephan-Wild, devenue Armand par mariage, née à Paris en 1874 d'une mère anglaise et d'un père français. Elle partit rejoindre une partie de sa famille en Russie et devint gouvernante dans une riche famille avant d'épouser le fils d'un grand commerçant russe. Elle se détacha de cette vie bourgeoise pour embrasser les idées révolutionnaires et rencontra Lénine à Paris en 1910. La liaison fut connue de Nadejda qui proposa de se retirer avant de se lier d'amitié pour Inessa. Lénine décida de rompre en 1913. Par la présence des femmes à ses côtés, Lénine a été débarrassé des contingences matérielles durant la plus grande partie de son existence. La mère de Nadejda resta au foyer jusqu'à sa mort en 1915. Ses relations avec son gendre étaient ambivalentes : du respect modéré par le fait que Lénine ne travaillait pas au sens traditionnel du terme.
Sibérie
C'est en faisant passer à l'étranger de petits pamphlets que Vladimir entre dans le collimateur des autorités. C'est la raison pour laquelle, il est relégué en Sibérie en février 1897. Son exil a été dans l'ensemble confortable. Lénine a mis à profit cette période pour lire. Trois ans plus tard, en 1900, Vladimir Ilitch Oulianov quitte la Sibérie. C'est à ce moment qu'il décide de se faire appeler Lénine, pseudonyme choisi par référence au fleuve Léna qui coule paresseusement dans la région où a vécu l'exilé. Lorsqu'il part à l'étranger (Allemagne, Suisse), Lénine ambitionne de rencontrer les grandes figures de la social-démocratie et d'agiter ses idées via des écrits. Le journal l'Iskra, imprimé à Munich puis à Londres, est un instrument de propagande pour les idées de Lénine.
Relations avec Trotski
Lénine rencontre Lev Davidovitch Bronstein avec son départ en Angleterre en 1902. Le futur dirigeant bolchevik a déjà choisi le pseudo de Trotski en référence à un gardien de prison d'Odessa, ville où il a passé deux ans. Au départ, les relations entre les deux hommes ne sont pas bonnes. Ainsi dans les combats idéologiques au sein de la social-démocratie russe, Trotski s'oppose à la raideur de Lénine taxé de "Robespierre en puissance". En 1912, au moment de la scission du parti social-démocrate, l'opposition entre les deux hommes est radicale : "Lénine accuse son adversaire d'osciller d'une tendance à l'autre et d'être politiquement inconséquent. Trotski souligne à l'envi que Lenine a fait du retard de la Russie son fond de commerce. L'alliance entre les deux hommes va devenir inévitable en 1917.
Staline
La première fois que Lénine et Staline se rencontrent, c'est en décembre 1905, lors d'une conférence bolchevique panrusse qui se réunit à Tammerfors en Finlande. Au sujet de la première impression que lui procure Lénine, Staline déclare alors : "J'espérais voir l'aigle des montagnes de notre parti, comme un grand homme non seulement politiquement, mais aussi physiquement... Quelle ne fut pas ma désillusion en voyant l'individu le plus ordinaire, au-dessous de la taille moyenne, ne se distinguant en rien des mortels ordinaires...". Dès 1912, Staline est en odeur de sainteté auprès de son leader. A la conférence de Prague où est élu un comité central, Staline est coopté et nommé membre du bureau russe. Lénine le charge de rédiger un texte sur les rapports entre nationalités. Lénine écrit à ce sujet à Gorki : "Nous avons ici un merveilleux Géorgien qui est en train d'écrire un long article "éclairant" la solution prolétarienne de la question nationale." Staline se servira plus tard de ces louanges.Durant les mois où il est écarté du pouvoir pour cause de maladie, Staline lui rend souvent visite et reçoit des instructions. Ensuite vient la rupture sur la question nationale où Staline est jugé trop brutal. Lénine se tourne alors vers Trotski. Staline essaye de maintenir Lénine à l'écart. Un incident éclate entre Kroupskaïa et Staline (1922). "Apprenant que Staline avait écrit à Trotski le 21 décembre, une courte lettre dictée à Kroupskaïa, Staline téléphona le lendemain à celle-ci pour lui reprocher d'enfreindre les ordres de la Faculté. Mais ce coup de téléphone fut proprement stalinien, autrement dit d'une brutalité et d'une insolence telles que Kroupskaïa s'en plaignit...".
Passage à vide
A deux reprises, en 1905, Lénine sombre dans des états dépressifs si impressionnants qu'il a fallu l'éloigner de toute activité politique en lui organisant de longues vacances. Dans une lettre de 1917 à sa sœur Maria, Lénine évoquait justement ses "nerfs irrémédiablement mauvais". On trouve en outre dans ses papiers mention de nombreuses consultations de neurologues. Peut-on établir un rapport entre ces fragilités et l'attaque cérébrale dont il a été victime à la fin de sa vie. A partir de 1908, déçu par l'échec de la révolution de 1905, Lénine commence une période d'errance : Genève puis Paris à la fin de 1908 et enfin Cracovie. Au début de la première guerre mondiale, Lénine retourne en Suisse. La vie matérielle du dirigeant à Paris ne fut pas - comme cela a été affirmé - misérable. Les domiciles parisiens de Lénine se situent rue Bonnier et rue Marie-Rose ; ils n'étaient ni minuscules, ni sordides. De surcroît, Kroupskaïa et sa mère libèrent Lénine des corvées. Lénine se rend à la bibliothèque nationale avec son vélo pour se ressourcer en entretenir ses polémiques avec son ami Bogdanov. Au moment de la première révolution russe, Lénine quitte Zurich le 27 mars 1917. "Le couple Lénine est accompagné de nombreux fidèles, au premier rang desquels figurent Inessa Armand, mais aussi Zinoviev avec sa famille, Radek, qui va découvrir la Russie pour la première fois..." Le départ est mouvementé entre des manifestants qui entonnent l'Internationale et d'autres qui se montrent hostiles.
Expropriations pour le parti bolchevik
Le système des "expropriations" permet au Parti de trouver des ressources. Il consiste à extorquer des fonds d'une manière pour le moins expéditive. Lénine est ainsi mêlé à une affaire d'héritage, celui du neveu d'un riche industriel rallié au Parti : Nikolaï Pavlovitch Schmidt. Il donnait de l'argent aux Bolcheviks avant la révolution et fut arrêté et exécuté par les autorités de la Russie impériale. Il eut cependant le temps de léguer sa fortune aux Bolcheviks. Pour éviter que le pactole ne leur échappe, le Parti fait pression et mène une politique matrimoniale auprès des sœurs.
Intransigeance jusqu'à la fin
Une fois le pouvoir conquis, Lénine se montre un dirigeant intransigeant avec toute opposition. La brutale dissolution de l'assemblée Constituante et l'instrumentalisation de la violence le démontrent.Lénine est cependant peu à peu écarté du pouvoir à la suite d'attaques successives dont la plus remarquable est celle de mai 1922. Un médecin diagnostique : "une grave perturbation du fonctionnement des réseaux sanguins dans le cerveau". A son retour fin 1922, Lénine est diminué. Le 16 décembre, une nouvelle attaque le laisse paralysé. En 1923, son état continue de se dégrader jusqu'à complète paralysie. Or Lénine poursuit son rôle de dirigeant et rédige son testament à un moment où son état mental est sans doute altéré. Lénine demande par exemple qu'une série d'opposants politiques soient ostracisés. Il se rend compte de la dérive bureaucratique de son pays mais ne propose par de réels remèdes. Il perçoit combien a été sous-estimée la fierté nationale de certains peuples. Et puis il y a le fameux testament qui est en réalité une "lettre au congrès" datée des 23 et 24 décembre où Lénine porte des jugements sur six grands dirigeants qu'il voit sans doute en position de lui succéder. Les critiques pleuvent sur Staline et il semble bien que Lénine lui préfère Trotski ce que confirme une note du 4 janvier 1923 qui dit : "Staline est trop grossier, et ce défaut, supportable dans nos rapports entre communistes, devient intolérable dans la fonction de secrétaire général". Lénine ne pourra empêcher de son vivant Staline de l'emporter sur Trotski.
D'après Hélène Carrère d'Encausse.
"Les racines de l'apostasie moderne réside dans l'athéisme scientifique, le matérialisme dialectique, rationalisme, illuminisme, la laïcité et la franc-maçonnerie, qui est la mère de tous." - Pape Pie XII -
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Ce topic est réservé au communisme, mon intention n'est pas de faire de comparaison, d'opposition ou d'adéquation mais d'apporter le plus de témoignages et de documentation sur cette aberration.Pianoforte a écrit :C'est mot pour mot ce que nous promet le mondialisme, la Vème internationale.Pat a écrit :Le communisme est la vieillesse du monde entier; la nôtre, Il est la sclérose et la retombée de notre histoire humaine; il est la vieillesse du monde contemporain, il est la vieillesse de l'humanité. Si l'avenir lui appartenait, ce serait la fin de l'histoire, dans l'échec, le néant, la mort.
Dernière édition par Pat le 24/04/2008 - 22:13, édité 2 fois.
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VERS L' "HOMME TOTAL"
L'aliénation économique.
Ce que nous voulons, c'est supprimer ce triste mode d'appropriation qui fait que l'ouvrier ne vit que pour accroître le capital, et seulement dans la mesure. où l'exigent les intérêts de la classe régnante.
Dans la société bourgeoise, le travail vivant n'est qu'un moyen d'accroître le travail accumulé. Dans la société communiste, le travail accumulé n'est qu'un moyen d'élargir, d'enrichir et d'embellir l'existence des travailleurs.
Dans la société bourgeoise, le passé domine le présent; dans la société communiste, c'est le présent qui domine le passé. Dans la société bourgeoise, le capital est indépendant et personnel, tandis que l'individu qui travaille est dépendant et privé de personnalité.
(Manifeste Communiste, 2)
.. Aussi longtemps que les hommes se trouvent dans la société naturelle, aussi longtemps par conséquent que l'intérêt particulier et l'intérêt général divergent, aussi longtemps que la répartition des tâches est naturelle, non volontaire, la tâche propre de l'hàmme devient pour lui une force étrangère et hostile qui l'asservit au lieu d'être dominée par lui. Notamment, aussitôt que la division du travail commence, chacun a un champ d'activité imposé, champ défini, exclusif, d'où il ne peut sortir
... au lieu que dans la société communiste, chacun n'a pas un champ d'activité exclusif, mais peut se développer dans toutes les branches qui lui plaisent, la société règle la production générale, permettant à chacun de faire un jour une chose, un jour une autre ...
(L'Idéologie Allemande)
Dans les lignes suivantes, Marx définit plus clairement encore le mécanisme de l'aliénation :
... Cette fixation de l'activité sociale, cette solidification de notre production propre en une force extérieure, qui est au-dessus de nous, qui échappe à notre contrôle, déjoue notre attente, anéantit nos calculs, a été jusqu'à présent un des facteurs principaux de l'évolution historique ...
... La puissance sociale, c'est-à-dire la force productive multipliée qui naît de l'action commune des divers individus et que conditionne la division du travail, apparaît à ces individus - dans la mesure où l'action collective elle-même est naturelle, non réglée par la volonté - non comme leur puissance propre, à leur disposition, mais comme une force étrangère, extérieure, dont ils ne connaissent ni l'origine ni la direction, qu'ils ne peuvent donc plus dominer, qui est au contraire une force propre, indépendante du pouvoir et du développement humains ...
(L' Idéologie Allemande)
L'aliénation universelle.
Vint enfin le temps où tout ce que les hommes avaient regardé comme inaliénable devint objet d'échange, de commerce et put être aliéné. C'est le temps où les choses même qui jusqu'alors étaient communiquées, mais n'étaient jamais échangées; données, mais jamais vendues; acquises, mais jamais achetées,....,.. vertu, amour, opinion, science, conscience, etc ... - où tout enfin passa dans le commerce, c'est le temps de la corruption générale, de la vénalité universelle, ou, pour parler en termes d'économie politique, le temps où toute chose, morale ou physique, étant devenue valeur vénale, est portée au marché pour être appréciée à sa juste valeur.
(Misère de la philosophie)
Marx formule là la critique la plus grave, la plus juste et la plus redoutable contre la société moderne, celle d'avoir substitué aux rapports humains, dans la vie sociale, des rapports économiques. Le prolétaire est déshumanisé, retranché de la vie sociale réelle, ses rapports avec la société sont réduits, ou peu s'en faut, au seul rapport économique de la vente et de l'achat du travail, de l'échange du travail contre le salaire. Ainsi il devient lui-même un outil, une chose. Mais, pis encore, la part d' humanité qu'il aliène, qui lui est ôtée, cesse elle aussi d'être humaine, elle n'accroît, en rien les possibilités humaines de la classe privilégiée; elle se pétrifie en produits en argent, en puissance sur les choses. pour les capitalistes non plus, il n' y a plus de rapports humains, mais seulement des rapports avec la marchandise et le profit. En un certain sens, les capitalistes, tout comme les prolétaires, deviennent les esclaves du capital, puisqu'ils sont les esclaves de l'accroissement du capital, du profit. Presque toute la substance humaine est aliénée dans le capital, dans les choses, et, dans la société moderne, ce sont ainsi les choses qui règnent sur les hommes, qui deviennent les objets d'une vénération générale, qui deviennent fétiches:
... Pour trouver une analogie, nous devons voler vers les nuées du monde religieux, Là, les produits de la tête humaine semblent doués d'une vie propre, semblent des formes autonomes en relation entre elles et avec les hommes. De même dans le monde des marchandises, les produits de la main humaine. j'appelle cela le Fétichisme, qui s'attache aux produits du travail, dès qu'ils sont produits comme marchandises ...
(Le Capital, 1)
... L'économie politique, malgré son air laïque et matériel, est en réalité une science morale, la plus morale des sciences. Son dogme principal, c'est le renoncement, i abandon de la vie et de tous les besoins humains. Moins tu manges, tu bois, achètes des livres, plus rarement tu vas au théâtre, au bal, au café, moins tu penses, aimes, fais dès théories, chantes, dessines, pêches, plus tu économises, plus devient importante cette fortune que tu possèdes, et que ne peuvent dévorer ni la m'ite, ni 'la rouille, ton capital. Moins tu existes, moins tu manifestes ta vie, plus tu as, plus devient grande ta vie renoncée, plus tu amasses de ton essence aliénée. Toute cette part de vie que t'enlève l'économiste politique, il te la remplace par l'argent et la richesse, et tout ce que tu ne peux pas, ton argent le peut, il peut manger, boire, aller au bal, au théâtre, il peut faire des voyages, il peut t'acquérir l'art, l' érudition, les raretés historiques, le pouvoir politique, en un mot, il peut tout acheter, il est une véritable puissance.
(Notes. Cité par H. Lefebvre, Karl Marx, Morceaux choisis, N. R. F.)
A peine est-il besoin de faire remarquer que cette aliénation de la vie réelle, ce sacrifice du bonheur individuel à l'argent, que le marxisme critique si justement dans la société capitaliste, il les rétablit sous des formes plus sévères encore, une fois la Révolution faite, au profit des nécessités de la construction socialiste.
Le Marxisme met fin à l'aliénation de l'homme.
Le communisme comme abolition positive de la propriété privée considérée comme la séparation de l'homme de lui-même, donc le communisme comme appropriation réelle de l'essence humaine par l'homme et pour l'homme, donc commé retour de l'homme à lui-même en tant qu'homme social, c'est-à-dire homme humain, - retour complet, conscient et avec toute la richesse du développement antérieur - le communisme, étant un naturalisme achevé, coïncide avec· l'humanisme; il est la véritable fin de la querelle entre l'homme et la nature et. entre l'homme et l'homme, il est la véritable fin de la querelle entre l'existence et l'essence, entre l'objectivation et l'affirmation de soi, entre la liberté et la nécessité, entre l'individu et l'espèce. Il résout le mystère de l'histoire et il sait qu'il le résout.
(Notes. Cité par H. Lefebvre, Karl Marx, Morceaux choisis, N. R. F.)
C' est la même prétention extraordinairement ambitieuse à refaire l'unité humaine perdue en abolissant par la praxis l'antagonisme entre la conscience et l'univers objectif, par la communauté des biens sociaux et la disparition de la contrainte sociale le désaccord entre l'individu et la collectivité, et en restituant à l'homme concret toutes les parts de lui-même qui lui ont été arrachées et érigées au-dessus de lui sous la forme d'instruments de puissance aux mains de ses maîtres et de fantômes religieux ou philosophiques, - Dieu, idéal, vie future - pour substituer des rapports humains entre hommes complets aux rapports abstraits et mécanisés de la société fondée sur l'exploitation et la spoliation capitalistes, - le travailleur réduit au rôle d'outil, le travail réduit au rôle de marchandise, les rapports humains remplacés par des rapports avec les choses, c' est cette prétention gigantesque qui a été exprimée dans la formule célèbre: «Le communisme réalise la philosophie» (il établit solidement sur la terre ce que la philosophie n' atteint que fictivement, dans les zones aliénées de l' homme, dans l'espérance d'une compensation au delà de la mort; dans le refuge de la conscience pure, dans la contemplation, dans l'abstrait, dans l' « essence » ). Mais, parce que le marxisme méconnaît le caractère véritable, non pas contingent, attaché à un mode particulier de production, mais essentiel, spécifique de l'homme même, de l'antagonisme entre la réalité subjective et l'univers, entre la conscience et les choses, entre la personnalité et le collectif, le marxisme ne résout le problème de l'aliénation, il ne refait l'unité humaine qu'au profit de la réalité la plus puissante, la réalité sociale objective, la collectivité humaine vouée à la production matérielle des moyens d'existence, et, loin de restituer à la personnalité humaine les parties d'elle-même dont elle a été privée, il achève de la perdre dans une entité collective où il la dissout et la détruit.
LA PENSÉE MARXISTE
L'aliénation économique.
Ce que nous voulons, c'est supprimer ce triste mode d'appropriation qui fait que l'ouvrier ne vit que pour accroître le capital, et seulement dans la mesure. où l'exigent les intérêts de la classe régnante.
Dans la société bourgeoise, le travail vivant n'est qu'un moyen d'accroître le travail accumulé. Dans la société communiste, le travail accumulé n'est qu'un moyen d'élargir, d'enrichir et d'embellir l'existence des travailleurs.
Dans la société bourgeoise, le passé domine le présent; dans la société communiste, c'est le présent qui domine le passé. Dans la société bourgeoise, le capital est indépendant et personnel, tandis que l'individu qui travaille est dépendant et privé de personnalité.
(Manifeste Communiste, 2)
.. Aussi longtemps que les hommes se trouvent dans la société naturelle, aussi longtemps par conséquent que l'intérêt particulier et l'intérêt général divergent, aussi longtemps que la répartition des tâches est naturelle, non volontaire, la tâche propre de l'hàmme devient pour lui une force étrangère et hostile qui l'asservit au lieu d'être dominée par lui. Notamment, aussitôt que la division du travail commence, chacun a un champ d'activité imposé, champ défini, exclusif, d'où il ne peut sortir
... au lieu que dans la société communiste, chacun n'a pas un champ d'activité exclusif, mais peut se développer dans toutes les branches qui lui plaisent, la société règle la production générale, permettant à chacun de faire un jour une chose, un jour une autre ...
(L'Idéologie Allemande)
Dans les lignes suivantes, Marx définit plus clairement encore le mécanisme de l'aliénation :
... Cette fixation de l'activité sociale, cette solidification de notre production propre en une force extérieure, qui est au-dessus de nous, qui échappe à notre contrôle, déjoue notre attente, anéantit nos calculs, a été jusqu'à présent un des facteurs principaux de l'évolution historique ...
... La puissance sociale, c'est-à-dire la force productive multipliée qui naît de l'action commune des divers individus et que conditionne la division du travail, apparaît à ces individus - dans la mesure où l'action collective elle-même est naturelle, non réglée par la volonté - non comme leur puissance propre, à leur disposition, mais comme une force étrangère, extérieure, dont ils ne connaissent ni l'origine ni la direction, qu'ils ne peuvent donc plus dominer, qui est au contraire une force propre, indépendante du pouvoir et du développement humains ...
(L' Idéologie Allemande)
L'aliénation universelle.
Vint enfin le temps où tout ce que les hommes avaient regardé comme inaliénable devint objet d'échange, de commerce et put être aliéné. C'est le temps où les choses même qui jusqu'alors étaient communiquées, mais n'étaient jamais échangées; données, mais jamais vendues; acquises, mais jamais achetées,....,.. vertu, amour, opinion, science, conscience, etc ... - où tout enfin passa dans le commerce, c'est le temps de la corruption générale, de la vénalité universelle, ou, pour parler en termes d'économie politique, le temps où toute chose, morale ou physique, étant devenue valeur vénale, est portée au marché pour être appréciée à sa juste valeur.
(Misère de la philosophie)
Marx formule là la critique la plus grave, la plus juste et la plus redoutable contre la société moderne, celle d'avoir substitué aux rapports humains, dans la vie sociale, des rapports économiques. Le prolétaire est déshumanisé, retranché de la vie sociale réelle, ses rapports avec la société sont réduits, ou peu s'en faut, au seul rapport économique de la vente et de l'achat du travail, de l'échange du travail contre le salaire. Ainsi il devient lui-même un outil, une chose. Mais, pis encore, la part d' humanité qu'il aliène, qui lui est ôtée, cesse elle aussi d'être humaine, elle n'accroît, en rien les possibilités humaines de la classe privilégiée; elle se pétrifie en produits en argent, en puissance sur les choses. pour les capitalistes non plus, il n' y a plus de rapports humains, mais seulement des rapports avec la marchandise et le profit. En un certain sens, les capitalistes, tout comme les prolétaires, deviennent les esclaves du capital, puisqu'ils sont les esclaves de l'accroissement du capital, du profit. Presque toute la substance humaine est aliénée dans le capital, dans les choses, et, dans la société moderne, ce sont ainsi les choses qui règnent sur les hommes, qui deviennent les objets d'une vénération générale, qui deviennent fétiches:
... Pour trouver une analogie, nous devons voler vers les nuées du monde religieux, Là, les produits de la tête humaine semblent doués d'une vie propre, semblent des formes autonomes en relation entre elles et avec les hommes. De même dans le monde des marchandises, les produits de la main humaine. j'appelle cela le Fétichisme, qui s'attache aux produits du travail, dès qu'ils sont produits comme marchandises ...
(Le Capital, 1)
... L'économie politique, malgré son air laïque et matériel, est en réalité une science morale, la plus morale des sciences. Son dogme principal, c'est le renoncement, i abandon de la vie et de tous les besoins humains. Moins tu manges, tu bois, achètes des livres, plus rarement tu vas au théâtre, au bal, au café, moins tu penses, aimes, fais dès théories, chantes, dessines, pêches, plus tu économises, plus devient importante cette fortune que tu possèdes, et que ne peuvent dévorer ni la m'ite, ni 'la rouille, ton capital. Moins tu existes, moins tu manifestes ta vie, plus tu as, plus devient grande ta vie renoncée, plus tu amasses de ton essence aliénée. Toute cette part de vie que t'enlève l'économiste politique, il te la remplace par l'argent et la richesse, et tout ce que tu ne peux pas, ton argent le peut, il peut manger, boire, aller au bal, au théâtre, il peut faire des voyages, il peut t'acquérir l'art, l' érudition, les raretés historiques, le pouvoir politique, en un mot, il peut tout acheter, il est une véritable puissance.
(Notes. Cité par H. Lefebvre, Karl Marx, Morceaux choisis, N. R. F.)
A peine est-il besoin de faire remarquer que cette aliénation de la vie réelle, ce sacrifice du bonheur individuel à l'argent, que le marxisme critique si justement dans la société capitaliste, il les rétablit sous des formes plus sévères encore, une fois la Révolution faite, au profit des nécessités de la construction socialiste.
Le Marxisme met fin à l'aliénation de l'homme.
Le communisme comme abolition positive de la propriété privée considérée comme la séparation de l'homme de lui-même, donc le communisme comme appropriation réelle de l'essence humaine par l'homme et pour l'homme, donc commé retour de l'homme à lui-même en tant qu'homme social, c'est-à-dire homme humain, - retour complet, conscient et avec toute la richesse du développement antérieur - le communisme, étant un naturalisme achevé, coïncide avec· l'humanisme; il est la véritable fin de la querelle entre l'homme et la nature et. entre l'homme et l'homme, il est la véritable fin de la querelle entre l'existence et l'essence, entre l'objectivation et l'affirmation de soi, entre la liberté et la nécessité, entre l'individu et l'espèce. Il résout le mystère de l'histoire et il sait qu'il le résout.
(Notes. Cité par H. Lefebvre, Karl Marx, Morceaux choisis, N. R. F.)
C' est la même prétention extraordinairement ambitieuse à refaire l'unité humaine perdue en abolissant par la praxis l'antagonisme entre la conscience et l'univers objectif, par la communauté des biens sociaux et la disparition de la contrainte sociale le désaccord entre l'individu et la collectivité, et en restituant à l'homme concret toutes les parts de lui-même qui lui ont été arrachées et érigées au-dessus de lui sous la forme d'instruments de puissance aux mains de ses maîtres et de fantômes religieux ou philosophiques, - Dieu, idéal, vie future - pour substituer des rapports humains entre hommes complets aux rapports abstraits et mécanisés de la société fondée sur l'exploitation et la spoliation capitalistes, - le travailleur réduit au rôle d'outil, le travail réduit au rôle de marchandise, les rapports humains remplacés par des rapports avec les choses, c' est cette prétention gigantesque qui a été exprimée dans la formule célèbre: «Le communisme réalise la philosophie» (il établit solidement sur la terre ce que la philosophie n' atteint que fictivement, dans les zones aliénées de l' homme, dans l'espérance d'une compensation au delà de la mort; dans le refuge de la conscience pure, dans la contemplation, dans l'abstrait, dans l' « essence » ). Mais, parce que le marxisme méconnaît le caractère véritable, non pas contingent, attaché à un mode particulier de production, mais essentiel, spécifique de l'homme même, de l'antagonisme entre la réalité subjective et l'univers, entre la conscience et les choses, entre la personnalité et le collectif, le marxisme ne résout le problème de l'aliénation, il ne refait l'unité humaine qu'au profit de la réalité la plus puissante, la réalité sociale objective, la collectivité humaine vouée à la production matérielle des moyens d'existence, et, loin de restituer à la personnalité humaine les parties d'elle-même dont elle a été privée, il achève de la perdre dans une entité collective où il la dissout et la détruit.
LA PENSÉE MARXISTE
Dernière édition par Pat le 24/04/2008 - 16:57, édité 1 fois.
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CONTRE LES DÉVIATIONS DE DROITE ET DE GAUCHE DU COMMUNISME
Le communisme est, aux yeux de Lénine, menacé par deux dangers internes: la déviation de droite, ou opportuniste, la déviation de gauche, ou anarchisante. Le communisme marxiste consiste dans une union indissoluble, dans une synthèse souple et vivante de la doctrine et de la méthode, des buts à atteindre, qui restent immuables, et de la tactique la mieux appropriée et la plus efficace pour les atteindre, qui consiste dans une adaptation incessante de l'action à des circonstances momentanées, continuellement variables. La ligne de l'orthodoxie marxiste ne sera donc pas dans une application schématique et aveugle de principes d'action fixés une fois pour toutes indépendamment des circonstances, elle ne sera pas davantage dans un asservissement de l'action avec objectifs momentanés et à la recherche des succès pratiques immédiats. Elle doit concilier la fidélité absolue, implacable, de l'action à son but final, révolution, dictature du prolétariat, destruction de l'État et de la société capitaliste, établissement d'une société sans classes, etc., avec l'action la plus souple, la plus soucieuse des circonstances, la plus libérée des thèses a priori et des scrupules. Le "communisme de gauche", ou «radicalisme », refusant toute étape tactique dans la réalisation de l'objectif final révolutionnaire, aboutit en fin de compte à réaliser l'isolement du prolétariat dans la société capitaliste et à lancer le prolétariat dans une action violente prématurée; en même temps qu'il accroît ainsi la force de résistance du capitalisme en coalisant contre lui, c'est-à-dire aux côtés du capitalisme, toutes les forces intermédiaires de la société (classes moyennes, etc ... ), qu'il effraie par son intraitable violence, il affaiblit de l'intérieur le mouvement révolutionnaire en prétendant appliquer à l'intérieur de ce mouvement, des principes qui ne seront valables qu'au dernier stade de l'évolution prévue par Marx, dans la société communiste réalisée. Il cherche ainsi à réaliser dans l'immédiat la société communiste, au lieu de réaliser (selon des principes tout différents) dans la société capitaliste l'arme de combat destinée à l'abattre.
A cette grave erreur de méthode répond, à l'aile droite du communisme, l'erreur opportuniste. Comme le « radicalisme » néglige les stades préparatoires, les étapes tactiques, les compromis utiles et les solutions variables de cas d'espèce, nécessaires dans la phase prérévolutionnaire, la phase révolutionnaire et la phase postrévolutionnaire qui précèdent l'avènement de la société communiste, l'opportunisme se laisse paralyser et égarer dans la complexité des tâches préparatoires il finit par considérer les compromis, les alliances, les conquêtes ouvrières de détail, les réformes sociales arrachées au capitalisme, non comme des moyens de faciliter la révolution violente et totale et d'en rapprocher l' heure, mais comme des moyens de s'en dispenser; il finit par admettre la possibilité d'une conquête progressive et pacifique de la société et de l' État bourgeois par le prolétariat, _ comme si cette société et cet État, formes d'une domination de classe, ne devaient pas être détruits avec elle _ il finit par sombrer dans le réformisme.
Le communisme de gauche et l'opportunisme restent donc théoriquement, littéralement fidèles à l'enseignement marxiste, ils en laissent en réalité échapper l'esprit, la substance dialectique, elle-même ; le communisme de gauche ne retient de la révolution que la substitution brutale et instantanée d'un ordre nouveau à un ordre ancien, en négligeant totalement le complexe processus historique dans lequel, antérieurement et postérieurement à la révolution violente (prise du pouvoir par le prolétariat) l'ordre ancien doit dépérir, l'ordre nouveau mûrir avec la lenteur, la complexité, les arrêts, les reculs provisoires d'une croissance organique. L'opportunisme finit par croire possible le passage de l' ordre ancien à l'ordre nouveau par une sorte de mouvement continu, il introduit les forces révolutionnaires dans l' ordre capitaliste pour les y fondre et les y perdre, au lieu de les y insérer comme ta charge explosive destinée à le faire voler en éclats, et il perd de vue le moment essentiel de la dialectique révolutionnaire, celui de la mutation violente elle-même. Le premier, en isolant le prolétariat des autres formes de la société et la révolution prolétarienne de son processus historique, le second, en faisant abandonner au prolétariat sa mission proprement révolutionnaire, font également le jeu de la bourgeoisie. C'est avec une lucidité qu'on peut dire hardiment géniale, que Lénine maintient la ligne propre du marxisme et combat simultanément les déviations de droite et de gauche du communisme, opposant la vraie rigidité du but final implacablement poursuivi à la fausse rigidité du formalisme théorique, et la vraie souplesse de la tactique révolutionnaire à la fausse souplesse des compromis politiques et du réformisme. La leçon qu'il donne alors n'est pas seulement une leçon de fidélité au véritable enseignement marxiste, mais une leçon de réalisme grandiose et de haute pensée politique, dont les chefs révolutionnaires et les chefs politiques de toutes les tendances peuvent faire leur profit.
Contre le Communisme de gauche. Contre l' " initiative révolutionnaire des masses ".
Une fraction du parti communiste allemand (Schrœderlung) avait en 1919 et 1920 dénoncé, comme les causes principales de la défaite du prolétariat allemand en 1919 la division de la classe ouvrière en partis, et l'action légale parlementaire - la première considérée comme un legs de la société bourgeoise parlementaire, la seconde considérée comme débilitante pour l'action révolutionnaire. Cette fraction extrémiste «de gauche» demandait que l'initiative révolutionnaire fût rendue aux «masses» libérées du parlement des «chefs politiques », et des syndicats, luttant dans les usines, par l' action violente, pour la réalisation immédiate de la dictature du prolétariat. Lénine répond :
Nier la nécessité du Parti et la discipline du Parti, voilà le résultat auquel est arrivée l'opposition. Or, cela équivaut à désarmer totalement le prolétariat au profit de la bourgeoisie. Cela équivaut exactement à faire triompher les défauts de la petite bourgeoisie, l'émiettement, l'instabilité, l'inaptitude à la maîtrise de soi, à l'union des efforts, à l'action organisée, défauts qui entraîneront inévitablement la ruine de tout mouvement révolutionnaire du prolétariat, si elles sont tant soit peu encouragées. Nier, du point de vue du communisme, la nécessité du Parti, c'est faire un saut depuis le moment où le capitalisme n'est qu'à la veille de sa faillite (en Allemagne), non pas seulement jusqu'à la phase inférieure ou moyenne, mais bien jusqu'à la phase suprême du communisme. Nous en sommes encore, en Russie, trois ans après le renversement de la bourgeoisie, à faire nos premiers pas du capitalisme vers le socialisme, ou vers le stade inférieur du communisme. Les classes subsistent, et elles subsisteront partout pendant des années après la prise du pouvoir par le prolétariat.
Nous voici loin de l'optimisme d'Engels.
Peut-être ce délai sera-t-il moindre en Angleterre où il n'y a pas de paysans (mais où les petits patrons ne manquent pas). Anéantir les classes, ce n'est pas seulement chasser les propriétaires fonciers et les capitalistes, ce qui nous a été relativement facile, c'est aussi anéantir les petits producteurs de marchandises, et il est impossible de les chasser, il est impossible de les écraser; il faut faire bon ménage avec eux. On peut seulement (et on doit) les transformer, les rééduquer, par un travail d'organisation très long, très lent et très prudent. Ils entourent le prolétariat de tous côtés d'une atmosphère petite-bourgeoise, ils l' en pénètrent, ils l' en corrompent, ils provoquent constamment dans le sein du prolétariat des récidives des tendances petites-bourgeoises: manque de caractère, émiettement, individualisme, passages de l'enthousiasme au désespoir. Le parti politique du prolétariat doit avoir une centralisation et une discipline rigoureuses pour s'opposer à ces tendances, pour permettre au prolétariat d'exercer régulièrement, heureusement et victorieusement sa fonction organisatrice (qui est d'ailleurs sa fonction principale). La dictature du prolétariat est une lutte acharnée, sanglante et non sanglante, violente, et pacifique, militaire et économique, pédagogique et administrative contre les forces et les traditions du vieux monde. La force de l'habitude chez des millions et des dizaines de millions d'hommes, c'est la force la plus redoutable. Sans un parti, un parti de fer et aguerri dans la lutte, sans un parti fort de la confiance de tous les éléments honnêtes de la classe prolétarienne, sans un parti habile à se modeler sur l'état d'esprit des masses pour l'influencer, il est impossible de soutenir une telle lutte victorieusement. Il est mille fois plus facile de triompher de la grande bourgeoisie centralisée que de «vaincre» des millions et des millions de petits patrons dont l'activité corruptrice de tous les jours, invisible, insaisissable, réalise les résultats mêmes qui sont nécessaires à la bourgeoisie, qui restaurent la bourgeoisie. Relâcher si peu que ce soit la discipline de fer du parti du prolétariat (et tout particulièrement au moment où il exerce sa dictature), c' est faire en réalité le jeu de la bourgeoisie contre le prolétariat.
(La maladie infantile du communisme; V)
Le communisme est, aux yeux de Lénine, menacé par deux dangers internes: la déviation de droite, ou opportuniste, la déviation de gauche, ou anarchisante. Le communisme marxiste consiste dans une union indissoluble, dans une synthèse souple et vivante de la doctrine et de la méthode, des buts à atteindre, qui restent immuables, et de la tactique la mieux appropriée et la plus efficace pour les atteindre, qui consiste dans une adaptation incessante de l'action à des circonstances momentanées, continuellement variables. La ligne de l'orthodoxie marxiste ne sera donc pas dans une application schématique et aveugle de principes d'action fixés une fois pour toutes indépendamment des circonstances, elle ne sera pas davantage dans un asservissement de l'action avec objectifs momentanés et à la recherche des succès pratiques immédiats. Elle doit concilier la fidélité absolue, implacable, de l'action à son but final, révolution, dictature du prolétariat, destruction de l'État et de la société capitaliste, établissement d'une société sans classes, etc., avec l'action la plus souple, la plus soucieuse des circonstances, la plus libérée des thèses a priori et des scrupules. Le "communisme de gauche", ou «radicalisme », refusant toute étape tactique dans la réalisation de l'objectif final révolutionnaire, aboutit en fin de compte à réaliser l'isolement du prolétariat dans la société capitaliste et à lancer le prolétariat dans une action violente prématurée; en même temps qu'il accroît ainsi la force de résistance du capitalisme en coalisant contre lui, c'est-à-dire aux côtés du capitalisme, toutes les forces intermédiaires de la société (classes moyennes, etc ... ), qu'il effraie par son intraitable violence, il affaiblit de l'intérieur le mouvement révolutionnaire en prétendant appliquer à l'intérieur de ce mouvement, des principes qui ne seront valables qu'au dernier stade de l'évolution prévue par Marx, dans la société communiste réalisée. Il cherche ainsi à réaliser dans l'immédiat la société communiste, au lieu de réaliser (selon des principes tout différents) dans la société capitaliste l'arme de combat destinée à l'abattre.
A cette grave erreur de méthode répond, à l'aile droite du communisme, l'erreur opportuniste. Comme le « radicalisme » néglige les stades préparatoires, les étapes tactiques, les compromis utiles et les solutions variables de cas d'espèce, nécessaires dans la phase prérévolutionnaire, la phase révolutionnaire et la phase postrévolutionnaire qui précèdent l'avènement de la société communiste, l'opportunisme se laisse paralyser et égarer dans la complexité des tâches préparatoires il finit par considérer les compromis, les alliances, les conquêtes ouvrières de détail, les réformes sociales arrachées au capitalisme, non comme des moyens de faciliter la révolution violente et totale et d'en rapprocher l' heure, mais comme des moyens de s'en dispenser; il finit par admettre la possibilité d'une conquête progressive et pacifique de la société et de l' État bourgeois par le prolétariat, _ comme si cette société et cet État, formes d'une domination de classe, ne devaient pas être détruits avec elle _ il finit par sombrer dans le réformisme.
Le communisme de gauche et l'opportunisme restent donc théoriquement, littéralement fidèles à l'enseignement marxiste, ils en laissent en réalité échapper l'esprit, la substance dialectique, elle-même ; le communisme de gauche ne retient de la révolution que la substitution brutale et instantanée d'un ordre nouveau à un ordre ancien, en négligeant totalement le complexe processus historique dans lequel, antérieurement et postérieurement à la révolution violente (prise du pouvoir par le prolétariat) l'ordre ancien doit dépérir, l'ordre nouveau mûrir avec la lenteur, la complexité, les arrêts, les reculs provisoires d'une croissance organique. L'opportunisme finit par croire possible le passage de l' ordre ancien à l'ordre nouveau par une sorte de mouvement continu, il introduit les forces révolutionnaires dans l' ordre capitaliste pour les y fondre et les y perdre, au lieu de les y insérer comme ta charge explosive destinée à le faire voler en éclats, et il perd de vue le moment essentiel de la dialectique révolutionnaire, celui de la mutation violente elle-même. Le premier, en isolant le prolétariat des autres formes de la société et la révolution prolétarienne de son processus historique, le second, en faisant abandonner au prolétariat sa mission proprement révolutionnaire, font également le jeu de la bourgeoisie. C'est avec une lucidité qu'on peut dire hardiment géniale, que Lénine maintient la ligne propre du marxisme et combat simultanément les déviations de droite et de gauche du communisme, opposant la vraie rigidité du but final implacablement poursuivi à la fausse rigidité du formalisme théorique, et la vraie souplesse de la tactique révolutionnaire à la fausse souplesse des compromis politiques et du réformisme. La leçon qu'il donne alors n'est pas seulement une leçon de fidélité au véritable enseignement marxiste, mais une leçon de réalisme grandiose et de haute pensée politique, dont les chefs révolutionnaires et les chefs politiques de toutes les tendances peuvent faire leur profit.
Contre le Communisme de gauche. Contre l' " initiative révolutionnaire des masses ".
Une fraction du parti communiste allemand (Schrœderlung) avait en 1919 et 1920 dénoncé, comme les causes principales de la défaite du prolétariat allemand en 1919 la division de la classe ouvrière en partis, et l'action légale parlementaire - la première considérée comme un legs de la société bourgeoise parlementaire, la seconde considérée comme débilitante pour l'action révolutionnaire. Cette fraction extrémiste «de gauche» demandait que l'initiative révolutionnaire fût rendue aux «masses» libérées du parlement des «chefs politiques », et des syndicats, luttant dans les usines, par l' action violente, pour la réalisation immédiate de la dictature du prolétariat. Lénine répond :
Nier la nécessité du Parti et la discipline du Parti, voilà le résultat auquel est arrivée l'opposition. Or, cela équivaut à désarmer totalement le prolétariat au profit de la bourgeoisie. Cela équivaut exactement à faire triompher les défauts de la petite bourgeoisie, l'émiettement, l'instabilité, l'inaptitude à la maîtrise de soi, à l'union des efforts, à l'action organisée, défauts qui entraîneront inévitablement la ruine de tout mouvement révolutionnaire du prolétariat, si elles sont tant soit peu encouragées. Nier, du point de vue du communisme, la nécessité du Parti, c'est faire un saut depuis le moment où le capitalisme n'est qu'à la veille de sa faillite (en Allemagne), non pas seulement jusqu'à la phase inférieure ou moyenne, mais bien jusqu'à la phase suprême du communisme. Nous en sommes encore, en Russie, trois ans après le renversement de la bourgeoisie, à faire nos premiers pas du capitalisme vers le socialisme, ou vers le stade inférieur du communisme. Les classes subsistent, et elles subsisteront partout pendant des années après la prise du pouvoir par le prolétariat.
Nous voici loin de l'optimisme d'Engels.
Peut-être ce délai sera-t-il moindre en Angleterre où il n'y a pas de paysans (mais où les petits patrons ne manquent pas). Anéantir les classes, ce n'est pas seulement chasser les propriétaires fonciers et les capitalistes, ce qui nous a été relativement facile, c'est aussi anéantir les petits producteurs de marchandises, et il est impossible de les chasser, il est impossible de les écraser; il faut faire bon ménage avec eux. On peut seulement (et on doit) les transformer, les rééduquer, par un travail d'organisation très long, très lent et très prudent. Ils entourent le prolétariat de tous côtés d'une atmosphère petite-bourgeoise, ils l' en pénètrent, ils l' en corrompent, ils provoquent constamment dans le sein du prolétariat des récidives des tendances petites-bourgeoises: manque de caractère, émiettement, individualisme, passages de l'enthousiasme au désespoir. Le parti politique du prolétariat doit avoir une centralisation et une discipline rigoureuses pour s'opposer à ces tendances, pour permettre au prolétariat d'exercer régulièrement, heureusement et victorieusement sa fonction organisatrice (qui est d'ailleurs sa fonction principale). La dictature du prolétariat est une lutte acharnée, sanglante et non sanglante, violente, et pacifique, militaire et économique, pédagogique et administrative contre les forces et les traditions du vieux monde. La force de l'habitude chez des millions et des dizaines de millions d'hommes, c'est la force la plus redoutable. Sans un parti, un parti de fer et aguerri dans la lutte, sans un parti fort de la confiance de tous les éléments honnêtes de la classe prolétarienne, sans un parti habile à se modeler sur l'état d'esprit des masses pour l'influencer, il est impossible de soutenir une telle lutte victorieusement. Il est mille fois plus facile de triompher de la grande bourgeoisie centralisée que de «vaincre» des millions et des millions de petits patrons dont l'activité corruptrice de tous les jours, invisible, insaisissable, réalise les résultats mêmes qui sont nécessaires à la bourgeoisie, qui restaurent la bourgeoisie. Relâcher si peu que ce soit la discipline de fer du parti du prolétariat (et tout particulièrement au moment où il exerce sa dictature), c' est faire en réalité le jeu de la bourgeoisie contre le prolétariat.
(La maladie infantile du communisme; V)
Dernière édition par Pat le 24/04/2008 - 16:59, édité 1 fois.
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Les communistes doivent militer dans les syndicats réactionnaires.
De la même manière, Lénine démontre ensuite que les communistes doivent militer dans les «syndicats réactionnaires ».
Le capitalisme lègue inévitablement au socialisme d'une part les vieilles distinctions professionnelles et corporatives, édifiées par les siècles, entre les ouvriers, et de l'autre des syndicats qui, sans doute, ne peuvent se développer que très lentement, durant de longues années, et qui peuvent se développer et se développeront en des syndicats d'industrie plus larges et moins corporatifs (englobant des industries entières et non seulement des corporations, des corps de métiers et des professions). Par l'intermédiaire de ces syndicats d'industrie s'accomplira plus tard la suppression de la division du travail entre les hommes. On passera à l'éducation, à l'instruction et à la formation d'hommes universellement préparés et développés, d'hommes sachant tout faire. Le communisme va, doit aller dans ce sens et arrivera à cette fin, mais en de longues années. Tenter aujourd'hui d'anticiper pratiquement sur ce résultat futur du communisme parvenu au terme de son complet développement, de son plein affermissement organique, de son épanouissement intégral et de sa maturité, équivaut à enseigner les mathématiques supérieures à un enfant de quatre ans.
Nous pouvons (et nous devons) entreprendre l'édification du socialisme non pas en partant de l'imaginaire, non pas avec du matériel humain que nous aurions spécialement formé à cet effet, mais avec tout ce qui nous a été laissé en héritage par le capitalisme. Chose incontestablement très « difficile », mais toute autre façon d'aborder la tâche est si peu sérieuse qu'elle ne mérite même pas d'être discutée.
Les syndicats ont marqué un formidable progrès de la classe ouvrière au début du développement du capitalisme, en tant que passage des ouvriers. divisés et impuissants aux premiers groupements embryonnaires de classe. Lorsque la forme supérieure du groupement de classe des prolétaires, le parti révolutionnaire du prolétariat (qui ne méritera pas ce nom aussi longtemps qu'il ne saura pas lier les leaders, la classe et les masses en un tout indissoluble) a commencé à se développer, les syndicats ont manifesté inévitablement un certain caractère réactionnaire, une certaine étroitesse corporative, une certaine tendance à une attitude apolitique, une certaine inertie, etc. Mais le développement du prolétariat ne s'est effectué, et ne pouvait s'effectuer dans aucun pays du monde, autrement que par les syndicats et par Ieur action concertée avec le parti de la classe ouvrière, La conquête du pouvoir politique est un formidable progrès du prolétariat considéré comme classe, et sitôt qu'elle est un fait accompli le Parti se trouve d'autant plus obligé, et par les anciennes méthodes, et par de nouvelles, de s'attacher à l'éducation des syndicats, de les diriger, sans oublier, en même temps, qu'ils restent et resteront longtemps l'indispensable. «école du communisme», l'école préparatoire des prolétaires pour la réalisation de leur dictature, l'association indispensable des ouvriers pour le passage progressif de toute l'économie du pays d'abord aux mains de la classe ouvrière (et non de professions isolées), puis de tous les travailleurs.
Un certain « réactionnarisme » des syndicats se manifeste inévitablement dans le sens indiqué sous la dictature du prolétariat. Ne pas le comprendre, c'est faire preuve d'une totale incompréhension des conditions fondamentales de la transition du capitalisme au communisme. Redouter cet «esprit réactionnaire », s'efforcer de l'éluder, de passer outre, est une sottise immense, car c'est trouver trop lourd ce rôle de l'avant-garde du prolétariat qui consiste à éduquer, éclairer, instruire, appeler à une vie nouvelle les couches et les masses les plus retardataires de la classe ouvrière et des paysans. D'autre part, retarder la réalisation de la dictature du prolétariat jusqu'au moment où il ne subsisterait plus un seul ouvrier imbu des préjugés de métier et de trade-unions, serait une erreur encore plus profonde. L'art du politique (et la compréhension par le communiste de ses devoirs) consiste précisément à apprécier avec exactitude les conditions et le moment où l'avant~garde du prolétariat pourra s'emparer victorieusement du pouvoir, où elle pourra à cette fin, et ceci fait, être suffisamment appuyée par les couches profondes de la classe ouvrière et des masses laborieuses non prolétariennes, où elle saura après coup soutenir, renforcer, élargir sa domination, en éduquant, en instruisant, en attirant à elle des masses laborieuses toujours plus larges.
Les communistes ne doivent pas mépriser l'action parlementaire.
(La maladie infantile du communisme, VII)
Montrant ensuite que les communistes ne doivent pas négliger, plus que l'action syndicale, l'action parlementaire dans le cadre des institutions bourgeoises, Lénine a l'occasion de faire une distinction extrêmement importante et féconde entre le temps historique et le temps politique. L'ère des Parlements, en tant qu'ère historique (l'ère où le système parlementaire avait sa fécondité et son sens, où il se trouvait en accord avec un stade donné de l'évolution historique), cette ère est terminée, mais les Parlements existent encore en fait, et il faut les utiliser :
Les communistes« de gauche» d'Allemagne répondent - avec le plus grand mépris et la plus grande légèreté - à cette question par la négative leurs arguments ? Dans la citation faite plus haut nous avons vu : « Repousser de la façon la plus catégorique ... tout retour aux méthodes de lutte parlementaires qui, historiquement et politiquement, ont fait leur temps ... »
C'est dit sur un ton prétentieux jusqu'au ridicule et c'est d'une fausseté criante. «Retour» au parlementarisme ? Peut-être bien qu'une République des Soviets existe déjà en Allemagne? Il semble pourtant qu'il n'en soit rien. Mais comment alors peut-on parler de « retour» au parlementarisme? N'est-ce pas là une phrase creuse ?
Le parlementarisme a «fait son temps historiquement ». C'est vrai au point de vue de la propagande. Mais nul n'ignore qu'il y a loin de cette constatation à la réalisation pratique. On pouvait déjà, depuis. des dizaines d'années, dire à bon droit que le capitalisme « avait fait son temps », mais nous sommes néanmoins obligés de mener une lutte très longue et acharnée sur le terrain du capitalisme. Le parlementarisme a «fait son temps» au point de vue de l'histoire universelle, en d'autres termes, l'époque du parlementarisme bourgeois est terminée et l'époque de la dictature du prolétariat s' est ouverte. C'est indéniable. Mais à l'échelle universelle, c'est par dizaine d'années que l'on compte. Dix ou vingt ans de plus ne comptent pas du point de vue de l'histoire universelle. Ce sont quantités négligeables qu'il est impossible de faire entrer en ligne de compte même par approximation. Mais c'est justement pourquoi il est de la plus criante fausseté d'invoquer en théorie, dans une question de politique pratique, l'échelle de l'histoire universelle.
L'ère politique du parlementarisme n' est pas close : il est évident qu'en Allemagne le parlementarisme n'a pas encore fait son temps politiquement. Il est évident que les «gauches» d'Allemagne ont pris leur désir, leur position idéologique et politique pour une réalité objective. C'est là pour des révolutionnaires la plus dangereuses des erreurs. En Russie, où le joug doublement sauvage et cruel du tsarisme a engendré, pendant une période particulièrement prolongée et sous des formes particulièrement variées, des révolutionnaires de toute nuance, des révolutionnaires étonnants de dévouement, - enthousiasme, d'héroïsme, de force, de volonté, en Russie nous avons pu observer de près, étudier avec une attention toute spéciale cette erreur dans laquelle tombent les révolutionnaires. Nous la connaissons particulièrement bien et c'est pourquoi elle nous est extrêmement sensible chez les autres. Evidemment, pour les communistes d'Allemagne, le parlementarisme «a fait son temps politiquement» : mais il s'agit précisément de ne pas croire que ce qui a fait son temps pour nous, a fait son temps pour toute une classe, pour la masse, nous voyons ici une fois de plus que les «gauches» ne savent pas raisonner, ne savent pas se conduire en parti de classe, en parti de masses. C'est votre devoir de ne pas vous mettre au niveau des masses, au niveau des éléments retardataires d'une classe. C'est indiscutable. Vous devez leur dire l'amère vérité. Vous devez leur dire que leurs préjugés de démocratie bourgeoise et de parlementarisme sont des préjugés. Mais vous devez aussi surveiller de sang-froid l'état réel de conscience et de préparation de la classe tout entière (et pas seulement de son avant-garde communiste), de la masse laborieuse tout entière, et pas seulement de ses individus avancés.
Si même ce n'était pas des « millions » et des « légions» de travailleurs, mais une simple minorité assez importante d'ouvriers industriels qui suivait les prêtres catholiques, et d'ouvriers agricoles qui suivaient les propriétaires et les gros paysans (Grossbauern), il s'ensuivrait déjà sans le moindre doute que le parlementarisme en Allemagne n' a pas encore fait son temps politiquement, que la participation aux élections et aux luttes de la tribune parlementaire est obligatoire pour le parti du prolétariat révolutionnaire précisément afin d'éduquer les éléments retardataires de sa classe, précisément afin d'éveiller et d'éclairer la masse villageoise ignorante, opprimée et arriérée. Tant que vous n'avez pas la force de dissoudre le Parlement bourgeois ou toute autre institution réactionnaire, vous êtes tenus de travailler dans ces institutions précisément parce qu'il s'y trouve encore des ouvriers bernés par le clergé et par l'atmosphère villageoise. Autrement vous risquez de n'être que des bavards.
De la même manière, Lénine démontre ensuite que les communistes doivent militer dans les «syndicats réactionnaires ».
Le capitalisme lègue inévitablement au socialisme d'une part les vieilles distinctions professionnelles et corporatives, édifiées par les siècles, entre les ouvriers, et de l'autre des syndicats qui, sans doute, ne peuvent se développer que très lentement, durant de longues années, et qui peuvent se développer et se développeront en des syndicats d'industrie plus larges et moins corporatifs (englobant des industries entières et non seulement des corporations, des corps de métiers et des professions). Par l'intermédiaire de ces syndicats d'industrie s'accomplira plus tard la suppression de la division du travail entre les hommes. On passera à l'éducation, à l'instruction et à la formation d'hommes universellement préparés et développés, d'hommes sachant tout faire. Le communisme va, doit aller dans ce sens et arrivera à cette fin, mais en de longues années. Tenter aujourd'hui d'anticiper pratiquement sur ce résultat futur du communisme parvenu au terme de son complet développement, de son plein affermissement organique, de son épanouissement intégral et de sa maturité, équivaut à enseigner les mathématiques supérieures à un enfant de quatre ans.
Nous pouvons (et nous devons) entreprendre l'édification du socialisme non pas en partant de l'imaginaire, non pas avec du matériel humain que nous aurions spécialement formé à cet effet, mais avec tout ce qui nous a été laissé en héritage par le capitalisme. Chose incontestablement très « difficile », mais toute autre façon d'aborder la tâche est si peu sérieuse qu'elle ne mérite même pas d'être discutée.
Les syndicats ont marqué un formidable progrès de la classe ouvrière au début du développement du capitalisme, en tant que passage des ouvriers. divisés et impuissants aux premiers groupements embryonnaires de classe. Lorsque la forme supérieure du groupement de classe des prolétaires, le parti révolutionnaire du prolétariat (qui ne méritera pas ce nom aussi longtemps qu'il ne saura pas lier les leaders, la classe et les masses en un tout indissoluble) a commencé à se développer, les syndicats ont manifesté inévitablement un certain caractère réactionnaire, une certaine étroitesse corporative, une certaine tendance à une attitude apolitique, une certaine inertie, etc. Mais le développement du prolétariat ne s'est effectué, et ne pouvait s'effectuer dans aucun pays du monde, autrement que par les syndicats et par Ieur action concertée avec le parti de la classe ouvrière, La conquête du pouvoir politique est un formidable progrès du prolétariat considéré comme classe, et sitôt qu'elle est un fait accompli le Parti se trouve d'autant plus obligé, et par les anciennes méthodes, et par de nouvelles, de s'attacher à l'éducation des syndicats, de les diriger, sans oublier, en même temps, qu'ils restent et resteront longtemps l'indispensable. «école du communisme», l'école préparatoire des prolétaires pour la réalisation de leur dictature, l'association indispensable des ouvriers pour le passage progressif de toute l'économie du pays d'abord aux mains de la classe ouvrière (et non de professions isolées), puis de tous les travailleurs.
Un certain « réactionnarisme » des syndicats se manifeste inévitablement dans le sens indiqué sous la dictature du prolétariat. Ne pas le comprendre, c'est faire preuve d'une totale incompréhension des conditions fondamentales de la transition du capitalisme au communisme. Redouter cet «esprit réactionnaire », s'efforcer de l'éluder, de passer outre, est une sottise immense, car c'est trouver trop lourd ce rôle de l'avant-garde du prolétariat qui consiste à éduquer, éclairer, instruire, appeler à une vie nouvelle les couches et les masses les plus retardataires de la classe ouvrière et des paysans. D'autre part, retarder la réalisation de la dictature du prolétariat jusqu'au moment où il ne subsisterait plus un seul ouvrier imbu des préjugés de métier et de trade-unions, serait une erreur encore plus profonde. L'art du politique (et la compréhension par le communiste de ses devoirs) consiste précisément à apprécier avec exactitude les conditions et le moment où l'avant~garde du prolétariat pourra s'emparer victorieusement du pouvoir, où elle pourra à cette fin, et ceci fait, être suffisamment appuyée par les couches profondes de la classe ouvrière et des masses laborieuses non prolétariennes, où elle saura après coup soutenir, renforcer, élargir sa domination, en éduquant, en instruisant, en attirant à elle des masses laborieuses toujours plus larges.
Les communistes ne doivent pas mépriser l'action parlementaire.
(La maladie infantile du communisme, VII)
Montrant ensuite que les communistes ne doivent pas négliger, plus que l'action syndicale, l'action parlementaire dans le cadre des institutions bourgeoises, Lénine a l'occasion de faire une distinction extrêmement importante et féconde entre le temps historique et le temps politique. L'ère des Parlements, en tant qu'ère historique (l'ère où le système parlementaire avait sa fécondité et son sens, où il se trouvait en accord avec un stade donné de l'évolution historique), cette ère est terminée, mais les Parlements existent encore en fait, et il faut les utiliser :
Les communistes« de gauche» d'Allemagne répondent - avec le plus grand mépris et la plus grande légèreté - à cette question par la négative leurs arguments ? Dans la citation faite plus haut nous avons vu : « Repousser de la façon la plus catégorique ... tout retour aux méthodes de lutte parlementaires qui, historiquement et politiquement, ont fait leur temps ... »
C'est dit sur un ton prétentieux jusqu'au ridicule et c'est d'une fausseté criante. «Retour» au parlementarisme ? Peut-être bien qu'une République des Soviets existe déjà en Allemagne? Il semble pourtant qu'il n'en soit rien. Mais comment alors peut-on parler de « retour» au parlementarisme? N'est-ce pas là une phrase creuse ?
Le parlementarisme a «fait son temps historiquement ». C'est vrai au point de vue de la propagande. Mais nul n'ignore qu'il y a loin de cette constatation à la réalisation pratique. On pouvait déjà, depuis. des dizaines d'années, dire à bon droit que le capitalisme « avait fait son temps », mais nous sommes néanmoins obligés de mener une lutte très longue et acharnée sur le terrain du capitalisme. Le parlementarisme a «fait son temps» au point de vue de l'histoire universelle, en d'autres termes, l'époque du parlementarisme bourgeois est terminée et l'époque de la dictature du prolétariat s' est ouverte. C'est indéniable. Mais à l'échelle universelle, c'est par dizaine d'années que l'on compte. Dix ou vingt ans de plus ne comptent pas du point de vue de l'histoire universelle. Ce sont quantités négligeables qu'il est impossible de faire entrer en ligne de compte même par approximation. Mais c'est justement pourquoi il est de la plus criante fausseté d'invoquer en théorie, dans une question de politique pratique, l'échelle de l'histoire universelle.
L'ère politique du parlementarisme n' est pas close : il est évident qu'en Allemagne le parlementarisme n'a pas encore fait son temps politiquement. Il est évident que les «gauches» d'Allemagne ont pris leur désir, leur position idéologique et politique pour une réalité objective. C'est là pour des révolutionnaires la plus dangereuses des erreurs. En Russie, où le joug doublement sauvage et cruel du tsarisme a engendré, pendant une période particulièrement prolongée et sous des formes particulièrement variées, des révolutionnaires de toute nuance, des révolutionnaires étonnants de dévouement, - enthousiasme, d'héroïsme, de force, de volonté, en Russie nous avons pu observer de près, étudier avec une attention toute spéciale cette erreur dans laquelle tombent les révolutionnaires. Nous la connaissons particulièrement bien et c'est pourquoi elle nous est extrêmement sensible chez les autres. Evidemment, pour les communistes d'Allemagne, le parlementarisme «a fait son temps politiquement» : mais il s'agit précisément de ne pas croire que ce qui a fait son temps pour nous, a fait son temps pour toute une classe, pour la masse, nous voyons ici une fois de plus que les «gauches» ne savent pas raisonner, ne savent pas se conduire en parti de classe, en parti de masses. C'est votre devoir de ne pas vous mettre au niveau des masses, au niveau des éléments retardataires d'une classe. C'est indiscutable. Vous devez leur dire l'amère vérité. Vous devez leur dire que leurs préjugés de démocratie bourgeoise et de parlementarisme sont des préjugés. Mais vous devez aussi surveiller de sang-froid l'état réel de conscience et de préparation de la classe tout entière (et pas seulement de son avant-garde communiste), de la masse laborieuse tout entière, et pas seulement de ses individus avancés.
Si même ce n'était pas des « millions » et des « légions» de travailleurs, mais une simple minorité assez importante d'ouvriers industriels qui suivait les prêtres catholiques, et d'ouvriers agricoles qui suivaient les propriétaires et les gros paysans (Grossbauern), il s'ensuivrait déjà sans le moindre doute que le parlementarisme en Allemagne n' a pas encore fait son temps politiquement, que la participation aux élections et aux luttes de la tribune parlementaire est obligatoire pour le parti du prolétariat révolutionnaire précisément afin d'éduquer les éléments retardataires de sa classe, précisément afin d'éveiller et d'éclairer la masse villageoise ignorante, opprimée et arriérée. Tant que vous n'avez pas la force de dissoudre le Parlement bourgeois ou toute autre institution réactionnaire, vous êtes tenus de travailler dans ces institutions précisément parce qu'il s'y trouve encore des ouvriers bernés par le clergé et par l'atmosphère villageoise. Autrement vous risquez de n'être que des bavards.
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Lénine complète cette remarquable leçon de psychologie politique et d'action révolutionnaire en invoquant l'exemple de ceux qui ont réussi : les communistes russes:
N'avions-nous pas, bolchéviks russes, en septembre_ novembre 1917, plus que n'importe quels autres communistes d'Occident le droit d'estimer que le parlementarisme avait politiquement fait son temps chez nous? Nous l'avions certainement, car il ne s'agit pas de savoir si les Parlements bourgeois existent depuis plus ou moins longtemps, mais si les larges masses laborieuses sont prêtes (idéologiquement, politiquement, pratiquement) à adopter le régime soviétique et à dissoudre le Parlement démocratique bourgeois (ou à permettre qu'on le dissolve). Que la classe ouvrière des villes, les soldats, les paysans de Russie aient été, en septembre-novembre 1917, pour diverses raisons particulières, admirablement préparés à l'adoption du régime soviétique et à la dissolution du plus démocratique des Parlements bourgeois, c'est là un fait historique tout à fait indéniable et parfaitement établi. Les bolcheviks n'ont pourtant pas boycotté l'Assemblée constituante; ils ont, au contraire, participé aux élections avant et après la conquête du pouvoir politique par le prolétariat. La conclusion qui découle de tout cela est absolument indiscutable ; il est prouvé que même quelques semaines avant la victoire de la République soviétique, et même après cette victoire, la participation à un Parlement de démocratie bourgeoise, loin de nuire à un prolétariat révolutionnaire, lui fournit le moyen de prouver aux masses retardataires les raisons pour lesquelles ces Parlements méritent d'être dissous, facilite la réussite de leur dissolution, facilite «l'élimination politique» du parlementarisme bourgeois.
«Le moyen le plus sûr de discréditer une nouvelle idée politique - et non pas seulement une idée politique, ajoute justement Lénine, est de la pousser à l'absurde.» Et - comme s'il voulait lutter en même temps, dans sa conclusion, contre la déviation opposée à celle du communisme de gauche, la tendance socialiste parlementaire - il unit dans sa conclusion les considérations les plus sévères sur le rôle des parlements bourgeois à une nouvelle affirmation de la nécessité d'utiliser ces parlements, dans une brillante critique de la «politique sentimentale » :
En Europe occidentale et en Amérique le Parlement s'est rendu particulièrement odieux à l'avant-garde révolutionnaire ouvrière. C'est indiscutable, C'est bien compréhensible, car il est difficile de se représenter chose plus vile, plus basse, plus perfide que la conduite de l'immense majorité des députés socialistes et social-démocrates au Parlement pendant et après la guerre. Mais il ne serait pas seulement déraisonnable, il serait franchement criminel de se laisser aller à ce sentiment en se demandant comment doit être combattu un mal universellement reconnu. Dans beaucoup de pays d'Occident, le sentiment révolutionnaire est maintenant, on peut le dire, une « nouveauté », une « rareté », attendue trop longtemps en vain, avec trop d'impatience, et peut-être est-ce pour cela que l'on cède si facilement au sentiment ... Certes, faute de sentiment révolutionnaire chez les masses, faute des conditions favorables à l'essor de ce sentiment, la tactique révolutionnaire ne se transformera pas en acte; mais une longue, dure et sanglante expérience nous a convaincus en Russie de cette vérité qu'il n'est pas permis de fonder une tactique révolutionnaire par le seul sentiment révolutionnaire. La tactique doit être tracée de sang-froid, avec une objectivité rigoureuse, en tenant compte de toutes les forces des diverses classes de l'Etat en question (des Etats qui l'entourent et de tous les Etats à l'échelle mondiale). ainsi que de l'expérience des mouvements révolutionnaires. Ne manifester son « révolutionnarisme» que par des injures à l'adresse de l'opportunisme parlementaire, que par l'antiparlementarisme, est très facile, mais, précisément parce que c'est trop facile, ne résout pas un problème ardu et même très ardu. Il est infiniment plus malaisé qu'en Russie de créer dans les Parlements occidentaux une fraction parlementaire authentiquement révolutionnaire. Certes, mais ce n'est là qu'un aspect particulier de cette vérité générale qu'il fut facile dans la Russie de 1917, avec sa situation historique concrète extrêmement originale, de commencer la révolution socialiste, alors qu'il sera plus difficile en Russie que dans les pays occidentaux de la continuer et de la mener à son tenue. J'ai déjà eu l'occasion, au début de 1918, d'indiquer ce fait, et une expérience de deux ans a entièrement confirmé la justesse de mes considérations. Des conditions spécifiques telles que : a) la possibilité d'associer la révolution soviétique à la liquidation, grâce à cette révolution, de la guerre impérialiste, qui infligeait aux ouvriers et aux paysans des souffrances excédantes; b) la possibilité de mettre à profit pendant un certain temps la lutte à mort des deux groupes de forbans impérialistes dont la puissance se partageait l'univers et qui ne purent se réunir contre l'ennemi soviétique; c) la possibilité de soutenir une guerre civile relativement longue, en partie grâce aux vastes étendues du pays et à ses mauvais moyens de communication; d) l'existence dans la masse paysanne d'un mouvement révolutionnaire démocratique-bourgeois si profond que le parti du prolétariat put s'approprier les revendications révolutionnaires du parti des paysans (le Parti socialiste-révolutionnaire, en majorité violemment hostile au bolchévisme )et de les réaliser aussitôt grâce à la conquête du pouvoir politique par le prolétariat; de telles conditions spécifiques n'existent pas actuellement en Occident et la reproduction de conditions identiques ou analogues est loin d'être facile. Voilà pourquoi, toutes autres raisons et il en est de nombreuse_ réservées, il est plus difficile de commencer la révolution socialiste en occident que chez nous. Essayer de «tourner» cette difficulté en «éludant» le problème ardu de l'utilisation des parlements réactionnaires à des fins révolutionnaires, est pur enfantillage. Vous voulez créer une société nouvelle et vous reculez devant la difficulté de créer une bonne fraction parlementaire de communistes convaincus, dévoués, héroïques dans un Parlement réactionnaire! N'est-ce pas un enfantillage? Si Karl Liebknecht en Allemagne, Z. Hœglund en Suède, ont su, même sans l'appui des masses, donner un exemple de l'utilisation réellement révolutionnaire des Parlements réactionnaires, comment le Parti révolutionnaire des masses, croissant rapidement en présence des désillusions et de l'irritation des masses au lendemain de la guerre, n'aurait-il pas la force de se forger une fraction communiste dans les pires des Parlements ? Précisément parce que les masses arriérées des ouvriers, et, plus encore, des petits paysans, sont beaucoup plus imbues de préjugés parlementaires et démocratiques bourgeois en Occident qu'en Russie, c'est seulement au sein d'institutions comme les Parlements bourgeois que les communistes peuvent et doivent poursuivre Une campagne prolongée, opiniâtre et ne reculant devant aucune difficulté, de dénonciation, de réfutation, de destruction de ces préjugés.
Les «gauches» d'Allemagne se plaignent des mauvais «chefs» de leur parti, et, tombant dans le désespoir, en arrivent à se donner le ridicule de «nier» les «chefs ».
Mais dans des circonstances qui obligent fréquemment à cacher les «chefs» dans l'illégalité, la formation de bons chefs, sûrs, éprouvés, ayant de l'autorité, est une tâche particulièrement difficile, dont il est impossible de venir à bout sans associer le travail légal au travail illégal, et sans faire passer les «chefs» entre autres épreuves, par celle également de l'arène parlementaire. La critique la plus violente, la plus impitoyable, la plus irréductible, doit être dirigée, non contre le parlementarisme et l'action parlementaire, mais contre les chefs qui ne savent pas - et plus encore contre ceux qui ne veulent pas - tirer parti des élections et de la tribune parlementaire pour une action révolutionnaire, communiste.
La leçon de Lénine, considérant l'action parlementaire non comme un substitut ou une abdication, mais comme un des moyens de l'action révolutionnaire antiparlementaire, a été retenue par les chefs révolutionnaires et appliquée en Allemagne par l'état-major hitlérien avec le succès que l'on sait. Enrichie par l'expérience hitlérienne, elle est actuellement à la base de toute l'action politique communiste dans les pays occidentaux.
N'avions-nous pas, bolchéviks russes, en septembre_ novembre 1917, plus que n'importe quels autres communistes d'Occident le droit d'estimer que le parlementarisme avait politiquement fait son temps chez nous? Nous l'avions certainement, car il ne s'agit pas de savoir si les Parlements bourgeois existent depuis plus ou moins longtemps, mais si les larges masses laborieuses sont prêtes (idéologiquement, politiquement, pratiquement) à adopter le régime soviétique et à dissoudre le Parlement démocratique bourgeois (ou à permettre qu'on le dissolve). Que la classe ouvrière des villes, les soldats, les paysans de Russie aient été, en septembre-novembre 1917, pour diverses raisons particulières, admirablement préparés à l'adoption du régime soviétique et à la dissolution du plus démocratique des Parlements bourgeois, c'est là un fait historique tout à fait indéniable et parfaitement établi. Les bolcheviks n'ont pourtant pas boycotté l'Assemblée constituante; ils ont, au contraire, participé aux élections avant et après la conquête du pouvoir politique par le prolétariat. La conclusion qui découle de tout cela est absolument indiscutable ; il est prouvé que même quelques semaines avant la victoire de la République soviétique, et même après cette victoire, la participation à un Parlement de démocratie bourgeoise, loin de nuire à un prolétariat révolutionnaire, lui fournit le moyen de prouver aux masses retardataires les raisons pour lesquelles ces Parlements méritent d'être dissous, facilite la réussite de leur dissolution, facilite «l'élimination politique» du parlementarisme bourgeois.
«Le moyen le plus sûr de discréditer une nouvelle idée politique - et non pas seulement une idée politique, ajoute justement Lénine, est de la pousser à l'absurde.» Et - comme s'il voulait lutter en même temps, dans sa conclusion, contre la déviation opposée à celle du communisme de gauche, la tendance socialiste parlementaire - il unit dans sa conclusion les considérations les plus sévères sur le rôle des parlements bourgeois à une nouvelle affirmation de la nécessité d'utiliser ces parlements, dans une brillante critique de la «politique sentimentale » :
En Europe occidentale et en Amérique le Parlement s'est rendu particulièrement odieux à l'avant-garde révolutionnaire ouvrière. C'est indiscutable, C'est bien compréhensible, car il est difficile de se représenter chose plus vile, plus basse, plus perfide que la conduite de l'immense majorité des députés socialistes et social-démocrates au Parlement pendant et après la guerre. Mais il ne serait pas seulement déraisonnable, il serait franchement criminel de se laisser aller à ce sentiment en se demandant comment doit être combattu un mal universellement reconnu. Dans beaucoup de pays d'Occident, le sentiment révolutionnaire est maintenant, on peut le dire, une « nouveauté », une « rareté », attendue trop longtemps en vain, avec trop d'impatience, et peut-être est-ce pour cela que l'on cède si facilement au sentiment ... Certes, faute de sentiment révolutionnaire chez les masses, faute des conditions favorables à l'essor de ce sentiment, la tactique révolutionnaire ne se transformera pas en acte; mais une longue, dure et sanglante expérience nous a convaincus en Russie de cette vérité qu'il n'est pas permis de fonder une tactique révolutionnaire par le seul sentiment révolutionnaire. La tactique doit être tracée de sang-froid, avec une objectivité rigoureuse, en tenant compte de toutes les forces des diverses classes de l'Etat en question (des Etats qui l'entourent et de tous les Etats à l'échelle mondiale). ainsi que de l'expérience des mouvements révolutionnaires. Ne manifester son « révolutionnarisme» que par des injures à l'adresse de l'opportunisme parlementaire, que par l'antiparlementarisme, est très facile, mais, précisément parce que c'est trop facile, ne résout pas un problème ardu et même très ardu. Il est infiniment plus malaisé qu'en Russie de créer dans les Parlements occidentaux une fraction parlementaire authentiquement révolutionnaire. Certes, mais ce n'est là qu'un aspect particulier de cette vérité générale qu'il fut facile dans la Russie de 1917, avec sa situation historique concrète extrêmement originale, de commencer la révolution socialiste, alors qu'il sera plus difficile en Russie que dans les pays occidentaux de la continuer et de la mener à son tenue. J'ai déjà eu l'occasion, au début de 1918, d'indiquer ce fait, et une expérience de deux ans a entièrement confirmé la justesse de mes considérations. Des conditions spécifiques telles que : a) la possibilité d'associer la révolution soviétique à la liquidation, grâce à cette révolution, de la guerre impérialiste, qui infligeait aux ouvriers et aux paysans des souffrances excédantes; b) la possibilité de mettre à profit pendant un certain temps la lutte à mort des deux groupes de forbans impérialistes dont la puissance se partageait l'univers et qui ne purent se réunir contre l'ennemi soviétique; c) la possibilité de soutenir une guerre civile relativement longue, en partie grâce aux vastes étendues du pays et à ses mauvais moyens de communication; d) l'existence dans la masse paysanne d'un mouvement révolutionnaire démocratique-bourgeois si profond que le parti du prolétariat put s'approprier les revendications révolutionnaires du parti des paysans (le Parti socialiste-révolutionnaire, en majorité violemment hostile au bolchévisme )et de les réaliser aussitôt grâce à la conquête du pouvoir politique par le prolétariat; de telles conditions spécifiques n'existent pas actuellement en Occident et la reproduction de conditions identiques ou analogues est loin d'être facile. Voilà pourquoi, toutes autres raisons et il en est de nombreuse_ réservées, il est plus difficile de commencer la révolution socialiste en occident que chez nous. Essayer de «tourner» cette difficulté en «éludant» le problème ardu de l'utilisation des parlements réactionnaires à des fins révolutionnaires, est pur enfantillage. Vous voulez créer une société nouvelle et vous reculez devant la difficulté de créer une bonne fraction parlementaire de communistes convaincus, dévoués, héroïques dans un Parlement réactionnaire! N'est-ce pas un enfantillage? Si Karl Liebknecht en Allemagne, Z. Hœglund en Suède, ont su, même sans l'appui des masses, donner un exemple de l'utilisation réellement révolutionnaire des Parlements réactionnaires, comment le Parti révolutionnaire des masses, croissant rapidement en présence des désillusions et de l'irritation des masses au lendemain de la guerre, n'aurait-il pas la force de se forger une fraction communiste dans les pires des Parlements ? Précisément parce que les masses arriérées des ouvriers, et, plus encore, des petits paysans, sont beaucoup plus imbues de préjugés parlementaires et démocratiques bourgeois en Occident qu'en Russie, c'est seulement au sein d'institutions comme les Parlements bourgeois que les communistes peuvent et doivent poursuivre Une campagne prolongée, opiniâtre et ne reculant devant aucune difficulté, de dénonciation, de réfutation, de destruction de ces préjugés.
Les «gauches» d'Allemagne se plaignent des mauvais «chefs» de leur parti, et, tombant dans le désespoir, en arrivent à se donner le ridicule de «nier» les «chefs ».
Mais dans des circonstances qui obligent fréquemment à cacher les «chefs» dans l'illégalité, la formation de bons chefs, sûrs, éprouvés, ayant de l'autorité, est une tâche particulièrement difficile, dont il est impossible de venir à bout sans associer le travail légal au travail illégal, et sans faire passer les «chefs» entre autres épreuves, par celle également de l'arène parlementaire. La critique la plus violente, la plus impitoyable, la plus irréductible, doit être dirigée, non contre le parlementarisme et l'action parlementaire, mais contre les chefs qui ne savent pas - et plus encore contre ceux qui ne veulent pas - tirer parti des élections et de la tribune parlementaire pour une action révolutionnaire, communiste.
La leçon de Lénine, considérant l'action parlementaire non comme un substitut ou une abdication, mais comme un des moyens de l'action révolutionnaire antiparlementaire, a été retenue par les chefs révolutionnaires et appliquée en Allemagne par l'état-major hitlérien avec le succès que l'on sait. Enrichie par l'expérience hitlérienne, elle est actuellement à la base de toute l'action politique communiste dans les pays occidentaux.
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24 décembre 1917 : Le réalisme politique en action
EN FÉVRIER 1917, la Russie avait cru vivre la révolution avec l'abdication du tsar Nicolas II et l'arrivée au pouvoir du socialiste Kérenski. Mais ce n'était qu'une ; fade introduction. La révolution, la vraie, est mise en œuvre par des révolutionnaires professionnels, les bolcheviks, qui ont pris soin de noyauter les gardes rouges créées en février.
Kérenski, piètre dirigeant méprisé par nombre d'acteurs et de témoins des journées décisives des 24, 25 et 26 octobre (7, 8 et 9 novembre du calendrier grégorien usité en Europe occidentale), est balayé, à Petrograd, par quelques molles démonstrations et intimidations de la part des bolcheviks qui n'ont même pas à combattre véri· tablement pour prendre un pouvoir tombé en déshérence. Plus tard sera forgée de toutes pièces la légende dorée d'un soulèvement aussi massif qu'héroïque des prolétaires de Petrograd.
Le conseil des commissaires du peuple, composé sous le contrôle des bolcheviks, assume le nouveau pouvoir. Il est présidé par Lénine, tandis que Trotski a la responsabilité des Affaires étrangères. Dans les rues, les nouveaux maîtres célèbrent leur facile victoire par une soûlerie géante. Mais certains, parfaitement lucides, mettent en place les instruments permettant d'avoir les choses en main. En particulier, pour faire face à une menace "contre-révolutionnaire" qui est encore, à cette date, une pure (mais bien commode) invention, est créée une police politique secrète, la Tcheka, dont le nom va vite devenir synonyme de terreur aveugle.
Mais, rappelle Dominique Venner dans son remarquable Les Blancs et les Rouges, qui vient d'être publié aux Editions du Rocher, « au lendemain de la révolution d'Octobre, la survie des soviets était moins que certaine ( ... ) En 1917, les jeux ne sont pas faits ». Les bolcheviks ne représentent en effet qu'une minorité, certes active mais qui va avoir du mal à prendre le contrôle réel de l'immense territoire russe. Même si l'armée a implosé, il y a le risque de voir certains officiers, exaspérés par les brimades de tous ordres, entrer en résistance contre le nouveau pouvoir. Et puis, surtout, il y a la guerre. La guerre contre cette Allemagne qui a infligé défaite sur défaite aux armées russes et dont rien ne semble pouvoir arrêter les soldats s'ils entreprennent de conquérir des pans entiers de la Russie.
C'est là qu'on peut constater le remarquable réalisme des bolcheviks. Il n'est pas possible de mener de front la guerre contre l'Allemagne et l'installation de la révolution rouge. Il faut donc faire la part du feu. C'est le sens du décret adopté par le Congrès panrusse des soviets qui, dans son préambule, annonce : " Le gouvernement ouvrier et paysan invite toutes les nations belligérantes et leurs gouvernements à ouvrir sans délai les négociations d'une juste paix démocratique ". Lénine et Trotski adressent donc dès le 7 novembre un télégramme au général Doukhonine, chef d'état-major général de ce qui reste des armées russes, lui ordonnant de demander à l'adversaire un armistice immédiat. Lénine a, par ailleurs, une idée derrière la tête : l'annonce de la volonté de paix à tout prix manifestée par la Russie pourrait bien inciter une population allemande lasse de tant d'efforts de guerre à se débarrasser du pouvoir belliciste en place. Bref, à rejoindre la révolution bolchevique ... L'idée, on le verra en 1918, n'est pas farfelue.
L' Allemagne répond favorablement à la proposition (les chefs de son armée attachent, bien sûr, grand prix à ne plus devoir se battre sur deux fronts et à concentrer donc tous les efforts à l'Ouest). La délégation bolchevique ayant franchi les lignes allemandes le 19 novembre se rend à Brest-Litovsk. L'armistice est accepté, aux conditions allemandes, par les bolcheviks le 11 décembre (24 décembre du calendrier grégorien). De part et d'autre on déclare accepter « une paix sans annexion ». Le chef de la délégation allemande, le général Hoffmann, fait remarquer que les bolcheviks ayant admis officiellement, par décret, le droit à l'indépendance des nationalités réparties dans l'ancien empire tsariste, la Pologne, la Lituanie, l'Estonie, la Lettonie, l'Ukraine, la Finlande ont désormais le droit d'être autonomes ...
Trotski tempête, annonce la rupture des pourparlers. Mais l'armée allemande ayant, du coup, repris sa progression victorieuse, Lénine fait admettre aux siens qu'il faut signer le traité de Brest-Litovsk, désastreux pour la Russie (3 mars 1918). La révolution rouge garde du coup toutes ses chances, puisqu'elle va concentrer toute son agressivité contre l'ennemi intérieur. Et Trotski va pouvoir faire de l'armée rouge, créée le 15 janvier 1918, une force efficace.
Pierre VIAL RIVAROL

EN FÉVRIER 1917, la Russie avait cru vivre la révolution avec l'abdication du tsar Nicolas II et l'arrivée au pouvoir du socialiste Kérenski. Mais ce n'était qu'une ; fade introduction. La révolution, la vraie, est mise en œuvre par des révolutionnaires professionnels, les bolcheviks, qui ont pris soin de noyauter les gardes rouges créées en février.
Kérenski, piètre dirigeant méprisé par nombre d'acteurs et de témoins des journées décisives des 24, 25 et 26 octobre (7, 8 et 9 novembre du calendrier grégorien usité en Europe occidentale), est balayé, à Petrograd, par quelques molles démonstrations et intimidations de la part des bolcheviks qui n'ont même pas à combattre véri· tablement pour prendre un pouvoir tombé en déshérence. Plus tard sera forgée de toutes pièces la légende dorée d'un soulèvement aussi massif qu'héroïque des prolétaires de Petrograd.
Le conseil des commissaires du peuple, composé sous le contrôle des bolcheviks, assume le nouveau pouvoir. Il est présidé par Lénine, tandis que Trotski a la responsabilité des Affaires étrangères. Dans les rues, les nouveaux maîtres célèbrent leur facile victoire par une soûlerie géante. Mais certains, parfaitement lucides, mettent en place les instruments permettant d'avoir les choses en main. En particulier, pour faire face à une menace "contre-révolutionnaire" qui est encore, à cette date, une pure (mais bien commode) invention, est créée une police politique secrète, la Tcheka, dont le nom va vite devenir synonyme de terreur aveugle.
Mais, rappelle Dominique Venner dans son remarquable Les Blancs et les Rouges, qui vient d'être publié aux Editions du Rocher, « au lendemain de la révolution d'Octobre, la survie des soviets était moins que certaine ( ... ) En 1917, les jeux ne sont pas faits ». Les bolcheviks ne représentent en effet qu'une minorité, certes active mais qui va avoir du mal à prendre le contrôle réel de l'immense territoire russe. Même si l'armée a implosé, il y a le risque de voir certains officiers, exaspérés par les brimades de tous ordres, entrer en résistance contre le nouveau pouvoir. Et puis, surtout, il y a la guerre. La guerre contre cette Allemagne qui a infligé défaite sur défaite aux armées russes et dont rien ne semble pouvoir arrêter les soldats s'ils entreprennent de conquérir des pans entiers de la Russie.
C'est là qu'on peut constater le remarquable réalisme des bolcheviks. Il n'est pas possible de mener de front la guerre contre l'Allemagne et l'installation de la révolution rouge. Il faut donc faire la part du feu. C'est le sens du décret adopté par le Congrès panrusse des soviets qui, dans son préambule, annonce : " Le gouvernement ouvrier et paysan invite toutes les nations belligérantes et leurs gouvernements à ouvrir sans délai les négociations d'une juste paix démocratique ". Lénine et Trotski adressent donc dès le 7 novembre un télégramme au général Doukhonine, chef d'état-major général de ce qui reste des armées russes, lui ordonnant de demander à l'adversaire un armistice immédiat. Lénine a, par ailleurs, une idée derrière la tête : l'annonce de la volonté de paix à tout prix manifestée par la Russie pourrait bien inciter une population allemande lasse de tant d'efforts de guerre à se débarrasser du pouvoir belliciste en place. Bref, à rejoindre la révolution bolchevique ... L'idée, on le verra en 1918, n'est pas farfelue.
L' Allemagne répond favorablement à la proposition (les chefs de son armée attachent, bien sûr, grand prix à ne plus devoir se battre sur deux fronts et à concentrer donc tous les efforts à l'Ouest). La délégation bolchevique ayant franchi les lignes allemandes le 19 novembre se rend à Brest-Litovsk. L'armistice est accepté, aux conditions allemandes, par les bolcheviks le 11 décembre (24 décembre du calendrier grégorien). De part et d'autre on déclare accepter « une paix sans annexion ». Le chef de la délégation allemande, le général Hoffmann, fait remarquer que les bolcheviks ayant admis officiellement, par décret, le droit à l'indépendance des nationalités réparties dans l'ancien empire tsariste, la Pologne, la Lituanie, l'Estonie, la Lettonie, l'Ukraine, la Finlande ont désormais le droit d'être autonomes ...
Trotski tempête, annonce la rupture des pourparlers. Mais l'armée allemande ayant, du coup, repris sa progression victorieuse, Lénine fait admettre aux siens qu'il faut signer le traité de Brest-Litovsk, désastreux pour la Russie (3 mars 1918). La révolution rouge garde du coup toutes ses chances, puisqu'elle va concentrer toute son agressivité contre l'ennemi intérieur. Et Trotski va pouvoir faire de l'armée rouge, créée le 15 janvier 1918, une force efficace.
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DIALECTIQUE ET ALIÉNATIONS (*)
« Cette dialectique issue de Marx (renversant et accomplissant Hegel) tient dans l'affirmation que le monde ne doit pas être « connu », mais qu'il doit être changé. L'idée occidentale de la science et de la vérité, la connaissance de la nature se trouvent abolies par une telle prétention. »
P. BOUTANG (1).
« - Qu'entendez-vous par intelligence?
- En général?
- Oui.
- La possession des moyens de contraindre les choses ou les hommes. »
A. MALRAUX (2).
DIALECTIQUE
Qu'est donc le marxisme?
Selon une formule désormais classique, le marxisme est une transposition matérialiste de l'idéalisme absolu de Hegel.
On s'en souvient (3), pour ce philosophe, il n'est qu'une réalité: l'Idée. L'Idée est tout. La nature n'est que le système des idées objectivées. L'esprit n'est que l'idée se repliant sur elle-même.
Quant à l'Etat, avec son organisation militaire et administrative, il est l'idée qui fait l'histoire, une conception créatrice de l'histoire.
Chez Marx, renversement complet, et qu'on pourrait dire logique. Si l'idée, en effet, n'est plus la représentation d'une réalité connue, ou elle n'est rien, ou elle ne peut plus être qu'un produit du cerveau, c'està-dire de la matière.
Ainsi, comprend-on que ce soit au moment où l'idéalisme est le plus absolu, le plus idéal (au sens strict) le plus désincarné ou dématérialisé qu'il soit le plus près du matérialisme (4).
Pour s'opérer, le renversement n'exigeait qu'un léger coup de pouce. Karl Marx, disciple de Hegel, se chargea de le donner (5).
Dès lors l'idée, bien loin d'être tout, bien loin d'être l'agent créateur et moteur de l'histoire, ne sera plus qu'un produit des forces matérielles en travail dans l'histoire. C'est l'histoire qui, contrairement à ce que soutenait Hegel, sera l'agent créateur, l'agent directeur ou déterminateur de l'idée.
« Contrairement à l'idéalisme qui considère le monde comme l'incarnation de « l'idée absolue », de l'esprit universel , de la « conscience », le matérialisme philosophique de Marx, écrit Staline (6), part de ce principe que le monde, de par sa nature, est matériel, que les multiples phénomènes de l'univers sont les différents aspects de la matière en mouvement; que les relations et le conditionnement réciproque des phénomènes, établis par la méthode dialectique, constituent les lois nécessaires du développement de la matière en mouvement; que le monde se développe suivant les lois du mouvement de la matière, et n'a besoin d'aucun esprit universel ».
Car « notre conscience et notre pensée, écrit Engels, pour transcendantes qu'elles nous paraissent, ne sont que le produit d'un organe matériel, corporel, le cerveau. »
Et Lénine (7) : « Les concepts sont les produits les plus élevés du cerveau, qui est lui-même le produit le plus élevé de la matière » ... « Le tableau du monde est un tableau qui montre comment la matière se meut et comment la matière pense. » (8)
On ne saurait séparer la pensée de la matière pensante. Cette matière est le substratum de tous les changements qui s'opèrent. » (9)
Et Marx: « Le mouvement de la pensée n'est que la réflexion du mouvement réel, transporté et transposé dans le cerveau de l'homme. » (10)
On voit l'argumentation du renversement .
• Or, il faut bien le dire, à dose égale d'absurdité (11), le système de Marx offre quelque chose de moins « en l'air », apparemment, de moins « farfelu» que celui de Hegel.
Prétendre, en effet, qu'il n'est aucune autre réalité que l'idée est une de ces théories qu'on voit assez mal professées par le plus grand nombre.
D'autant que s'il apparaît héritier de l'idéalisme, Marx bénéficie d'autre part de l'apport des multiples systèmes matérialistes, et du plus forcené de tous : celui de Feuerbach (12).
Rien de plus facile donc que de faire servir l'ensemble des arguments, si familiers à tous ceux qui, selon le mot de saint Paul, ont « leur ventre pour dieu ».
Tout expliquer, jusqu'aux tendances de notre esprit, par le jeu des divers besoins ou désirs matériels: manger, boire, dormir, se vêtir, satisfaire ses passions, etc ... ; c'est là, certes, une façon d'expliquer l'histoire universelle qui n'a pas attendu Marx pour s'exprimer, mais que le marxisme va utiliser en la systématisant.
« Ce n'est pas la conscience des hommes qui détermine leur existence, c'est, au contraire, leur existence qui détermine leur conscience. » (13)
« La dialectique, étude de la contradiction dans l'essence même des choses »
Mais il est un autre avantage du marxisme sur l'hégélianisme: c'est qu'il bénéficie, comme tous les systèmes matérialistes, sensualistes, de la force de cette évidence fondamentale qu'est le donné sensible brut : évidence du mouvement, évidence de la transformation des choses, de la succession continuelle des phénomènes et de l'étroite imbrication de la vie et de la mort (matériellement, sensiblement considérées).
" Tout être organique est à chaque instant le même et non le même, écrit Engels (14); à chaque instant, il assimile des matières étrangères et en élimine d'autres; à chaque instant des cellules de son corps dépérissent et d'autres se forment; au bout d'un temps plus ou moins long la substance du corps s'est totalement renouvelée, elle a été remplacée par d'autres atomes de matière, de sorte que tout être organisé est constamment le même et cependant un autre. A considérer les choses d'un peu près, nous trouvons encore que les deux pôles d'une contradiction, comme positif et négatif, sont tout aussi inséparables qu'opposés et qu'en dépit de toute leur valeur d'anti-thèse, ils se pénètrent mutuellement. " (15)
D'où ce caractère « dialectique» qui, nous l'allons voir, est un des caractères principaux, sinon le caractère principal du marxisme. Car, ainsi que le note Mao-Tse-toung (16) : « la loi de contradiction qui est inhérente aux choses, aux phénomènes (ou loi de « l'unité des contraires) est la loi fondamentale de la dialectique matérialiste. »
« La dialectique, avait encore écrit Engels (17) considère les choses et les concepts dans leur enchaînement, leur relation mutuelle, leur action réciproque et la modification qui en résulte, leur naissance, leur développement et leur déclin.
Au sens propre, a dit plus nettement Lénine, LA « DIALECTIQUE EST L'ÉTUDE DE LA CONTRADICTION DANS L'ESSENCE MÊME DES CHOSES. » (18)
« La contradiction, avait déjà dit Hegel, est la racine de tout mouvement et de toute vie; c'est en tant qu'une chose a une contradiction en elle-même qu'elle se meut, qu'elle a une impulsion et une autorité. »
« La dialectique, a encore écrit le chef de la Révolution d'octobre (19), c'est la théorie qui montre comment les contraires peuvent être et sont habituellement (et comment ils deviennent) identiques, dans quelles conditions ils sont identiques en se convertissant l'un en l'autre - pourquoi l'esprit humain ne doit pas considérer ces contraires comme morts, figés, mais comme vivants, conditionnés, mobiles, se convertissant l'un l'autre. »
« C'est ainsi, commente Politzer (20), que la dialectique s'oppose en tous points à la métaphysique. Non que la dialectique n'admette ni repos, ni séparation entre les divers aspects du réel. Mais elle voit dans le repos un aspect relatif de la réalité, tandis que le mouvement est absolu (21) ... Le métaphysicien isole les contraires, les considère systématiquement comme incompatibles (22). Le dialecticien découvre qu'ils ne peuvent exister l'un sans l'autre et que tout mouvement, tout changement, toute transformation s'explique par leur lutte. » (23)
Erreur marxiste sur la métaphysique du mouvement
Ces textes sont caractéristiques, tant ils expriment bien l'orgueilleuse et mensongère audace du marxisme, en même temps que la confusion de son esprit.
Ne dirait-on pas, à lire ces citations, que la métaphysique (la vraie) refuse d'admettre le mouvement et l'inextricable relativité des choses?
N'aurait-il lu que l'Evangile et les Epîtres, le chrétien y aurait découvert... le célèbre passage: « Si le grain ne meurt qui a été lancé en terre, il demeure seul,- s'il meurt il rapporte beaucoup. » (24) Et dans la « Première Epître de saint Paul aux Corinthiens » (25) : « Ce que tu sèmes, ne reprend point de vie s'il ne meurt... »
Evidence élémentaire !
Mais qu'il importe de comprendre, et d'expliquer autrement que par des tautologies ou un flatus vocis.
Ecrire, comme vient de le faire Politzer, que tout mouvement, tout changement, toute transformation s'explique par une lutte, est une explication pour enfant, la substitution d'un mot à d'autres mots, et précisément une de ces tautologies (26) qu'un saint Thomas ou un Aristote aurait eu scrupule à employer en un endroit aussi grave. Car, dès lors, comment expliquer la lutte? Par le mouvement, le changement, et la transformation? Qui ne voit, au contraire, que tous ces termes : lutte, mouvement, changement, transformation, supposent l'idée de ce qui est à expliquer ou définir ?
Or, précisément, en ce chapitre, si cher aux penseurs marxistes, de l'étude du mouvement, il est fort instructif (et les dits penseurs ne s'y risquent guère, tout partisans de la lutte qu'ils soient) de confronter la pensée de leurs maîtres à celle, par exemple, d'un saint Thomas d'Aquin.
Pour ce dernier comme pour Aristote: qu'est donc le mouvement?
Se sont-ils contentés de répondre, ainsi que nous tendons à le faire couramment: « se mouvoir, être en mouvement, changer ... , c"est aller d'un point à un autre, ou passer d'un état à un autre » ? Nullement !
Car cette explication recevable à titre de première analyse pour situer exactement le mouvement entre deux états, l'un d'où il part et l'autre auquel il aboutit, retient dans sa formulation les verbes « aller» ou « passer» qui sont précisément ce mouvement lui-même qu'il s'agit de définir. Ils ne peuvent donc constituer la définition rigoureuse du mouvement.
A la vérité, il n'existe qu'une description possible du mouvement (à défaut d'une définition au sens rigoureux du terme), et que saint Thomas n'a pas craint d'emprunter à Aristote.
« Etre mu, avait dit en effet ce dernier, ou être en mouvement, c'est tout ensemble ÊTRE ET N'ÊTRE PAS. » (26 bis)
Et voilà, sans doute (n'en déplaise à Politzer) un certain sens de la contradiction (27) non étranger pourtant à la métaphysique.
Mais, alors que le marxisme se contente de répéter cette proposition (du mouvement qui consiste à ÊTRE ET N'ÊTRE PAS) sans « savoir rien en faire » (28), Aristote, lui, et saint Thomas, loin de refuser cette apparente contradiction du donné sensible, ont « su faire» de son explication rigoureuse un des chapitres les plus importants de leur physique et, ultérieurement, de leur métaphysique.
Les choses en mouvement,enseignent-ils, par tout ce qu'elles ont déjà, SONT. (Car ne peut être en mouvement que ce qui EST, ce qui existe déjà).
Mais, par tout ce que les choses en mouvement n'ont pas encore, mais vers lequel elles tendent (29), elles NE SONT PAS (mais PEUVENT être ensuite).
Ainsi, à la fois ÊTRE ET N'ÊTRE PAS, tel est le mouvement pour la pensée traditionnelle et catholique, philosophie du sens commun. Mais cette apparente contradiction, bien loin de s'opposer, comme le soutient le marxisme, au principe d'identité (30), premier principe universel (31) se concilie avec lui sans difficulté, car la contradiction que le mouvement présuppose entre les éléments qu'il met en cause n'est quand même pas celle qui consisterait POUR UNE MÊME CHOSE A ÊTRE ET N'ÊTRE PAS EN MÊME TEMPS ET SOUS LE MÊME RAPPORT (32).
[i](*) Anciens n°. 91 et 92 de Verbe.
(1) Aspects de la France et du monde: 23 février 1950.
(2) La Condition Humaine, p. 189. Edit. « Le livre de poche ». Gallimard, Paris, 1946.
(3) Cf. supra, 1re partie, chap. II, p. 40.
(4) Châtiment divin de l'erreur par l'évidence même de son inconséquence. Cf. Luther, qui, après avoir traité la raison de « p... du diable », sa vie durant, n'en demeure pas moins l'ancêtre du rationalisme moderne. Cf. Hegel, maître de Feuerbach et de Marx.
(5) II ne fut pas le seul disciple de Hegel passé au matérialisme. Feuerbach fut aussi disciple de Hegel.
(6) Matérialisme dialectique et matérialisme historique, p. 10.
(7) Cahiers philosophiques.
(8) Lénine: Œuvres complètes, t. XIII, p. 310. Edition russe.
(9) Diderot, cité par Lénine dans Matérialisme et empirico-criticisme, pp. 24, 25, 26.
(10) Postface à la 2" édit. allemande, dans Le Capital. L. 1., t. l, p. 29. Editions Sociales.
(11) Le mot étant pris ici dans son plein sens philosophique de contradiction.
(12) Philosophe allemand (1804-1872). Selon lui, en adorant Dieu, l'homme ne fait que s'objectiver lui-même, et s'adorer sous une autre forme. Il fait, en conséquence, de l'anthropologie la science universelle. Or, cette anthropologie est toute sensualiste. Les sens y sont donnés pour le sommet, sinon le tout de l'homme. Et le beau et le bien sont exclusivement renfermés dans le sensible.
(13) Marx: Contribution à la critique de l'économie politique, dans Marx-Engels: Etudes philosophiques, p. 79.
Cf. également Engels in Ludwig Feuerbach, p. 37: «A vrai dire, on rencontre bien, à de larges intervalles, chez Feuerbach, des phrases comme celles-ci: « Dans un palais, on pense autrement que dans une chaumière. Si tu n'a rien de substantiel dans le corps, ayant faim et étant dans la misère, tu n'as rien non plus de substantiel dans la tête, dans l'esprit et dans le cœur pour la morale ». Mais il ne sait absolument rien faire de ces phrases; elles restent chez lui de simples façons de parler ... »
(14) Anti-Dühring, p. 54.
(15) Nous verrons combien cette description pèche par défaut plus que par excès, et comment la philosophie chrétienne, et notamment celle de saint Thomas, refuse, dans l'étude du mouvement, de se contenter de descriptions aussi superficielles.
(16) A propos de la contradiction. Août 1937.
(17) Anti-Dühring, p. 54.
(18) Notes critiques sur le livre de Hegel: Leçons d'hisloire de la philosophie ... T. I, Ecole des Eleates, « Cahiers philosophiques », p. 237. Moscou 1947.
(19) Lénine. Notes critiques sur le livre de Hegel: La science de la logique. « Cahiers philosophiques », p. 83.
(20) Principes fondamentaux de Philosophie, p. 24, Editions Sociales, Paris.
(21) Il importe de comprendre le renversement complet des conceptions traditionnelles impliqué par cette affirmation, typiquement marxiste. Le sens commun s'est toujours refusé, en effet, à considérer le mouvement comme un absolu. Ne dépend-il pas, en effet, et de la nature de l'ÊTRE qui change ou qui remue, et, de son point de départ et de son point d'arrivée? En conséquence, spécifié par l'être même du sujet qui remue ou qui change, déterminé (au moins) par son origine et sa fin, le mouvement est essentiellement relatif pour le sens commun, fondement de la pensée chrétienne.
(22) Voici un des leitmotive du marxisme, et un de ses mensonges les plus pervers. La métaphysique est, par lui, présentée et critiquée comme pourrait et devrait l'être un système philosophique, négateur du mouvement (cf.Introduction à la Politique, Verbe n°108). Cf.Staline: «Contrairement à la métaphysique, écrit-il, la dialectique regarde la nature non comme un état de repos et d'immobilité, mais comme un état de mouvement et de changements perpétuels, de renouvellement et de développement incessants, où toujours quelque chose naît et se développe, quelque chose se désagrège et disparaît... Contrairement à la métaphysique, la dialectique considère le processus du développement, non comme un simple processus de croissance, où les changements quantitatifs n'aboutissent pas à des changements qualitatifs, mais comme un développement qui passe des changements quantitatifs insignifiants et latents à des changements apparents et radicaux, à des changements qualitatifs..., etc. »...Contrairement à la métaphysique! Tel est ce à quoi semble tenir le marxisme: s'opposer à la métaphysique. Comme si la métaphysique refusait d'admettre le changement! Comme si elle refusait d'admettre (et d'expliquer!) l'inextricable et mouvante complexité des phénomènes du monde matériel !
« L'objet de la métaphysique, écrit Politzer (opus cit, p.20-21), notamment chez Aristote, c'est l'étude de l'être qui se trouve au-delà de la nature. Tandis que la nature est en mouvement, l'être au-delà de la nature (être surnaturel) est immuable, éternel. Certains l'appellent Dieu, d'autres l'Absolu, etc...» On reste frappé de stupeur devant ce qui est ignorance crasse ou mensonge caractérisé. Quel métaphysicien véritable a jamais défini la métaphysique de cette façon! Ce qui semble compter pour Politzer (et le marxisme) c'est de faire croire que la métaphysique« ignore ou méconnaît la réalité du mouvement et du changement » ... (op. cil., « p. 21). Le métaphysicien, écrit-on sans rire, définit les choses une fois pour toutes (elles resteront ce qu'elles sont!) et, parce qu'il les isole jalousement »...« il est conduit, par là, à les opposer comme absolument inconciliables ... » (ibid., « p. 28). Cf. Politzer, p. 32: « Le premier trait de la dialectique: Tout se tient. (Loi de l'action réciproque et de la « connexion universelle.) » ... « Le métaphysicien, lui, ne pense pas que ce qu'il fait est en connexion avec ce que d'autres font ... » (ibid. p. 35) - « La métaphysique isole les phénomènes sociaux les uns des autres: la réalité économique, la vie sociale, la vie politique sont autant de domaines séparés. Et, à l'intérieur de chacun de ces domaines, la métaphysique introduit mille cloisonnements. » (ibid. p. 40) « Ainsi raisonne le métaphysicien: il nie le changement ... il porte à l'absolu l'immobilité apparente (des choses) » (sic!!!) (ibid., p. 48) « Le métaphysicien ne sait pas maintenir cette unité du spécifique et de l'universel. » (ibid., p. 118).
Nous aurons l'occasion de montrer sommairement un peu plus loin combien tout cela est faux; et l'on verra qui, du marxisme ou de la métaphysique, sait le mieux appréhender le réel, expliquer le mouvement, et sauvegarder l'unité du spécifique et de l'universel.
(23) On connaît la formule hégélienne des trois phases de cette lutte transformatrice: thèse, anti-thèse, synthèse.
(24) Saint Jean, XII, 24.
(25) XV, 36.
(26) Tautologie: du grec tauto, le même et logos, discours.
Répétition inutile d'une même idée en termes différents. ExempIe: « au jour d'aujourd'hui ».
(26 bis) Une telle définition est, en rigueur de terme, irréalisable, car on ne peut ainsi définir que les réalités assez restreintes pour entrer dans une espèce ou dans un genre. Or le mouvement est un fait qui dépasse et déborde tous les genres puisqu'il peut s'accomplir soit selon la substance, soit selon la qualité, soit selon la quantité, soit selon le lieu. Sans être aussi étendu que l'être ou ses propriétés (vérité, bonté, unité) le mouvement est déjà une notion « transcendantale» c'est-à-dire qui s'applique à plusieurs des genres suprêmes. (Notions de transcendance qu'on pourrait dire relative par rapport aux notions de transcendance divine et de transcendance absolue. Cf. Gredt, Cours de Philosophie, id. 1929, vol. II, p. 11, n° 621).
Lorsque la trop grande extension (la « transcendance ») d'une notion empêche de la définir, le métaphysicien y supplée par une « description » aussi complète et aussi précise que possible, à l'aide d'autres notions elles aussi transcendantes. C'est ce qu'a fait Aristote en décrivant le mouvement à l'aide des notions d'acte et de puissance.
(27) Mais il ne s'agit là que d'une contradiction apparente, superficielle, qui ne tient pas à l'essence des choses. La seule contradiction vraiment radicale, essentielle, fondamentale, et par là impensable, est celle qui consiste à dire qu'une même chose pourrait être et ne pas être en même temps et sous le même rapport, comme nous le verrons plus loin.
(28) ... On s'en souvient (cf. supra, note 13) c'est par ces termes qu'Engels lançait quelques reproches à Feuerbach ... accusé de « n'avoir su absolument rien faire » de certaines de ses phrases, lesquelles n'auraient été, chez lui, que « de simples façons de penser ».
(29) Pour le métaphysicien, l'acte c'est la « pleine réalisation actuelle », disons pour simplifier l'être réel au sens plein. Le génie d'Aristote a été de trouver, entre l'acte ou être actuel, et le pur non-être, une réalité intermédiaire qui n'est encore que simple capacité d'être: c'est la puissance passive. Ainsi uu verre vide n'est pas actuellement un verre de vin, mais il est capacité réelle de le devenir. Le verre plein sera le verre de vin en acte. Le verre vide sera le verre de vin en puissance. Rien du tout ne sera verre de vin ni en acte, ni en puissance.
La puissance est donc en quelque sorte une étape intermédiaire entre le pur néant (non être) et l'être. On peut dire qu'à la fois elle est et n'est pas: elle est déjà une capacité d'accueil, mais elle n'est pas la réalisation actuelle et effective de cette accueillance.
A partir de ces notions premières d'acte et de puissance, Aristote décrit alors le mouvement comme « un acte de l'être en puissance en tant qu'il est encore en puissance ». Formule ellyptique au premier abord, mais profondément juste. Avant le mouvement il n'y avait encore que la puissance d'acquérir la détermination (ou acte) que donnera le mouvement. Après le mouvement on aura réalisé cette détermination ou acte. Pendant toute la durée du mouvement, il y aura réalisation partielle de l'acte à acquérir: cette réalisation sera déjà un certain acte, mais incomplet qui laisse encore le sujet en puissance par rapport à l'acte dernier et parfait qui terminera seul le mouvement. C'est ce que veut dire Aristote en disant que le mouvement est un acte de ce qui est en puissance : mais qui le laisse encore partiellement en puissance à l'égard d'un acte plus parfait.
Retenons surtout que la clef de cette description du mouvement est la notion de puissance passive ou réceptive qui est à la fois, bien que sous deux aspects différents, être et non-être. Le verre vide est un verre de vin en puissance: comme verre, il est déjà de l'être, comme vide de vin, il est encore du non-être: tout en étant pouvoir de devenir pleinement l'être complet qui sera le verre de vin.
Et voilà sans doute, dans cette puissance qui est à la fois être et non-être, un certain sens de la contradiction non étranger (n'en déplaise à Politzer) pourtant à la métaphysique ...
(30) « Est, est; non, non ». (Cf. le sens commun confirmé en cet endroit par l'Evangile même). Autant dire: ce qui est, est; ce qui n'est pas, n'est pas: principe d'identité... absolument premier, et universel.
(31) Et donc, par le fait même, premier principe de la métaphysique comme de la physique ... , etc.
(32) Nous l'avons dit, et nous y insisterons dans ce chapitre, la seule contradiction réelle consisterait à penser qu'une même chose peut être et ne pas être dans le même temps et sous le même rapport. Toute autre contradiction, qui ne remplit pas ces conditions, est seulement apparente.
A suivre.........................................................................................................................................................................
« Cette dialectique issue de Marx (renversant et accomplissant Hegel) tient dans l'affirmation que le monde ne doit pas être « connu », mais qu'il doit être changé. L'idée occidentale de la science et de la vérité, la connaissance de la nature se trouvent abolies par une telle prétention. »
P. BOUTANG (1).
« - Qu'entendez-vous par intelligence?
- En général?
- Oui.
- La possession des moyens de contraindre les choses ou les hommes. »
A. MALRAUX (2).
DIALECTIQUE
Qu'est donc le marxisme?
Selon une formule désormais classique, le marxisme est une transposition matérialiste de l'idéalisme absolu de Hegel.
On s'en souvient (3), pour ce philosophe, il n'est qu'une réalité: l'Idée. L'Idée est tout. La nature n'est que le système des idées objectivées. L'esprit n'est que l'idée se repliant sur elle-même.
Quant à l'Etat, avec son organisation militaire et administrative, il est l'idée qui fait l'histoire, une conception créatrice de l'histoire.
Chez Marx, renversement complet, et qu'on pourrait dire logique. Si l'idée, en effet, n'est plus la représentation d'une réalité connue, ou elle n'est rien, ou elle ne peut plus être qu'un produit du cerveau, c'està-dire de la matière.
Ainsi, comprend-on que ce soit au moment où l'idéalisme est le plus absolu, le plus idéal (au sens strict) le plus désincarné ou dématérialisé qu'il soit le plus près du matérialisme (4).
Pour s'opérer, le renversement n'exigeait qu'un léger coup de pouce. Karl Marx, disciple de Hegel, se chargea de le donner (5).
Dès lors l'idée, bien loin d'être tout, bien loin d'être l'agent créateur et moteur de l'histoire, ne sera plus qu'un produit des forces matérielles en travail dans l'histoire. C'est l'histoire qui, contrairement à ce que soutenait Hegel, sera l'agent créateur, l'agent directeur ou déterminateur de l'idée.
« Contrairement à l'idéalisme qui considère le monde comme l'incarnation de « l'idée absolue », de l'esprit universel , de la « conscience », le matérialisme philosophique de Marx, écrit Staline (6), part de ce principe que le monde, de par sa nature, est matériel, que les multiples phénomènes de l'univers sont les différents aspects de la matière en mouvement; que les relations et le conditionnement réciproque des phénomènes, établis par la méthode dialectique, constituent les lois nécessaires du développement de la matière en mouvement; que le monde se développe suivant les lois du mouvement de la matière, et n'a besoin d'aucun esprit universel ».
Car « notre conscience et notre pensée, écrit Engels, pour transcendantes qu'elles nous paraissent, ne sont que le produit d'un organe matériel, corporel, le cerveau. »
Et Lénine (7) : « Les concepts sont les produits les plus élevés du cerveau, qui est lui-même le produit le plus élevé de la matière » ... « Le tableau du monde est un tableau qui montre comment la matière se meut et comment la matière pense. » (8)
On ne saurait séparer la pensée de la matière pensante. Cette matière est le substratum de tous les changements qui s'opèrent. » (9)
Et Marx: « Le mouvement de la pensée n'est que la réflexion du mouvement réel, transporté et transposé dans le cerveau de l'homme. » (10)
On voit l'argumentation du renversement .
• Or, il faut bien le dire, à dose égale d'absurdité (11), le système de Marx offre quelque chose de moins « en l'air », apparemment, de moins « farfelu» que celui de Hegel.
Prétendre, en effet, qu'il n'est aucune autre réalité que l'idée est une de ces théories qu'on voit assez mal professées par le plus grand nombre.
D'autant que s'il apparaît héritier de l'idéalisme, Marx bénéficie d'autre part de l'apport des multiples systèmes matérialistes, et du plus forcené de tous : celui de Feuerbach (12).
Rien de plus facile donc que de faire servir l'ensemble des arguments, si familiers à tous ceux qui, selon le mot de saint Paul, ont « leur ventre pour dieu ».
Tout expliquer, jusqu'aux tendances de notre esprit, par le jeu des divers besoins ou désirs matériels: manger, boire, dormir, se vêtir, satisfaire ses passions, etc ... ; c'est là, certes, une façon d'expliquer l'histoire universelle qui n'a pas attendu Marx pour s'exprimer, mais que le marxisme va utiliser en la systématisant.
« Ce n'est pas la conscience des hommes qui détermine leur existence, c'est, au contraire, leur existence qui détermine leur conscience. » (13)
« La dialectique, étude de la contradiction dans l'essence même des choses »
Mais il est un autre avantage du marxisme sur l'hégélianisme: c'est qu'il bénéficie, comme tous les systèmes matérialistes, sensualistes, de la force de cette évidence fondamentale qu'est le donné sensible brut : évidence du mouvement, évidence de la transformation des choses, de la succession continuelle des phénomènes et de l'étroite imbrication de la vie et de la mort (matériellement, sensiblement considérées).
" Tout être organique est à chaque instant le même et non le même, écrit Engels (14); à chaque instant, il assimile des matières étrangères et en élimine d'autres; à chaque instant des cellules de son corps dépérissent et d'autres se forment; au bout d'un temps plus ou moins long la substance du corps s'est totalement renouvelée, elle a été remplacée par d'autres atomes de matière, de sorte que tout être organisé est constamment le même et cependant un autre. A considérer les choses d'un peu près, nous trouvons encore que les deux pôles d'une contradiction, comme positif et négatif, sont tout aussi inséparables qu'opposés et qu'en dépit de toute leur valeur d'anti-thèse, ils se pénètrent mutuellement. " (15)
D'où ce caractère « dialectique» qui, nous l'allons voir, est un des caractères principaux, sinon le caractère principal du marxisme. Car, ainsi que le note Mao-Tse-toung (16) : « la loi de contradiction qui est inhérente aux choses, aux phénomènes (ou loi de « l'unité des contraires) est la loi fondamentale de la dialectique matérialiste. »
« La dialectique, avait encore écrit Engels (17) considère les choses et les concepts dans leur enchaînement, leur relation mutuelle, leur action réciproque et la modification qui en résulte, leur naissance, leur développement et leur déclin.
Au sens propre, a dit plus nettement Lénine, LA « DIALECTIQUE EST L'ÉTUDE DE LA CONTRADICTION DANS L'ESSENCE MÊME DES CHOSES. » (18)
« La contradiction, avait déjà dit Hegel, est la racine de tout mouvement et de toute vie; c'est en tant qu'une chose a une contradiction en elle-même qu'elle se meut, qu'elle a une impulsion et une autorité. »
« La dialectique, a encore écrit le chef de la Révolution d'octobre (19), c'est la théorie qui montre comment les contraires peuvent être et sont habituellement (et comment ils deviennent) identiques, dans quelles conditions ils sont identiques en se convertissant l'un en l'autre - pourquoi l'esprit humain ne doit pas considérer ces contraires comme morts, figés, mais comme vivants, conditionnés, mobiles, se convertissant l'un l'autre. »
« C'est ainsi, commente Politzer (20), que la dialectique s'oppose en tous points à la métaphysique. Non que la dialectique n'admette ni repos, ni séparation entre les divers aspects du réel. Mais elle voit dans le repos un aspect relatif de la réalité, tandis que le mouvement est absolu (21) ... Le métaphysicien isole les contraires, les considère systématiquement comme incompatibles (22). Le dialecticien découvre qu'ils ne peuvent exister l'un sans l'autre et que tout mouvement, tout changement, toute transformation s'explique par leur lutte. » (23)
Erreur marxiste sur la métaphysique du mouvement
Ces textes sont caractéristiques, tant ils expriment bien l'orgueilleuse et mensongère audace du marxisme, en même temps que la confusion de son esprit.
Ne dirait-on pas, à lire ces citations, que la métaphysique (la vraie) refuse d'admettre le mouvement et l'inextricable relativité des choses?
N'aurait-il lu que l'Evangile et les Epîtres, le chrétien y aurait découvert... le célèbre passage: « Si le grain ne meurt qui a été lancé en terre, il demeure seul,- s'il meurt il rapporte beaucoup. » (24) Et dans la « Première Epître de saint Paul aux Corinthiens » (25) : « Ce que tu sèmes, ne reprend point de vie s'il ne meurt... »
Evidence élémentaire !
Mais qu'il importe de comprendre, et d'expliquer autrement que par des tautologies ou un flatus vocis.
Ecrire, comme vient de le faire Politzer, que tout mouvement, tout changement, toute transformation s'explique par une lutte, est une explication pour enfant, la substitution d'un mot à d'autres mots, et précisément une de ces tautologies (26) qu'un saint Thomas ou un Aristote aurait eu scrupule à employer en un endroit aussi grave. Car, dès lors, comment expliquer la lutte? Par le mouvement, le changement, et la transformation? Qui ne voit, au contraire, que tous ces termes : lutte, mouvement, changement, transformation, supposent l'idée de ce qui est à expliquer ou définir ?
Or, précisément, en ce chapitre, si cher aux penseurs marxistes, de l'étude du mouvement, il est fort instructif (et les dits penseurs ne s'y risquent guère, tout partisans de la lutte qu'ils soient) de confronter la pensée de leurs maîtres à celle, par exemple, d'un saint Thomas d'Aquin.
Pour ce dernier comme pour Aristote: qu'est donc le mouvement?
Se sont-ils contentés de répondre, ainsi que nous tendons à le faire couramment: « se mouvoir, être en mouvement, changer ... , c"est aller d'un point à un autre, ou passer d'un état à un autre » ? Nullement !
Car cette explication recevable à titre de première analyse pour situer exactement le mouvement entre deux états, l'un d'où il part et l'autre auquel il aboutit, retient dans sa formulation les verbes « aller» ou « passer» qui sont précisément ce mouvement lui-même qu'il s'agit de définir. Ils ne peuvent donc constituer la définition rigoureuse du mouvement.
A la vérité, il n'existe qu'une description possible du mouvement (à défaut d'une définition au sens rigoureux du terme), et que saint Thomas n'a pas craint d'emprunter à Aristote.
« Etre mu, avait dit en effet ce dernier, ou être en mouvement, c'est tout ensemble ÊTRE ET N'ÊTRE PAS. » (26 bis)
Et voilà, sans doute (n'en déplaise à Politzer) un certain sens de la contradiction (27) non étranger pourtant à la métaphysique.
Mais, alors que le marxisme se contente de répéter cette proposition (du mouvement qui consiste à ÊTRE ET N'ÊTRE PAS) sans « savoir rien en faire » (28), Aristote, lui, et saint Thomas, loin de refuser cette apparente contradiction du donné sensible, ont « su faire» de son explication rigoureuse un des chapitres les plus importants de leur physique et, ultérieurement, de leur métaphysique.
Les choses en mouvement,enseignent-ils, par tout ce qu'elles ont déjà, SONT. (Car ne peut être en mouvement que ce qui EST, ce qui existe déjà).
Mais, par tout ce que les choses en mouvement n'ont pas encore, mais vers lequel elles tendent (29), elles NE SONT PAS (mais PEUVENT être ensuite).
Ainsi, à la fois ÊTRE ET N'ÊTRE PAS, tel est le mouvement pour la pensée traditionnelle et catholique, philosophie du sens commun. Mais cette apparente contradiction, bien loin de s'opposer, comme le soutient le marxisme, au principe d'identité (30), premier principe universel (31) se concilie avec lui sans difficulté, car la contradiction que le mouvement présuppose entre les éléments qu'il met en cause n'est quand même pas celle qui consisterait POUR UNE MÊME CHOSE A ÊTRE ET N'ÊTRE PAS EN MÊME TEMPS ET SOUS LE MÊME RAPPORT (32).
[i](*) Anciens n°. 91 et 92 de Verbe.
(1) Aspects de la France et du monde: 23 février 1950.
(2) La Condition Humaine, p. 189. Edit. « Le livre de poche ». Gallimard, Paris, 1946.
(3) Cf. supra, 1re partie, chap. II, p. 40.
(4) Châtiment divin de l'erreur par l'évidence même de son inconséquence. Cf. Luther, qui, après avoir traité la raison de « p... du diable », sa vie durant, n'en demeure pas moins l'ancêtre du rationalisme moderne. Cf. Hegel, maître de Feuerbach et de Marx.
(5) II ne fut pas le seul disciple de Hegel passé au matérialisme. Feuerbach fut aussi disciple de Hegel.
(6) Matérialisme dialectique et matérialisme historique, p. 10.
(7) Cahiers philosophiques.
(8) Lénine: Œuvres complètes, t. XIII, p. 310. Edition russe.
(9) Diderot, cité par Lénine dans Matérialisme et empirico-criticisme, pp. 24, 25, 26.
(10) Postface à la 2" édit. allemande, dans Le Capital. L. 1., t. l, p. 29. Editions Sociales.
(11) Le mot étant pris ici dans son plein sens philosophique de contradiction.
(12) Philosophe allemand (1804-1872). Selon lui, en adorant Dieu, l'homme ne fait que s'objectiver lui-même, et s'adorer sous une autre forme. Il fait, en conséquence, de l'anthropologie la science universelle. Or, cette anthropologie est toute sensualiste. Les sens y sont donnés pour le sommet, sinon le tout de l'homme. Et le beau et le bien sont exclusivement renfermés dans le sensible.
(13) Marx: Contribution à la critique de l'économie politique, dans Marx-Engels: Etudes philosophiques, p. 79.
Cf. également Engels in Ludwig Feuerbach, p. 37: «A vrai dire, on rencontre bien, à de larges intervalles, chez Feuerbach, des phrases comme celles-ci: « Dans un palais, on pense autrement que dans une chaumière. Si tu n'a rien de substantiel dans le corps, ayant faim et étant dans la misère, tu n'as rien non plus de substantiel dans la tête, dans l'esprit et dans le cœur pour la morale ». Mais il ne sait absolument rien faire de ces phrases; elles restent chez lui de simples façons de parler ... »
(14) Anti-Dühring, p. 54.
(15) Nous verrons combien cette description pèche par défaut plus que par excès, et comment la philosophie chrétienne, et notamment celle de saint Thomas, refuse, dans l'étude du mouvement, de se contenter de descriptions aussi superficielles.
(16) A propos de la contradiction. Août 1937.
(17) Anti-Dühring, p. 54.
(18) Notes critiques sur le livre de Hegel: Leçons d'hisloire de la philosophie ... T. I, Ecole des Eleates, « Cahiers philosophiques », p. 237. Moscou 1947.
(19) Lénine. Notes critiques sur le livre de Hegel: La science de la logique. « Cahiers philosophiques », p. 83.
(20) Principes fondamentaux de Philosophie, p. 24, Editions Sociales, Paris.
(21) Il importe de comprendre le renversement complet des conceptions traditionnelles impliqué par cette affirmation, typiquement marxiste. Le sens commun s'est toujours refusé, en effet, à considérer le mouvement comme un absolu. Ne dépend-il pas, en effet, et de la nature de l'ÊTRE qui change ou qui remue, et, de son point de départ et de son point d'arrivée? En conséquence, spécifié par l'être même du sujet qui remue ou qui change, déterminé (au moins) par son origine et sa fin, le mouvement est essentiellement relatif pour le sens commun, fondement de la pensée chrétienne.
(22) Voici un des leitmotive du marxisme, et un de ses mensonges les plus pervers. La métaphysique est, par lui, présentée et critiquée comme pourrait et devrait l'être un système philosophique, négateur du mouvement (cf.Introduction à la Politique, Verbe n°108). Cf.Staline: «Contrairement à la métaphysique, écrit-il, la dialectique regarde la nature non comme un état de repos et d'immobilité, mais comme un état de mouvement et de changements perpétuels, de renouvellement et de développement incessants, où toujours quelque chose naît et se développe, quelque chose se désagrège et disparaît... Contrairement à la métaphysique, la dialectique considère le processus du développement, non comme un simple processus de croissance, où les changements quantitatifs n'aboutissent pas à des changements qualitatifs, mais comme un développement qui passe des changements quantitatifs insignifiants et latents à des changements apparents et radicaux, à des changements qualitatifs..., etc. »...Contrairement à la métaphysique! Tel est ce à quoi semble tenir le marxisme: s'opposer à la métaphysique. Comme si la métaphysique refusait d'admettre le changement! Comme si elle refusait d'admettre (et d'expliquer!) l'inextricable et mouvante complexité des phénomènes du monde matériel !
« L'objet de la métaphysique, écrit Politzer (opus cit, p.20-21), notamment chez Aristote, c'est l'étude de l'être qui se trouve au-delà de la nature. Tandis que la nature est en mouvement, l'être au-delà de la nature (être surnaturel) est immuable, éternel. Certains l'appellent Dieu, d'autres l'Absolu, etc...» On reste frappé de stupeur devant ce qui est ignorance crasse ou mensonge caractérisé. Quel métaphysicien véritable a jamais défini la métaphysique de cette façon! Ce qui semble compter pour Politzer (et le marxisme) c'est de faire croire que la métaphysique« ignore ou méconnaît la réalité du mouvement et du changement » ... (op. cil., « p. 21). Le métaphysicien, écrit-on sans rire, définit les choses une fois pour toutes (elles resteront ce qu'elles sont!) et, parce qu'il les isole jalousement »...« il est conduit, par là, à les opposer comme absolument inconciliables ... » (ibid., « p. 28). Cf. Politzer, p. 32: « Le premier trait de la dialectique: Tout se tient. (Loi de l'action réciproque et de la « connexion universelle.) » ... « Le métaphysicien, lui, ne pense pas que ce qu'il fait est en connexion avec ce que d'autres font ... » (ibid. p. 35) - « La métaphysique isole les phénomènes sociaux les uns des autres: la réalité économique, la vie sociale, la vie politique sont autant de domaines séparés. Et, à l'intérieur de chacun de ces domaines, la métaphysique introduit mille cloisonnements. » (ibid. p. 40) « Ainsi raisonne le métaphysicien: il nie le changement ... il porte à l'absolu l'immobilité apparente (des choses) » (sic!!!) (ibid., p. 48) « Le métaphysicien ne sait pas maintenir cette unité du spécifique et de l'universel. » (ibid., p. 118).
Nous aurons l'occasion de montrer sommairement un peu plus loin combien tout cela est faux; et l'on verra qui, du marxisme ou de la métaphysique, sait le mieux appréhender le réel, expliquer le mouvement, et sauvegarder l'unité du spécifique et de l'universel.
(23) On connaît la formule hégélienne des trois phases de cette lutte transformatrice: thèse, anti-thèse, synthèse.
(24) Saint Jean, XII, 24.
(25) XV, 36.
(26) Tautologie: du grec tauto, le même et logos, discours.
Répétition inutile d'une même idée en termes différents. ExempIe: « au jour d'aujourd'hui ».
(26 bis) Une telle définition est, en rigueur de terme, irréalisable, car on ne peut ainsi définir que les réalités assez restreintes pour entrer dans une espèce ou dans un genre. Or le mouvement est un fait qui dépasse et déborde tous les genres puisqu'il peut s'accomplir soit selon la substance, soit selon la qualité, soit selon la quantité, soit selon le lieu. Sans être aussi étendu que l'être ou ses propriétés (vérité, bonté, unité) le mouvement est déjà une notion « transcendantale» c'est-à-dire qui s'applique à plusieurs des genres suprêmes. (Notions de transcendance qu'on pourrait dire relative par rapport aux notions de transcendance divine et de transcendance absolue. Cf. Gredt, Cours de Philosophie, id. 1929, vol. II, p. 11, n° 621).
Lorsque la trop grande extension (la « transcendance ») d'une notion empêche de la définir, le métaphysicien y supplée par une « description » aussi complète et aussi précise que possible, à l'aide d'autres notions elles aussi transcendantes. C'est ce qu'a fait Aristote en décrivant le mouvement à l'aide des notions d'acte et de puissance.
(27) Mais il ne s'agit là que d'une contradiction apparente, superficielle, qui ne tient pas à l'essence des choses. La seule contradiction vraiment radicale, essentielle, fondamentale, et par là impensable, est celle qui consiste à dire qu'une même chose pourrait être et ne pas être en même temps et sous le même rapport, comme nous le verrons plus loin.
(28) ... On s'en souvient (cf. supra, note 13) c'est par ces termes qu'Engels lançait quelques reproches à Feuerbach ... accusé de « n'avoir su absolument rien faire » de certaines de ses phrases, lesquelles n'auraient été, chez lui, que « de simples façons de penser ».
(29) Pour le métaphysicien, l'acte c'est la « pleine réalisation actuelle », disons pour simplifier l'être réel au sens plein. Le génie d'Aristote a été de trouver, entre l'acte ou être actuel, et le pur non-être, une réalité intermédiaire qui n'est encore que simple capacité d'être: c'est la puissance passive. Ainsi uu verre vide n'est pas actuellement un verre de vin, mais il est capacité réelle de le devenir. Le verre plein sera le verre de vin en acte. Le verre vide sera le verre de vin en puissance. Rien du tout ne sera verre de vin ni en acte, ni en puissance.
La puissance est donc en quelque sorte une étape intermédiaire entre le pur néant (non être) et l'être. On peut dire qu'à la fois elle est et n'est pas: elle est déjà une capacité d'accueil, mais elle n'est pas la réalisation actuelle et effective de cette accueillance.
A partir de ces notions premières d'acte et de puissance, Aristote décrit alors le mouvement comme « un acte de l'être en puissance en tant qu'il est encore en puissance ». Formule ellyptique au premier abord, mais profondément juste. Avant le mouvement il n'y avait encore que la puissance d'acquérir la détermination (ou acte) que donnera le mouvement. Après le mouvement on aura réalisé cette détermination ou acte. Pendant toute la durée du mouvement, il y aura réalisation partielle de l'acte à acquérir: cette réalisation sera déjà un certain acte, mais incomplet qui laisse encore le sujet en puissance par rapport à l'acte dernier et parfait qui terminera seul le mouvement. C'est ce que veut dire Aristote en disant que le mouvement est un acte de ce qui est en puissance : mais qui le laisse encore partiellement en puissance à l'égard d'un acte plus parfait.
Retenons surtout que la clef de cette description du mouvement est la notion de puissance passive ou réceptive qui est à la fois, bien que sous deux aspects différents, être et non-être. Le verre vide est un verre de vin en puissance: comme verre, il est déjà de l'être, comme vide de vin, il est encore du non-être: tout en étant pouvoir de devenir pleinement l'être complet qui sera le verre de vin.
Et voilà sans doute, dans cette puissance qui est à la fois être et non-être, un certain sens de la contradiction non étranger (n'en déplaise à Politzer) pourtant à la métaphysique ...
(30) « Est, est; non, non ». (Cf. le sens commun confirmé en cet endroit par l'Evangile même). Autant dire: ce qui est, est; ce qui n'est pas, n'est pas: principe d'identité... absolument premier, et universel.
(31) Et donc, par le fait même, premier principe de la métaphysique comme de la physique ... , etc.
(32) Nous l'avons dit, et nous y insisterons dans ce chapitre, la seule contradiction réelle consisterait à penser qu'une même chose peut être et ne pas être dans le même temps et sous le même rapport. Toute autre contradiction, qui ne remplit pas ces conditions, est seulement apparente.
A suivre.........................................................................................................................................................................
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-------Suite----------------Le marxisme mutile le réel
Grâce à cette précision qui ne semble pas très en honneur chez les marxistes, la pensée traditionnelle et catholique laisse ces derniers loin derrière elle, dans sa complète et minutieuse étude du réel. Car, beaucoup mieux que le marxisme qui prétend appréhender tout le réel et ne rien fragmenter, ne rien briser, la pensée traditionnelle et catholique unit en une hiérarchie parfaite, les évidences sensibles et les déductions de l'intelligence, sauvegardant ainsi l'unité de l'homme dans son harmonie rigoureuse (33), alors que le marxisme la mutile en rendant incompréhensibles les exigences de ce qu'il y a de plus élevé en lui, et de spécifique: l'intelligence!
Tout ce que les marxistes voient du monde matériel, et décrivent avec tant de complaisance, les maîtres de la pensée traditionnelle et catholique, philosophie du sens commun, le voient également, et le décrivent aussi bien, mais loin de rien écarter, (en l'espèce l'univers métaphysique) par incapacité, ou refus diabolique, de l'unir convenablement aux données immédiates des sens, ils savent ordonner celles-ci et celui-là en une vision rigoureusement cohérente de tout le réel.
Ce n'est donc pas la pensée traditionnelle et catholique qui mutile le réel par fragmentation et rejet, c'est le marxisme lui-même, qui prétend ne s'en tenir qu'aux données sensibles les plus élémentaires. Alors que la pensée traditionnelle et catholique, philosophie du sens commun, sait faire en sorte que ces données sensibles, ne soient pas coupées de ce que nie le marxisme.
Les lois de transformation méconnues par le marxisme
La pensée traditionnelle et catholique ne sépare rien.
Elle distingue. Ce qui est tout autre chose. Et cela, pour ne pas tout confondre. Ce qui ne l'empêche pas de voir (sans en éprouver la moindre gêne) l'extrême complexité des innombrables phénomènes du monde matériel. Elle les scrute, au contraire, et elle les explique avec une rigueur au moins égale à celle des descriptions et interprétations marxistes.
Les montagnes, sous l'influence de la neige, des pluies et de l'érosion, s'affaissent peu à peu, tout en restant elles-mêmes. Un arbre grandit sans changer son identité. L'individu humain garde sa personnalité dans le flux des processus organiques et mentaux qui constituent sa vie.
Nous savons que nous changeons, notait Carrel (34), nous savons que nous ne sommes pas identiques à ce que nous étions autrefois, et, cependant,que nous sommes le même être... Nous « sommes, poursuit-il, la superposition des aspects « différents d'une identité. »
Telle est la réalité.
Car il ne suffit pas de constater que tout ce qui est soumis au mouvement EST ET N'EST PAS, en quelque sorte. Il faut « l'expliquer », comme dit Politzer sans le faire. Car avancer que cette contradiction (35) s'explique par la lutte n'est pas une explication; ce n'est qu'un mot.
En réalité, le marxiste constate<, dans le monde en mouvement un certain mode de contradiction. Il en décrit les phénomènes. Mais, en dépit de ses dires, n'explique rien. Si l'on veut expliquer le changement, en effet, il ne suffit pas d'énoncer qu'il est une certaine façon d'être 'et de n'être pas. il faut savoir distinguer (et expliquer encore) le fait que CETTE FAÇON D'ÊTRE ET DE N'ÊTRE PAS OBÉIT A DES LOIS PRÉCISES. Que les transformations des corps, notamment, se produisent; et qu'elles se produisent avec la régularité de l'ordre que nous constatons, en particulier en chimie; c'est là un point assez considérable pour que le simple terme de lutte ne suffise pas à justifier l'ensemble des phénomènes qui se peuvent observer de ce point de vue.
Or ici encore, la métaphysique traditionnelle et catholique, la philosophie du sens commun, ne refuse pas d'étudier attentivement ce problème. Bien au contraire, loin de le repousser elle parvient à le résoudre en respectant toutes ses données. L'unité du monde, que les marxistes lui objectent, elle est très familière à ses études. Elle en connaît les lois, l'ordonnance et le sens.
Prenons un exemple dans la philosophie de saint Thomas. Ce qu'on y désigne habituellement par « l'être mobile d'un composé », ou encore la notion d'une « matière première » (36) toujours susceptible de mouvement sous le flux et le reflux des transformations dans la substance, apparaît comme une stricte exigence d'une métaphysique du mouvement et d'une pensée préoccupée de la « connexion universelle» des choses. Bien plus, les véritables explications du mouvement des corps et de l'unité du monde ne se trouvent pas chez les « monistes du devenir », que sont les marxistes, mais dans la pensée et la métaphysique chrétiennes, dans la philosophie du sens commun.
Qu'on se reporte à saint Thomas et à tels de ses développements (surtout sur la « matière » et la « forme») et l'on verra si ces textes ne semblent pas orienter (ou comme porter en creux) les plus récentes leçons qui se peuvent dégager de cette physique moderne qu'on appelle ondulatoire (37).
Ce n'est pas saint Thomas, théoricien d'une « matière première », définie comme « puissance pure », qui aurait été surpris de la proposition d'Einstein, « la matière est dynamisme pur » (38).
Et donc, ici encore, ce n'est pas la métaphysique (la vraie !) qui fragmente et exclut, c'est le marxisme par son refus injustifié de tenir compte de cette partie du réel que découvre l'intelligence.
Mettre de la contradiction partout
Au reste, rien n'est plus sommaire dans ce système forcené de la contradiction que l'idée qu'on semble s'y faire, bien souvent, de la contradiction elle-même. La simple succession n'y est-elle point présentée, à l'occasion, comme une forme particulièrement nette de la contradiction des êtres?
Chose curieuse (et symptomatique !) on évite d'y parler de cette forme de contradiction, qui, seule, pourtant, serait anti-métaphysique parce qu'impensable ... ; contradiction dont il suffirait de préciser qu'elle consiste à affirmer qu'une chose peut à la fois être et n'être pas EN MÊME TEMPS ET sous LE MÊME RAPPORT.
Ce qui donne à penser que, dans le marxisme, la contradiction est recherchée pour elle-même. On y tient absolument, on la cherche et la veut (39); on la proclame bien haut, même quand il n'y a pas, à vrai dire, contradiction (39 bis). Il semble qu'on cherche à « en remettre ». Ce qui fait que le marxisme est moins une constatation méthodique et fondée de la contradiction dans le monde matériel en mouvement, qu'une systématique volonté de trouver et de mettre de la contradiction partout.
En ce sens, il est moins une philosophie de la contradiction qu'une frénésie de la contradiction.
Au fond, c'est à la notion d'ÊTRE qu'il en veut, et à la VÉRITÉ que cette notion commande. Et, derrière ces notions d'ÊTRE et de VÉRITÉ, c'est la métaphysique qu'il vise.
Il n'est qu'une forme du vieux monisme (40) d'Héraclite, « MONISME DU DEVENIR» (41).
« Panta rei », « tout s'écoule », disait ce dernier. « On ne se baigne pas deux fois dans le même fleuve. Ce qui est, n'est pas, et ce qui n'est pas, est; car tout devient et rien ne demeure ... »
Dès lors impossibilité, on le comprend, d'affirmer quoi que ce soit; ou tout au moins d'accorder un sens d'ÊTRE, un sens de VÉRITÉ à nos paroles. Puisque rien n'est, on ne peut rien dire, car DIRE QUE RIEN N'EST, C'EST ENCORE AFFIRMER QUELQUE CHOSE.
Mais comme l'a dit Aristote (42) : « Il est impossible que personne conçoive jamais qu'en même temps, et sous le même rapport, la même chose existe et n'existe pas. Héraclite est d'un autre avis selon quelques-uns; mais tout ce qu'on dit, il n'est pas nécessaire qu'on le pense. La cause de l'opinion de ces philosophes c'est qu'ils n'ont admis l'existence que des choses sensibles; et comme ils voyaient que la nature sensible est en perpétuel mouvement, certains, comme Cratyle, ont pensé qu'il ne fallait rien dire. Il se contentait de remuer le doigt. »
« Si l'on dit par ailleurs que tous les êtres sont un, on ne fait que revenir à l'opinion d'Héraclite. Désormais tout se confond, le bien et le mal sont identiques, l'homme et le cheval ne font qu'un. Mais alors ce n'est pas affirmer vraiment que les êtres sont un; c'est affirmer qu'ils ne sont rien. »
N'est-ce point là, proclamée du fond des âges, la stigmatisation du marxisme ? ...
... Mais, à quelques détails près cependant, concernant Cratyle.
Ne plus rien dire, en effet, et se contenter de remuer le doigt, c'est manquer vraiment de dynamisme quand on est un moniste du devenir et de l'action.
Si Cratyle revenait il serait marxiste. Le seul fait de remuer le petit doigt pouvait déjà passer pour le signe extérieur d'un « oui » ou d'un « non ». Quelle folie, quand le marxisme libère si aisément ceux qui ne croient à la vérité de rien de la pénible obligation de se taire!
Cratyle, s'il était parmi nous, admettrait que le langage peut n'avoir aucune valeur d'ÊTRE et de VÉRITÉ mais seulement une valeur d'EFFICIENCE ET D'ACTION.
Langage qui s'attache moins à ce qui est affirmé ou nié dans l'expression grammaticale qu'aux forces qu'il met en branle, à l'action qu'il exerce ou favorise.
Langage d'impulsion, de motion, il n'est qu'un moyen d'agir, sans référence à la vérité ou à l'erreur des idées qu'il exprime. Peu importe d'ailleurs que ces idées traduisent ou non la réalité des choses pourvu qu'elles s'insèrent dans le courant de pensée du moment et qu'elles en facilitent le dynamisme révolutionnaire. Ce n'est plus l'action d'un doigt qu'on se contente de manifester, c'est la « Révolution permanente », la « mise en branle de tout ce qui aspire à remuer » (43), la mise en branle de toutes les forces possibles de la planète entière : action générale d'une transformation radicale et continue de l'univers.
Car ainsi que l'a dit Lénine: « les philosophes n'ont fait, jusqu'ici qu'interprêter diversement le monde. Il s'agit de le changer » (44) .
• Une frénésie de la contradiction, tel est un des premiers caractères du marxisme.
D'où inconséquence de ceux qui, « pour le réfuter », croient suffisant de proclamer ses contradictions.
Comme si le fait de se contredire pouvait inquiéter ceux pour lesquels contradiction signifie vie et progrès. Tant vaudrait faire observer à un chrétien qu'il croit à Jésus-Christ, espérant l'ébranler ainsi par cette constatation péremptoire.
Susciter et cultiver les contradictions
Disciple résolu et conscient d'une philosophie, d'un système général de la contradiction, ce n'est pas la constatation de cette dernière qui risque d'inquiéter un vrai marxiste. Ce serait plutôt l'absence de contradictions. Lui qui en voit partout, les exploite quand il y en a et cherche à en faire éclater là où elles tardent à se manifester.
Aussi n'est-il pas surprenant de voir, par exemple, un Mao-Tsé-toung souhaiter qu'il y ait des oppositions jusque dans le Parti Communiste chinois: « Il est normal, écrit-il, que des oppositions de pensée et des luttes se produisent à l'intérieur du Parti. C'est la réaction interne du Parti aux contradictions entre classes dans la société et entre l'ordre nouveau et l'ancien. S'il n'y avait pas de contradictions dans le Parti et pas de lutte pour les résoudre, ce serait le signe que la vie du Parti est arrêtée. » (45).
Car, pour le marxiste, le matérialisme dialectique c'est cela.
(33) Pie XII. Message de Noël. 1957 : « L'homme n'est jamais tellement seul, tellement individuel et relégué en lui-même, dans aucun événement, même tout à fait particulier, que ses déterminations et ses actes n'aient des répercussions dans le monde qui l'entoure. Exécuteur de la divine symphonie, chaque homme ne peut estimer que son action est une affaire qui le regarde exclusivement. La vie morale est, sans doute, en premier lieu, un fait individuel et intérieur, mais non dans le sens d'un certain « intériorisme » et « historicisme », par lequel tel ou tel s'efforce d'affaiblir et de repousser la valeur universelle des normes morales. »
(34) Alexis Carrel: chirurgien et physiologiste français (1873-1944). L'homme, cet inconnu.
(35) Contradiction superficielle, non radicale. Cf. supra.
(36) Matière au sens philosophique. Cette « matière première » est une matière pure réellement distincte de toute forme qui viendra la compléter et la déterminer à constituer tel ou tel corps. Mais elle ne peut jamais exister seule et tant qu'une « forme» ne l'a pas déterminée à être telle chose. Bien qu'ayant sa réalité propre, la matière pure ne se rencontre donc réellement nulle part et tous les corps qui existent réellement sont composés de matière et de forme. Pourtant la matière pure n'est pas une simple abstraction, fruit d'une distinction faite par notre esprit : c'est une capacité réelle qui existe réellement sous la forme et en demeure réellement distincte tout en ne formant qu'un seul être complet avec elle.
(37) Ce n'est là qu'un exemple. Mais il est certain que les récentes études scientifiques sur la nature de la matière obligent à revenir à la philosophie du sens commun et particulièrement à la métaphysique du mouvement.
A moins de renoncer à une explication rationnelle des phénomènes observés il faut bien admettre que des lois immuables président aux mouvements corpusculaires et qu'une finalité les ordonne.
Or le marxisme refuse d'aborder ces problèmes et s'enferme délibérément dans son monisme. De là son caractère foncièrement anti-philosophique et anti-scientifique (au sens habituel de ces mots).
(38) Il importe d'ajouter qu'il l'eût entendu, fondamentalement, d'un dynamisme passif, toujours ouvert au dynamisme actif de la forme ...
(39) Cf. Lénine: « Le reflet de la nature dans la pensée humaine doit être compris non d'une façon « morte », non « abstraitement », non sans mouvement, non SANS CONTRADICTION, mais dans le PROCESSUS ÉTERNEL du mouvement, de la naissance des contradictions et de leurs résolutions ». Cahiers philosophiques. Cité par Politzer, p. 105. Les lettres capitales ont été mises par ce dernier.
(39 bis) Cette contradiction est en effet le plus souvent étalée dans le temps, et par là-même elle n'est pas cette contradiction, seulement contradiction « logique », que condamne le principe de contradiction.
(40) Monisme: du grec monos un seul. Le marxisme est un MONISME en ce qu'il ne s'attache qu'à UN SEUL aspect de la réalité. Il ne retient que l'élément sensible, changeant, mouvant. Il refuse de voir dans le réel cet autre aspect fixe, immuable, celui de l'être.
Or ces deux aspects sont inséparables. N'admettre que l'être c'est nier le mouvement (monisme de l'être) ce qui est absurde. N'admettre que le mouvement (monisme du devenir) c'est nier l'être, ce qui est tout aussi absurde car on ne peut plus expliquer que ce mouvement obéisse à des lois permanentes, immuables. Les monismes aboutissent ainsi à des impasses.
(41) L'aveu en est d'ailleurs très explicite dans Lénine:
Cahiers philosophiques. Cité par Politzer, p. 161 : « La conception matérialiste du philosophe de l'Antiquité, Héraclite, pour
qui le monde est un, n'a été créé par aucun dieu ni par aucun homme ... constitue un excellent exposé des principes « du matérialisme dialectique.»
(42) Métaphysique. IV.
(43) Cf. supra pe partie, chap. 2, p. 53.
(44) Thèses sur Feuerbach.
(45) De la contradiction, p. 10.
-----A suivre------------------------------------------------------------------------------
Grâce à cette précision qui ne semble pas très en honneur chez les marxistes, la pensée traditionnelle et catholique laisse ces derniers loin derrière elle, dans sa complète et minutieuse étude du réel. Car, beaucoup mieux que le marxisme qui prétend appréhender tout le réel et ne rien fragmenter, ne rien briser, la pensée traditionnelle et catholique unit en une hiérarchie parfaite, les évidences sensibles et les déductions de l'intelligence, sauvegardant ainsi l'unité de l'homme dans son harmonie rigoureuse (33), alors que le marxisme la mutile en rendant incompréhensibles les exigences de ce qu'il y a de plus élevé en lui, et de spécifique: l'intelligence!
Tout ce que les marxistes voient du monde matériel, et décrivent avec tant de complaisance, les maîtres de la pensée traditionnelle et catholique, philosophie du sens commun, le voient également, et le décrivent aussi bien, mais loin de rien écarter, (en l'espèce l'univers métaphysique) par incapacité, ou refus diabolique, de l'unir convenablement aux données immédiates des sens, ils savent ordonner celles-ci et celui-là en une vision rigoureusement cohérente de tout le réel.
Ce n'est donc pas la pensée traditionnelle et catholique qui mutile le réel par fragmentation et rejet, c'est le marxisme lui-même, qui prétend ne s'en tenir qu'aux données sensibles les plus élémentaires. Alors que la pensée traditionnelle et catholique, philosophie du sens commun, sait faire en sorte que ces données sensibles, ne soient pas coupées de ce que nie le marxisme.
Les lois de transformation méconnues par le marxisme
La pensée traditionnelle et catholique ne sépare rien.
Elle distingue. Ce qui est tout autre chose. Et cela, pour ne pas tout confondre. Ce qui ne l'empêche pas de voir (sans en éprouver la moindre gêne) l'extrême complexité des innombrables phénomènes du monde matériel. Elle les scrute, au contraire, et elle les explique avec une rigueur au moins égale à celle des descriptions et interprétations marxistes.
Les montagnes, sous l'influence de la neige, des pluies et de l'érosion, s'affaissent peu à peu, tout en restant elles-mêmes. Un arbre grandit sans changer son identité. L'individu humain garde sa personnalité dans le flux des processus organiques et mentaux qui constituent sa vie.
Nous savons que nous changeons, notait Carrel (34), nous savons que nous ne sommes pas identiques à ce que nous étions autrefois, et, cependant,que nous sommes le même être... Nous « sommes, poursuit-il, la superposition des aspects « différents d'une identité. »
Telle est la réalité.
Car il ne suffit pas de constater que tout ce qui est soumis au mouvement EST ET N'EST PAS, en quelque sorte. Il faut « l'expliquer », comme dit Politzer sans le faire. Car avancer que cette contradiction (35) s'explique par la lutte n'est pas une explication; ce n'est qu'un mot.
En réalité, le marxiste constate<, dans le monde en mouvement un certain mode de contradiction. Il en décrit les phénomènes. Mais, en dépit de ses dires, n'explique rien. Si l'on veut expliquer le changement, en effet, il ne suffit pas d'énoncer qu'il est une certaine façon d'être 'et de n'être pas. il faut savoir distinguer (et expliquer encore) le fait que CETTE FAÇON D'ÊTRE ET DE N'ÊTRE PAS OBÉIT A DES LOIS PRÉCISES. Que les transformations des corps, notamment, se produisent; et qu'elles se produisent avec la régularité de l'ordre que nous constatons, en particulier en chimie; c'est là un point assez considérable pour que le simple terme de lutte ne suffise pas à justifier l'ensemble des phénomènes qui se peuvent observer de ce point de vue.
Or ici encore, la métaphysique traditionnelle et catholique, la philosophie du sens commun, ne refuse pas d'étudier attentivement ce problème. Bien au contraire, loin de le repousser elle parvient à le résoudre en respectant toutes ses données. L'unité du monde, que les marxistes lui objectent, elle est très familière à ses études. Elle en connaît les lois, l'ordonnance et le sens.
Prenons un exemple dans la philosophie de saint Thomas. Ce qu'on y désigne habituellement par « l'être mobile d'un composé », ou encore la notion d'une « matière première » (36) toujours susceptible de mouvement sous le flux et le reflux des transformations dans la substance, apparaît comme une stricte exigence d'une métaphysique du mouvement et d'une pensée préoccupée de la « connexion universelle» des choses. Bien plus, les véritables explications du mouvement des corps et de l'unité du monde ne se trouvent pas chez les « monistes du devenir », que sont les marxistes, mais dans la pensée et la métaphysique chrétiennes, dans la philosophie du sens commun.
Qu'on se reporte à saint Thomas et à tels de ses développements (surtout sur la « matière » et la « forme») et l'on verra si ces textes ne semblent pas orienter (ou comme porter en creux) les plus récentes leçons qui se peuvent dégager de cette physique moderne qu'on appelle ondulatoire (37).
Ce n'est pas saint Thomas, théoricien d'une « matière première », définie comme « puissance pure », qui aurait été surpris de la proposition d'Einstein, « la matière est dynamisme pur » (38).
Et donc, ici encore, ce n'est pas la métaphysique (la vraie !) qui fragmente et exclut, c'est le marxisme par son refus injustifié de tenir compte de cette partie du réel que découvre l'intelligence.
Mettre de la contradiction partout
Au reste, rien n'est plus sommaire dans ce système forcené de la contradiction que l'idée qu'on semble s'y faire, bien souvent, de la contradiction elle-même. La simple succession n'y est-elle point présentée, à l'occasion, comme une forme particulièrement nette de la contradiction des êtres?
Chose curieuse (et symptomatique !) on évite d'y parler de cette forme de contradiction, qui, seule, pourtant, serait anti-métaphysique parce qu'impensable ... ; contradiction dont il suffirait de préciser qu'elle consiste à affirmer qu'une chose peut à la fois être et n'être pas EN MÊME TEMPS ET sous LE MÊME RAPPORT.
Ce qui donne à penser que, dans le marxisme, la contradiction est recherchée pour elle-même. On y tient absolument, on la cherche et la veut (39); on la proclame bien haut, même quand il n'y a pas, à vrai dire, contradiction (39 bis). Il semble qu'on cherche à « en remettre ». Ce qui fait que le marxisme est moins une constatation méthodique et fondée de la contradiction dans le monde matériel en mouvement, qu'une systématique volonté de trouver et de mettre de la contradiction partout.
En ce sens, il est moins une philosophie de la contradiction qu'une frénésie de la contradiction.
Au fond, c'est à la notion d'ÊTRE qu'il en veut, et à la VÉRITÉ que cette notion commande. Et, derrière ces notions d'ÊTRE et de VÉRITÉ, c'est la métaphysique qu'il vise.
Il n'est qu'une forme du vieux monisme (40) d'Héraclite, « MONISME DU DEVENIR» (41).
« Panta rei », « tout s'écoule », disait ce dernier. « On ne se baigne pas deux fois dans le même fleuve. Ce qui est, n'est pas, et ce qui n'est pas, est; car tout devient et rien ne demeure ... »
Dès lors impossibilité, on le comprend, d'affirmer quoi que ce soit; ou tout au moins d'accorder un sens d'ÊTRE, un sens de VÉRITÉ à nos paroles. Puisque rien n'est, on ne peut rien dire, car DIRE QUE RIEN N'EST, C'EST ENCORE AFFIRMER QUELQUE CHOSE.
Mais comme l'a dit Aristote (42) : « Il est impossible que personne conçoive jamais qu'en même temps, et sous le même rapport, la même chose existe et n'existe pas. Héraclite est d'un autre avis selon quelques-uns; mais tout ce qu'on dit, il n'est pas nécessaire qu'on le pense. La cause de l'opinion de ces philosophes c'est qu'ils n'ont admis l'existence que des choses sensibles; et comme ils voyaient que la nature sensible est en perpétuel mouvement, certains, comme Cratyle, ont pensé qu'il ne fallait rien dire. Il se contentait de remuer le doigt. »
« Si l'on dit par ailleurs que tous les êtres sont un, on ne fait que revenir à l'opinion d'Héraclite. Désormais tout se confond, le bien et le mal sont identiques, l'homme et le cheval ne font qu'un. Mais alors ce n'est pas affirmer vraiment que les êtres sont un; c'est affirmer qu'ils ne sont rien. »
N'est-ce point là, proclamée du fond des âges, la stigmatisation du marxisme ? ...
... Mais, à quelques détails près cependant, concernant Cratyle.
Ne plus rien dire, en effet, et se contenter de remuer le doigt, c'est manquer vraiment de dynamisme quand on est un moniste du devenir et de l'action.
Si Cratyle revenait il serait marxiste. Le seul fait de remuer le petit doigt pouvait déjà passer pour le signe extérieur d'un « oui » ou d'un « non ». Quelle folie, quand le marxisme libère si aisément ceux qui ne croient à la vérité de rien de la pénible obligation de se taire!
Cratyle, s'il était parmi nous, admettrait que le langage peut n'avoir aucune valeur d'ÊTRE et de VÉRITÉ mais seulement une valeur d'EFFICIENCE ET D'ACTION.
Langage qui s'attache moins à ce qui est affirmé ou nié dans l'expression grammaticale qu'aux forces qu'il met en branle, à l'action qu'il exerce ou favorise.
Langage d'impulsion, de motion, il n'est qu'un moyen d'agir, sans référence à la vérité ou à l'erreur des idées qu'il exprime. Peu importe d'ailleurs que ces idées traduisent ou non la réalité des choses pourvu qu'elles s'insèrent dans le courant de pensée du moment et qu'elles en facilitent le dynamisme révolutionnaire. Ce n'est plus l'action d'un doigt qu'on se contente de manifester, c'est la « Révolution permanente », la « mise en branle de tout ce qui aspire à remuer » (43), la mise en branle de toutes les forces possibles de la planète entière : action générale d'une transformation radicale et continue de l'univers.
Car ainsi que l'a dit Lénine: « les philosophes n'ont fait, jusqu'ici qu'interprêter diversement le monde. Il s'agit de le changer » (44) .
• Une frénésie de la contradiction, tel est un des premiers caractères du marxisme.
D'où inconséquence de ceux qui, « pour le réfuter », croient suffisant de proclamer ses contradictions.
Comme si le fait de se contredire pouvait inquiéter ceux pour lesquels contradiction signifie vie et progrès. Tant vaudrait faire observer à un chrétien qu'il croit à Jésus-Christ, espérant l'ébranler ainsi par cette constatation péremptoire.
Susciter et cultiver les contradictions
Disciple résolu et conscient d'une philosophie, d'un système général de la contradiction, ce n'est pas la constatation de cette dernière qui risque d'inquiéter un vrai marxiste. Ce serait plutôt l'absence de contradictions. Lui qui en voit partout, les exploite quand il y en a et cherche à en faire éclater là où elles tardent à se manifester.
Aussi n'est-il pas surprenant de voir, par exemple, un Mao-Tsé-toung souhaiter qu'il y ait des oppositions jusque dans le Parti Communiste chinois: « Il est normal, écrit-il, que des oppositions de pensée et des luttes se produisent à l'intérieur du Parti. C'est la réaction interne du Parti aux contradictions entre classes dans la société et entre l'ordre nouveau et l'ancien. S'il n'y avait pas de contradictions dans le Parti et pas de lutte pour les résoudre, ce serait le signe que la vie du Parti est arrêtée. » (45).
Car, pour le marxiste, le matérialisme dialectique c'est cela.
(33) Pie XII. Message de Noël. 1957 : « L'homme n'est jamais tellement seul, tellement individuel et relégué en lui-même, dans aucun événement, même tout à fait particulier, que ses déterminations et ses actes n'aient des répercussions dans le monde qui l'entoure. Exécuteur de la divine symphonie, chaque homme ne peut estimer que son action est une affaire qui le regarde exclusivement. La vie morale est, sans doute, en premier lieu, un fait individuel et intérieur, mais non dans le sens d'un certain « intériorisme » et « historicisme », par lequel tel ou tel s'efforce d'affaiblir et de repousser la valeur universelle des normes morales. »
(34) Alexis Carrel: chirurgien et physiologiste français (1873-1944). L'homme, cet inconnu.
(35) Contradiction superficielle, non radicale. Cf. supra.
(36) Matière au sens philosophique. Cette « matière première » est une matière pure réellement distincte de toute forme qui viendra la compléter et la déterminer à constituer tel ou tel corps. Mais elle ne peut jamais exister seule et tant qu'une « forme» ne l'a pas déterminée à être telle chose. Bien qu'ayant sa réalité propre, la matière pure ne se rencontre donc réellement nulle part et tous les corps qui existent réellement sont composés de matière et de forme. Pourtant la matière pure n'est pas une simple abstraction, fruit d'une distinction faite par notre esprit : c'est une capacité réelle qui existe réellement sous la forme et en demeure réellement distincte tout en ne formant qu'un seul être complet avec elle.
(37) Ce n'est là qu'un exemple. Mais il est certain que les récentes études scientifiques sur la nature de la matière obligent à revenir à la philosophie du sens commun et particulièrement à la métaphysique du mouvement.
A moins de renoncer à une explication rationnelle des phénomènes observés il faut bien admettre que des lois immuables président aux mouvements corpusculaires et qu'une finalité les ordonne.
Or le marxisme refuse d'aborder ces problèmes et s'enferme délibérément dans son monisme. De là son caractère foncièrement anti-philosophique et anti-scientifique (au sens habituel de ces mots).
(38) Il importe d'ajouter qu'il l'eût entendu, fondamentalement, d'un dynamisme passif, toujours ouvert au dynamisme actif de la forme ...
(39) Cf. Lénine: « Le reflet de la nature dans la pensée humaine doit être compris non d'une façon « morte », non « abstraitement », non sans mouvement, non SANS CONTRADICTION, mais dans le PROCESSUS ÉTERNEL du mouvement, de la naissance des contradictions et de leurs résolutions ». Cahiers philosophiques. Cité par Politzer, p. 105. Les lettres capitales ont été mises par ce dernier.
(39 bis) Cette contradiction est en effet le plus souvent étalée dans le temps, et par là-même elle n'est pas cette contradiction, seulement contradiction « logique », que condamne le principe de contradiction.
(40) Monisme: du grec monos un seul. Le marxisme est un MONISME en ce qu'il ne s'attache qu'à UN SEUL aspect de la réalité. Il ne retient que l'élément sensible, changeant, mouvant. Il refuse de voir dans le réel cet autre aspect fixe, immuable, celui de l'être.
Or ces deux aspects sont inséparables. N'admettre que l'être c'est nier le mouvement (monisme de l'être) ce qui est absurde. N'admettre que le mouvement (monisme du devenir) c'est nier l'être, ce qui est tout aussi absurde car on ne peut plus expliquer que ce mouvement obéisse à des lois permanentes, immuables. Les monismes aboutissent ainsi à des impasses.
(41) L'aveu en est d'ailleurs très explicite dans Lénine:
Cahiers philosophiques. Cité par Politzer, p. 161 : « La conception matérialiste du philosophe de l'Antiquité, Héraclite, pour
qui le monde est un, n'a été créé par aucun dieu ni par aucun homme ... constitue un excellent exposé des principes « du matérialisme dialectique.»
(42) Métaphysique. IV.
(43) Cf. supra pe partie, chap. 2, p. 53.
(44) Thèses sur Feuerbach.
(45) De la contradiction, p. 10.
-----A suivre------------------------------------------------------------------------------
Dernière édition par Pat le 24/04/2008 - 21:09, édité 1 fois.
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Entre 1951 et 1956, j'ai partagé, à la revue Est et Ouest (1), boulevard Haussmann, le même bureau qu'un ancien espion soviétique, Emile Bougère.
Emile était un homme petit, gentil, effacé ... un homme tout gris. Le prototype de l'employé.
Méfiez-vous des apparences. Entre 1927 et 1933, Emile, alors membre du parti communiste, avait été le bras droit du « général» Muraille, le patron des « Rabcors ».
« Rabcors »est une contraction des deux mots russes « Rabotnichki Correspondenti » (Correspondants ouvriers). Il s'agissait, dans la période de la clandestinité, puis dans les débuts de la révolution russe, de travailleurs qui renseignaient la presse bolchevique sur les péripéties de leurs entreprises.
La formule fut copiée par l'Humanité. Le 8 novembre 1927, paraît la première page des Rabcors. On y lit cette lettre d'un camarade: « J'aime Lénine parce que mon patron le hait ».
L'homme qui dirige cette rubrique a 25 ans. C'est un garçon bizarre, à la fois lunaire et farceur. C'est le petit-fils du préfet de police Lépine. Il croit sincèrement contribuer à la lutte des classes en publiant les lettres des ouvriers qui parlent de la vie dans leurs entreprises, et qui affluent par centaines.
En réalité, il sert de « couverture » à deux adjoints, Bougère et Liochier, qui, eux, organisent le vrai travail des « Rabcors » : l'espionnage.
L'espionnage industriel. L'espionnage de masse. L'espionnage accompli, parfois, par des hommes qui ne se doutent même pas qu'ils participent à une entreprise criminelle.
Dans le flot du courrier, Bougère trie les lettres qui concernent soit des sujets intéressants (celles qui évoquent, en particulier, les entreprises travaillant pour la Défense Nationale), soit qui émanent de sujets ... « doués ».
Il va voir les intéressés, les sélectionne, avertit les uns de ce que « le Parti attend de toi, camarade », utilise les autres sans trop éclairer leur lanterne.
Combien les Rabcors sont-ils? Sans doute deux mille à trois mille. Ils glanent une foule de renseignements, parmi lesquels les diligents Bougère et Liochier effectuent le tri entre le bon grain (les secrets industriels) et l'ivraie (les imprécations contre les capitalistes oppresseurs).
A la tête de cette entreprise, le mystérieux« général Muraille ». Muraille est un «faux blase », naturellement, arboré par un Soviétique d'origine balte. Dans son manuscrit que j'ai largement utilisé pour mon Histoire secrète du Parti Communiste français, (2) Bougère assure que son identité réelle n'a jamais été percée. Il s'agirait d'un personnage ayant vécu dans un « sana » suisse (3) pendant la guerre de 14/18. Il aurait accompagné Lénine dans son fameux wagon plombé. Il semble, en tout cas, que Muraille ait été un des adjoints du général soviétique Berzine à la Tchéka (ancêtre du K.G.B.)
Muraille, alias « Paul », alias « Henri », alias « Paul Boissonnas », alias « Albaret », alias ... « tombe» en avril 1931, après une course-poursuite dans les couloirs du Paris-Lyon. Jugé, il se dit Suisse, écrivain. S'il est venu en France, c'est qu'il est amoureux d'une femme mariée, dont il ne peut révéler l'identité, bien sûr. Bref, un baratin sentimental tout à fait comparable à celui tout frais (l'affaire de la fusée Ariane) de la femme Verdier, d'origine soviétique, qui aime bien la France et les petits oiseaux ...
Trois ans de prison pour Muraille. A sa sortie, il disparaît. Peut-être pour son malheur, car il y a une bonne chance qu'il ait été victime des « purges » staliniennes, en même temps que Berzine.
Avant les Rabcors, les entreprises d'espionnage soviétiques ont commencé, peu après la création du P .C . F (1920). On peut citer les affaires Pelletier Tommasi, dit " Toto ", le réseau Cremet, le réseau des imprimeurs de Rougeayres, le réseau Monnereau, etc.
Famtômas et Jacques Duclos
Parallèlement aux Rabcors, au début des années 30, a surgi un nouveau réseau branché sur d'autres manipulateurs soviétiques. A sa tête, un Polonais d'origine juive, Bir, dit Fantômas, flanqué d'un certain Haelter Ström, Polonais lui aussi, et, sans doute - il le niera plus tard -, du fameux Trepper, le futur chef de l'Orchestre Rouge sous l'Occupation, alors fraîchement débarqué de Palestine.
Quand le réseau Fantômas est démantelé par la police, un homme important du P.C.F. devrait logiquement être pris dans les mailles du filet. Il a pris la précaution de passer en Belgique.
C'est un certain Jacques Duclos. Duclos finira par obtenir un non-lieu, grâce, dit-on à la protection de la Franc-Maçonnerie.
Après la Libération, l'espionnage soviétique en France connaît des facilités plus grandes. Les communistes sont au pouvoir ; quand ils en sont chassés, il laissent dans les administrations des hommes à eux. Le K.G.B., le G.R.V. (service de renseignements de l'Armée) ne s'adressent plus d'une façon quasi-exclusive à des militants communistes. Ils pénètrent partout, font flèche de tout bois, recrutent dans tous les milieux en utilisant toutes les armes: l'argent, le chantage, l'ambition, les rancœurs, les affinités idéologiques ...
Dans cette période, on découvre un réseau au journal communiste France d'abord, organe des F.T.P. (Francs-Tireurs et Partisans). Un ancien membre du cabinet du ministre de l'Air Charles Tillon, André Teulery, est convaincu de complicités avec les services soviétiques et yougoslaves.
Le réseau de Toulon
En 1952, une autre affaire met en cause les militants communistes et cégétistes de Toulon. On est en plein conflit au Viêt-Nam. Les perquisitions, ordonnées par le juge Roth au siège de la C.G.T. et à la Bourse du Travail de Toulon, permettent d'établir que des renseignements ont été collectés sur les fabrications des Forges et Chantiers de Toulon ; sur les chaînes de montage aux usines de Saint-Tropez; sur l'arsenal de Toulon; sur un radar et un détecteur de sons, etc.
Dans Le Monde du 10 juin 1952, on peut lire, à l'époque: " M. Roth vient d'obtenir les aveux de deux militants communistes arrêtés la semaine dernière. Il leur était difficile de nier, car les rapports saisis au cours de la perquisition à la Bourse du Travail sont de la main-même des coupables, sur des formules administratives provenant des services de la Marine et de la S.N.C.F. "
Il n'empêche que l'enquête s'enlise. Devant la campagne de la presse communiste, la justice des démocraties recule.
Il en sera de même lors de la fameuse affaire des " fuites " ; celles qui produisaient par le truchement de deux hauts fonctionnaires du Comité de la Défense Nationale. Les secrets des délibérations, en pleine guerre d'Indochine, y sont régulièrement violés et transmis par un agent double, Baranès, -- qui renseigne en même temps le commissaire Dides - au journal Libération de d' Astier de la Vigerie, à Jacques Duclos, et, étape finale: au Viêt-minh. Les noms de Mitterrand, d'Edgar Faure, de Mendès-France, surgissent dans la polémique qui orchestre cette affaire. A notre avis, cela ne sert qu'a détourner l'attention des vrais bénéficiaires des " fuites " : les communistes, complices des Viets.
Là encore, la justice n'ira pas au fond des choses ...
Les années passent. Bien d'autres cas d'espionnage sont découverts. Au début des anées 60 éclate l'affaire Pâques. Georges Pâques est un ancien élève de Normale Sup. À Alger, pendant la guerre, Pâques a été " contacté " par les Soviétiques, qui l'enrôlent.
Après la Libération, il occupe des postes de haut fonctionnaire, puis entre au service d'information de l'O.T.A.N., poste de choix pour un espion.
Comment soupçonner Pâques? Apparemment, il est de droite. Il aurait pu être député indépendant si les électeurs avaient bien voulu de lui, et - qui sait ? - devenir ministre de la Défense nationale.
Mais sa carrière s'achève le 10 août 1963, à 18 h 30, heure où il est appréhendé par la D.S.T.
Devant le tribunal, il dit qu'il a servi la Paix. Ben, voyons ! Perpétuité. Mais papa-gâteau de Gaulle veille (il était moins gentil pour Brasillach). Georges Pâque sort de prison au bout de quelques années.
Un autre réseau a fonctionné peut-être à l'Elysée. Le fameux réseau « Topaze » dénoncé par l'ancien agent du S.D.E.C.E., Vosjoly, passé aux Etats-Unis. Mythe? Réalité? L'affaire n'est jamais éclaircie. Elle l'est d'autant moins que le pouvoir gaulliste ne veut pas mener l'enquête.
Polonais, Tchèque, Roumains
Il n'y a pas que les officiers traitants soviétiques qui opèrent en France. Il y a aussi les Polonais, les Tchèques, les Roumains, les Allemands de l'Est.. . . confortablement installés dans leurs ambassades (celle de l'U.R.S.S., boulevard Suchet, est un véritable bunker).
Régulièrement, la D.S.T., fort active, mais souvent paralysée par le pouvoir, détecte des « taupes rouges », démasque des officiers traitants: affaire Pavlov, un Soviétique qui s'intéressait au « Concorde » ; affaire de la S .... , Rous ..... , van de Wielhe, Caraman ...
Bien entendu, nos prototypes sont l'objet d'une chasse intense aux renseignements.
Dans une brochure éditée par les Etudes Sociales et Syndicales, qui doit paraître dans les prochains mois, ce phénomène de l'espionnage soviétique moderne est très minutieusement « décortiqué » : technique de recrutement des agents ; voyages des stagiaires étrangers chez nous; voyages d'affaires de nos ressortissants dans des pays étrangers qui peuvent se révéler dangereux, etc.
Retenons-en, pour conclure, cette leçon: en 1984, 74 070 des affaires d'espionnage détectées en France par les services de sécurité sont le fait des pays du bloc soviétique. Et plus des deux tiers concernent des secrets industriels :
Roland Gaucher National Hebdo avril 1987
(1) publication anticommuniste fondée en 1949 (sous le titre B.E.I.P.J.) par Georges Albertini
(2) Albin Michel Ed.
(3) très bonne base pour les activités occultes.




Emile était un homme petit, gentil, effacé ... un homme tout gris. Le prototype de l'employé.
Méfiez-vous des apparences. Entre 1927 et 1933, Emile, alors membre du parti communiste, avait été le bras droit du « général» Muraille, le patron des « Rabcors ».
« Rabcors »est une contraction des deux mots russes « Rabotnichki Correspondenti » (Correspondants ouvriers). Il s'agissait, dans la période de la clandestinité, puis dans les débuts de la révolution russe, de travailleurs qui renseignaient la presse bolchevique sur les péripéties de leurs entreprises.
La formule fut copiée par l'Humanité. Le 8 novembre 1927, paraît la première page des Rabcors. On y lit cette lettre d'un camarade: « J'aime Lénine parce que mon patron le hait ».
L'homme qui dirige cette rubrique a 25 ans. C'est un garçon bizarre, à la fois lunaire et farceur. C'est le petit-fils du préfet de police Lépine. Il croit sincèrement contribuer à la lutte des classes en publiant les lettres des ouvriers qui parlent de la vie dans leurs entreprises, et qui affluent par centaines.
En réalité, il sert de « couverture » à deux adjoints, Bougère et Liochier, qui, eux, organisent le vrai travail des « Rabcors » : l'espionnage.
L'espionnage industriel. L'espionnage de masse. L'espionnage accompli, parfois, par des hommes qui ne se doutent même pas qu'ils participent à une entreprise criminelle.
Dans le flot du courrier, Bougère trie les lettres qui concernent soit des sujets intéressants (celles qui évoquent, en particulier, les entreprises travaillant pour la Défense Nationale), soit qui émanent de sujets ... « doués ».
Il va voir les intéressés, les sélectionne, avertit les uns de ce que « le Parti attend de toi, camarade », utilise les autres sans trop éclairer leur lanterne.
Combien les Rabcors sont-ils? Sans doute deux mille à trois mille. Ils glanent une foule de renseignements, parmi lesquels les diligents Bougère et Liochier effectuent le tri entre le bon grain (les secrets industriels) et l'ivraie (les imprécations contre les capitalistes oppresseurs).
A la tête de cette entreprise, le mystérieux« général Muraille ». Muraille est un «faux blase », naturellement, arboré par un Soviétique d'origine balte. Dans son manuscrit que j'ai largement utilisé pour mon Histoire secrète du Parti Communiste français, (2) Bougère assure que son identité réelle n'a jamais été percée. Il s'agirait d'un personnage ayant vécu dans un « sana » suisse (3) pendant la guerre de 14/18. Il aurait accompagné Lénine dans son fameux wagon plombé. Il semble, en tout cas, que Muraille ait été un des adjoints du général soviétique Berzine à la Tchéka (ancêtre du K.G.B.)
Muraille, alias « Paul », alias « Henri », alias « Paul Boissonnas », alias « Albaret », alias ... « tombe» en avril 1931, après une course-poursuite dans les couloirs du Paris-Lyon. Jugé, il se dit Suisse, écrivain. S'il est venu en France, c'est qu'il est amoureux d'une femme mariée, dont il ne peut révéler l'identité, bien sûr. Bref, un baratin sentimental tout à fait comparable à celui tout frais (l'affaire de la fusée Ariane) de la femme Verdier, d'origine soviétique, qui aime bien la France et les petits oiseaux ...
Trois ans de prison pour Muraille. A sa sortie, il disparaît. Peut-être pour son malheur, car il y a une bonne chance qu'il ait été victime des « purges » staliniennes, en même temps que Berzine.
Avant les Rabcors, les entreprises d'espionnage soviétiques ont commencé, peu après la création du P .C . F (1920). On peut citer les affaires Pelletier Tommasi, dit " Toto ", le réseau Cremet, le réseau des imprimeurs de Rougeayres, le réseau Monnereau, etc.
Famtômas et Jacques Duclos
Parallèlement aux Rabcors, au début des années 30, a surgi un nouveau réseau branché sur d'autres manipulateurs soviétiques. A sa tête, un Polonais d'origine juive, Bir, dit Fantômas, flanqué d'un certain Haelter Ström, Polonais lui aussi, et, sans doute - il le niera plus tard -, du fameux Trepper, le futur chef de l'Orchestre Rouge sous l'Occupation, alors fraîchement débarqué de Palestine.
Quand le réseau Fantômas est démantelé par la police, un homme important du P.C.F. devrait logiquement être pris dans les mailles du filet. Il a pris la précaution de passer en Belgique.
C'est un certain Jacques Duclos. Duclos finira par obtenir un non-lieu, grâce, dit-on à la protection de la Franc-Maçonnerie.
Après la Libération, l'espionnage soviétique en France connaît des facilités plus grandes. Les communistes sont au pouvoir ; quand ils en sont chassés, il laissent dans les administrations des hommes à eux. Le K.G.B., le G.R.V. (service de renseignements de l'Armée) ne s'adressent plus d'une façon quasi-exclusive à des militants communistes. Ils pénètrent partout, font flèche de tout bois, recrutent dans tous les milieux en utilisant toutes les armes: l'argent, le chantage, l'ambition, les rancœurs, les affinités idéologiques ...
Dans cette période, on découvre un réseau au journal communiste France d'abord, organe des F.T.P. (Francs-Tireurs et Partisans). Un ancien membre du cabinet du ministre de l'Air Charles Tillon, André Teulery, est convaincu de complicités avec les services soviétiques et yougoslaves.
Le réseau de Toulon
En 1952, une autre affaire met en cause les militants communistes et cégétistes de Toulon. On est en plein conflit au Viêt-Nam. Les perquisitions, ordonnées par le juge Roth au siège de la C.G.T. et à la Bourse du Travail de Toulon, permettent d'établir que des renseignements ont été collectés sur les fabrications des Forges et Chantiers de Toulon ; sur les chaînes de montage aux usines de Saint-Tropez; sur l'arsenal de Toulon; sur un radar et un détecteur de sons, etc.
Dans Le Monde du 10 juin 1952, on peut lire, à l'époque: " M. Roth vient d'obtenir les aveux de deux militants communistes arrêtés la semaine dernière. Il leur était difficile de nier, car les rapports saisis au cours de la perquisition à la Bourse du Travail sont de la main-même des coupables, sur des formules administratives provenant des services de la Marine et de la S.N.C.F. "
Il n'empêche que l'enquête s'enlise. Devant la campagne de la presse communiste, la justice des démocraties recule.
Il en sera de même lors de la fameuse affaire des " fuites " ; celles qui produisaient par le truchement de deux hauts fonctionnaires du Comité de la Défense Nationale. Les secrets des délibérations, en pleine guerre d'Indochine, y sont régulièrement violés et transmis par un agent double, Baranès, -- qui renseigne en même temps le commissaire Dides - au journal Libération de d' Astier de la Vigerie, à Jacques Duclos, et, étape finale: au Viêt-minh. Les noms de Mitterrand, d'Edgar Faure, de Mendès-France, surgissent dans la polémique qui orchestre cette affaire. A notre avis, cela ne sert qu'a détourner l'attention des vrais bénéficiaires des " fuites " : les communistes, complices des Viets.
Là encore, la justice n'ira pas au fond des choses ...
Les années passent. Bien d'autres cas d'espionnage sont découverts. Au début des anées 60 éclate l'affaire Pâques. Georges Pâques est un ancien élève de Normale Sup. À Alger, pendant la guerre, Pâques a été " contacté " par les Soviétiques, qui l'enrôlent.
Après la Libération, il occupe des postes de haut fonctionnaire, puis entre au service d'information de l'O.T.A.N., poste de choix pour un espion.
Comment soupçonner Pâques? Apparemment, il est de droite. Il aurait pu être député indépendant si les électeurs avaient bien voulu de lui, et - qui sait ? - devenir ministre de la Défense nationale.
Mais sa carrière s'achève le 10 août 1963, à 18 h 30, heure où il est appréhendé par la D.S.T.
Devant le tribunal, il dit qu'il a servi la Paix. Ben, voyons ! Perpétuité. Mais papa-gâteau de Gaulle veille (il était moins gentil pour Brasillach). Georges Pâque sort de prison au bout de quelques années.
Un autre réseau a fonctionné peut-être à l'Elysée. Le fameux réseau « Topaze » dénoncé par l'ancien agent du S.D.E.C.E., Vosjoly, passé aux Etats-Unis. Mythe? Réalité? L'affaire n'est jamais éclaircie. Elle l'est d'autant moins que le pouvoir gaulliste ne veut pas mener l'enquête.
Polonais, Tchèque, Roumains
Il n'y a pas que les officiers traitants soviétiques qui opèrent en France. Il y a aussi les Polonais, les Tchèques, les Roumains, les Allemands de l'Est.. . . confortablement installés dans leurs ambassades (celle de l'U.R.S.S., boulevard Suchet, est un véritable bunker).
Régulièrement, la D.S.T., fort active, mais souvent paralysée par le pouvoir, détecte des « taupes rouges », démasque des officiers traitants: affaire Pavlov, un Soviétique qui s'intéressait au « Concorde » ; affaire de la S .... , Rous ..... , van de Wielhe, Caraman ...
Bien entendu, nos prototypes sont l'objet d'une chasse intense aux renseignements.
Dans une brochure éditée par les Etudes Sociales et Syndicales, qui doit paraître dans les prochains mois, ce phénomène de l'espionnage soviétique moderne est très minutieusement « décortiqué » : technique de recrutement des agents ; voyages des stagiaires étrangers chez nous; voyages d'affaires de nos ressortissants dans des pays étrangers qui peuvent se révéler dangereux, etc.
Retenons-en, pour conclure, cette leçon: en 1984, 74 070 des affaires d'espionnage détectées en France par les services de sécurité sont le fait des pays du bloc soviétique. Et plus des deux tiers concernent des secrets industriels :
Roland Gaucher National Hebdo avril 1987
(1) publication anticommuniste fondée en 1949 (sous le titre B.E.I.P.J.) par Georges Albertini
(2) Albin Michel Ed.
(3) très bonne base pour les activités occultes.




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LA PENSÉE MARXISTE suite
L'action révolutionnaire véritable comporte des compromis.
(La maladie infantile du communisme, VllI)
C' est au nom du même réalisme révolutionnaire, toujours attentif à tenir compte des possibilités et des obstacles, que Lénine part en guerre contre le dogmatisme a priori qui fait dire aux communistes de gauche « Pas de compromis! »
Nous avons vu, dans un extrait de la brochure de Francfort, sur quel ton décisif les « gauches» lancent ce mot d'ordre. Il est triste de voir des gens qui évidemment se croient marxistes et veulent l'être, oublier à ce point les vérités fondamentales du marxisme. Voici ce qu'écrivait, en 1874, contre le manifeste des 33 communards blanquistes, Engels, qui fut comme Marx de ces très rares écrivains dont chaque phrase, dans leurs grands ouvrages, renferme un contenu d'une extraordinaire profondeur :
«Nous sommes communistes, écrivaient dans leur manifeste les communards-blanquistes, parce que nous voulons arriver à notre but sans passer par les étapes intermédiaires et par les compromis qui ne font qu' éloigner le jour de la victoire et prolonger la période d'esclavage. »
Les communistes allemands sont communistes parce que, à travers toutes les étapes intermédiaires et tous les compromis créés non par eux, mais par la marche du développement historique, ils voient clairement et poursuivent constamment leur but final : l'abolition des classes et la création d'un régime social ne laissant plus de place à la propriété privée du sol, et des moyens de production. Les 33 blanquistes sont communistes parce qu'ils se figurent qu'il leur suffit de vouloir brûler les étapes intermédiaires et les compromis pour atteindre leur but, et que si «cela commence» ces jours-ci, ce dont ils sont fermement persuadés, et que le pouvoir tombe entre leurs mains, «le communisme sera instauré» dès après-demain. Ils ne sont donc pas communistes si tout ne peut pas être fait sur-le-champ.
« Quelle naïveté enfantine que d'ériger sa propre impatience en argument ! » (Fr. Engels, Le Programme des communards-blanquistes, article publié dans l'organe social-démocrate allemand Volskstaat, 1874, N° 73 dans l'édition russe des articles écrits en 1871-1875, Pétrograd, 1919.)
Engels exprime dans cet article la profonde estime que lui inspire Vaillant, il parle des « mérites indiscutables » de Vaillant (qui fut comme Guesde un des plus grands chefs du socialisme international, avant leur trahison du socialisme en août 1914). Mais Engels ne laisse pas d'analyser en détail une erreur manifeste, Certes, il semble à des révolutionnaires très jeunes et très inexpérimentés, et aussi à des révolutionnaires petits-bourgeois, même d'âge très respectable et très expérimentés, extrêmement « dangereux », incompréhensible, erroné, d'« autoriser les compromis ».Et nombre de sophistes raisonnent (tout en étant des politiciens ultra-«expérimentés» ou, même trop «expérimentés») précisément comme, les chefs de l'opportunisme anglais mentionnés par le camarade Lansbury : «Si les bolchéviks se permettent tel ou tel compromis, pourquoi ne pas nous permettre n'importe quel compromis?» Mais, les prolétaires, instruits par des grèves multipliées (pour ne prendre que cette manifestation de la lutte de classes), s' assimilent d'ordinaire admirablement la très profonde vérité (philosophique, historique, politique, psychologique) énoncée par Engels.
Tout prolétaire a vu des grèves, a subi des «compromis» avec les oppresseurs et les exploiteurs détestés, après quoi les ouvriers étaient obligés de reprendre le travail sans avoir rien obtenu, ou en consentant à une satisfaction partielle de leurs exigences. Tout prolétaire, vivant dans une atmosphère de lutte de masses et d'exaspération des antagonismes de classe, observe la différence entre un compromis imposé par des conditions objectives (la caisse des grévistes est pauvre, ils ne sont pas soutenus, ils sont affamés, ils sont épuisés au delà du possible), compromis qui ne diminue en rien chez les ouvriers qui l'ont conclu le dévouement révolutionnaire et la combativité, et un compromis de traîtres, rejetant sur les causes objectives leur bas égoïsme (les jaunes concluent, eux aussi! des « compromis »!), leur lâcheté, leur 'désir de se faire bien voir des capitalistes, leur manque de fermeté devant les menaces, parfois devant les exhortations, parfois devant les aumônes, parfois devant les flatteries des capitalistes. (Ces compromis de trahison sont particulièrement nombreux dans l'histoire du mouvement ouvrier anglais, du fait des chefs des trade-unions, mais presque tous les ouvriers de tous les pays ont pu observer ( sous des formes variées, un phénomène analogue.)
Il se rencontre évidemment des cas isolés, exceptionnellement difficiles et complexes, où les plus grands efforts sont nécessaires pour déterminer avec justesse le vrai caractère de tel ou tel « compromis », de même qu'il n'est pas facile du tout de décider, dans certains cas, si un meurtre était absolument légitime et même obligé (par exemple en cas de légitime défense), s'il résulte d'une négligence impardonnable ou même d'une préméditation criminelle. Il va de soi, qu'en politique, oui! s'agit parfois de relations extrêmement complexes, nationales et internationales, entre les classes et les partis, des cas se présenteront en grand nombre infiniment plus difficiles que la question de savoir si un compromis conclu à l'occasion d'une grève est légitime, ou s'il est l'œuvre d'un chef traître, d'un briseur de grève, etc ... Il est absurde d'inventer une recette ou une règle générale bonne pour tous les cas (" jamais de compromis! " par exemple). Il faut faire travailler son propre cerveau pour se retrouver dans chaque cas particulier. L'importance qu'il y a pour le Parti à posséder une organisation et des chefs méritant ce nom consiste précisément, entre autres choses, à arriver par le travail prolongé, acharné, multiplié et varié de tous les représentants pensants de la classe en question (1) à élaborer les connaissances nécessaires, l'expérience nécessaire et, outre les connaissances et l'expérience, le sens politique nécessaire à la solution juste et prompte de questions politiques complexes.
(1). Toute classe, même dans le pays le plus éclairé, même si elle est la plus avancée et si les circonstances du moment ont suscité en elle un essor exceptionnel de toutes les facultés mentales compte et comptera inévitablement, tant que les classes subsistent et que ne sera pas complètement assise, consolidée et développée sur ses propres fondements la société sans classes, des représentants ne pensant pas et incapables de penser. Le capitalisme ne serait pas le capitalisme oppresseur des masses s'il en était autrement.
À suivre.................................................................................
L'action révolutionnaire véritable comporte des compromis.
(La maladie infantile du communisme, VllI)
C' est au nom du même réalisme révolutionnaire, toujours attentif à tenir compte des possibilités et des obstacles, que Lénine part en guerre contre le dogmatisme a priori qui fait dire aux communistes de gauche « Pas de compromis! »
Nous avons vu, dans un extrait de la brochure de Francfort, sur quel ton décisif les « gauches» lancent ce mot d'ordre. Il est triste de voir des gens qui évidemment se croient marxistes et veulent l'être, oublier à ce point les vérités fondamentales du marxisme. Voici ce qu'écrivait, en 1874, contre le manifeste des 33 communards blanquistes, Engels, qui fut comme Marx de ces très rares écrivains dont chaque phrase, dans leurs grands ouvrages, renferme un contenu d'une extraordinaire profondeur :
«Nous sommes communistes, écrivaient dans leur manifeste les communards-blanquistes, parce que nous voulons arriver à notre but sans passer par les étapes intermédiaires et par les compromis qui ne font qu' éloigner le jour de la victoire et prolonger la période d'esclavage. »
Les communistes allemands sont communistes parce que, à travers toutes les étapes intermédiaires et tous les compromis créés non par eux, mais par la marche du développement historique, ils voient clairement et poursuivent constamment leur but final : l'abolition des classes et la création d'un régime social ne laissant plus de place à la propriété privée du sol, et des moyens de production. Les 33 blanquistes sont communistes parce qu'ils se figurent qu'il leur suffit de vouloir brûler les étapes intermédiaires et les compromis pour atteindre leur but, et que si «cela commence» ces jours-ci, ce dont ils sont fermement persuadés, et que le pouvoir tombe entre leurs mains, «le communisme sera instauré» dès après-demain. Ils ne sont donc pas communistes si tout ne peut pas être fait sur-le-champ.
« Quelle naïveté enfantine que d'ériger sa propre impatience en argument ! » (Fr. Engels, Le Programme des communards-blanquistes, article publié dans l'organe social-démocrate allemand Volskstaat, 1874, N° 73 dans l'édition russe des articles écrits en 1871-1875, Pétrograd, 1919.)
Engels exprime dans cet article la profonde estime que lui inspire Vaillant, il parle des « mérites indiscutables » de Vaillant (qui fut comme Guesde un des plus grands chefs du socialisme international, avant leur trahison du socialisme en août 1914). Mais Engels ne laisse pas d'analyser en détail une erreur manifeste, Certes, il semble à des révolutionnaires très jeunes et très inexpérimentés, et aussi à des révolutionnaires petits-bourgeois, même d'âge très respectable et très expérimentés, extrêmement « dangereux », incompréhensible, erroné, d'« autoriser les compromis ».Et nombre de sophistes raisonnent (tout en étant des politiciens ultra-«expérimentés» ou, même trop «expérimentés») précisément comme, les chefs de l'opportunisme anglais mentionnés par le camarade Lansbury : «Si les bolchéviks se permettent tel ou tel compromis, pourquoi ne pas nous permettre n'importe quel compromis?» Mais, les prolétaires, instruits par des grèves multipliées (pour ne prendre que cette manifestation de la lutte de classes), s' assimilent d'ordinaire admirablement la très profonde vérité (philosophique, historique, politique, psychologique) énoncée par Engels.
Tout prolétaire a vu des grèves, a subi des «compromis» avec les oppresseurs et les exploiteurs détestés, après quoi les ouvriers étaient obligés de reprendre le travail sans avoir rien obtenu, ou en consentant à une satisfaction partielle de leurs exigences. Tout prolétaire, vivant dans une atmosphère de lutte de masses et d'exaspération des antagonismes de classe, observe la différence entre un compromis imposé par des conditions objectives (la caisse des grévistes est pauvre, ils ne sont pas soutenus, ils sont affamés, ils sont épuisés au delà du possible), compromis qui ne diminue en rien chez les ouvriers qui l'ont conclu le dévouement révolutionnaire et la combativité, et un compromis de traîtres, rejetant sur les causes objectives leur bas égoïsme (les jaunes concluent, eux aussi! des « compromis »!), leur lâcheté, leur 'désir de se faire bien voir des capitalistes, leur manque de fermeté devant les menaces, parfois devant les exhortations, parfois devant les aumônes, parfois devant les flatteries des capitalistes. (Ces compromis de trahison sont particulièrement nombreux dans l'histoire du mouvement ouvrier anglais, du fait des chefs des trade-unions, mais presque tous les ouvriers de tous les pays ont pu observer ( sous des formes variées, un phénomène analogue.)
Il se rencontre évidemment des cas isolés, exceptionnellement difficiles et complexes, où les plus grands efforts sont nécessaires pour déterminer avec justesse le vrai caractère de tel ou tel « compromis », de même qu'il n'est pas facile du tout de décider, dans certains cas, si un meurtre était absolument légitime et même obligé (par exemple en cas de légitime défense), s'il résulte d'une négligence impardonnable ou même d'une préméditation criminelle. Il va de soi, qu'en politique, oui! s'agit parfois de relations extrêmement complexes, nationales et internationales, entre les classes et les partis, des cas se présenteront en grand nombre infiniment plus difficiles que la question de savoir si un compromis conclu à l'occasion d'une grève est légitime, ou s'il est l'œuvre d'un chef traître, d'un briseur de grève, etc ... Il est absurde d'inventer une recette ou une règle générale bonne pour tous les cas (" jamais de compromis! " par exemple). Il faut faire travailler son propre cerveau pour se retrouver dans chaque cas particulier. L'importance qu'il y a pour le Parti à posséder une organisation et des chefs méritant ce nom consiste précisément, entre autres choses, à arriver par le travail prolongé, acharné, multiplié et varié de tous les représentants pensants de la classe en question (1) à élaborer les connaissances nécessaires, l'expérience nécessaire et, outre les connaissances et l'expérience, le sens politique nécessaire à la solution juste et prompte de questions politiques complexes.
(1). Toute classe, même dans le pays le plus éclairé, même si elle est la plus avancée et si les circonstances du moment ont suscité en elle un essor exceptionnel de toutes les facultés mentales compte et comptera inévitablement, tant que les classes subsistent et que ne sera pas complètement assise, consolidée et développée sur ses propres fondements la société sans classes, des représentants ne pensant pas et incapables de penser. Le capitalisme ne serait pas le capitalisme oppresseur des masses s'il en était autrement.
À suivre.................................................................................
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LA PENSÉE MARXISTE suite
L'action révolutionnaire véritable comporte des compromis.
(La maladie infantile du communisme, VllI)
Des gens naïfs et tout à fait dépourvus d'expérience se figurent qu'il suffit d'admettre les compromis en général pour que toute limite soit effacée entre l'opportunisme, contre lequel nous menons et devons mener une lutte intransigeante, et le marxisme révolutionnaire ou communisme. Ces gens, s'ils ne savent pas encore que toutes les limites dans La nature et dans la société sont mobiles et jusqu'à un certain point conventionnelles, sont inguérissables, à moins d'une longue étude, d'une longue éducation, d'une longue expérience de la vie politique et de l'existence quotidienne. Il faut savoir discerner dans les questions de politique pratique qui se posent à chaque moment particulier ou spécifique de l'histoire, celles où se manifestent les compromis les plus inadmissibles, les compromis de trahison, incarnant l'opportunisme funeste à la classe révolutionnaire, et consacrer tous les efforts à les révéler et à les combattre. Pendant la guerre impérialiste de 1914-1918 entre deux groupes de pays également rapaces et pillards, l'opportunisme prit la forme essentielle et principale du social-chauvinisme, c'est-à-dire de la «défense nationale» qui équivalait en fait, dans une telle guerre, à la défense des rapines de « sa» bourgeoisie nationale. Après la guerre : la défense de la« Société des Nations» des forbans; la défense des coalitions franches ou détournées avec la bourgeoisie nationale contre le prolétariat révolutionnaire et le mouvement «soviétique »; la défense de la démocratie bourgeoise et du parlementarisme bourgeois contre le «pouvoir des Soviets », telles ont été les formes principales de ces inadmissibles compromis de trahison qui ont toujours abouti, en fin de compte, à un opportunisme pernicieux pour le prolétariat révolutionnaire et pour sa cause.
Ce que Lénine ne peut prévoir, c'est que le danger fasciste imposera plus tard au parti communiste la défense de la « démocratie bourgeoise », la« défense nationale» et la défense de la Société des Nations, lorsque la.S. D. N., la guerre nationale et la démocratie « bourgeoise» paraîtront des instruments utiles de lutte contre le fascisme. Mais il ne fait à nos yeux aucun doute qu'il eût admis ces «reniements» imposés par changement des circonstances internationales, Les mêmes institutions, les mêmes activités «bourgeoises» doivent être combattues lorsqu'elles jouent contre la révolution prolétarienne, elles doivent être provisoirement aidées et favorisées lorsqu'elles favorisent cette même révolution _ par exemple; lorsqu'elles combattent le «fascisme ». L'opposition des socialistes révolutionnaires de 1938 à la défense nationale «dans tous les cas» eût assurément paru à Lénine, à juste titre, une déviation «de gauche », un signe de totale incompréhension de la véritable pensée marxiste, _ et, en 1939, leur opposition au pacte germano-soviétique.
«Repousser de la façon la plus catégorique tout compromis avec les autres partis ... toute politique de louvoiement et de conciliation », écrivent les «gauches» d'Allemagne dans la brochure de Francfort.
Il est bien étonnant qu'avec de pareilles idées ces gauches ne prononcent pas une condamnation catégorique du bolchevisme! Car il est impossible que les gauches d' Allemagne ne le sachent pas, toute l'histoire du bolchevisme, avant et après la révolution d'Octobre, est pleine d'exemples de louvoiements, de conciliation et de compromis avec les autres partis, sans en excepter les partis bourgeois!
L'action révolutionnaire est une guerre :
Faire la guerre pour le renversement de la bourgeoisie internationale, guerre cent fois plus difficile, plus longue et plus complexe que les plus acharnées des guerres entre Etats, et s'interdire d'avance tout louvoiement; toute utilisation des antagonismes d'intérêts_fussent-ils momentanés _ qui divisent nos ennemis, tout accord et tout compromis avec des alliés possibles, _ne fussent que des alliés provisoires, peu sûrs, chancelants,conditionnels _ n'est-ce pas d'un ridicule sans bornes? N'est-ce pas exactement, comme si, au moment d'entreprendre l'ascension malaisée d'une montagne jusqu'alors inexplorée et inaccessible, nous nous interdisions d'avance de faire des détours, de revenir parfois sur nos pas et par des itinéraires différents ? ...
... Après la première révolution socialiste du prolétariat, après le renversement de la bourgeoisie dans un pays, le prolétariat de ce pays reste pour longtemps encore plus faible que la bourgeoisie, tout d'abord simplement à cause des immenses relations internationales de celle-ci, et ensuite à cause de la restauration naturelle et continue du « réengendrement » du capitalisme et de la bourgeoisie par les petits producteurs de marchandises du pays qui a renversé sa bourgeoisie. On ne peut triompher d'un adversaire plus puissant qu'au prix d'une extrême tension des forces, à la condition obligatoire de tirer parti avec le plus d'attention, de minutie, de prudence, d'habileté des moindres «dissentiments» dans le camp ennemi, des moindres oppositions d'intérêts entre les bourgeoisies des divers pays entre les différents groupes ou les différentes catégories de bourgeois dans chaque pays : à la condition de saisir les moindres possibilités de se concilier un allié numériquement fort, cet allié ne fût-il que temporaire, chancelant, conditionnel, peu solide et peu sûr. Qui n'a pas compris cette vérité n'a rien compris au marxisme, ni, en général, au socialisme scientifique de notre époque. Qui n'a pas éprouvé par la pratique, pendant un laps de temps assez prolongé et dans des situations politiques assez variées, son habileté à appliquer cette vérité au réel, ne sait pas encore servir la classe révolutionnaire en lutte pour affranchir de l'exploitation l'humanité laborieuse. Et ce qui vient d'être dit s'applique également à la période qui précède la conquête du pouvoir politique par le prolétariat et à celle qui la suit.
À suivre................................
L'action révolutionnaire véritable comporte des compromis.
(La maladie infantile du communisme, VllI)
Des gens naïfs et tout à fait dépourvus d'expérience se figurent qu'il suffit d'admettre les compromis en général pour que toute limite soit effacée entre l'opportunisme, contre lequel nous menons et devons mener une lutte intransigeante, et le marxisme révolutionnaire ou communisme. Ces gens, s'ils ne savent pas encore que toutes les limites dans La nature et dans la société sont mobiles et jusqu'à un certain point conventionnelles, sont inguérissables, à moins d'une longue étude, d'une longue éducation, d'une longue expérience de la vie politique et de l'existence quotidienne. Il faut savoir discerner dans les questions de politique pratique qui se posent à chaque moment particulier ou spécifique de l'histoire, celles où se manifestent les compromis les plus inadmissibles, les compromis de trahison, incarnant l'opportunisme funeste à la classe révolutionnaire, et consacrer tous les efforts à les révéler et à les combattre. Pendant la guerre impérialiste de 1914-1918 entre deux groupes de pays également rapaces et pillards, l'opportunisme prit la forme essentielle et principale du social-chauvinisme, c'est-à-dire de la «défense nationale» qui équivalait en fait, dans une telle guerre, à la défense des rapines de « sa» bourgeoisie nationale. Après la guerre : la défense de la« Société des Nations» des forbans; la défense des coalitions franches ou détournées avec la bourgeoisie nationale contre le prolétariat révolutionnaire et le mouvement «soviétique »; la défense de la démocratie bourgeoise et du parlementarisme bourgeois contre le «pouvoir des Soviets », telles ont été les formes principales de ces inadmissibles compromis de trahison qui ont toujours abouti, en fin de compte, à un opportunisme pernicieux pour le prolétariat révolutionnaire et pour sa cause.
Ce que Lénine ne peut prévoir, c'est que le danger fasciste imposera plus tard au parti communiste la défense de la « démocratie bourgeoise », la« défense nationale» et la défense de la Société des Nations, lorsque la.S. D. N., la guerre nationale et la démocratie « bourgeoise» paraîtront des instruments utiles de lutte contre le fascisme. Mais il ne fait à nos yeux aucun doute qu'il eût admis ces «reniements» imposés par changement des circonstances internationales, Les mêmes institutions, les mêmes activités «bourgeoises» doivent être combattues lorsqu'elles jouent contre la révolution prolétarienne, elles doivent être provisoirement aidées et favorisées lorsqu'elles favorisent cette même révolution _ par exemple; lorsqu'elles combattent le «fascisme ». L'opposition des socialistes révolutionnaires de 1938 à la défense nationale «dans tous les cas» eût assurément paru à Lénine, à juste titre, une déviation «de gauche », un signe de totale incompréhension de la véritable pensée marxiste, _ et, en 1939, leur opposition au pacte germano-soviétique.
«Repousser de la façon la plus catégorique tout compromis avec les autres partis ... toute politique de louvoiement et de conciliation », écrivent les «gauches» d'Allemagne dans la brochure de Francfort.
Il est bien étonnant qu'avec de pareilles idées ces gauches ne prononcent pas une condamnation catégorique du bolchevisme! Car il est impossible que les gauches d' Allemagne ne le sachent pas, toute l'histoire du bolchevisme, avant et après la révolution d'Octobre, est pleine d'exemples de louvoiements, de conciliation et de compromis avec les autres partis, sans en excepter les partis bourgeois!
L'action révolutionnaire est une guerre :
Faire la guerre pour le renversement de la bourgeoisie internationale, guerre cent fois plus difficile, plus longue et plus complexe que les plus acharnées des guerres entre Etats, et s'interdire d'avance tout louvoiement; toute utilisation des antagonismes d'intérêts_fussent-ils momentanés _ qui divisent nos ennemis, tout accord et tout compromis avec des alliés possibles, _ne fussent que des alliés provisoires, peu sûrs, chancelants,conditionnels _ n'est-ce pas d'un ridicule sans bornes? N'est-ce pas exactement, comme si, au moment d'entreprendre l'ascension malaisée d'une montagne jusqu'alors inexplorée et inaccessible, nous nous interdisions d'avance de faire des détours, de revenir parfois sur nos pas et par des itinéraires différents ? ...
... Après la première révolution socialiste du prolétariat, après le renversement de la bourgeoisie dans un pays, le prolétariat de ce pays reste pour longtemps encore plus faible que la bourgeoisie, tout d'abord simplement à cause des immenses relations internationales de celle-ci, et ensuite à cause de la restauration naturelle et continue du « réengendrement » du capitalisme et de la bourgeoisie par les petits producteurs de marchandises du pays qui a renversé sa bourgeoisie. On ne peut triompher d'un adversaire plus puissant qu'au prix d'une extrême tension des forces, à la condition obligatoire de tirer parti avec le plus d'attention, de minutie, de prudence, d'habileté des moindres «dissentiments» dans le camp ennemi, des moindres oppositions d'intérêts entre les bourgeoisies des divers pays entre les différents groupes ou les différentes catégories de bourgeois dans chaque pays : à la condition de saisir les moindres possibilités de se concilier un allié numériquement fort, cet allié ne fût-il que temporaire, chancelant, conditionnel, peu solide et peu sûr. Qui n'a pas compris cette vérité n'a rien compris au marxisme, ni, en général, au socialisme scientifique de notre époque. Qui n'a pas éprouvé par la pratique, pendant un laps de temps assez prolongé et dans des situations politiques assez variées, son habileté à appliquer cette vérité au réel, ne sait pas encore servir la classe révolutionnaire en lutte pour affranchir de l'exploitation l'humanité laborieuse. Et ce qui vient d'être dit s'applique également à la période qui précède la conquête du pouvoir politique par le prolétariat et à celle qui la suit.
À suivre................................
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LA PENSÉE MARXISTE suite
L'action révolutionnaire véritable comporte des compromis.
(La maladie infantile du communisme, VIII)
Lénine rappelle ensuite aux primaires dogmatiques dont il réfute les propositions le caractère fondamental de la théorie marxiste ;
Notre théorie n'est pas un dogme, mais un guide pour l'action, ont dit Marx et Engels, et c'est la grande erreur; le crime immense de marxistes aussi «patentés »que Karl Kautsky, Otto Bauer et autres, de ne l'avoir pas compris, de n'avoir pas su appliquer cette vérité dans les heures les plus graves de la révolution prolétarienne. «L'action politique ne ressemble en rien au trottoir de la perspective Nevski» (le trottoir net, large et uni de la principale artère, absolument rectiligne de Pétrograd), disait déjà N.-G:Tchernytchevsky, le grand socialiste russe de la période pré-marxiste. Depuis Tchernytchevsky, les révolutionnaires russes ont payé de sacrifices sans nombre leur ignorance ou leur oubli de cette vérité. Il faut, coûte que coûte, que les communistes de gauche et les révolutionnaires d'Occident et d'Amérique dévoués à la classe ouvrière ne payent pas aussi cher que les Russes arriérés l'acquisition de cette vérité.
Jusqu'à la chute du tsarisme, les social-démocrates révolutionnaires de Russie usèrent maintes fois des services des libéraux bourgeois; c'est dire qu'ils conclurent quantité de compromis pratiques avec ces derniers. En 1901-1902, avant la naissance du bolchevisme; l'ancienne rédaction de l'Iskra, composée de Plékhanov, Axelrod, Zassoulich, Martov, Potressov et moi, conclut (pas pour longtemps; il est vrai) une alliance politique formelle avec le leader politique du libéralisme bourgeois; Strouvé, tout en sachant soutenir sans relâche la lutte doctrinale et politique la plus implacable contre le libéralisme bourgeois et contre les moindres manifestations de son influence au sein du mouvement ouvrier. Les bolcheviks ont toujours suivi cette politique. Depuis 1905, ils ont systématiquement préconisé l'alliance de la classe ouvrière avec la paysannerie contre la bourgeoisie libérale et contre le tsarisme, tout en ne se refusant jamais à soutenir la bourgeoisie contre le tsarisme (par exemple, au deuxième tour du scrutin lors des élections ou dans les ballottages) et tout en persistant à combattre avec la plus grande intransigeance sur les terrains des idées et de la politique le parti paysan révolutionnaire-bourgeois des « socialistes-révolutionnaires », qu'ils dénonçaient comme des démocrates petits-bourgeois usurpant l'appellation de socialistes. En 1907, les bolcheviks conclurent, pour peu de temps, un bloc politique formel avec les « socialistes-révolutionnaires» pour les élections à la Douma. De 1903 à 1912, nous appartînmes formellement pendant plusieurs années au même Parti social-démocrate unifié que les menchéviks, sans jamais cesser de combattre sur les terrains des idées et de la politique les menchéviks, comme des agents d'influence bourgeoise sur le prolétariat et comme opportunistes. Nous conclûmes, pendant la guerre, une sorte de compromis avec les «kautskystes» les menchéviks de gauche (Martov) et une partie des «socialistes-révolutionnaires.» (Tchernov, Nathanson); nous siégeâmes avec eux à Zimmerwald et à Kienthal, nous publiâmes des manifestes communs: mais jamais notre lutte idéologique et politique avec les «kautskystes », Martov et Tchernov, ne fut ni affaiblie ni interrompue. (Nathanson est mort en 1919, nous étant très proche, membre du parti narodnik des « communistes-révolutionnaires», presque solidaire des bolchéviks.) Au moment même de la révolution d'Octobre, nous conclûmes une alliance politique non pas formelle, mais très sérieuse et très réussie, avec la paysannerie petite-bourgeoise, en acceptant en bloc, sans y apporter le moindre changement, le programme agraire des socialistes-révolutionnaires; nous consentîmes, en d'autres termes, à un compromis incontestable afin de prouver aux paysans que loin de vouloir leur imposer un régime, nous voulions nous entendre avec eux. Nous proposions en même temps - et nous le réalisions peu après - un bloc politique formel, impliquant même la participation au gouvernement, aux «socialistes-révolutionnaires de gauche », qui devaient déchirer ce pacte au lendemain de la paix de Brest-Litowsk et en vinrent, en juillet 1918, à l'insurrection et ensuite à la lutte armée contre nous .
... Le capitalisme ne serait pas lui-même si le prolétariat «, pur» n'était pas entouré d'une masse extrêmement bigarrée de types sociaux, faisant la transition du prolétaire au semi-prolétaire !(celui qui ne tire que la moitié de ses moyens d'existence de la vente de ses bras), du semi-prolétaire au petit paysan (ou bien au petit artisan, au petit producteur, au petit patron en général), du petit paysan au paysan moyen, etc., et si le prolétariat lui-même ne comportait pas des divisions en couches plus ou moins développées, territoriales, professionnelles, religieuses, parfois, etc... De là découle impérieusement la nécessité, la nécessité absolue pour l'avant-garde du prolétariat, pour sa partie consciente, pour le Parti communiste, de louvoyer, de recourir à des accords, à des compromis avec les divers groupes de prolétaires, les divers partis d'ouvriers et de petits patrons. L'essentiel est de savoir appliquer cette tactique de manière à élever, et non à abaisser, le niveau général de conscience, d'esprit révolutionnaire, de capacité de lutte et de victoire du prolétariat. Notons d'ailleurs que la victoire des bolchéviks sur les menchéviks a exigé non seulement avant la révolution d'octobre 1917, mais encore après cette révolution, l' application d'une tactique de louvoiements, d'accords, de compromis, mais naturellement toujours de nature à faciliter et à hâter la victoire des bolchéviks, à la consolider et à la fortifier aux dépens des menchéviks. Les démocrates petits-bourgeois (les menchéviks y compris) oscillent fatalement entre la bourgeoisie et le prolétariat, la démocratie bourgeoise et le régime soviétique, le réformisme et l'esprit révolutionnaire, l'amour des ouvriers et la crainte de la dictature du prolétariat, etc .... La juste tactique des communistes doit consister à d'utiliser ces oscillations, nullement à les ignorer; cette utilisation exige des concessions aux éléments qui s'orientent vers le prolétariat, dans le cas seulement et dans la mesure où ils se tournent vers le prolétariat et la lutte contre ceux qui s'orientent vers la bourgeoisie. Grâce à l'application de cette juste tactique, le menchévisme en Russie a été se disloquant davantage et continue à se disloquer, isolant les chefs obstinés dans l'opportunisme et nous amenant les meilleurs ouvriers, les meilleurs éléments de la démocratie petite-bourgeoise. C'est là un processus qui demande du temps et les «solutions» à tir rapide: « jamais de compromis, jamais de louvoiement » ne peuvent qu'entraver l'accroissement de l'influence du prolétariat révolutionnaire et l'augmentation de ses forces.
À suivre............................................
L'action révolutionnaire véritable comporte des compromis.
(La maladie infantile du communisme, VIII)
Lénine rappelle ensuite aux primaires dogmatiques dont il réfute les propositions le caractère fondamental de la théorie marxiste ;
Notre théorie n'est pas un dogme, mais un guide pour l'action, ont dit Marx et Engels, et c'est la grande erreur; le crime immense de marxistes aussi «patentés »que Karl Kautsky, Otto Bauer et autres, de ne l'avoir pas compris, de n'avoir pas su appliquer cette vérité dans les heures les plus graves de la révolution prolétarienne. «L'action politique ne ressemble en rien au trottoir de la perspective Nevski» (le trottoir net, large et uni de la principale artère, absolument rectiligne de Pétrograd), disait déjà N.-G:Tchernytchevsky, le grand socialiste russe de la période pré-marxiste. Depuis Tchernytchevsky, les révolutionnaires russes ont payé de sacrifices sans nombre leur ignorance ou leur oubli de cette vérité. Il faut, coûte que coûte, que les communistes de gauche et les révolutionnaires d'Occident et d'Amérique dévoués à la classe ouvrière ne payent pas aussi cher que les Russes arriérés l'acquisition de cette vérité.
Jusqu'à la chute du tsarisme, les social-démocrates révolutionnaires de Russie usèrent maintes fois des services des libéraux bourgeois; c'est dire qu'ils conclurent quantité de compromis pratiques avec ces derniers. En 1901-1902, avant la naissance du bolchevisme; l'ancienne rédaction de l'Iskra, composée de Plékhanov, Axelrod, Zassoulich, Martov, Potressov et moi, conclut (pas pour longtemps; il est vrai) une alliance politique formelle avec le leader politique du libéralisme bourgeois; Strouvé, tout en sachant soutenir sans relâche la lutte doctrinale et politique la plus implacable contre le libéralisme bourgeois et contre les moindres manifestations de son influence au sein du mouvement ouvrier. Les bolcheviks ont toujours suivi cette politique. Depuis 1905, ils ont systématiquement préconisé l'alliance de la classe ouvrière avec la paysannerie contre la bourgeoisie libérale et contre le tsarisme, tout en ne se refusant jamais à soutenir la bourgeoisie contre le tsarisme (par exemple, au deuxième tour du scrutin lors des élections ou dans les ballottages) et tout en persistant à combattre avec la plus grande intransigeance sur les terrains des idées et de la politique le parti paysan révolutionnaire-bourgeois des « socialistes-révolutionnaires », qu'ils dénonçaient comme des démocrates petits-bourgeois usurpant l'appellation de socialistes. En 1907, les bolcheviks conclurent, pour peu de temps, un bloc politique formel avec les « socialistes-révolutionnaires» pour les élections à la Douma. De 1903 à 1912, nous appartînmes formellement pendant plusieurs années au même Parti social-démocrate unifié que les menchéviks, sans jamais cesser de combattre sur les terrains des idées et de la politique les menchéviks, comme des agents d'influence bourgeoise sur le prolétariat et comme opportunistes. Nous conclûmes, pendant la guerre, une sorte de compromis avec les «kautskystes» les menchéviks de gauche (Martov) et une partie des «socialistes-révolutionnaires.» (Tchernov, Nathanson); nous siégeâmes avec eux à Zimmerwald et à Kienthal, nous publiâmes des manifestes communs: mais jamais notre lutte idéologique et politique avec les «kautskystes », Martov et Tchernov, ne fut ni affaiblie ni interrompue. (Nathanson est mort en 1919, nous étant très proche, membre du parti narodnik des « communistes-révolutionnaires», presque solidaire des bolchéviks.) Au moment même de la révolution d'Octobre, nous conclûmes une alliance politique non pas formelle, mais très sérieuse et très réussie, avec la paysannerie petite-bourgeoise, en acceptant en bloc, sans y apporter le moindre changement, le programme agraire des socialistes-révolutionnaires; nous consentîmes, en d'autres termes, à un compromis incontestable afin de prouver aux paysans que loin de vouloir leur imposer un régime, nous voulions nous entendre avec eux. Nous proposions en même temps - et nous le réalisions peu après - un bloc politique formel, impliquant même la participation au gouvernement, aux «socialistes-révolutionnaires de gauche », qui devaient déchirer ce pacte au lendemain de la paix de Brest-Litowsk et en vinrent, en juillet 1918, à l'insurrection et ensuite à la lutte armée contre nous .
... Le capitalisme ne serait pas lui-même si le prolétariat «, pur» n'était pas entouré d'une masse extrêmement bigarrée de types sociaux, faisant la transition du prolétaire au semi-prolétaire !(celui qui ne tire que la moitié de ses moyens d'existence de la vente de ses bras), du semi-prolétaire au petit paysan (ou bien au petit artisan, au petit producteur, au petit patron en général), du petit paysan au paysan moyen, etc., et si le prolétariat lui-même ne comportait pas des divisions en couches plus ou moins développées, territoriales, professionnelles, religieuses, parfois, etc... De là découle impérieusement la nécessité, la nécessité absolue pour l'avant-garde du prolétariat, pour sa partie consciente, pour le Parti communiste, de louvoyer, de recourir à des accords, à des compromis avec les divers groupes de prolétaires, les divers partis d'ouvriers et de petits patrons. L'essentiel est de savoir appliquer cette tactique de manière à élever, et non à abaisser, le niveau général de conscience, d'esprit révolutionnaire, de capacité de lutte et de victoire du prolétariat. Notons d'ailleurs que la victoire des bolchéviks sur les menchéviks a exigé non seulement avant la révolution d'octobre 1917, mais encore après cette révolution, l' application d'une tactique de louvoiements, d'accords, de compromis, mais naturellement toujours de nature à faciliter et à hâter la victoire des bolchéviks, à la consolider et à la fortifier aux dépens des menchéviks. Les démocrates petits-bourgeois (les menchéviks y compris) oscillent fatalement entre la bourgeoisie et le prolétariat, la démocratie bourgeoise et le régime soviétique, le réformisme et l'esprit révolutionnaire, l'amour des ouvriers et la crainte de la dictature du prolétariat, etc .... La juste tactique des communistes doit consister à d'utiliser ces oscillations, nullement à les ignorer; cette utilisation exige des concessions aux éléments qui s'orientent vers le prolétariat, dans le cas seulement et dans la mesure où ils se tournent vers le prolétariat et la lutte contre ceux qui s'orientent vers la bourgeoisie. Grâce à l'application de cette juste tactique, le menchévisme en Russie a été se disloquant davantage et continue à se disloquer, isolant les chefs obstinés dans l'opportunisme et nous amenant les meilleurs ouvriers, les meilleurs éléments de la démocratie petite-bourgeoise. C'est là un processus qui demande du temps et les «solutions» à tir rapide: « jamais de compromis, jamais de louvoiement » ne peuvent qu'entraver l'accroissement de l'influence du prolétariat révolutionnaire et l'augmentation de ses forces.
À suivre............................................
Dernière édition par Pat le 24/04/2008 - 21:14, édité 1 fois.
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