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François Duprat (1940-1978) : L'historien-militant assassiné

Publié : 02/04/2009 - 16:12
par Pat
François Duprat (1940-1978) : L'historien-militant assassiné
18 mars 1978, lieudit du Hameau-de-Caudevillé : une voiture est désintégrée sous l'effet d'un puissant engin explosif. L'homme qui décède dans cet attentat - bientôt revendiqué par un groupuscule sioniste dont on ne retrouvera jamais les auteurs - se nomme François Duprat. Même si son nom n'est guère connu du grand public, ce n'est pas n'importe qui. C'est un cadre politique de premier plan qui, selon les termes de l'historien Nicolas Lebourg, est le « numéro deux du Front national, ou peut être plutôt son numéro un-bis », c'est aussi un écrivain, un historien, un journaliste, un théoricien et surtout un organisateur hors pair qui a participé à tous les combats nationalistes durant les vingt années qui viennent de s'écouler.
DU TROTSKISME AU NATIONALISME
ISSU d'une famille communiste, et ayant lui-même fréquenté le trotskisme lambertiste durant son adolescence (de 1954 à 1957), François Duprat s'était tourné rapidement vers le nationalisme français le plus ultra pour ne plus le quitter jusqu'à sa mort tragique. Dés 1958, il adhére à Jeune nation, puis au Parti nationaliste, dont il devient le responsable pour Bayonne, puis pour tout le sud-ouest, avant d'entrer en khâgne à Paris où il est un des membres fondateurs de la Fédératlon des étudiants nationalistes. Son actlvité, et les liens qu'on lui prête avec l'OAS, lui valent alors d'être jugé et emprisonné pour « atteinte à la sûreté de l'État ».
En 1964, François Duprat participe à la création d'Occident avant d'être engagé par le gouvernement congolais de Moise Tschombé et de diriger ses services de propagande jusqu'à sa chute en octobre 1965. De retour en France, notre homme collabore à Rivarol et devient membre du Bureau politique d'Occident, il coordonne sa propagande et est rédacteur en chef de son organe Occident-Université. Cependant, en mars 1967, en désaccord avec la direction du mouvement, il en démissionne. Il travaille alors étroitement avec Maurice Bardèche qui le considère comme son fils spirituel et en fait le rédacteur en chef officieux de Défense de l'Occident.
À une époque où les nationaux et nationalistes français (de Venner à Vallat, en passant par Brigneau et Rebatet sont quasiment tous unanimes pour être en faveur de l'entité sioniste, François Duprat (appuyé par Maurice Bardèche insiste sur l'importance de se positlonner contre Israël et pour le monde arabe. En juillet 1967, il rédige seul un numéro spécial de Défense de l'Occident qui est titré « L'Agression israélienne » et dont l'éditorial se termine ainsi : « À bas les agresseurs impérialistes d'Israël ! La liberté pour la Palestine arabe ! ». Parallèlement, il crée un Rassemblement pour la libération de la Palestine qui entretient des liens avec le Front populaire pour la libération de la Palestine et le Parti social nationaliste syrien.
François Duprat est aussi, en novembre 1968, dans l'équipe qui fonde L'Élite européenne et dans celle qui, en 1970, porte sur les fonds baptlsmaux le mouvement Ordre nouveau. Il est naturellement membre du BP de celui-ci et tout aussi naturellement, il s'occupe de sa propagande, étant, selon Joseph Algazy, celui qui crée le « style Ordre nouveau : provocateur, belllqueux, violent » et celui qui impose la création du Front national en juin 1972, conçu comme un rassemblement électoral devant démultiplier l'influence d'ON.
L'opération Front national ne se déroule cependant pas comme la direction d'Ordre nouveau l'avait souhaité. Une partie de ses activistes la refuse et scissionne pour créer les Groupes action jeunesse, François Duprat pense lui qu'il faut dissoudre ON dans le FN tandis qu'une troisième faction menée par Alain Robert rêve de reprendre son indépendance et de travailler avec la droite parlementaire.
Tout se précipite alors : François Duprat est exclu d'Ordre nouveau au printemps 1973, quelques semaines plus tard le mouvement est dissout à la suite d'une réunion publique sur le thème « Halte à l'immigration sauvage » ayant entraîné des heurts extrêmement violents, durant l'été ses dirigeants rompent avec le Front national et créent Faire front à l'automne, puis le Parti des forces nouvelles en 1974.
DUPRAT, l'ÉMINENCE GRISE DE LE PEN
De son côté, François Duprat réfléchit et structure ses partisans. Pour lui, il faut créer un organe de presse régulier et sérieux, et autour de celui-et structurer une tendance. Il met les choses en pratique en décembre 1973 en publiant le n°1 de l'hebdomadaire Les Cahiers européens et en créant les Comités d'union des nationaux qui, en 1974, apportent un soutien important à la première campagne présidentlelle de Jean-Marie Le Pen. En juin, le leader du FN leur adresse un message clair, il y affirme : « La place des nationalistes révolutionnaires est au sein du FN, qui autorise la double appartenance et respecte les choix idéologiques de ses adhérents. » En conséquence, en septembre 1974, Duprat et ses partisans entrent au FN, dès novembre ce sont eux qui créent Le National, l'organe du parti.
Au sein du FN, Duprat est chargé de la Commission électorale, c'est-à-dire qu'il est responsable des questions stratégiques et propagandistes, en somme c'est lui qui fait tourner la machine. Pour Alain Rollat, « François Duprat apparait comme le véritable numéro deux du parti. Il est un remarquable organisateur en même temps que l'éminence grise de Jean-Marie Le Pen. Le FN lui doit sa discipline interne. »(1) En parallèle, François Duprat développe sa tendance. Pour ce faire, en 1976, il crée les Groupes nationalistes révolutionnaires dont l'influence au sein du FN est bientôt importante : Alain Renault - qui est le bras droit de Duprat - devient secrétaire général adjoint du Front et aux législatives de 1978 un tiers des candidats sont issus des GNR. Mais tout ne se passe pas sans heurt et, dès le quatrième congrès du FN (Bagnolet, 1976), certains éléments nationaux ne cachent pas leur hostilité aux NR. Cependant, l'lmportance politique de François Duprat fait qu'ils sont intouchables. Dès qu'il est assassiné, tout change et c'est la purge ! Elle est menée par Michel Collinot et Jean-Pierre Stirbois. Au congrès du FN de novembre 1978, Alain Renault tente de convaincre qu'« aucune épuration n'est dirigée contre les véritables nationalistes révolutionnaires, et qu'ils continuent d'avoir toute leur place au sein du Front », mais personne ne le croit...Les militants NR sont soit exclus soit démissionnent. Ils participent alors à la création du Mouvement nationaliste révolutionnaire et entament une existence groupusculaire qui durera près de vingt ans ... (2)
QUI A TUÉ FRANÇOIS DUPRAT ?
A trente ans de distance personne ne le sait. Diverses hypothèses ont été avancées. Trois sont vraisemblables sans que l'on puisse savoir laquelle est la vraie : sionistes voulant éliminer un soutien de la cause palestinienne, militants anti-fascistes voulant liquider le plus efficace de leurs adversaires ou mercenaires de l'extrême droite régimiste souhaitant faire taire un homme qui en savait trop et qui gênait leur ralliement au système.

Notes :
1) in Les Hommes de l'extrême droite, Calmann-Lévy, 1985.
2) Ce MNR deviendra par mues successives Troisième vote, Nouvelle résistance puis Unité radicale.

« Les nationalistes révolutionnaires doivent considérer comme des ennemis d'un type similaire
sur le plan idéologique les diverses organisations du centre, de droite ou de gauche.
» François Duprat
Réfléchir & Agir

Re: François Duprat (1940-1978) : L'historien-militant assassiné

Publié : 09/04/2009 - 22:22
par Pat
François DUPRAT : NOUS AVIONS UN CAMARADE

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Il y a maintenant vingt ans, François Duprat était tué dans un attentat criminel. Sa femme, atrocement blessée, échappait à la mort par miracle. Une bombe de forte puissance, placée sous son véhicule, aurait été actionnée à distance par un terroriste se trouvant sur la route. Mais jamais l'enquête de la police n'a abouti, comme d'ailleurs dans l'explosion qui avait détruit l'appartement de Jean-Marie Le Pen en 1976 et plus généralement dans tous les attentats et les actions criminelles qui visent le Front national et ses responsables.
Vingt ans plus tard, il convenait de rendre un hommage particulier à celui qui « se consacra tout entier à la politique ». Plus de deux cents personnes entouraient Jean-Marie Le Pen, Martine Lehideux, Jean-Pierre Reveau, Carl Lang, Bruno Gollnisch et Jean-Yves Le Gallou.
Sans compter Bernard Duchon, Serge Balassi ou Pierre Combes, vieux camarades de Duprat.
Jean-Marie Le Pen a évoqué avec émotion la mémoire de celui qui était une mémoire vivante des nationalistes français et possédait une immense culture. Nationaliste et révolutionnaire à la fois, il s'était consacré entièrement à la défense de ses idées, au sein du Front national. « Militant infatigable et sensible sous une carapace un peu bougonne », François faisait partie de ces hommes qui vont jusqu'au bout de leurs engagements. N'est-ce pas là finalement l'essentiel dans un monde où tout se radicalise ? Quatre jours avant sa mort, François Duprat qui se savait menacé, avait demandé un port d'arme. Il lui fut refusé. Vingt ans plus tard, ses amis présents montraient qu'ils n'avaient rien renié.

Françoise MONESTIER National Hebdo du 19 au 25 mars 1998

Re: François Duprat (1940-1978) : L'historien-militant assassiné

Publié : 10/04/2009 - 18:57
par Pat
18 mars 1978 : camarade Duprat, présent !
En honorant, au cimetière de Montmartre, la mémoire de François Duprat, assassiné le 18 mars 1978, Jean-Marie Le Pen a rappelé que la vertu est au cœur de nos valeurs. Bien entendu, Le Monde en tête, les chiens médiatiques ont aussitôt aboyé. Ou plutôt ils ont bavé. Avoir de tels ennemis est un honneur.
J'ai connu Duprat en militant, depuis quarante ans (comme le temps passe ... ), dans ce
qu'il est convenu d'appeler la mouvance nationale-révolutionnaire, dont Duprat a été une figure éminente. Il portait en lui le feu révolutionnaire. Avec une fougue de taureau (il y avait chez lui du Danton). Mais avec, aussi, une rigueur d'analyste et d'historien, lucide sur les événements et sur les hommes. Je l'entends encore dire que le révolutionnaire est celui qui ne sait pas ce que veut dire le mot vacances. La boutade était, comme souvent chez Duprat, une façon amusée de dire une chose profonde. Il a d'ailleurs mis en pratique, jusqu'au bout, la fameuse maxime de Blanqui : « Le devoir d'un révolutionnaire c'est la lutte, toujours la lutte quand même, la lutte jusqu'à extinction ».
Lorsque nous militions ensemble à la FEN (Fédération des étudiants nationalistes), Duprat aimait dire qu'il faut toujours concilier réflexion et action, pour éviter aussi bien les pièges de l'intellectualisme en chambre que de l'activisme, qu'il dénonçait volontiers comme les deux maladies infantiles du nationalisme, aussi stérilisantes l'une que l'autre. Dans ses chronique de Rivarol (dont je veux saluer ici le rôle irremplaçable d'outil de formation, tenace, courageux, intelligent) Duprat a su sortir ses lecteurs des débats franco-français pour leur montrer les enjeux géopolitiques et métapolitiques des questions internationales.
Mais, plus encore que par cette activité intellectuelle, Duprat a forgé, par son engagement incessant, des noyaux militants qui ont été souvent les premiers jalons du vaste mouvement qu'a su faire naître Jean-Marie Le Pen.
La force, irremplaçable, du mouvement national réside dans cette communauté militante qui est désormais implantée surtout le territoire. J'aime, au hasard de mes pérégrinations, faire halte au sein de ces noyaux durs du combat nationaliste. Ainsi étais-je l'autre jour, au cœur du Languedoc, dans la ville de Frontignan. José Peruga, activement secondé par son épouse et une solide équipe de joyeux gaillards, y réalise un travail exemplaire. Exemplaire de ténacité souriante, d'efficacité par rapport au milieux ambiant : ce gardien de la flamme nationale se déplace dans sa ville comme un poisson dans l'eau, connaît tout le monde et est visiblement apprécié de beaucoup de ses concitoyens. Du coup, il gêne : sa permanence, réalisée à la force du poignet, avec les moyens locaux, a été la cible de nombreuses déprédations. A chaque fois, souriant face à l'adversité, Peruga la refait plus belle. Antithèse du notable content de lui et batteur d'estrades, Peruga représente bien ce tissu militant qui fait notre force. Si nous avons, partout dans notre pays, des hommes de sa trempe, la France vivra. Là où il est Duprat sait qu'il n'a pas donné sa vie pour rien.
P V National Hebdo du 26 mars au 1er avril 1998

Re: François Duprat (1940-1978) : L'historien-militant assassiné

Publié : 29/05/2012 - 10:27
par Pat
Un homme est mort : le mystère François Duprat par Pierre LE VIGAN

À deux ou trois petits détails près, le livre de Nicolas Lebourg et Joseph Beauregard est très bien documenté et fin tout autant qu’honnête. Le lien entre les idées de François Duprat et sa personnalité, et aussi son entourage, devait être fait. C’est le point fort du livre. (Tout autant que l’enquête sur son assassinat qui laisse penser que la piste somme toute la moins improbable viendrait de l’ultra-droite, mais certainement pas du P.F.N. [Parti des forces nouvelles] d’alors). Pourquoi une telle biographie à la fois politique, intellectuelle et humaine ? Parce que dans le cas de Duprat on ne peut s’en tenir aux idées. Elles existent pourtant bel et bien : Duprat est un N.-R., un nationaliste-révolutionnaire. C’est même le fondateur de l’idée N.-R. À l’évidence, il la tire au peu trop du côté du néo-fascisme – au risque de desservir sa cause – mais nous sommes dans les années 70, à peine trente ans après la guerre, alors que maintenant, soixante-dix ans ont passé depuis les années 40. Ceci explique sans doute cela.

François Duprat n’était pas raciste (malgré des contacts sulfureux) et expliquait qu’il faut s’attaquer aux promoteurs de l’immigration et non aux immigrés – même s’il n’hésite pas, parfois, à instrumentaliser la xénophobie. Il n’est même pas « racialiste » contrairement à Europe Action (l’ancêtre de la « Nouvelle Droite » dans les années 60). Et il n’était pas anti-américain, contrairement à la « Nouvelle Droite » dès les années 70.

Duprat fascinant (et pas seulement fascisant) car brillant et baroque, et doté d’une personnalité double, voire triple ? Sans doute l’était-il auprès de beaucoup de gens. Hypermnésique ? Certainement, et cela impressionnait beaucoup. Séducteur à la Guillaume Faye : sans doute un peu. Mais séducteur intellectuellement des hommes, plus que des femmes (encore qu’il ait vécu avec de belles femmes, nous dit-on, ce qui laisse présumer un charme certain).

Voyons une vidéo d’entretien avec lui, sur Internet : surprise pour quelqu‘un dont les idées étaient quelque peu excitées (cf. ses textes dans Année zéro), il a une voix très douce. Un côté très calme et posé. Une personnalité multiple, perverse dirons certains. Le terme paraît excessif. Duprat a un côté authentique en même temps que joueur. Il a souffert authentiquement de l’échec de son premier mariage. Duprat n’est pas un bloc d’insincérité, ce qui ne veut pas dire qu’il n’est pas capable de duplicité – en tout cas dans le domaine politique où il aime visiblement le billard à plusieurs bandes. En politique précisément, c’est un joueur, avant tout un joueur. « Monsieur, est-il vrai que vous faites de la politique ? », lui avait demandé un de ses élèves de son collège normand ? « Oui, c’est pour me distraire », avait répondu François Duprat. Réponse certainement, là, pour le coup, tout à fait sincère.

Pierre Le Vigan http://www.europemaxima.com/

P.S. : Ajoutons deux remarques. L’une est que Duprat ne serait sans doute pas resté indéfiniment numéro 2 du Front national, compte tenu des réticences de Jean-Marie Le Pen face à tout carcan idéologique et de son refus (logique de son point de vue) des fractions organisées du type les « G.N.R. (Groupes nationalistes-révolutionnaires) de base » (les grenebeux ou gronebeux). L’autre remarque est qu’il n’y a guère d’intérêt, quand aucun fait précis n’est avancé, de préciser que l’on trouvait Duprat « répugnant moralement et physiquement ». C’est trop ou trop peu. Et inutilement blessant pour sa fille et sa veuve.

• Nicolas Lebourg et Joseph Beauregard, François Duprat. L’homme qui inventa le Front national, Denoël, 2012, 382 p., 23,50 €.