Il y a une leçon à tirer de la chute de Raymond Barre. L'ancien Premier ministre avait la réputation, l'audience des médias, l'argent pour faire sa campagne. Avant que celle-ci ne commence, il caracolait en tête des sondages, nettement avant Chirac.
Tout cela s'est écroulé en quelques semaines. Barre aujourd'hui est donné à 15 ou 16%, nettement derrière Chirac. A l'heure où nous écrivons, Jean-Marie Le Pen l'a sans doute dépassé.
Il vient de paraître à l'Heure de Vérité. Taux d'écoute: 13,1%. Au-dessous de Lajoinie. A peine au-dessus de Rocard. A son passage précédent à la même émission, son taux d'écoute était de 22%.
On mesure par là l'étendue de son recul.
Pourquoi?
Deux raisons à mon sens.
1) L'U.D.F. est une coalition. Contrairement au Front National et au R.P .R. qui sont des partis, homogène en ce qui nous concerne, relativement homogène en ce qui concerne le R.P.R. (Je ne crois pas qu'il y ait beaucoup d'atomes crochus entre le militant de base R.P.R. qui colle les affiches, et messieurs Séguin et Michel Noir, ou Hannoun).
L'U.D.F., dès l'ouverture de la campagne a été très fortement travaillée par ses dissensions intérieures, ses rivalités sordides de politiciens. Querelles alimentées par les intrigues et les fonds de Charles Pasqua.
Une leçon à retenir: la division est mortelle. Les factions soutenues par l'extérieur - qui le plus souvent se trouve être l'intérieur - minent toute entreprise politique. Nous devons sans cesse avoir présent à l'esprit l'exemple de Barre et de ses conseillers calamiteux, afin de nous préserver de cette situation.
Contre ce danger, un parti uni et militant est le plus sûr antidote.
2) Je viens d'écrire militant.
C'est le second aspect de l'échec de Barre. Les militants, il ne connaissait pas. Ceux qui l'entourent, les Philippe Maistre, Bosson, Stasi, de Villiers, etc ... ne connaissent pas davantage. Madelin, Longuet ont connu, en leur temps. Ils ont depuis longtemps oublié, voire renié.
Il est resté à Barre les jeunes B.C.B.G. aux dents longues. Avec le succès qu'on a pu voir.
Il y a en revanche, ne le nions pas, des militants au P.C. et au R.P.R. Nous les respectons, même s'il nous arrive de les affronter dans la rue. Les militants qui fréquentent nos permanences font la force du Front National. Ils vendent National Hebdo dans la rue. Ils collent les affiches. Ils distribuent les tracts. Ils procèdent aux « boîtages» dans les immeubles. Certains d'entre eux sont sur la brèche depuis 1973. Ils ont fait la traversée du désert. D'autres au fil des années sont venus les rejoindre.
On ne dira jamais trop les mérites de ces hommes et de ces femmes. Ils sont le fer de lance de notre mouvement. Et je tiens ici à leur rendre un hommage particulier. Ces lignes feront peut-être sourire les amateurs de cocktails, les mouches du coche (qui sont parfois aussi les mouches de Pasqua), les éminences vraiment très grises, les diffuseurs de « confidences » à la presse adverse (La Croix, le Monde, L'Evénement du Jeudi, etc.), bref tout un tas de beau monde qu'on n'a jamais vu dans la rue (fi! c'est d'un vulgaire !) pour placer sur un mur le moindre auto-collant.
Les militants, c'est tout de même autre chose: qu'ils se lassent, qu'ils se découragent, et le mouvement disparaît.
Jean-Pierre Stirbois, National Hebdo du 14 au 20 avril 1988
