Le livre de Jean-Pierre Stirbois, secrétaire général du Front, "L'avenir nous appartient", vient à son heure. Avec une sincérité évidente, Jean-Pierre y raconte son éveil précoce à la politique, ses premiers combats, son adhésion au Mouvement solidariste, puis au Front National, où il deviendra rapidement le second de Jean-Marie Le Pen, les grandes étapes de notre mouvement (élections européennes, meetings, campagnes des législatives, interventions à l'Assemblée etc.). Mais aussi _ et ce n'est pas la partie la moins intéressante _ il y développe les conceptions du "National-Populisme".
Nous donnons à nos lecteurs, sous forme de "bonnes feuilles" deux passages extraits de ce livre : sa première manifestation politique _ acte particulièrement courageux chez un enfant seul au milieu de toute une classe d'écoliers; certaines pages concernant le National-Populisme.
Un livre que tout vrai militant se doit de posséder. (Éditions National-Hebdo).
L'éveil à la politique
Je venais d'avoir neuf ans lorsque mon père m'initia a ce qui est Vite devenu ma première passion : la pêche! Un matin, le hasard nous entraîna tous les deux chez un jeune agriculteur d'une trentaine d'années qui nous convia très chaleureusement à tremper le fil dans l'Orne en sa compagnie.
Le poisson tardait à mordre. Pour tromper l'attente, le jeune paysan raconta à mon père qu'il s'apprêtait à quitter la France. En effet, le mois suivant, il se retrouvait en Indochine comme volontaire pour défendre le drapeau tricolore. L'Indochine: une contrée qui me paraissait bien lointaine et bien mystérieuse.
Le temps passa... Un jour, mes parents discutèrent devant moi de ce jeune homme dont le souvenir était resté dans ma mémoire. Ils venaient d'apprendre sa mort. D'instinct, j'éprouvai de l'admiration pour ce garçon qui avait choisi de donner sa vie pour la France.
Je ne me souviens plus de son nom (l'ai-je jamais su ?), mais je vois toujours son visage. Je l'ai admiré sans très bien comprendre pour quelle raison. Son nom, finalement, c'est peut-être tout simplement celui de Héros.
Les semaines suivantes, j'écoutais fréquemment à la radio les nouvelles en provenance d'Indochine, notamment de Diên Biên Phu. J'étais à la fois triste et révolté, comme un enfant qui aurait injustement perdu une partie de football à cause d'un arbitre partial ou partisan.
La France avait obligé ses fils à accepter la défaite, à se faire tuer ou emprisonner sans broncher, j'en avais nettement conscience.
De l'eau a coulé sous les ponts d'une France diminuée. Huit ans plus tard, j'étais au Lycée Paul Langevin, à Suresnes. Une autre guerre faisait alors parler d'elle en Algérie. Le Général De Gaulle, devenu président de la République, reniait ses engagements et un mouvement de révolte était en train de naître : l'Organisation Armée Secrète.
Au lycée, nos professeurs organisèrent une journée anti-OAS : arrêt des cours, précédé d'une heure d'instruction civique, au cours de laquelle notre professeur de français demanda à tous les élèves de se lever en mémoire des militaires tués en Algérie par les soi-disant factieux et extrémistes de l'OAS et d'observer une minute de silence.
Ce fut l'un des moments les plus pénibles de ma vie. Dix ou quinze secondes d'un interminable dilemme. Allais-je me lever comme les autres et ne pas me le pardonner ensuite, ou allais-je rester assis au risque d'être le seul?
Je restai assis, tremblant et rougissant, mes jambes ne n'auraient d'ailleurs plus porté! Je me souviendrai toujours du regard étonné et glacial de mon professeur. S'agissait-il d'une provocation gratuite ou d'un affront réfléchi? Je n'ai jamais su ce qu'il en était et je dois reconnaître que jamais il ne m'a fait payer cette attitude. Elle m'avait permis de me sentir bien dans ma peau et surtout un peu plus libre. Tant qu'il est vrai que la liberté, c'est d'abord le sentiment d'avoir fait son devoir.
Les mois suivants, j'assistai, impuissant, à l'agonie de cette Algérie française, des gens qui avaient un jour donné leur parole et qui, pour ne pas la renier, étaient entrés en rébellion contre le pouvoir.
Seul et isolé dans mon lycée, j'essayais de faire face aux événements avec des moyens dérisoires : je confectionnais des petits papillons «OAS vaincra », comme pour me convaincre que tout espoir n'était pas encore perdu. Je refusais de toutes mes forces les thèses de ces esclaves de la fatalité qui considéraient la perte de l'Algérie comme inéluctable. On n'est par servile quand on a dix-sept ans.
Dans National-populiste, deux mots : Nation et peuple
Dans un article du Monde (12 juin 1987), l'historien Michel Winock a voulu clouer au pilori le Front National en expliquant savamment qu'il y avait, pour :reprendre ses termes, « aux origines de JM Le Pen, la vieille histoire du national-populisme» - et en qualifiant ce national-populisme d'« égoïsme tribal» et de « régression au stade de la société fermée ». On reconnaît là l'habituelle 'tactique pratiquée contre nous : essayer de dévaloriser, aux yeux du public, nos idées par des expressions chargées de sens négatif, tenter de rendre un caduc un courant politique et le diabolisant. C'est tout simplement du terrorisme intellectuel.
Seulement, le procédé se retourne contre son auteur. Faisant remonter le national-populisme au boulangisme des années 1887-1900, il décrit celui-ci comme un mouvement « défiant les représentants officiels du Parti conservateur, entamant l'audience de l'extrême gauche, troublant le jeu politique installé, en mobilisant les « masses» sur quelques slogans serinés. Ce nouveau
courant était « populaire ». Il opposait le peuple, son bon sens, son honnêteté, à une classe politique corrompue et avachie dans les délices parlementaires. Face à la gabegie et aux « voleurs », il fallait lui rendre la parole. Voilà, donc, ce que Winock trouve si condamnable... Eh bien, moi, je reprends avec fierté cette expression de «national-populisme» dont les folliculaires comme Winock prétendent accabler le Front National. Je la revendique hautement et, moi qui n'ai pas l'habitude de garder mon drapeau dans ma poche, c'est un drapeau précisément en lequel je me reconnais.
Voici pourquoi: dans «national-populisme », il y a deux mots - nation et peuple - qui sont, à mon sens, indissolublement liés et auxquels je suis profondément, viscéralement attaché. La nation, tout d'abord. On oppose souvent une définition française de la nation, fondée sur le volontarisme - la volonté de vivre ensemble partagée par un certain nombre d'êtres - et une définition allemande, reposant sur un déterminisme des origines - la nation groupant des hommes et des femmes issus de la même souche biologique (l'étymologie plaide en faveur de cette conception, puisque « nation» vient du latin natio, la naissance). En fait, loin d'être antagonistes, ces deux définitions, datant du XIXe siècle, sont complémentaires. Certes, comme le dit Renan, « une nation, c'est une âme, un principe spirituel, un plébiscite de tous les jours» ; mais cette âme s'incarne dans des hommes qui, pour avoir la même vue du monde, la même façon d'envisager la vie, les mêmes valeurs, doivent avoir une commune origine (c'est tout le problème de l'identité culturelle, qui est pour moi une notion centrale, car c'est elle qui donne à un être sa personnalité et, donc, sa richesse spécifique). Maurice Barrès l'avait bien vu puisque, pour lui, la nation, c'est « la terre et les morts» ; et précisait, parlant de ces hommes et de ces femmes dont, à travers la chaîne des générations, nous portons en nous le sang et les gènes : « Ils pensent et ils parlent en nous. Toute la suite des descendants ne fait qu'un même être ».
Une nation est l'expression politique d'un peuple: objet du politique (comme le montre excellemment Julien Freud dans L'essence du politique), une nation est un peuple mis en mouvement, construisant son histoire à travers ce devenir qu'est son destin propre. D'où l'importance, pour la conscience nationale, de l'histoire en tant que discipline scientifique - mais aussi et surtout en tant que capital de connaissances destinées à rappeler qui nous sommes, d'où nous venons : « Le passé étant enseignement et composante valable de notre vie, a écrit Fernand Braudel dans l'Identité de la France, définir le passé de la France, c'est situer les Français dans leur propre existence ». Ce n'est pas un hasard si les marxistes ont tout fait pour réduire à la portion congrue l'enseignement de l'histoire en France - et transformer ce qui en restait en catéchisme mondialiste.
L'histoire, mémoire vivante d'un peuple
L'histoire étant la mémoire vivante d'un peuple, l'internationalisme exige la mort de l'histoire ... En oubliant que le sentiment national reste profondément ancré dans les esprits et les cœurs, même si on a tout fait pour l'éradiquer depuis plusieurs générations, comme le montre, en URSS, la montée en puissance des nationalismes arménien, ukrainien, lituanien, estonien, letton ... Malgré les idéologies du déracinement, qui sévissent à l'ouest comme à l'est, les nations sont bien vivantes. Et c'est notre honneur, au Front National, d'avoir pris comme définition politique prioritaire la référence nationale.
Etre national, ou nationaliste, c'était, depuis quarante ans, être considéré et traité comme un pestiféré dans le monde politique français. Aujourd'hui, nous avons redonné à des millions de Français la fierté d'appartenir à la nation française et de s'en prévaloir.
Bien entendu, les salonnards parisiens en font des gorges chaudes: l'idendité nationale, l'identité française, cela fait province, béret basque et baguette de pain, puisqu'il est de bon ton de se déclarer «citoyen du monde ». Mais des observateurs plus, lucides s'inquiètent: tandis que les beaux esprits des quartiers chocs, lecteurs du Nouvel Observateur et de L' Evénement du Jeudi, font de l'ironie, le Front National recrute nombre d'électeurs et de militants dans les milieux populaires . Avec un agacement évident, Le Monde, rendant compte du meeting tenu à Versailles par Jean-Marie Le Pen, le 23 février 1988, est obligé de reconnaître : « Sa composante majoritaire est d'origine populaire (commerçants, artisans, employés, chômeurs) ».
Eh oui, bonnes gens, vous avez raison de vous inquiéter : le national-populisme porte bien son nom, c'est un phénomène profondément, authentiquement populaire. Et nous sommes fiers, d'unir, pour définir notre mouvement, les mots « national» et «populaire ». A vrai dire, d'ailleurs, pour nous, cela fait quelque peu pléonasme: il ne saurait y avoir en effet de mouvement national qui ne soit pas populaire. Car la nation, c'est la communauté du peuple en marche.
Le peuple ... Je connais. Dans toutes ses composantes: à la différence des politiciens, je sais ce que c'est que la vie des milieux modestes, où il n'est pas toujours facile de joindre les deux bouts. Né dans le XVIIIe arrondissement de Paris, d'un père chaudronnier et d'une mère doreuse sur cadre, j'ai passé mon enfance en banlieue, tapé le ballon avec mes copains de quartier sur des terrains vagues. J'ai vu de près les logis mal chauffés, les soucis quotidiens, les fins de mois difficiles de mes parents, vécus le plus souvent avec beaucoup de dignité et de pudeur. C'est ce qui m'amène, ci' ailleurs, à lancer le Front National, le 16 janvier 1988, dans une grande opération de solidarité nationale baptisée par Jean-Marie Le Pen "Fraternité Française."
Elle part d'un constat malheureusement facile à faire : six millions de pauvres en France, dont trois millions sans travail ; six cent cinquante mille familles ne disposant pas de 25 francs par jour pour vivre; plus de quatre cent mille personnes sans abri, sans protection sociale ; des pouvoirs publics se contentant de dresser des statistiques, alors que la lutte contre l'injustice sociale devrait être une priorité nationale absolue. La France n'a jamais connu cela, même en 1954, à la grande époque de l'Abbé Pierre.
C'est très bien de solliciter la charité des braves gens, des enfants des écoles, pour le tiers-monde, mais il y a en France, parmi nous, un quart monde, constitué par des gens qui souffrent de la faim et du froid. Il est vrai que ce ne sont, pour la plupart, que des Français, donc des gens peu intéressants pour les professionnels du larmoiement organisé (mais soigneusement orienté).
National Hebdo semaine du 31 mars au 6 avril 1988.
Jean-Pierre Stirbois
Tonnerre de Dreux, L'avenir nous appartient!
