Les conséquences du 11 Sept sur la géopolitique américaine

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Les conséquences du 11 Sept sur la géopolitique américaine

Messagepar Pat » 05/11/2009 - 20:07

Les conséquences du 11 Septembre sur la géopolitique américaine

A qui les attentats contre le World Trade Center et le Pentagone ontils profité ? Moins à leurs promoteurs qu'au pays qui en a été la victime désignée, et dont toute la politique internationale repose depuis huit ans sur l'effet 11 Septembre.

Quel que soit le regard que l'on porte sur les événements du 11 Septembre et sur leur déroulement propre, il est clair q Ils ont constitué pour l'histoire contemporaine un facteur d'accélération sans précédent. Pour certains stratèges militaires américains, ils ont même constitué une authentique aubaine. En quelques jours et sous couvert de lutter contre le terrorisme, ils permirent de mettre sur pied tout un ensemble de projets et d'arrêter tout un ensemble de mesures qui, quoique gisants pour certains dans les cartons de la CIA depuis des décennies, n'en auraient pas moins semblé inapplicables quelques mois plus tôt encore.
De Rabat à New-Delhi. de Reykjavik à Karachi, de Paris au Cap, il n'est pas un seul des grands ensembles géographiques extérieurs au continent américain (chasse gardée des Etats-Unis) qui n'ait fait dès cet instant, de la part de l'administration américaine, l'objet d'une campagne d'influence, d'un programme de contrôle et d'une politique de surveillance intenses.
De manière discrète et sourde, l'administration américaine place ses pions et avance ses pièces avec une remarquable persévérance politique et une étonnante continuité géopolitique. La cohérence et la profondeur géostratégique de cette doctrine témoigne d'une unité de vue qui transcende de très loin les courants de sensibilité et s'inscrit dans la longue durée, bien audelà des alternances démocratiques et autres changements de couleur politique. En moins d'une décennie, par la force, la ruse, la séduction, la contrainte ou la peur, l'administration américaine a réussi à étendre son influence et à briser les résistances qui s'offraient à elle sur la presque totalité du globe.

« Nous sommes entrés dans la quatrième guerre mondiale »
D'entrée de jeu, la ligne politique fut claire. James Woolsey, ancien directeur de la CIA de 1993 à 1995, la résuma dans un propos du 8 avril 2003 : « À présent que les forces américaines se trouvent dans Bagdad, qu'il nous soit permis de placer les événements actuels dans une perspective historique (...) nous sommes entrés dans la quatrième guerre mondiale. Plus qu'une guerre contre le terrorisme, l'enjeu est d'étendre la démocratie aux parties du monde arabe et musulman qui menacent la civilisation libérale à la construction et à la défense de laquelle nous avons œuvré tout au long du XXe siècle (...) Or. [il existe] un problème spécifique au Proche-Orient : hormis Israël et la Turquie, il ne s'y trouve fondamentalement aucune démocratie. (...) Outre l'Irak, l'Iran, la Syrie, le Soudan et la Libye financent et soutiennent, d'une façon ou d'une autre, le terrorisme. Les cinq ont cherché à se procurer des armes de destruction massive... Il est clair que jamais la guerre terroriste ne disparaîtra tant que nous ne changerons pas la face du Proche-Orient, ce que nous avons précisément commencé de faire en Irak... (...) C'est une guerre de la liberté contre la tyrannie. »
Sur cette base doctrinale, l'alliance du soft power et du hard power théorisée par les penseurs néoconservateurs (issus pour la plupart du trotskisme et du maoïsme des années 70) fit dès lors merveille pour briser l'alliance des opposants traditionnels des États-Unis d'Amérique, faire rentrer dans le giron américain les pays autrefois non-alignés (Inde, Indonésie, Egypte) ou sous influence soviétique (pays d'Europe de l'Est, d'Asie centrale, d'Indochine) et ramener dans le droit chemin les pays jadis soucieux d'indépendance et d'équilibre international (France, Portugal, Espagne).
Sur moins d'une décennie, le bilan de cette politique apparaît impressionnant.
De 1999 (date théorique d'expiration du mandat de l'OTAN) à 2009, l'Otan a non seulement vu son existence prorogée et ses moyens confortés, mais aussi ses mandats considérablement élargis. Hier encore alliance d'Etats souverains désireux de préserver leur prospérité (et leur liberté) face à l'ogre soviétique, elle est aujourd'hui devenue une alliance globale anti-chaos. dont les missions sont désormais susceptibles de s'étendre à toute la planète.

La guerre globale contre la terreur
L'alliance s'est considérablement élargie, absorbant en son sein la Tchéquie, la Hongrie, la Pologne, les trois Etats baltes, la Slovaquie, la Slovénie, la Croatie. Les adhésions de 2004 et 2007 sont venues prouver à ceux qui en doutaient encore que l'Otan était le passage obligé et le sas d'entrée incontournable préalable à toute intégration dans l'UE.
Les révolutions de couleur ont conforté le contrôle des Etats-Unis sur les pays du Caucase (Géorgie) et du proche voisinage russe (Ukraine, Liban), amorçant le processus annoncé d'intégration de ces territoires, via l'Otan, dans l'aire d'influence américaine.
Les quatre républiques d'Asie centrale (Kazakhstan, Turkménistan, Tadjikistan, Kirghizistan) ont été priées d'ouvrir leurs territoires, non seulement aux produits américains (via l'intégration dans l'OMC), mais aussi aux troupes américaines désormais autorisées, au grand dam de Moscou, à stationner durablement sur leurs bases militaires.
La guerre globale contre la terreur initiée par George Bush et prolongée par Barack Obama au nom de la liberté et de la démocratie, ont porté le fer en plein cœur de l'Asie centrale, au Pakistan et en Afghanistan, en attendant demain peut-être l'Iran, semant le chaos mais permettant aussi, d'une pierre trois coups, de barrer au géant russe l'accès aux mers du Sud, de contrôler les gisements et les voies d'acheminement des hydrocarbures de la Caspienne et de l'Asie centrale, et de contrôler la montée en puissance des principaux rivaux futurs que sont l'Inde et la Chine.
Enfin, la promotion du discours belliciste induit par la doctrine post-onze septembre a permis d'apporter un soutien considérable à l'appareil militaro-industriel américain, donnant à ce dernier une puissance sans équivalent dans l'histoire (son budget est égal à celui de la totalité des budgets de défense des autres pays développés), au point d'en faire une menace pour l'équilibre même des pouvoirs aux Etats-Unis et le maintien des libertés fondamentales des américains.

David Mascré, universitaire monde & vie. 12 octobre 2009
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Que les hommes d'arme bataillent et que Dieu donne la victoire! (Jeanne d'Arc) Patriotiquement votre.

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