Marc Rousset : pour une « nouvelle Europe sur l'axe Paris-Berlin-Moscou »
RIVAROL : Marc Rousset, vous venez de publier « La Nouvelle Europe Paris-Berlin-Moscou » (1). Docteur ès Sciences économiques, vous êtes également diplômé de HEC et de prestigieuses universités américaines telles Columbia et Harvard et vous avez exercé de très importantes fonctions au sein de grands groupes internationaux comme Aventis, Carrefour et Veolia. Cela vous donne un profil très "mondialiste". S'il est logique que vous ayez écrit en 1987 « Pour le Renouveau de l'entreprise » (préfacé par feu Raymond Barre), comment et à la suite de quelles réflexions en êtes-vous venu à écrire le très critique « Les Euroricains » en 2001 et maintenant cette « Nouvelle Europe » qui prône un renversement d'alliance politique, économique et militaire ?
Marc ROUSSET : Si j'ai eu la chance d'avoir la formation théorique la plus complète que l'on puisse rêver d'avoir en matière de management des entreprises, je n'ai jamais sacrifié mon âme au Veau d'Or, je n'ai jamais aimé licencier, mais au contraire développer en rétablissant chaque fois que possible la situation des entreprises par le haut. J'ai été un redresseur d'entreprises, «un légionnaire de l'industrie », quelqu'un qu'on envoyait au charbon en première ligne lorsque les courtisans du Prince et les carriéristes se sentaient impuissants ou dépassés. J'ai toujours aimé mon pays, ma langue, les valeurs traditionnelles et familiales et je me rappelle, jeune étudiant aux États-Unis, mon sang ne faisait déjà qu'un tour lorsque je voyais les professeurs américains nous écrire le mot dollar sur le tableau noir ou lorsque certains s'étonnaient que l'on ne parle pas anglo-américain à Disney World Paris.
Par ailleurs, j'ai fait mon service militaire (coopération) au Québec et j'ai vu un peuple combattre pour son identité afin de ne pas devenir la dernière tribu indienne blanche d'Amérique ! Pour moi, cela a été un peu comme saint Paul sur son chemin de Damas...
La « Nouvelle Europe Paris-Berlin-Moscou » est le point oméga de ma réflexion géopolitique avec des propositions constructives pour sauver l'identité européenne. J'ai commencé à écrire « La Nouvelle Europe de Charlemagne » avec Alain Peyrefitte et à décrire dans « Les Euroricains » une société hédoniste sous protectorat militaire américain.
R. : Pour vous, les « citoyens transatlantiques » doivent apprendre à devenir des « citoyens paneuropéens ». Qu'entendez-vous par là et quels seront les avantages de cette citoyenneté paneuropéenne ?
M. R. : J'entends par là qu'on nous « bourre le crâne », avec des concepts qui ne résistent pas une seconde à l'histoire, aux faits, au bon sens. L'Europe ne va pas de Washington à Bruxelles, mais de Brest à Vladivostok. L'Atlantique n'est pas une mare, comme se complaisent à le dire les Anglo-Saxons, mais un océan. Les États-Unis veulent créer un Commonwealth transatlantique alors qu'ils ont été les premiers à vouloir demander leur indépendance à l'Angleterre le 4 juillet 1776. On peut par contre aller à pied de Brest à Vladivostok ! Ortega y Gasset avait analysé ce facteur géopolitique fondamental dans « La Révolte des Masses » dès 1937.
Il n'est pas question bien évidemment de parler de citoyenneté paneuropéenne, mais d'identité européenne pour survivre en constituant un bloc géographique homogène avec un pôle Ouest (Strasbourg) et un pôle Est (Moscou) dans le monde du XXle siècle face à la Chine, l'Inde, l'islam, l'Asie centrale, les dangers du terrorisme et la concurrence mortelle des pays émergents. L'alternative américaine, c'est le rêve de Zbigniew Brzezinski dans « Le Grand Echiquier », c'est le protectorat américain sur la tête de pont de l'Eurasie et la perte de notre identité ethnique, religieuse, culturelle si l'immigration extra-européenne continue au même rythme (50 % des naissances en 2050).
R. : Vous considérez que « le contrôle de la Sibérie sera l'enjeu stratégique du XXIe siècle ». Pouvez-vous développer cette opinion ?
M. R. : Imaginons que les Russes perdent la guerre en Tchétchénie, voilà le Caucase et l'islam à nos portes à Stravropol, point de départ de la colonisation russe. Imaginons que les Chinois soient à l'ouest de l'Oural, voilà toutes les ressources énergétiques, stratégiques et d'espace sous le contrôle de la civilisation et de la puissance chinoise. Le gaz actuel vendu par la Russie vient de Sibérie, ne l'oublions pas ! L'Europe perdrait son espace vital pour survivre et s'affirmer au XXIe siècle. Aujourd'hui la Sibérie est en Asie, mais sous le contrôle de la civilisation européenne. Dans ces régions, l'Européen, c'est le Russe !
R. : À en juger par le résultat des législatives du 27 septembre outre-Rhin, croyez-vous possible que l'Allemagne renonce à l'atlantisme hérité de la guerre froide ?
M. R. : Non seulement je crois possible, mais je suis plus que certain que l'Allemagne renoncera à l'atlantisme. En établissant un partenariat économique avec la Russie, l'Allemagne a déjà commencé ! L'Allemagne éternelle est continentale, européenne et la seule fois où le Kaiser a voulu égaler l'Angleterre par sa flotte, cela ne lui a pas réussi. Mais beaucoup plus grave, le danger, c'est que l'Allemagne se rapproche de la Russie sans avoir auparavant été arrimée à l'Ouest par la France dans le cadre d'un ensemble carolingien où Paris, sans arrière-pensées, mettrait l'arme nucléaire dans la balance. Imaginons une seconde un nouveau traité de Rapallo ou un nouvel accord Ribbentrop-Molotov. l'Allemagne voulant récupérer Königsberg, patrie de Kant, les territoires de l'Est et la Russie les pays Baltes, l'Ukraine et la Biélorussie !
LA RUSSIE SENTINELLE PROTECTRICE DE L'EUROPE FACE À LA CHINE ET À L'ASIE CENTRALE
R. : Le grand diplomate et dramaturge Griboïedov, le Gobineau russe du XIXe siècle qui périt assassiné en Perse, considérait que l'identité européenne de la Russie était un phantasme et que ce pays restait plus qu'à demi-asiate. Pour vous, la Russie est au contraire totalement européenne. Mais son histoire récente n'est-elle pas de nature à effrayer le reste de l'Europe ?
M. R. : La Russie est essentiellement européenne par son ethnie blanche, sa religion chrétienne orthodoxe et le centre de gravité de sa population qui penche vers l'Atlantique. N'oublions pas Pierre le Grand, Saint-Pétersbourg, l'histoire européenne, Catherine la Grande, l'influence allemande et française, le communisme, et les vingt-cinq millions de morts des deux dernières guerres qui ont changé le destin de l'Europe ! Il ne faut plus avoir peur de la Russie d'aujourd'hui car la démographie russe est catastrophique ! En 2050, il y aura autant de Turcs que de Russes, environ 100 millions, les Russes contrôlant un territoire deux fois plus grand que les Etats-Unis. La Russie n'a plus les moyens humains de contrôler l'Europe ! Elle est aujourd'hui, bien au contraire, la sentinelle protectrice de l'Europe face à la Chine et à l'Asie centrale.
R. : D'autre part, si des nationalistes peuvent applaudir à certaines actions et positions de Poutine, peut-on fonder une nouvelle alliance sur son maintien durable au pouvoir alors que les «globalistes» misent ouvertement sur son successeur Medvedev qui, lui, critique publiquement la gestion de Poutine président ?
M. R. : Medvedev apporte un regard moderne bienfaisant sur la situation de la Russie qui doit être maintenue aujourd'hui sous une main de fer dans un gant de velours par Poutine, sous peine d' éclater. Comme cela a failli se produire avec Boris Eltsine... Medvedev et Poutine se complètent en fait pour le bien de la Russie, tout cela sous le contrôle de Poutine.
R. : Je vous trouve bien optimiste, ainsi que sur un autre point : vous consacrez plusieurs chapitres très intéressants à la démographie, mais vous le reconnaissez vous-même : la Russie ne compte que 143 millions d'habitants sur son immense territoire, a l'un des plus bas taux de natalité et l'un des plus forts taux de suicide, d'alcoolisme et de mortalité masculine. Comment peut-elle donc être un barrage contre les migrations asiatiques, de l'Asie comme du monde turcophone ?
M. R. : Poutine est conscient du danger démographique et de l'immigration asiatique ; il a pris quelques premières mesures pour conjurer le péril ; et nous, Européens de l'Ouest, nous devons nous considérer comme l'"hinterland" de la Russie pour lui permettre économiquement, démographiquement, militairement de résister à celte pression de la Chine, de l'islam et de l'Asie Centrale.
R.: Vous êtes très attaché à l'idée d'une « nouvelle Europe carolingienne » dont la capitale serait Strasbourg. Compte tenu de l'immigration galopante, cette Europe est-elle encore possible ?
M. R. : La situation de la France en matière d'immigration extra-européenne est la pire qui soit en Europe ! Il faut donc que nous commencions à nous sauver nous-mêmes en tant que Français pour éviter d'être submergés et garder notre identité historique essentiellement blanche, chrétienne, gréco-latine. Le danger mortel pour l'Europe, c'est la nouvelle théocratie des droits de l'homme dirigée par une ploutocratie hédoniste. Strasbourg est bien évidemment un symbole car le cœur des Français battra toujours pour Paris et celui des Allemands pour Berlin, mais il serait bon que les forces militaires intégrées du noyau carolingien soient dirigées par un état-major basé à Strasbourg et n'utilisant pas l'anglo-américain comme langue de commandement. Cette Europe puissance carolingienne serait européenne, libre, équidistante de Moscou et de Washington.
Propos recueillis par Jacques LANGLOIS Rivarol du 23 octobre 2009.
(1) [b]La Nouvelle Europe Paris-Berlin-Moscou[/b], 538 pages, avec préface de Youri Roubinski, de l'Académie des Sciences de Russie, 37 €. Editions Godefroy de Bouillon (40 rue de la Croix-Nivert, 75015 Paris. Tél. : 01-47 -34-02-97).
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