Messagepar Pat » 04/11/2007 - 13:02
Désolée d'en reparler...
LA HAINE ANTI-LE PEN, CA N'EN FINIRA DONC JAMAIS ?
Oui, que nos chers lecteurs nous pardonnent, car nous aurions bien sûr mieux à faire dans ce journal que consacrer tant de place à répondre aux attaques contre le front national et son président, lesquelles durent depuis trop longtemps ; d'autant que les pires viennent généralement de ceux qui entendent faire son bien, c'est malheureusement souvent la loi du genre.
De tous les élus du Front national, Jean-Yves-Le Gallou n'aura pas été le moins bien traité. Ancien du Parti républicain, il n'adhère à ce mouvementqu'en 1985 ; il n'en a donc pas connu la longue traversée du désert, pas plus que sa montée en puissance. Président du groupe FN au Conseil régional d'ÎIe-de-France, il est l'un des cerveaux du putsch mégrétiste de 1998, mené avec la maestria qu'on sait. Naguère responsable du MNR, il n'en serait plus que simple adhérent. II dirige aujourd'hui le site Internet Polemia, sur lequel on ne lit d'ailleurs pas que des bêtises, loin s'en faut. II vient d'accorder un entretien à notre confrère Présent, dans lequel on lit ceci: « Avant même que les électeurs ne se prononcent, ce sont les médias qui rendent les arbitrages à l'intérieur de chaque camp. Ils ont choisi Chirac contre Balladur en 1995, Le Pen contre Mégret en 2002, Ségolène Royal contre Hollande en 2007, et pour 2012 Marine comme successeur de son père. Ce choix n'est pas totalement arbitraire. Il est d'abord commercial: un(e) extraverti (e) impudique est un meilleur "client" pour les radios et les télévisions qu'une personnalité plus réservée.»
Dans cette déclaration, il convient d'abord de démêler le vrai du faux, avant de comprendre le message qu'il entend faire passer.
Récapitulatif. En 1995, les patrons de certains médias- TF1, le Monde et le Figaro, et non pas les "médias" - roulent d'abord pour Balladur plutôt que pour Chirac. Les seuls à défendre Chirac sont les Guignols de l'info, ce qui ne signifie pas que Canal plus ait été à l'époque chiraquien, l'émission de Bruno Gaccio ayant toujours été un monde un peu à part. Quant à ce "chiraquisme", il n'a rien de politique, s'agissant seulement d'une empathie naturelle pour un homme trahi et lâché de tous. En revanche, il y a revirement d'autres patrons de médias en faveur du maire de Paris quand Nicolas Sarkozy se laisse aller imprudemment à confier aux journalistes « qu'il a mis en place une coalition allant du CDS au FN. » Tôt suivi de Pierre Bergé, Arno Klarsfeld est le premier à réagir, déclarant au Parisien: « Il faut voter pour Chirac dès le premier tour, parce que c'est le meilleur rempart contre Le Pen! » Mais cela n'infléchit en rien le puissant soutien du trio médiatique plus haut évoqué. On connaît le résultat. Pareillement, autre cas de figure présidentiel que Jean-Yves Le Gallou omet de citer, est celui de 2002, à l' occasion duquel les médias, Le Monde en tête - « journal contre lequel il est impossible de gagner une élection présidentielle », dixit Jospin militent plus pour le candidat socialiste que le candidat sortant. En 2007, configuration inédite : tous les grands patrons d'industrie, qui détiennent, de fait, les grands médias, tapinent de manière éhontée pour Sarkozy. Et c'est là, principalement, que la démonstration de Jean-Yves Le Gallou frôle la sortie de route. Parce qu'il mélange primaires au sein d'un parti - Le Pen contre Mégret, Marine contre on ne sait pas encore qui - et enjeux présidentiels. Et surtout, parce qu'au sein des "médias", il confond les journalistes, de gauche à plus de 90 %, sélon un sondage effectué par l'hebdomadaire Marianne, et leurs nouveaux patrons qui sont désormais tout, hormis des patrons de presse. Ils ne sont aujourd'hui ni de gauche ni de droite et ne voient plus dans la sphère politique que l'ultime moyen de verrouiller leurs propres intérêts transnationaux. Dans une joute présidentielle, ils pèsent de tout leur poids. Dans une primaire, ils interviennent seulement, le cas échéant, mais plus en termes de vente de papier que de haute politique. Au Parti socialiste, François Hollande en aurait moins fait vendre que Ségolène Royal, tous deux euro-compatibles. En revanche, il aurait été hors de question de promouvoir un Emmanuelli ou un Mélenchon, les derniers des Mohicans anticapitalistes, avant le ralliement du Parti socialiste, non pas à l'économie de marché, mais à la société de marché; nul doute que Jean-Yves Le Gallou soit capable de faire la différence entre ces deux concepts.
Quant au choix Mégret/Le Pen, si choix il y a, mais choix il n'y a pas eu, il relève d'un domaine radicalement différent. Les trains qui arrivent à l'heure n'intéressent pas les journalistes, parce que les seuls qui passionnent leurs lecteurs sont ceux qui déraillent. C'est pourquoi, lors de l'été 1998, Bruno Mégret a bénéficié d'un interminable feuilleton dans le quotidien Libération, relatif à son « irrésistible ascension ». Dans sa touchante naïveté, le principal intéressé a dû prendre la chose comme un "soutien" des médias, alors que ce n'était qu'un bon sujet d'été. Les journalistes, alors chargés de suivre le Front national pressentaient qu'il se mijotait quelque chose. En accompagnant l'affaire et en la mettant en scène, ils n'ont fait qu'accomplir le travail pour lequel ils sont payés: ils n'ont pas créé l'actualité; ils l' ont anticipée, l'ont accompagnée. Qu'il y ait eu ensuite, durant la crise du Front national, une tonalité médiatique généralement plus favorable à Le Pen qu'à Mégret relève là d'autres sentiments. Les mêmes, précisément, qu'ont pu éprouver les auteurs des Guignols à l'égard d'un Chirac. J'ai ainsi rencontré et côtoyé des journalistes, antilepénistes notoires, mais sincèrement écœurés de la manière dont Jean-Yves Le Gallou et ses amis traitaient l'historique patron du FN. Car ce Le Pen, après lui avoir tapé dessus des années durant, c'est qu'ils avaient un peu fini par s'y attacher.
Quant au message subliminal délivré par Jean-Yves Le Gallou, à l'occasion de cet entretien, il tient en gros à ceci : ces mêmes médias seraient en train de décider, à la place des militants frontistes, de qui succédera un jour à Jean-Marie Le Pen. En l'occurrence, sa fille Marine. Ce qu'insinue Jean-Yves Le Gallou, c'est que, "candidate médiatique", Marine Le Pen ne serait pas une candidate légitime, puisque « soumise à l'idéologie dominante », pour reprendre ses propres termes. L'attaque de Robert Spieler, disséquée la semaine dernière, était bête et frontale ; celle-ci est autrement plus perverse, puisque réfléchie. Plus méchante, aussi. On pardonnera évidemment un mouvement d'humeur; moins facilement de l'acide, goutte-à-goutte distillé. Surtout lorsqu'on lit, plus loin : « Le mouvement national a été puissant quand se retrouvaient ensemble un homme charismatique et médiatique, un corps de doctrine et un appareil politique structuré et construit. Ce n'est plus le cas aujourd'hui. Il y a d'un côté une famille aussi "people" que la famille Sarkozy, adulée après avoir été haïe des médias, mais désormais isolée au sein de son propre camp. »
Cette phrase appelle plusieurs objections qui sont tout sauf anodines:
Comment peut-on se féliciter que Jean-Marie Le Pen ait été, et soit encore, un personnage « charismatique et médiatique » et reprocher à sa fille de l'être devenue, à sa façon toute particulière ?
• Comment évoquer un "corps de doctrine" , sorte dé phare dans la "nuit cosmopolite", alors que ce "corps de doctrine", à dire vrai, n'a jamais véritablement existé, ayant toujours consisté en l'addition de cultures et de croyances diverses et pas toujours compatibles ; ce qui fait toute la différence entre un "Front" et un "Parti". On ne le répétera jamais assez, mais le seul fondamental doctrinal du Front national demeure, à en croire Jean-Marie Le Pen qui en est un peu, états de services aidant, le garant, l'amour de la France. Concept qui, certes, peut donner lieu à d'innombrables interprétations, mais il ne faut pas pour autant répandre de telles contrevérités.
• L'appareil politique du Front national serait,en 2007, peut-être mieux structuré si certains, Jean-Yves Le Gallou au premier chef, s'étaient un peu moins évertués à le détruire, sous prétexte de le conquérir.
• La famille Le Pen, une famille aussi "people" que les Sarkozy ? Ou Jean-Yves Le Gallou a-t-il passé les trente dernières années ? En Corée du Nord? Dans un ashram tibétain ? S' il lisait plus souvent la presse au petit déjeuner, il aurait, par exemple, connaissance de l'ignoble bande dessinée récemment publiée sur Marine Le Pen, pour le moment quasiment retirée de la vente par son éditeur Le Seuil, mais qui, en termes d'ignominie, dépasse de loin les limites de l'acceptable.
Pour conclure, il est une vérité avérée que Marine Le Pen bénéficie de papiers autrement plus flatteurs que ceux consacrés à d'autres personnalités du Front national. Pourquoi? Parce que nous avons tellement eu l'habitude d'être massacrés par les médias qu'un simple article objectif fait désormais figure de papier complice.Parce que Marine Le Pen, au lieu d'insulter, par principe, des médias forcément "hostiles", a su instaurer, avec les journalistes, des rapports que l'on peut qualifier de "normaux". Soit des rapports tout aussi normaux que ceux entretenus par Jean-Yves Le Gallou avec sa haute fonction publique d'origine. Lesquels lui ont permis, le 17 janvier 2007, de bénéficier d'une assez flatteuse promotion, signée des mains du président Jacques Chirac, du Premier ministre Dominique de Villepin et d'un ministre de l'Intérieur, qui n'était autre que Nicolas Sarkozy. Tout comme ses anciens collaborateurs du Conseil régional d'Île-de-France ont pu être titularisés par Jean-Paul Huchon, homme éminemment sympathique, président socialiste de cette même instance, mais surtout ancien camarade de promotion énarchique. En déduira-t-on que Jean-Yves Le Gallou est chouchou du "Système" ? Non, bien sûr. Nous ne sommes pas assez méchants pour en tirer pareille déduction aléatoire. Lui, en revanche, n'a pas tardé à faire cet amalgame auquel, toujours, nous nous refuserons, n'ayant jamais confondu sens politique et privilèges de classe, énergie tendue au service de la France et ratiocinages aigris de ceux qui, forts de leurs échecs, viendraient maintenant nous expliquer les chemins de la victoire.
Béatrice PERREIRE National Hebdo du 1er au 7 novembre 2007

Que les hommes d'arme bataillent et que Dieu donne la victoire! (Jeanne d'Arc) Patriotiquement votre.