
Rolande Birgy, le 29 novembre dernier, vous étiez aux côtés de Jean-Marie Le Pen et du général Valette d'Osia en Haute-Savoie pour saluer la mémoire des résistants du plateau des Glières, pourquoi cette place d'honneur au cimetière de Morette?
R.B. " Jean-Marie Le Pen m'avait invitée à deux titres. En tant que résistante, car j'ai fait partie des réseaux de Haute-Savoie que commandait le général Valette d'Osia pendant la guerre. J'ai eu à effectuer pendant cette période de nombreuses missions de liaison et d'assistance. D'autre part, comme "Juste", mon nom est gravé dans la pierre du mémorial de Yad Vashem à Jérusalem. J'y ai moi-même planté un olivier en 1984. Il témoigne de la reconnaissance du peuple juif et de l'Etat d'Israël à mon égard et à l'égard de tous ceux qui ont contribué à sauver des Israélites des persécutions pendant la guerre. J'étais d'ailleurs invitée par le ministre Catherine Trautmann le 2 novembre 1997 à Thonon-les-Bains. Je venais inaugurer une forêt plantée pour honorer l'action des "Justes" qui ont sauvé des Juifs en Haute-Savoie. C'est en effet à Thonon que le plus grand nombre d'Israélites ont pu échapper à l'occupant allemand avec l'aide de quelques Français. Inutile de vous dire que Mme Trautmann s'est empressée de partir sitôt son discours terminé, sans saluer aucun des sept "Justes" présents. Dommage car je lui avais préparé quelques questions sur sa politique anti-française.
Qu'est-ce qui vous a amenée à vous engager dans la résistance contre l'occupant ?
R.B. " Dès 1928, toute jeune fleuriste à Paris dans le quartier des Batignoles, je rejoins la Jeunesse Ouvrière Chrétienne, probablement dans les premières puisque les sections féminines sont créées la même année. En 1932, je suis nommée responsable fédérale et déléguée syndicale de Paris-nord pour la CFTC (Confédération française des travailleurs chrétiens). En 1940, devant l'avancée allemande, je quitte Paris pour rejoindre Marseille où, par mes contacts avec la Jeunesse Etudiante Chrétienne, je trouve un emploi de standardiste dans une société d'assurance maritime. Là-bas, en même temps que je collabore à la rédaction d'une feuille clandestine, je participe à des réunions entre des dominicains et des juifs sur des questions bibliques. C'est par cet intermédiaire que je rencontre Adrien Benveniste, le responsable de la 6' organisation des Eclaireurs israélites de France. Je suis alors envoyée en Haute-Savoie pour prêter assistance aux Israélites. C'est d'ailleurs sous cette inculpation que je suis arrêtée le 10 décembre 1942. Condamnée à un mois de prison, ça ne m'empêche pas de recommencer sitôt libérée puisque je deviens agent de liaison pour la résistance, tout en continuant les passages vers la Suisse. Je fête la libération d'Annecy le 19 août 1944.
Certains laissent entendre qu'il y aurait une inimitié entre la communauté juive et le Front national. Vous qui avez reçu une des plus hautes distinctions que l'Etat d'Israël accorde à un non-juif, qu'en pensez-vous?
R.B. " Pendant la guerre j'ai été au secours de nombreux Israélites en danger de mort violente en les faisant passer en Suisse. Théo Klein, ancien président du Conseil représentatif des Institutions juives de France et figure éminente de cette communauté, était alors le secrétaire d'Adrien Benveniste. Il a lui-même reconnu que j'ai toujours été disposée à lutter contre toutes les inégalités et toutes les injustices. Mes amis Juifs ont mis vingt deux ans à me retrouver pour me décorer. Les Juifs, et tout spécialement ceux qui habitent en Israël, savent bien que la patrie est indispensable à la protection et la survie de ses ressortissants. En ce sens, ils respectent mon engagement patriotique auprès de Jean-Marie Le Pen et du Front National, même si tous ne partagent pas complètement mes convictions.
Rolande, vous avez aujourd'hui 85 ans et votre fibre patriotique n'a jamais été prise en défaut, d'où vous vient cet enthousiasme?
-R.B. : Probablement de mes racines alsaciennes, mes ancêtres sont originaires de Ribauvillé, mais il me vient surtout de ma mère qui m'a inculqué une foi catholique solide. Elle m'a appris qu'il ne faut jamais rester à ne rien faire, j'en ai fait ma ligne de conduite, depuis le patronage, puis mon engagement à la Jeunesse Ouvrière Chrétienne où j'ai fait mes classes de militante ensuite pendant la guerre où j'ai risqué ma vie pour sauver des vies. Aujourd'hui, je soutiens avec les forces qui me restent le Front National et je continue d'essayer de sauver des vies humaines en participant au juste combat que mène le docteur Dor pour les enfants à naître.
Malgré mes difficultés pour me déplacer avec ma canne, je l'accompagne dans ses manifestations publiques pour l'aider à faire face aux violents anarchistes de la CNT (Confédération nationale des travailleurs) et de Ras l'Front. Ce ne sont pas ces gens-là qui me feront reculer ! Les amis du docteur Dor me surnomment d'ailleurs affectueusement "Béret bleu" car je porte cette coiffure depuis la mort de mon beau-frère de confession israélite. Je suis toujours restée attachée à cette couleur, sans fidélité la vie n'a pas de sens. Devant la dramatique situation que connaît notre pays et malgré l'aveuglement de ses dirigeants politiques actuels, la France ne survivra que si elle donne enfin raison à ces "Justes" d'aujourd'hui, patriotes fervents qui la défendent contre ceux qui la gouvernent.
(Propos recueillis par Thierry Bouzard) Français d'Abord juin 1998
Cette grande est depuis décédée, il me semble.


