Qu'est-ce que la géopolitique ?

Tout ce qui concerne les rivalités de pouvoirs ou d'influence sur des territoires et les populations qui y vivent.
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Qu'est-ce que la géopolitique ?

Messagepar Pat » 18/08/2009 - 17:33

Qu'est-ce que la géopolitique ?

L'enseignement des relations internationales à l'université ressemble souvent à de l'histoire événementielle des relations internationales. Les faits y sont privilégiés au détriment de l'analyse. La connaissance des événements, présentés dans le détail, au détriment de leur intelligibilité. Les déterminants idéologiques y comptent plus que déterminants géographiques, c'est-à-dire le territoire et les identités. Cette surdétermination idéologique s'explique largement par le fait que les relations internationales sont le plus souvent enseignées, au sein de l'Université française, dans le cadre plus général de la science politique et non dans celui de la géographie. L'approche géopolitique amène au contraire à une autre manière d'enseigner les relations internationales. Elle accorde primauté à la compréhension des phénomènes plutôt qu'à leur description en détail. Elle se concentre sur les dynamiques de puissance en cherchant à comprendre les volontés de puissance des acteurs internationaux, qu'ils soient étatiques ou non.

Comment définir la géopolitique ?

Comme l'étude des relations politiques entre trois types de pouvoirs, les pouvoirs étatiques - États - les pouvoirs intra-étatiques - mouvements sécessionnistes, rébellions... - les pouvoirs transétatiques - réseaux criminels, terroristes, multinationales... - à partir des critères de la géographie, c'est en mettant en évidence l'importance des critères de la géographie - physique, identitaire, des ressources - que la géopolitique, sans prétendre pour autant clore l'analyse des relations internationales, apporte un éclairage sur ces forces profondes de l'histoire dont parlait l'historien Jean-Baptiste Duroselle.

L'une des caractéristiques de la nouvelle école française de géopolitique inaugurée par les travaux de François Thual, au début des années 1990, et continuée par les miens, est de refuser toute idéologisation de l'histoire, toute réduction à une cause unique, et de souligner l'importance des facteurs identitaires dans les conflits entre sociétés politiques. On peut qualifier de néo-réaliste cette école de relations internationales, par comparaison avec les États-Unis. Elle considère que les États restent des acteurs majeurs des relations internationales, qu'ils développent des intérêts, pour partie explicables par les réalités de la géographie - physique, identitaire, des ressources. Bien sûr, le rôle de l'idéologie est important. Il s'ajoute à la géographie, il interagit avec elle.

La géographie physique

L'analyse géopolitique prend d'abord en compte la géographie physique. Deux situations géographiques sont à distinguer car elles déterminent des comportements différents en politique étrangère : la situation d'insularité ou la situation d'enclavement. On s'apercevra en effet que, dans nombre de conflits, pèse la volonté de la population d'une île, par exemple, de se séparer d'un ensemble politique archipélagique - séparatismes en Indonésie -, ou bien encore de ne plus former qu'un seul État - Irlande ou Chypre. Que pour de nombreux autres conflits, c'est la volonté de se désenclaver vers une mer ou un océan qui provoque des tensions entre États voisins. Le progrès technique a permis à certains égards de relativiser la situation géographique. Il n'a cependant pas affranchi les acteurs de leur position sur la carte. Et le comportement des États comme celui des acteurs intra étatiques - mouvements rebelles dans les États -, reste en premier lieu déterminé par cette position.

Le deuxième critère de la géographie physique, après la position sur la carte, est le milieu géographique. Relief et climat sont des facteurs de première importance dans les dynamiques politiques en de nombreux points du globe. Le fait que la région du Kosovo soit montagneuse a poussé les Américains à privilégier des bombardements massifs de la Serbie pour éviter un engagement terrestre. Situation bien différente en Irak : l'énorme machine de guerre américaine pouvait se déployer aisément sur la plaine irakienne, des rivages du Golfe jusqu'à la capitale Bagdad. Ce relief-là est idéal pour une armée moderne, jusqu'au moment où celle-ci se heurte à la ville, forme moderne de relief, propice à la persistance de guérillas meurtrières.

La géographie des identités et des ressources

Après l'espace, les hommes. La géopolitique prend en compte la géographie des identités, c'est-à-dire à la fois l'inscription des hommes dans le territoire et les traits caractéristiques de ces communautés humaines, ce qui les différencie, ce qui les oppose. Le géopoliticien établit souvent le constat de la non coïncidence des frontières des États et des frontières des identités. La carte des États ne se superpose pas exactement à celle des peuples - ethnies ou nations. Il en résulte des revendications identitaires lesquelles débouchent à leur tour sur des conflits.

Dans le monde contemporain comme dans le passé, nombreuses sont en effet les communautés identitaires qui remettent en cause leur État d'appartenance ; nombreux sont les États remués par des revendications séparatistes, par des tensions internes entre communautés ethniques différentes. Le phénomène est observable de l'Afrique noire à l'Asie centrale, en passant par le Caucase et l'Asie du Sud-Est, jusqu'aux questions régionalistes en Europe occidentale et centrale. Les tensions identitaires ne se limitent pas à l'ethnie ; elles sont aussi religieuses. La carte des religions s'ajoute, se superpose, sans toutefois coïncider avec la carte des États et celle des peuples. Par carte des civilisations, on entend souvent carte des empreintes religieuses.

Aujourd'hui bien des conflits trouvent leur origine dans la non adéquation entre ces trois cartes : la carte des États, la carte des identités ethniques, la carte des religions.

Les identités sont mouvantes dans l'histoire. La variable démographique que la géopolitique prend en compte exprime ce mouvement de l'histoire. Faire de la géopolitique en oubliant la démographie serait avoir une vision statique, fixiste de l'histoire, là où nous devons précisément avoir une vision dynamique, et comprendre le mouvement de l'histoire. Que la densité de peuplement de la Russie soit dix fois moindre que celle de la Chine indique immédiatement dans quelle direction iront les flux de populations de demain. La Russie craindra de plus en plus la Chine.

Et voilà qu'aux cartes des États, des peuples, des religions, il faut encore en ajouter une autre : celle des ressources, de l'eau au pétrole, en passant par l'or ou les diamants... Voilà qu'aux cartes de l'être, politiques et identitaires, s'ajoute celle de l'avoir, celle de la convoitise des ressources.

Méthode et exemples d'approche systémique

Chaque situation géopolitique doit donc être abordée par la prise en compte de l'ensemble de ces facteurs de la géographie : physique, identitaire et des ressources. Chaque situation modélisée comme une sorte de système de force. C'est ce que l'on appelle « approche systémique avec ».

Prenons un exemple. On veut comprendre la géopolitique d'une aire régionale donnée. Il faut commencer à repérer les acteurs de puissance : États, mouvements intra étatiques, présence ou non de pouvoirs de type transétatiques - réseaux -, indiquer quels sont ceux que l'on peut considérer comme des centres de puissance - tout se polarise autour d'eux - et ceux qui peuvent être considérés au contraire comme des périphéries - ils reçoivent, ils subissent la puissance des centres. La Russie par exemple est un centre de puissance tandis que les républiques d'Asie centrale, les pays du Caucase ou encore les pays Baltes seront considérés comme la périphérie de puissance de la Russie.

Une fois les logiques de centre et de périphérie repérées, on considérera le poids de la situation géographique. Est-on en présence de logiques insulaires ou de logiques de désenclavement ? Vient l'importance du relief. Y a-t-il par exemple des terrains difficiles - zones montagneuses, maquis, marais, forêts impénétrables - par nature favorables à l'entretien de mouvements rebelles armés ? On dresse ensuite la carte des identités, que l'on met en rapport avec la carte des États. D'éventuels séparatismes ou irrédentismes - volonté de se rattacher à un autre État - sont alors éclairés. La démographie vient indiquer dans quelles directions les dynamiques vont se développer ; vont-elles s'atténuer ou bien vont-elles s'accentuer ? Des ressources en jeu - le pétrole par exemple - attisent les appétits des acteurs politiques en concurrence.

La géopolitique, les idéologies et le pouvoir

La géopolitique doit enfin être capable d'enrichir son analyse par la prise en compte de facteurs de puissance non géographiques qui mais jouent néanmoins un rôle crucial. Imaginons que, dans la zone régionale étudiée, se trouve un État disposant de l'arme nucléaire. Le nucléaire, facteur d'essence non géographique, détermine pour partie le rapport entre cet État et ses voisins - et au-delà de ses voisins. Il y a donc, dans la matière géopolitique, un réel esprit de méthode. Chaque situation mobilise une multiplicité de facteurs géopolitiques auxquels, ne l'oublions pas, s'ajoutent de nombreux facteurs non géopolitiques. L'explication ne peut donc être monocausale - avec une cause unique. Pas plus que l'histoire ne se résume à une « lutte des classes », elle ne saurait se résumer à une lutte des « races » - peuples et ethnies -, à un choc des civilisations - des religions - ou bien encore à une guerre du feu - pétrole.

Toutes ces simplifications et réductions de l'histoire à une seule cause, si faciles pour le filtre médiatique, sont contraires à l'esprit de la matière géopolitique. Cela ne veut pas dire pour autant que les choses sont tellement complexes qu'elles ne peuvent être expliquées. La vérité peut bien être approchée par une modélisation la plus complète possible.

Science du réel, la géopolitique n'est cependant pas à l'abri de l'instrumentalisation par le Prince. Elle a une histoire, parfois controversée. La tradition géopolitique allemande fut le cerveau véritable du pangermanisme, avec les conséquences terribles que cela impliqua pour l'Europe. Quant à la géopolitique anglo-saxonne, de l'Angleterre à la fin du XIXe siècle jusqu'aux États-Unis d'aujourd'hui, elle n'a cessé de penser l'empire du monde. La politique d'équilibre de la France en sait quelque chose.

Mais au fond, la géopolitique n'est pas plus instrumentalisée que ne le sont encore aujourd'hui la sociologie ou l'économie. L'important d'ailleurs est que la géopolitique est une authentique discipline scientifique, à l'égale de la géographie ou de l'histoire. L'important est aussi qu'elle connaisse un essor sans précédent en France depuis une dizaine d'années, même si le succès du mot provoque son utilisation à tort et à travers par des journalistes ou même des chercheurs. Son succès en tout cas est inversement proportionnel au poids de ces idéologies réductrices qui font tant de mal aux universités occidentales depuis la Libération et qui ont éloigné des générations d'étudiants du réel.

Aymeric CHAUPRADE (2004)

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Re: Qu'est-ce que la géopolitique ?

Messagepar Pat » 23/08/2009 - 17:13

Les méthodes de la géopolitique

Lucien Favre
Recension: François THUAL, Méthodes de la géopolitique. Apprendre à déchiffrer l'actualité, Ed. Ellipses, 60 FF.

François Thual, directeur adjoint de l'IRIS (Institut de Relations Internationales et Stratégiques), s'efforce depuis plusieurs années de travailler à une refondation de la géopolitique. Pour cela, il a produit plusieurs ouvrages.que les synergétistes géopolitologues ont pu apprécier, d'autant plus que ce sont nos amis italiens qui ont publié sa remarquable étude sur la Géopolitique de l'orthodoxie, dans la collection Sinergie de la Société éditrice Barbarossa, dirigée par Alessandro Colla, Maurizio Murelli et Marco Battarra. Son dernier livre se veut un manuel à l'usage de ceux qui suivent l'actualité internationale. Définissant la géopolitique comme une méthode, F. Thual veut, à chaque fois qu'il y a tension, conflit, guerre, négociation ou crise, nous inciter à nous poser les questions suivantes : "Qui veut quoi ? Avec qui ? Comment ? Pourquoi ?". Un ouvrage techniquement intéressant mais qui tend à réduire la géopolitique à une technique d'investigation et à une simple technique de lecture des faits. Cette définition, temporisée dans la conclusion, affirmée cependant par François Thual au nom d'une hygiène intellectuelle, ampute à notre avis la géopolitique de quelques-unes de ses possibilités (caractère prévisionnel et prospectif en particulier).

L'ouvrage s'organise en cinq parties.

1. La géopolitique : une science, un savoir ou une méthode ?

Avec comme finalité de répondre à cette question, François Thual se livre à un rappel historique des pères fondateurs de la géopolitique. Les restituant dans leur époque, il estime qu'ils ont fait ce qu'il ne fallait pas faire en matière de géopolitique en tombant dans la survalorisation de la géographie, la géophilosophie, le prophétisme et la justification de politiques de puissance. François Thual malmène les thèses de Ratzel ayant pu servir à justifier d'inquiétantes, voire de terrifiantes politiques..., situe la pensée de Karl Haushofer dans la même logique, tandis que les chantres de la géopolitique de la mer, Mahan et McKinder, sont également pris pour cible. Reconnaissant la sévérité de son jugement, Thual reste tout de même, sur le fond, soupçonneux face aux problématiques mettant en jeu puissance et espace.

Plus loin, il s'intéresse aux refondateurs, avec :
1.) Yves Lacoste (rappelons que ce dernier conçoit la géopolitique comme une science des rivalités et une mise en évidence des rapports de force et se fonde sur la notion de représentation) ;
2.) Michel Foucher et ses ouvrages fondamentaux Fronts et frontières et Fragments d'Europe ;
3.) Gérard Chaliand (auteur de plusieurs atlas) ;
4.) Hervé Couteau-Bégarie, spécialiste des espaces maritimes et auteur incontournable, par l'ampleur de ses recherches ;
5.) Philippe Moreau-Desfarges ;
6.) J. C. Ruffin ;
7.) La revue Géopolitique et enfin,
8.) L'IRIS,
autant d'initiatives salutaires oeuvrant au retour de la géopolitique.
Mais l'intérêt de l'ouvrage, pour François Thual, est de nous exposer sa conception de la géopolitique, conçue d'abord comme une méthode, une technique d'investigation. Thual établit un principe : "La première démarche de la méthode géopolitique doit consister à repérer les phénomènes internationaux comme étant l'expression d'intentions". Le géopolitologue doit donc partir à la recherche des intentions réelles, par delà les apparences, des facteurs internationaux. Cela nous l'admettons d'autant plus qu'il s'agit d'une partie de notre démarche.
Thual définit alors deux catégories de postures géopolitiques (intention des Etats) : volonté de réaliser des ambitions (mais quelle différence entre ambition et puissance ?, serait-on tenté de demander au Prof. Thual), et volonté de contrer une menace. La géopolitique aurait donc pour but de connaitre le comportement des Etats dans leurs aspirations historiques et spatiales et d'apprendre ainsi à échapper à l'événementiel, fourni en continu et en surabondance par les médias pour accéder à l'explicatif.

Nous en convenons bien volontiers, mais n'est-ce pas un peu jouer sur les mots que de dire que la géopolitique ne sert qu'à expliquer, que la lecture d'une crise, puis sa compréhension, ne doivent amener à n'en dégager aucune perspective d'avenir, aussi bien pour soi que vis-à-vis de l'autre (l'Ennemi au sens de Carl Schmitt). L'observateur peut-il rester insensible aux volontés de puissance quand elles visent à l'occupation de son propre espace ?. Cette définition de la géopolitique nous apparait pavée de bonnes intentions, mais parfois timorée au regard de ce qu'elle peut nous apporter, notamment, comme le souligne Yves Lacoste, en nous permettant de prévoir des scénarios d'évolution. Nous avons là tout le caractère dynamique de la discipline qui est occulté.

Les trois parties suivantes de l'ouvrage s'organisent autour de trois thèmes :
- moyens et intentions des Etats ;
- motivations et facteurs (économiques...) ;
- nouvelles données.

2. Moyens et intentions

- Les dispositifs diplomatiques sont les premiers moyens employés par les Etats. Ils se résument à l'étude du sytème des alliances, lesquelles sont les premières indicatrices des intentions des Etats. Recensant trois types d'alliances, celles au service d'une ambition, celles contrant une menace et celles stabilisant une région, Thual ne s'illusionne pas sur les buts initiaux détournés de certaines alliances, (l'OTAN s'étant révélé le plus grand système d'encerclement par exemple) ni sur leurs difficultés de fonctionnement, leur précarité ou les faux espoirs qu'elles ont engendrés.

- Ensuite viennent les dispositifs militaires. N'étant jamais autonome le militaire est le plus grand révélateur du géopolitique. L'étude quantitative, l'intention des acteurs, le développement de tel ou tel secteur d'activité, l'étude des dispositifs sont toujours symptomatiques d'une volonté géopolitique. C'est ainsi que Thual examine, à la lumière des dernières archives militaires disponibles, la défaite de Staline en 1941. Elle s'expliquerait par le fait que l'Armée Rouge était organisée sur un principe offensif destiné, à travers le territoire de la Pologne... à envahir l'Allemagne nazie, et 1'incapacité de transformer le dispositif offensif en dispositif défensif. Doit-on en conclure que Hitler n'a fait que devancer les desseins du Petit Père des peuples et qu'il n'avait pas d'autre choix que l'offensive ? Thual ne va pas jusque là ! En résumé l'étude des dispositifs militaires reste un peu le fil rouge de la géopolitique.

- Les moyens spéciaux, c'est-à-dire les services secrets, les menées subversives, l'espionnage, le terrorisme sont également au service des Etats pour mener à bien leurs ambitions et éclairent souvent leurs intentions.

3. Motivations et facteurs

- Pour F. Thual les motivations idéologiques (représentations que les groupes sociaux se font d'eux-mêmes), que sont le nationalisme, le communisme, le fascisme, le panisme (idéologies nationalistes transnationales telles le paneuropéisme, le panaméricanisme, le panasiatisme, le panafricanisme, le panarabisme, etc.) et, aujourd'hui, les fondamentalismes générent nombre de situations géopolitiques et constituent des carburants de l'histoire, notamment au XXIe siècle. Mais il faut leur donner leur juste place car ils viennent souvent s'ajouter à d'anciennes postures géopolitiques, héritées du passé ou de la géographie.

- Ainsi, les motivations géostratégiques, cette avidité d'acquisition territoriale, apparaissent plus comme une constante de l'espèce et ont toujours été le principal moteur et la principale cause des guerres auxquelles les hommes se sont livrés depuis le néolithique. Cette lutte pour l'espace, que Thual admet, s'organise autour de la rivalité portant sur des espaces forts : les fleuves, les montagnes, les routes commerciales, les littoraux et les accès à la mer. Thual souligne le rôle majeur pris par l'élément liquide, devenu depuis le XVIe aussi important que l'élément terrestre et cela plus que jamais dans le cadre d'une économie mondiale en voie de maritimisation. Désormais le rôle géostratégique accru des routes maritimes, détroits, canaux et îles s'affirme et ces derniers sont devenus des éléments de desseins géopolitiques.

- Quant à la prééminence de l'économie, qu'ont voulu faire jouer certains sur la géopolitique (courant marxiste), l'auteur rappelle à juste titre que l'économie n'est pas un facteur primordial, et que bien d'autres facteurs interviennent. "Derrière chaque crise il y a une pluralité de facteurs qui s'agencent entre eux, qui se hiérarchisent...". C'est dans ce chapitre que Thual constate la mondialisation de l'économie sous l'égide de trois pôles : l'Europe occidentale, l'ALENA et les pays de la façade asiatique du Pacifique. Il constate également la création des métropoles politico-économiques, la déterritorialisation et une évolution vers un développement de flux économiques déterritorialisés.

4. Les nouvelles données

- Morphogenèse et prolifération des Etats. Après avoir donné une définition de l'ethnogenèse (formation d'une nation à travers son histoire, sa culture et l'occupation d'un territoire), l'auteur définit la morphogenèse comme une étude sur la longue durée de la concrétisation des projets et des intentions géopolitiques qui se sont affrontés sur un espace déterminé et qui ont abouti à la structuration d'un pays. Thual veut souligner l'importance qu'il peut y avoir à dresser un bilan territorial de chaque pays, cela sert à voir comment les tendances séculaires déterminées par l'économie et le politique ont abouti à un produit donné, le pays. Un pays, en effet, se forme à partir d'un noyau, puis, à partir de là, irradie des logiques spatiales qui en télescopent d'autres. Dans cette fin de XXIe siècle où la prolifération des Etats semble se généraliser après la phase de dislocation des Empires coloniaux, la morphogenèse des Etats conserve une place prépondérante pour la recherche géopolitique.

- Les conflits identitaires : Thual les définit comme des conflits où un groupe poursuit des objectifs géopolitiques non seulement au nom de la défense de son identité, mais aussi avec la certitude qu'il est menacé de disparition ou d'une domination qui lui est insupportable (exemple de la Yougoslavie). L'une des formes les plus intéressantes est le conflit d'antériorité, celui où deux pays se disputent la même région au nom d'une antériorité de présence (Haut Karabakh, Transylvanie, Kosovo...). Notant la violence exacerbée de ces conflits où souvent il n'y a pas de concession possible, Thual souligne le renforcement de ce phénomène, l'Amérique elle-même en étant victime (l'auteur s'interroge sur une possible redéfinition de l'identité américaine fondée sur l'origine culturelle), et l'Europe occidentale, à travers la multiplication des régionalismes, n'est pas à l'abri de ce mouvement (Pays Basque, Ecosse, Catalogne...). S'agit-il d'un réensauvagement de la scène internationale, d'un processus de tribalisation, nous n'irons pas jusque là ! Mais nous resterons vigilants à l'égard des logiques petites-nationales qui prolifèrent en Europe et qui sont préjudiciables à la réunification politique du continent européen et ne servent que les intérets des Etats-Unis.

- Dans le même temps se mettent en place des regroupements régionaux : Union Européenne, zone ACP, Pacte Andin, ALENA, Mercosur,... Ces regroupements se font à la fois pour ou contre quelque chose (contrer une menace ou mettre un terme à des affrontements stériles). Thual remarque que ces regroupements ne résolvent pas tous les antagonismes, mais espère que cette logique se révélera comme un élément stabilisateur dans certaines régions du globe (il souhaite, dans cette optique, la création d'instances régionales intermédiaires).

5. Conclusion

Après avoir présenté (dans une 5e partie) quatre espaces géopolitiques, entre autres l'espace turc sur lequel nous reviendrons dans un numéro prochain de NdSE), l'auteur revient sur sa thèse : la géopolitique n'est pas une science, c'est une méthode, une façon de faire avouer aux événements leur signification profonde, de repérer les intentions, d'identifier les ambitions des différents antagonistes. L'ouvrage est irréprochable sur ce point, et nous avalisons pleinement la thèse de Thual dans ce sens. En dressant un tableau des différents paramètres influençant les acteurs internationaux, il donne au géopolitologue un excellent instrument de travail. Mais bien que Thual en vienne à affirmer que cette belle machine-outil ne doit pas tourner à vide mais doit contribuer à démonter les pannes de l'histoire que l'on appelle les crises, il se refuse à faire de la prospective.

Voulant à tout prix rester politiquement neutre, l'auteur sous-estime à notre avis les permanences géographiques et historiques, et reste hostile à l'égard de toute manifestation de politique de puissance. Salutaire position, mais nous restons persuadés que cette approche de la géopolitique reste timorée. Au-delà, l'ouvrage conserve un intérêt certain et constitue un excellent guide de travail...

[Synergies Européennes, Nouvelles de Synergies Européennes, Novembre, 1996]
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Re: Qu'est-ce que la géopolitique ?

Messagepar Pat » 14/04/2010 - 15:23

QU'EST-CE QUE LA GÉOPOLITIQUE ?

Pour expliquer à grands traits et connaître le terme de géopolitique, les formules frappantes, l'essence et les buts de la géopolitique, le mieux est de se tourner d'abord vers les lieux qui ne sont pas du tout si éloignés - quelqu'ancienne que soit la géopolitique dans son essence et dans la pratique -, d'où vint le premier appel à une géopolitique à fondement théorique et scientifique. Cet appel correspondait cependant au désir justifié de larges cercles qui voulaient fournir une meilleure base à l'art de conduire la politique - un art qui, à partir du tournant du siècle, devenait visiblement de plus en plus insuffisant, tout au moins en Europe -, en le faisant profiter de toutes les acquisitions du pouvoir et du savoir, dans la mesure où toutefois cet art se laisse apprendre, notamment de ce qui était déterminé par le sol et donné par la terre, écrit d'une manière quasi palpable dans les traits, les plus anciens de la face de la terre, de ce qui avait fait ses preuves au cours du déroulement de l'histoire et avait été rarement violé impunément.
Vers la fin du XIXe siècle, on avait généralement l'impression que l'équipement technique et scientifique de l'époque qui s'était développé et avait grandi à une vitesse folle, avait largement dépassé son art politique, non seulement en Europe mais dans le monde entier. Aussi, notamment aux États-Unis d'Amérique et en France s'efforça-t-on très rapidement de créer des écoles supérieures et des chaires entièrement consacrées aux sciences politiques ; des orientations parallèles se dessinèrent en Angleterre et au Japon.
En Europe centrale, Friedrich Ratzel et Ferdinand von Richthofen, en s'appuyant sur les travaux de Herder, Ritter et Roon, avaient très clairement réclamé et précisé une éducation plus approfondie en matière de sciences politiques pour les hommes d'État et les diplomates. Car ces importants intermédiaires officiels chargés des relations entre les États, dont la formation tournée vers le passé n'était le plus souvent que linguistique et juridique, restaient le plus souvent étrangers à toute la dynamique et aux importants changements de leur temps, à l'existence d'une science de la terre et des divers pays, à l'art de lire les cartes, aux progrès de l'économie politique et de la sociologie et à leurs connexions. Du point de vue géopolitique, ils vivaient loin derrière le rythme de leur temps.
Il en résulta que dans la période décisive pour le destin, des années 1898-1902, en Europe centrale, les hommes ne se rencontrèrent pas : il y eut d'un côté ceux qui, le regard tourné en arrière, avec devant les yeux une image déjà révolue du monde, se tenaient au gouvernail des États, et de l'autre côté, ceux qui auraient pu ajouter à la politique des premiers - qui conduisit à la guerre mondiale - avec le petit mot «géo», petit mais lourd de sens, l'image globale du monde du temps présent et l'aptitude à prévoir et à agir préventivement ; mais les paroles de ces derniers se perdaient alors presque sans effet dans la presse et dans les salles de cours [...]
Certes, un homme comme Ratzel avait acquis une très grande notoriété à travers le monde entier par sa géniale « Anthropogéographie » et son effort en faveur de la géographie politique ; dans les pays anglo-saxons, en France, en Russie et au Japon, on recueillit ses suggestions et on les popularisa en les dégageant de leur gangue stylistique lourde, obscure et riche en aphorismes ; on les utilisa dans la pratique ou pour l'éducation du personnel des Affaires étrangères, comme Mackinder et Fairgrieve le firent en Angleterre, d'autres comme Mahan et Roosevelt aux États-Unis d'Amérique. Mais Ratzel mourut trop tôt, au sommet de sa capacité de travail. La tendance à forger des vocables difficiles d'origine grecque rebutait beaucoup de personnes ; le mot anthropogéographie n'est jamais entré dans l'usage populaire : pour la masse, il glissa vers les domaines spéciaux de l'anthropologie et de l'ethnologie ; la géographie politique recula derrière une tendance dominante, une géographie plus axée sur l'étude des formes, plus développée en Allemagne. Aussi le peuple peut-être le plus instruit de la terre précisément dans le domaine de la géographie, entra dans la grande crise de la guerre mondiale avec une image du monde marquée par une méconnaissance vraiment effrayante du jeu réel des forces ; peut-être que seule l'Europe centrale fut entièrement surprise par cette guerre, tandis que partout ailleurs on voyait depuis 1904 la tempête monter à l'horizon.
Au retour de voyages de plusieurs années aux Indes, en Asie orientale et finalement en Sibérie et en Russie, l'inconscience de très larges cercles de la société allemande du danger de leur situation géopolitique dans le monde et dans le pays, fit sur moi une impression terrible ; il en résulta chez moi personnellement la recherche d'un assemblage, d'une possibilité de faire comprendre à des cercles plus larges l'essence de la géopolitique. Quelque chose de semblable est certainement arrivé au grand chercheur officiel suédois Rudolf Kjellen ; c'est dans son livre L'État comme forme de vie que pendant la deuxième bataille de la Vallée de Munster, dans un abri des Vosges, j'ai pour la première fois trouvé nettement et clairement énoncés le mot et les revendications de la géopolitique. Car nous n'avions pas en dehors de la terre allemande d'ami plus généreux et plus clairvoyant de la volonté germanique de tenir bon que ce remarquable penseur politique suédois, qui était aussi psychologue des peuples (connaisseur des âmes des peuples). Il savait que la race germanique s'était mise dans une situation initiale défavorable du point de vue géopolitique dans un combat décisif pour l'espace à respirer, l'existence et les possibilités de vie. Cette constatation planait sur toute son oeuvre.
Il y était arrivé en raison de ses recherches sur les grandes puissances du temps présent, qu'il avait examinées comme des formes de vie puissantes et homogènes dont il n'avait saisi les manifestations de vie et le devenir que par des approches variées. Il avait défini, comme première approche, l'approche géopolitique : l'étude des traits fondamentaux - liés au sol et déterminés par la terre - de l'espace, de la fondation du Reich, de la formation du sol et du pays ; en cela il se juchait sur les épaules de Ratzel et était avec lui de l'avis qu'aussi longtemps que l'économie politique fait descendre l'État du papier sur le sol solide, la tâche que voici doit incomber à la géographie : fournir la base de la recherche géopolitique et de toute autre recherche relevant des sciences politiques. Car au commencement de l'État il y avait le sol sur lequel il se trouvait, il y avait le caractère sacré et saint de la terre ; c'est là-dessus d'abord que l'homme bâtit, développa l'économie, fit surgir la puissance et la civilisation ; le nomade aussi dut partir quelque part d'un morceau de sol organisé. Aussi la recherche ethnopolitique partant du peuple, de la race, ne fut que le deuxième cercle de recherche par ordre d'importance. Et comme troisième suivit ensuite la réflexion sociopolitique [...]
On trouve tout ce cheminement de pensée, accompagné d'une documentation minutieuse, dans l'ouvrage déjà cité de Rudolf Kjellen. Depuis lors, la géopolitique a naturellement continué à se développer d'une manière très vivante, dans sa combinaison de géographie, d'histoire, de science politique, d'économie politique et de sociologie, notamment sous l'impression des échecs consécutifs à la guerre mondiale. Ont paru des essais systématiques d'une Géopolitique, par Hennig et Limmer ; et des Matériaux pour la géopolitique, par Lautenbach, Maull, Obst et moi-même. L'appellation «Matériaux» s'explique par le fait que nous n'étions pas encore assez audacieux pour présenter déjà un système complet mais que nous voulions d'abord en rassembler et préparer les matériaux dans une revue appropriée, pour servir ce qui viendrait.
Car pour tous ceux qui prenaient l'affaire très au sérieux, assumer la responsabilité du développement de la géopolitique apparaissait comme quelque chose d'extrêmement difficile. Précisément, en tant que base pour toute politique scientifique et tout réaménagement de l'espace à la surface de la terre, précisément pour un peuple de riche culture, durement atteint et effondré, situé au coeur d'un continent surpeuplé et en recul quant à son importance dans le monde, la géopolitique était peut-être un des rares moyens pour mener ensemble à des vues communes dans un même espace vital des milliers d'hommes, du moins dans des questions fondamentales d'importance vitale pour tous [...]
C'est pourquoi il est aussi caractéristique que nous trouvions quelques-uns des meilleurs travaux de géopolitique de notre temps aussi bien chez les durs représentants du capitalisme mondial dans les pays anglo-saxons que chez leurs adversaires à Moscou, par exemple dans l'excellent atlas sur l'impérialisme de Radô, et aussi chez les Puissances centrales de jadis. Un travail de géopolitique doit, de par son essence, être entièrement indépendant de l'endroit de la surface du globe où se trouve par hasard son auteur, de la situation et du parti de ce dernier.
C'est peut-être la partie la plus difficile de la réponse à la si bonne et si facile question : qu'est-ce que la géopolitique ? que de faire comprendre à des hommes aux opinions politiques arrêtées que la géopolitique doit rester libre de toute affirmation et considération partisanes et qu'il convient d'en écarter la politique, tâche tout aussi difficile [...]
C'est seulement lorsque l'art de la politique passe dans la pratique que les résultats s'écartent considérablement les uns des autres et que « les choses se heurtent durement dans l'espace ». Mais la géopolitique n'y peut rien ; elle peut simplement donner à l'avance des avertissements de ce genre : si cette frontière, cet espace naturel est coupé, une expérience millénaire prouve qu'il n'y aura pas de repos tant qu'ils n'auront pas été rétablis dans leur intégralité - si cette race méridionale dépasse ses frontières en poussant vers le nord, elle devra ensuite refluer; - cet espace vital méridional dévore les hommes du Nord, sans qu'ils puissent y prospérer durablement [...]
A ce sujet, la géopolitique sait parfaitement qu'il y aura toujours de puissants esprits dirigeants qui ne s'en tiennent pas à la moyenne, à la mesure moyenne, qui continuent à la longue l'évolution ; elle sait que pour une évolution ultérieure vivante de l'humanité il est nécessaire que, par-delà ces traits fondamentaux, se produisent toujours passagèrement des ruptures, de nouvelles fécondations et formations. En raison de l'arbitraire qui caractérise l'action politique humaine, la géopolitique ne pourra faire de déclaration très précises que dans environ 25 % des cas. Mais n'est-ce pas déjà un grand mérite que dans une évolution dans laquelle tout doit être laissé à l'arbitraire humain et à l'humeur des masses, au moins le quart des cas, accessibles à la prévision et à la raison agissante, soit saisi par la géopolitique ?
L'expédition d'Alexandre et les contacts gréco-bouddhiques, l'intervention de César dans la destinée des peuples, les premiers tours du monde en bateau à voile, la destruction de vieilles structures par Napoléon et les mutilations résultant de la guerre mondiale sont quand même, à côté de toute leur fécondité, des phénomènes marqués par l'excès, et, après de tels orages, en longues oscillations la terre reprend ses conditions et ses espaces habituels. Et dans ce large déroulement générateur de moissons durables, qui occupe dans l'histoire du monde bien plus de place que les brillantes périodes d'exception, la raison tranquille et conciliatrice qui marque l'approche géopolitique s'impose nécessairement. Ce qui s'est révélé à la longue intenable dans les changements opérés de force dans un soubassement d'essence étrangère, qui maintenant y meurt, dessèche, dépérit et devient la proie d'une nouvelle vie, tout cela devient manifeste ; les connexions naturelles, fondées sur le paysage, entre les régions et les pays reprennent leur vigueur et obligent à regarder en face la haine la plus sauvage, l'éviction la plus méchante, la nécessité de frontières communes, le rétablissement des moyens naturels de communication. La géopolitique prend la place de la passion politique, une évolution conforme aux lois de la nature donne une forme nouvelle aux créations de l'arbitraire d'une volonté humaine déchaînée. La nature vainement chassée par l'épée ou la fourche, reprend ses droits sur la surface et à la face de la terre. C'est cela la géopolitique !
Karl HAUSHOFER
(« De la géopolitique », textes traduits et rassemblés par André Meyer, préface de Jean Klein, Fayard, Paris 1986, pp. 97-104).
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Re: Qu'est-ce que la géopolitique ?

Messagepar Pat » 29/03/2011 - 18:00

Retour de la géopolitique et histoire du concept : l'apport d'Yves Lacoste

Conférence prononcée à l'Université de Hanovre en avril 1994

Le thème de mon exposé est de vous donner cet après-midi un "panorama théorique de la géopolitique" et d'être, dans ce travail, le plus concis, le plus didactique ‹et peut-être, hélas, le plus schématique‹ possible. Un tel panorama nécessiterait pourtant plusieurs heures de cours, afin de n'omettre personne, de pouvoir citer tous les auteurs qui ont travaillé cette discipline et ont contribué à son éclosion et à son expansion.
Le temps qui m'est imparti me permet toutefois de ne me concentrer que sur l'essentiel, donc de me limiter à trois batteries de questions, qui se posent inévitablement lorsque l'on parle de géopolitique aujourd'hui.

1. Questions générales : Pourquoi le géopolitique a-t-elle été tabouisée pendant autant de temps ? Cette tabouisation trouve-t-elle son origine dans le fait que certaines autorités (politiques ou intellectuelles) non censurées sous le Troisième Reich aient été influencées par les écrits de Haushofer ? Quelles sont les différences entre géopolitique, géostratégie et géographie politique ? La géopolitique est-elle véritablement une démarche scientifique ? Cette série de question, le géopolitologue français ‹néologisme introduit par le général Pierre-Marie Gallois qui entend éviter de la sorte la connotation péjorative que l'on attribue parfois au mot ³politicien²‹ Yves Lacoste se l'est posée : nous nous référerons à ses arguments, d'autant plus qu'un copieux Dictionnaire de géopolitique vient de sortir de presse à Paris sous sa direction.

2. Histoire du concept : Avant que l'on ne parle explicitement de géopolitique, existait-il une ³conscience géopolitique² implicite ? Pratiquait-on un politique spatiale équivalente à la géopolitique ? Dans quelle mesure César, quand il conquiert la Gaule, bat les Vénètes (1), bloque Arioviste et les tribus helvètes, installe la nouvelle frontière sur le Rhin (2), fait une incursion en Britannia, a-t-il le sens de l'espace, possède-t-il un Raumsinn, au sens où l'entendait Ratzel ? Comment les intellectuels de l'antiquité, du moyen-âge, de la renaissance et des temps modernes, conceptualisaient-il cette politique de l'espace, que nous renseignent les sources à ce sujet ? En compagnie du Général Pierre-Marie Gallois nous allons procéder à une brève enquête dans les écrits des grands prédécesseurs des géopolitologues du 19ième et du 20ième siècles. L'enquête de Pierre-Marie Gallois constitue une excellente introduction à l'histoire du concept de géopolitique, mais le chercheur ne saurait s'en contenter : un recours à toutes les sources s'avèrent impératif, y compris une exploration complète de celles que mentionne la Zeitschrift für Geopolitik de Haushofer, notamment pour l'impact de Herder (3).

3. Enfin, quelles sont les théories fondamentales des géopolitologues conscients, qui utilisent le terme ³géopolitique² dans l'acception que nous lui connaissons toujours aujourd'hui ? Quelles sont les étapes les plus importantes dans le développement de leur pensée ? Qu'ont-ils appris des événements historiques qui se sont succédé ? Comment ont-ils réussi ou n'ont-ils pas réussi à moduler théorie et pratique ?

1. Yves Lacoste et le retour de la géopolitique en France.
Qui est Yves Lacoste ? D'abord un géographe qui a travaillé sur le terrain. Ainsi, en 1957, il fait paraître une étude remarquable sur l'Afrique du Nord (4), qui ne reçoit pas l'accueil qu'elle aurait mérité, sans doute parce que l'engagement social et socialiste de l'auteur est extrêmement sévère à l'encontre de la politique coloniale française et même à l'égard de la politique de protectorat menée par Lyautey (5) au Maroc. Aujourd'hui, Yves Lacoste enseigne à Paris et dirige le CRAG (Centre de Recherches et d'Analyses Géopolitiques). En 1976, il a fondé la revue Hérodote (6), où transparaît encore son engagement humaniste de gauche, mais atténué par rapport à celui du temps de la guerre d'Algérie. Hérodote publie régulièrement des dossiers bien documentés sur les grandes aires géographiques de notre planète (aires islamiques, sous-continent indien, océans, Mitteleuropa, Balkans, Asie du Sud-Est, URSS/CEI, etc.). Face à ces initiatives, dont l'ancrage initial était à gauche, Marie-France Garaud, candidate malheureuse à la présidence en 1981, publie la revue illustrée Géopolitique, disponible en kiosque. Le géopolitologue Hervé Coutau-Bégarie, dont l'œuvre est déjà considérable (7), écrit surtout dans Stratégique. Enfin, à Lyon, le professeur Michel Foucher (8) dirige un institut de géopolitique et de cartographie très productif. On découvre des cartes émanant de cet institut dans des revues grand public tel l'hebdomadaire de gauche Globe (9) ou le journal des industriels L'Expansion (10). Michel Foucher est aussi un spécialiste de l'étude de la genèse des frontières, une discipline qu'il qualifie du néologisme d'"horogénèse".
La dernière grande production d'Yves Lacoste est un Dictionnaire de géopolitique, où il récapitule ses théories et ses définitions de la géopolitique, de la géostratégie, de la "géographicité", etc., dans un langage particulièrement clair et didactique. Son mérite est d'avoir réhabilité en France le concept de géopolitique et d'avoir levé l'interdit qui frappait ce mot et cette discipline depuis 1945.

Dessiner des cartes
Comment Lacoste justifie-t-il cette réhabilitation ? Examinons sa démarche. ³Géographie² signifie étymologiquement ³dessiner la terre², autrement dit, dessiner des cartes. Or les cartes sont soit des cartes physiques (indiquant les fleuves, les montagnes, les lacs, les mers, etc.) soit des cartes politiques, indiquant les résultats finaux de la ³géographie politique². Les cartes poli-tiques nous montrent les entités territoriales, telles qu'elles sont et non pas telles qu'elles sont devenues ou telles qu'elles devraient être. Elles n'indiquent ni l'évolution antérieure réelle du territoire ni l'évolution ultérieure potentielle, que voudrait éventuellement impulser une volonté politique. Les cartes politiques indiquent des faits statiques et non pas des dynamiques. Selon ce raisonnement, les cartes physiques relèvent de la géographie, les cartes politiques de la ³géographie politique². La géopolitique, elle, dessine des cartes indiquant les mouvements de l'histoire, les fluctuations passées, susceptibles de se répéter, etc.
Surtout après la seconde guerre mondiale, rappelle Lacoste dans son Dictionnaire, on a assisté à l'émergence d'un débat épistémologique, pour savoir quels critères différenciaient fondamentalement la géographie et la géopolitique. La première affirmation dans la corporation des géographes universitaires a été de dire que seule la géographie était ³scientifique² ; la géopolitique, dans cette optique, n'était pas scientifique parce qu'elle était spéculative, stratégique donc subjective, visionnaire donc irrationnelle. Mais cette affirmation de la scientificité de la géographie fait éclore une série de problèmes, implique les nœuds de problèmes suivants:
- la géographie est une science hyper-diversifiée;
- plusieurs dimensions de la géographie ne sont pas encore définitivement fixées ou n'ont jamais pu être enfermées dans un cadre délimité ;
- les facteurs humains jouent en géographie politique un rôle considérable ; or tous les facteurs humains qui influent sur la géographie possèdent nécessairement une dimension stratégique, tournée vers l'action, mue par des mobiles irrationnels (gloire, vengeance, désir de conversion religieuse, avidité matérielle, etc.);
- les géographes, même ceux qui se montrent hostiles à la géopolitique, sont contraints d'opérer une distinction entre ³géographie physique² et ³géographie humaine/politique², prouvant ainsi que l'hétérogénité de la géographie entraîne la nécessité d'une approche plurilogique dans l'appréhension des faits géographiques ;
- la géographie humaine/politique est donc une science de la terre, telle qu'elle a été transformée et marquée par l'homme en tant que zoon politikon.
La géographie humaine/politique ouvre la voie à la géopolitique proprement dite en révélant ses propres dimensions stratégiques. Les frontières entre la géographie et la géopolitique sont donc poreuses.

³La géographie, ça sert à faire la guerre²
Le constat de cette porosité confère un statut très hétérogène à la géographie d'aujourd'hui. Aspects physiques et aspects humains se chevauchent constamment, si bien que la géographie en vient à devenir la science qui examine le dimension spatiale de tous les phénomènes. Dans ce contexte, Lacoste pose une question provocante mais qui n'est justement provocante que parce que nous vivons dans une époque qui est idéologiquement placée sous le signe de l'irénisme (= du pacifisme). Et cette question provocante est celle-ci : pourquoi l'homme, ou plus exactement l'homo politicus, l'homme qui décide (dans un contexte toujours politique), le souverain, fait-il dessiner des cartes par des géographes qui sont toujours des ³géographes du roi² ? Depuis 3000 ans en Chine, depuis 2500 ans dans l'espace méditerranéen avec Hérodote, on dessine des cartes pour les rois, les empereurs, les généraux, les stratèges. Pourquoi ? Pour faire la guerre, répond Lacoste. Malgré son engagement constant dans les rangs de la gauche française, Lacoste écrit un livre qui porte cette question comme titre : La géographie, ça sert d'abord à faire la guerre. Automatiquement, il met un point final à l'ère irénique dans laquelle les géographes avaient baigné.
La géographie, au départ, sert donc à dresser des cartes qui sont autant de ³représentations opératoires². Mais celui qui a besoin de ³représentations opératoires² et s'en sert, spécule aussi (et automatiquement) sur la modalité éventuelle future que prendra la volonté de son adversaire ou de son concurrent. L'objet de cette spéculation est donc une volonté, qui comme toutes les volontés à l'œuvre dans le monde, n'est pas par définition rationnelle et a même des dimensions irrationnelles et subjectives. La géographie devient ainsi un savoir qui a une pertinence politique, qui est destiné à l'action. La géographie, en tant que science, implique qu'il y ait Etat, Staatlichkeit.

Géographie et pédagogie populaire
Par ailleurs, Lacoste insiste sur la nécessité de répandre la géographie dans le peuple par la voie d'une ³pédagogie populaire², qui communiquerait l'essentiel par des méthodes didactiques, dont les ³cartes suggestives² (11). Cette volonté de pédagogie populaire a conduit à la création de sa revue Hérodote. Lacoste se réfère explicitement aux géographes prussiens, serviteurs pédagogiques de leur Etat : Ritter (12), Humboldt (13), Ratzel (14). En Angleterre, à la suite de ces modèles allemands (15), Halford John Mackinder (1861-1947) travaille pour que l'Université d'Oxford se dote à nouveau d'une chaire de géographie : elle n'en avait plus depuis la disparition de celle de Hakluyt au XVIième siècle (16). En France, après 1870, la propagande en faveur du retour de l'Alsace et de la Lorraine conduit à l'édition de livres pour la jeunesse, où deux jeunes Alsaciens voyagent en ³France de l'Intérieur², apprenant de la sorte à connaître les innombrables facettes de ce pays de plaine et alpin, atlantique et méditer-ranéen, continental et maritime, etc.
Mais le principal modèle de Lacoste reste le géographe Elisée Reclus (1830-1905), militant libertaire engagé dans l'aventure de la Commune de Paris (1871), théoricien d'un anarchisme humaniste, contraint à vivre en exil à Bruxelles où il enseignera à l'³Université nouvelle², pionnière de méthodes d'enseignement nouvelles à l'époque (17). L'engagement militant de Reclus l'a conduit à être ostracisé par sa corporation. Son œuvre était considérée à l'époque comme de la pure spéculation dépourvue de scientificité. Aujourd'hui, les géographes doivent bien reconnaître que ses travaux sont une véritable mine de renseignements précieux. La pédagogie populaire prussienne et britannique, les livres de jeunesse mettant en scène deux garçons alsaciens en France, l'œuvre de Reclus, prouvent, selon Lacoste, que toute tentative visant à extirper la dimension stratégique-subjective dans l'étude de la géographie est une démarche non politique voire anti-politique. La dimension militante, celle de l'engagement, comme chez Reclus, revêt également une importance primordiale, qu'il est vain de s'obstiner à ignorer. Face à ces tentatives de réduction, Lacoste parle de ³régression épistémologique², surtout à notre époque, où les historiens ont élargi le regard qu'ils portent sur leur domaine en amplifiant considérablement le concept d'³historicité². Lacoste regrette que les géographes, eux, au contraire, ont rétréci leur regard, leur propre concept de ³géographicité².

Nomomanie
Lacoste déplore également la domination de la ³nomomanie² : la plupart des géographes veulent édicter des lois et des normes, ce qui, en bout de course, s'avère impossible dans une science aussi hétérogène que la géographie. Les lois, les constantes, se chevauchent et s'imbriquent sans cesse, sont soumises aux mutations perpétuelles d'un monde toujours en effervescence, in Gärung, auraient dit les géographes de l'école de Haushofer (18). Les faiblesses de la géopolitique française, estime Lacoste, c'est la timidité, le manque d'audace, de la plupart des géographes qui n'ont pas osé spéculer aussi audacieusement que Haushofer. Il nous donne deux exemples dans son Dictionnaire de géopolitique :

a) Le géographe Paul Vidal de la Blache (1845-1918) (19), dont l'œuvre était considérée comme rigoureusement scientifiques par ses pairs, a dû assister au boycott de son ouvrage patriotique sur l'Alsace-Lorraine, précisément parce qu'il trahissait un engagement. Les géographes ont boudé ce livre.

b) Le géopolitologue suisse Jean Bruhnes (1869-1930) (20) était également considéré comme un éminent scientifique, sauf pour son livre Géographie de l'histoire, de la paix et de la guerre (1921), jugé trop ³stratégique², donc trop ³subjectif².
Pour Lacoste, l'Allemand Karl Ernst Haushofer (1869-1946) et le Suédois Rudolf Kjellén (1864-1922), de même que certains de leurs homologues et élèves allemands, ont connu un plus grand retentissement en matière de ³pédagogie populaire². Lacoste admire chez Haushofer la capacité de dessiner et de publier des cartes suggestives claires.
Après la seconde guerre mondiale, le monde des géographes universitaires retombe dans la nomomanie, trahit une nouvelle timidité face à la spéculation, l'audace conceptuelle et la rigueur pratique de la stratégie. Mais, l'œuvre de Lacoste le prouve, cette nomomanie et cette réticence ont pris fin depuis quelques années. D'où, il lui paraît légitime de poser la question : quand cette mise à l'écart systématique de la géopolitique a-t-elle pris fin ? Pour lui, le retour des thématiques géopolitiques dans le débat en France est advenu au moment du conflit entre le Vietnam et le Cambodge en 1978.

L'URSS contre la Chine, le Vietnam contre le Cambodge
J'aurais tendance à avancer cette date de six ans pour le monde anglo-saxon. En effet, lorsque Washington, sous la double impulsion de Nixon et de Kissinger, se rapproche de Pékin, en vue d'encercler l'URSS et de rompre totalement et définitivement la solidarité entre les deux puissances communistes, la solidarité idéologique cède le pas au jeu de la puissance pure, à l'intérêt géopolitique. Les Etats-Unis ne se préoccupent plus du régime intérieur de la Chine : ils s'allient avec elle parce que l'ennemi principal, à cette époque, est l'URSS. Même raisonnement côté chinois : l'allié est américain, même s'il est capitaliste, contre le Russe communiste qui menace la frontière nord et masse ses divisions le long du fleuve Amour. En 1978, en France, quand le Cambodge reçoit le soutien de la Chine contre le Vietnam, allié de Moscou et incité par les Soviétiques à prendre les Chinois à revers, le raisonnement de Pékin saute aux yeux : il encercle le Vietnam qui participe à l'encerclement de la Chine. Le Cambodge doit prendre Hanoi à revers. La pure gestion de l'espace prend donc le pas sur la fraternité idéologique ; le communisme n'est plus monolitihique et le monde n'est plus automatiquement divisé en deux camps homogènes. À Paris, où beaucoup d'intellectuels s'étaient positionnés, à la suite de Sartre, pour un communisme existentialiste, pur, parfaitement idéal, ce fractionnement du camp communiste est vécu comme un traumatisme.
En 1979, la guerre en Afghanistan rappelle d'anciennes inimitiés dans la région, à l'époque où l'Empire britannique tentait de contenir l'avance des Russes en direction de l'Océan Indien. En avril 1979, la BBC explique le conflit par une rétrospective historique qui n'était pas sans rappeler les leçons de Homer Lea au début du siècle (21). De 1980 à 1988, la guerre entre l'Iran et l'Irak remet à l'ordre du jour toute l'importance géostratégique du Golfe Persique (22). Ces événements tragiques rendent à nouveau légitimes les interrogations géopolitiques.
Depuis, l'édition française est devenue très féconde en productions géopolitiques. La géopolitique est désormais totalement réhabilitée en France. Les fonctionnaires et les étudiants peuvent accéder à un savoir géopolitique pratique et prospectif, le capilariser ensuite de façon diffuse dans tout le corps social.

2. La pensée prégéopolitique
Pour le Général Gallois, la pensée pré-géopolitique commence dès l'attention que porte le stratège militaire au climat sous lequel doivent évoluer ou manœuvrer ses troupes, puis aux relations qui s'instituent entre un peuple donné et un climat donné. Chez Aristote, la pensée prégéopolitique s'exprime très densément dans une phrase en apparence anodine : "Un territoire possède des frontières optimales quand il permet à ses habitants de vivre en autarcie". In nuce, nous percevons là déjà toute la problématique du grand espace (chez Haushofer et Carl Schmitt), de l'économie à l'échelle continentale (chez Oesterheld) (23), et, celle, élaborée sous le IIIième Reich, de l'autonomie alimentaire (Nahrungsfreiheit) dans les travaux de Herbert Backe (24), de l'héritage théorique en économie de Friedrich List (25) et du problème crucial des monocultures et des cultures vivrières dans le tiers-monde.
En Chine, rappelle Gallois, Sun Tsu nous livre une pensée pré-géopolitique dans ses réflexions sur le climat et sur la ³géomorphologie de l'espace conflictuel². Dans le monde arabe, Ibn Khaldoun (1332-1406) insiste lui aussi sur l'importance des facteurs climatiques. Il ajoute des réflexions pertinentes sur la dialectique Ville/Campagnes, en opposant des cités sédentaires, vectrices de civilisation, à des campagnes où règnent les tribus nomades. Ni l'Afrique saharienne ni les ³steppes de Scythie² ne peuvent faire l'histoire ou créer la civilisation car leur immensité et leur quasi ³anécouménité² rendent ce travail patient de la culture urbaine précaire sinon impossible. Sont seules vectrices de civilisation les ³bandes latitudinales² où se concentrent les écoumènes parce que leurs territoires sont fertiles et variés. Ibn Khaldoun amorce aussi ce jeu d'admiration et de rejet de l'urbanisation, que l'on retrouvera chez Ratzel ou chez Spengler. Autre idée lancée pour la première fois : une trop grande extension de l'empire ou de l'aire civilisationnelle conduit à son déclin et à son effondrement. Ibn Khaldoun a en tête la disparition précoce de l'empire arabe des débuts de l'Islam. Aujourd'hui, cette notion d'³hypertrophie impériale² a été relancée par Paul Kennedy dans The Rise and Fall of the Great Powers. L'œuvre d'Ibn Khaldoun reste une référence pour les géopolitologues.
Machiavel (1469-1527) évoque la nécessaire unité de l'Etat, de frontières optimales et/ou naturelles. Ses vues seront étoffées et complétées par Bodin, Montesquieu et Herder, qui les replacera dans une perspective organique.

3. L'essentiel de l'œuvre des géopolitologues conscients
L'ère des géopolitologues conscients démarre avec Halford John Mackinder, dont le regard, dit Gallois, est celui un ³satellite². En effet, la vision de Mackinder, bien que ³mercatorienne², est un regard surplombant jeté sur la Terre. Le Français Chaliand, auteur d'atlas géostratégiques récents, juge ce regard trop horizontal et, en ce sens, ³prégaliléen²; mais peut-on reprocher ce regard prégaliléen à un Mackinder qui élabore l'essentiel de sa théorie en 1904, quand les Pôles arctique et antarctique n'ont été ni découverts ni explorés, quand l'aviation militaire n'existe pas encore et ne peut donc franchir l'Arctique en direction du heartland sibérien? Du temps de Mackinder, effectivement, le centre-nord et le nord de la Sibérie sont inaccessibles et inexpugnables, l'arme mobile des thalassocraties, soit les fameux ³dreadnoughts² des cuirassiers britanniques, ne peut atteindre ces immensités continentales. Si les puissances maritimes sont maîtresses de la meilleure mobilité de son temps, les puissances continentales sont handicapées par la lenteur des communications par terre. Mackinder et ses collègues des écoles de guerre britanniques craignent la rentabilisation de ces espaces par la construction de lignes de chemin de fer et le creusement de canaux à grand gabarit. Voies ferroviaires et canaux augmentent considérablement la mobilité continentale et permettent de mouvoir de grosses armées en peu de temps.
Pour la géostratégie anglo-saxonne de Mackinder, la réponse aux canaux en construction et aux chemins de fer transcontinentaux (en l'occurrence transsibériens) est le ³containment², stratégie concrétisée par la création d'alliances militaires, telles l'OTAN, l'OTASE, etc.. Pour Spykman, disciple américain de Mackinder pendant la deuxième guerre mondiale, le maître du monde est celui qui contrôle les ³rimlands² voisins du ³heartland². De sa relecture de Mac-kinder, Spykman déduit les principes suivants, toujours appliqués mutatis mutandis par les stratèges et diplomates américains contemporains :
- Diminuer toujours la puissance des grands Etats du rimland au bénéfice des petits Etats (c'est la raison pour laquelle, par exemple, les petits États de l'UE bénéficient proportionnellement de davantage de sièges au Parlement de Strasbourg que les grands Etats).
- Spykman constate qu'il y a désormais un ³front arctique², ce qui oblige les géopolitologues à modifier complètement leur cartographie ; ce sera l'œuvre de géographes français comme Chaliand et Foucher.
- Implicitement, l'œuvre de Spykman vise à contrer toute unification eurasiatique, telle que l'on imaginée un Troubetzkoï en Russie, de même qu'un Staline quand il rentabilise les zones industrialisables de la Sibérie et le fameux ³triangle de Magnitogorsk², un Prince Konoe au Japon (26). La raison pratique de cette hostilité permanente à toute forme de concentration de puis-sance sur la masse continentale eurasienne est simple : l'Amérique ne pourrait survivre en tant que grande puissance dominatrice sur la planète si elle devait faire face à trois côtes océaniques hostiles à son expansion (pacifique, atlantique et arctique). L'Amérique serait ainsi condamnée à végéter sur son territoire et son appendice ibéro-américain risquerait de se tourner vers l'Europe, par fidélité culturelle hispanique, latine et catholique.

Conclusion : depuis la plus haute antiquité chinoise, quand les géographes et stratèges de l'Empereur commençaient à dresser des cartes pour faire la guerre, jusqu'aux réflexions et corrections actuelles, les notions de la géopolitique ne sont jamais caduques, même si elles peu-vent s'effacer pendant quelque temps. Aujourd'hui, un ensemble de questions que l'on avait pensées obsolètes, reviennent à l'avant-plan et au grand galop. Ce sont les suivantes :
- Les projets pantouraniens et eurasiens des géopolitologues russes, turcs et allemands.
- La chute du Rideau de Fer remet à l'avant-plan l'axe danubien en Europe, reliant par voie fluviale la Mer du Nord à la Mer Noire, au-delà de toute immixtion possible d'une puissance mari-time contrôlant la Méditerranée. La liaison fluviale Rotterdam/Constantza et maritime (Mer Noire) Constantza/Caucase, plus l'accès, via cette même Mer Noire, au trafic des grands fleuves russes et ukrainiens, implique une formidable synergie euro-russe, accroissant formidablement l'indépendance réelle des peuples européens. Tout ralentissement de cette synergie est une manœuvre anti-européenne et russophobe.
- La création de barrages sur le Tigre et l'Euphrate, la neutralisation de la Mésopotamie par la Guerre du Golfe, la raréfaction concomittante de l'eau au Proche-Orient sont des facteurs potentiels d'effervescence et de conflits, aux-quels il s'agit d'être très attentif.
- La montée en puissance économique du Japon suscite une question, d'ailleurs déjà posée par Shintaro et Ishihara (27): l'Empire du Soleil Levant peut-il dire ³non² (à l'Amérique) et commencer des relations privilégiées avec la Russie et/ou l'Inde ?
- L'Océan Indien, tout comme au temps de la splendeur de l'Empire britannique, reste une zone génératrice de surpuissance pour qui le contrôle ou d'indépendance pour les riverains, s'il n'y a pas une grande puissance thalassocratique capable de financer le contrôle du grand arc terrestre et maritime, partant du Cap pour atteindre Perth en Australie.
Karl Haushofer disait que le monde était en effervescence. Le gel des dynamiques pendant la guerre froide et l'illusion pacifiste ont pu faire croire, très provisoirement, à la fin de cette effervescence. Il n'en est rien. Il n'en sera jamais rien.
Robert Steuckers [Synergies Européennes, Vouloir, Mai, 1997]
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Re: Qu'est-ce que la géopolitique ?

Messagepar Pat » 03/04/2014 - 20:23

« La nation, ce concept géopolitique fort, n'est pas d'essence populiste »

Entretien avec Yves Lacoste par Christian David

Géopolitologue de renom, le père de la revue "Hérodote" soumet l'actualité à sa grille de lecture, qui voit les espaces, les territoires et les frontières cristalliser les rivalités de pouvoir.
À 84 ans, Yves Lacoste reste toujours passionné par le sujet de sa vie, la géopolitique. Ce docteur et agrégé en géographie né au Maroc est un adepte du travail de terrain, en Afrique du Nord et au Vietnam notamment. Un temps membre du PCF et partisan de l'indépendance de l'Algérie, il devient professeur à la bouillonnante université de Paris VIII-Vincennes en 1968, où il créera Hérodote en 1976, première revue de géopolitique où se croisent les regards de l'histoire et de la géographie pour analyser l'espace et le temps du monde. La même année, il publie chez Maspero La géographie, ça sert, d'abord, à faire la guerre, un ouvrage détonnant (réédité cette année par La Découverte).
Soucieux de la précision des termes, il se considère moins comme un géopoliticien que comme un géopolitologue, et s'interroge sur des questions comme les frontières de l'Union européenne, les effets du réchauffement climatique, le conflit ukraino-russe ou l'idée de nation.
Vous êtes l'un des précurseurs du concept de géopolitique omniprésent dès que l'on aborde les questions de diplomatie et de développement économique. Quelle en est votre définition ?
Est géopolitique, à mon sens, tout ce qui est rivalité de pouvoir sur des territoires. J'ajouterais que ces questions ne concernent pas forcément de très vastes territoires. Des questions géopolitiques peuvent dégénérer en conflit autour de très petites zones. Le conflit israélo-palestinien porte sur des territoires limités qui n'avaient a priori pas de valeur économique déterminante, même si, récemment, on a découvert des gisements de gaz et de pétrole au large des côtes d'Israël, de la Palestine et du Liban.
Ces rivalités de pouvoir se cristallisent autour de données pas nécessairement objectives et de questions pas purement stratégiques, mais aussi autour de ce que j'appelle, à tort ou à raison, les représentations de soi ou des autres. Ce territoire est à moi, parce que des gens, dont je me considère être le descendant, y ont vécu. Cette représentation peut être fondée, démontrée ou tout à fait illusoire. Généralement, chaque camp a tendance à sous-estimer la valeur de la représentation de la partie adverse, considérant qu'elle est fausse, secondaire ou dépassée.
Cela conduit à des dialogues de sourds qui peuvent paraître sans grand intérêt à des tiers, mais susceptibles d'aboutir à des violences extrêmes, comme on l'a vu dans l'ancienne Yougoslavie. Là-bas, des gens se sont entre-tués pour des plateaux peu peuplés, sans valeur agricole ou stratégique, parfois, pour des cimetières. Il n'est pas question d'abandonner une partie de son espace à des musulmans, à des catholiques ou à des orthodoxes, alors que l'on pensait que les problèmes religieux avaient été dépassés dans l'ex-Yougoslavie.
L'Europe, deux fois au centre de conflits mondiaux au XXe siècle, s'est transformée en une zone d'union à 28 pays. Quelle lecture faites-vous cette nouvelle Europe ?
Certains analysent aujourd'hui la création d'une Europe unie comme ayant été le moyen d'empêcher le retour des conflits. Mais il faut conserver en mémoire que cet ensemble s'est constitué à l'origine sans qu'il s'agisse d'une union, mais d'une entente commerciale, héritière de la Communauté européenne du charbon et de l'acier. Il est intéressant de noter que les principaux protagonistes de ce mouvement, la France et l'Allemagne, n'étaient à l'époque ni l'une ni l'autre en position glorieuse au regard de leur puissance passée: la France avait subi la défaite de 1940 et l'Allemagne, celle de 1945, avec en outre la découverte de l'horreur qu'avait été la politique d'extermination de populations.
On a pensé des deux côtés du Rhin que le commerce et la prospérité retrouvée permettraient aussi de reconquérir un poids institutionnel. Les diplomates ont invité d'autres Etats pour bâtir une Europe des Six qui restait dans le domaine du raisonnable. Ont été ajoutés ensuite d'autres partenaires, au début pour des raisons économiques, comme les Anglais, qui ont veillé à ce que cette union ne soit jamais autre chose que commerciale. Je comprends l'intérêt pour les différents Etats de l'UE à bien s'entendre sur le plan commercial et financier, mais cela ne forme pas pour autant un ensemble géopolitique cohérent.
Ce manque de cohérence pose-t-il pour autant un problème pour l'action ?
Evidemment, puisque des mesures élémentaires qui permettraient de bâtir un ensemble politique ne peuvent pas être prises. Face à la mondialisation qui entraîne des phénomènes de concurrence d'envergure planétaire, l'Europe est incapable de se défendre. Pour beaucoup de gens, il ne s'agit d'ailleurs pas d'un objectif. L'Allemagne, qui est en position de force pour ses exportations, refuse des mesures de protection qui risqueraient de pénaliser son activité internationale.
Je ne prône pas le démantèlement de l'Europe, comme certains le proposent, parce que cela entraînerait des conséquences financières considérables pour les pays qui ont adopté la monnaie unique. Mais je me rends compte que, face au poids nouveau des pays émergents ou émergés, comme la Chine, il ne faut pas envisager le problème de la cohésion européenne d'un point de vue sentimental, mais politique.
Il est curieux de noter que de nombreux pays veulent entrer dans l'Union européenne, alors que, dans les pays fondateurs, le ton monte contre l'Europe...
Quand on n'en fait pas partie, l'entrée dans l'Union est évidemment très avantageuse. On s'ouvre un marché pour ses produits, mais aussi pour sa main-d'oeuvre, et l'on acquiert un statut diplomatique, par exemple. Les Polonais ont été rassurés d'appartenir à l'Otan pour se prémunir contre un retour de l'impérialisme russe, mais ont tenu à devenir membres de l'Union européenne pour des raisons économiques.
Dans les pays fondateurs, en revanche, il y a beaucoup de déception à voir que la mise en place d'un vrai pouvoir politique n'a pas suivi les constructions économiques et financières.
Le conflit ukrainien s'est cristallisé sur l'entrée dans l'Europe et pose le problème de la place de la Russie sur le continent européen...
Les tensions ne sont pas nouvelles dans ce pays, dont la partie orientale est russe et dont la partie occidentale est ukrainienne. Dès le lendemain de la dislocation de l'Union soviétique et d'une indépendance guère réclamée, des risques de guerre sont apparus avec la Russie, on en a peu parlé. Le problème n'a pas changé, c'est celui de la Crimée. Elle appartient à l'Ukraine depuis 1954. Ses habitants sont en majorité russes et l'Ukraine ne la revendiquait pas, mais c'est Nikita Khrouchtchev, ukrainien d'origine, qui en avait décidé son rattachement.
Or la principale base navale russe est installée de longue date à Sébastopol, en Crimée, et offre notamment l'accès à la mer. Les Russes ne tiennent donc pas à ce que l'Ukraine entre dans l'Otan. Intégrer l'Union européenne, cela veut dire rejoindre l'Otan, un peu avant ou un peu après.
Quel est pour vous l'enjeu géopolitique majeur pour la Russie ?
L'Eurasie, en réponse à l'offensive de la Chine en Asie centrale. Avant 1991 et la fin de l'Union soviétique, Moscou pensait que ces territoires n'avaient pas beaucoup de valeur. Les publications officielles expliquaient que les réserves pétrolières de l'Azerbaïdjan étaient limitées. Mais quand les compagnies occidentales ont commencé à prospecter avec des moyens dont ne disposaient pas les Soviétiques, des gisements ont été découverts au Kazakhstan et au large de Bakou.
Les Russes se sont rassurés en pensant que l'exportation de ces produits vers l'Europe occidentale transiterait forcément par leur territoire. Mais ils n'ont pas mesuré l'extraordinaire rapidité de la poussée des Chinois vers l'Asie centrale. En deux ans, ils ont construit un oléoduc qui peut orienter les pétroles du Kazakhstan et de la Caspienne vers leur pays, avant que les Russes se rendent compte que leurs accords de coopération avec les Chinois ne leur sont guère utiles.
La Russie peut-elle tirer profit de ce que l'on appelle le réchauffement climatique ?
C'est l'un de ses atouts. Le dégel de toute la zone en bordure de l'Océan glacial arctique pose beaucoup de problèmes, comme l'ameublissement des couches de sous-sols gelés qui supportaient les bâtiments, les usines, les routes, ce qui provoque aujourd'hui leur effondrement. Mais l'atout est formidable pour la liaison maritime entre la Baltique et le Pacifique. L'exploitation de toute une série de gisements sera largement facilitée. Cependant, les bras pour en tirer profit ne seront pas faciles à trouver, car, démographiquement, la Russie est en voie d'appauvrissement, et les citoyens n'ont pas forcément envie d'aller travailler dans ces régions désolées.
Y a-t-il, avec ce réchauffement, un vrai risque de voir évoluer nombre de données géographiques au point de modifier des équilibres ?
On évoque souvent les conséquences de la montée du niveau des océans pour les atolls et les îles du Pacifique, mais cela ne concernerait qu'un nombre limité de terres, aux populations peu nombreuses. En cas de nécessité, des solutions seraient trouvées. Pour d'autres zones, en revanche, les conséquences peuvent être très graves. On peut redouter, par exemple, une aggravation de la sécheresse au Maghreb et au Moyen-Orient.
Ces régions connaissent déjà des problèmes d'alimentation en eau du fait de la durée des étés secs, le climat méditerranéen étant caractérisé par le fait que l'été est la saison sèche. Dans la zone tropicale, dans la zone des moussons, l'été est la saison des pluies. Le réchauffement climatique risque de prolonger la saison sèche. Pour répondre aux besoins en eau dans ces zones, l'une des principales solutions sera la désalinisation de l'eau de mer, avec pour effet d'amplifier encore la tendance au réchauffement de la planète.
Quel regard portez-vous sur la renaissance des nationalismes intérieurs, qui touche les pays de l'UE, de l'Ecosse à la Catalogne, en passant, en France, par le mouvement des "bonnets rouges" ?
Je pense que le discours sur l'Union européenne a fait considérer comme ringarde l'idée de nation, alors que c'était un concept fort de la géopolitique qu'il ne faut pas assimiler aux idéologies populistes. Il se réfère à des territoires, à des hommes et à des ambitions, sans que cela conduise forcément à des affrontements.
L'appartenance à une nation est une création intellectuelle, c'est l'idée que l'on a de composer un ensemble ou non, dont il faut ensuite trouver la cohérence. Certains territoires sont clairement définis par la géographie. Tous les Corses ne sont pas nationalistes, mais il n'y a pas de discussions pour savoir ce qu'est la Corse. De même pour l'Ecosse, où la question est de savoir où s'étend sa souveraineté maritime, avec l'enjeu pétrolier et gazier en mer du Nord. Le nationalisme catalan est très tardif. Il renaît au XIXe siècle avec le rétablissement de la royauté en Espagne, après la fin des guerres napoléoniennes.
Mais, aujourd'hui, le projet d'indépendance d'une grande Catalogne vue de Barcelone intègre des zones de culture catalane comme les Baléares ou la région de Valence, qui ne veulent pas en dépendre. En Bretagne, le mouvement des "bonnets rouges", par exemple, reflète une action régionaliste, mais la définition même de leur Bretagne est floue. Que font-ils de Nantes, dont ils souhaitent le rattachement à la région bretonne ? Quelle sera la capitale de la région, Rennes ou Nantes ?
A quoi sert la géopolitique aujourd'hui ?
Amener les citoyens à raisonner en termes de géopolitique est leur donner un moyen de ne pas se faire imposer des décisions. La géopolitique impose la démonstration: celui qui veut prouver à d'autres la valeur de son projet pour de multiples raisons, historique, linguistique, religieuse, doit établir la logique.
Longtemps, la géopolitique a été dénoncée comme un outil qui avait permis à Hitler d'entraîner le monde vers la catastrophe, au nom d'un grand destin politico-territorial. Lorsque j'ai créé la première revue de géopolitique, en 1976, je l'ai appelée Hérodote, parce que cet historien grec a été le premier à mener un raisonnement historique et géographique pour analyser les deux premiers conflits entre les Perses et les Grecs et éviter qu'un troisième ne soit fatal à ces derniers.
Cette forme de compréhension de l'espace et du temps peut-elle jouer un rôle direct dans la vie du citoyen ?
Prenez l'exemple du projet du Grand Paris. Il s'agit de constituer un ensemble réunissant autour de la ville capitale les 13 millions d'habitants de la région parisienne, dont les échanges sont quotidiens. Autour de cette idée géopolitique d'une nouvelle organisation de l'espace se posent la question des rivalités de pouvoir entre les élus et celle du partage des richesses. Le département des Hauts-de-Seine ne tient à dépendre ni d'un pouvoir central parisien, ni d'un département moins riche comme la Seine-Saint-Denis, d'autant plus qu'il n'y a pas un vrai sentiment francilien d'appartenance à une unicité territoriale.
Un regard géopolitique sur cette ambition géographique nourrirait les discussions entre citoyens, en permettant d'exprimer et de comprendre les rivalités de pouvoir entre des hommes politiques de différentes sensibilités ou défendant les intérêts de tel ou tel quartier, de tel ou tel corps social. Les citoyens tentent de mieux analyser ce qui se passe tout près de chez eux, dans le cadre de la démocratie locale.
Source : L'express : http://www.lexpress.fr/actualite/monde/ ... te-la-na...
Biographie : http://fr.wikipedia.org/wiki/Yves_Lacoste
http://www.voxnr.com/cc/di_antiamerique ... EKStOaLB...
Image
Que les hommes d'arme bataillent et que Dieu donne la victoire! (Jeanne d'Arc) Patriotiquement votre.


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