Posté par jeromemoreno : le 28 juin 2009
Le président russe Dmitri Medvedev a effectué durant 4 jours un important périple en Méditerranée orientale (Égypte) et en Afrique sub-saharienne (Nigeria, Namibie et Angola). Il s’agit de la deuxième visite officielle d’un chef d’État russe en Afrique depuis la chute de l’URSS. Grâce aux audacieuses réformes économiques menées par Vladimir Poutine et Dmitri Medvedev, la Russie a de nouveau retrouvé sa place sur la scène diplomatique et géopolitique internationales. Si la visite africaine de Dmitri Medvedev était essentiellement axée sur des questions économiques (partenariat stratégique, contrats énergétiques, soutien aux entreprises russes), elle fut également l’occasion d’aborder le douloureux contentieux israélo-palestinien. Trois semaines après le discours médiatique de Barack Obama à l’Université du Caire, Dmitri Medvedev et son homologue égyptien Hosni Mubarak ont évoqué la proposition russe de résolution du conflit (deux États distincts, gel des colonies israéliennes).
Russie-Afrique : coopération économique et énergétique
Premier partenaire commercial africain de la Russie, l’Égypte constitua la première étape du voyage présidentiel de Dmitri Medvedev. En 2008, le volume commercial bilatéral fut de 1,7 milliards $ tandis que 1,8 million de touristes russes visitèrent l’Égypte. Mardi 23 juin au Caire, le président russe et son homologue égyptien ont longuement discuté des questions économiques et ont conclu leur dense entretien par la signature d’un partenariat stratégique englobant une future zone de libre-échange entre les deux pays. Outre l’approfondissement des liens commerciaux bilatéraux, Dmitri Medvedev désire accroître la coopération russo-égyptienne dans les domaines énergétique, technologique et spatial.
Le Nigéria constitua la deuxième étape du périple africain de Dmitri Medvedev. La Russie cherche à consolider la coopération énergétique avec le Nigéria, important producteur de pétrole et de gaz naturel en Afrique occidentale. Rappelons que le Nigéria est membre de l’OPEP depuis 1970. Premier exportateur mondial de gaz naturel, Gazprom est également incontournable pour le pétrole. Ainsi, le conglomérat étatique russe Gazprom fut logiquement choisi comme un investisseur clé pour l’exploration des réserves nigérianes de gaz naturel.
Gazprom et la Compagnie nationale de pétrole nigérian ont signé des documents visant à établir une co-entreprise (joint-venture). Dirigeant la branche internationale de Gazprom, Boris Ivanov a indiqué que la co-entreprise investira rapidement 400 milliards $ dans la construction d’un oléoduc de 360 km qui reliera le delta du Niger au nord du Nigéria. Malgré une situation géopolitique très agitée, les travaux de construction commenceront dès 2010.
Le pétrole nigérian a été découvert en 1956 dans l’inextricable delta du Niger. Principal lieu de production dans le Delta, Port-Harcourt constitua un mirage pour de nombreux travailleurs nigérians. Avec l’accord bienveillant du gouvernement fédéral du Nigéria, l’industrie pétrolière est dominée par des multinationales apatrides comme Shell (production de 40 %). Actuellement, une guérilla fait rage dans le delta du Niger entre les forces armées fédérales et les rebelles du Mouvement pour l’Emancipation du Delta du Niger (MEND). En raison des sabotages, enlèvements et actions armées, la production de pétrole a fortement chuté au Nigéria entre 2006 (2,5 millions de barils/jour) et mai 2009 (1,7 million de barils/jour).
Le Nigéria constitue le 5e producteur de l’OPEP et le 10e au niveau mondial. Avec 34 milliards € de revenus en 2006, le Nigéria se classe au 6e rang mondial parmi les pays exportateurs de pétrole. Le pétrole nigérian, activité industrielle quasi unique, fournit 95 % des recettes d’exportation et 80 % du revenu national.
Située sur l’Océan Atlantique en Afrique australe, la Namibie constitua la troisième étape du périple africain de Dmitri Medvedev. La Russie désire également investir massivement en Namibie, qui constitue par ailleurs un partenaire commercial privilégié pour la Chine. Ainsi, Gazprombank et la compagnie nationale pétrolière de Namcor ont signé un contrat destiné à financer la construction d’une centrale gazière qui exportera de l’électricité vers l’Afrique du Sud.
L’agence industrielle de pêche russe et le ministère namibien de la pêche et des ressources maritimes ont signé un protocole d’accord au terme duquel les navires russes seront autorisés à pêcher dans les eaux poissonneuses au large de la Namibie, principal exportateur africain de poissons.
L’Angola constitua la quatrième et dernière étape du voyage présidentiel de Dmitri Medvedev. Également situé sur l’Océan Atlantique en Afrique australe, l’Angola est le premier partenaire commercial de la Chine en Afrique. Depuis la fin de la terrible guerre civile en 2002, l’économie angolaise enregistre une croissance spectaculaire (18 % en 2005, 26 % en 2006).
En raison de son monopole sur le diamant, la compagnie russe Alrosa a ouvert une filiale à Luanda (capitale de l’Angola). Outre l’exploitation minière des diamants, la Russie a également promis de contribuer à la modernisation des différents secteurs industriels angolais. Les télécommunications forment un secteur industriel très dynamique et prometteur. L’Angola prévoit de lancer prochainement son satellite télécom baptisé “AngoSat“.
Néanmoins, la croissance économique de l’Angola repose très largement sur l’industrie pétrolière en pleine expansion. L’Angola est devenu le 1er janvier 2007 le 12e pays membre de l’OPEP et en assure actuellement la présidence..
En raison d’un interminable conflit colonial avec le Portugal suivi d’une guérilla meurtrière contre le gouvernement marxiste, les abondantes richesses pétrolières (offshore) furent longtemps négligées et sous-exploitées. La fin de la guerre civile en 2002 marqua un tournant politique et économique décisifs. Deuxième producteur africain de pétrole derrière le Nigéria, l’Angola est un pays en voie de développement particulièrement dynamique. Équivalent de Gazprom, Sonangol est un conglomérat étatique (possédé par le gouvernement angolais) qui assure le contrôle de l’industrie pétrolière nationale. En résumé, l’Angola est l’antithèse parfaite du Nigéria dont l’industrie pétrolière constitue un enjeu dramatique entre les multinationales apatrides, le gouvernement fédéral corrompu et les “pirates” du MEND.
L’offshore situé à proximité de l’enclave de Cabinda, actuellement exploité par la multinationale américaine Chevron Texaco, fut la première zone d’exploitation intensive. Actuellement, ce gisement semble progressivement se tarir. Signalons que Cabinda, enclavé entre la République Démocratique du Congo (RDC) et le Congo-Brazaville, connait des troubles politiques provoqués par une guérilla indépendantiste. Néanmoins, la prospection pétrolière très prometteuse se poursuit au large des côtes angolaises.
La production de pétrole a décollé depuis 2003 (900 millions de barils/jour) pour atteindre 1,4 million de barils/jour en 2005. En 2006, la production quotidienne a dépassé les 2 millions de barils. Pour 2011, elle est prévue à 2,5 millions de barils/jour tandis qu’un pic de production serait atteint dès 2012. En se basant en 2006 sur des estimations de réserve pétrolière, les experts avançait le chiffre de 10 milliards de baril de pétrole. Néanmoins, de nouvelles découvertes ont mis à jour d’immenses gisements offshore.
Dmitri Medvedev : acteur incontournable pour la paix au Moyen-Orient
Néanmoins, le voyage présidentiel de Dmitri Medvedev ne se limita pas seulement à des questions économiques ou de fructueux contrats énergétiques en Afrique sub-saharienne. Très respecté dans le monde arabe (Proche et Moyen-Orient, Golfe persique), Dmitri Medvedev est un acteur géopolitique incontournable. Ses discussions politiques avec son homologue égyptien Hosni Moubarak semblent avoir été éclipsées par le discours médiatique de Barack Obama à l’Université du Caire le 4 juin 2009. Au sujet de ce discours trompe l’œil d’Obama, on se reportera à l’analyse synthétique d’Albert Jacquemin dans Flash n° 16 (p
Avant d’aborder les propos du président russe au Caire, on revisitera le contexte historique et géopolitique de l’Égypte à la fin des années 1970. Signés le 17 septembre 1978 par le président égyptien Anouar El-Sadate et le premier ministre israélien Menahem Begin, les Accords de Camp David préfigurèrent le traité de paix israélo-égyptien du 26 mars 1979. Ainsi, l’Égypte devint le premier pays arabe à signer un traité de paix et à reconnaître Israël. Il faudra attendre le 26 octobre 1994 pour qu’un deuxième pays arabe (la Jordanie) reconnaisse l’État hébreu. Principaux alliés des USA en Méditerranée orientale, l’Égypte et son président Hosni Mubarak apparaissent comme de dociles atlanto-sionistes favorables à un Nouvel Ordre Mondial américanisé.
Lors de son dense entretien avec son homologue égyptien, Dmitri Medvedev a longuement évoqué la proposition russe d’une Conférence de paix sur le Moyen-Orient organisée à Moscou au deuxième semestre 2009. Lors de sa visite au siège de la Ligue arabe au Caire, Dmitri Medvedev a clairement indiqué que tous les pays arabes seront invités à cette conférence internationale.
Le président russe a longuement plaidé pour la création de deux États distincts (Israël et la Palestine), pour le gel des colonies israéliennes (Cisjordanie, Gaza et plateau du Golan) et l’établissement de Jérusalem-Est comme capitale de ce futur État palestinien.
Avec les États-Unis, l’Union Européenne (UE), l’ONU, la Russie appartient au Quartette international du Moyen-Orient. Le Quartette a déjà approuvé la feuille de route exhortant israéliens et palestiniens à prendre conjointement une série de mesures concrètes destinées à la future création de cet État palestinien. Toutes ces belles promesses certes couchées sur le papier restent dans le domaine virtuel.
Si Hosni Mubarak et les Palestiniens soutiennent la proposition russe de conférence de paix à Moscou ainsi que les vues équilibrées de Dmitri Medvedev sur le futur État palestinien, les USA et Israël rejettent d’emblée cette proposition constructive. Les USA et Israël ont motivé leur refus en raison d’un soit-disant engagement de la Russie avec le Hamas à Gaza et un prétendu soutien militaire à l’Autorité palestinienne de Cisjordanie pourtant modérée (Fatah de Mahmoud Abbas).
Voici en vrac quelques déclarations politiques de Dmitri Medvedev au Caire :
La Russie donne le meilleur d’elle-même pour reprendre les discussions de paix au Moyen-Orient sur la base d’une solution à deux États et le gel des colonies… Une sécurité durable ne peut pas être réalisée au Moyen-Orient sans un compromis juste et global dans le conflit arabo-israélien… Ce compromis global doit s’achever par la création du futur État palestinien vivant en paix avec toutes les nations dans la région y compris Israël, avec sa capitale à Jerusalem-Est …




