Bien avant le baptême de Clovis, la France avait~elle des titres annonciateurs à devenir la fille aînée de l'Église? Certains faits laissent penser que les rapports entre la Palestine du temps du Christ et ce qui était encore la Gaule la prédestinaient à tenir cette place.
Il y a près de cent ans, l'abbé Bolo énonçait une hypothèse en apparence étonnante: les soldats qui procédèrent à l'instigation des juifs,à la flagellation et à la mise en croix de Jésus, disait-il, étaient très probablement des Gaulois. Mais aussi le centurion qui, témoin des prodiges survenus après que le Sauveur eut rendu le dernier soupir, s'écria: ",Vraiment cet homme était le Fils de Dieu!" Nos ancêtres les Gaulois auraient' donc été les instruments de la Passion, mais c'est également parmi eux que se trouvèrent les premiers convertis à la foi chrétienne le soir du Golgotha.
On peut se demander ce que les Gaulois faisaient là. Les sources historiques ne manquent pas pour justifier leur présence. Ils provenaient de deux contrées: de Galatie, en Asie Mineure, où une forte implantation gauloise avait eu lieu en 280 av. J.-C., et de la Gaule elle-même, non seulement de la Narbonnaise, mais du nord et de l'est du pays. " Les Galates, écrit l'abbé Bolo, étaient des Gaulois assez purs au point de vue. de la race. Quoiqu'ils fussent établis depuis deux cent cinquante ans environ sous le ciel d'Asie, ils n'avaient rien perdu de leur physionomie,. de leur langage ni de leurs mœurs. C'étaient de beaux hommes aux longs cheveux blonds, aux yeux bleus.; telle fut la résistance que cette race opposait à toutes les influences des Asiatiques que, plus de trois cents ans après la mort de Jésus-Christ, saint Jérôme reconnaissait que leur langage était toujours le langage gaulois. Aujourd'hui encore, les Arméniens ne se trompent pas sur l'origine du type grand, blond, au teint clair, qui se rencontre assez souvent dans ces pays et ils appellent ceux qui ont cette physionomie particulière .: les Français d'autrefois. Ces Français d'autrefois, intelligents et lettrés, étaient très recherchés par les principicules de Syrie et de Judée. Tandis que les Romains n'étaient qu'administrateurs, tandis que les métiers subalternes comme cuisiniers, perruquiers, étaient réservés aux Grecs, les Gaulois d'Asie Mineure étaient fort appréciés comme secrétaires, intendants, professeurs et même, au point de vue militaire, comme gardes du corps, à cause de leur honnêteté, de leur finesse et de leur courage.
" L'historien Josèphe nous montre aux funérailles du roi Hérode les troupes de ce petit souverain divisées en trois corps: les Scythes,' les Germains et les Gaulois. Le centurion Longin répondit au gouverneur de Cappadoce, Octavius, qu'il était d'Isaurie, c'est-à-dire d'un pays peuplé alors par les Gaulois d'Asie Mineure."
Longin, n'est-ce pas ce soldat qui perça de' sa lance le côté de Jésus?
Hérode le Grand, celui qui reçut les mages et ordonna le massacre des Saints Innocents, avait, écrit Daniel-Rops, « son armée à lui, formée de mercenaires germains, gaulois et thraces; sa garde, recrutée parmi la jeunesse galate, était splendide n. Son successeur éphémère, Archélaüs, héritier de la Judée, de la Samarie et de l'Idumée, évincé par les Romains, fut exilé par eux en Gaule, probablement à Vienne, et y mourut.
Hérode Antipas, qui avait eu en partage la Galilée - et devant qui le Christ comparut au cours de sa passion - devait connaître le même sort. Convaincu d'avoir comploté contre l'Empire, il fut destitué quelques années après la Résurrection et envoyé à Lyon où il fut probablement exécuté. Ponce Pilate connaîtra une fin analogue. La carrière de ce fonctionnaire frileux nous est à peu près connue. Il est vraisemblable qu'il se trouva en poste, dans ses débuts, à Lutèce. L'abbé Bolo va même plus loin: "On ne sait pas si Pontius Pilatus, Italien de race, était de naissance gauloise; mais on sait que la gens Ponti a avait des représentants à cette époque en Gaule et que le suffixe -atus qui termine le nom du Pontius dont il s'agit était fréquent dans notre pays. Il est certain que Pontius Pilatus avait une nombreuse parenté en Gaule; il est fort possible qu'il soit venu y mourir; il est très probable qu'il s'y est marié. Sa digne et généreuse femme qui fut seule à intervenir en faveur de Jésus, Claudia Pro cula, était, selon toutes les probabilités, une fille des Gaules."
Pilate allait accumuler les erreurs au cours de son procuratorat.
Les voici brièvement résumées. Tout frais nommé et fier de sa promotion, bien que la Palestine ne fût pas une sinécure du fait des problèmes religieux posés par la coexistence entre l'occupant païen et le peuple de Dieu, il déploie dans Jérusalem les enseignes impériales; d'où une manifestation massive des juifs devant son palais de Césarée. Ces emblèmes étaient en effet décorés du portrait de l'Empereur, contrevenant au précepte qui interdisait les représentations humaines. A plusieurs reprises le gouverneur romain heurta de front les sentiments religieux de ses administrés; pour réprimer les émeutes soulevées par ses exactions, il faisait donner les légionnaires, qui chargeaient au glaive et à la lance. Sa prétention de puiser dans le trésor du Temple eut pour conséquence un bain de sang. Une trace de ces brutalités subsiste dans l'évangile de saint Luc: ({ En ce même temps, on racontait là ce qui venait d'arriver à des Galiléens, dont Pilate avait mêlé le sang à celui de leurs sacrifices" (XIII. 1).
Le massacre du mont Garizim, montagne sacrée des Samaritains, mit fin à la carrière du procUrateur. C'était vers l'an 39; un faux prophète s'était levé, prétendant retrouver dans les flancs de cette aspérité naturelle les objets de culte qui avaient servi à Moïse. Les Samaritains, soucieux de pouvoir justifier leur dissidence religieuse "Nos pères ont adoré sur cette montagne et vous dites, vous, que c'est à Jérusalem qu'il faut adorer" Jo. IV. 20) se rendirent en foule sur les lieux et gravirent en chantant, les pentes du mont; ils n'y retrouvèrent pas la tente de Moïse mais la police de Pilate, qui fit un carnage. Caligula, pourtant célèbre pour sa cruauté, n'apprécia pas celle de son subordonné. Il le fit convoquer puis l'exila en Gaule. On lit dans l'Histoire ecclésiastique d'Eusèbe de Césarée qu'il s'y suicida.
L'abbé Bolo poursuit: "Le passage de Germanicus avait été une cause d'accroissement pour la société gauloise de Jérusalem. Il suffit d'avoir lu les admirables pages que Tacite consacre dans ses Annales à ce grand homme pour se rendre compte des liens indestructibles et profonds que son long séjour et ses glorieuses campagnes contre les Germains du Rhin lui avaient fait contracter avec la nation gauloise. Il avait vécu avec les soldats gaulois d'inoubliables journées. Ses légions composées en grande partie par nos ancêtres avaient voulu, à la mort d'Auguste, le proclamer empereur; et quand Tibère l'envoya en Orient et en Judée, remplir une mission qui devait lui être fatale, il n'est pas douteux qu'il dût entraîner à sa suite une colonie très considérable de Gaulois. Du reste, quatre ou cinq ans après sa mort, nous trouv,ons en Judée quatre légions dont l'effectif est gaulois en presque totalité: la VIe Ferrata, la Xe Fretensis, la XIIe Fulminata et la Ille Gallica dont le nom seul est décisif au point de vue qui nous occupe."
La mort de Germanicus, empoisonné par Pison, remontant à l'an 19 de notre ère, la présence de ces légions attestée par Tacite était effective en 23-24, à l'époque de Jésus.
Autre argument avancé par notre auteur: "La gens Claudia, qui tenait alors, dans la personne de Tibère, les rênes de l'empire, était aussi gauloise, c'est-à-dire aussi attachée que possible à la Gaule par tOutes sortes de liens, y compris les liens' de la naissance et du sang. On ne peut fouiller le passé de Lyon sans rencontrer partout l'empreinte de cette famille Claudia dont la ville de Lyon était la patrie d'adoption en attendant de devenir la patrie de l'empereur Claude lui même: Il en résultait évidemment, de la part de Tibère qui avait d'ailleurs séjourné assez longtemps en Gaule, une affection pour ce pays, une connaissance de ses habitants, une confiance en eux qui. devaient les signaler, plus que d'autres ,à l'attention du maître et leur attirer plus d'une haute fonction, plus d'une mission importante. Une administration intéressante et délicate comme celle de la Judée devait attirer les ambitions gallo-romaines."
Que des Gaulois aient été parmi les premiers à embrasser la foi du Christ devrait encourager les Français d'aujourd'hui à la conserver intacte, en relisant l'épître de saint Paul aux Galates : "Je m'étonne que vous quittiez si vite, pour passer à un évangile différent, Celui qui vous a appelés dans la grâce du Christ."
Marc DEM.
BIBLIOGRAPHIE
LE SILENCE
de Gertrud von Le Fort
Un texte très. court mais parmi les plus beaux qui soient, enchâssé dans un petit livre précieux. Cette "légende" de Gertrud von Le Fort (dont une autre "légende" est à l'origine du Dialogue des carmélites de Bernanos) fait justice de la campagne orchestrée contre l'attitude de Pie XII pendant la guerre. L'écrivain allemand, dédaignant les armes temporelles de la polémique, emprunte à la fiction littéraire ce qu'elle a de plus intense pour faire comprendre les raisons d'un silence qui ne fut que relatif. " ... et c'est ainsi qu'il m'incombe- à moi, l'humble et modeste serviteur de mon éminent maître - de proclamer à la face d'un monde qui fait erreur et semble n'écouter aucune leçon, quelle fut la vérité. Or, comme presque toute vérité, celle-là est profonde, mais très secrète.»
Joël Pottier, traducteur de l' œuvre, la fait suivre d'un utile commentaire. M. D. Éditions de Chiré. Chiré-en-Montreuil. 86190 VOUILLÉ
Ces gaulois qui crucifièrent le Christ:
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