Louis de Frotté: héros de la chouannerie normande

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Pat
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Louis de Frotté: héros de la chouannerie normande

Messagepar Pat » 16/09/2007 - 19:44

Louis de Frotté 1766-1800
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Le comte Louis de Frotté est certainement le moins connu des principaux chefs de la chouannerie et de la Vendée. Pourtant, ses qualités furent grandes. Il sut constituer et faire vivre une chouannerie dans une région qui était moins favorable que d'autres à ce phénomène.La Normandie était, en effet, moins influencée par les questions religieuses que la Vendée ou la Bretagne. Il fut l'âme de la résistance royaliste normande. Après son exécution, personne ne pourra prendre sa suite et le mouvement disparaîtra. Excellent chef militaire, il ne négligeait pas les questions politiques. Très réaliste, il ne se berçait pas d'illusions sur les réalités de la situation. Louis de Frotté est né en 1766 à Alençon. Sa famille appartient à une vieille noblesse et dispose de revenus modestes. Les Frotté sont d'origine protestante mais sont revenus assez récemment au catholicisme. Le jeune Louis perd sa mère dès 1773. Son père se remarie et sa belle-mère lui manifestera beaucoup d'affection. Très jeune, il fait preuve en diverses occasions d'un caractère très affirmé. Dès 1781, il devient officier dans un régiment prestigieux. Il sera en garnison essentiellement à Lille. Il se révèle un officier rigoureux mais juste et humain. Il est aussi un intellectuel qui consacre une partie de son temps à l'étude et à l'écriture. Dès le début de la Révolution, il affirme ses convictions royalistes. À Lille, il fréquente une aristocrate anglaise lady Atkins. Cette dernière sera mêlée à de nombreux complots royalistes.
Lorsque Louis XVI et sa famille fuient Paris en juin 1791 afin de rejoindre des troupes fidèles et sont finalement arrêtés à Varennes, l'essentiel du régiment de Frotté émigre. Avec ses amis, il s'engage dans l'armée des Princes qui regroupe les royalistes émigrés. Elle participe à la guerre qui débute l'année suivante aux côtés des coalisés Autrichiens et Prussiens. Après l'échec des Alliés, à la suite de Valmy, Frotté séjourne dans le royaume de Piémont-Sardaigne. Il rejoint ensuite en Allemagne les troupes du prince de Condé qui rassemblent les royalistes décidés à continuer le combat. Mais Frotté réalise que l'action la plus exaltante, et sans doute la plus efficace, se déroule dans l'ouest de la France où la Vendée et d'autres provinces se révoltent contre la Convention. Il va alors en Angleterre. En novembre 1793, il est à bord d'un vaisseau de l'escadre anglaise qui tente d'établir la liaison avec les insurgés vendéens et chouans. L'échec de cette tentative le ramène à Londres en 1794. Il expose ses projets aux émigrés et aux autorités anglaises. Il pense que la Normandie peut donner naissance à une chouannerie efficace et il est persuadé de pouvoir l'organiser. Les Anglais lui promettent de l'argent et des canons. Ils ne tiendront que la première promesse.
En février 1795, il débarque dans la région de Saint-Brieuc. Les royalistes, épuisés par deux années de guerre civile, et les républicains, assagis après la chute de Robespierre, sont en train de négocier la paix. Frotté participe à ces discussions qui, dans l'ensemble, n'aboutissent pas réellement. Il commence immédiatement à structurer les faibles bandes de chouans normands. Quoique nouveau venu, il parvient à se faire accepter et devient bientôt leur général en chef. Il recrute de nouveaux combattants mais, malgré cela, ses troupes ne dépasseront jamais quatre à cinq mille hommes.
Ses chouans sont appelés les Chasseurs du roi. Il met en place toute une hiérarchie avec des nobles parfois revenus d'émigration pour se battre, mais aussi avec de jeunes chefs issus des milieux populaires comme le courageux Michel Moulin. Il utilise de nombreux déserteurs des armées républicaines.
Dès juin 1795, la guerre reprend. Les royalistes normands combattent souvent à un contre dix.
Mais, ils multiplient les attaques et s'emparent de nombreux bourgs. Frotté et ses partisans mènent une efficace guérilla dans l'Orne, la Manche et le Calvados.
Durant l'été, les succès sont réels; à l'automne, succès et échecs alternent; durant l'hiver, il parvient encore à menacer Caen. Il fait preuve d'humanité dans la conduite de la guerre, libère ses prisonniers et propose aux républicains que les deux camps épargnent la vie et les biens des paysans. En juin 1796, les chouans normands infligent une sanglante défaite aux troupes républicaines au Grand-Celland. Mais, épuisés, vendéens et chouans cessent partout peu à peu le combat. Frotté est l'un des derniers à lutter. En juillet 1796, avec son accord, ses représentants signent un traité de paix avec la République. Il décide de retourner en Angleterre. Il vit à Londres de 1796 à 1799 mais se rend en France où il maintient le contact avec ses réseaux et participe à de nombreux complots. Il se rend même à Paris où il rencontre les dirigeants politiques royalistes.
En septembre 1799, il revient en France afin de participer à une nouvelle insurrection face à un Directoire de plus en plus faible mais tyrannique et dont certaines mesures rappellent la Convention. Les opérations militaires commencent dès octobre. En Normandie, Frotté souffre de la faiblesse de ses effectifs et du manque d'artillerie. Il subit un grave échec devant Vire. Lorsque Bonaparte réalise son coup d'Etat en novembre 1799 et renverse le Directoire, il abroge les lois extrémistes votées récemment. Frotté répond par un manifeste méprisant qui blesse le Premier Consul.
Peu à peu, dans tout l'ouest les troupes royalistes sont amenées à mettre bas les armes face à la fermeté du nouveau régime accompagnée de mesures d'apaisement en particulier dans le domaine religieux. Frotté poursuit la lutte. Ses partisans sont traqués, les pertes sont considérables. Quelques succès ponctuels ne permettent pas de douter de l'inéluctable défaite. À son tour, il doit entamer des négociations. Muni d'un sauf-conduit des autorités et accompagné de six officiers de son état-major, il se rend à Alençon le 15 février 1800. Malgré le sauf-conduit, il est arrêté avec ses compagnons. Transféré à Verneuil, ils sont jugés par une commission militaire le 18 février et condamnés à mort. Le même jour, les sept hommes sont fusillés et tombent en criant: " Vive le roi ". Victime d'un traquenard déshonorant pour ses instigateurs, Frotté, héroïque jusqu'à la fin, entrait dans la légende .
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Que les hommes d'arme bataillent et que Dieu donne la victoire! (Jeanne d'Arc) Patriotiquement votre.

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