ÉTÉ 1962 : Coups de feu au Petit-Clamart.

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ÉTÉ 1962 : Coups de feu au Petit-Clamart.

Messagepar Pat » 06/09/2007 - 8:59

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« L'Algérie étant perdue, un attentat contre De Gaulle serait un acte de justice, mais ne serait plus un acte politique », lui avait expliqué en octobre 1961 Me Jean-Louis Tixier-Vignancour. Jean Bastien-Thiry s'en est souvenu. Le 22 août 1962, il est passé à l'action. Il a échoué. Il en est mort. Refusant sa grâce, De Gaulle déclara: « Ils pourront en faire un martyr ... Il le mérite. »

22 août 1962, le conseil des ministres se termine. Le général De Gaulle quitte le palais de l'Elysée en direction de l'aéroport de Villacoublay. Le convoi présidentiel se compose de deux automobiles et de deux agents motocyclistes. Le chef de l'Etat et son épouse ont pris place à l'arrière de la première des voitures. Le décor défile à vive allure. Boulevard des Invalides. Avenue du Maine. Porte de Châtillon. Route nationale n° 306. Le rond-point du Petit-Clamart est désormais en vue. il est un peu plus de vingt heures. Tout est calme. De Gaulle sera pour le dîner dans sa propriété de la Boisserie, à Colombey-Ies-Deux-Eglises.
Soudainement, tout bascule. Le convoi présidentiel est pris sous le feu violent d'armes automatiques tiré d'une camionnette garée au bord de la chaussée. La voiture est atteinte. Malgré les pneus crevés, le chauffeur, faisant preuve d'un sangfroid exceptionnel, parvient à accélérer. Le général se cramponne. A ses côtés, Madame De Gaulle est blême. Les coups de feu redoublent. Plus d'une centaine de cartouches sont tirées en trente secondes. Cent mètres plus loin, d'autres assaillants mitraillent à nouveau la DS présidentielle noire. A bord d'une Citroën ID, ils se lancent à sa poursuite tout en continuant à tirer. Trop tard. Le chef de l'Etat et son escorte s'éloignent. Lorsque le convoi arrive en trombe sur le tarmac de l'aéroport, De Gaulle concède: « Cette fois, c'était tangent. »

Un réquisitoire fleuve contre De Gaulle

A travers le pays, l'émotion est intense. La guerre d'Algérie ne finira donc jamais ? Depuis le 4 juillet, le drapeau FLN flotte sur Alger. Pour les métropolitains, tout est terminé. L'exode des pieds-noirs les a laissés indifférents. Le massacre des harkis ne les intéresse pas. Pour ceux qui souffrent dans leur chair et leur âme, tout continue. Le 26 août, un tract est adressé aux principaux quotidiens parisiens. il est signé du Conseil national de la Résistance, l'organisation ayant pris la suite de l'OAS : « Des patriotes ont effectué un acte de résistance visant à libérer la France d'un dictateur parjure qui conduit le pays à la ruine après l'avoir contraint au déshonneur (... ) Aujourd'hui ou demain, envers et contre tous, le traître De Gaulle sera abattu comme un chien. »
Tuer de Gaulle ! Un homme ne pense qu'à cela depuis plus d'un an. Pour quelles raisons ? Comme la majorité des Français, il devrait se moquer du drame algérien. il est jeune. Beau. Brillant. Marié et père de trois petites filles. Ingénieur et lieutenant-colonel. La vie lui sourit. Le bonheur est là. Pourquoi gâcher cette réussite familiale et professionnelle ? Précisément parce que lui n'est pas indifférent. il ne supporte plus la politique du général De Gaulle. Elle lui fait horreur. Le reniement. La trahison. Le parjure. L'oubli de la parole donnée. L'abandon des musulmans fidèles à la France. il veut en finir. Laver l'injure. Sauver l'honneur. Avant l'attentat du 22 août, il a déjà participé à six autres tentatives. Toutes ont échoué. Celle du Petit-Clamart sera la dernière.
Le 15 septembre, celui a qui juré de tuer De Gaulle est arrêté. La France découvre son visage et son nom:
Jean Bastien-Thiry. Pour sa famille, hormis son épouse qui connaissait ses activités, c'est le drame. Son père, le colonel d'artillerie en retraite Pierre Bastien-Thiry, lui écrit: « Je te renie. Tu m'as déshonoré. » Le père ne reverra jamais le fils.
Bastien-Thiry passe cinq mois derrière les barreaux à préparer sa défense. il n'est pas un criminel. Seuls des motifs exceptionnels l'ont déterminé à agir. Ses motifs, il ne va pas les exposer uniquement à ses juges, mais également au pays tout entier. Son procès s'ouvre le 28 janvier 1963 devant la Cour militaire de justice. Procès des auteurs de l'attentat. Assurément. Mais aussi procès de la politique menée par le général De Gaulle depuis son retour au pouvoir. Pendant trois heures, BastienThiry lit une déclaration représentant le plus violent réquisitoire jamais prononcé contre De Gaulle. Les juges ne lui pardonneront pas. De Gaulle non plus.
Après le défilé des témoins, le procureur général requiert. Une seule demande : la mort. C'est au tour de l'avocat de prendre la parole. Tixier- Vignancour plaide. Bouleversant. Magistral. Avec cette conclusion: " Ne demeurez pas sourds, messieurs, à l'invocation de l'Esprit, qui, tous les matins, renaît à la prime aurore, et retenez ces mots que je vous livre avec la plus intense de mon émotion: "Et in terra pax hominibus bonae voluntatis"." Les juges se retirent. Deux heures et demie après, ils sont de retour. Le président rend la sentence. Bastien-Thiry sera fusillé. il dégrafe sa Légion d'honneur et la tend à son avocat. il sourit à son épouse qui se serre contre son père. Une voix s'écrie : « Vous ne trouverez pas un Français pour le fusiller ! »

Son père finit par écouter son cœur

Les Français sont finalement trouvés. Nous sommes le 11 mars 1963. il est quatre heures quarantecinq du matin. Le directeur de la prison de Fresnes réveille BastienThiry. il n'a plus que deux heures à vivre. Après qu'il a assisté à sa dernière messe, le prêtre lui déclare : « Le sacrifice du Christ est terminé. Le vôtre commence. » A quelques kilomètres de là, effondrée aux pieds de son père, son épouse continue de prier. Ses trois petites filles dorment. Elles ne reverront plus jamais leur papa. Bastien-Thiry n'est déjà plus de ce monde. il s'avance, couvert de son manteau d'officier, vers le poteau d'exécution. Ses bourreaux entendent sa prière: « Ave Maria, gratia plena, Dominus tecum ... »
La salve retentit. Bastien-Thiry, qui a serré son chapelet jusqu'à la fin, s'écroule. Tout est fini. Ou presque. il y a encore le coup de grâce. Deux soldats détachent son corps sans vie.
A Thiais, dans le carré des suppliciés, les fossoyeurs creusent le trou qui va l'accueillir. Le jour va se lever. Quelques heures plus tard, une lettre arrive à l'Elysée. Une demande de grâce. Celle d'un père pour son fils qui a fini par écouter son cœur. il est trop tard. Le sacrifice est terminé.
Rivarol 2006
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Que les hommes d'arme bataillent et que Dieu donne la victoire! (Jeanne d'Arc) Patriotiquement votre.

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