L'été devrait, notamment, nous désintoxiquer de la télé et de ses mirages. Une cure qui est d'ailleurs facilitée par la nullité de la majorité des programmes, quoi qu'en dirent les "critiques" des hebdomadaires présentant la grille des programmes.
Il y a des exceptions et, si l'on aime le genre, il y eut la série des James Bond, ou encore des Maigret (avec dans le rôle du commissaire l' excellent Bruno Cremer) mais pour l' ensemble les productions "people" le disputent à
une véritable désinformation dès qu'il s'agit de raconter une histoire vraie, Sous le prétexte de dire "la véritable histoire", on tord le cou à, précisément, la vérité historique. Je ne reviendrai pas sur "l'affaire Dominici" (programmée par TF1 pour le 15 août!) parce que toutes les enquêtes, sérieuses, de policiers, magistrats ou journalistes, ont conclu à la culpabilité du vieux Gaston, avec sans doute la complicité d'un de ses fils. On se moque du monde en prétendant y voir un règlement de compte lié aux services secrets après la guerre! Voila bien une grotesque invention mais il s'agit, comme d'habitude, de jouer les redresseurs de torts tout en accablant la justice. En revanche, il faut nous arrêter un instant sur ce qui nous a été présenté comme "Marie-Antoinette, la véritable histoire", le 7 août sur France 2. Même dans des hebdomadaires bien-pensants, on nous affirme que ce film va nous "combler" et qu'il s'agit d'un "travail remarquable". En osant titrer "la véritable histoire", que nous présente-t-on? Une sorte de fofolle, passant son temps à danser avec des débauchés, à jouer un jeu d'enfer avec des aventuriers, à dépenser des sommes folles tout en trahissant la France, à intervenir sottement au conseil du roi, un roi qui n'est d'ailleurs qu'un gros balourd et qu'elle trompe allègrement avec Axel de Fersen. Un tissu d'erreurs criantes: la fuite à Varennes ce serait pour se réfugier en Autriche, pays natal de la reine, alors que Louis XVI ne songeait qu'à s'installer provisoirement dans la forteresse de Montmédy avec des troupes fidèles afin de revenir prendre possession de son trône. Quant au dramatique procès avec ces monstres que furent Dumas (le président) et Fouquier-Tinville (l' accusateur) on en écarte ce qui fut proprement odieux et on annonce à la malheureuse reine que l'on nommait "la veuve Capet" ou "Antoinette" qu'elle est condamnée à mort et sera exécutée le lendemain. L'histoire du tribunal révolutionnaire (relire Lenôtre) est en complète contradiction avec le film. Quelle est alors la vérité, la vraie?
Marie-Antoinette, fille de l'empereur François 1e d'Autriche, avait reçu à Vienne une éducation très stricte, morale et religieuse. Mariée très jeune à Louis XVI, excellent monarque, très cultivé et dirigeant un royaume prospère (ainsi, la marine française était alors la première du monde), mais aussi timide, appréciant peu les exigences de la cour, et s'il aima beaucoup sa femme, il eut avec elle au début, des relations intimes peu faciles. Oui, la jeune reine, prise dans l'étau de l'étiquette, sans cesse épiée par une cour cancanière, aima la danse, le théâtre, et parfois le jeu. Voila ses seuls crimes. Elle fut bergère à Trianon, reine à Versailles mais demeurant dans son rôle et fidèle à son mari. Jeune, jolie, heureuse de vivre, elle fut calomniée. La phrase « s'ils n'ont plus de pain, qu'ils mangent de la brioche» est pure invention, de même que les libelles grossiers la décrivant comme une débauchée. L'accusation d'intelligence avec l'ennemi ne tient pas, son courrier n'était fait que de correspondance avec sa mère, mais il fallait qu'elle meure, comme le roi, parce que, disait Saint-Just. « On ne peut transiger, la République ne pourra s'imposer que par la mort de Louis ». II faudrait surtout voir cette reine de France accusée de jeux sexuels avec son jeune fils et, indignée, criant à la face de ses bourreaux: « J'en appelle à toutes les mères! ».
Une volonté constante de travestir l'histoire de France
La Marie-Antoinette que nous présente la télévision est, à la Conciergerie, une jeune écervelée alors qu'elle n'était plus, à 37 ans, qu' une femme accablée, aux cheveux devenus blancs, épuisée par des hémorragies abondantes, et qui devait dans sa cellule se changer devant un garde. Que la télévision nous raconte honnêtement, sans parti pris, l'histoire de France, bravo, le sujet est inépuisable et fut naguère bien traité par "La caméra explore le temps". Mais oser, avec tant d'erreurs, de clichés, de mensonge, nous présenter un film comme « la véritable histoire de Marie-Antoinette », est une gifle pour la malheureuse reine, pour l'histoire, et pour les téléspectateurs. Que l'on nous présente, même en puisant dans des documents du temps, un documentaire-fiction, soit. Mais que l'on ait alors la décence de ne pas prétendre à une "véritable" histoire. On aimerait féliciter, dire du bien de la télévision, mais les producteurs, le plus souvent, sont des militants avant d'être des professionnels ...
François Foucart, Monde et Vie



