IL Y A 60 ANS, LE PLAN MARSHALL

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Pat
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IL Y A 60 ANS, LE PLAN MARSHALL

Messagepar Pat » 13/09/2007 - 21:25

Il n'est de syndicats, de gouvernements, de politiques, de processus européen (comme celui de Barcelone en 1995) qui ne réclament son « plan Marshall » : ici pour un secteur industriel en crise, là pour les universités, ici pour les banlieues, là encore pour le secteur agricole ... Mais qui se souvient du général George Catlett Marshall, génie de la logistique, Chef d'état-major de l'US Army pendant la Seconde Guerre mondiale, Secrétaire d'État (le ministre des Affaires étrangères des USA) du président Harry Truman? Qui a encore en mémoire son discours du 5 juin 1947 à l'université d'Harvard où, dans un propos historique, l'officier d'état-major explique le plan imaginé par les Américains pour soigner les économies des pays ruinés par le conflit planétaire ? C'était il y a 60 ans!

• LES RAISONS D'UNE DÉMARCHE

Les raisons de la démarche sont triples :
• reconstruire le vieux continent et en prendre - indirectement - un contrôle via la domination économique tout en se conciliant les populations qui deviendront reconnaissantes ;
• soutenir l'industrie américaine en lui offrant de nouveaux débouchés;
• stopper l'expansionnisme soviétique en créant une barrière économique avec une Europe de l'Ouest possédant un niveau de vie élevé.
Le sous-secrétaire d'État Dean Acheson, le 18 avril 1947, résumait la démarche ainsi: " ... stopper l'expansionnisme, l'infiltration politique de l'URSS et permettre à la stabilité politique et au bien-être économique de s'implanter."
Il s'agit d'offrir un appui direct à l'Europe. Elle est dans une situation économique grave. Fortement endettée, elle ne peut plus subvenir aux besoins de ses populations. Il s'agit également, comme l'énonce Marshall dans son discours: « de favoriser le retour du monde à une santé économique normale. )} L'Europe a une position dominante - qui plus est, on vient de la délivrer au prix du sang - et sa mauvaise santé économique déséquilibre le monde entier. Ainsi, en la secourant, on sauve également l'économie américaine en lui donnant, pour 5 ans, le rôle de tête de pont et de moteur de cette force de reconstruction.
Marshall, dans le même discours, précise sa doctrine : " toute assistance de la part des Etats-Unis doit être non un palliatif, mais un remède". L'aide devra être une circonstance unique - non répétitive pour remettre l'ensemble de l'économie de l'Europe sur pieds en une fois. L'effort doit être total, partagé, et massif.

• L'ORGANISATION DU PLAN MARSHALL

Connu notoirement comme Programme de rétablissement européen (European Recovery Program), il fait suite au Plan Morgenthau qui prévoyait de faire payer les réparations par l'Allemagne vaincue. Ce plan fut écarté par l'administration Truman, chacun se souvenant des effets néfastes du Traité de Versailles. Truman préfère consacrer entre 1947 et 1951 plus de quatorze milliards de dollars de l'époque (125 milliards d'euros, soit environ 4 % du PNB pendant cinq ans), sous forme de dons (80 %) ou de prêts (20 %), au rétablissement économique et social de 16 pays européens en réponse à l'Organisation européenne de coopération économique (ORCE) ancêtre de l'OCDE. En contrepartie, les Etats-Unis demandent que l'argent serve à acheter des produits de l'industrie américaine. Le Royaume-Uni, la France, l'Allemagne de l'Ouest, les Pays-Bas, l'Italie, l'Autriche sont les principaux bénéficiaires. Des objectifs sont définis par pays: convertibilité de la livre pour la Grande-Bretagne; stabilité politique et réforme fiscale pour la France; diminution du chômage et développement des infrastructures pour l'Italie; etc.

• LES EFFETS DU PLAN SUR LA FRANCE

En France, le plan Marshall, à partir de 1948, permet au pays de rattraper son retard. Les crédits sont distribués par l'OECE crée à Paris le 16 avril 1948 entre 16 Etats. L'Allemagne les rejoint dès 1949. Jean Monnet le commissaire au Plan, oriente les investissements vers les secteurs prioritaires: reconstruction et développement. L'importance du secteur public (banques, transports, gaz et électricité, automobile) favorise la pertinence du dispositif mis en place. Le redressement s'étale sur 10 ans. L'inauguration du barrage hydroélectrique de Génissiat le 19 janvier 1948 est un premier signe, malgré la dévaluation sauvage du franc de 44,44 % décrétée le 25 janvier suivant. En 1949, la carte de pain est supprimée. La même année, l'essence est de nouveau en vente libre. Le 19 septembre 1949, le franc est à nouveau dévalué, de 22,27 % (franc Petsche). Le gaz est extrait à Lacq le 19 décembre 1951. Le niveau du PNB de 1939 est retrouvé à partir de 1951. Le parc immobilier sera reconstitué plus tard ... sous le septennat de René Coty.
La France bénéficiera ainsi de 2,7 milliards de dollars. La classe politique, à l'exception des communistes qui représentent 28,4 % des suffrages exprimés aux élections de 1946) est enthousiaste. Le monde syndical est divisé. Cela aboutit début 1948 à la scission en CGT, fidèle au PC, et CGT-Force ouvrière proche du syndicat américain AFLCIO.

• UNE ARME IDÉOLOGIQUE

Le plan Marshall est aussi - et surtout une arme dont la baïonnette est l'économie, utilisée pour combattre le communisme. Elle est la face économique de la doctrine Truman: le Containment. Parce que la pauvreté ferait le lit du communisme, l'élévation rapide du niveau de vie permettrait à la fois de combattre le communisme et de convertir l'économie de guerre américaine en économie de paix. Par le plan Marshall, les Américains entendent rallier, en un temps record, une grande partie de l'Europe. L'URSS s'oppose à ce projet. Les pays de l'Europe de l'Est ne peuvent bénéficier de cette manne. Et ceux qui le font, telle la Tchécoslovaquie, doivent se retirer sous la pression de Moscou. Le Plan entérine la coupure de l'Allemagne en deux, ancrant solidement la RFA dans le camp de l'ouest. L'Europe est coupée en deux pour quarante ans.
En 1947, la doctrine Jdanov (contre la guerre et l'impérialisme américain, il faut mobiliser toutes les forces. Il n'est plus question de collaborer avec les bourgeois et les sociaux-démocrates) présentée lors de la conférence de Szlalarska-Poreba, allait devenir caractéristique d'une part de la problématique de la Guerre froide consécutive de cette division de l'Europe en deux (renforcement du « rideau de fer}}), et d'autre part de l'effort colossal mis en place par les USA par le biais du plan Marshall.
Le 31 décembre 1951 lorsque se clôt le plan, seuls deux pays européens importants ont été exclus: l'Espagne et la Finlande. La politique de Containment a trouvé ses bases. L'industrie européenne est en pleine reconstruction. L'économie américaine est la plus importante du monde et a bénéficié de cet effort considérable. Soixante ans après le discours de George Marshall, l'Europe a changé. L'Union européenne est forte de 27 pays et de 500 millions d'habitants. Son produit intérieur brut est de l'ordre de 14 billions de dollars ... Il est supérieur à celui des ÉtatsUnis.
Vincent Allard , Dossier d'actualité de l'HISTOIRE
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Que les hommes d'arme bataillent et que Dieu donne la victoire! (Jeanne d'Arc) Patriotiquement votre.

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