Naturalisé français sous le nom de Iamos, un des fils d'ApolIon, en hommage a sa maîtresse Jany, blanc et roux de pelage, yeux verts, oreilles droites, élégant comme un infant d'Espagne, Atzar d'Espinozza était né de Bingo et Chunga de QueraIt, lévriers d'Ibiza ou podenco ibizenco, notre chien est mort dans sa 15ème année.
Paralysé des membres depuis deux ans, il avait néanmoins conservé une grande noblesse de port, en bon chien de condition comme aurait dit Voltaire et marquait encore sa légitime dominance sur son cadet Vlady par des aboiements de moins en moins bruyants, au fil du temps.
Ses ancêtres vivaient dans l'île d'Ibiza naguère encore à l'état sauvage, conformes au chien d'Egypte d'où ils venaient sans doute et dont le Dieu Anubis rappelait le profil.
D'aucuns s'étonneront peut-être qu'aux responsabilités qui sont les miennes, je consacre ces lignes à un chien, mais lamos fut le compagnon privilégié de notre' couple. Il était connu de beaucoup de nos amis frontistes car il fut aux côtés de Jany dans nombre d'occasions et de manifestations. On savait, en le voyant courir librement que nous n' étions pas loin. lamos était un seigneur, fugueur, ivre de liberté mais qui savait retrouver ses maîtres ou son logis avec une sûreté admirable. Bon gardien aussi, mais oui !, nous l' aimions et n'avons pas honte de dire que nous avons eu du chagrin de sa disparation pourtant annoncée.
Il est vrai que le chien, parmi tous les animaux proches de l'homme, est son véritable et plus fidèle ami et sans doute le seul qui soit à son égard capable de sentiments, d' amour et de fidélité. Sa vie plus courte que la nôtre, impose hélas à
ses maîtres des chagrins répétés. De guerre ou de chasse, de garde ou d'agrément, il est le compagnon que l'on aime et pleure comme un parent. Qu'il soit décoré comme soldat, sauveteur de mer ou de montagne, guide d'aveugle, policier antidrogue ou anti-terroriste, ou même simple compagnon de personnes seules ou âgées, il fait partie de l'histoire de l'homme et a fourni à notre langue, une floraison incomparable d'images ou de locutions.
Iamos était un personnage. Il a inspiré des artistes du pinceau comme Barbera ou de la caméra comme Cohen, mais il n'était vraiment lui· même que dans les courses éperdues qui le lançaient dans les dunes et sur les plages de Bretagne. Quand il prenait un lièvre ou un oiseau, il le rapportait dans sa gueule, sans le blesser. Statique ou en action, il était beau et la beauté est une fonction sociale aussi nécessaire à l'homme que le pain ou la poésie. On aurait pu le croire hautain, mais il avait pour ses familiers un code secret d'affectivité. Alors, outre un personnage, il était aussi une personne.
Adieu Iamos.
Jean-Marie Le Pen

