Le boulevard Marine Le Pen et l’impasse française
Publié : 25/01/2011 - 22:41
par Nicolas Bonnal
Il faut savoir mourir pour renaître, disait Mitterrand en parlant du peuple juif. On peut appliquer sans hésiter cette belle formule au Front national qui, vingt-cinq ans après son émergence politique et cinq ans après sa quasi-agonie, a magnifiquement remonté la pente, sans militants et sans coup férir. On peut présager une belle réussite à la fille de Jean-Marie Le Pen, dans un pays plus que jamais disposé à accorder aux héritières et aux héritiers la place qui leur revient de droit.
Marine Le Pen dispose en effet de trois atouts de choix :
- D’une part la nullité presque ubuesque de l’UMP et du pouvoir en place. Non contente d’avoir désindustrialisé le pays, d’en avoir à volonté remplacé la population, non contente de se couvrir de ridicule ministère après ministère (les ministres de la Santé, Juppé, MAM et j’en passe), l’UMP se targue de déclarer la guerre fiscale et sociale à son propre électorat de bobos, classes moyennes, de professions libérales, ou, pour parler plus crûment, de bourgeois, via les propositions obscènes de Copé ou Méhaignerie. Ajoutons que l’UMP, à la suite du RPR, a ruiné le pays et fait exploser de 1000 % ses déficits budgétaires dans l’inconscience générale : le déficit était de cent milliards de francs en 1991 avant le départ du socialiste Michel Rocard, il est de 1000 milliards de francs aujourd’hui, pardon, de 148 milliards d’euros... La stratégie suicidaire se marque aussi sur le terrain si sensible des droits de l’homme ou de la diplomatie : ineptie comique en Afrique noire, arguties fascisantes dans le cas de la Tunisie (« il faut tirer sur les Arabes pour qu’ils ne deviennent pas des islamistes »), menaces sur la retraite de la nationalité aux contrevenants d’origine étrangère, qui semblent venir des propositions d’un discours, alors honni, de Bruno Mégret dans les années 90. Le président actuel, comme l’a dit Valéry Giscard d’Estaing, n’a ni le niveau ni les manières. Son entourage non plus, un peu comme en Amérique d’ailleurs.
- Le deuxième atout est bien sûr la désintégration politique et intellectuelle du parti socialiste et de la gauche en général, aussi bien en Europe du reste qu’en France. Les chamailleries des pasionarias et des polichinelles du PS n’ont rien à envier au théâtre des marionnettes, la gauche n’est plus qu’un mythe vague dans l’inconscient collectif (déjà Barthes l’avait remarqué...) et le PS une machine à drainer des postes. Seul Mitterrand, aventurier venu de la collaboration et de la gauche gaillardement colonialiste avait su faire quelque chose de ces professeurs malhabiles. Et je ne vois pas DSK, sybarite libéral-libertaire venu du FMI, venir jouer à l’arbitre apatride et faire la morale monétariste en 2012 aux Français. Ici encore, on nous blouse, et ce n’est pas Newsweek qui fera voter le chômeur des banlieues ou le notable breton pour un tel candidat.
- Le troisième atout, non moins négligeable est celui-ci : Marine Le Pen incarne un nationalisme ou un populisme postmoderne dégagé des gangues de l’extrême-droite française traditionnelle : celle-ci pour l’essentiel était composée de « cocus des guerres coloniales, des catholiques intégristes et de journalistes ratés », comme le notait non sans justesse Marc-André Taguieff. Marine Le Pen a rompu les amarres avec ces bateaux ivres, dont le discours monomaniaque n’avait pas changé depuis, mettons pour faire gentil, Dumont, Maurras ou Déroulède. Elle est aussi étrangère aux insupportables et scandaleux débats d’opérette sur l’existence des chambres à gaz ou les secrets du procès de Nuremberg et des maîtres-chanteurs de camembert. Bref elle a intégré cette évolution de la France "cool", décoincée, post-autoritaire dont j’avais parlé ici-même il y a quatre ans. Et elle a liquidé les actifs pourris de sa famille politique d’origine, sans toucher à l’essentiel : la diabolisation utile et le potentiel révolutionnaire. Car n’est-elle pas une « extrémiste cryptée encore pire que son père » ?
***
Tout cela fournit à l’héroïne du jour, sur fond d’islamophobie ambiante et planétaire d’ailleurs, les moyens non pas de figurer au deuxième tour de la prochaine élection présidentielle, mais bien de la gagner. Et elle fournira à la féminité des lettres de créances autrement plus crédibles que les peu regrettées Roudy, Cresson ou l’impayable Ségolène.
Seulement, au bout de son boulevard, il y aura l’impasse française. Car que faire sinon, une fois au pouvoir, une révolution ? http://www.france-courtoise.info
Il faut savoir mourir pour renaître, disait Mitterrand en parlant du peuple juif. On peut appliquer sans hésiter cette belle formule au Front national qui, vingt-cinq ans après son émergence politique et cinq ans après sa quasi-agonie, a magnifiquement remonté la pente, sans militants et sans coup férir. On peut présager une belle réussite à la fille de Jean-Marie Le Pen, dans un pays plus que jamais disposé à accorder aux héritières et aux héritiers la place qui leur revient de droit.
Marine Le Pen dispose en effet de trois atouts de choix :
- D’une part la nullité presque ubuesque de l’UMP et du pouvoir en place. Non contente d’avoir désindustrialisé le pays, d’en avoir à volonté remplacé la population, non contente de se couvrir de ridicule ministère après ministère (les ministres de la Santé, Juppé, MAM et j’en passe), l’UMP se targue de déclarer la guerre fiscale et sociale à son propre électorat de bobos, classes moyennes, de professions libérales, ou, pour parler plus crûment, de bourgeois, via les propositions obscènes de Copé ou Méhaignerie. Ajoutons que l’UMP, à la suite du RPR, a ruiné le pays et fait exploser de 1000 % ses déficits budgétaires dans l’inconscience générale : le déficit était de cent milliards de francs en 1991 avant le départ du socialiste Michel Rocard, il est de 1000 milliards de francs aujourd’hui, pardon, de 148 milliards d’euros... La stratégie suicidaire se marque aussi sur le terrain si sensible des droits de l’homme ou de la diplomatie : ineptie comique en Afrique noire, arguties fascisantes dans le cas de la Tunisie (« il faut tirer sur les Arabes pour qu’ils ne deviennent pas des islamistes »), menaces sur la retraite de la nationalité aux contrevenants d’origine étrangère, qui semblent venir des propositions d’un discours, alors honni, de Bruno Mégret dans les années 90. Le président actuel, comme l’a dit Valéry Giscard d’Estaing, n’a ni le niveau ni les manières. Son entourage non plus, un peu comme en Amérique d’ailleurs.
- Le deuxième atout est bien sûr la désintégration politique et intellectuelle du parti socialiste et de la gauche en général, aussi bien en Europe du reste qu’en France. Les chamailleries des pasionarias et des polichinelles du PS n’ont rien à envier au théâtre des marionnettes, la gauche n’est plus qu’un mythe vague dans l’inconscient collectif (déjà Barthes l’avait remarqué...) et le PS une machine à drainer des postes. Seul Mitterrand, aventurier venu de la collaboration et de la gauche gaillardement colonialiste avait su faire quelque chose de ces professeurs malhabiles. Et je ne vois pas DSK, sybarite libéral-libertaire venu du FMI, venir jouer à l’arbitre apatride et faire la morale monétariste en 2012 aux Français. Ici encore, on nous blouse, et ce n’est pas Newsweek qui fera voter le chômeur des banlieues ou le notable breton pour un tel candidat.
- Le troisième atout, non moins négligeable est celui-ci : Marine Le Pen incarne un nationalisme ou un populisme postmoderne dégagé des gangues de l’extrême-droite française traditionnelle : celle-ci pour l’essentiel était composée de « cocus des guerres coloniales, des catholiques intégristes et de journalistes ratés », comme le notait non sans justesse Marc-André Taguieff. Marine Le Pen a rompu les amarres avec ces bateaux ivres, dont le discours monomaniaque n’avait pas changé depuis, mettons pour faire gentil, Dumont, Maurras ou Déroulède. Elle est aussi étrangère aux insupportables et scandaleux débats d’opérette sur l’existence des chambres à gaz ou les secrets du procès de Nuremberg et des maîtres-chanteurs de camembert. Bref elle a intégré cette évolution de la France "cool", décoincée, post-autoritaire dont j’avais parlé ici-même il y a quatre ans. Et elle a liquidé les actifs pourris de sa famille politique d’origine, sans toucher à l’essentiel : la diabolisation utile et le potentiel révolutionnaire. Car n’est-elle pas une « extrémiste cryptée encore pire que son père » ?
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Tout cela fournit à l’héroïne du jour, sur fond d’islamophobie ambiante et planétaire d’ailleurs, les moyens non pas de figurer au deuxième tour de la prochaine élection présidentielle, mais bien de la gagner. Et elle fournira à la féminité des lettres de créances autrement plus crédibles que les peu regrettées Roudy, Cresson ou l’impayable Ségolène.
Seulement, au bout de son boulevard, il y aura l’impasse française. Car que faire sinon, une fois au pouvoir, une révolution ? http://www.france-courtoise.info