L'imposture des recherches sur l'embryon humain
Publié : 23/12/2010 - 21:41
L'imposture des recherches sur l'embryon humain
Attention, danger ! Le renouvellement des lois bioéthiques sera sans doute l'occasion de faciliter les expérimentations sur l'embryon humain. Une incohérence mortifère alors que ces recherches ne débouchent sur rien, à l'inverse de celles sur les cellules souches adultes,
Il est urgent d'autoriser la recherche sur « l'embryon "non destiné à naître" et de permettre une bonne fois pour toutes, en mettant bas le système de dérogations, la recherche sur les cellules souches embryonnaires », explique dans Le Journal du Dimanche du 7 novembre 2010 le Dr Leonetti, promoteur de la loi sur les soins palliatifs et rapporteur de la mission parlementaire sur la révision des lois bioéthiques. Cette simple phrase suffit à comprendre que nous sommes au cœur de la question du renouvellement de ces lois.
Le Conseil d'État avait déjà fixé les règles du jeu en mai 2009. Les députés suivront en début d'année prochaine ces avis lors du vote de révision de la loi, début 2011. Après un ou deux « tours pour rien » effectués par la Commission parlementaire de révision des lois de bioéthiques, la loi Bachelot - qui limite les dégâts - sera adoptée.
Or il existe un vice certain et monstrueux dans ce qui est proposé par Leonetti et le Conseil d'État. Les expérimentations sur les embryons n'ont plus désormais à se justifier par des succès de types thérapeutiques. La recherche doit se faire pour elle-même au nom de la « finalité médicale ». Certes. On n'imagine pas en effet que l'autorisation de tripatouiller les embryons puisse servir à la culture des pissenlits. Mais tant Léonetti que le Conseil d'État veulent donner un blanc-seing ad vitam aeternam à une action qui détruira de nombreux embryons sans qu'aucune preuve d'efficacité thérapeutique de telles méthodes ne puisse être mise à l'actif de ces techniques ; et qu'aucun résultat ne soit demandé. Autrement dit, l'argent du contribuable va servir à une entreprise inutile, peut -être dangereuse dans ses conséquences et même obsolète.
Tombe alors une « bonne nouvelle ». Obama vient de lever les interdictions sur les recherches embryonnaires votées sous George Bush. La Geron Corporation lance une expérience en Phase I de tolérance de greffes embryonnaires sur un sujet volontaire. Il s'agit d'appliquer des cellules souches d'embryons sur la moelle épinière sectionnée d'un paraplégique. « Une Première mondiale », titre Le Quotidien du Médecin du 14 octobre dernier. Les médias font « monter au créneau », l'inévitable Pr. Peschanski, chargé par l'Europe, l'Inserm et le Généthon, payé par le Téléthon, de prouver que les expériences sur les embryons sont nécessaires. Lui-même oublie de rappeler qu'il a tenté de greffer des embryons sur des Parkinsoniens et que ceux-ci n'en n'ont nullement bénéficié de la moindre prolongation de leur vie. Mais il omet aussi de préciser l'essentiel ...
Eliminer le malade au lieu de soigner le mal
Le 16 octobre, l'Association Catholique des Infirmières (ACIM) communique : Peschanski n'a pas dit que Geron Corporation essaye de régénérer la moelle épinière par des cellules souches embryonnaires, des oligodendrocytes, cellules formant la myéline, autrement dit la gaine des nerfs. Ce qui équivaut à vouloir faire passer une gaine électrique dans un mur, mais ne permet en aucun cas d'avoir du courant à l'extrémité. Cet essai est en phase I, simple étude de tolérance au traitement sur un cobaye humain. L'ACIM explique, deux jours plus tard, que le Professeur Chazal (CHU de neurochirurgie à Clermont Ferrand) en est déjà, lui, au stade II et III, c'est-à-dire au stade du traitement. L'objectif de ce savant est précisément de réparer les lésions de la moelle épinière. Mais il utilise des cellules souches provenant de la propre moelle osseuse des 120 patients ayant accepté le protocole permettant de les soigner. Il ne s'agit donc plus de tester la tolérance d'un traitement, mais véritablement de s'en servir afin de régénérer la substance nerveuse. Il ne saurait y avoir de rejet car les cellules souches proviennent du patient lui-même ; et les essais préalables n'ont pas mis en évidence de cancérisation. (information publiée dans La Montagne du 14 septembre 2010). Elles seront injectées par ponction lombaire.
Finalement, la réalité des faits mentionnés par l'ACIM sera confirmée par le Professeur Privat (Unité Inserm 483) dans un article du Figaro du 25 octobre, quinze jours plus tard. Une fois de plus, Peschanski s'est lamentablement fourvoyé ; comme en 2005, lorsqu'il avait soutenu les recherches de l'escroc coréen Hwang, qui prétendait avoir cloné l'espèce humaine.
C'est dans ce contexte confus que le Téléthon se voit mis en question. Car Peschanski en est le conseiller scientifique et, à ce titre, responsable du Généthon. Étant moi-même médecin et père d'un myopathe décédé depuis douze ans, et d'un petit enfant lui-même myopathe, il m'apparaît qu'en trente ans cette œuvre de bienfaisance s'est toujours trompée sur le plan scientifique. Fondamentalement, le Téléthon s'est orienté vers le remplacement du gène malade par un gène sain. Or la complexité des informations génétiques est telle que cette stratégie pour la myopathie est en échec depuis trente ans. Les essais par les cellules souches embryonnaires soutenus par Peschanski de même.
Ne pouvant ainsi guérir le malade, l'Association de la lutte contre les myopathies s'oriente progressivement vers la « prévention ». Ce qui suppose d'aiguiser les armes nécessaires pour pouvoir éliminer les enfants myopathes du sein de leur mère, la veille même de leur mise au monde si nécessaire. Ainsi la société aura trouvé une fois de plus le moyen de se débarrasser des malades en les éliminant. Une méthode vieille comme le monde.
Dr Jean-Pierre Dickès, Monde & Vie du 22 novembre 2010.
Attention, danger ! Le renouvellement des lois bioéthiques sera sans doute l'occasion de faciliter les expérimentations sur l'embryon humain. Une incohérence mortifère alors que ces recherches ne débouchent sur rien, à l'inverse de celles sur les cellules souches adultes,
Il est urgent d'autoriser la recherche sur « l'embryon "non destiné à naître" et de permettre une bonne fois pour toutes, en mettant bas le système de dérogations, la recherche sur les cellules souches embryonnaires », explique dans Le Journal du Dimanche du 7 novembre 2010 le Dr Leonetti, promoteur de la loi sur les soins palliatifs et rapporteur de la mission parlementaire sur la révision des lois bioéthiques. Cette simple phrase suffit à comprendre que nous sommes au cœur de la question du renouvellement de ces lois.
Le Conseil d'État avait déjà fixé les règles du jeu en mai 2009. Les députés suivront en début d'année prochaine ces avis lors du vote de révision de la loi, début 2011. Après un ou deux « tours pour rien » effectués par la Commission parlementaire de révision des lois de bioéthiques, la loi Bachelot - qui limite les dégâts - sera adoptée.
Or il existe un vice certain et monstrueux dans ce qui est proposé par Leonetti et le Conseil d'État. Les expérimentations sur les embryons n'ont plus désormais à se justifier par des succès de types thérapeutiques. La recherche doit se faire pour elle-même au nom de la « finalité médicale ». Certes. On n'imagine pas en effet que l'autorisation de tripatouiller les embryons puisse servir à la culture des pissenlits. Mais tant Léonetti que le Conseil d'État veulent donner un blanc-seing ad vitam aeternam à une action qui détruira de nombreux embryons sans qu'aucune preuve d'efficacité thérapeutique de telles méthodes ne puisse être mise à l'actif de ces techniques ; et qu'aucun résultat ne soit demandé. Autrement dit, l'argent du contribuable va servir à une entreprise inutile, peut -être dangereuse dans ses conséquences et même obsolète.
Tombe alors une « bonne nouvelle ». Obama vient de lever les interdictions sur les recherches embryonnaires votées sous George Bush. La Geron Corporation lance une expérience en Phase I de tolérance de greffes embryonnaires sur un sujet volontaire. Il s'agit d'appliquer des cellules souches d'embryons sur la moelle épinière sectionnée d'un paraplégique. « Une Première mondiale », titre Le Quotidien du Médecin du 14 octobre dernier. Les médias font « monter au créneau », l'inévitable Pr. Peschanski, chargé par l'Europe, l'Inserm et le Généthon, payé par le Téléthon, de prouver que les expériences sur les embryons sont nécessaires. Lui-même oublie de rappeler qu'il a tenté de greffer des embryons sur des Parkinsoniens et que ceux-ci n'en n'ont nullement bénéficié de la moindre prolongation de leur vie. Mais il omet aussi de préciser l'essentiel ...
Eliminer le malade au lieu de soigner le mal
Le 16 octobre, l'Association Catholique des Infirmières (ACIM) communique : Peschanski n'a pas dit que Geron Corporation essaye de régénérer la moelle épinière par des cellules souches embryonnaires, des oligodendrocytes, cellules formant la myéline, autrement dit la gaine des nerfs. Ce qui équivaut à vouloir faire passer une gaine électrique dans un mur, mais ne permet en aucun cas d'avoir du courant à l'extrémité. Cet essai est en phase I, simple étude de tolérance au traitement sur un cobaye humain. L'ACIM explique, deux jours plus tard, que le Professeur Chazal (CHU de neurochirurgie à Clermont Ferrand) en est déjà, lui, au stade II et III, c'est-à-dire au stade du traitement. L'objectif de ce savant est précisément de réparer les lésions de la moelle épinière. Mais il utilise des cellules souches provenant de la propre moelle osseuse des 120 patients ayant accepté le protocole permettant de les soigner. Il ne s'agit donc plus de tester la tolérance d'un traitement, mais véritablement de s'en servir afin de régénérer la substance nerveuse. Il ne saurait y avoir de rejet car les cellules souches proviennent du patient lui-même ; et les essais préalables n'ont pas mis en évidence de cancérisation. (information publiée dans La Montagne du 14 septembre 2010). Elles seront injectées par ponction lombaire.
Finalement, la réalité des faits mentionnés par l'ACIM sera confirmée par le Professeur Privat (Unité Inserm 483) dans un article du Figaro du 25 octobre, quinze jours plus tard. Une fois de plus, Peschanski s'est lamentablement fourvoyé ; comme en 2005, lorsqu'il avait soutenu les recherches de l'escroc coréen Hwang, qui prétendait avoir cloné l'espèce humaine.
C'est dans ce contexte confus que le Téléthon se voit mis en question. Car Peschanski en est le conseiller scientifique et, à ce titre, responsable du Généthon. Étant moi-même médecin et père d'un myopathe décédé depuis douze ans, et d'un petit enfant lui-même myopathe, il m'apparaît qu'en trente ans cette œuvre de bienfaisance s'est toujours trompée sur le plan scientifique. Fondamentalement, le Téléthon s'est orienté vers le remplacement du gène malade par un gène sain. Or la complexité des informations génétiques est telle que cette stratégie pour la myopathie est en échec depuis trente ans. Les essais par les cellules souches embryonnaires soutenus par Peschanski de même.
Ne pouvant ainsi guérir le malade, l'Association de la lutte contre les myopathies s'oriente progressivement vers la « prévention ». Ce qui suppose d'aiguiser les armes nécessaires pour pouvoir éliminer les enfants myopathes du sein de leur mère, la veille même de leur mise au monde si nécessaire. Ainsi la société aura trouvé une fois de plus le moyen de se débarrasser des malades en les éliminant. Une méthode vieille comme le monde.
Dr Jean-Pierre Dickès, Monde & Vie du 22 novembre 2010.