Pour une Europe tournée vers l'est

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Pour une Europe tournée vers l'est

Messagepar Pat » 06/07/2011 - 19:02

Pour une Europe tournée vers l'est

Marc Rousset veut réunir Paris, Berlin et Moscou au sein d'une nouvelle Europe. Sans animosité à l'égard des États-Unis, le Vieux-Continent serait censé recouvrer ainsi une indépendance politique, stratégique et civilisationnelle.
Voici un livre d'un grand intérêt tant par son contenu détaillé que par la personnalité de l'auteur, qui n'est pas un universitaire, ni un journaliste, ni un politique, mais un homme d'entreprises habitué aux réalités du monde et non à la philosophie politique, très expert des problèmes de politique internationale au demeurant.

Le plus vaste pays du monde
Marc Rousset traite des relations entre les pays européens, l'Union européenne, l'OTAN et la Russie en leur proposant un cadre différent reposant sur une association Paris-Berlin-Moscou. L'Europe d'aujourd'hui tient ses origines de la dernière guerre mondiale qui fut, en réalité, dans sa deuxième phase, une lutte entre puissances hégémoniques ; elle laissa en piste les deux empires victorieux et adversaires, américain et soviétique, l'Europe devenant un enjeu jusqu'à l'implosion de l'URSS trahie par son système économique aberrant.
Si la Russie actuelle est réduite à ses frontières de la fin du XVIIe siècle, elle est toujours avec la Sibérie, le plus vaste pays du monde. Elle constitue un véritable continent "eurasien". Zbigniev Brzezinski, gourou de la politique étrangère américaine, insistait sur la maîtrise de cette région où les État-Unis disposent d'un atout majeur, l'OTAN. Créée le 4 avril 1949, elle avait pour objet la défense du "monde libre" contre l'Union soviétique, dont elle survit à la disparition pour devenir un vecteur militaire de la puissance américaine.

Zone apolitique
Quant à l'Union européenne, conçue par certains au départ comme une union économique indépendante d'États aux économies comparables, elle est devenue, comme le voulaient ses initiateurs atlantistes, « une construction de type fédéral dans le sillage des États-Unis », ainsi que le remarquait le géopoliticien Aymeric Chauprade. Aujourd'hui, l'UE est une zone apolitique, sans âme ni frontières et, en fait, une sorte de protectorat américain. Cela dans le droit fil de ce que Washington a toujours désiré, comme l'exprimait, à propos de la défense européenne, l'ancien ambassadeur américain auprès de l'OTAN, Hunter : « Nos administrations successives veulent un pilier européen de la défense. D'accord, à condition qu'il fasse absolument ce que nous voulons. »
Il ne fait aucun doute que la domination de l'Eurasie est un objectif majeur de la politique étrangère des États-Unis. D'où la volonté d'encerclement de la Russie par un chapelet de bases militaires, dont celle située au Kosovo depuis l'écrasement de la Serbie sous les bombes par l'OTAN ; d'où les révolutions "colorées" dans les pays autrefois russes comme l'Ukraine et la Géorgie, où Moscou a cependant démontré qu'il était de retour avec le coup d'arrêt brutal donné en août 2008.

Écroulement démographique
Un autre volet de l'ouvrage de M. Rousset concerne « l'écroulement démographique du continent paneuropéen », Russie comprise. Là se trouve un immense danger pour la civilisation européenne, une catastrophe selon Vladimir Poutine, dont le Pape Benoît XVI disait qu'elle pourrait mettre l'Europe en congé de l'histoire. Il est évident pour tout esprit sérieux que le palliatif de l'immigration imaginé par les mondialistes et "droit-de-l'hommistes" divers est parfaitement stupide et mortifère pour notre civilisation indo-européenne et chrétienne ; « l'utopie des belles âmes » comme l'appelle l'auteur. Notons que le problème de l'immigration extra-européenne est officiellement nié en France où elle se pratique avec intensité. Le matraquage que les politiques et les médias nous infligent sans rémission a fait dire à Mgr Biffi, archevêque de Bologne, que nous vivons dans une société de « jobards » prêts à gober tous les soirs « les catéchèses idéologiques infligées par la télévision ».
L'Allemagne est, parmi les grandes puissances, une des premières à tenter de réagir, ainsi qu'en témoigne la loi Schroeder votée le 1er janvier 2005 instituant des quotas d'immigration suivant les besoins du marché du travail. Dans le contexte européen, ce pays est celui qui allie un européisme de bon aloi avec un comportement pratique qui tend à s'en éloigner dans les faits, comme le prouve le récent arrêt de la Cour constitutionnelle de Karlsruhe qui interdit dorénavant tout nouveau transfert de souveraineté, et qui a donné lieu à une exégèse du journal Le Monde du 14 juillet 2009 intitulée « Une Allemagne apaisée enterre le rêve européen ».

Politique allemande de l'énergie
L'Allemagne mène en effet une politique conforme à ses intérêts, notamment en matière d'énergie où sa coopération avec la Russie est très développée : association et intérêts croisés entre les sociétés allemandes EON et BASF avec Gazprom pour la construction et l'exploitation du gazoduc Nord Stream à travers la Baltique ; remplacement du Français Areva par Siemens au profit de l'agence nucléaire russe Rosatom. Siognalons que l'ÉNI italienne fait de même en s'associant avec Gazprom pour le projet du gazoduc South Stream de la mer Noire vers l'Italie et l'Autriche. Tout cela vient à l'appui du projet soutenu par Marc Rousset : construire une nouvelle Europe à partir d'une alliance Paris-Berlin-Moscou, qui n'aurait pas un objectif anti-américain ou antibritannique, mais ferait recouvrer par l'Europe une indépendance politique, stratégique et civilisationnelle.
La Russie est en effet un pays européen. Elle l'a voulu au cours de son histoire avec Pierre le Grand et les grands tsars qui lui ont succédé, notamment Alexandre Ier, qui fut, le premier, au nom de la Sainte-Alliance, l'avocat d'une supervision souveraine de la politique des États, voire d'un véritable droit d'ingérence... Les relations d'ordre culturel et économique entre la Russie et l'Europe occidentale étaient déjà très nourries et, à vrai dire, c'est la prise du pouvoir des bolcheviques en 1917 qui a éloigné la Russie de l'Europe "carolingienne". Mais, comme le rappelle l'auteur, Tchaadhiev disait au XIXe siècle : « Il y a trois cents ans que la Russie aspire à se confondre avec l'Europe ! »

Pour en finir avec le libre-échange
Cette Europe apparaît aujourd'hui sous les traits de l'Union européenne, organisme dont nous savons l'impuissance mais qui constitue une pièce essentielle dans le système mondialiste nécessairement antinational et cosmopolite. Elle est partie du système atlantiste dont bien évidemment la Russie est absente et considérée comme un adversaire. Il est certes possible que se produise une certaine évolution de la politique américaine comme le montre la redéfinition par le président Obama du projet de bouclier antimissiles.
En tout état de cause, il est indispensable que l'Europe repose sur un socle différent. Les nouvelles données de la politique internationale tendent à rendre obsolète le cadre dans lequel elle se meut. Repenser l'Europe comme le suggère Marc Rousset et l'asseoir sur une coopération étroite Paris-Berlin-Moscou est une idée qui satisferait et protégerait les intérêts des trois puissances sans hostilité ni sujétion à l'égard des Anglo-Saxons. Une telle association avec la Russie permettrait non seulement d'en finir avec un libre-échange destructeur et d'instituer une préférence communautaire, mais aussi de constituer un espace énergétique, technologique et stratégique, tel que l'Allemagne en a jeté les bases. Enfin, une telle union paneuropéenne intégrerait le monde orthodoxe dans le droit fil de la politique de Benoît XVI et du nouveau patriarche de Moscou.

Remises en cause
Il ne faut cependant pas se dissimuler qu'une telle entreprise n'ira pas sans difficultés et remise en cause de principes et d'intérêts géostratégiques bien établis. D'abord pour les États-Unis, épicentre des intérêts atlantistes de tous ordres qui oeuvrent depuis plus d'un demi-siècle en vue de l'état des choses actuel. Ensuite pour le maillon faible de l'axe Paris-Berlin-Moscou qui est la France, dont l'engagement atlantiste est aujourd'hui avéré. Aussi, notamment, pour la Pologne, adversaire résolu de la Russie. Ce serait, il faut en avoir conscience, un bouleversement géostratégique. Cela dit, il est certain, ainsi que l'écrit Marc Rousset, que la Russie est, et restera pour l'Europe occidentale un partenaire économique et stratégique incontournable.
ANDRÉ PERTUZIO L’ACTION FRANÇAISE 2000 du 1er au 14 octobre 2009
* Marc Rousset : La Nouvelle Europe – Paris-Berlin-Moscou ; préface de Youri Roubinski de l'Académie des sciences de Russie ; Godefroy de Bouillon, 540 p., 37 euros.
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Que les hommes d'arme bataillent et que Dieu donne la victoire! (Jeanne d'Arc) Patriotiquement votre.

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